Et si Yellowstone entrait en éruption de nos jours ? // What if Yellowstone erupted today?

À la fin de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », certaines personnes me demandent ce qui se passerait si un super volcan comme Yellowstone entrait en éruption aujourd’hui.

Un super volcan est un volcan capable d’émettre au moins 1 000 kilomètres cubes de matériaux lors d’une seule éruption. De ce fait, il est classé au niveau 8 – le maximum – de l’Indice d’explosivité volcanique (VEI). Il est intéressant de noter que Yellowstone n’est pas le seul super volcan au monde. Certains, comme le Taupo (Nouvelle-Zélande) ou le Toba (Indonésie), sont bien connus, mais d’autres super volcans, aujourd’hui inconnus, pourraient se cacher au fond des océans. Comme je le dis souvent, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les abysses de nos propres océans.
Le Parc national de Yellowstone est un endroit magnifique, avec ses sources chaudes et ses geysers comme l’Old Faithful.

Ce vaste système volcanique est connu sous le nom de Caldeira de Yellowstone, et une seule éruption pourrait plonger le monde dans le chaos. Il y a environ deux millions d’années, d’importantes quantités de magma se sont accumulées sous la croûte terrestre. Poussées par la pression colossale des gaz volcaniques, elles ont déclenché une éruption qui figure parmi les plus importantes de l’histoire de notre planète. Depuis cette époque lointaine, Yellowstone a connu deux autres éruptions volcaniques majeures et de nombreuses éruptions mineures.

Bien que Yellowstone n’ait pas connu de super-éruption depuis des millénaires, on peut se demander si ce super volcan est susceptible d’entrer un jour à nouveau en éruption. Les scientifiques qui étudient Yellowstone estiment qu’une nouvelle éruption est probable et que ce n’est qu’une question de temps. Toutefois, une éruption majeure de Yellowstone ne devrait pas se produire avant des milliers, voire des millions d’années.
Les scientifiques expliquent que le magma sous Yellowstone est majoritairement à l’état solide et ne peut donc pas déclencher une éruption. Une étude montre que ce magma se concentre surtout dans la partie nord-est du volcan et qu’il a tendance à se déplacer dans cette direction. Ce magma pourrait un jour devenir suffisamment liquide pour entrer en éruption. Mais il pourrait aussi perdre de sa chaleur et stagner au contact d’une épaisse couche de roche continentale au sein de la croûte terrestre. Ce ne sont que des suppositions et le conditionnel est de rigueur. En réalité, aucun scientifique n’est capable de prédire l’avenir éruptif de Yellowstone.

Source: USGS / YVO

Selon certains chercheurs, le prochain événement volcanique dans la caldeira de Yellowstone ne sera probablement pas une explosion volcanique. Une puissante éruption hydrothermale est plus probable. Elle proviendrait d’un geyser, avec une activité capable de créer des cratères impressionnants mais dont l’impact serait limité en dehors du Parc.

Explosion du Steamboat Geyser

Une autre possibilité serait une coulée de lave émise par une bouche éruptive. Au final, le danger actuel à Yellowstone réside davantage dans les éruptions hydrothermales ou les séismes, dont beaucoup sont sans lien avec l’activité volcanique.
Tous les scientifiques s’accordent aujourd’hui à dire que si le volcan de Yellowstone entrait en éruption, leurs collègues en poste à l’observatoire le sauraient probablement des semaines, voire des mois à l’avance. Cependant, ils insistent sur le fait que le risque d’une éruption majeure dans la caldeira de Yellowstone est quasiment nul aujourd’hui.

Mais que se passerait-il si Yellowstone entrait en éruption alors que des milliards d’êtres humains peuplent notre planète ? Lors de l’éruption, la zone immédiatement concernée, couvrant des parties du Montana, du Wyoming et de l’Idaho, serait ravagée. D’immenses colonnes éruptives, chargées de cendres et de gaz volcaniques à haute température, s’effondreraient sous leur propre poids et réduiraient la zone en cendres. Les coulées pyroclastiques anéantiraient arbres, habitations et infrastructures sur leur passage.
À l’aide de modèles, les scientifiques de l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone prévoient qu’une super-éruption enverrait des milliers de mètres de cendres dans le périmètre du Parc et recouvrirait des zones habitées s’étendant de Missoula (Montana) à Albuquerque (Nouveau-Mexique).

