La géochimie de la lave du Kilauea // The geochemistry of Kilauea’s lava

En 2011, quand j’ai travaillé sur le processus de refroidissement de la lave (voir le résumé de mon étude sous l’entête de ce blog) dans le Parc National des Volcans d’Hawaii, en relation avec le HVO, Jim Kawaikawa, alors en charge de l’Observatoire, m’a expliqué l’importance de l’analyse chimique de la lave dans le contexte de la prévision éruptive. Il m’a d’ailleurs remercié d’avoir publié les résultats concernant les échantillons de lave que j’avais prélevés sur le terrain.  

Chaque nouvelle éruption du Kilauea donne un aperçu de ce qui se passe à l’intérieur du volcan et en particulier du ou des réservoirs magmatiques. La récente éruption sommitale, qui a débuté le 20 décembre 2020, offre au HVO une fenêtre à l’intérieur du volcan et permet de mieux connaître l’origine du magma qui alimente l’éruption.

Pour savoir à quel endroit est stocké le magma et comment il se comporte avant une éruption, les scientifiques analysent la chimie des matériaux émis (minéraux, gaz dissous ou bulles de gaz). Les analyses renseignent sur la température du magma dans la chambre magmatique, le temps pendant lequel il est resté à l’intérieur du volcan avant d’arriver à la surface, et comment différents magmas (anciens ou juvéniles, plus froids ou plus chauds) ont pu se mélanger avant que le volcan entre en éruption.

Un moyen simple de répondre à ces questions est d’examiner la quantité de magnésium (Mg) à l’intérieur de la lave. Les géochimistes utilisent le magnésium (exprimé en MgO, ou oxyde de magnésium) pour déterminer la chaleur d’un magma qui indique le laps de temps mis pour atteindre la surface depuis la source. Des teneurs élevées en MgO indiquent des magmas juvéniles à haute température qui sont arrivés dans le réservoir superficiel du Kilauea peu de temps avant l’éruption. En revanche, des teneurs plus faibles en MgO reflètent des magmas plus anciens et plus froids qui sont restés stockés à l’intérieur du volcan pendant de plus longues périodes.

Les 20 et 21 décembre 2020, donc peu de temps après le début de la dernière éruption, des scientifiques du HVO ont travaillé en collaboration avec le laboratoire de l’Université d’Hawaï à Manoa et sa microsonde électronique pour mesurer le MgO dans la lave nouvellement émise. Elle présente une teneur en MgO d’environ 7% de son poids, ce qui est très proche de la composition du lac de lave au sommet du Kilauea en 2018. [NDLR : L’analyse la lave que j’avais prélevée en 2011 reéléit un taux de MgO équivalant à 7.34%]. Les dernières analyses montrent que l’éruption actuelle n’a pas débuté avec un magma juvénile venant d’entrer dans le réservoir sommital peu profond du Kilauea. L’éruption actuelle a probablement mis e jeu du magma en provenance de la même source superficielle qui a alimenté le lac de lave entre 2008 et 2018.

Les cristaux d’olivine – souvent présents dans les laves hawaïennes – contiennent également beaucoup de magnésium. Dans l’olivine, la teneur en Mg est exprimée en fonction de la teneur en forstérite (Fo), rapport entre la quantité de Mg et la teneur en fer (Fe) [Mg / (Mg + Fe) x100]. [ NDLR : De composition Mg2SiO4, la forstérite est le pôle pur magnésien de l’olivine]. Comme pour les verres, une plus grande teneur en Mg dans l’olivine (par exemple, plus de Fo) signifie que les cristaux se sont développés à partir de magmas plus chauds et plus récents. En revanche, si la teneur en olivine Fo est faible, cela indique que les cristaux se sont développés dans un magma plus froid. Les premiers cristaux d’olivine apparus dans les magmas les plus récents – et donc les plus chauds – sous le Kilauea ont généralement des teneurs en Fo de 88–90.

