Hausse d’activité du Shishaldin (Aléoutiennes / Alaska) // Increased activity at Shishaldin (Aleutians / Alaska)

L’Alaska Volcano Observatory (AVO) indique que l’activité du Shishaldin a considérablement augmenté au cours des dernières 24 heures et que des fontaines de lave étaient visibles sur les images de la webcam pendant la soirée et la nuit. Des températures de surface très élevées ont également été détectées au sommet et sur les flancs du volcan. Des émissions de cendre faibles à modérées ont aussi été observées.
La sismicité au cours de la journée écoulée a considérablement augmenté. Le tremor s’est stabilisé mais est resté élevé au cours des dernières heures.
Le niveau d’alerte volcanique reste à Vigilance et la couleur de l’alerte aérienne est maintenue à l’Orange.

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The Alaska Volcano Observatory (AVO) indicates that activity at Shishaldin has increased significantly over the past day with fire-fountaining observed in web camera views throughout the evening and night. Strongly elevated surface temperatures have been observed at the summit and along the flanks of the volcano. Minor to moderate ash have also been observed.

Seismicity over the past day increased significantly. The seismic tremor has stabilized and remains high over the past hours.

The current volcano alert level is Watch. The aviation colour code is Orange.

Cette vue du Shishaldin obtenue grâce au satellite Sentinel-2 le 24 octobre 2019 montre l’incandescence dans le cratère sommital ainsi qu’un petit panache de vapeur. Le cratère est rempli de lave qui s’échappe vers le nord-ouest et alimente une coulée d’environ 800 mètres de long. (Source : ESA)

Le CO2 de la toundra, un autre sujet d’inquiétude // CO2 in the tundra, another area of concern

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que l’on a beaucoup négligé jusqu’à aujourd’hui les conséquences de la fonte du permafrost – ou pergélisol – arctique sur le réchauffement climatique.

Une étude effectuée par une équipe internationale de scientifiques et publiée dans Nature Climate Change nous apprend que le sol de l’Arctique s’est réchauffé au point de libérer plus de carbone en hiver que les plantes nordiques peuvent en absorber en été. La toundra recouvre une grande partie de l’Arctique, que se soit en Sibérie, au Canada ou en Alaska. Elle représente un gigantesque réservoir qui contient nettement plus de carbone que ce qu’on trouve déjà dans l’atmosphère. Avec le réchauffement climatique, la toundra est en passe de devenir une source des gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Les auteurs de l’étude ont installé des détecteurs de dioxyde de carbone (CO2) sur le sol dans plus de 100 sites autour de l’Arctique et ont effectué plus d’un millier de mesures. Ils ont découvert que la quantité de carbone libérée pat le permafrost était beaucoup plus importante que prévu. Les résultats montrent que les émissions de CO2 – 1,7 milliard de tonnes par an – sont environ deux fois plus élevées que les estimations précédentes.

On pense que les plantes arctiques absorbent un peu plus d’un milliard de tonnes de gaz de l’atmosphère chaque année pendant la saison de croissance. Le résultat net est que les sols arctiques dans le monde rejettent probablement déjà plus de 600 millions de tonnes de CO2 par an.

Si la situation n’évolue pas, les émissions du sol nordique seraient susceptibles de libérer 41 % de carbone supplémentaire d’ici la fin du siècle. Or, l’Arctique se réchauffe déjà trois fois plus vite que le reste du monde. Selon la dernière étude, même si des efforts importants d’atténuation sont déployés, ces émissions augmenteront de 17 %.

Les chercheurs n’ont pas mesuré le méthane, un gaz à effet de serre environ qui est 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et qui est également rejeté par le sol. On se souvient que de puissantes explosions de méthane ont creusé de spectaculaires cratères au cœur de la Sibérie.

Source : Presse canadienne.

