Destruction de Pompéi : Le 24 octobre 79, pas le 24 août ! // Pompei was destroyed on October 24th, 79, not August 24th !

Nous ne savons pas prévoir les éruptions volcaniques, mais sommes-nous seulement capables de dater celles du passé ?

Jusqu ‘à présent, tous les scientifiques étaient d’accord pour affirmer que l’éruption du Vésuve qui avait entraîné la destruction de Pompéi, Herculanum, Stabies et Oplontis avait eu lieu le 24 août 79 de notre ère. Ils s’appuyaient  sur une copie d’un texte où Pline le Jeune raconte la catastrophe à l’historien Tacite et évoque le neuvième jour avant les calendes de septembre, soit le 24 août. Les archéologues ont, de leur côté, émis de plus en plus de doutes au sujet de cette datation car les indices recueillis sur le terrain plaidaient pour une éruption volcanique survenue en plein automne.

Un graffiti – deux petites lignes inscrites au charbon sur un mur à hauteur d’homme – a été récemment découvert dans la Maison au Jardin, un des édifices actuellement en cours de fouille à Pompéi. L’inscription prouve que la ville n’a pas été détruite par le Vésuve le 24 août 79, mais deux mois plus tard, en octobre 79.

Présenté le mardi 16 octobre 2018 à l’occasion de la visite sur place d’Alberto Bonisoli, ministre italien des biens et activités culturels, ce graffiti donne la date de son inscription : « XVI K NOV », autrement dit « le seizième jour avant les calendes de novembre », soit le 17 octobre. Si la ville avait été ensevelie sous les cendres du Vésuve depuis le 24 août, son auteur n’aurait pu écrire ces mots près de deux mois plus tard.

Cette découverte finira peut-être par convaincre ceux qui s’accrochent à la date du 24 août. Des recherches récentes permettaient déjà d’affirmer que ce n’était pas la bonne date. En effet, on a observé beaucoup de fruits d’automne à Pompéi : noix, figues, châtaignes, pruneaux, grenades et même des sorbes qui se récoltent encore non mûres entre septembre et octobre. De plus, les découvertes réalisées au cours des fouilles ont donné la preuve que les vendanges étaient terminées. Il y avait de la lie, ainsi que des pépins de raisin, et les grands récipients en terre cuite étaient pleins et scellés dans deux villas. Or, les textes des agronomes antiques, comme Columelle mais aussi Pline l’Ancien, précisent que les vendanges commençaient à l’équinoxe d’automne – le 21 septembre – pour se terminer au coucher des Pléiades, le 11 novembre.

D’autres éléments indiquent une date automnale pour l’éruption du Vésuve : la présence, dans les maisons pompéiennes, de nombreux braseros, pas vraiment utiles au mois d’août, ou les gros vêtements que portaient certains habitants.

Il est probable que l’erreur initiale sur la date réelle d’éruption du Vésuve se trouve dans le texte de Pline le Jeune. Des épigraphistes ont, ces dernières années, ressorti d’autres copies de sa lettre à Tacite dont certaines mentionnent le neuvième jour avant les calendes de novembre et non pas celles de septembre. Quelque part, au Moyen Age, un copiste s’est probablement trompé dans la date, et son erreur s’est répercutée jusqu’à ces dernières années. Pompéi a donc été ensevelie sous les cendres le 24 octobre 79 et non pas le 24 août. Le 24 octobre 2018, la ville antique pourra donc célébrer le 1 939ème anniversaire de sa destruction !

Source : Journaux français et italiens.

