Pas plus d’éruptions et de séismes qu’autrefois // Not more eruptions and earthquakes than in the past

Très souvent, les gens que je rencontre me disent qu’ils ont l’impression qu’il y a plus d’éruptions volcaniques ou de catastrophes naturelles que par le passé. Je leur explique que ce n’est pas vrai. Ils ont cette impression car aujourd’hui les nouvelles se propagent à la vitesse de la lumière grâce aux nouvelles technologies comme Internet. Je leur rappelle aussi que le fonctionnement de la planète s’observe en prenant en compte l’échelle géologique et non notre petite échelle humaine !
Des dizaines de milliers de personnes se sont inquiétées récemment en entendant parler des activités sismique et volcanique le long de la Ceinture de Feu du Pacifique. Un puissant séisme dans le Golfe d’Alaska, une avalanche et une éruption volcanique dans le centre du Japon, ainsi que l’éruption du Mayon aux Philippines se sont tous produits à quelques jours d’intervalle.
Pour rassurer les gens qui commençaient à s’inquiéter de cette accumulation d’événements, le Bureau des Nations Unies pour la Réduction des Risques liés aux Catastrophes a envoyé un tweet pour rappeler que la Ceinture de Feu était « active ». Il convient de rappeler que la Ceinture de Feu du Pacifique désigne une série de volcans, de sites sismiques et de plaques tectoniques autour de l’Océan Pacifique. Elle s’étend sur 40 000 km depuis la pointe sud de l’Amérique du Sud jusqu’à la Nouvelle-Zélande. Environ 90% des séismes de notre planète se produisent le long de cette zone et la Ceinture est jalonnée de 75% des volcans actifs sur Terre, ce qui représente 452 édifices.

Voici quelques exemples des derniers événements :
– Le 23 janvier 2018, un séisme de magnitude M 7,9 a été enregistré dans le Golfe d’Alaska. Il a brièvement déclenché une alerte tsunami dans les zones côtières de l’Alaska et de la Colombie-Britannique au Canada.
– Le même jour, un soldat a été tué et au moins 11 autres ont été blessés dans le centre du Japon par une avalanche qui a probablement été déclenchée par une éruption volcanique du mont Moto-Shirane. L’explosion soudaine a également fait pleuvoir des projections sur un domaine skiable près de Kusatsu en blessant des skieurs dans une télécabine.
– Au début de l’année dernière, l’éruption du Mont Agung à Bali a entraîné la fermeture de l’aéroport de Denpasar et l’évacuation d’au moins 100 000 personnes.
– Le Sinabung, sur l’Ile de Sumatra en Indonésie, était en sommeil depuis 400 ans avant d’entrer à nouveau en éruption en 2010. En 2016, au moins sept personnes sont mortes, victimes de coulées pyroclastiques. Le Sinabung a connu un regain d’activité en 2017 et l’éruption continue toujours.
– Le Kadovar, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, crache de la cendre depuis plusieurs semaines, provoquant l’évacuation de milliers de personnes des îles voisines. Tous ces volcans sont situés le long de la Ceinture de Feu et leur comportement actuel n’a rien d’extraordinaire. Bien que ces différents événements se produisent quasiment en même temps dans différentes parties de la région, il n’existe pas nécessairement de relation entre eux.

Sans oublier l’éruption du Mayon qui, si elle n’a pas fait de victimes, a déplacé plus de 50 000 personnes.

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Very often, the people I meet tell me they get the impression there are more volcanic eruptions or natural disasters than in the past. I usually tell them that this is not true. They get this impression because today news travels at the speed of sound thanks to new technologies like the Internet.

Tens of thousands of people have had their lives disrupted recently by seismic and volcanic activity along the Ring of Fire. An earthquake in the Gulf of Alaska, an avalanche and volcanic eruption in central Japan and the eruption of Mayon in the Philippines all occurred within days of each other.

To comfort the people who were starting to worry about this accumulation of events,  the UN Office for Disaster Risk Reduction sent a tweet on Tuesday warning that the Ring of Fire was « active ». It should be remembered that the Ring of Fire refers to a string of volcanoes, earthquake sites and tectonic plates around the Pacific. It spreads across 40,000km from the southern tip of South America all the way to New Zealand. Roughly 90% of all earthquakes occur along the area and the Ring is dotted with 75% of all active volcanoes on Earth, which means 452 individual active volcanoes.