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During my « Glaciers at Risk » conference, I explain that the consequences of the melting Arctic permafrost on global warming have been largely neglected.
A study conducted by an international team of scientists and published in Nature Climate Change tells us that Arctic soil has warmed to the point of releasing more carbon in winter than northern plants can absorb in summer. The tundra covers a large part of the Arctic, whether in Siberia, Canada or Alaska. It is a huge reservoir that contains significantly more carbon than is already found in the atmosphere. With global warming, the tundra is becoming a source of the greenhouse gases responsible for climate change.
The authors of the study installed carbon dioxide (CO2) detectors on the ground in more than 100 sites around the Arctic and made more than a thousand measurements. They discovered that the amount of carbon released from permafrost was much higher than expected. The results show that CO2 emissions – 1.7 billion tonnes per year – are about twice as high as previous estimates.
Arctic plants are thought to consume just over one billion tonnes of gas from the atmosphere each year during the growing season. The net result is that Arctic soils worldwide probably already emit more than 600 million tons of CO2 a year.
If the situation does not change, northern soil emissions could release 41% more carbon by the end of the century. The Arctic is already warming three times faster than the rest of the world. According to the latest study, even if significant mitigation efforts are made, these emissions will increase by 17%.
The researchers did not measure methane, a greenhouse gas that is about 30 times more powerful than carbon dioxide and is also released from the ground. One should remember that powerful explosions of methane have dug spectacular craters in the heart of Siberia.
Source: Canadian Press.

Vues de la toundra en Alaska (Photos: C. Grandpey)

Cleveland (Alaska) & Sakurajima (Japon)

L’AVO indique que les données satellitaires laissent supposer q’un lent épanchement de lave a commencé dans le cratère sommtal du Cleveland (Aléoutiennes / Alaska). En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne a été élevée à l’Orange et le niveau d’alerte volcanique à Vigilance. Cependant, aucun signe d’activité explosive avec panaches de cendre n’a été détectée.

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L’Agence météorologique japonaise (JMA) indique que l’activité du Sakurajima (Japon) a augmenté ces dernières semaines. Une forte éruption observée le 8 novembre 2019 au niveau du cratère sommital Minamidake a généré un panache de cendre de 6,7 km. La JMA précise qu’il s’agit de la plus forte éruption depuis juillet 2016. Aucun dégât ni aucune victime n’ont été signalés.

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AVO indicates that satellite data suggest that slow effusion of lava may have begun in the summit crater of Cleveland (Aleutians / Alaska). As a consequence, the aviation colour code has been raised to Orange and the volcanic alert level to Watch. However, no evidence of explosive, ash-producing activity has been detected.

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The Japan Meteorological Agency (JMA) indicates that activity at Sakurajima (Japan) has been increasing over the past few weeks. A strong eruption on November 8th, 2019 at the Minamidake summit crater generated an ash plume up to 6.7 km. JMA says it was the largest eruption since July 2016. There were no reports of damage or injuries.

Vue du Sakurajima et de la ville de Kagoshima (Crédit photo: Wikipedia)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Un épisode éruptif a été observé sur le Satsuma-Iojima (également connu sous le nom de Tokara-Iojima) sur l’île de Kyushu (Japon). Le volcan a envoyé un panache de cendre à plus de 900 mètres de hauteur.
Aucun blessé n’a été signalé. C’est la première éruption sur l’île depuis juin 2013.
L’Agence météorologique japonaise (JMA) a relevé le niveau d’alerte de 1 à 2 sur une échelle de 5.
Source: JMA.

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GeoNet indique que l’activité s’est intensifiée à White Island (Nouvelle Zélande) au cours des dernières semaines. Les volcanologues locaux ne sont pas en mesure de donner des explications de ce phénomène. Le niveau d’alerte volcanique reste à 1. Parallèlement aux changements de comportement du volcan, les émissions de SO2 et le niveau du tremor volcanique ont évolué. Les deux paramètres montrent une tendance à la hausse et sont au plus haut niveau depuis 2016.
Le niveau du lac de cratère est également en hausse depuis début août 2019, ce qui a un impact sur l’activité de surface autour des bouches actives situées dans la partie ouest du plancher du cratère. Comme je l’ai écrit précédemment, une activité semblable à celle d’un geyser a été observée dans cette zone. D’autres mesures récentes effectuées sur l’île, telles que la chimie des fumerolles et de l’eau, la déformation du sol et la sismicité, ne montrent aucun changement significatif.
Source: GeoNet.