Simulation d’une éruption à Yellowstone avec l’émission de 330 kilomètres cubes de cendres (Source : USGS)

De plus, une super-éruption du Yellowstone déposerait plusieurs millimètres de cendres sur une grande partie des États-Unis et certaines régions du Canada, avec un impact sur l’agriculture, les ressources en eau et les réseaux électriques. D’énormes quantités de cendres et de gaz atteindraient la stratosphère, générant des aérosols qui bloqueraient la lumière du soleil et plongeraient la Terre dans une longue période de froid et d’obscurité. Le scénario serait probablement semblable à l’éruption du Tambora en 1815 (Indonésie), qui fit des dizaines de milliers de victimes et plongea la Terre dans « l’Année sans été », une longue période de basses températures qui ravagea les récoltes et provoqua des famines et des épidémies à travers le monde.

Cratère du Tambora (Crédit photo: Wikipedia)

Les scientifiques estiment généralement que les effets d’une super-éruption comme celle du Yellowstone pourraient durer de cinq à dix ans. De nombreuses personnes mourraient, mais l’humanité ne disparaîtrait pas. Aucune éruption volcanique explosive n’a jamais été associée à une extinction massive sur Terre.

Source : Popular Science, Observatoire Volcanologique de Yellowstone. Photos du Parc: C. Grandpey

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At the end of my conference « Volcanoes and volcano Hazards », some persons ask me what would happen if a super volcano like Yellowstone erupted today.

Just remember that a super volcano is able to erupt at leaqt 1,000 cubic kilemeters of material during a single eruption. As such it is callsified at level 8 – the maximum – on the Volcanic Explosivity Index (VEI). It is interesting to add that Yellowstone is not the only super volcano in the world. Some of them like taupo (New Zealand) or Toba (Indonesia) are well known but other super volcanoes may also be unknown, lying hidden at the bottom of the oceans. As I say it quite often, we know the surface of Mars better than the abysses of our own oceans.

Yellowstone National Park is a wonderful place to visit with its hot springs and geysers like Old Faithful. This vast volcanic system is known as the Yellowstone Caldera, and with one blast it could plunge the world into chaos.

About two million years ago, large amounts of hot magma accumulated beneath the Earth’s crust, building pressure and volcanic gases that triggered a major eruption. It was among the largest volcanic eruptions in our planet’s history, blanketing large parts of North America with ash. Since then, Yellowstone has seen two more major volcanic eruptions and many smaller ones.

Though Yellowstone hasn’t had a supereruption in millennia, we may wonder:whether the super volcano will ever explode again. Experts studying Yellowstone say it probably will erupt again ; t’s just a matter of time. A major Yellowstone eruption likely won’t happen for thousands, and potentially millions, of years.

Scientists say that the magma underneath Yellowstone is mostly solid and not eruptible. One study suggests the magma is more concentrated underneath the northeast section, and that magma is shifting in that direction. This magma may one day become liquid enough to erupt. But it could also lose heat and stall as it hits thick, continental rock within the Earth’s crust. Actually, no scientist is able to make any prediction about the eruptive future of Yellowstone.

According to some researchers, the next volcanic incident in the Yellowstone Caldera likely won’t be a volcanic explosion. A powerful hydrothermal eruption from a geyser, activity that can create impressive craters but has limited impact outside the park, is more likely. Another possibility is a lava flow emitted by a single eruptive vent. In the end, the hazard in Yellowstone today lies more with hydrothermal eruptions or earthquakes, many unrelated to volcanic activity, in the park.

All scientists agree today to say that if the Yellowstone volcano were to erupt, scientists at the observatory would likely know weeks to months beforehand, but they insist that the chances of a major eruption in the Yellowstone Caldera within the human timeline are close to zero.

But what if Yellowstone did erupt while billions of humans still walked this planet? Upon eruption, the immediate radius, including parts of Montana, Wyoming, and Idaho, would be swept clean. Huge eruption columns, with superheated volcanic ash and gas, would collapse under their own weight and incinerate the land. Pyroclastic flows would wipe out trees, homes, and infrastructure in their path.

