Glaciers canadiens en voie de disparition (1) // Endangered Canadian glaciers (1)

Nous sommes prévenus ! Selon les scientifiques canadiens, le changement climatique fait reculer les glaciers de Colombie-Britannique, du Yukon et de l’Alberta plus rapidement que jamais. Ils contribuent à la hausse du niveau des océans et à l’apparition de zones désertiques. Selon ces même scientifiques,  80% des glaciers de montagne en Alberta et en Colombie-Britannique disparaîtront dans les 50 prochaines années.


Source: Google maps

Confirmant la catastrophe annoncée, le glacier Peyto dans les Montagnes Rocheuses de l’Alberta a perdu environ 70% de sa masse au cours des 50 dernières années. Il s’agit du glacier le plus étudié au Canada, l’un des 30 glaciers «de référence» dans le monde. Son recul est étudié sans interruption depuis 40 ans. Il a perdu 70% de son volume au cours des 100 dernières années. Il risque de disparaître entièrement d’ici 2050. Beaucoup de chercheurs ont délaissé le Peyto car il devient trop petit pour fournir des données fiables susceptibles d’être extrapolées pour des glaciers plus grands et moins accessibles.

 

Le glacier Peyto pourra-t-il alimenter encore longtemps le lac du même nom, célèbre pour sa forme en tête d’ours ?

D’autres glaciers vont connaître le même sort que le Peyto. Le glacier Bow ne sera plus qu’un souvenir vers 2060, le glacier Saskatchewan vers 2070, l’Athabasca vers 2080. On se rend parfaitement compte du recul des glaciers en parcourant l’Icefields Parkway, la route qui va de Banff à Jasper. Le glacier Crowfoot ne ressemble plus à une patte de corbeau. Le glacier Angel ne ressemble plus à un ange. Et l’oiseau du Snowbird glacier n’a pas fière allure. Aujourd’hui, il faut regarder de vieilles photos pour comprendre les noms donnés à ces glaciers.

 

Le glacier Angel a vraiment perdu ses ailes !

Le glacier Victoria, à l’extrémité ouest du Lac Louise, descendait autrefois jusqu’à la berge du lac. Aujourd’hui, le glacier est remonté dans la montagne.

 

Lake Louise and Victoria Glacier

Lorsque l’on fait une halte au Columbia Icefield Discovery Center, on peut voir un panneau qui rappelle qu’en 1870, le front du glacier Athabasca se trouvait à l’endroit où vous avez garé votre voiture.

Athabasca Glacier en 1844

Une série de marqueurs, sortes de pierres tombales, montre aux visiteurs le recul régulier du glacier.

Un marqueur choisi au hasard…

Le glacier Columbia est le plus grand champ de glace des Rocheuses canadiennes. Il couvre environ 220 kilomètres carrés. Il atteint parfois 700 m d’épaisseur. Cette glace constitue une réserve d’eau plus grande que n’importe quel barrage sur Terre. Le Columbia avec le glacier Athabasca a perdu environ le tiers de cette eau stockée sous forme de glace depuis le début des années 1990.

Source: Presse canadienne.

Vues du glacier Athabasca

(Photos: C. Grandpey)

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Scientists warn that climate change is prompting glaciers in British Columbia (B.C.), Yukon and Alberta to retreat faster than at any time in history, threatening to raise water levels and create deserts. They say that probably 80 per cent of the mountain glaciers in Alberta and B.C. will disappear in the next 50 years. (see map above)

Confirming the disaster, the Peyto Glacier in Alberta’s Rocky Mountains has lost about 70 per cent of its mass in the last 50 years. It is the most studied glacier in Canada, one of only 30 “reference” glaciers in the whole world. It has had its shrinkage documented non-stop for 40 years. It has lost 70% of its volume in the last 100 years. It’s likely to disappear entirely by 2050. Already research scientists are abandoning Peyto; it’s becoming too small to provide reliable data that can be extrapolated for bigger and less accessible glaciers. (see Lake Peyto above)

Other glaciers will follow Peyto’s lead. The Bow Glacier will be dead around 2060, Saskatchewan around 2070; Athabasca around 2080. You can see glacier retreat for yourself, if you drive the Icefields Parkway that runs from Banff to Jasper. The Crowfoot glacier no longer looks like a crow’s foot. The Angel Glacier does not look like an angel. And the Snowbird Glacier looks as if a coyote got to the bird first and ripped it apart. Today, you need to look at old photos to appreciate the names given to these glaciers. (see Angel Glacier above)

Victoria Glacier at the western end of Lake Louise came right down to the shore. Today, the glacier clings to the high ridges. (See Lake Louise and Victoria Glacier above).