Sur le Kilauea, les cristaux d’olivine les plus récents, d’un diamètre d’environ 0,5 mm en général, ont des valeurs de Fo relativement faibles, autour de 82. Cela signifie que les cristaux se sont développés dans des magmas relativement froids stockés à faible profondeur, à quelques kilomètres sous la surface. Les cristaux sont également chimiquement homogènes, ce qui signifie qu’il n’y a pas de variations de la teneur en Fo entre leur centre et leur surface. Cela montre que le mélange entre les magmas plus chauds (avec une teneur en MgO élevée) et les magmas plus froids (avec moins de MgO) n’a pas eu lieu récemment au sommet du Kilauea.

D’une manière plus globale, la présence de verres à faible teneur en MgO et d’olivine homogène à faible teneur en Fo indique que du magma juvénile à haute température n’a pas été émis. Au lieu de cela, on a affaire à du magma plus ancien et plus froid. Il s’agit probablement d’un reste de magma de l’éruption de 2018 qui a maintenant atteint le sommet du Kilauea.

Source : USGS / HVO.

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In 2011, when I worked on the lava cooling process (see the summary of my study under the heading of this blog) in Hawaii Volcanoes National Park, in relation with HVO, Jim Kawaikawa, then in charge of the Observatory, explained to me the importance of the chemical analysis of the lava in the context of eruptive prediction. He also thanked me for posting the results of the lava samples I had collected in the field.

Each new eruption at Kilauea provides a glimpse into what is happening inside the volcano and its magma reservoirs. The recent summit eruption, which began on December 20th, 2020, provides HVO with a window  inside the volcano and allows to learn more about where the magma supplying the eruption is coming from.

To know about where magma is stored and how it moves prior to an eruption, geologists can measure the chemistry of erupted materials such as minerals, and dissolved gases or gas bubbles. The chemistry can tell them a lot about how hot the magma was at depth, how long it sat inside the volcano prior to arriving at the surface, and how different magmas (old vs. fresh, cooler vs. hotter) might have mixed together before erupting.

A simple way to start investigating is to look at how much magnesium (Mg) the lava contains.

Geochemists use Mg (expressed as MgO, or magnesium oxide) to determine how hot a magma is, which indicates how recently it arrived at Kilauea from its source. Higher MgO contents indicate “fresh” hot magmas entering Kilauea’s shallow reservoir shortly prior to eruption, whereas lower MgO contents reflect “older” and colder magmas that have been stored within the volcano for longer periods of time.

Shortly after the first tephra erupted on December 20th and 21st, 2020, HVO scientists worked with the electron microprobe lab housed at the University of Hawaii at Manoa to measure MgO in the new lavas. These have glass MgO contents of approximately 7 weight percent, which is very similar to the composition of Kilauea’s previous lava lake in 2018. This indicates that the current eruption did not begin with “fresh” hot magma entering Kilauea’s shallow summit reservoir. Instead, the eruption is likely drawing magma from the same shallow source that fed the 2008–2018 lava lake.

Olivine crystals – commonly found in Hawaiian lavas – also have a lot of Mg. In olivine, the abundance of Mg is expressed as the forsterite content (Fo), which is a ratio of how much Mg there is compared to the iron (Fe) content [Mg/(Mg+Fe)x100]. Similar to the glasses, higher Mg in olivine (for example, higher Fo) means that the crystals grew from hotter, fresher magmas. If the olivine Fo content is low, it tells scientists that the crystals grew in a cooler magma. The first olivine crystals to grow in the freshest, hottest magmas rising beneath Kilauea typically have Fo contents of 88–90.

Kilauea’s newest olivine crystals, which are typically about 0.5 mm in diameter, have relatively low Fo values of 82. This suggests that the crystals grew in relatively cool magmas stored at shallow depths, a few kilometres below the ground surface. The crystals are also chemically homogeneous, meaning that there are no changes in Fo content from the middle to the rim. This shows that mixing between hotter (higher MgO) and colder (lower MgO) magmas has not occurred recently at Kilauea’s summit.

Together, the low-MgO glasses and homogeneous, low-Fo olivine indicate that hot, fresh magma has not been erupted. Instead, these compositions reveal that older, “cooler” magma, possibly the left-over magma from 2018 eruption, is being emitted now at Kilauea’s summit.

Source: USGS / HVO.

Vue au microscope, le 26 décembre 2020, d’un échantillon de lave émise lors de la dernière éruption, avec cheveux et larmes de Pele.