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En raison de la croissance constante du dôme de lave, des explosions se produisent de temps en temps sur le Sheveluch (Kamchatka). L’une d’elles s’est produite le 3 novembre 2019. Le nuage de cendre a atteint 10 kilomètres d’altitude.
La couleur de l’alerte aérienne est passée au Rouge, avant d’être ramenée à l’Orange un peu plus tard.
Source: KVERT.

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L’éruption se poursuit sur le Shishaldin (Aléoutiennes / Alaska). Le 28 octobre 2019, les deux coulées de lave précédemment observées sur le flanc nord-ouest avaient cessé d’avancer. Le même jour, les images satellites ont montré des traces de cendre sur le flanc nord et un lahar s’étirait sur au moins 4 km au nord-ouest du sommet. Au cours des jours suivants, de nouvelles petites explosions ont laissé supposer un changement de comportement éruptif. De nouvelles coulées de lave et des lahars restaient possibles le 1er novembre. Des températures de surface élevées sont actuellement visibles sur plusieurs images satellites. Une incandescence a été observée sur des images nocturnes de la webcam. Un pilote a par ailleurs signalé une coulée de lave le matin du 2 novembre.
Source: AVO.

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Kilauea (Hawaii) : En raison de la difficulté d’accès au site, les scientifiques du HVO ont eu recours à un système aérien sans pilote (UAS) – autrement dit un drone – pour prélever un échantillon d’eau dans le petit lac au fond du cratère de l’Halema’uma’u. Les scientifiques ont ensuite effectué les premières analyses de l’eau sur la lèvre de la caldeira quelques minutes après avoir recueilli l’échantillon. Les tests ont révélé que l’eau avait un pH de 4,2. Cette valeur est acide, mais pas aussi basse que celle de certains autres lacs volcaniques dans le monde, où le pH peut être proche ou inférieur à zéro, comme le Kawah Ijen en Indonésie. La conductivité de l’eau, liée à la quantité de solides dissous, était supérieure à la limite maximale du capteur utilisé pour le test. De plus, les chercheurs n’ont pas pu obtenir de mesure directe de la température du lac. Toutefois, des mesures récentes effectuées ç l’aide d’une caméra thermique depuis le bord du cratère ont indiqué une température maximale de l’eau de 65-75°C. L’USGS effectuera des analyses plus approfondies de l’eau à l’observatoire volcanologique de Californie.
En cliquant sur ce lien, vous verrez des vidéos du vol du drone au-dessus du lac à l’intérieur du cratère:
https://volcanoes.usgs.gov/volcanoes/kilauea/multimedia_chronology.html

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L’activité reste soutenue sur le Stromboli (Sicile). Des explosions sont observées au niveau de tous les cratères sommitaux. Elles s’accompagnent d’un dégazage continu et de fréquentes émissions de cendre. Le reste du temps, l’activité de dégazage est faible et se concentre principalement dans le cratère sud-ouest. Le tremor est stable avec des valeurs moyennes. Le nombre d’événements VLP (très longue période) est élevé, avec une moyenne de 19 explosions par heure. Les émissions de SO2 présentent des valeurs faibles (40 tonnes / jour). On enregistre peu de chutes de blocs sur la Sciara del Fuoco.
Source: Laboratorio Geofisica Sperimentale.

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An eruptive episode was observed on Satsuma-Iojima (also known as Tokara-Iojima) on the island of Kyushu (Japan). The volcano sent an ash plume more than 900 metres into the sky.

No injuries have been reported. It was the first eruption on the island since June 2013.