—————————————————

We are not able to predict volcanic eruptions, but are we only able to date those of the past?
Until now, all scientists agreed that the eruption of Vesuvius, which caused the destruction of Pompeii, Herculaneum, Stabies and Oplontis, took place on August 24th, 79 CE. They relied on a copy of a text in which Pliny the Younger described the disaster to Tacitus and evokes the ninth day before the calends of September, namely August 24th. Archaeologists, for their part, have expressed doubts about this dating because the evidence collected on the ground pleaded for a volcanic eruption that occurred in the autumn.
A graffiti – two small charcoal lines on a man-made wall – was recently discovered in the Garden House, one of the buildings currently being excavated in Pompeii. The inscription proves that the city was not destroyed by Vesuvius on August 24th, 79, but two months later, in October 79.
Presented on Tuesday, October 16th 2018 during the on-site visit of Alberto Bonisoli, Italian Minister for cultural goods and activities, this graffiti gives the date of its inscription: « XVI K NOV », in other words « the sixteenth day before calends of November « , that is, the 17th of October. If the city had been buried under the ashes of Vesuvius since August 24th, its author could not have written these words nearly two months later.
This discovery may end up convincing those who cling on August 24th. Recent research has already indicated that it was not the right date. In fact, a lot of autumn fruits have been observed in Pompeii: walnuts, figs, chestnuts, prunes, pomegranates and even sorbets still harvested between September and October. In addition, the discoveries made during the excavations gave proof that the grape harvests were finished. There were dregs, as well as grape seeds, and the large terracotta pots were full and sealed in two villas. However, the texts of ancient agronomists, such as Columelle but also Pliny the Elder, specify that the grape harvests began at the autumnal equinox – September 21st – and ended at the sunset of the Pleiades, November 11th.
Other elements indicate an autumnal date for the eruption of Vesuvius: the presence, in Pompeian houses, of many braziers, not really useful in August, or the big clothes that carried some inhabitants.
It is likely that the initial error on the actual date of the eruption of  Mt Vesuvius is found in the text of Pliny the Younger. Epigraphers have, in recent years, come out with other copies of his letter to Tacitus, some of which mention the ninth day before the calends of November and not those of September. Somewhere in the Middle Ages, a copyist was probably wrong in the date, and his mistake has been reflected until recent years. Pompeii was thus buried under the ashes on October 24th, 79 and not on August 24th. On October 24th, 2018, the ancient city will then celebrate the 1 939th anniversary of its destruction!
Source: French and Italian newspapers.

Photos: C. Grandpey

Le glissement de l’Etna (Sicile) // Mt Etna’s sliding movement in Sicily

Un article récent paru dans Newsweek nous rappelle que le flanc sud-est de l’Etna glisse dans la Mer Méditerranée à raison de quelques centimètres par an. Selon les scientifiques, « il est important de comprendre ce processus susceptible de générer un effondrement catastrophique du volcan dans le futur ». Le glissement de terrain qui accompagnerait un tel événement pourrait, à son tour, provoquer un tsunami qui menacerait les zones habitées de la région.
Une équipe internationale de chercheurs a proposé une nouvelle approche de cette activité de glissement de l’édifice volcanique, tout en laissant entendre que le mouvement du flanc oriental du volcan pose un risque plus grand que prévu.
Dans un article publié dans la revue Science Advances, les scientifiques expliquent que le flanc E de l’Etna glisse principalement en raison de l’instabilité gravitationnelle. Auparavant, on pensait que c’était la poussée du magma à l’intérieur du volcan qui était responsable du mouvement. Jusqu’à présent, il n’avait pas été possible de dire lequel de ces processus – instabilité gravitationnelle ou poussée du magma – était à l’origine du glissement.
Pour effectuer leur étude, la première de ce type sur le glissement en mer du volcan, les scientifiques ont mis en place et analysé un réseau de cinq transpondeurs sous-marins. Ces appareils étaient équipés de capteurs de pression pour surveiller en permanence le déplacement du fond marin en bordure de la côte E de la Sicile.
Les mesures effectuées par les transpondeurs entre avril 2016 et juillet 2017 ont montré que la déformation de l’Etna s’éloignait de son système magmatique, ce qui donne à penser que la majeure partie du glissement est provoquée par gravité.
Les chercheurs disent qu’ils ne peuvent pas exclure la possibilité d’un effondrement catastrophique du flanc sud-est, bien qu’il soit impossible de dire si, comment et quand cela se produira. De nouvelles recherches seront nécessaires pour faire une telle prévision. Sur la terre ferme, on étudie le mouvement de l’Etna depuis les années 1980, mais trois décennies ne sont pas suffisantes pour tirer des conclusions sur le cycle de vie géologique du volcan qui s’étire qui plusieurs centaines de milliers d’années.
Le résultat le plus intéressant de l’étude est que la vitesse de déplacement est plus importante au large que près du sommet. De nombreux chercheurs pensaient que le glissement d’Etna était provoqué par la pression magmatique au sommet du volcan, mais la dernière étude contredit cette idée. Le mouvement est plutôt causé par un simple glissement vers le bas des flancs sous-marins par gravité, et ce mouvement effectue lui-même une traction sur les pentes supérieures du volcan.
Les archives géologiques montrent que les volcans peuvent s’effondrer de manière catastrophique en suivant ce processus. Il existe de nombreux exemples, comme à Hawaii et aux îles Canaries. Au cours de tels événements, tout un pan du volcan se détache en provoquant un énorme glissement de terrain dévastateur. Selon les chercheurs, ils se produisent dans le monde environ quatre fois par siècle. Les auteurs de cette dernière étude attirent l’attention sur ce point, mais à l’heure actuelle, notre connaissance des précurseurs de tels événements catastrophiques est très rudimentaire, ce qui rend impossible toute prévision fiable.
Source: Newsweek.