Zoom sur l’image électronique de cette lave, où les niveaux de gris indiquent la teneur relative en fer. On aperçoit de très petits cristaux de clinopyroxène et de plagioclase à côté des vésicules.

Autre image électronique de la lave qui contient de petits cristaux d’olivine ainsi que des spinelles.

(Source : Université d’Hawaii à Manoa, USGS / HVO).

Sicile et St Vincent-et les-Grenadines : volcans et virus // Sicily and St Vincent-and-the Grenadines : volcanoes and Covid-19

La situation n’a pas beaucoup changé à La Soufrière de Saint-Vincent. Le dôme continue de croître lentement dans le cratère. La zone de végétation brûlée continue de progresser vers la lèvre supérieure Est du cratère. On observe toujours des panaches de vapeur depuis l’Observatoire de Belmont. Les personnes vivant dans des zones proches du volcan doivent s’attendre à de fortes odeurs de soufre. Il y a eu plusieurs fausses informations ces derniers jours. Contrairement à ce qui a été écrit dans les journaux et sur les réseaux sociaux, il n’y a pas eu de lahars sur le volcan et il n’y a pas eu d’évacuation non plus. Le niveau d’alerte reste à Orange.

En fait, la principale préoccupation des autorités locales est la propagation du Covid-19. Il y a maintenant environ 600 cas à Saint-Vincent.

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Dans sa dernière mise à jour sur l’Etna (20 janvier 2021), l’INGV indique que la coulée de lave précédemment observée sur le flanc nord du cratère SE n’est plus alimentée et a cessé de progresser. Cependant, une activité strombolienne est toujours observée au niveau du cratère. Le tremor éruptif se maintient à un niveau élevé avec sa source dans la zone du cratère SE, à environ 2900 mètres d’altitude.

Une activité strombolienne soutenue est toujours observée sur le Stromboli dans les zones Nord et Centre-Sud de la terrasse cratèrique, avec des explosions toutes les 5 à 10 minutes. La lave a cessé de couler le long de la Sciara dal Fuoco, mais de nouveaux débordements restent possibles. La Covid-19 est très active en Sicile. À ce jour, environ 47 000 personnes ont été contaminées. Le 23 janvier, les autorités sanitaires indiquaient que 3.194 personnes étaient décédées en Sicile depuis le début de la pandémie. .

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The situation has not much changed at St Vincent’s La Soufriere. The dome continues to grow slowly within the crater. The area of burnt vegetation continues to progress and has now expanded towards the top eastern rim of the crater. Steam can still be observed from the Belmont Observatory. Persons living in areas close to the volcano should expect strong sulphur smells. There have been several fake news in the past days. Contrary to what has been written in the newspapers and in the social media, there have been no lahars on the volcano and there have been no evacuations either. The alert level remains at Orange.

Actually, the main preoccupation of local authorities is the spreading of Covid-19. There are now about 600 local cases at St. Vincent.

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In its latest update about Mt Etna (January 20th, 2021), INGV indicates that the lava flow previously observed on the north flank of the SE Crater is no longer fed and has stopped moving forvard. However, strombolian activity is still observed at the crater. The eruptive tremor keeps a high level with its source in the area of the SE Crater, about 2,900 metres above sea level.

Sustained strombolian activity is still observed at Stromboli in the North and South-Central areas of the crater terrace, with explosions every 5-10 minutes. Lava has stopped flowing down the Sciara dal Fuoco, but more overflows remain possible.

Covid-19 is very active in Sicily. Up to now, about 47,000 persons have been contaminated. On January 23rd, health authorities indicated that 3.194 persons had died in Sicily since the start of the pandemic.

Le cratère de la Soufrière et le dôme de lave (Source : UWI)

Un nouveau laboratoire pour le HVO (Hawaii) // New lab for HVO (Hawaii)

L’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO), géré par l’USGS, vient d’acquérir un nouveau laboratoire qui permettra aux scientifiques de mieux comprendre les propriétés physiques des téphras. Le mot « tephra » ou « téphra » fait référence à tous les types et toutes les tailles de fragments de roche projetés par un volcan en empruntant une trajectoire aérienne lors d’une éruption. Les téphras incluent les cendres, les bombes, les scories ou même les cheveux et les larmes de Pelé.

