Les grottes de glace ont-elles un avenir ?

Concentrations de CO2 : 428,26 ppm (04 août2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,86 ppb (mars 2026)

Il y a quelque temps, en observant la fonte des glaciers alpins, je me demandais si la grotte creusée dans le glacier du Rhône, au cœur du Valais suisse, existait toujours. La dernière fois que je l’ai visitée en 2020, elle faisait peine à voir. La glace fondait partout et je pensais que la grotte ne pourrait pas survivre très longtemps.

Photo: C. Grandpey

Un article paru fin juin 2026 dans la presse suisse nous apprend que la grotte existe toujours mais tout le monde n’est pas d’accord avec son existence. Une pétition intitulée ‘Libérer et protéger le glacier du Rhône’ vient d’être symboliquement déposée dans la Vallée de Conches, à proximité du glacier. Adressée au gouvernement valaisan, elle demande de supprimer la grotte creusée dans le glacier pour attirer les touristes.

Crédit photo: Pro Natura Valais

En raison du réchauffement climatique, la grotte du glacier du Rhône est protégée – comme son homologue de la Mer de Glace – par des bâches blanches pour ralentir sa fonte. Munie de plus de 8000 signatures, la pétition exige de « dépolluer en urgence ce site gravement dégradé », notamment en retirant ces bâches répandues sur le terrain, « celles qui ont coulé au fond du lac glaciaire, ainsi que les matériaux de construction partout dispersés. »

Photo: C. Grandpey

Le texte demande également de mettre fin à l’entrée payante (7 francs suisses) sur le glacier et de « donner libre accès au site ». Plus globalement, il réclame « une politique responsable, scientifiquement fondée, » pour répondre au recul des glaciers.

Cette pétition a été portée par Pro Natura Valais, le WWF Valais, la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, l’association Mountain Wilderness et le groupe haut-valaisan Environnement et transport.

Source : presse suisse.

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Ces dernières années, le spectacle proposé par la Mer de Glace n’est guère réjouissant. Les images en noir et blanc de touristes marchant sur des planches au-dessus des crevasses pour accéder à la grotte semblent bien loin. Cette photo a été prise par mon père en août 1956 :

Photo: G. Grandpey

Aujourd’hui, les gens qui arrivent à la gare du Montenvers voient juste un champ de cailloux, même s’il y a encore un peu de glace en dessous.

Image webcam

Selon les mesures effectuées par une équipe scientifique, la Mer de glace a reculé de 1,7 km entre 1890 et 2024. Son front perd entre 15 et 20 mètres par an. L’épaisseur de la Mer de glace a aussi diminué de 200 mètres en un peu plus d’un siècle. La fonte n’a fait que s’accélérer ces dernières décennies, si bien que des centaines de marches et une nouvelle télécabine ont été ajoutées au fil des années pour permettre aux touristes d’accéder à la grotte.

Au train où vont les choses, on estime que la Mer de Glace aura perdu 80% du volume de glace actuel d’ici 2100. Les prévisions les plus pessimistes indiquent qu’elle pourrait disparaître avant 2100. Dans le scénario optimiste où l’on réussirait à maintenir la trajectoire de l’Accord de Paris (+2°C, voire +1,5°C) par rapport au milieu du 19ème siècle, la Mer de glace perdrait les deux tiers de son volume mais se stabiliserait autour de 2060-2070. Comme rien ne semble vouloir changer, un tel scénario paraît de plus en plus inatteignable.

Les bâches installées à l’entrée de la grotte ont pour but de réfléchir les rayonnements solaires et limiter la fonte, mais surtout pour des questions de sécurité. On veut éviter que des morceaux de glace tombent sur les visiteurs.

Photo: C. Grandpey

Le nouveau Glaciorium est censé sensibiliser les touristes au passé et à l’avenir du climat et des glaciers. De plus en plus de visiteurs viennent dans ce lieu pour constater les effets du réchauffement climatique et admirer la Mer de glace avant qu’elle ne disparaisse définitivement. Ces dernières années est apparu un «tourisme de la dernière chance» mais qui, paradoxalement, renforce les émissions de gaz à effet de serre à l’origine même de cette disparition.