Sur sa page Facebook, Boris Behncke (INGV Catane) indique que l’activité sismique dans le sud-est de l’Etna et d’autres parties du volcan n’est pas le signe qu’un important séisme est sur le point de se produire ; ce n’est pas non plus le signe d’une éruption imminente. Cela montre seulement la dynamique des flancs de l’Etna, phénomène susceptible d’entraîner une déstabilisation progressive de la montagne. Cela peut également faciliter les mouvements du magma sur les flancs du volcan et provoquer une éruption latérale. Les scientifiques sont actuellement incapables de prédire un tel événement qui sera annoncé par une augmentation de la sismicité avant l’ouverture d’une ou plusieurs fractures éruptives. Les dernières éruptions latérales de l’Etna, avec menace pour des zones habitées, remontent à 1928 (Mascali), 1979 (Fornazzo), 1991 (Zafferana).
Boris demande aux gens de ne pas diffuser d’informations alarmantes, comme celles concernant un séisme majeur, bien que le risque existe réellement dans l’est de la Sicile.

————————————————

A recent article in Newsweek reminds us that the southeastern flank of Mount Etna is sliding into the Mediterranean Sea at the rate of a few centimetres every year. According to experts, “understanding this process is important as it could precipitate a catastrophic collapse of the volcano in the future.” The resulting landslide could, in turn, produce a tsunami that threatens human life in the region.

An international team of researchers has proposed a new driver for this sliding activity, while suggesting that the volcano’s flank movement poses a greater hazard than previously thought.

In a paper published in the journal Science Advances, the scientists report that the flank is sliding primarily due to gravitational instability. Previously, it was assumed that the pushing of ascending magma inside the volcano was responsible for the movement. Until now, it has not been possible to determine which of these processes could be causing the sliding.

In what was the first such offshore movement monitoring study, the scientists set up and analyzed a network of five underwater transponders. They were equipped with pressure sensors to continuously monitor the displacement of the seafloor around Etna’s submerged southern boundary on Sicily’s east coast.

The observations made with the transponders between April 2016 and July 2017 showed that Etna’s deformation increased away from its magma system, suggesting that the bulk of the sliding is being driven by gravity.

The researchers say they cannot exclude the possibility that the southeastern flank might collapse catastrophically, although it is impossible to say if, how and when this could happen. More research is required to make such a prediction. On land, this motion has been tracked since the 1980s but three decades is almost nothing compared to the geologic life cycle of the volcano.

The most interesting result of the study is that the rate of movement is greater offshore than near to the summit. Many previous researchers had supposed that Etna’s sliding was initiated by magmatic pressure from the active summit, but this study contradicts that idea. The movement is instead caused by simple downslope sliding of the submarine flanks under gravity, this movement then pulling on the upper slopes of the volcano.

The geological archives show that volcanoes can collapse catastrophically from this process. There are numerous examples of this, the largest ones being in Hawaii and the Canary Islands. Such events involve a large sector of the volcano detaching itself in one massive, devastating landslide, and occur worldwide about four times per century, according to the researchers. The authors of this study draw attention to this, but at present our knowledge of the precursors to such disastrous events is very rudimentary, making meaningful predictions impossible.

Source: Newsweek.

On his Facebook page, Boris Behncke (INGV Catania) indicates that seismic activity in SE Etna and other parts of the volcano is neither the sign of an imminent major earthquake nor of an imminent eruption. It is just a sign of the dynamics of Mt Etna’s flanks which may lead to a progressive destabilisation of the mountain. This may, in turn, facilitate magma movements of the flanks of the volcano and cause a flank eruption. Scientists are currently unable to predict such an event which will be announced by an increase in seismicity before the opening of an eruptive fissure. Mt Etna’s last flank eruptions threatening populated areas date back to 1928 (Mascali), 1979 (Fornazzo), 1991 (Zafferana).