Here are a few examples of the latest events:

  • On January 23rd 2018, an M 7.9 earthquake struck off the coast of Alaska.The quake briefly triggered a tsunami warning for coastal areas of Alaska and British Columbia in Canada.
  • On the same day, one soldier was killed and at least 11 others injured in central Japan by an avalanche that may have been triggered by a volcanic eruption. The eruption of Mount Moto-Shirane also sent rocks raining down a ski area near Kusatsu in central Japan and caused injuries among skiers in a gondola.
  • Earlier last year, the eruption of Bali’s Mount Agung led to the closure of the city’s international airport and forced up to 100,000 people to evacuate.
  • Mount Sinabung, more than 3,000 km away in Sumatra, Indonesia, had been dormant for 400 years before it began erupting again in 2010. In 2016, at least seven people died after pyroclastic flows travelled across the region. Sinabung began erupting again in 2017 and is still going.
  • Mount Kadovar, a volcano in Papua New Guinea, has been spewing ash for weeks, causing the evacuation of thousands of people from nearby islands.

Without forgetting the eruption of Mayon. It did not cause casualties but displaced more than 50,000 persons.

All these volcanoes are located along the Ring of Fire and there is nothing unusual about what we are seeing at the moment. These events are occurring at the same time in different parts of the region. There is not necessarily a relationship between them.

Moto-Shirane (Crédit photo: F. Gueffier)

Mont Agung (cvapture image webcam)

Sinabung (Crédit photo: J.P. Vauzelle)

Vous n’avez pas trouvé un drone? // Haven’t you found a drone ?

Les volcanologues balinais sont à la recherche d’un drone coûteux qui a disparu au cours d’un vol près du cratère de l’Agung le 23 janvier 2018. Le volcan a connu quatre épisodes éruptifs ce jour-là, mais les nuages de cendre n’ont pas pu être observés car la montagne était enveloppée d’épais nuages. Le drone AI 450 a été envoyé vers le volcan plus tard dans la soirée, avec à son bord des outils pour échantillonner les gaz volcaniques, mais il a dû affronter des vents violents tout le long du chemin. Le contact avec le drone a été perdu vers minuit. [Remarque personnelle: Pourquoi diable ont-ils fait voler le drone si le vent était si fort ?? Les drones sont très sensibles au vent et même de légers coups de vent peuvent les projeter au sol !!]
Les autorités ont demandé que des recherches soient effectuées pour retrouver le drone, en particulier à l’aide d’une carte montrant sa trajectoire avant qu’il disparaisse à 2800 mètres d’altitude, à environ 300 mètres sous le cratère, dans la zone d’exclusion.
D’une valeur de 600 millions de roupies indonésiennes (45 000 dollars américains), le drone avait déjà effectué plusieurs vols autour de l’Agung depuis la reprise d’activité volcanique en août. Sans le drone, les volcanologues sont maintenant dans l’impossibilité d’analyser les gaz à partir desquels les scientifiques peuvent mieux comprendre le comportement d’un volcan en éruption.
Les volcanologues balinais avaient reçu de l’USGS ce drone doté d’un équipement de détection multigaz. Il a donc été demandé aux Américains d’envoyer de nouveaux outils pour poursuivre les missions de surveillance.
Source: Newsweek.

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Volcanologists on the island of Bali are looking for an expensive drone that disappeared while flying near the crater of Mount Agung volcano on January 23rd 2018. The volcano erupted four consecutive times on that same day in the morning, but the ash cloud could not be observed as the mountain was concealed by thick clouds. The AI 450 drone was sent on a flight mission to the volcano later in the evening carrying tools to sample volcanic gases, but it had to battle strong winds along its way. Contact with the drone was lost around midnight. [Personal remark : Why on earth did they fly the drone if the wind was so strong ?? Drones are very sensitive to the wind and even slight winds can throw them to the ground!!]

The officials appealed for information about the unmanned aerial vehicle (UAV), showing a map of the drones’ trajectory before it disappeared at an altitude of 2,800 metres, about 300 metres below the volcano’s crater, within the exclusion zone.

Worth 600 million Indonesian rupees (45,000 US dollars), the drone had performed several flights around the mountain since the volcano resumed its activity in August. Without the drone, Bali volcanologists are now unable to analyze the volcanic gases, from which scientists can better understand why and how a volcano erupts.

