Un aigle pour observer les glaciers

L’initiative est sympathique, même si je pense qu’elle n’apporte pas grand-chose d’un point de vue scientifique. Des fauconniers alpins ont eu l’idée d’utiliser un aigle pour survoler le massif et donner des indications sur la fonte des glaciers. Ils veulent ainsi alerter le public sur l’impact du réchauffement climatique dans les Alpes.

L’aigle s’appelle s’appelle Victor, c’est un pygargue à queue blanche, spécialiste du vol apprivoisé, qui a été entraîné pendant cinq ans par ses fauconniers. Avec ses deux mètres d’envergure, il atteint des vitesses allant de 30 à 90km/h. Comme indiqué dans le reportage, Victor vole au gré de son humeur et des vents. Il ne peut donc fournir que des images éphémères des lieux qu’il survole. Les vidéos fournies par la caméra fixée sur son dos n’ont donc pas la précision de celles fournies par un drone ou par celles réalisées pendant un survol du massif alpin.

Il n’empêche que les vues de la montagne sont très belles et je ne peux que saluer cette initiative dont le but est avant tout de sensibiliser le public à la catastrophe glaciaire que connaissent actuellement les Alpes. Comme moi, Jacques-Olivier Travers, fauconnier Eagle Wings Foundation, a vu le glacier des Bossons reculer sur le flanc du Mont Blanc. …

Vous trouverez le reportage sur le site de la radio France Info à cette adresse :

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/biodiversite/climat-un-aigle-pour-alerter-sur-le-rechauffement-climatique_3656409.html

Le front du glacier des Bossons en septembre 2019 (Photo: C. Grandpey)

Glacier Blanc (Hautes Alpes) : Fonte record en 2019

A l’issue de 20 années de mesures, le bilan de fonte du Glacier Blanc est terrible. Pour la seule année 2019, on enregistre une perte en eau de 1,90 mètre, soit 2,10 mètres d’épaisseur de glace en moyenne pour la surface du glacier Cette fonte spectaculaire est due à un été très chaud et un enneigement hivernal en deçà de la moyenne.

En 20 ans, on enregistre 14,79 m de perte d’eau, soit 16,40 m d’épaisseur en moins: avec une moyenne annuelle de 82 cm. Les glaciologues font remarquer que la tendance est à l’accélération. Si l’on regarde les 5 dernières années, la moyenne est à 1,50 m de perte d’épaisseur par an, ce qui est considérable

Le recul du front du glacier est de 59 mètres en 2019. Il atteint presque 1 km depuis 1986, année qui a marqué la dernière petite avancée de la glace.

Vous trouverez une étude plus complète et bien illustrée à cette adresse :

http://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/glacier-blanc-perte-record-2019-20-ans-mesures?fbclid=IwAR3_DWYiDnaTS2YVfm6skFWUwlrj84CYAxtpnDefFg8yOKfn5q3XdkE3_T4

Le Glacier Blanc vu depuis le Pré de Madame Carle en septembre 2018 (Photos: C. Grandpey)

Inquiétude à Courmayeur (Val d’Aoste / Italie) // Anxiety in Courmayeur (Valle d’Aosta / Italy)

Dans une note mise en ligne le 25 septembre 2019, j’expliquais que le glacier de Planpincieux, sur le versant italien du Mont-Blanc, risquait de s’écrouler et d’emporter avec lui des routes et des maisons habitées. Le maire de Courmayeur a dû signer dans l’urgence un décret qui interdit la circulation la circulation sur 700 mètres de route et oblige l’évacuation de plusieurs maisons dans le secteur du Val Ferret, l’une des régions les plus fréquentées par les touristes du Val d’Aoste. Le glacier de Planpincieux accélère actuellement son déplacement qui atteint une vitesse de 50 à 60 centimètres par jour. La masse qui menace de s’écrouler a un volume d’environ 250 000 mètres cubes.

Durant la haute saison, Courmayeur ne désemplit pas. Cette station alpine d’Italie, au pied du Mont-Blanc, est une destination prisée des skieurs. Mais le succès de la station repose sur les hivers neigeux, et le froid est de moins en moins au rendez-vous. Pour preuve, les demandes insolites des visiteurs. Certains réclament la climatisation qui n’est normalement pas la priorité dans les Alpes, mais le massif n’a pas échappé aux épisodes de canicule qui ont frappé la France cet été.