If you stop at the Columbia Icefield Discovery Centre, you will see a billboard that tells you that as recently as 1870 the Athabasca Glacier covered the spot where you parked your car. (see glacier in 1844 above)

A series of markers, looking like tombstones, mark the glacier’s steady retreat. (see marker 1948 above)

The Columbia is the largest icefield in the Canadian Rockies. It covers about 220 square kilometres. It may be 700 m deep. It is a bigger water storage facility than any dam on Earth. And it may have lost a third of its stored water since the early 1990s. (see views of Athabasca Glacier above)

Source: Canadian press.

Les Suisses et le dégel du permafrost de roche // The Swiss and the thawing of rock permafrost

La presse suisse vient de diffuser plusieurs articles sur le dégel de ce que j’appelle le « permafrost de roche » dans les Alpes. Etant donné la surface occupée par les montagnes dans leurs pays, les Helvètes sont en première ligne devant ce phénomène et en particulier la fonte de la glace qui assure la cohésion des massifs rocheux.

J’ai alerté à plusieurs reprises sur le dégel du pergélisol en Sibérie, mais ce qui est vrai pour la Russie l’est aussi dans les Alpes: au-dessus de 2500 à 2600 mètres. La hausse constante des températures et le dégel du permafrost de roche ne sont n’est pas sans conséquences dans un pays montagneux comme la Suisse.

Les remontées mécaniques et les chemins de randonnée sont particulièrement menacés. Ces derniers ne sont parfois plus praticables à cause des chutes de pierres. Les glaciologues suisses expliquent que le permafrost peut atteindre 100 mètres de profondeur, mais le problème actuel concerne la couche dite ‘active’, autrement dit  jusqu’à 4 ou 5 mètres de profondeur. En effet, c’est sur elle que reposent de nombreuses structures alpines comme les refuges ou les remontées mécaniques dont certaines ont dû être fermées.

En octobre dernier, un affaissement de terrain provoqué par le dégel du pergélisol a entraîné la fermeture en urgence du spectaculaire téléphérique Fiescheralp-Eggishorn qui permet d’atteindre un extraordinaire point de vue sur le glacier d’Aletsch.
Par crainte des accidents, certaines communes ont décidé de poser des panneaux de fermeture sur les sentiers de montagne à risque pour dissuader randonneurs et alpinistes de les emprunter. Dans la vallée de Zermatt, plusieurs sections du célèbre sentier de randonnée de l’Europaweg ont été fermées ces dernières années en raison des risques d’éboulements

Source : Radio Télévision Suisse.

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The Swiss press has just published several articles about the thawing of what I call « rock permafrost » in the Alps. Given the area occupied by the mountains in their country, the Helvetians are in the front line of this phenomenon and in particular the melting of the ice which ensures the cohesion of the rocks.
I have repeatedly warned of the thawing of permafrost in Siberia, but what is true for Russia is also true for the Alps: above 2,500 to 2,600 metres. The constant rise in temperatures and the thawing of rock permafrost are not without consequences in a mountainous country like Switzerland.
The ski lifts, cable cars and hiking trails are particularly threatened. The latter are sometimes no longer passable because of falling rocks. Swiss glaciologists explain that permafrost can reach 100 meters deep, but the current problem concerns the so-called « active » layer, in other words down to 4 or 5 metres deep. Indeed, many alpine structures such as mountain huts or ski lifts are built on it and some of them had to be closed.
Last October, a land subsidence caused by thawing permafrost led to the emergency closure of the spectacular Fiescheralp-Eggishorn cable car, which provides an extraordinary viewpoint over the Aletsch Glacier.
For fear of accidents, some municipalities have decided to put up closure signs on high-risk mountain trails to dissuade hikers and climbers from using them. In the Zermatt Valley, several sections of the famous Europaweg hiking trail have been closed in recent years due to the risk of landslides
Source: Radio Télévision Suisse.