The Bali volcanologists were given the multigas sensor equipment by USGS which has been asked to send over new tools to continue the monitoring missions.

Source: Newsweek.

Mayon (Philippines): Les évacuations risquent de durer longtemps // Evacuations might last a long time

Une activité intense continue d’être observée sur le Mayon. Dans sa dernière mise à jour du 24 janvier 2018, le PHILVOCS indique que « 5 épisodes de fontaines de lave intenses mais sporadiques » ont été enregistrés sur le volcan. Les fontaines atteignaient 500 à 600 mètres de hauteur et généraient des panaches de cendre montant jusqu’à 5 kilomètres au-dessus du cratère. La lave continue à alimenter des coulées dans les ravines Mi-isi et Bonga. Des coulées pyroclastiques sont également observées sur des distances atteignant 5 km par rapport au cratère.

Le nombre de villageois déplacés dépasse maintenant 74 000. Les autorités s’attendent à une urgence humanitaire qui pourrait durer plusieurs mois. Il n’y a pas eu de victimes de l’éruption jusqu’à présent et les forces de l’ordre font leur possible pour empêcher les villageois et les touristes de s’infiltrer dans les zones dangereuses.
Les personnes évacuées vivent dans 66 centres d’hébergement d’urgence dans neuf localités de la province d’Albay où se trouve Mayon. Si l’on se réfère aux précédentes éruptions, l’éruption actuelle pourrait durer de deux à quatre mois. Les autorités locales et nationales s’efforcent d’atténuer l’impact de l’éruption sur les écoles, la santé et la sécurité publique, ainsi que sur les moyens de subsistance.
Des centres d’enseignement temporaires seront installés dans des dizaines d’écoles transformées en centres d’évacuation afin de permettre aux classes de continuer. Les animaux domestiques seront conduits dans des zones plus proches de leurs propriétaires dans les centres d’évacuation pour éviter d’autres pertes. La ville de Camalig dans la province d’Albay a déjà mis en place une zone pour les animaux de ferme.
Bien que le Mayon soit entré en éruption une cinquantaine de fois au cours des 500 dernières années, il attire de nombreux randonneurs et touristes. En 2013, cinq d’entre eux qui s’étaient aventurés près du sommet malgré les mises en garde ont été tués. L’éruption la plus destructrice, en 1814, a tué plus de 1 200 personnes et enseveli la ville de Cagsawa sous des coulées de boue. Le beffroi de l’église est toujours présent pour rappeler la colère du Mayon.
Source: WBOC-TV Salisbury.

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Intense activity continues at Mayon Volcano. In its latest update on January 24th 2018, PHILVOCS indicates that 5 more episodes of intense but sporadic lava fountaining were observed on the volcano.They reached from 500 metres to 600 metres high and generated ash plumes that reached up to 5 kilometres above the crater. The events fed lava flows on the Mi-isi and Bonga Gullies. Pyroclastic flows were also observed. They now travel as far as 5 kilometres from the crater.

The number of displaced villagers has now swelled to more than 74,000 and is causing officials to brace for a humanitarian emergency they fear could last for months. There have been no reports of injuries so far and law enforcers have struggled to keep villagers and tourists from sneaking into danger zones.

The evacuees are living in at least 66 emergency shelters in nine municipalities in Albay province where Mayon lies. Based on its previous eruptions, Mayon’s restiveness could last from two to four months, prompting Albay and national authorities to take steps to ease the impact on schools, public health and safety, livelihood and law and order.

Temporary learning centres will be set up in dozens of schools turned into evacuation centres to allow classes to continue, and farm animals will be brought to areas closer to their owners in evacuation camps to prevent more losses to villagers’ livelihoods. Camalig in Albay has already set up an area for rescued farm animals.

Although Mayon has erupted about 50 times in the last 500 years, it has remained popular among climbers and tourists. In 2013, five climbers who had ventured near the summit despite warnings were killed. Its most destructive eruption, in 1814, killed more than 1,200 people and buried the town of Cagsawa in volcanic mud. The belfry of Cagsawa’s stone church still juts from the ground in a reminder of Mayon’s fury.

Source :  WBOC-TV Salisbury.