 Source: Chamonix-Mont-Blanc

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À 3200m d’altitude, enfouie dans les entrailles du glacier de la Girose, la grotte de glace de La Grave semble un peu mieux résister aux assauts du réchauffement climatique. Cela est probablement dû à sa plus haute altitude et à son exposition.

Située à 10 min de marche de l’arrivée du téléphérique des Glaciers de la Meije, elle est assez belle avec les sculptures façonnées à l’intérieur.

Il faut toutefois noter qu’elle descend de 24 m par an et elle arrive sur un plat du glacier, ce qui la met en compression. En conséquence, les galeries se referment, les sculptures se déforment et la grotte a tendance à basculer, ce qui réduit la pente à l’intérieur, limitant l’évacuation de l’eau qui s’infiltre par les crevasses. Chaque année, il faut s’adapter à la nouvelle situation. Jusqu’à quand?

 

Photos: C. Grandpey

Le glacier de la Grande Motte (Tignes) à l’agonie

Concentrations de CO2 : 427,71 ppm (30 juillet 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,86 ppb (mars 2026)

Comme je l’ai indiqué dans ma note du 30 juillet 2026, le réchauffement climatique frappe durement les Alpes cette année. Le 28 juillet, l’isotherme 0°C se trouvait à plus de 5000 m d’altitude, donc plus haut que le sommet du Mont Blanc. Dans ces conditions, la neige et la glace fondent et les glaciers reculent. Pas besoin d’avoir fait de grandes études pour comprendre le phénomène.

On parle beaucoup de la Mer de Glace et du Glacier des Bossons à proximité de Chamonix en Haute Savoie. Les Isérois, quant à eux, parlent surtout du Glacier de la Grande Motte au-dessus de Tignes. C’est l’un des très rares glaciers français où l’on peut pratiquer le ski d’été, mais pour combien de temps ?

Comme ses copains alpins, le glacier de la Grande Motte fond à la vitesse V et les responsables locaux parlent de transformer le ski d’été en ski de printemps pour éviter les canicules à répétition. Ces dernières années, comme en 2026, la fermeture de la saison de ski d’été a dû être avancée. Sous l’effet du réchauffement climatique, le glacier de la Grande Motte connaît une perte d’épaisseur de l’ordre de 2 à 4 mètres chaque année. Les scientifiques sont formels : dans dix ans,il aura quasiment intégralement fondu. Les climatologues ont averti que le phénomène de réchauffement El Niño allait s’accentuer au cours du deuxième semestre 2026. Dans de telles conditions, on peut se demander si le glacier de la Grande Motte survivra aussi longtemps. Les images diffusées sur les réseaux sociaux en juillet 2026 montrent l’état de délabrement du glacier.

Crédit photo : réseaux sociaux

J’avais observé le glacier il y a une dizaines d’années, époque où il me semblait présenter un aspect encore acceptable, mais la fonte semble s’être accélérée ces dernières années.

Vue du glacier de la Grande Motte en 2018 (Photo : C. Grandpey)

Aujourd’hui, face au recul de l’enneigement et à une fréquentation en baisse, la station anticipe la fin du ski d’été.

En juillet 2021, à la sortie de la crise sanitaire, on a expérimenté plusieurs solutions pour ralentir la fonte du glacier. Comme ailleurs dans les Alpes, de larges bâches ont été posées à même le sol pour ralentir la fonte du manteau neigeux. Le but était aussi de reformer de la glace et empêcher que se déstabilise davantage le soubassement de la gare du téléphérique. Le problème, c’est que ces couvertures génèrent une pollution en s’abîmant.

 Bâchage du glacier de Presena en Italie

En cet été 2026, Tignes ne se fait plus d’illusions. Le ski d’été vit ses dernières heures. En parallèle avec la fonte du glacier, la fréquentation est en baisse. Moins de 8000 forfaits avaient été vendus depuis le 20 juin 2026. Les skieurs n’auront pas profité de la glisse très longtemps car la station a fermé le 15 juillet, quatre jours avant le terme officiel de la saison programmée le 19 juillet.

Tignes prépare désormais l’après-glacier, avec notamment l’aménagement d’un espace dédié à la contemplation du paysage.

Source : France Info, presse régionale et réseaux sociaux.