Boris asks people not to spread alarming information, like the ones concerning a major earthquake, although the risk really exists in eastern Sicily.

Photo: C. Grandpey

 

 

 

Septembre 2018 encore trop chaud // Still too hot in September 2018

La NASA vient de publier ses chiffres concernant la température moyenne du mois de septembre 2018. Il se situe en sixième position depuis le début des relevés de la NASA en 1880.  A noter que les six mois de septembre les plus chauds depuis 1880 ont tous été observés ces six dernières années.

Avec +0,75°C au-dessus de la moyenne 1951-1980, l’anomalie relevée en septembre 2018 est en petite baisse par rapport à août (+0,77°C).  .

Pour le mois de septembre, sur les 100 dernières années, le réchauffement est de +0,09°C/décennie. Sur les 20 dernières années (depuis 1998), on note une accélération à +0,19°C/décennie.

Pour l’année en cours (janvier-septembre), 2018 est à +0,81°C. Le trio record 2015-2016-2017 est encore devant à la faveur de conditions qui furent plus chaudes dans le Pacifique. Les températures de surface de la mer sont cependant en train de remonter dans l’océan Pacifique central et oriental, en phase de transition très probable vers un petit El Niño.  Malgré la tendance à la baisse des températures dans le Pacifique depuis 2016, due à la variabilité naturelle, la température de l’air ne retombe pas au niveau d’avant 2016. C’est le signe que la hausse récente des températures est liée aux gaz à effet de serre.

Source : NASA.

———————————————–

NASA has just published its own figures for the average temperature of September 2018. This month is in sixth position since the NASA survey began in 1880. It should be noted that the six warmest months of September since 1880 have all been observed over the last six years.
With + 0.75°C above the 1951-1980 average, the anomaly recorded in September 2018 is down slightly from August (+ 0.77°C). .
For the month of September, over the last 100 years, the warming is + 0.09°C per decade. Over the last 20 years (since 1998), there has been an acceleration of + 0.19°C per decade.
For the current year (January-September 2018), the increase is + 0.81°C. The record trio 2015-2016-2017 is still ahead thanks to conditions that were warmer in the Pacific. However, sea surface temperatures are rising in the central and eastern Pacific Ocean, in the very likely transition phase to a small El Niño. Despite the trend of decreasing temperatures in the Pacific since 2016, due to natural variability, the air temperature does not fall back to the pre-2016 level. This is the sign that the recent rise in temperatures is related to greenhouse gases.
Source: NASA.

Anomalies thermiques pour septembre 2018 (Source: NASA)

Tazieff l’avait prédit !

C’était le 4 septembre 1979. Au cours de l’émission télévisée « Les Dossiers de l’Ecran » animée par Jérôme Pasteur, qui rassemblait le Commandant Cousteau, le glaciologue Claude Loroius et Haroun Tazieff, le volcanologue a tenu des propos qui semblent incroyablement prophétiques aujourd’hui. Garouk a expliqué que si la montée du niveau de la mer est effectivement à craindre, « ce ne seront pas les volcans qui le feront […] Ce qui peut le faire, c’est la pollution industrielle. »  Selon lui, elle dégage des quantités de produits chimiques de toutes natures dont une énorme quantité de gaz carbonique. Ce dernier se propage dans l’atmosphère et risque de faire de cette dernière «une espèce de serre», un constat admis aujourd’hui mais qui, à l’époque, semblait difficilement concevable.

Le Commandant Cousteau n’était pas d’accord avec Tazieff et a qualifié ses propos de « baratin.» Selon lui, si l’homme «fabrique beaucoup de CO2, il y a des «correcteurs automatiques», référence aux forêts et aux océans.

Haroun Tazieff a poursuivi son raisonnement et dressé un portrait bien sombre des années à venir, mais que l’on retrouve dans les messages d’alerte lancés par différentes organisations environnementales aujourd’hui. Il a en particulier évoqué «une fusion des glaces polaires aussi bien au sud qu’au nord, des glaces de montagnes» qui serait possible avec seulement deux ou trois degrés d’augmentation de la température de la planète. Il a conclu son propos en parlant d’une «montée des eaux et donc noyade de toutes les côtes basses, New York et Le Havre, Marseille et Nice et Londres.» Jérôme Pasteur lui a alors fait remarquer qu’il était «en train de paniquer les populations». C’était peut-être le moment de le faire !