Le superbe glacier d’Aletsch et la région de Zermatt, dominée par le Cervin, sont le paradis des randonneurs et des alpinistes, mais le dégel du permafrost de roche complique sérieusement la pratique ce ces activités (Photos : C. Grandpey)

La fonte catastrophique de la glace de mer (suite) // The disastrous melting of sea ice (continued)

Les temps sont durs pour la glace de mer dans l’Arctique. Une fois de plus en 2020, les conditions météo sont très défavorables avec un ciel sans nuage, la température de l’air supérieure à la normale, un système de hautes pressions dans le centre de l’Arctique, avec une vague de chaleur et des incendies de forêt en Sibérie. Comme je l’ai déjà écrit, une étude récente a conclu que la chaleur inhabituelle en Sibérie n’aurait pas pu se produire sans le réchauffement climatique d’origine anthropique.
La fonte de la glace de mer s’est accélérée entre le début et la mi-juillet, ce qui a réduit sa superficie à des niveaux record pour cette période de l’année. Le 18 juillet 2020, l’ensemble de l’Arctique avait une étendue de glace de mer d’environ 492 000 kilomètres carrés inférieure au précédent record pour cette période de l’année, d’après les données fournies par l’Agence japonaise d’exploration aérospatiale. En d’autres termes, la différence de déficit de glace de mer entre le 18 juillet 2020 et le record précédent pour la même date est équivalente à la surface des États du Colorado et de l’Oklahoma réunis.
Selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC) implanté à Boulder, Colorado, qui contrôle l’évolution de la glace et le changement climatique, le déficit actuel est en partie dû à la vague de chaleur en Sibérie entre janvier et juin, avec un prolongement en Juillet.
En raison des températures record enregistrées tout le long du littoral arctique de la Russie, avec des incendies de forêt près de la côte et jusque bien au-dessus du cercle polaire arctique, la glace de mer a commencé à fondre et à disparaître très tôt le long de la côte sibérienne.
Le NSIDC indique que l’on observe une couverture de glace de mer extrêmement faible dans les mers de Laptev et de Barents. De ce fait, le passage maritime du Nord est pratiquement ouvert dans sa totalité. Cela signifie que le transport de gaz naturel liquéfié (GNL) et d’autres denrées peut emprunter cette route de navigation encore dangereuse au nord de la Russie, mais qui offre un accès plus rapide aux ports asiatiques depuis l’Atlantique Nord. Un méthanier est parti du port de Sabetta, dans la péninsule de Yamal, le 18 mai, accompagné d’un puissant brise-glace. Jamais un navire n’avait entrepris un tel voyage aussi tôt dans l’année sur la route maritime du Nord.
Le record de la plus faible étendue de glace de mer appartient à l’année 2012. On l’attribue à la fois au changement climatique qui a fait apparaître une glace de mer de plus en plus jeune au fil du temps, mais aussi à des conditions météorologiques qui ont favorisé une fonte rapide de la glace. L’évolution des conditions météorologiques au cours des deux prochains mois permettra de savoir si 2020 établira un nouveau record de fonte de la glace de mer.
Même si 2020 ne bat pas le record de 2012, les modèles informatiques sont quasiment unanimes pour affirmer que les conditions saisonnières favorisant l’absence de glace de mer dans l’Arctique  seront réunies au milieu du 21ème siècle. .
Source: Presse américaine.

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Times are very hard for sea ice in the Arctic. Once again in 2020 there have been clear skies, above-average air temperatures, a high-pressure system across the Central Arctic, with a heat wave and wildfires in Siberia. As I put it before, a recent study concluded that the unusual warmth in Siberia could not have happened in the absence of human-caused global warming.

Sea ice loss accelerated between early and mid July, bringing sea ice extent down to record low levels for this time of the year. On July 18th, 2020, the Arctic as a region had an ice extent that was about 492 000 square kilometres below the previous record low for the date, using data from the Japanese Aerospace Exploration Agency. In other words, the difference between the sea ice extent on July 18th, 2020 and the previous record low for the same date is equivalent to the states of Colorado and Oklahoma combined.

According to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC) in Boulder, Colorado, which tracks ice trends and climate change, the record low ice extent is in part the result of the Siberian heat wave that has lasted from January through June, and into July.