Using models, scientists at the Yellowstone Volcano Observatory predict that a supereruption would drop thousands of meters of ash within the park radius, and coat communities stretching from Missoula, Montana, to Albuquerque, New Mexico. What is more, aYellowstone supereruption would drop at least a few millimeters of ash over much of the U.S. and parts of Canada, devastating agriculture, water supplies, and electrical grids. Huge amounts of ash and gas launched into the stratosphere would act as aerosols, blocking sunlight and plunging the Earth into a long period of cold and dark. It would probably look like the 1815 Tambora eruption (Indonesia) which claimed tens of thousands of lives and plunged Earth into the “Year Without Summer”, a prolonged period of low temperatures that ravaged crops and caused widespread famine and disease epidemics around the world.

Scientists usually believe the effects of a supereruption like Yellowstone could last five to 10 years. A lot of people would die, but it would not wipe out humanity. No explosive volcanic eruption has ever been associated with a mass extinction on Earth.

Source : Popular Science, Yellowstone Volcano Observatory.

Pandémies et réchauffement climatique // Pandemics and global warming

Concentrations de CO2 : 431,84 ppm (15 mai 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Voici une information qui interpelle : Selon Jean-Luc Mélenchon, figure de proue de La France Insoumise (LFI), l’hantavirus serait un « nouvel exemple de maladie écologique ». Les médias, en général habitués à critiquer le bonhomme, sont bien obligés d’admettre qu’il a très probablement raison, et les faits sont là pour le confirmer.

Pour J.L. Mélenchon, les pandémies sont avant tout un problème environnemental. Les zoonoses se multiplieraient à cause de la chute de la biodiversité et du changement climatique. Une zoonose est une maladie infectieuse qui est passée de l’animal à l’homme.

Il suffit d’observer l’histoire des pandémies pour se rendre compte qu’elles sont effectivement plus fréquentes que par le passé. Jusqu’au 20ème siècle, il y avait une pandémie tous les 100 ans. Au 21ème siècle, il y en a déjà eu six : une pneumonie partie d’Asie en 2003, l’alerte maximale face à la grippe A en 2009, le virus Zika en 2016, l’épidémie Ebola en 2019, le coronavirus en 2020.

Les scientifiques ont expliqué que l’une des raisons derrière cette prolifération se trouve dans le recul des forêts, l’élevage, la déforestation et le développement urbain. En effet, les villes se rapprochent de plus en plus des animaux sauvages, porteurs de virus, et ces virus se transmettent de l’animal à l’homme, ce qui correspond bien à la définition de la zoonose.

Source : Encyclopédie de l’Environnement

Ce lien entre le développement urbain et l’émergence de pandémies est aujourd’hui largement documenté. On peut lire dans une étude de l‘Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) que « les activités économiques favorisent, en périphérie immédiate de grands centres urbains, l’émergence de microbes jusqu’alors peu ou jamais mis au contact d’humains. »

S’agissant du possible rapport entre le réchauffement climatique et l’émergence de pandémies, il n’existe pas forcément de lien direct, mais sur le fond les experts considèrent que le climat est un facteur aggravant. Toujours selon l’INRAE, le réchauffement climatique provoque l’augmentation des vecteurs pour certaines maladies. L’exemple classique, c’est le chikungunya. Le réchauffement climatique a provoqué l’expansion du moustique tigre Aedes albopictus.. En plus, ce type de bactéries se développe mieux quand il fait chaud et humide.

Moustique tigre (Crédit photo : CDC)

Au final, Jean-Luc Mélenchon a raison. La destruction de la biodiversité et le réchauffement climatique favorisent le passage des maladies de l’animal à l’homme. C’est bien l’activité humaine qui explique la multiplication des pandémies.

Plusieurs autres exemples mentionnés dans mon blog apportent de l’eau au moulin. J’ai eu l’occasion de montrer que le dégel du permafrost dans l’Arctique était susceptible de réveiller des virus jusqu’alors emprisonnés et donc inactifs dans le sol gelé. Dans une note publiée le 14 octobre 2024, je rappelais que dans un cimetière du Svalbard des chercheurs américains ont découvert que le virus de la Grippe Espagnole était toujours actif sur des prélèvements d’organes de mineurs norvégiens enterrés dans l’archipel en 1918 !