Vous pourrez retrouver le débat en cliquant sur ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=d6whs8t0WHU

Il faut se souvenir qu’à la fin des années 1970, la science mettait déjà le monde en garde sur le risque d’une catastrophe planétaire à cause du dioxyde de carbone. En cette même année 1979, le Rapport Charney, commandé par l’administration du Président Jimmy Carter à l’Académie des Sciences américaine ne laissait que peu de doute sur ce qui devait se produire : « Si le dioxyde de carbone continue à s’accumuler dans l’atmosphère, le groupe d’experts ne voit aucune raison de douter que des changements du climat en résulteront, ni aucune raison de penser qu’ils seront négligeables. » Et de conclure : « Attendre pour voir avant d’agir signifie attendre qu’il soit trop tard. »

En 1979, il était peut-être encore temps d’agir, mais aujourd’hui ? La courbe Keeling (conçue à partir de relevés effectués sur le Mauna Loa à Hawaii) sur la seule dernière année (octobre 2017-octobre 2018) confirme que le gaz carbonique continue de s’accumuler dans l’atmosphère : 403,50 ppm en 2017 et 405,97 ppm en octobre 2018 !

Source: Scripps Institution of Oceanography

Donald Trump: Une prise de conscience du changement climatique ? Pas si sûr ! // An awareness of climate change? Not so sure !

Le Président Donald Trump serait-il en train de revenir sur son affirmation selon laquelle le changement climatique est un canular? Dans une récente interview accordée à l’émission « 60 minutes » de la chaîne de télévision CBS, il a déclaré qu’il ne savait pas si l’Homme était responsable du changement climatique et que, selon lui, il y aurait « un retour à la normale. » Il a ajouté qu’il ne souhaitait pas mettre les Etats-Unis en difficulté face au changement climatique: « Je pense que quelque chose est en train de se passer. Quelque chose est en train de changer et cela va changer à nouveau. Je ne pense pas que ce soit un canular. Je pense qu’il y a probablement une différence, mais je ne sais pas si l’Homme est responsable. Je ne veux pas donner des milliards et des milliards de dollars. Je ne veux pas perdre des millions et des millions d’emplois. »
Trump avait qualifié le changement climatique de canular en novembre 2012 avec ce message sur Twitter: « Le concept de réchauffement de la planète a été créé par et pour les Chinois afin de rendre non compétitive l’industrie américaine. » Il a dit plus tard qu’il plaisantait en parlant des Chinois, mais il a continué de qualifier de canular le réchauffement climatique pendant les années qui ont suivi.
Dans la dernière interview avec CBS, il a déclaré: « Je ne nie pas le changement climatique, mais on pourrait très bien avoir un retour en arrière. Vous savez, nous parlons de … millions d’années. »
S’agissant d’un « retour en arrière » climatique, les archives de températures tenues par la NASA et la NOAA montrent que le monde n’a pas connu d’années plus froide que la moyenne depuis 1976, ni de mois plus froid que la normale depuis la fin de 1985.
Trump, qui a récemment visité des régions de Géorgie et de Floride dévastées par l’ouragan Michael, a également exprimé des doutes sur les conclusions des scientifiques qui font un lien entre le changement climatique et des ouragans plus puissants.
Les dernières déclarations de Donald Trump interviennent quelques jours après la publication du rapport du GIEC qui indique que le réchauffement de la planète augmenterait les risques pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique. Le rapport explique comment notre climat, notre santé et nos écosystèmes seraient en meilleur état si les leaders politiques pouvaient limiter d’une manière ou d’une autre dans les années à venir le réchauffement climatique causé par l’Homme.
Source: Presse américaine.

Ne soyons pas naïfs ! Les derniers propos de Donald Trump ne signifient pas qu’il a pris conscience du changement climatique. Ils font partie d’une stratégie politique à quelques semaines des élections de mi mandat qui sont loin d’être gagnées par les Républicains. En adoptant une position intermédiaire moins catégorique, le président américain est certain de se mettre à dos ni les partisans ni les adversaires du changement climatique. Une fois l’échéance électorale passée, tout redeviendra comme avant. On peut se demander combien de désastres environnementaux devront frapper les Etats-Unis avant que Trump réalise que le changement climatique n’est pas un canular !