As a result of record high temperatures all along Russia’s Arctic shoreline, with wildfires near the coast, well above the Arctic Circle, sea ice retreated early along the Siberian coast.

NSIDC indicated that extremely low sea ice cover can now be found in the Laptev and Barents seas, in particular. The Northern Sea route appears to be nearly open. This means the shipping of liquefied natural gas (LNG) and other valuable goods can begin along a still treacherous route over the top of Russia, offering faster access to Asian ports from the North Atlantic. In fact, one LNG tanker set out from the port of Sabetta, on Russia’s Yamal Peninsula on May 18th, accompanied by a heavy duty icebreaker. This was the earliest date of such a Northern Sea Route voyage on record.

The year with the record lowest sea ice extent was 2012, and that record occurred as a result of both long-term climate change gradually causing Arctic ice cover to become younger and thinner over time, as well as weather that favoured rapid ice loss. How weather patterns evolve over the next two months will help determine whether 2020 becomes a record melt season.

Whether this year breaks the 2012 record, computer models are virtually unanimous in showing the occurrence of seasonal ice-free conditions there by mid-century.

Source: American newspapers.

Photos : C. Grandpey

Le glacier Columbia (Alaska) continue de fondre // Columbia Glacier (Alaska) keeps melting

Le Columbia est l’un de mes glaciers préférés en Alaska. Malheureusement, comme pour les autres rivières de glace dans le monde, les nouvelles ne sont pas bonnes.
La zone d’accumulation du glacier Columbia se situe à 3 050 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le glacier avance ensuite sur les flancs des Chugach Mountains avant d’emprunter un étroit bras de mer qui le conduit vers le Prince William Sound, dans le sud-est de l’Alaska. Le Columbia l’un des glaciers qui avancent le plus vite dans le monde. C’est aussi un « tidewater glacier » qui vêle de nombreux icebergs quand il entre en contact avec la mer.
Lorsque les explorateurs britanniques l’ont parcouru pour la première fois en 1794, il s’étirait vers le sud jusqu’à la rive nord de Heather Island, près de l’embouchure de la Columbia Bay. Le glacier a conservé cette position jusqu’en 1980, date à laquelle le glacier a amorcé un recul rapide qui se poursuit aujourd’hui.
La vidéo en accéléré ci-dessous présente des couleurs artificielles permettant de mieux voir l’évolution du glacier au fil des ans. Les images ont été fournies par les satellites Landsat de la NASA. Elles montrent l’évolution du glacier et du paysage environnant depuis 1986. La neige et la glace apparaissent en couleur cyan, la végétation est verte, les nuages ​​sont blancs ou orange clair et la mer en bleu foncé. Le substrat rocheux est de couleur marron, tandis que les dépôts rocheux à la surface du glacier sont gris.
Depuis les années 1980, le front du Columbia a reculé de plus de 20 kilomètres vers le nord. Certaines années, il a reculé de plus d’un kilomètre, mais cette vitesse de recul est très variable. Par exemple, il a marqué une pause entre 2000 et 2006 parce que le Great Nunatak Peak et le Kadin Peak (juste à l’ouest) ont ralenti le mouvement du glacier et ont maintenu la glace en place.
Au fur et à mesure que le Columia a reculé, il s’est aussi aminci considérablement, comme le montrent les zones d’encaissement dépourvues de végétation dans les images Landsat. Ce phénomène a également été confirmé par les photos de James Balog. Depuis les années 1980, le glacier a perdu plus de la moitié de son épaisseur et de son volume.

https://earthobservatory.nasa.gov/world-of-change/ColumbiaGlacier

Source: NASA.

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The Columbia in Alaska is one of my favourite glaciers. Unfortunately, like for the other rivers of ice in the world, the news is not good.

The Columbia Glacier descends from an icefield 3,050 metres above sea level, down the flanks of the Chugach Mountains, and into a narrow inlet that leads into Prince William Sound in southeastern Alaska. It is one of the most rapidly changing glaciers in the world.

The Columbia is a large tidewater glacier, flowing directly into the sea. When British explorers first surveyed it in 1794, its terminus extended south to the northern edge of Heather Island, near the mouth of Columbia Bay. The glacier held that position until 1980, when it began a rapid retreat that continues today.