Le pergélisol dans l’Arctique

Les scientifiques ont également découvert des virus en étudiant la fonte des glaciers. Dans une note publiée le 23 février 2021, j’explique qu’une équipe de chercheurs américains et chinois partie pour forer des glaciers de l’Himalaya a extrait deux carottes de glace qui ont permis de mettre au jour pas moins de 33 virus dont 5 seulement étaient connus du monde scientifique. Dans leur étude, les chercheurs expliquent que «dans le meilleur des cas, la fonte des glaces nous fera perdre des données microbiennes et virales précieuses qui pourraient nous renseigner sur les régimes climatiques passés de notre planète. […] Dans le pire des cas, le réchauffement climatique pourrait être à l’origine d’une libération de nouveaux agents pathogènes dans notre environnement».

Source : France Info, blog « Claude Grandpey, Volcans et Glaciers ».

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Here’s a thought-provoking piece of information: According to Jean-Luc Mélenchon, a leading figure in La France Insoumise (LFI), hantavirus is a « new example of an ecological disease. » The media, usually quick to criticize him, are forced to admit that he is very likely right, and the facts seem to confirm it.
For Mélenchon, pandemics are primarily an environmental problem. Zoonoses are multiplying due to the decline in biodiversity and climate change. A zoonosis is an infectious disease that has passed from animals to humans. A simple look at the history of pandemics reveals that they are indeed more frequent than in the past. Until the 20th century, there was a pandemic every 100 years. In the 21st century, there have already been six: pneumonia originating in Asia in 2003, the heightened alert for H1N1 influenza in 2009, the Zika virus in 2016, the Ebola epidemic in 2019, and the coronavirus in 2020.
Scientists have explained that one of the reasons behind this proliferation lies in the shrinking of forests, livestock farming, deforestation, and urban development. Indeed, cities are increasingly encroaching on wild animals which carry viruses, and these viruses are transmitted from animals to humans, which fits the definition of a zoonosis.
This link between urban development and the emergence of pandemics is now widely documented. A study by the French National Research Institute for Agriculture, Food and the Environment (INRAE) states that « economic activities in the immediate vicinity of large urban centers promote the emergence of microbes that have previously had little or no contact with humans. »
Regarding the possible link between global warming and the emergence of pandemics, there isn’t necessarily a direct connection, but fundamentally, experts consider climate to be an aggravating factor. According to INRAE, climate change leads to an increase in the vectors of certain diseases. The classic example is chikungunya. Global warming has caused the expansion of the Aedes albopictus tiger mosquito. Furthermore, this type of bacteria thrives in warm and humid conditions.
Ultimately, Jean-Luc Mélenchon is right. The destruction of biodiversity and global warming facilitate the transmission of diseases from animals to humans. It is indeed human activity that accounts for the proliferation of pandemics. Several other examples mentioned on my blog support this point. I’ve had the opportunity to demonstrate that the thawing of permafrost in the Arctic can reactivate viruses that were previously trapped and therefore inactive in the frozen ground. In a post published on October 14, 2024, I reminded readers that in a Svalbard cemetery, American researchers discovered that the Spanish Flu virus was still active in organ samples from Norwegian miners buried in the archipelago in 1918!
Scientists have also discovered viruses while studying glacial melt. In a post published on February 23, 2021, I explained that a team of American and Chinese researchers drilling into Himalayan glaciers extracted two ice cores that revealed no fewer than 33 viruses, only 5 of which were previously known to the scientific community. In their study, the researchers explain that “in the best-case scenario, melting ice will cause us to lose valuable microbial and viral data that could inform us about our planet’s past climate patterns. […] In the worst-case scenario, global warming could lead to the release of new pathogens into our environment.”
Source: France Info, blog “Claude Grandpey, Volcans et Glaciers.”

Confirmation que l’Afrique se déchire // Confirmation that Africa is tearing itself apart

Une étude intitulée « Le rift sud-ouest de l’Afrique : preuves isotopiques d’un rift continental précoce », publiée le 12 mai 2026 dans Frontiers in Earth Science, présente des preuves isotopiques que certaines régions d’Afrique australe et centrale sont probablement en phase de rifting continental à l’aplomb un corridor tectonique s’étendant de la Tanzanie à la Namibie.
Le phénomène de rift continental se produit lorsque les forces tectoniques étirent et amincissent lentement la lithosphère. Sur de longues échelles de temps géologiques, ces processus peuvent séparer les continents et former de nouveaux bassins océaniques.