——————————————–

Is President Donald Trump backing off his claim that climate change is a hoax? In a recent interview with CBS’ “60 minutes”, he said he did not know if it was manmade and suggested that the climate would « change back again. » He added that le did not want to put the U.S. at a disadvantage in responding to climate change: « I think something’s happening. Something’s changing and it’ll change back again. I don’t think it’s a hoax. I think there’s probably a difference. But I don’t know that it’s manmade. I will say this: I don’t want to give trillions and trillions of dollars. I don’t want to lose millions and millions of jobs. »

Trump had called climate change a hoax in November 2012 when he sent a tweet stating, « The concept of global warming was created by and for the Chinese in order to make U.S. manufacturing non-competitive. » He later said he was joking about the Chinese connection, but in years since has continued to call global warming a hoax.

In the latest CBS interview, he said: « I’m not denying climate change, but it could very well go back. You know, we’re talking about over a … millions of years. »

As far as the climate « changing back, » temperature records kept by NASA and NOAA show that the world hasn’t had a cooler-than-average year since 1976 or a cooler-than-normal month since the end of 1985.

Trump, who recently visited areas of Georgia and Florida damaged by Hurricane Michael, also expressed doubt over scientists’ findings linking the changing climate to more powerful hurricanes.

Trump’s comments came just days after IPCC issued a warning that global warming would increase climate-related risks to health, livelihoods, food security, water supply, human security and economic growth. The report detailed how Earth’s weather, health and ecosystems would be in better shape if the world’s leaders could somehow limit future human-caused warming.

Source : Presse américaine.

Don’t be naive! Donald Trump’s latest statement does not mean he has become aware of climate change. It is part of a political strategy just weeks before mid-term elections that are far from being won by the Republicans. By adopting a less categorical middle ground, the US president is sure to stand up to neither proponents nor opponents of climate change. Once the election date has passed, everything will become as before. One can wonder how many environmental disasters the United States will have to face before Trump realizes that climate change is not a hoax!

Ol Doinyo Lengaï, le domaine du dieu….

Dans la série « Légendes volcaniques », voici celle qui entoure l’Ol Doinyo Lengaï qui était l’objet d’une note sur ce blog il y a quelques jours.

Situé dans la vallée du Grand Rift, tout près du Lac Natron, l’Ol Doinyo Lengaï est le seul volcan actif de Tanzanie. En maa, la langue des Masaï, Ol Doinyo Lengaï signifie « Montagne de Dieu. » C’est la demeure d’Engaï, le dieu qui a créé la savane et les troupeaux qui y vivent.

Engaï avait trois fils auxquels il fit trois dons. Au premier il donna une flèche afin qu’il tire sa subsistance de la chasse. Au second il offrit une houe pour cultiver la terre. Au troisième, il confia un bâton pour mener les troupeaux.

Il y a très longtemps, les Masaï sont arrivés du nord en suivant la vallée du Grand Rift. Ils se sont installés avec leurs troupeaux dans ce qui est aujourd’hui la Tanzanie et le Kenya. Pour les avoir créés, Engaï savait que les Masaï étaient les meilleurs éleveurs du monde. Il savait qu’eux seuls seraient dignes de recevoir les plus belles vaches qu’il allait leur offrir.

Un jour, alors que les bergers nomades passaient à proximité de l’Ol Doinyo Lengaï, le dieu fit descendre sur Terre son troupeau sacré par la plus belle des pistes, un arc-en-ciel. En même temps, une fine poussière recouvrit la savane. Les Masaï tendirent sans crainte leur perche vers le volcan car ils comprirent que c’était là que se trouvait la demeure de leur Dieu. Après ce don exceptionnel, les Masaï décidèrent que toutes les vaches ne pouvaient que leur appartenir. Aussi, quand ils rencontraient d’autres peuples éleveurs, ils les considéraient comme des voleurs de bétail et ne songeaient qu’à récupérer leurs troupeaux. Il y eut des combats dont les Masaï, farouches guerriers, sortirent souvent vainqueurs. Ils éliminaient alors les hommes, épousaient les veuves, adoptaient les enfants et s’appropriaient le bétail.

