L’oléoduc Trans-Alaska sous la menace du dégel du pergélisol // The Trans-Alaska pipeline under the threat of permafrost thawing

Le dégel du pergélisol dans l’Arctique pose de sérieux problèmes aux pipelines qui transportent le gaz et le pétrole. Dans des notes précédentes, j’ai indiqué que les gazoducs de la Péninsule de Yamal (Russie) devaient être contrôlés et entretenus régulièrement en raison de la déformation du sol.

Aujourd’hui, c’est l’oléoduc Trans-Alaska, l’un des plus grands pipelines au monde, qui donne des signes de faiblesse. En effet, le dégel du pergélisol menace de déstabiliser les supports qui maintiennent en surélévation une section du pipeline, avec un risque de voir le pétrole s’échapper et souiller la nature particulièrement fragile dans cette région du globe.. Le dégel du pergélisol sur une section de 250 mètres du pipeline a provoqué la torsion et l’affaissement de plusieurs entretoises qui maintiennent la structure. Depuis sa mise en service, c’est la première fois que ces supports sont endommagés par le dégel du pergélisol.

Suite à cet incident, le Service des Ressources Naturelles de l’Alaska a donné son feu vert à la mise en place d’une centaine de thermosiphons – des tubes qui évacuent l’excèdent de chaleur à l’intérieur du pergélisol – pour maintenir le sol sous sa forme gelée et éviter d’endommager davantage les structures de support de l’oléoduc. Bien que l’utilisation de ces tubes soit fréquente dans le cadre de la maintenance d’un pipeline, les archives du Trans-Alaska révèlent qu’ils n’ont encore jamais été utilisés à cause du dégel du permafrost.

Les experts disent que ce qui se passe actuellement en Alaska est un signal d’alerte. L’incident montre les effets du réchauffement climatique sur l’intégrité et la sécurité des pipelines. Pour éviter les problèmes liés au pergélisol, quelque 700 kilomètres du pipeline ont été construits sur un système de supports surélevés qui maintiennent le tube à environ 2 mètres au-dessus du sol. Ces supports ressemblent à un H majuscule et le pipeline repose sur la partie transversale (voir photo ci-dessous)

Les responsables du Service des Ressources Naturelles de l’Alaska expliquent qu’il n’y a aucune raison de paniquer car les structures de soutènement de l’oléoduc ne risquent pas de lâcher prise du jour au lendemain. Malgré tout, le Service demeure très vigilant quant aux effets du dégel du pergélisol sur la sécurité du pipeline. Les responsables expliquent que le nettoyage d’une nappe de pétrole pourrait accélérer le dégel du pergélisol. Le projet de refroidissement du pergélisol avec des thermosiphons met en avant une ironie évidente : l’industrie pétrolière doit prendre des mesures pour maintenir le pergélisol gelé afin de sécuriser une infrastructure lui permettant d’extraire davantage de combustible fossile qui est, lui même, la cause du réchauffement climatique !.

On a recensé 18 fuites sur l’oléoduc Trans-Alaska au cours des 20 dernières années. Elles ont laissé échapper entre un baril et 6 800 barils de pétrole. Au total, le pipeline a déversé 9 784 barils de pétrole, avec des dégâts qui ont coûté 52,7 millions de dollars. Les causes des fuites étaient dues à des ruptures de tuyaux corrodés, une défaillance de l’équipement et une erreur humaine. Jusqu’à présent, aucun déversement accidentel de pétrole n’a été attribué au dégel du pergélisol. L’étendue des dégâts à l’environnement lors d’un nouveau déversement dépendrait de la quantité de pétrole, de la profondeur qu’il atteindrait dans le sol et de son impact sur les sources. D’ores et déjà, on sait que les dégâts causés par un déversement de pétrole auraient un impact plus important qu’ailleurs dans le monde en raison de la fragilité de la terre et de l’eau en Alaska.

Source : médias d’information de l’Alaska.

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The thawing of permafrost in the Arctic is having serious consequences for the pipelines that transport gas and oil. In previous posts, I indicated that gas pipelines in the Yamal Peninsula (Russia) had to be maintained regularly because of the ground deformation.

This time, it is the Trans-Alaska Pipeline, one of the world’s largest oil pipelines, that could be in danger. Thawing permafrost threatens to undermine the supports holding up an elevated section of the pipeline, jeopardizing its structural integrity and raising the potential of an oil spill in the already fragile landscape. The thawing of permafrost on a 250-metre section of the pipeline has caused several of the braces holding up the pipeline to twist and bend. It appears to be the first instance that pipeline supports have been damaged by thawing permafrost.