Ce nouveau laboratoire d’analyse de téphras permettra au HVO de déterminer la densité, la taille et la forme des particules, ainsi que les différents types de téphras émis par un volcan. En utilisant ces informations, les géologues du HVO seront en mesure d’analyser toute une gamme de phénomènes, depuis l’ascension du magma et le processus éruptif jusqu’aux dépôts de cendres laissés par les  éruptions du passé. Il est important d’obtenir ces mesures aussi précisément et rapidement que possible lors d’une éruption.

Le nouveau laboratoire du HVO est unique par sa capacité à analyser une vaste gamme d’échantillons, de un mètre à un micron (10-6 m). Le traitement des échantillons est non destructif et l’analyse est rapide. Chaque type de mesure ne prend que quelques minutes, et on estime que l’ensemble des mesures prend 1 à 2 heures. La méthode non destructive d’utilisation de ces nouveaux instruments est révolutionnaire ; elle permet aux chercheurs d’effectuer une suite complète d’analyses sur le même échantillon – au lieu d’utiliser différents échantillons du même matériau – pour une compréhension plus complète des éruptions. Cela permet également de préserver dans leur intégrité tous les  échantillons.

La première étape consiste à étudier les composants de l’échantillon afin de comprendre à quel type d’éruption les scientifiques sont confrontés.

Pour les échantillons de téphras prélevés directement sur le terrain, le HVO dispose de deux nouveaux stéréoscopes à lumière réfléchie. Lors de leur utilisation, les géologues peuvent séparer manuellement les différents composants de l’échantillon, tels que la lave juste prélevée, les cristaux, ou les petits morceaux de la paroi du cratère.

Au cours de l’étape suivante, les chercheurs mesurent la densité des échantillons. Pour les échantillons de lave, la mesure de la densité permet de comprendre quelle était la consistance du magma lors de son émission ; cela renseigne sur la dynamique de l’éruption. La densité de l’échantillon est déterminée en mesurant sa masse et son volume. Pour les morceaux de téphra de plus de cinq centimètres, le volume est calculé à l’aide d’un scanner 3D, puis l’échantillon est pesé. Les grains plus petits, depuis les lapilli jusqu’à la poudre de cendre, sont placés dans un pycnomètre à gaz, une machine qui calcule la densité directement en utilisant le principe d’Archimède de déplacement du volume en injectant de l’azote gazeux. Les pycnomètres fonctionnent aussi bien avec des scories et de la pierre ponce qu’avec des cendres ; ils permettent de comprendre la dynamique des éruptions.

La troisième étape est la mesure de la taille des échantillons, ce qui donne des informations sur la façon dont le magma s’est fragmenté pour produire des téphras pendant les épisodes de fontaines de lave et les explosions. Les fragments de plus de 3 centimètres sont tamisés à la main, de manière traditionnelle, tandis que les grains plus petits sont soumis à un Camsizer, un appareil de dernière génération qui photographie chaque fragment et convertit l’image en mesure de la taille. Le flux de particules passe devant une source de lumière stroboscopique LED ultra lumineuse et plane. Les Camsizers peuvent mesurer des dizaines de milliers de fragments en seulement 5 minutes. De plus, ils utilisent les images pour mesurer la forme 2D des fragments en utilisant des paramètres mathématiques établis. Les informations concernant la taille des fragments sont essentielles pour les modèles de fontaines de lave et de cendres.

L’étape finale peut prendre des semaines, voire des mois. Elle consiste à découper les échantillons en fines lamelles et à les étudier au microscope pétrographique. Le HVO possède deux nouveaux microscopes pétrographiques avec différents ensembles de lentilles: l’un peut évaluer la taille des bulles, la texture des bulles ainsi que la texture de mélanges de magmas, tandis que l’autre peut se concentrer sur les cristaux et les inclusions.

Les nouveaux instruments d’analyse de téphras que vient d’acquérir le HVO sont actuellement en cours d’étalonnage. Les échantillons prélevés pendant l’éruption en cours seront les premiers analysés. Ce nouveau laboratoire permet une analyse quasiment en temps réel des produits émis et donc une meilleure surveillance des éruptions.

Source: USGS / HVO.

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The USGS Hawaiian Volcano Observatory (HVO) has been granted a new laboratory that will allow scientists to better understand the physical properties of tephra.