The time lapse video below has false colours allowing to better see the evolution of the glacier through the years. The images were captured by NASA’s Landsat satellites. They show how the glacier and the surrounding landscape has changed since 1986. Snow and ice appear bright cyan, vegetation is green, clouds are white or light orange, and open water is dark blue. Exposed bedrock is brown, while rocky debris on the glacier’s surface is gray.

Since the 1980s, the terminus has retreated more than 20 kilometres to the north. In some years, the terminus retreated more than a kilometre, though the pace has been uneven. The movement of the terminus stalled between 2000 and 2006, for example, because the Great Nunatak Peak and Kadin Peak (directly to the west) constricted the glacier’s movement and held the ice in place.

As the glacier terminus has retreated, the Columbia has thinned substantially, as shown by the expansion of brown bedrock areas in the Landsat images. This was also confirmed by James Balog’s photos. Since the 1980s, the glacier has lost more than half of its total thickness and volume.

https://earthobservatory.nasa.gov/world-of-change/ColumbiaGlacier

Source: NASA.

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Evolution du Columbia au cours de la dernière décennie :

Source: NASA

Photo: C. Grandpey

Source: NASA

Photo: C. Grandpey

Source: NASA

Grosses inquiétudes pour le glacier Thwaites en Antarctique // Major concerns for Thwaites Glacier in Antarctica

Le glacier Thwaites, parfois appelé ‘glacier de l’apocalypse’, est une immense rivière de glace de l’Antarctique Occidental qui se jette dans la baie de Pine Island. Tout comme le glacier de Pine Island, il est étroitement surveillé car on sait que sa fonte et sa disparition  pourraient faire s’élever considérablement le niveau des océans.

En ce moment, la glace qui s’échappe par vêlage du glacier Thwaites et termine sa course dans la Mer d’Amundsen représente environ 4% de l’élévation du niveau de la mer dans le monde. La crainte des glaciologues, c’est que le Thwaites s’écroule* et disparaisse, faisant s’élever d’environ 65 cm le niveau des océans en fondant. Ce n’est pas tout. Comme je l’ai signalé à plusieurs reprises, l’écroulement du glacier Thwaites aurait probablement un effet domino et déclencherait un écroulement glaciaire en chaîne dans la partie occidentale de l’Antarctique, ce qui pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer pouvant atteindre 1,80 mètre. Ce serait bien sûr catastrophique pour les villes côtières dans le monde. Selon le directeur du programme de glaciologie antarctique à l’America’s National Science Foundation, le glacier Thwaites est la clé de voûte des autres glaciers en Antarctique Occidental. «S’il s’écroule, les autres glaciers feront de même et commenceront à partir dans l’océan.»
Ce qui inquiète les glaciologues, c’est que le glacier Thwaites perd de plus en plus de glace et le processus semble s’accélérer. La grande question est de savoir à quel moment il va perdre sa stabilité. Des équipes de scientifiques effectuent des forages dans le glacier pour savoir s’il est sur le point de commencer à s’écrouler.
Il faut savoir que le glacier est immense. Sa taille est celle de la Grande-Bretagne et on pense qu’il est particulièrement sensible au réchauffement climatique. Au cours des 30 dernières années, la quantité de glace vêlée par le Thwaites et les glaciers voisins a presque doublé.
Ils ne sont probablement pas près d’arrêter de fondre. En effet, le pôle Sud s’est réchauffé trois fois plus rapidement que les autres régions du globe au cours des trois dernières décennies. Des études publiées dans la revue Nature Climate Change indiquent que les températures ne cessent de grimper au pôle Sud depuis 1989, avec une hausse de 0,6 degrés par décennie, soit trois fois la hausse pour le reste de la planète.
Les chercheurs pensent que cette hausse des températures est certes due à une augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, mais aussi à des changements météorologiques naturels sous les tropiques. Cependant, les concentrations de CO2 provenant des activités humaines semblent être la principale cause de la situation actuelle en Antarctique.
Source: Presse scientifique américaine.

* L’‘écroulement’ d’un glacier fait référence à un vêlage de très grande ampleur comme celui du glacier Helheim au Groenland : https://youtu.be/7tyfSlnMe8E

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Thwaites Glacier, sometimes referred to as the Doomsday Glacier, is a huge glacier of West Antarctica flowing into the Pine Island Bay. Like Pine Island Glacier, it is closely watched for its potential to raise sea levels.