Comme à Chamonix, le réchauffement climatique a modifié la donne. A Courmayeur aussi, les guides de montagne s’interrogent sur l’avenir de leur profession. A cause des risques d’éboulement provoqués part la fonte du permafrost de roche, certains parcours classiques ne peuvent plus être proposés, ce que leurs clients ont parfois du mal à comprendre.

A Courmayeur, malgré l’évidence des effets du réchauffement climatique sur la montagne, il y a encore des climato-sceptiques. Dans un bar du centre-ville, le fait qu’une partie du glacier de Planpincieux menace de s’effondrer n’émeut pas outre mesure le gérant. Selon lui, « ce sont des phénomènes naturels, des cycles naturels. Donc je ne pense pas que tout soit imputable au changement climatique. »

Pourtant, l’évolution du paysage a de quoi interroger. Ainsi, une église en bordure de Courmayeur avait été construite en 1792 parce que l’emplacement était proche du glacier. Depuis les années 1950, le front du glacier ne cesse de reculer et il se trouve maintenant haut sur la montagne.

Pour le maire de Courmayeur, la ville doit revoir sa stratégie. Fin octobre, il tiendra une réunion à laquelle il a convié tous ceux porteurs d’idées pour préserver l’activité touristique malgré des hivers toujours plus chauds.

Source : Euronews.

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In a post released on September 25th, 2019, I explained that the Planpincieux Glacier, on the Italian side of Mont Blanc, was in danger of collapsing and carrying with it roads and inhabited houses. The mayor of Courmayeur urgently signed a decree that prohibits traffic on 700 metres of road and requires the evacuation of several houses in the Val Ferret sector, one of the regions most frequented by tourists in the Valle d’Aosta. The Planpincieux Glacier is currently accelerating its movement, which reaches a speed of 50 to 60 centimetres per day. The mass that threatens to collapse has a volume of about 250,000 cubic metres.
During the high season, Courmayeur is always busy. This Italian Alpine resort, at the foot of Mont Blanc, is a popular destination for skiers. But the success of the resort is based on snowy winters, and the weather is less and less cold. As proof, the unusual requests of visitors. Some call for air conditioning, which is not normally the priority in the Alps, but the mountains had to face the two heat wave that struck France this summer.
As in Chamonix, global warming has changed the game. In Courmayeur too, mountain guides are wondering about the future of their profession. Because of the risk of rockfalls caused by the melting of rock permafrost, some traditional hikes can no longer be offered, which their customers sometimes have difficulty understanding.
In Courmayeur, despite the evidence of the effects of global warming on the mountain, there are still climate-skeptics. In a downtown bar, the fact that part of the Planpincieux Glacier threatens to collapse does not move the manager too much. According to him, « they are natural phenomena, natural cycles. So I do not think that everything is attributable to climate change. »
However, the evolution of the landscape makes people ask questions. Thus, a church on the outskirts of Courmayeur was built in 1792 because the location was close to the glacier. Since the 1950s, the front of the glacier has never stopped retreating and is now high on the mountain.
For the mayor of Courmayeur, the city must review its strategy. At the end of October, he will hold a meeting at which he invited all those with ideas to preserve the tourist activity despite ever warmer winters.
Source: Euronews.

Vues de Courmayeur et du glacier de Planpincieux (Source: Wikipedia)

 

 

 

 

Tignes (Savoie) : Des inquiétudes pour le glacier de la Grande Motte

Les exploitants du domaine skiable et la mairie de Tignes ont pris la décision, le mardi 24 septembre 2019, de reporter l’ouverture du domaine skiable de la Grande Motte initialement prévue le 28 de ce même mois. Ils évoquent une question de protection du glacier. Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, les canicules enregistrées cet été ont particulièrement affecté le glacier de la Grande Motte. Le manteau neigeux ne permet pas d’offrir des conditions d’entraînement optimales en termes de qualité et de sécurité.
Suite à une commission de sécurité, le domaine skiable du glacier, situé à 2.600 mètres d’altitude, avait été fermé aux skieurs de façon anticipée en juillet en raison des fortes températures. Ses accès étaient cependant restés ouverts jusqu’au 30 août aux promeneurs qui ont pu s’y rendre en empruntant son téléphérique ou son funiculaire.
Cet été, plusieurs secteurs du domaine ont été bâchés pour freiner la fonte du glacier. L’ouverture automnale sera ajustée en fonction des précipitations neigeuses à venir.