Tephra is any type and size of rock fragment that is ejected from a volcano and travels an airborne path during an eruption. Examples include ash, bombs, scoria, or Pele’s hair and Pele’s tears.

The tephra lab will help HVO determine the density, size, and shape of individual tephra particles along with types of tephra. Using this information, HVO geologists can analyse a range of topics, from magma ascent and eruption processes to ashfall deposits from past explosive eruptions. It is important to get these measurements as accurately and quickly as possible during an eruption.

HVO’s new lab is unique in its ability to analyze a wide size range of samples, from one metre to one micron (10-6 m). The sample processing is non-destructive and analysis is fast with each type of measurement taking only minutes, and all measurements are estimated to take 1–2 hours total. The non-destructive nature of these new instruments and methods is revolutionary and allows researchers to perform a full suite of analyses on the same sample, instead of different samples of the same material for a more integrated understanding of eruptions. This also allows samples to be fully preserved.

The first step consists in studying the sample components. Componentry helps understand what type of eruption scientists are dealing with.

For tephra samples straight from the field, HVO has two new stereoscopes that use reflected light. Looking through them, geologists can manually separate the different components that might make up the sample, such as fresh glassy lava, crystals, and small pieces of the crater wall.

Next, the researchers measure density. For pieces of lava, measuring density helps understand how frothy the magma was when it erupted, which tells us about eruption dynamics.

Sample density is determined by measuring its mass and volume. For pieces of tephra larger than five centimetres, the volume is calculated using a 3D scanner, and then the sample is weighed. Smaller grains from gravel to powdery ash sizes will be placed in a pycnometer, a machine that calculates density directly using Archimedes principle of volume displacement with nitrogen gas. The pycnometers work with foams (scoria and pumice) as well as ash and helps understand eruption dynamics.

Then, the samples will be measured for size, which give information about how magma gets ripped apart to produce tephra from lava fountains and explosions. Fragments larger than 3 centimetres are sieved in the traditional manual way, while smaller grains will run through one of the new Camsizers ; this is a machine that photographs each fragment and converts the image to a size measurement. The Camsizers can measure tens of thousands of fragments in as little as 5 minutes. Additionally, they use the images to measure the 2D shape of fragments using established mathematical parameters. Size information is essential for models of lava fountaining and ashfall.

A final step that may take weeks to months. It consists in turning pieces into a thin section for final analysis on a petrographic microscope. HVO has two new petrographic microscopes with different sets of lenses: one can assess bubble sizes, bubble textures, and magma-mixing textures, while the other can focus on crystals and melt inclusions within them.

HVO’s new tephra lab instruments currently being calibrated. Samples from the current eruption will be the first analyzed. The HVO tephra lab brings physical volcanology monitoring of eruptions to near-real time analysis.

Source : USGS / HVO.

Photo : C. Grandpey

Etna : L’épisode éruptif du 18 janvier vu par Boris Behncke // Mt Etna: The 18 January eruptive episode as seen by Boris Behncke

Boris Behncke (INGV Catane) a publié une description très détaillée de l’épisode éruptif observe sur l’Etna dans la soirée du 18 janvier 2021.

L’histoire de cette dernière éruption est à relier à des événements qui se sont produits en amont.

Après les paroxysmes des 13-14, 21 et 22 décembre 2020, l’activité au niveau des cratères sommitaux de l’Etna s’est poursuivie sous une forme réduite au niveau du Cratère Sud-Est (CSE) et, de manière plus intermittente, dans la Voragine, la Bocca Nuova et le Cratère Nord-Est.

Dans la matinée du 17 janvier 2021, un petit débordement de lave a été observé au niveau de la bouche orientale du CSE ; il a alimenté une coulée de lave qui s’est dirigée vers la Valle del Bove (voir la note du 17 janvier sur ce blog). Ce débordement s’est probablement terminé entre l’après-midi du 17 et le matin du 18 janvier,

En fin d’après-midi le 18 janvier, deux bouches situées dans la partie orientale du CSE ont poursuivi leur activité strombolienne, tandis que la coulée de lave de la veille s’était arrêtée et était en cours de refroidissement.