The Japan Meteorological Agency (JMA) raised the alert level from 1 to 2, on a scale of 5.

Source : JMA.

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GeoNet indicates that activity has increased at White Island (New Zealand) during the past weeks. Local volcanologists are not sure what this means. However, the volcanic alerte level remains at 1. Along the changes in the volcano’s behaviour, there has been an evolution in the SO2 emissions and the level of volcanic tremor. Both show an increasing trend and are at the highest level since 2016.

The level of the crater lake has been rising since early-August 2019, with an impact on the surface activity around the active vents on the west side of the crater floor. As I put it before, geyser-like activity has been observed in this area. Other recent measurements made on the island, such as fumarole and water chemistry, ground deformation and seismicity show no significant changes.

Source : GeoNet.

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 Because of the constant growth of the lava dome, explosions occur from time to time at Sheveluch (Kamchatka). Onr of them occurred on November 3rd, 2019. The ash cloud reached 10 kilometres above sea level.

The aviation colour code was raised to Red and later lowered back to Orange.

Source: KVERT.

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The eruption continues at Shishaldin (Aleutians / Alaska). On October 28th, 2019, the two lava flows observed previously down the northwest flank had stalled. On that same day, satellite images showed trace ash deposits on the north flank and a lahar extending at least 4 km northwest from the summit. However, during the follqwing days, new small explosions suggested a change in eruptive behaviour, and additional lava flows and lahars remained possible on November 1st. Elevated surface temperatures are now visible in several satellite images. Incandescence was observed in overnight webcam images, and a local pilot reported observing a lava flow on the morning of November 2nd.

Source: AVO.

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Kilauea (Hawaii) : Because of the difficult access to the site, HVO scientists resorted to an unmanned aircraft system (UAS) to collect a water sample from Halema‘uma‘u. The scientists then performed some preliminary tests of the water at the caldera rim minutes after the sample was collected. They revealed the water had a pH of 4.2. This value is acidic, though not as low as at some other volcanic lakes around the world, which can have pH values near or lower than zero, like Kawah Ijen in Indonesia. The conductivity of the water, related to the amount of dissolved solids, was above the upper limit of the sensor used for the test. Besides, the researchers were nt able to obtain a direct measurement of the lake’s temperature, but recent measurements by a thermal camera on the rim of the crater indicate a maximum water temperature of 65-75°C. More in-depth analyses of the water will be conducted by USGS at the California Volcano Observatory.

By clicking on this link, you will see videos of the flight of the UAS above the crater lake:

https://volcanoes.usgs.gov/volcanoes/kilauea/multimedia_chronology.html

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Volcanic activity is still high at Stromboli (Sicily). Explosions are observed at all the summit craters, accompanied by continuous degassing activity and frequent ash emissions. The degassing activity is low and mainly located at the SW crater. The tremor is stable at medium values. The number of VLP events is high, with an average of 19 events per hour. The SO2 flux shows low values (40 tons/day). The rockfall activity is low on the Sciara del Fuoco..

Source: Laboratorio Geofisica Sperimentale.

Vue du lac acide au fond de l’Halema’uma’u (Crédit photo: USGS / HVO)

Nouvel avis de décès

A l’image des Islandais qui ont inauguré le 18 août 2019 une plaque commémorative à la mémoire du défunt glacier Okjokull, les élus écologistes régionaux ont déposé le 23 octobre une plaque « à la mémoire du glacier Arriel » qui a définitivement fondu dans les Pyrénées béarnaises, victime du réchauffement climatique

Le glacier d’Arriel, à proximité du lac d’Arrémoulit, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, connaît donc le même sort que celui de 50% des glaciers pyrénéens ces dernières années. Ils disparaîtront probablement tous d’ici 2040. On peut lire sur la plaque : « Cette plaque atteste que nous savons ce qu’il se passe et que nous savons ce qu’il faut faire. Vous seul-e-s saurez si nous l’avons fait »