In response to the incident, the Alaska Department of Natural Resources has approved the use of about 100 thermosyphons — tubes that suck heat out of permafrost — to keep the frozen ground in place and prevent further damage to the pipeline’s support structure. While the use of these tubes is common along the pipeline’s expanse, available records show that they have never been previously used as a defensive safeguard once a portion of the ground has begun to slide.

Experts say that what is currently happening is a “wake-up call.” It shows the risks to the pipeline’s integrity and the effect climate change is having on pipeline safety in general.”To avoid problems with the permafrost, about 700 kilometres of the pipeline were built on an elevated support system that keeps the pipe about 2 metrest above the ground. The frames that hold the pipeline, called vertical support members, look like a capital H with the pipeline resting on the cross stroke (see photo below).

Officials of the Alaska Department of Natural Resources explain there is no reason for panic as the support structures are not in immediate danger of collapse. But the Department remains very vigilant about the implications of thawing permafrost for pipeline safety. It warns that cleaning up a spill could accelerate the thawing. The plan to chill the permafrost with additional thermosyphons in the face of global warming underscores an obvious irony: The oil industry must act to keep the permafrost frozen to maintain an infrastructure that allows it to extract more of the fossil fuels that cause the warming.

There have been 18 breaches of the Trans-Alaska Pipeline in the last 20 years. Spills have ranged from less than one barrel to 6,800 barrels. In all, the pipeline has spilled 9,784 barrels of oil, resulting in $52.7 million in damages and costs. Causes of the spills include breaks in corroded pipe to equipment failure and operator error. Up to now, none of the spills recorded were attributed to permafrost thaw. The extent of ecological damage from another spill would depend on the amount of oil spilled, how deep it saturated the soil and whether the plume reached water sources. But any harm from an oil spill would likely be greater than in most other landscapes because of the fragile nature of the Alaskan land and water.

Source : Alaskan news media.

Vue de l’oléoduc Trans-Alaska. On remarquera le trajet non rectiligne pour faire face aux séismes (Photo : C. Grandpey)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

Après une pause de quelques jours, l’éruption l’éruption de Fagradalsfjall a repris de la vigueur le 10 juillet 2021 avec une activité strombolienne dans le cratère actif. La lave qui bouillonne actuellement à l’intérieur du cratère s’écoule vers le nord et ne représente donc plus, pour le moment , une menace pour la vallée de Natthagi où observe toutefois plusieurs points de dégazage très chauds

S’agissant de l’accès aux coulées actives, il faut emprunter le sentier qui monte sur la colline de Langihryggur. Une fois la webcam atteinte, il faut encore marcher environ 45 mn pour atteindre la lave. L’aller-retour représente une dizaine de kilomètres. Même si la visite du site éruptif reste intéressante, il n’a pas la splendeur des premières semaine de l’éruption. Malheureusement la pandémie de COVID-19 et la fermeture de la frontière islandaise n’ont réservé le spectacle qu’à la population locale.

A noter que le 15 juillet le tremor a connu un nouvel accès de faiblesse. Aucune lave n’était visible le matin et le brouillard empêchait de voir le cratère pendant l’après-midi..

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Après une pause de plusieurs jours (dernière crise éruptive le 8 juillet 2021), l’Etna (Sicile) a connu un nouveau paroxysme le 14 juillet, semblant oublier que cette journée est la Fête Nationale en France, et que la Festa della Repubblica en Italie est le 2 juin! On observe toujours le processus habituel : activité strombolienne dans le Cratère SE, évoluant ensuite en fontaines et débordements de lave d’environ 1 ou 2 km de longueur sur le versant SO du cratère.  

Image webcam L.A.V.E.

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Une forte activité explosive a été observée sur le Stromboli (Sicile) à 13h19 (UTC) le 14 juillet 2021. Les matériaux expulsés retombaient sur la Sciara del Fuoco et atteignaient parfois le secteur du Pizzo. L’amplitude du tremor est revenue à des valeurs moyennes à basses après l’éruption. L’activité sur le Stromboli du 28 juin au 4 juillet 2021 a été marquée par une activité explosive continue à partir de trois bouches dans la zone cratèrique nord et de quatre bouches dans la zone cratèrique Centre-Sud. Les explosions ont éjecté des lapilli et des bombes jusqu’à 80-150 m de hauteur et généré des émissions de cendres mineures.