Crédit photo: Wikipedia

Le glacier Perito Moreno (Argentine) fait de la résistance // In Argentina, Perito Moreno resists global warming

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », j’attire l’attention sur la situation alarmante que l’on peut observer au Groenland, en Alaska ou dans les Alpes. Je signale aussi que quelques glaciers dans le monde parviennent à faire de la résistance, comme ceux du Mont Shasta dans la Chaîne des Cascades aux Etats-Unis ou le glacier Perito Moreno en Argentine. Ce comportement particulier est facile à expliquer : l’orientation des glaciers leur permet de recevoir une grande quantité de neige sur la zone d’accumulation et donc d’être bien alimentés en glace. Il faut toutefois noter que si les glaciers du Shasta et le Perito Moreno ne reculent pas, ils ont tout de même tendance à s’amincir.

Le Perito Moreno se trouve dans le Parc National de Los Glaciares qui fait partie du patrimoine mondial de UNESCO. Le Parc, situé au sud-ouest de la Province de Santa Cruz en Argentine, compte 47 glaciers et présente une superficie totale de 600 000 ha. La majeure partie de ces glaciers est alimentée par le très vaste champ de glace de Patagonie du sud, vestige de la calotte glaciaire du Quaternaire.

Le Parc National de Los Glaciares est protégé depuis 1937. Il accueille cinq millions de touristes chaque année, faisant du tourisme sa principale source de revenus. Les  règles d’accès sont particulièrement strictes. Il est formellement interdit de fumer ou de jeter des déchets et le Parc planifie le flux de touristes.

Le front du Perito Moreno est immense, avec 5 km de longueur ; sa hauteur est de 170 mètres dont 74 mètres sont émergés, le reste se trouvant sous les eaux du Lac Argentino. Il avance d’environ deux mètres par jour, soit environ 700 mètres par an. À certains endroits son épaisseur atteint 700 mètres.

Le vêlage du Perito Moreno fait partie des plus spectaculaires au monde. L’une des zones qui attire le plus de touristes est une arche qui relie le glacier à l’une des rives du Lac Argentino. Cette arche s’est effondrée le 10 mars 2016. De larges blocs de glace se sont détachés avant de s’écrouler dans le lac. Le phénomène se répète tous les quatre ans environ. En effet, une rivière coulant sous le glacier creuse la glace et crée des arches qui finissent par se briser. Des milliers de personnes viennent admirer ce spectacle.

https://youtu.be/TjlORkfNkfY

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During my conference « Glaciers at Risk, The Effects of Global Warming », I draw attention to the alarming situation that can be observed in Greenland, Alaska or the Alps. I also explain that some glaciers in the world manage to resist, such as Mount Shasta in the Cascade Range in the United States or Perito Moreno glacier in Argentina. This surprising behaviour is easy to explain: the orientation of the glaciers allows them to receive a large amount of snow on the accumulation zone and thus to be well fed with ice. It should be noted, however, that although the Shasta Glaciers and Perito Moreno do not recede, they still tend to thin.
Perito Moreno is located in Los Glaciares National Park which is part of the UNESCO World Heritage. The Park, located southwest of the Province of Santa Cruz in Argentina, has 47 glaciers, with a total area of ​​600,000 ha. Most of these glaciers are fed by the vast ice field of southern Patagonia, a remnant of the Quaternary Ice Cap.
Los Glaciares National Park has been protected since 1937. It welcomes five million tourists each year, making tourism its main source of income. The access rules are particularly strict. It is strictly forbidden to smoke or throw waste and the Park plans the flow of tourists.
The front of Perito Moreno is immense, with 5 km in length; its height is 170 metres, of which 74 metres are emerged, the rest being under the waters of Lake Argentino. It moves forward by about two metres a day, about 700 metres a year. In some places its thickness reaches 700 metres.
The calving of Perito Moreno is among the most spectacular in the world. One of the areas that attracts the most tourists is an arch that connects the glacier to the shore of Lake Argentino. This arch collapsed on March 10, 2016. Large blocks of ice broke off before collapsing into the lake. The phenomenon is repeated every four years or so. Indeed, a river flowing under the glacier digs ice and creates arches that eventually break. Thousands of people come to admire this show.
https://youtu.be/TjlORkfNkfY

Le Perito Moreno et le Lac Argentino vus depuis l’espace (Source: NASA)

Vue d’une partie du front du Perito Moreno (Crédit photo: Wikipedia)