Even now, ice draining from Thwaites Glacier into the Amundsen Sea accounts for about 4% of global sea-level rise, but scientists fear it could collapse and then raise sea levels about 65cm as it melts. What is more, the collapse of the Thwaites Glacier could trigger a runaway collapse across the western half of Antarctica that could lead to a sea level rise of up to 1.80 metres. Such a rise would be catastrophic for coastal cities around the world. According to the programme director for Antarctic glaciology at America’s National Science Foundation, Thwaites is a keystone for the other glaciers around it in West Antarctica. “If you remove it, other ice will potentially start draining into the ocean too.”

What worries glaciologists is that Thwaites Glacier is losing ice faster and faster, and that the process seems to be accelerating. The big question is how quickly it becomes unstable.

Teams of scientists are drilling into Thwaites Glacier to find out if it is about to collapse.

The glacier is the size of Great Britain, and thought to be particularly susceptible to climate change. Over the past 30 years, the amount of ice flowing out of Thwaites and its neighbouring glaciers has nearly doubled.

It looks as if Thwaites Glacier is not about to stop melting. The South Pole, the most remote place on the planet, has warmed three times faster than other areas over the past three decades. Research published in Nature Climate Change indicates that temperatures lave rocketted upwards at the South Pole since 1989, with a rise of 0.6 degrees per decade, three times the rate for the rest of the planet.

Researchers believe the high temperatures are being fuelled not just by a rise in greenhouse gases, but also by natural weather shifts in the tropics. However, CO2 concentrations from human activities seem to be the main cause of the current situation in Antarctica.

Source: American scientific press.

* The ‘collapse’ of a glacier refers to large scale calving like the one observed on Helheim Glacier in Greenland : https://youtu.be/7tyfSlnMe8E

Source: Wikipedia

Processus de fonte des glaciers en Antarctique (Source: British Antarctic Survey)

La fonte inquiétante des glaciers (suite) // The alarming melting of glaciers (continued)

Un documentaire récemment diffusé sur la chaîne du National Geographic nous apprend que les glaciers himalayens autour de l’Everest fondent rapidement eux aussi. C’est le résultat d’observations et analyses faites par une équipe scientifique qui a gravi la plus haute montagne du monde. Contrairement à ce que d’autres expéditions ont conclu ces dernières années, les glaciers himalayens fondent, même à très haute altitude, au-dessus des zones d’accumulation. Les membres de la dernière expédition comprenaient des glaciologues et des biologistes. Ils ont effectué des mesures sur les glaciers et  dans les lacs et tous sont d’accord pour dire que le réchauffement climatique affecte les montagnes, même à très haute altitude.
L’Himalaya n’est pas seulement la plus jeune chaîne de montagnes, mais aussi le Troisième Pôle. Une région très importante de la chaîne de montagnes est l’Hindu Kush Himalaya (HKH) qui s’étend sur 3 500 kilomètres carrés dans huit pays, dont l’Inde, le Népal et la Chine. On le considère comme le château d’eau de l’Asie en raison de sa réserve d’eau sous forme de glace.
On estime que le HKH a la plus grande réserve de neige après les pôles ; ses glaciers sont essentiels à la vie d’un tiers de la population à travers le monde. Cela signifie que sans cette eau potable et d’irrigation, la vie serait impossible dans la péninsule indienne.
La situation actuelle des glaciers de l’Hindu Kush Himalaya est particulièrement alarmante. Selon une étude internationale sur les glaciers du monde publiée dans la revue Nature Geoscience, ceux du HKH contiennent probablement 27% moins de glace que le prétendaient les études antérieures. De plus, la région devrait perdre la moitié de sa superficie glaciaire d’ici 2060, donc dix ans plus tôt que l’échéance précédemment prévue de 2070.
Certains scientifiques font remarquer que le nombre de glaciers dans la région himalayenne a augmenté, mais c’est une illusion. Cette augmentation du nombre de glaciers est principalement due à la fragmentation des glaciers, les plus grands se divisant en plus petits. Cela se produit en raison du réchauffement climatique et de la perte constante de zones occupées par les glaciers.