Par ailleurs, on a appris hier la fermeture de la saison de ski d’été sur le Plateau Rosa au-dessus de Cervinia dans le Valais suisse. Les conditions de sécurité n’étaient plus suffisantes. Une telle fermeture ne s’était jamais produite en juillet et la station était rarement fermée en été.

Source : presse suissee.

Glaciers : rien ne va plus

Concentrations de CO2 : 429,11 ppm (30 juillet 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,86 ppb (mars 2026)

Le 28 juillet 2026, l’isotherme 0° se situait à 5000 m d’altitude, ce qui signifie que la température dépassait le 0° au sommet du Mont Blanc à 4810 m d’altitude. Ce niveau d’altitude pour l’isotherme 0°C est extrêmement rare et ne constitue pas la norme, même en plein été : Le premier record majeur enregistré en Suisse datait du 20 juillet 1995 (5117 m). Ce record a été battu en juillet 2022 (5184 m) puis de nouveau en août 2023 (5298 m), montrant une tendance à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces pics. À noter que tous ces pics ont été enregistrés après les années 1970 quand s’est accéléré le réchauffement climatique

Une telle température à très haute altitude empêche le regel nocturne. Le permafrost de roche dégèle en profondeur, augmentant considérablement les risques d’éboulements et de chutes de pierres, dans le Couloir du Goûter, par exemple.

Le 28 juillet 2026, la température a atteint 13,2 degrés Celsius au sommet de l’Aiguille du Midi (3842 m) où beaucoup de Chamoniards viennent se réfugier pour échapper à la canicule à 1000 mètres d’altitude.

Comme je l’ai écrit fans le titre de cette note, rien ne va plus.

Vue du Mont Blanc depuis l’Aiguille du Midi (image webcam)

L’année 2026 s’annonce particulièrement difficile pour les glaciers. Avec la succession de vagues de chaleur depuis le mois de mai, les rivières de glace des Alpes et des Pyrénées sont en grande souffrance. Le chef du service de surveillance des glaciers en Suisse (Glamos) explique que lors de la canicule du mois de juin, les glaciers alpins ont perdu en eau l’équivalent d’une piscine olympique toutes les six secondes pendant deux semaines.

Alors que l’été 2026 est encore loin d’être terminé, on peut déjà dire que cette année est la deuxième pire année pour la fonte des glaciers, derrière 2022, à cause des trois vagues de chaleur qu’ils viennent de subir. C’est aussi la faute à un hiver dont l’enneigement a été moyen et auquel est venue s’ajouter la poussières du Sahara en mars, avec un effet négatif sur l’albédo.

Selon les glaciologues, les chaleurs de mai ont été particulièrement décisives dans la situation actuelle car les glaciers n’ont pas connu la phase habituelle d’accumulation qui leur permet de se régénérer. Une telle situation avait déjà été observée en 2022. La conséquence a été immédiate. Faute d’une nouvelle couverture de neige blanche indispensable, les glaciers ont accéléré leur fonte. Cette tendance s’est poursuivie en juillet et continuera forcément en août, avec des glaciers à nu face aux fortes chaleurs.

Au final, on peut dire que les glaciers ont non seulement utilisé toutes leurs réserves accumulées durant l’hiver, mais ils perdent désormais leur glace « historique » et se retrouvent en recul. Le « Jour de recul des glaciers » qui marque habituellement le début de fonte des glaciers a eu lieu le 29 juin 2026. La seule année où il était survenu plus tôt était l’année record de 2022. Les glaciologues s’accordent pour dire que tous les ingrédients sont réunis cet été pour que les glaciers vivent une saison apocalyptique. La situation pourrait aussi se trouver aggravée par les cendres des incendies qui secouent la France et qui pourraient venir se déposer sur leur surface, amplifiant leur fonte à cause de la perte d’albédo.

Ceux qui, comme moi, connaissent le Glacier des Bossons depuis leur tendre enfance ont envie de pleurer en voyant son front déchiqueté aujourd’hui (Photo : réseaux sociaux)

L’Europe, avec la France, la Suisse et l’Italie, n’est pas la seule région du monde confrontée à la fonte des glaciers ; le problème est global. Depuis 2022, on assiste à un enchaînement des années catastrophiques, et 2026 pourrait franchir un nouveau cap. C’est la période la plus chaude jamais enregistrée dans l’ouest des Alpes. La situation est donc particulièrement inquiétante. Il ne faudrait pas oublier que les glaciers sont les zones les plus sensibles au réchauffement climatique en Europe. Ils ont été les pionniers dans l’alerte avec un écosystème qui est en train de disparaître. Il est donc grand temps que des mesures soient prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qui sont le cœur du problème.