La disparition d’un glacier, même de petite taille dans les Pyrénées ou sur les autres massif, n’est pas anodine. Les élus présents à la cérémonie ont rappelé que « les glaciers forment des réserves d’eau douce capitales, tant pour les activités humaines que pour les écosystèmes de l’ensemble du Sud-Ouest : agriculture, tourisme, production hydroélectrique… »

D’après un constat de l’association pyrénéenne de glaciologie Moraine, qui étudie l’évolution des glaciers pyrénéens depuis vingt ans, ces derniers pourraient complètement disparaître d’ici à 2050. On comptait 90 glaciers dans les Pyrénées en 1850, contre 23 aujourd’hui.

Source : Synthèse de la presse régionale.

Situé à la base de la face Nord du Pic d’Arriel, le glacier s’était considérablement réduit et se distinguait à peine ces dernières années (Crédit photo : Wikipedia)

Le permafrost est un puissant émetteur de carbone // Permafrost is a powerful carbon emitter

Quand je lis le titre d’un article publié sur le site web de la revue GEO, je me dis qu’il reste beaucoup à faire pour faire prendre conscience des effets du réchauffement climatique.

L’article est intitulé : « A cause du changement climatique, le sol gelé de l’Arctique serait devenu un émetteur de carbone. » Je suis désolé, mais l’utilisation du conditionnel est une grave erreur. Cela fait longtemps que j’attire l’attention sur les émissions de gaz à effet de serre (gaz carbonique et méthane) par le sol de la toundra, que ce soit en Sibérie, au Canada ou en Alaska.

L’auteur de l’article prend des précautions bien inutiles. Il écrit qu’« une nouvelle étude suggère qu’à cause de la hausse de températures, le sol gelé de l’Arctique serait devenu un émetteur de dioxyde de carbone. En hiver, il libèrerait désormais plus de gaz que les plantes de la région ne peuvent en absorber durant l’été. » Pas de doute possible, GEO est très en retard sur la réalité !

En lisant l’article, j’ai l’impression de lire un condensé des notes diffusées de puis des mois sur mon blog à propos de la fonte du permafrost, ou pergélisol. On nous rappelle que le sol arctique gelé en permanence constitue 24% des terres émergées de l’hémisphère nord et recouvre plus de 20 millions de kilomètres carrés. Depuis des dizaines de milliers d’années, les régions arctiques capturent le gaz carbonique pour le piéger en profondeur. D’après une étude parue en 2015, le pergélisol recèle quelque 1.700 milliards de tonnes de CO2, soit deux fois plus que la quantité présente dans l’atmosphère. A cause du changement climatique et de l’augmentation des températures, le pergélisol est maintenant devenu un émetteur de carbone. Il libère plus de CO2 en hiver que les plantes de la région ne peuvent en absorber durant l’été.

Jusqu’à ces dernières années, on pensait que la libération de carbone s’interrompait en hiver parce que les sols restaient gelés et que les bactéries n’étaient pas actives, mais des études récentes ont prouvé le contraire.

Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, les scientifiques ont placé des capteurs de dioxyde de carbone au niveau de plus de 100 sites répartis à travers l’Arctique. D’octobre à avril, ces dispositifs ont collecté plus de 1.000 mesures qui ont permis d’évaluer les émissions de CO2 au niveau du pergélisol et d’établir des modèles. Les chercheurs ont constaté que la libération de CO2 varie selon le type de végétation mais est deux fois plus importante qu’évaluée par de précédentes études.

Pour calculer l’évolution du phénomène au fil des décennies, les scientifiques ont étendu les prédictions de leur modèle en considérant les conditions plus chaudes établies pour 2100 par différents scénarios du GIEC. Dans un scénario modéré où des efforts seraient mis en place, les émissions du pergélisol pourraient augmenter de 17%. En revanche, si aucun effort n’est mené, le phénomène pourrait croître de 41%.