Au cours de l’une de mes observations au sommet de l’Ol Doinyo Lengaï, l’un de nos porteurs masaï s’est approché de moi et m’a demandé : « Toi peur du volcan ? » Je lui ai répondu que non, mais qu’il fallait être prudent et se montrer vigilant. « Et toi ? » lui ai-je demandé à mon tour, « Tu as peur ? » « Oh non ! » m’a-t-il tout de suite répondu. « Lengaï bon pour nous Masaï. Fait bons pâturages. » Le volcan appartient en effet au domaine sacré de ce peuple. Quand une épidémie décime un troupeau ou quand la pluie tarde à venir, les Masaï escaladent ses pentes et font des offrandes à Engaï, leur dieu créateur, qui peut aussi manifester sa colère en provoquant des éruptions ou en déclenchant des sécheresses. Pour l’amadouer, ils lâchent une chèvre ou un veau dans le cratère. Le dieu viendra les chercher… s’il le désire ! Après avoir fait leurs offrandes, ils dorment au sommet du volcan et, au matin, s’ils sont recouverts de poussière blanche, ils savent que leurs prières seront exaucées.

Symbole de fécondité, Engaï accueille les femmes stériles qui prient le dieu de bien vouloir leur accorder l’enfant tant attendu. Une légende raconte que quiconque rencontre Engaï se retrouve couvert d’une fine poussière, blanche comme de la farine. Lors de mon retour à Engare Sero, j’ai déposé mon sac à dos et secoué mes vêtements. J’ai alors eu l’impression de voir une légère poussière blanche être emportée par la chaude brise du soir dans la direction du Lac Natron. Je me plais à rêver que…peut-être…là-haut, pendant que le regardais bouillonner la lave…

Sources : Vulcania, Mémoires Volcaniques, Terres de Feu.

+++++++++++

L’Ol Doinyo Lengaï domine la savane de ses 2962 mètres…

Il est la « Montagne de Dieu » des Masaï, reconnaissables à leurs grandes tuniques rouges….

Les Masaï sont des guides et porteurs précieux…

La montée au sommet du volcan est raide…

Elle offre de superbes vues sur la vallée du Grand Rift…

Engaï aurait-il déposé sa blanche poussière sur les sublimés fumerolliens?

Photos: C. Grandpey

 

 

 

La fonte des glaciers alpins : Approche scientifique // The melting of Alpine glaciers : A scientific approach

Comme je l’ai indiqué à maintes reprises, les glaciers alpins fondent à une vitesse incroyable depuis quelques décennies et ils ont connu un net recul au cours du 20ème siècle. La perte de masse des glaciers s’est intensifiée ces quarante dernières années et a même battu de nouveaux records en 2003, 2009 et 2011.

En collaboration avec le Centre d’Etudes de la Neige et l’Institut de Géosciences de l’Environnement, des scientifiques du centre IRSTEA de Grenoble ont cherché à identifier les causes de ces fontes extrêmes afin de mieux appréhender l’évolution des glaciers. Pour cela, ils se sont appuyés sur une série de mesures des bilans de masse réalisées depuis 1949 sur le glacier de Sarennes, situé à 2850 mètres d’altitude dans le massif des Grandes Rousses. Géré depuis 1971 par l’IRSTEA, ce suivi fournit aujourd’hui l’une des plus longues analyses de bilans de masse de glacier au monde.

Grâce à cette précieuse base de données, les chercheurs ont déjà étudié l’évolution à long terme du glacier de Sarennes et ont confirmé une fonte de plus en plus importante d’année en année. Dans cette nouvelle étude, ils se sont intéressés aux fontes extrêmes, c’est-à-dire intenses et rares. Le but est d’identifier les fontes exceptionnelles, en les dissociant de la tendance à long terme, autrement dit la hausse des moyennes de fonte liée au réchauffement climatique.

Après avoir identifié ces fontes extrêmes, les scientifiques ont étudié les processus physiques en cause, à savoir les échanges énergétiques qui se produisent entre la surface du glacier et l’atmosphère. Parmi les sources de ces échanges d’énergie et donc de chaleur se trouve le rayonnement solaire (qui dépend principalement de la couverture nuageuse) ;  le rayonnement infrarouge des basses couches de l’atmosphère (auquel contribuent les gaz à effet de serre) ; les flux de chaleur latente qui sont, liés à l’évaporation de la glace ou, inversement, à la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique au contact du glacier.