Source : INGV.

Source : INGV

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Suite à une hausse de l’activité sismique sur le Pavlof (Aléoutiennes / Alaska), l’AVO a fait passer la couleur de l’alerte aérienne au Jaune et le niveau d’alerte volcanique à « Advisory » (vigilance conseillée). Selon l’Observatoire, cela ne signifie pas forcément qu’une éruption est imminente.

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Suite à une hausse du tremor volcanique, à l’apparition d’émissions de cendres, ainsi que des panaches de vapeur et de SO2, l’AVO a élevé la couleur de l’alerte aérienne du Semisopochnoi (Aléoutiennes / Alaska) à Orange et a fait passer la niveau d’alerte volcanique à « Watch » (Vigilance).

Source : AVO

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Des panaches de gaz et de cendre s montent jusqu’à 1,1 km au-dessus du cratère du Lewotolo (Indonésie) et des matériaux incandescents sont projetés jusqu’à 300 m de distance. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 4 niveaux). Il est demandé au public de rester à au moins 3 km du cratère.

Source : PVMBG.

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L’activité explosive et effusive continue au niveau du cratère Nicanor du Nevados de Chillán (Chili) où l’on observe toujours de fortes émissions de SO2 ainsi que des anomalies thermiques. Les explosions génèrent des panaches de cendres d’environ 1,4 km au-dessus du cratère où l’incandescence est visible de nuit. Des coulées de lave de 900 m-1 km restent actives, tandis que des coulées pyroclastiques avancent sur un peu moins de 500 m sur le versant NE du volcan. Le niveau d’alerte est maintenu à la couleur Jaune, le deuxième niveau sur une échelle de 4;  le public ne doit pas s’approcher à moins de 2 km du cratère.

Source : SERNAGEOMIN.

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Le Taal (Philippines) reste très actif avec de nouvelles explosions phréatomagmatiques générant des panaches de cendres entre 200 et 700 mètres de hauteur au-dessus du Main Crater. Les émissions de SO2 restent élevées. Une sismicité significative accompagne les émissions gazeuses.
Le niveau d’alerte est maintenu à 3. Le PHIVOLCS rappelle au public que l’ensemble de Volcano Island est une zone de danger permanent interdite d’accès. Quelque 10 400 personnes restent dans des centres d’évacuation.
Source : PHIVOLCS.

Source : PHIVOLCS

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96 explosions ont été enregistrées dans le cratère Ontake du Suwanosejima (Japon) entre le 5 et le 12 juillet 2021. Elles généraient des panaches de cendres de 2 km de hauteur. De grosses bombes volcaniques sont actuellement éjectées à 400 mètres du cratère où de l’incandescence est visible de nuit. Le niveau d’alerte volcanique reste à 3 et il est demandé au public de ne pas s’approcher à moins de 2 km du cratère.

Source : JMA.

Source : Wikipedia

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La couleur de l’alerte aérienne reste inchangée pour les volcans du Kamtchatka.  Elle reste à l’Orange pour le Sheveluch, le Karymsky et l’Ebeko.

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

After a few days’ break, the Fagradalsfjall eruption started again on July 10th, 2021 with Strombolian activity in the active crater. The lava that is currently boiling withi the crater is now flowing to the north and therefore no longer represents a threat to the Natthagi Valley where, however, several very hot degassing spots can be observed. Regarding the access to the active flows, visitors need to walk along the path up Langihryggur. Once the webcam is reached, they still have to walk about 45 minutes to reach the lava. The round trip ris about ten kilometres long. Even if the visit of the eruptive site remains interesting, it does not have the splendor of the first weeks of the eruption. Unfortunately the COVID-19 pandemic and the closure of the Icelandic border, only the local population could enjoy the show.

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After a pause of several days (last eruptive crisis on July 8th, 2021), Mt Etna (Sicily) experienced a new paroxysm on July 14th, seeming to forget that this day is the National Day in France, and that the Festa della Repubblica in Italy is on June 2nd! The eruptive process has not changed: Strombolian activity in the SE Crater, then evolving into fountains and lava overflows of about 1 or 2 km in length on the SW side of the crater.

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A major explosive eruption took place at Stromboli (Sicily) at 13:19 UTC on July 14th, 2021. Volcanic material fell back to Sciara del Fuoco and reached the Pizzo area. The tremor amplitude returned back to mid-low values after the eruption.