L’article de GEO fait toutefois remarquer que cette étude n’est pas la première à dénoncer les conséquences de la fonte du pergélisol pour le climat. Les sols gelés de l’Arctique sont déjà qualifiés par certains de « bombe à retardement climatique », en raison de la quantité de méthane (CH4) qu’ils recèlent et peuvent libérer. Les cratères creusés dans la toundra sibérienne par les explosions de méthane sont la preuve de la puissance explosive de ce gaz dont le potentiel de réchauffement est environ 30 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.

Pour terminer, l’article oublie de mentionner les conséquences que la fonte du permafrost pourrait avoir pour la santé. En fondant, le sol gelé risque de libérer des bactéries restées prisonnières pendant des décennies, voire des siècles. L’épidémie d’anthrax qui a touché des éleveurs de rennes en Sibérie il y a quelque mois n’est peut-être pas étrangère à ce phénomène.

Source : GEO.

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When I read the title of an article published on the website of the GEO magazine, I tell myself that much remains to be done to raise awareness of the effects of global warming.
The article is entitled: “Because of climate change, frozen ground in the Arctic may have become a carbon emitter.” I’m sorry, but using “may” is a big mistake. It has been a long time since I brought attention to greenhouse gas (carbon dioxide and methane) emissions from tundra soils, whether in Siberia, Canada or Alaska.
The author of the article takes useless precautions. He writes that « a new study suggests that because of rising temperatures, the frozen ground of the Arctic may have become a carbon dioxide emitter. In winter, it is likely to release more gas than plants in the region can absorb during the summer. No doubt, GEO is way behind reality!
While reading the article, I have the impression to read a summary of the posts released for months on my blog about the melting of permafrost. We are reminded that the permanently frozen Arctic soil constitutes 24% of the northern hemisphere’s land surface and covers more than 20 million square kilometres. For tens of thousands of years, Arctic regions have captured carbon dioxide to trap it at depth. According to a study published in 2015, permafrost contains some 1,700 billion tonnes of CO2, twice as much as the amount in the atmosphere. Due to climate change and increasing temperatures, permafrost has now become a carbon emitter. It releases more CO2 in winter than plants in the region can absorb during the summer.
Until recently, it was thought that carbon release stopped in the winter because soils remained frozen and bacteria were not active, but recent studies have shown the opposite.
As I mentioned in a previous posts, scientists have placed carbon dioxide sensors at more than 100 sites across the Arctic. From October to April, these devices collected more than 1,000 measurements that made it possible to evaluate CO2 emissions at the level of permafrost and to establish models. The researchers found that CO2 release varies by vegetation type, but is twice as large as assessed by previous studies.
To calculate the evolution of the phenomenon over decades, scientists have extended the predictions of their model by considering the warmer conditions set for 2100 by different IPCC scenarios. In a moderate scenario where efforts would be put in place, permafrost emissions could increase by 17%. On the other hand, if no effort is made, the phenomenon could grow by 41%.
However, the GEO article notes that this study is not the first to denounce the consequences of melting permafrost for the climate. The frozen soils of the Arctic are already qualified by some of the « climate time bomb » because of the amount of methane (CH4) they contain and can release. The craters dug in the Siberian tundra by methane explosions are proof of the explosive power of this gas whose potential for warming is about 30 times higher than that of carbon dioxide.
Finally, the article fails to mention the consequences that the melting of permafrost could have for health. By melting, frozen soil may release bacteria that have been trapped for decades or even centuries. The anthrax epidemic that affected reindeer herders in Siberia a few months ago may be linked to this phenomenon.
Source: GEO.

Photo: C. Grandpey

Source: The Siberian Times

L’incroyable recul du glacier Columbia en Alaska // The amazing retreat of the Columbia Glacier in Alaska

Voici une note qui confirme le recul très spectaculaire du glacier Columbia en Alaska. Il y était fait allusion dans un article paru dans Le Populaire du Centre le dimanche 15 septembre 2019.