A l’aide d’un modèle d’étude de la fonte glaciaire dans lequel ils ont intégré les 70 ans de mesures de masse du glacier et des données atmosphériques relevées par Météo France sur la même période, les scientifiques ont pu relier les fontes – exceptionnelles ou inhérentes à la tendance à long terme – aux types de flux énergétiques. Il ressort de ces observations que les flux impliqués dans les fontes extrêmes et dans les fontes communes ne sont pas les mêmes ; ils diffèrent en intensité et surtout dans leur nature. Les premières sont essentiellement dues au rayonnement solaire, tandis que les secondes s’expliquent par l’augmentation du rayonnement infrarouge, mais aussi par la réduction du phénomène d’évaporation de la glace, en surface du glacier.

Ce dernier point est assez inattendu. Avec le réchauffement de l’air, la glace devrait s’évaporer de plus en plus, mais ce processus est en fait contrebalancé. En effet, plus l’air est chaud, plus il contient de vapeur d’eau qui, au contact du glacier, limite l’évaporation. Au final, comme l’évaporation est un processus consommant beaucoup d’énergie, sa limitation rend davantage d’énergie disponible pour la fonte.

Même s’il est inattendu, ce résultat est d’une grande importance. Les scénarios climatiques actuels prévoient en effet une hausse des températures de l’air, qui va s’accompagner d’une hausse des gaz à effet de serre et de la vapeur d’eau. Outre l’augmentation du rayonnement infrarouge, les scientifiques s’attendent donc à ce que la réduction de l’évaporation s’accentue et accélère davantage encore la fonte des glaciers.

Source : IRSTEA.

——————————————————–

As I have put it many times, Alpine glaciers have melted at an incredible rate in the last few decades and have retreated sharply in the 20th century. Glacier mass loss has intensified over the last forty years and has even broken new records in 2003, 2009 and 2011.
In collaboration with the Center for Snow Studies and the Institute of Environmental Geosciences, scientists from IRSTEA in Grenoble (France) have sought to identify the causes of these extreme melting periods in order to better understand the evolution of glaciers. For this, they relied on a series of glacier mass measurements carried out since 1949 on the Sarennes Glacier, located at 2850 metres a.s.l. in the Grandes Rousses. Managed since 1971 by IRSTEA, this monitoring now provides one of the longest analyzes of glacier mass balances in the world.
Thanks to this precious database, the researchers have already studied the long-term evolution of the Sarennes Glacier and have confirmed an increasing melting from year to year. In this new study, they are interested in extreme melting periods which are intense and rare. The goal is to identify exceptional melting, dissociating it from the long-term trend, in other words, the increase in melting related to global warming.
After identifying these extreme melting periods, scientists studied the physical processes involved, namely the energy exchanges that occur between the surface of the glacier and the atmosphere. Among the sources of these exchanges of energy and therefore of heat is solar radiation (which depends mainly on the cloud cover); infrared radiation from the lower layers of the atmosphere (to which greenhouse gases contribute); latent heat fluxes that are related to the evaporation of ice or, conversely, to the condensation of atmospheric water vapour in contact with the glacier.
Using a study model of the glacial melt in which they integrated 70 years of measurements of glacier mass and atmospheric data recorded by Météo France over the same period, scientists were able to link the melting – exceptional or inherent to the long-term trend – to the different types of energy flow. These observations show that the flows involved in extreme and concentional melting are not the same; they differ in intensity and especially in their nature. The former are mainly due to solar radiation, while the latter can be explained by the increase in infrared radiation, but also by the reduction of the phenomenon of evaporation of the ice on the surface of the glacier.
This last point was rather unexpected. With the warming of the air, the ice is expected to evaporate more and more, but this process is in fact counterbalanced. Indeed, the hotter the air, the more it contains water vapour which, in contact with the glacier, limits the evaporation. In the end, since evaporation is a process that consumes a lot of energy, its limitation makes more energy available for melting.
Even if it is unexpected, this result is of great importance. The current climate scenarios predict a rise in air temperatures, which will be accompanied by an increase in greenhouse gases and water vapour. In addition to increasing infrared radiation, scientists expect that the reduction of evaporation will increase and accelerate the melting of glaciers even further.
Source: IRSTEA.

On peut voir sur le site de l’IRSTEA deux photos montrant la fonte du glacier de Sarennes entre 1906 et 2016. Des images qui parlent d’elles-mêmes !

Crédit photo: IRSTEA

Tous les glaciers alpins subissent le même sort. Voici, pour rappel, des images du glacier du Rhône, dans le Valais suisse, entre 1981 et 2018.

Photos: C. Grandpey