Activity at Stromboli volcano from June 28th to July 4th, 2021 was characterized by ongoing explosive activity from three vents in the North Crater area and four vents in the South-Central Crater area. The explosions ejected lapilli and bombs 80-150 m high, and produced minor ash emissions.

Source : INGV.

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Following an increase in seismic activity on Pavlof (Aleutians / Alaska), AVO raised the aviation colour code to Yellow and the volcanic alert level to “Advisory”. According to the Observatory, this does not necessarily mean that an eruption is imminent.

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Following an increase in the volcanic tremor, new ash emissions, as well as steam and SO2 plumes, AVO has raised the aviation colour code for Semisopochnoi (Aleutians / Alaska) to Orange and the volcanic alert level to “Watch”.

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Steam and ash plumes from Lewotolo (Indonesia) usually rise as high as 1.1 km above the crater. Incandescent material is ejected from the summit as far as 300 m away. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4) and the public is asked to stay 3 km away from the summit crater.

Source : PVMBG.

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Explosive and effusive activity continues at Nevados de Chillán’s Nicanor Crater (Chile), alomg with increased SO2 emissions and thermal anomalies. Explosions generate ash plumes that rise as high as 1.4 km above the crater where incandescence can be seen at night. Lava flows 900 m-1 km long continue to be active. Pyroclastic flows are still travelling less than 500 m down the NE flank. The Alert Level remains at Yellow, the second level on a four-colour scale. The public should stay at least 2 km away from the crater.

Source : SERNAGEOMIN.

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Taal (Philippines) remains very active with more phreatomagmatic explosions that generate ash plumes rising 200-700 metres above the Main Crater. SO2 emissions remain elevated. Significant seismicity accompanies the gaz emissions.
The alert level is kept at 3. PHIVOLCS reminds the public that the entire Taal Volcano Island is a permanent danger zone whose acess is prohibited. About 10,400 persons are staying in evacuation centres.
Source: PHIVOLCS.

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96 explosions were recorded at Suwanosejima’s Ontake Crater between July 5th and 12th,, 2021. They produced plumes that rose as high as 2 km above the crater. Large volcanic bombs are often ejected 400 m from the crater and incandescence is visible at night. . The Alert Level remains at 3 and the public is asked to stay 2 km away from the crater.

Source : JMA.

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The aviation colour codes remain unchanged for Kamchatka volcanoes where the aviation colour codes of Sheveluch, Karymsky and Ebeko volcanoes remain Orange.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

ource : JMA.

Le sang des glaciers // Glacier blood

On peut lire ces jours-ci dans la presse de nombreux articles sur les couleurs étranges prises par la neige dans les Alpes au printemps. Certaines zones montrent des couleurs vives telles que rouge foncé, orange rouille ou rose. Pour les montagnards, il s’agit du « sang des glaciers. » D’autres personnes préfèrent l’expression « neige de pastèque ». En réalité, toutes ces nuances sont dues à une prolifération d’algues, un phénomène observé ces dernières années dans tous les habitats alpins de la planète.

La prolifération d’algues en milieu alpin est encore mal comprise, mais le seul fait que ces algues apparaissent n’est probablement pas une bonne nouvelle. Les chercheurs ont commencé à établir un recensement des algues dans les Alpes pour mieux comprendre quelles espèces y vivent, comment elles survivent et ce qui les pousse à une telle hémorragie de couleurs. Les premiers résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Frontiers in Plant Science.

Minuscules mais très vivaces, les algues sont à la base de tous les écosystèmes. Grâce à leurs prouesses photosynthétiques, elles produisent une grande quantité de l’oxygène que nous respirons et sont à la base de la plupart des réseaux trophiques. Cependant, leur multiplication est parfois excédentaire, jusqu’à provoquer un déséquilibre. C’est alors que peuvent se produire des marées rouges toxiques : le « sang des glaciers ».

Même si on ignore ce qui provoque vraiment les prolifération d’algues, ont sait que leur couleur, souvent rouge, mais parfois verte, grise ou jaune, provient de pigments et d’autres molécules que les algues utilisent pour se protéger des rayons ultraviolets. En effet, ces teintes absorbent plus de lumière du soleil, ce qui accélère la fonte de la neige sous-jacente. Cela peut modifier la dynamique des écosystèmes et accélérer le recul des glaciers, (NDLR : il s’agit d’un phénomène que l’on a déjà observé au Groenland.)