À une échelle beaucoup plus petite, les glaciers du Mont Blanc dans les Alpes françaises fondent eux aussi de plus en plus vite. Tout en perdant leur glace, ils livrent leurs secrets Une brassée de journaux a récemment émergé du glacier des Bossons près de Chamonix. On peut encore y lire les gros titres : ils informaient les lecteurs qu’Indira Gandhi était devenue la première, et jusqu’alors la seule, femme Premier ministre de l’Inde en 1966.
Les exemplaires des journaux indiens se trouvaient probablement à bord d’un Boeing 707 d’Air India qui s’est écrasé sur la montagne le 24 janvier 1966, faisant 177 morts.
Une fois que les journaux auront séché, ils rejoindront une collection de plus en plus importante d’articles trouvés suite à la catastrophe. La découverte la plus étonnante a eu lieu en 2013, avec un coffret de pierres précieuses – émeraudes, saphirs et rubis – d’une valeur comprise entre 130 000 et 246 000 euros, probablement en provenance du crash de 1966.
Des restes humains ont également été retrouvés dans la même zone du glacier en 2017. On pense qu’ils provenaient du crash d’un autre avion indien, le Malabar Princess, qui est entré en collision avec la montagne en 1950.
Voir la note que j’ai écrite le 15 septembre 2018 sur ces événements tragiques:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/09/15/les-secrets-du-glacier-des-bossons-alpes-francaises/

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 A recent National Geographic documentary informs us that Himalayan glaciers around Mount Everest are melting rapidly. This is the result of the observations and analyses made by a scientific team that climbed the world’s highest mountain. Contrary to what other expeditions concluded in the past years, Himalayan glaciers are melting, even at very high altitudes, above the accumulation zones. The members of the last expedition included glaciologists and biologists. They took measurements on glaciers and lakes and all agreed to say that global warming was affecting the very high altitude universe.

The Himalayas are not only the youngest mountain range, but also the Third Pole. A very important area of the mountain range is the Hindu Kush Himalaya (HKH) region which spreads over 3,500 square kilometres across eight countries including India, Nepal and China. It is also known as the Water Tower of Asia due to its reserve of frozen water.
According to an estimate, HKH has the highest snow storage after the poles and its glaciers are the lifeline for one-third of the population across the globe. This means that without this water for drinking and irrigation, life would be impossible in the Indian peninsula.
The current situation of the glaciers in the Hindu Kush Himalaya is particularly alarming. According to an international study on the world’s glaciers published in journal Nature Geoscience, they probably contain 27 per cent less ice than previously suggested. What is more, the region is expected to lose half of its current glacier area by 2060, a decade earlier than the previously expected deadline of 2070.

Some scientists have noticed that the number of glaciers in the Himalayan area has increased but this is an illusion. This increase in the number of glaciers is primarily due to glacier fragmentation, big ones splitting into smaller ones. This is happening due to global warming and consistent loss in areas the glaciers occupy.

At a much smaller scale, the Mont Blanc glaciers in the French Alps are melting faster and faster too. While losing their ice, they are yielding more and more secrets A clutch of newspapers recently emerged from the Glacier des Bossons near Chamonix. One could still read the headlines from when Indira Gandhi became India’s first and so far only woman prime minister in 1966.

The copies of the Indian newspapers were probably aboard an Air India Boeing 707 that crashed on the mountain on January 24th, 1966, claiming 177 lives.

Once the papers have dried out, they will join a growing collection of found items from the crash. The most stunning find occurred in 2013, a box of precious stones – emeralds, sapphires and rubies – worth between 130,000 and 246,000 euros that is thought to have come from the 1966 crash.

Human remains were also found in the same area in 2017. They could have come from the crash of another Indian plane, the Malabar Princess, that collided with the mountain in 1950.

See the post I wrote on 15 September 2018 about these events:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/09/15/les-secrets-du-glacier-des-bossons-alpes-francaises/

Chaîne de l’Hindu Kush Himalaya(Source : Wikipedia)

Glacier des Bossons (Photo : C. Grandpey)

Dérèglement climatique : des glaciers du Pérou aux éclairs de l’Inde // Climate change: from glaciers in Peru to lightning in India

Les médias français seraient-il en train de se réveiller ? Certains ont timidement évoqué le dégel du permafrost  – alors que c’est la cause évidente – pour expliquer le déversement d’une cuve de diesel dans une rivière de Sibérie, avec la pollution inévitable qui s’en est suivie.