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Si vous avez des doutes sur les effets du réchauffement climatique sur les glaciers, je vous invite à visionner une vidéo en accéléré mise en ligne par la NASA. Elle montre l’évolution du glacier Columbia en Alaska entre 1986 et 2019.
Le glacier Columbia prend sa source dans un champ de glace situé à 3 050 mètres d’altitude sur les flancs des Chugach Mountains. Il avance ensuite dans un chenal étroit qui le conduit vers la Baie du Prince William, dans le sud-est de l’Alaska.
Le Columbia est un glacier qui s’écoule directement dans la mer (‘tidewater glacier’ en anglais). Lorsque les explorateurs britanniques l’ont approché pour la première fois en 1794, son front s’étendait vers le sud jusqu’à la rive nord de Heather Island, près de l’ouverture de là où s’ouvre Columbia Bay. Le glacier a maintenu cette position jusqu’en 1980, date à laquelle il a entamé un recul rapide qui se poursuit aujourd’hui.
Les images en fausses couleurs sur la vidéo en accéléré ont été capturées par les satellites Landsat. Elles montrent l’évolution du glacier et du paysage environnant depuis 1986. La neige et la glace apparaissent en couleur cyan vif, la végétation est verte, les nuages ​​ont une couleur blanche ou orange pâle et les eaux de l’océan présentent une teinte bleu foncé. Le substrat rocheux à découvert est marron, tandis que les débris rocheux à la surface du glacier sont gris.
Depuis les années 1980, le front du glacier a reculé de plus de 20 kilomètres. Certaines années, il a reculé de plus d’un kilomètre, bien que la vitesse de recul soit irrégulière. Le front a ralenti son recul entre 2000 et 2006, car les Great Nunatak Peak et Kadin Peak (directement à l’ouest) ont ralenti la progression du glacier.
En même temps qu’il reculait, le Columbia s’est considérablement réduit en épaisseur, comme le montre l’étendue des zones de substrat rocheux de couleur marron de la vidéo. Depuis les années 1980, le glacier a perdu plus de la moitié de son épaisseur et de son volume.
Immédiatement au sud du front du glacier, on peut voir une couche de glace en train de flotter et parsemée d’icebergs qui se sont détachés de son front. La superficie et l’épaisseur de cette couche varient en fonction de l’importance des derniers vêlages et des conditions océaniques.
Le recul du glacier a également eu une influence sur sa morphologie. Dans les années 1980, il présentait trois bras principaux. En 1986, il y avait un bras à l’ouest de la moraine médiane (bras ouest), un bras à l’est de cette dernière (bras principal) et un bras plus petit qui se dirigeait vers l’est du Great Nunatak Peak.
Lorsque le Columbia a perdu de la masse et s’est aminci, la progression du bras le plus petit a stagné, s’est inversée et a finalement commencé à avancer à l’ouest du Great Nunatak Peak. En 2011, le recul du front du glacier a fait se diviser le Columbia en deux glaciers distincts, de sorte que le vêlage avait désormais lieu sur deux fronts séparés. En 2011, on pensait que le bras le plus à l’ouest s’était stabilisé, mais il a surpris les scientifiques avec un recul inattendu parfaitement visible sur la séquence vidéo de 2013. En 2019, les scientifiques pensaient à nouveau que ce bras allait cesser de reculer ; il faudra attendre la nouvelle visite au glacier en pour s’en assurer avec certitude.
En 2014, des chercheurs ont constaté que le bras principal s’était tellement aminci qu’il n’était plus retenu par le substrat rocheux. En conséquence, l’effet des marées océaniques pouvait se faire sentir sur le glacier jusqu’à 12 kilomètres en amont, provoquant ainsi une nouvelle instabilité du bras principal. Ce bras a repris son recul et en 2019, elle a produit de nombreux icebergs pendant l’été anormalement chaud.
Le recul du glacier Columbia contribue à l’élévation du niveau de la mer à l’échelle de la planète, principalement par l’intermédiaire du vêlage d’icebergs. Lorsque le front du Columbia atteindra la terre ferme, son recul va probablement ralentir. La surface plus stable provoquera une réduction du vêlage, ce qui permettra au glacier de commencer à reconstruire une moraine et de progresser une nouvelle fois.
Vous pourrez voir la vidéo en cliquant sur ce lien:
https://earthobservatory.nasa.gov/world-of-change/ColumbiaGlacier

 Source: NASA.