Dans l’étude de leur prolifération, les chercheurs de plusieurs instituts alpins ont décidé de laisser de côté les espèces d’algues qui se développent dans des habitats éloignés et de donner la priorité à celles vivant dans un environnement proche. Comme de très nombreux types d’algues peuvent vivre et proliférer dans les montagnes, les chercheurs ont commencé par effectuer un recensement dans certaines parties des Alpes françaises pour savoir quels types y poussent et dans quels endroits. Ils ont prélevé des échantillons de sol sur cinq sommets répartis à différentes altitudes, et recherché l’ADN des algues. Ils ont découvert que de nombreuses espèces ont tendance à préférer des altitudes spécifiques et ont très probablement évolué dans les conditions qui s’y trouvent. Par exemple, une espèce-clé, la Sanguina, ne pousse qu’au-dessus de 1 950 mètres.

Les chercheurs ont également collecté certaines espèces pour étudier en laboratoire les possibles déclencheurs de leur prolifération. On sait depuis longtemps que les proliférations d’algues se produisent naturellement. Cependant, certains facteurs d’origine humaine peuvent favoriser ces proliférations et les rendre plus fréquentes. On sait aussi que les conditions météorologiques extrêmes, les températures anormalement élevées pour la saison et les apports de nutriments provenant du ruissellement agricole et des eaux usées jouent également un rôle dans les proliférations d’algues d’eau douce et océaniques.

Pour voir s’il en va de même pour le « sang des glaciers », les chercheurs ont soumis les algues à des excès de nutriments, tels que l’azote et le phosphore. Bien qu’ils n’aient rien remarqué de significatif jusqu’à présent, ils prévoient de poursuivre cette ligne de tests. Dans les années à venir, les scientifiques suivront l’évolution de la répartition des espèces au fil du temps, ce qui pourrait donner des indications intéressantes sur la santé globale de l’écosystème. Ils essaieront également d’établir si les modèles de température sont en corrélation avec les proliférations d’algues, et ils commenceront à comparer les compositions des espèces dans les milieux de neige blanche et colorée. En procédant ainsi, ils espèrent percer le mystère du « sang des glaciers. ».

Adapté d’un article publié dans le New York Times.

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These days, one can read many articles in the newspapers about the strange colours assumed by the snow in the Alps in spring. Parts of the snow take on bright colours: deep red, rusty orange, lemonade pink. Locals call this “sang des glaciers,” or “glacier blood,” visitors sometimes use the expression “watermelon snow.” In reality, these blushes come from an algae bloom, a phenomenon observed in recent years all over alpine habitats around the world.

While snow-algae blooms are poorly understood, the fact they are happening is probably not a good sign. Researchers have begun surveying the algae of the Alps to better grasp what species live there, how they survive and what might be pushing them over the bleeding edge. Some of their initial findings were published in the journal Frontiers in Plant Science.

Tiny yet powerful, the algae are the basis of all ecosystems. Thanks to their photosynthetic prowess, algae produce a large amount of the world’s oxygen and form the foundation of most food webs. However, they sometimes overdo it, multiplying until they throw things out of balance. This can cause toxic red tides, and puzzling glacier blood.

While it is unclear exactly what spurs the blooms, the colour, often red, but sometimes green, grey or yellow, comes from pigments and other molecules that the snow algae use to protect themselves from ultraviolet light. These hues absorb more sunlight, causing the underlying snow to melt more quickly. This can change ecosystem dynamics and hasten the shrinking of glaciers.

In their study of the phenomenon, researchers at several alpine institutes have decided to turn their attention from algae species in far-flung habitats to those “that grow next door.”

Because so many different types of algae can live and bloom in the mountains, the researchers began with a census in parts of the French Alps to find out what grows where. They took soil samples from five peaks, spread over various altitudes, and searched for algal DNA.

They found that many species tend to prefer particular elevations and have most likely evolved to thrive in the conditions found there. One key genus, named Sanguina, grows only above 1,950 metres.

The researchers also brought some species back to the lab to investigate their potential bloom triggers. It has been known for a long time that algae blooms occur naturally. However, human-generated factors can worsen such outbursts and make them more frequent. Extreme weather, unseasonably warm temperatures and influxes of nutrients from agricultural and sewage runoff all play a role in freshwater and ocean algae blooms.

To see if the same was true for glacier blood, the researchers subjected the algae to surpluses of nutrients, such as nitrogen and phosphorus. While they have not found anything significant so far, they plan to continue this line of testing.