Des chercheurs étudiant des sources géothermales en Zambie ont découvert des preuves chimiques indiquant que certaines régions d’Afrique australe et centrale sont peut-être déjà en phase de rift continental. L’étude a identifié des signatures isotopiques d’hélium et de carbone d’origine mantellique dans les systèmes hydrothermaux du rift de Kafue en Zambie. Ces résultats confortent l’hypothèse selon laquelle un vaste corridor tectonique s’étendant de la Tanzanie à la Namibie, en passant par la Zambie, pourrait représenter un système de rift continental en phase de développement. La structure s’étend sur environ 2 500 km et relie les rifts de Luangwa, Luano et Kafue aux systèmes de rift d’Okavango et d’Eiseb, plus au sud-ouest.

Source: Pure and Applied Geophysics

Les scientifiques considèrent le système de rift est-africain comme l’un des exemples modernes les plus clairs de rupture continentale active, mais les premières phases de rifting sont souvent difficiles à identifier car la déformation peut rester infime pendant des millions d’années.
Pour déterminer si un rifting actif est déjà en cours sous le Plateau d’Afrique centrale, l’équipe de chercheurs a prélevé des échantillons de gaz dans des sources et des puits hydrothermaux situés dans et autour du rift de Kafue. Les échantillons présentaient des rapports isotopiques de l’hélium compris entre 0,14 et 0,17 R/Ra et des valeurs isotopiques du carbone proches de −3,9 ‰. Selon l’étude, ces mesures sont compatibles avec la remontée de fluides d’origine mantellique à travers des systèmes de failles crustales profondes.

Vue aérienne de la zone de faille bordant la limite sud du rift de Kafue. Les sources thermales où les chercheurs ont prélevé des échantillons de gaz se trouvent dans les bosquets (taches vertes sur l’image).

Les sources situées en dehors des limites du rift ne présentaient pas de signatures isotopiques similaires. Les profils géochimiques observés ressemblent aux conditions précédemment documentées lors des premières phases de développement de segments du système de rift est-africain, notamment le bassin de rift de Rukwa et la zone de divergence nord-tanzanienne.
L’étude examine également une hypothèse tectonique plus large, selon laquelle la déformation en cours en Afrique australe pourrait à terme séparer une partie de la plaque nubienne en un bloc tectonique distinct, appelé Plaque San. Si de futures études sismiques, géodésiques et géochimiques confirment cette interprétation, le rift sud-ouest de l’Afrique modifierait les interprétations tectoniques actuelles de la dynamique des plaques africaines.
Source : Frontiers in Earth Science.

L’étude complète est disponible à l’adresse suivante :
https://www.frontiersin.org/journals/earth-science/articles/10.3389/feart.2026.1799564/full

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A study entitled « The Southwestern Rift of Africa: isotopic evidence of early-stage continental rifting » and published on 12 May 2026 in Frontiers in Earth Science presents isotopic evidence that parts of southern and central Africa may already be undergoing the early stages of continental breakup beneath a tectonic corridor extending from Tanzania toward Namibia.

Continental rifting happens when tectonic forces slowly stretch and thin Earth’s lithosphere. Over long geological timescales, these processes can split continents apart and eventually form new ocean basins.

Researchers studying geothermal springs in Zambia found chemical evidence that parts of southern and central Africa may already be entering the early stages of continental rifting. The study identified mantle-derived helium and carbon isotope signatures in hydrothermal systems within Zambia’s Kafue Rift. The findings support the idea that a broad tectonic corridor stretching from Tanzania through Zambia toward Botswana and Namibia may represent a developing continental rift system. The structure extends about 2 500 km and connects the Luangwa, Luano, and Kafue rifts with the Okavango and Eiseb rift systems further southwest.

Scientists consider the East African Rift System one of the clearest modern examples of active continental breakup, but the earliest stages of rifting are often difficult to identify because deformation can remain subtle for millions of years.

To investigate whether active rifting is already underway beneath the Central African Plateau, the research team collected gas samples from geothermal wells and hydrothermal springs in and around the Kafue Rift. The samples contained helium isotope ratios between 0.14 and 0.17 R/Ra and carbon isotope values near −3.9‰. According to the study, these measurements are consistent with mantle-derived fluids rising through deep crustal fault systems. Springs located outside the rift boundaries did not contain similar isotopic signatures. The geochemical patterns resemble conditions previously documented in the early development stages of segments within the East African Rift System, including the Rukwa Rift Basin and the Northern Tanzanian Divergence Zone.