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If you have doubts about the effects of climate change and global warming on glaciers, I invite you to have a look at a NASA time lapse video showing the evolution of the Columbia Glacier in Alaska between 1986 and 2019.

The Columbia Glacier descends from an icefield 3,050 metres above sea level, down the flanks of the Chugach Mountains, and into a narrow inlet that leads into Prince William Sound in southeastern Alaska.

The Columbia is a tidewater glacier, flowing directly into the sea. When British explorers first surveyed it in 1794, its front extended south to the northern edge of Heather Island, near the mouth of Columbia Bay. The glacier held that position until 1980, when it began a rapid retreat that continues today.

The false-colour images, captured by Landsat satellites, show how the glacier and the surrounding landscape have changed since 1986. The snow and ice appear bright cyan, vegetation is green, clouds are white or light orange, and open water is dark blue. Exposed bedrock is brown, while rocky debris on the glacier’s surface is gray.

Since the 1980s, the terminus has retreated more than 20 kilometres to the north. In some years, the front retreated more than a kilometre, though the pace has been uneven. The movement of the glacier’s front stalled between 2000 and 2006 because the Great Nunatak Peak and Kadin Peak (directly to the west) constricted the glacier’s movement and held the ice in place.

As the glacier terminus has retreated, the Columbia has thinned substantially, as shown by the expansion of brown bedrock areas in the Landsat images. Since the 1980s, the glacier has lost more than half of its total thickness and volume.

Just south of the terminus, a layer of floating ice is dimpled with chunks of icebergs that have calved from the glacier and rafted together. The area and thickness of this layer varies depending on recent calving rates and ocean conditions.

The retreat has changed the way the glacier flows. In the 1980s, there were three main branches. In 1986, there was a branch to the west of the medial moraine (West Branch), a large branch that flowed to the east of it (Main Branch), and a smaller branch that flowed around the eastern side of Great Nunatak Peak.

As the Columbia lost mass and thinned, the flow in the smallest branch stalled, reversed, and eventually began flowing to the west of Great Nunatak Peak. By 2011, the retreating front split the Columbia into two separate glaciers, with calving now occurring on two distinct fronts. The West Branch was thought to have stabilized by 2011, but it surprised scientists with an unexpected retreat that shows up in the 2013 image. By 2019, scientists again thought the branch could be at the limit of its retreat. But until the glacier can be visited in person, they cannot say for sure.

In 2014, researchers found that the Main Branch had thinned so much that it no longer had traction against the bed. With less traction, the glacier can be affected by tidal motion as far as 12 kilometres upstream, leaving the Main Branch unstable again. The branch resumed retreat, and in 2019 shed ample icebergs during an anomalously warm summer.

The retreat of the Columbia Glacier contributes to global sea-level rise, mostly through iceberg calving. When the Columbia reaches the shoreline, its retreat will likely slow down. The more stable surface will cause the rate of calving to decline, making it possible for the glacier to start rebuilding a moraine and advancing once again.

You will see the video by clicking on this link:

https://earthobservatory.nasa.gov/world-of-change/ColumbiaGlacier

 Source : NASA.

Je me suis rendu en bateau au chevet du glacier Columbia en 2009 et 2013. J’ai réalisé à quelle vitesse le glacier avait reculé. J’ai remarqué le même phénomène lorsque je suis allé observer le glacier Sawyer au sud de Juneau en 2017.

Le Columbia en 2009

Le Columbia en 2013

Le Sawyer en 2017

(Photos: C. Grandpey)