Depuis 1850 qui marque la fin de la fin du petit âge glaciaire et qui est considérée comme le début du dérèglement climatique d’origine anthropique, avant son accélération dans les années 1970, les glaciers des Alpes françaises ont déjà perdu près des deux tiers de leur surface initiale, soit entre 65 et 70% des 700 km² qu’ils représentaient alors.

Cette perte de glace est catastrophique car les glaciers sont les meilleurs châteaux d’eau de l’Europe, mais aussi d’une grande partie du monde. Des fleuves comme le Rhône en Europe dépendent des glaciers. J’ai insisté à plusieurs reprises sur ce blog sur la dépendance des populations asiatiques vis à vis des glaciers himalayens pour leur alimentation en eau potable. Comme l’a rappelé un glaciologue suisse, « nous sommes tous en aval de cette cryosphère, il faut arrêter d’être dans le déni et tout faire pour ralentir la fonte. Pour chaque kilo de CO2 émis, ce sont en moyenne 16 kg de glaciers de montagne qui fondent. »

Source : presse française, suisse et italienne.

Bye bye la Niche des Drus (Massif du Mont Blanc)

Concentrations de CO2 : 428,96 ppm (27 juillet 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,86 ppb (mars 2026)

La Niche des Drus est une pente de neige et de glace suspendue dans la face nord des Drus à près de 2000 mètres d’altitude. C’est un lieu mythique, mais aussi un symbole du réchauffement climatique en haute montagne.

Crédit photo : Mathurin Vauthier / Alpine Mag

Aujourd’hui, en ce mois de juillet 2026, suite à une succession de canicules, la célèbre niche apparaît méconnaissable. Là où s’accrochait encore, il y a quelques années, une impressionnante langue de neige et de glace, il ne reste plus qu’un mince lambeau blanchi. Personne n’a oublié la triple démonstration parachute-snowboard-parapente de Bruno Gouvy le 11 mai 1986, deux ans après la spectaculaire descente à ski de Guillaume Pierrel.

Quelques intrépides ont également dévalé la Niche à ski, comme dans cette vidéo réalisée le 7 février 2024 :

https://youtu.be/knnOZceBMZo

Les scientifiques expliquent que la Niche des Drus est un tablier de glace qui correspond à la cicatrice d’un ancien écroulement rocheux dans laquelle une zone de glace est venue s’installer Contrairement à un glacier qui avance sur une pente, ce corps de glace est quasiment immobile. Épais de quelques mètres seulement, il reste littéralement collé à la paroi grâce aux températures négatives permanentes du permafrost, cette glace qui assure la cohésion de la roche ainsi que sa stabilité.

La Niche des Drus constitue – ou plutôt constituait – l’un des repères visuels les plus célèbres de la face nord des Drus, parfaitement depuis la vallée de Chamonix.

Cette disparition de la Niche n’est pas vraiment une surprise car il n’y avait déjà quasiment plus de glace ou de neige à la fin des étés caniculaires de 2022 et 2023. On peut donc imaginer qu’il ne restera plus rien du tout à la fin de l’été 2026.

Les alpinistes devront être particulièrement vigilants. En effet, la disparition des tabliers de glace s’accompagne souvent d’une déstabilisation des parois. Le permafrost de roche ne joue plus son rôle de ciment et ne joue plus son rôle de soutien stabilisateur. Gare aux éboulements ! Le géomorphologue Ludovic Ravanel estime toutefois que « la roche semble assez saine. Probablement pas de conséquence à court terme. Mais la disparition de la Niche constitue un symbole de la dégradation de la cryosphère. »

La disparition de la Niche des Drus fait partie du cortège de conséquences du réchauffement climatique en montagne. Ludovic Ravanel ajoute: « En même temps qu’on perd des paysages et des itinéraires d’alpinisme, on perd un patrimoine glaciologique. »  Il faut malheureusement s’attendre à d’autres désillusions.

Source : presse régionale et spécialisée.