Entre 19h30 et 20h00, au moment où l’on observait une hausse soudaine de l’amplitude du tremor volcanique, l’activité explosive du CSE a progressivement augmenté.

Vers 20heures, un nouveau débordement de lave a été émis par la bouche la plus à l’est en direction de la Valle del Bove. Cette coulée a bifurqué à la base du cône et de violentes explosions se sont produites suite à l’interaction de la lave avec la neige tombée pendant la journée.

Au cours de la phase d’activité la plus intense, entre 21h20 et 21h30, un deuxième débordement de lave s’est produit à partir d’une ouverture apparue sur la lèvre du cratère lors de l’épisode éruptif du 18-20 juillet 2019. Cette coulée de lave a, elle aussi, fortement interagi avec la neige. L’activité explosive a généré une colonne éruptive, qui s’est élevée à quelques kilomètres au-dessus du sommet de l’Etna avant d’être poussée par le vent en direction du sud-est où des retombées de cendre ont été observées ; elles ont atteint la côte ionienne dans la région d’Acicastello-Acireale.

Après 21h30, l’activité explosive a rapidement diminué ; l’amplitude du tremor volcanique a montré une forte baisse; et l’alimentation des coulées de lave a cessé.

Pendant la nuit et le matin du 19 janvier, une faible activité strombolienne s’est poursuivie dans le CSE, parfois accompagnée d’émissions de cendres, tandis que des explosions sporadiques se produisaient dans la Voragine.

Le matin du 19 janvier, le satellite Sentinel 2 a acquis une nouvelle image de l’Etna montrant des anomalies thermiques à l’intérieur des quatre cratères sommitaux et des coulées de lave émises la veille au soir.

Les manifestations éruptives de ces derniers mois se sont produites dans une période d’activité sommitale classique qui a débuté sur l’Etna au printemps 2019. Ces épisodes, également appelés «paroxysmes», sont un phénomène très courant dans l’activité récente de l’Etna.

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Boris Behncke (INGV Catania) has given a very detailed description of the eruptive episode observed on Etna on the evening of January 18, 2021.

The story of this latest eruption can be traced back to events that happened several months before. After the paroxysms of 13-14, 21 and 22 December 2020, the activity at Mt Etna’s summit craters continued in a reduced form at the South-East Crater (SEC) and, more intermittently, in the Voragine, the Bocca Nuova and the Northeast Crater.

On the morning of January 17th, 2021, a small lava overflow was observed at the eastern vent of the SEC; it fed a lava flow that headed towards the Valle del Bove (see the January 17th post on this blog). This overflow probably ended between the afternoon of January 17th and the morning of January 18th,

In the late afternoon of January 18th, two vents in the eastern part of the CSE continued their Strombolian activity, while the lava flow of the previous day had stopped and was cooling.

Between 7:30 p.m. and 8:00 p.m., when a sudden increase in the amplitude of the volcanic tremor was observed, the explosive activity of the SEC gradually increased.

At around 8 p.m., a new lava overflow was emitted from the easternmost vent towards the Valle del Bove. This flow bifurcated at the base of the cone and violent explosions occurred as a result of the interaction of the lava with the snow that fell during the day.

During the most intense phase of activity, between 9:20 p.m. and 9:30 p.m., a second lava overflow occurred from an opening that had appeared on the crater rim during the eruptive episode of July 18-20, 2019 This lava flow also strongly interacted with the snow. The explosive activity generated an eruptive column, which rose a few kilometers above the summit of Mt Etna before being blown by the wind in a south-easterly direction where ashfall was observed. It reached the Ionian coast in the region of Acicastello-Acireale.

After 9:30 p.m., the explosive activity quickly subsided; the amplitude of the volcanic tremor showed a strong decrease; and the supply of lava flows ceased.

During the night and morning of January 19th, weak Strombolian activity continued in the SEC, sometimes accompanied by ash emissions, while sporadic explosions occurred in the Voragine.

On the morning of January 19th, the Sentinel 2 satellite acquired a new image of Mt Etna showing thermal anomalies within the four summit craters and lava flows emitted the night before.

The eruptive events of the last few months have occurred in a period of classic summit activity which began on Mt Etna in the spring of 2019. These episodes, also called « paroxysms », are a very common phenomenon in Mt Etna’s recent activity.