The study also discusses a broader tectonic hypothesis proposing that ongoing deformation across Southern Africa may eventually separate part of the Nubian Plate into a distinct tectonic block referred to as the San Plate. If future seismic, geodetic, and geochemical studies support that interpretation, the Southwestern Rift of Africa would alter current tectonic interpretations of African plate dynamics.

Soirce : Frontiers in Earth Science.

The complete study can be found at this address :

https://www.frontiersin.org/journals/earth-science/articles/10.3389/feart.2026.1799564/full

Accélération de la fracturation de l’Afrique // The splitting of Africa is accelerating

La région du lac Turkana, située au nord du Kenya, est l’un des sites les plus importants au monde pour l’archéologie et la paléoanthropologie.

Vue du lac Turkana (Source : NASA)

Sa richesse en fossiles d’hominines est exceptionnelle : y ont été retrouvés de nombreux restes d’Homo habilis et d’Homo erectus, qui marquent l’aube du genre Homo. Des fossiles d’espèces plus archaïques (australopithèques par exemple) ont également été retrouvés, en association avec les plus anciens outils en pierre taillée découverts à ce jour.

Crânes d’Homo erectus découverts dans le rift du Turkana. Crédit photo : John Rowan / Science et Avenir)

La région n’attire toutefois pas que les archéologues. Elle revêt également un intérêt majeur pour les géologues. Le lac Turkana est en effet niché dans le Rift est-africain, une longue dépression qui s’étend du nord au sud sur plus de 6 000 kilomètres depuis la mer Rouge jusqu’au Mozambique.

Source : Wikipedia

Ce vaste fossé d’effondrement se forme par le lent écartement de la plaque africaine et la plaque somalienne. Le Rift est-africain marque ainsi l’endroit d’une future limite de plaque, qui donnera naissance à un nouvel océan.

Actuellement, les deux blocs continentaux s’éloignent l’un de l’autre à une vitesse d’environ 4,7 millimètres par an. Ce « rifting » s’accompagne d’un amincissement progressif de la croûte continentale qui rappelons le, mesure en moyenne 35 kilomètres d’épaisseur. Lors d’un épisode de rifting, elle va s’amincir, éventuellement jusqu’à sa rupture via le développement de nombreuses failles. On parle alors de « breakup ». Cette rupture, qui va se propager jusqu’à la base de la lithosphère, va permettre la mise en place d’un nouveau centre d’accrétion océanique. C’est ainsi que naissent les océans et que les continents se fragmentent.

Le rift est-africain est l’un des rares endroits au monde où l’on peut observer en direct ce mécanisme, qui a modelé la géographie terrestre depuis la mise en route de la tectonique des plaques, il y a environ 3 milliards d’années. Il avait été fort bien documenté dans les années 1950 par Haroun Tazieff qui avait observé à bord de la Calypso du commandant Cousteau, une dorsale active dans le fond de la mer Rouge. En survolant la dépression du Danakil situé au nord de l’Afar quelques années plus tard, il comprit être en présence d’un rift émergé avec des failles ouvertes sur plusieurs mètres et des émissions de fumerolles.

En 2026, une équipe de chercheurs vient de faire de nouvelles découvertes qui aident à caractériser ce rift et à prédire son évolution future. Leur étude a été publiée dans la revue Nature communications.

Tous les épisodes de rifting ne mènent pas forcément à la rupture continentale. Il existe dans le monde de nombreux exemple de rifts « avortés », dont l’évolution vers la rupture finale n’a pas abouti. C’est le cas du fossé Rhénan.

Toutefois, le rift du Turkana semble en passe de parvenir à ce breakup. L’imagerie sismique réalisée dans cette région révèle que la croûte est bien plus fine qu’on ne le pensait auparavant. Le processus de rifting est ici dans une phase relativement avancée qu’on appelle le « necking ». Le long de l’axe du rift, la croûte continentale ne mesure en effet plus que 13 kilomètres d’épaisseur. La phase de necking se caractérise par un amincissement brutal de la croûte, la perte des niveaux ductiles profonds qui accommodaient jusqu’alors principalement la déformation, et le couplage mécanique entre la croûte et le manteau supérieur.