La station de Tignes s’inquiète de voir le manque de neige retarder son ouverture aux skieurs. Elle a mandaté une étude pour prévoir son évolution jusqu’en 2100. Après avoir exprimé des doutes pour ne pas affoler sa clientèle, la direction ne peut faire autrement aujourd’hui que de tenir le réchauffement climatique responsable de cette dégradation du manteau neigeux. A plus long terme, la station des Alpes veut savoir ce qu’il adviendra de son glacier, une poule aux œufs d’or qui lui permet d’offrir du ski près de neuf mois par an.

Dans le cadre de cette étude, des glaciologues ont commencé à ausculter le glacier le jeudi 25 septembre 2019. Un glaciologue explique qu’« en certains endroits, il y a encore 60 mètres de glace, ce qui est assez important. Néanmoins, ce glacier diminue énormément. En l’espace de 20 ans, il a perdu entre 25 et 30 mètres d’épaisseur.» Les résultats de l’étude pourront donner des projections sur l’état de la montagne jusqu’en 2100 et devraient permettre de prendre les décisions qui s’imposent pour les années à venir.

L’étude rendra ses conclusions au printemps 2020, même si on sait déjà que la Grande Motte perd 1,5 mètre d’épaisseur par an. Alors que le GIEC a rendu un nouveau rapport inquiétant sur l’état des glaciers dans les Alpes, tout laisse à penser que cette fonte va s’accélérer dans les prochaines années. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, les stations de ski de basse et moyenne altitude vont d’ores et déjà devoir diversifier leurs activités, avec le risque d’être confrontées à de sérieuses difficultés si elles ne le font pas.

Source : France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

Vue du glacier de la Grande Motte en août 2016 (Crédit photo: Wikipedia)

Risque d’effondrement du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste / Italie)

Suite à l’alerte lancée ce matin sur Facebook, voici quelques informations supplémentaires fournies par les autorités italiennes à propos du glacier de Planpincieux, sur le versant italien du Mont-Blanc, qui risque de s’écrouler et d’emporter avec lui des routes et des maisons habitées. Le risque a conduit le maire de Courmayeur à signer dans l’urgence un décret qui interdit la circulation la circulation et oblige l’évacuation de plusieurs maisons dans le secteur du Val Ferret, l’une des régions les plus fréquentées par les touristes du Val d’Aoste. Le premier magistrat a pris cette décision suite à une concertation avec les services techniques de la région, et après avoir constaté que la partie « dangereuse » du glacier accélérait son déplacement, qui atteint une vitesse de 50 à 60 centimètres par jour. La masse qui menace de tomber a un volume d’environ 250 000 mètres cubes.
Le maire de Courmayeur explique que « les rapports reçus des structures régionales et de la Fondazione Montagna Sicura montrent que la vitesse de glissement du glacier de Planpincieux a considérablement augmenté au cours de ces derniers temps. Le scénario d’un possible effondrement du glacier concerne le fond de vallée habité, en particulier la route d’accès locale à Planpincieux. Ce qui se passe actuellement révèle une fois de plus que la montagne est entrée dans une phase de profonds changements provoqués par les facteurs climatiques. Elle est donc particulièrement vulnérable. Dans le cas présent, il s’agit d’un glacier tempéré particulièrement sensible aux températures élevées.  »
Certains événements récents témoignent de la fragilité géologique du Val Ferret. Le dernier remonte au 7 août 2018 quand un glissement de terrain a tué un couple de touristes milanais qui circulait en voiture. Là aussi, il a fallu évacuer environ 250 personnes. Le glacier de Planpincieux fait l’objet d’une surveillance étroite par les glaciologues du CNR depuis 2013 en raison de sa vulnérabilité.

Source : Presse italienne.

Vue du glacier de Planpincieux, sur la face sud des Grandes Jorasses (Crédit photo: Wikipedia)