Quand l’Etna se donne en spectacle… // When Mt Etna puts on a show …

Après la coulée de lave mentionnée dans ma dernière note à propos du volcan sicilien, l’Etna s’est vraiment donné en spectacle dans la soirée du18 janvier 2021, comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous. Une intense activité strombolienne a débuté sur le Cratère Sud-Est (CSE), accompagnée de fontaines et coulées de lave. Les images des caméras de surveillance de l’INGV ont montré à partir de 20h15, un nouveau débordement de lave en direction de la Valle del Bove. Le front de coulée a atteint une altitude d’environ 2900 m. Comme précédemment,  les données GPS ne montrent pas de déformation significative de l’édifice volcanique. L’événement n’a duré que quelques heures et le tremor a maintenant retrouvé une valeur normale.

A noter que dans l’après-midi du 18 janvier, un débordement de lave est également apparu sur le Stromboli, mais les scientifiques ont toujours expliqué que les deux systèmes magmatiques ne sont pas connectés l’un à l’autre.

https://youtu.be/q61m_hZu52s

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After the lava flow mentioned in my last post about the Sicilian volcano, Mt Etna really put on a show on the evening of January 18th, 2021, as can be seen in the video below. Intense Strombolian activity began at the Southeast Crater, accompanied by lava fountains and lava flows. The images from INGV’s surveillance cameras showed from 8:15 p.m. a new lava overflow towards the Valle del Bove. The flow front reached an altitude of about 2900 m. As before, the GPS data does not show any significant deformation of the volcanic edifice. The event only lasted a few hours and the tremor has now returned to normal.

It should be noted that on the afternoon of January 18th, a lava overflow was also observed on Stromboli, but scientists have always explained that the two magmatic systems are not connected to each other.

https://youtu.be/q61m_hZu52s

Capture d’écran de la vidéo ci-dessus

Nouvelle coulée de lave sur l’Etna (Sicile) // New lava flow on Mt Etna (Sicily)

Dans son dernier bulletin du 17 février 2021, l’INGV indique que les webcams de l’Etna (Sicile) montrent un débordement de lave à partir de la bouche Est du Cratère Sud-Est (CSE). La lave s’épanche sur le versant E  du cratère, en direction de la Valle del Bove. Le front de coulée se trouve à une altitude d’environ 3000 mètres.

S’agissant de l’activité explosive des cratères sommitaux, on observe une diminution de la fréquence des événements stromboliens dans le CSE, alors que l’activité strombolienne reste pratiquement inchangée dans la Voragine et la Bocca Nuova.

L’amplitude du tremor fluctue sur des valeurs moyennes-hautes, la source se situant dans la zone du cratère SE entre 2,8 et 3 km au-dessus du niveau de la mer.

Il n’y a pas de variations significatives des signaux de déformation.

Source : INGV.

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In its latest update of February 17th, 2021, INGV indicates that Mt Etna’s webcams (Sicily) show a lava overflow from the eastern vent of the Southeast Crater (SEC). Lava flows on the E side of the crater, towards the Valle del Bove. The flow front is located at an altitude of approximately 3000 metres.

Regarding the explosive activity of the summit craters, there is a decrease in the frequency of Strombolian events in the SEC, while Strombolian activity remains unchanged in Voragine and Bocca Nuova.

The amplitude of the tremor fluctuates on medium-high values, the source being located in the area of the SE Crater between 2.8 and 3 km above sea level.

There are no significant variations in the deformation signals.

Source: INGV.

La Soufrière de St Vincent: Une éruption et des questions // St Vincent’s La Soufriere: An eruption and questions

Le dôme de lave continue de croître dans le cratère de La Soufrière. Il représente en ce moment environ les trois quarts de la hauteur du dôme de 1979. La croissance se poursuit en direction de l’est et l’ouest du cratère, dans le fossé qui entoure le dôme de 1979.

On observe des émissions de gaz à partir de plusieurs zones du dôme de 1979, mais aussi au niveau de plusieurs fissures qui se sont ouvertes dans le plancher du cratère. Les dégâts subis par la végétation sont importants dans les parois intérieures est, sud et ouest du cratère.