Aujourd’hui, le site web de la radio France Info indique que le réchauffement climatique a provoqué la fonte de la moitié de la surface des glaciers du Pérou au cours des 50 dernières années, avec la formation de nouveaux lacs. Ce n’est malheureusement pas un scoop. D’ailleurs, l’information ne fait pas la une des journaux. La politique intérieure est beaucoup plus importante.

J’ai écrit plusieurs notes dans lesquelles j’évoque le fonte des glaciers péruviens, avec les conséquences dramatiques pour la production d’eau potable, d’électricité et sur l’agriculture avec les problèmes d’irrigation. J’ai expliqué aussi que la fonte des glaciers et la disparition de leur eau allait entraîner des transferts de populations vers Lima, la capitale, où l’approvisionnement en eau dépend…des glaciers de la Cordillère des Andes .

Le Pérou a perdu 51% de sa surface glaciaire au cours des 50 dernières années en raison du réchauffement climatique. France Info donne l’exemple du glacier Pastoruri, long d’environ 5 kilomètres, qui a perdu plus de 50% de sa surface et reculé de 650 mètres entre 1980 et 2019, avec la formation d’un nouveau lac frontal.

Ce que ne précise pas la chaîne de radio, c’est que ces lacs de fonte glaciaire sont retenus par des moraines fragiles qui peuvent se rompre et libérer des quantités colossales d’eau qui vont menacer les villages en aval. C’est un problème que j’ai évoqué dans cette note le 3 mai 2018 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/05/03/perou-leau-des-glaciers-menace-des-populations-peru-the-water-from-glaciers-threatens-populations/

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Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, on apprends qu’en Inde la foudre tue régulièrement, mais que le récent bilan est particulièrement inquiétant. Les autorités de l’Etat de Bihar, dans le nord-est du pays, ont annoncé dimanche 5 juillet 2020 que des éclairs avaient tué au moins 147 personnes en dix jours, et 215 personnes depuis le mois de mars. Les scientifiques indiens pensent que cette recrudescence a probablement un lien avec le dérèglement climatique. En effet, la hausse des températures et le taux d’humidité trop important provoqué par des précipitations plus intenses sont les principales causes de la multiplication des éclairs.

Source : France Info.

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Are the French media becoming aware of climate change ? Some have timidly explained that the thawing of permafrost – when it is the obvious cause –  was the cause of the diesel spill in a Siberian river, with the inevitable pollution that ensued.
Today, France Info radio website reports that global warming has caused half of the surface of Peru’s glaciers to melt over the past 50 years, with the formation of new lakes. This is unfortunately not a scoop. The news does not make the headlines. Domestic policy is much more important.
I have written several notes drawing attention to the melting of Peruvian glaciers, with the dramatic consequences for the production of drinking water, electricity and on agriculture with irrigation problems. I also explained that the melting of the glaciers and the disappearance of their water would lead to population transfers to Lima, the capital, where the water supply depends … on the glaciers of the Andes.
Peru has lost 51% of its ice surface in the past 50 years due to global warming. France Info gives the example of the Pastoruri glacier, about 5 kilometres long, which lost more than 50% of its surface and retreated by 650 metres between 1980 and 2019, with the formation of a new frontal lake.
What the radio station does not specify is that these glacial lakes are held back by fragile moraines that can break open and release huge amounts of water that will threaten villages. This is a problem that I mentioned in this post on May 3rd, 2018:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/05/03/perou-leau-des-glaciers-menace-des-populations-peru-the-water-from-glaciers-threatens-populations/

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Bad news never coming alone, we learn that in India lightning kills regularly, but that the recent death toll is particularly worrying. Authorities in Bihar state in the northeast of the country announced on Sunday July 5th, 2020 that lightning strikes have killed at least 147 people in ten days, and 215 people since March. Indian scientists believe that this upsurge is probably linked to climate change. Indeed, the rise in temperatures and the excessively high humidity caused by more intense precipitation are the main causes of the multiplication of lightning.
Source: France Info.

Pastoruri, l’un des glaciers de la Cordillera Blanca (Crédit photo: Wikipedia)