Nouvel avis de décès glaciaire // New glacial death notice

Après le service commémoratif consacré au glacier Ok en Islande il y a quelques semaines, des dizaines de personnes ont entrepris une « marche funèbre » en Suisse, près des frontières autrichienne et liechtensteinoise. L’événement a eu lieu le 22 septembre 2019 pour marquer la disparition du glacier Pizol, en raison du réchauffement climatique. Le Pizol a tellement perdu de sa substance que, d’un point de vue scientifique, il n’est plus un glacier.
Vêtus de noir, les participants ont procédé à une « marche funèbre » solennelle de deux heures jusqu’au pied de la formation de glace qui est en train de fondre rapidement à une altitude d’environ 2700 mètres. Une fois arrivés sur place, un aumônier et plusieurs scientifiques ont prononcé des discours en souvenir du glacier, accompagnés par les sonorités lugubres des cors des Alpes. Une couronne a été déposée à la mémoire du Pizol, l’un des glaciers alpins les plus étudiés.
Contrairement au service commémoratif qui s’est tenue en Islande, la cérémonie ne marquait pas la première disparition d’un glacier des Alpes suisses. Depuis 1850, on estime que plus de 500 glaciers suisses ont complètement disparu, parmi lesquels 50 portaient un nom. Les archives tenues depuis que les scientifiques ont commencé à suivre le Pizol en 1893 montrent bien les récents changements rapides provoqués par le réchauffement de la planète. Ainsi, le glacier a perdu 80 à 90% de son volume depuis 2006.
Les glaciologues préviennent que plus de 90% des glaciers alpins pourraient disparaître d’ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Les chercheurs ont indiqué que l’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, pourrait disparaître complètement au cours des huit prochaines décennies.
En tenant compte de tous ces événements, l’Association suisse pour la protection du climat a récemment présenté les 100 000 signatures nécessaires pour lancer une initiative populaire à soumettre à un référendum. Il est demandé à la Suisse de réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre à zéro d’ici 2050.
La date du vote n’a pas encore été fixée, mais le gouvernement suisse a déclaré en août qu’il soutenait lla proposition.
Source: AFP et journaux suisses.

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After the memorial service dedicated to the Ok Glacier in Iceland a few weeks ago, dozens of people undertook a « funeral march » in Switzerland, near the Liechtenstein and Austrian borders. The event took place on September 22nd, 2019 to mark the disappearance of the Pizol, an Alpine glacier, because of global warming. The Pizol has lost so much substance that from a scientific perspective it is no longer a glacier.

Dressed in black, the participants made the solemn two-hour « funeral march » up to the foot of the rapidly melting ice formation, situated at an altitude of around 2,700 metres. Once they arrived, a chaplain and several scientists delivered speeches in remembrance of the glacier, accompanied by the mournful tones of alphorns. A wreath was laid for the Pizol glacier which has been one of the most studied glaciers in the Alps.

Unlike the memorial service in Iceland, the Swiss ceremony did not mark the first disappearance of a glacier from the Swiss Alps. Since 1850, it has been estimated that more than 500 Swiss glaciers have completely disappeared, including 50 that were named. The logs kept since scientists began tracking the Pizol glacier in 1893 paint a bleak picture of recent rapid changes due to global warming. The glacier has lost 80-90 percent of its volume just since 2006.

Glaciologists warn that more than 90 percent of the Alpine glaciers could disappear by the end of this century if greenhouse gas emissions are not reduced. The researchers indicated that Aletsch, the Alps’ largest glacier, could completely disappear over the next eight decades.

With all these events in mind, the Swiss Association for Climate Protection recently presented the 100,000 signatures needed to launch a popular initiative, to be put to a referendum, demanding that Switzerland reduce its net greenhouse gas emissions to zero by 2050.

The date for the vote has yet to be set, but the Swiss government in August said it supported the objective.

Source : AFP and Swiss newspapers.

Le glacier Pizol en 2006 et 2018 (Source : Association suisse pour la protection du climat)

Vue du glacier Aletsch. L’absence de végétation sur l’encaissant du glacier monter la vitesse de fonte de la glace (Photo : C. Grandpey)

Le réchauffement climatique et ses conséquences sur le massif alpin

Je rentre d’un séjour de quelques jours dans les Alpes, histoire de me rendre compte de l’évolution de la situation glaciaire. Malheureusement, les nouvelles restent mauvaises. Il est vrai que les conditions estivales avec deux épisodes de canicule n’ont guère été favorables.

Le 12 septembre 2019 en haut de l’Aiguille du Midi, à 3842 mètres d’altitude, la température était très positive et le port d’un pull-over était tout à fait superflu. A noter que le thermomètre affichait jusqu’à 16°C à 3842 mètres d’altitude pendant la dernière canicule, avec l’isotherme 0°C à 5500 mètres, donc bien au-dessus du Mont Blanc.

Le temps était magnifique le 12 septembre et les paysages époustouflants. La montée au sommet de l’Aiguille depuis Chamonix est un peu onéreuse, mais ça vaut le coup de casser la tirelire une fois dans sa vie. Je dirai que j’ai payé l’excursion avec les paquets de cigarettes que je ne fume pas!

Du haut de l’Aiguille du Midi, la vue est parfaite, entre autres, sur les glaciers des Bossons et du Taconnaz. On a la confirmation que la célèbre « Jonction » entre les deux glaciers n’existe plus. Le Glacier des Bossons continue à perdre du volume et le Taconnaz n’existera plus dans quelques années.