In the coming years, the researchers will keep track of how species distributions shift over time, which may shed light on the overall health of the ecosystem. They will also try to establish whether temperature patterns correlate with blooms, and begin to compare species compositions in white versus colourful snow. Eventually, they hope to decipher the blood-red message.

Adapted from an article published in The New York Times.

Gros plan sur un type d’algues rouges (Chlamydomonas nivalis) en Antarctique (Source : Wikipedia)

Fonte des plateformes glaciaires en Antarctique // Melting of ice shelves in Antarctica

Comme je l’ai écrit plusieurs fois sur ce blog, si les plates-formes glaciaires de l’Antarctique occidental fondent et disparaissent, elles ne retiendront plus les glaciers qui se trouvent en amont. Si ces glaciers atteignent l’océan, ils contribueront à l’augmentation du niveau de la mer dans le monde entier. Au cours des dernières années, les scientifiques ont attiré l’attention du public sur les glaciers Thwaites et Pine Island, deux immenses rivières de glace de l’Antarctique occidental.

Selon une étude publiée le 11 juin 2021 dans la revue Science Advances, la plateforme qui retient le glacier de Pine Island se désintègre beaucoup plus vite qu’auparavant et laisse échapper d’énormes icebergs. Sa fonte s’est accélérée en 2017 et fait craindre aux scientifiques qu’avec le réchauffement  climatique, la fonte du glacier se produise plus rapidement que les siècles mentionnés dans les prévisions.

La plateforme glaciaire devant le Pine Island a reculé d’environ 20 kilomètres entre 2017 et 2020. Cette situation a été confirmée en visionnant en accéléré les images collectées par un satellite européen qui prend des photos tous les six jours.

Entre 2017 et 2020, il y a eu trois grands événements de dislocation de la plateforme glaciaire, avec vêlage de monstres de glace de plus de 8 kilomètres de long et 36 kilomètres de large qui se sont ensuite morcelée en icebergs plus petits. On a également observé beaucoup de petits vêlages.

Les scientifiques craignent que la plateforme glaciaire dans son ensemble lâche prise et disparaisse en quelques années. Ils ont observé le comportement de deux repères sur le glacier principal et ont découvert qu’ils avaient accéléré leur progression de 12% à partir de 2017. Comme je l’ai écrit plus haut, le glacier de Pine Island est l’un des deux glaciers de l’Antarctique occidental que les glaciologues craignent de voir disparaître à brève échéance. L’autre glacier est le Thwaites. Si le Pine Island fondait dans sa totalité, cette eau entraînerait une élévation du niveau de la mer de 50 centimètres. Le glacier est responsable d’environ un quart de la perte de glace sur ce continent. Tous les modèles montrent que si le Pine Island et le Thwaites disparaissent, le reste de l’Antarctique occidental suivra, car tous les glaciers de cette partie du continent sont interconnectés.

Source : Yahoo News.

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As I put it several times before, if the ice shelves in West Antarctica melt and collapse, they will no longer hold back the glaciers that are pushing behind them. Should these glaciers reach the ocean, they will contribute to increasing sea level rise around the globe. In the past years, scientists have drawn public attention to the Thwaites and Pine Island glaciers, two massive rivers of ice in West Antarctica.

According to a study published on June 11th, 2021 in the journal Science Advances, the ice shelf that holds back the Pine Island glacier is breaking up much faster than before and spawning huge icebergs. Its melting accelerated in 2017, causing scientists to worry that with climate change the glacier’s collapse could happen quicker than the many centuries predicted.

That ice shelf has retreated by about 20 kilometres between 2017 and 2020. The confirmation of this event was given by a time-lapse video from a European satellite that takes pictures every six days.

Between 2017 and 2020, there were three large breakup events, creating icebergs more than 8 kilometres long and 36 kilometres wide, which then split into lots of smaller pieces. There also were many smaller calvings.

Scientists fear that the whole shelf could give way and go within a few years. They have tracked two points on the main glacier and found they were moving 12% faster toward the sea starting in 2017.

As I put it above, the Pine Island Glacier is one of two side-by-side glaciers in western Antarctica that ice scientists worry most about losing on that continent. The other is the Thwaites Glacier. Should Pine Island melt, this water would lead to a 50-centimetre sea level rise. The glacier is responsible for about a quarter of the continent’s ice loss.

All model show that if Pine Island and Thwaites fall apart, the rest of West Antarctica will follow as all glaciers in that part of the Antarctic continent are interconnected.

Source : Yahoo News.

 

Source : National Snow and Ice Data Center (NSIDC)