Les émissions de gaz et de vapeur sont visibles depuis l’Observatoire de Belmont. Les personnes vivant dans des zones proches du volcan doivent s’attendre à de fortes odeurs de soufre en fonction de l’orientation du vent.

Le niveau d’alerte reste à Orange. Aucun ordre d’évacuation n’a été émis. Le public doit s’abstenir de visiter La Soufrière.

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Les habitants de St Vincent, mais aussi par les scientifiques qui travaillent sur La Soufrière se demandent si le nouveau dôme peut déborder de la lèvre du cratère. En l’état actuel des choses,  il y aura des signes avant-coureurs si une telle situation devait se produire. Grâce aux vols d’observation et aux caméras de surveillance, les scientifiques disent qu’ils sauront quand la lave sera sur le point de déborder du cratère.

Le 4 janvier 2021, le volume du dôme était estimé à environ 700 000 m3. Si la vitesse de croissance actuelle se poursuit, il faudra environ six mois et demi pour que le dôme recouvre la totalité du cratère. Le 12 janvier 2021, le nouveau dôme se développait à raison d’environ 1,5 m3 par seconde.

Une autre question est souvent posée: Si l’éruption devient explosive, y a-t-il un risque de tsunami? Bien que les tsunamis ne soient pas exceptionnels dans les Caraïbes orientales, l’UWI tient à rassurer le public et explique que le risque d’un tsunami, en ce moment, est très faible.

Les tsunamis volcaniques sont généralement causés par l’entrée d’une masse importante de matériaux dans un lac, dans la mer ou un océan. L’événement déplace alors un volume d’eau important. Lors d’éruptions volcaniques, les pans entiers d’un volcan peuvent s’effondrer, soit à cause de l’éruption, soit parce qu’un grand volume de matériaux disparaît dans l’eau. [NDLR : C’est ce qui s’est passé à Stromboli (Sicile) le 31 décembre 2002 avec l’effondrement d’une énorme partie sous-marine de la Sciara del Fuoco.]

En ce qui concerne La Soufrière, les scientifiques de l’UWI ne pensent pas qu’un effondrement des flancs du volcan se produira. En conséquence, le risque de tsunami est faible.

Source : Presse locale.

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The dome continues to grow within the crater of La Soufriere volcano. It is now about three quarters the height of the pre-existing 1979 dome. The growth continues with lateral spreading of material towards the east and west along the moat areas surrounding the 1979 dome.

Gas emissions are observed from several areas of the 1979 dome as well as the crater floor through several cracks which have developed.

Damage to the vegetation is extensive within the eastern, southern, and western parts of the inner crater walls.

Gas and steam emissions can still be observed from the Belmont Observatory. Persons living in areas close to the volcano should expect strong sulphur smells, depending on changes in wind direction.

The alert level remains at Orange. No evacuation order has been issued. The public should refrain from visiting the La Soufrière Volcano.

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The main question asked by St Vincent’s residents, but also by the scientists currently working on the La Soufriere volcano is: Can the new dome overtop the existing crater rim? For the time being, there will be ample warning if this were to occur. With continuing observation flights and the monitoring cameras, scientists say they will know when it is going to spill over.

As of January 4th, 2021, the volume of the dome was estimated at about 700,000m3. If the current effusion rate continues, it will take it about six and a half months to cross the crater rim. As of January 12th, 2021, the new dome was growing at an approximate rate of 1.5 m3 per second.

Another question is : If the eruption becomes explosive, is there a risk of a tsunami? Although tsunamis are no stranger to the Eastern Caribbean, UWI want to reassure the public and explain that the threat of a tsunami, at this time, is very unlikely.

Volcanic tsunamis are generally caused by a large mass entering a body of water (a lake, sea, or ocean) and displacing a significant volume of water. In volcanic eruptions, large parts of a volcano can fail – either because of the explosive eruption or a large volume of loose material falling into the water. [Personal note: This is what happened at Stromboli (Sicily) on December 31st, 2002 with the collapse of a huge submarine chunk of the Sciara del Fuoco.]

As far as La Soufriere is concerned, UWI scientists don’t think a flank collapse will happen. Therefore, the possibility of a tsunami is not very high.

Source : Local news media.

Vue du dôme le 14 janvier 2021 (Crédit photo : UWI)