A mes yeux, la fonte des glaciers alpins est indissociable de celle du permafrost de roche qui assure la stabilité des montagnes. Il occupe le double de la surface des glaciers alpins – soit 700 km2 – et 10% de la surface située à plus de 2000 mètres d’altitude. Contrairement aux glaciers il n’est pas directement observable et attire donc moins les regards. Sa fonte passe souvent inaperçue, et c’est bien là le danger. Avec le réchauffement climatique, ce ciment de glace fond avec les conséquences que l’on sait: Effondrements de parois et déclenchement de laves torrentielles. Depuis le sommet de l’Aiguille du Midi, on voit parfaitement l’endroit où une partie de l’Arête des Cosmiques est partie dans le vide. On notera que le Refuge des Cosmiques a déjà été conforté par bétonnage après un écroulement de 600 mètres cubes sous ses bases en 1998. Il devra sans doute être prochainement consolidé à nouveau. Le refuge du Goûter (3835 m) fait, lui aussi, partie des infrastructures à risques.

Le 12 septembre 2019, le quotidien régional Le Dauphiné a consacré une page entière aux dangers qui menacent désormais les installations d’altitude suite à la fonte du permafrost de roche. Construits entre 2600 mètres et 4300 mètres, les remontées mécaniques et refuges sont désormais sous haute surveillance. S’agissant de l’Aiguille du Midi, les géotechniciens sont à l’oeuvre en permanence et font consolider les bases des structures, si nécessaire. Il ne faudrait pas que la poule aux oeufs d’or de Chamonix tremble sur ses bases et prenne son envol!

Au cours de mon séjour alpin, j’ai également fait un saut en Suisse et je me suis rendu à Chamoson, un village du Valais à proximité de Martigny, qui a récemment reçu une lave torrentielle,  pas forcément liée à la fonte du permafrost car les montagnes à l’origine de la coulée de boue ne culminent pas à de hautes altitudes. Toutefois, cet événement est la réplique de ce qui est déjà arrivé en Italie et affectera probablement dans les prochaines années les villages alpins situés à des altitudes élevées. Les dépôts de matériaux issus de la fonte du permafrost de roche risquent fort d’être emportés en aval lors des fortes pluies ou des orages. C’est qui s’est passé à Bondo, un village suisse des Grisons. J’ai écrit plusieurs articles sur ce phénomène, en particulier en août et septembre 2018. A Chamoson, les dépôts de matériaux ont été évacués par les pelleteuses et bulldozers, mais on relève encore les traces de la dernière coulée de boue dévastatrice. Les berges du torrent qui traverse la ville trahissent la violence de l’événement.

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Je profite de cette note pour remercier Olivier Chapperon – chef de rédaction au journal Le Populaire du Centre – pour l’article qu’il m’a consacré le 15 septembre dernier. Les volcans sont mon terrain de jeu préféré. J’y ai effectué des mesures pour essayer de comprendre leur comportement, et rédigé des rapports d’observation. S’agissant des glaciers, plus qu’un glaciologue (je laisse cette appellation aux scientifiques de formation), je suis un lanceur d’alertes au vu des situations catastrophiques que j’observe depuis plusieurs années en Alaska et dans nos Alpes. Comme je ne cesse de le répéter au cours de mes interventions en public, la situation est urgente et si nos gouvernants ne se décident pas à prendre des mesures drastiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous allons droit dans le mur!

Vous trouverez l’article du Populaire du Centre en cliquant sur ce lien:

https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/actualites/les-glaciers-fondent-comme-jamais-constate-claude-grandpey-glaciologue-de-limoges_13640994/

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Ma prochaine conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique » aura lieu le jeudi 17 octobre 2019 à 20 heures à Aixe sur Vienne au Pôle Nature Limousin, ZA du Moulin Cheyroux.

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Le Glacier des Bossons continue à perdre du volume…

La « Jonction » avec le Glacier de Taconnaz n’existe plus…

Le Taconnaz aura bientôt disparu….

L’Aiguille du Midi résistera-t-elle encore longtemps à la fonte du permafrost de roche?

L’Arête des Cosmiques présente des zones de fragilité

Dans la vallée, la lave torrentielle qui a surpris Chamoson (Suisse) est un exemple de la menace qui plane sur les villages de haute altitude

Au Grand Bornand (Haute-Savoie), on conserve la neige de l’hiver précédent sous une couche de sciure, au cas où, mais les canicules n’arrangent pas les choses….

Photos: C. Grandpey