La phase de necking mène à la formation de la « necking zone » qui se caractérise par un amincissement brutal de la croûte continentale (Schémas issus de l’étude)

Cette étape précède directement celle de la rupture qui peut toutefois prendre plus ou moins de temps. En géologie, on s’exprime en milliers ou millions d’années. Ce n’est donc pas demain, ni même dans 100 ou 1 000 ans que l’on pourra assister à la séparation définitive des deux plaques continentales. Il faut rappeler que le rift du Turkana a commencé à se former il y a 45 millions d’années. Les chercheurs estiment que le début de la phase de necking date de 4 millions d’années. Elle s’est accompagnée d’un intense volcanisme et d’une subsidence rapide du rift, des conditions qui entraînent d’importants dépôts de sédiments fins, des conditions favorables à une bonne fossilisation. La région du lac Turkana n’est donc pas seulement le berceau de l’humanité ; elle est aussi le produit d’une géologie exceptionnelle qui a permis de figer son histoire.

Source : Science et Avenir et presse scientifique internationale.

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The Lake Turkana region, located in northern Kenya, is one of the world’s most important sites for archaeology and paleoanthropology. Its wealth of hominin fossils is exceptional: numerous remains of Homo habilis and Homo erectus, marking the dawn of the genus Homo, have been found there. Fossils of more archaic species (such as australopithecines) have also been discovered, in association with the oldest stone tools found to date.

However, the region attracts more than just archaeologists. It is also of major interest to geologists. Lake Turkana is nestled in the East African Rift, a long depression that stretches over 6,000 kilometers from north to south, from the Red Sea to Mozambique.
This vast rift valley is formed by the slow separation of the African and Somali plates. The East African Rift marks the location of a future plate boundary, which will give rise to a new ocean.
Currently, the two continental blocks are moving apart at a rate of approximately 4.7 millimeters per year. This rifting is accompanied by a progressive thinning of the continental crust, which, as a reminder, is on average 35 kilometers thick. During a rifting event, it will thin until it eventually ruptures through the development of numerous faults. This is known as a « breakup. » This rupture, which will propagate to the base of the lithosphere, will allow the formation of a new oceanic accretion center. This is how oceans are born and continents break apart.

The East African Rift is one of the few places in the world where this mechanism, which has shaped Earth’s geography since the beginning of plate tectonics approximately 3 billion years ago, can be observed firsthand. It was very well documented in the 1950s by Haroun Tazieff, who, aboard Jacques Cousteau’s Calypso, observed an active mid-ocean ridge on the floor of the Red Sea. A few years later, while flying over the Danakil Depression north of the Afar region, he realized he was in the presence of an emerged rift with faults several meters wide and fumarole emissions.
In 2026, a team of researchers made new discoveries that help characterize this rift and predict its future evolution. Their study was published in the journal Nature Communications.

Not all rifting events necessarily lead to continental breakup. There are many examples worldwide of « aborted » rifts, whose progression toward final rupture did not occur. The Rhine Graben is one such example.
However, the Turkana Rift appears to be on the verge of reaching this point. Seismic imaging in this region reveals that the crust is much thinner than previously thought. The rifting process here is in a relatively advanced phase known as « necking. » Along the rift axis, the continental crust is now only 13 kilometers thick. The necking phase is characterized by a sudden thinning of the crust, the loss of the deep ductile layers that previously accommodated the deformation, and the mechanical coupling between the crust and the upper mantle.
This stage directly precedes rupture, which can take varying amounts of time. In geology, this is measured in thousands or millions of years. It is therefore not tomorrow, nor even in 100 or 1000 years, that we will witness the definitive separation of the two continental plates. It is important to remember that the Turkana rift began to form 45 million years ago. Researchers estimate that the necking phase began 4 million years ago. This was accompanied by intense volcanism and rapid subsidence of the rift, conditions that led to significant deposits of fine sediments, conditions favorable to excellent fossilization. The Lake Turkana region is therefore not only the cradle of humanity; it is also the product of exceptional geology that has allowed its history to be frozen in time.

Source: Science et Avenir, Futura Sciences and international scientific press.