Nouvelles de l’île de la Réunion

Le préfet de l’île de la Réunion a réuni l’ensemble des acteurs concernés par l’éruption du Piton de la Fournaise . Ainsi, le 17 avril 2026, le comité d’experts s’est réuni afin de faire un point sur l’activité du volcan, ses conséquences et les conditions possibles de réouverture de l’Enclos.

L’OVPF a rappelé que la sismicité est toujours présente depuis le 11 avril avec un remplissage du réservoir magmatique laissant envisager la possibilité d’une nouvelle éruption. L’ensemble des services a conclu que la réouverture de la partie haute de l’Enclos demeure prématurée, en raison des fortes incertitudes concernant l’état des sentiers et la plate-forme du cratère Dolomieu. S’agissant des sentiers et des tunnels de lave de la partie basse de l’Enclos, plusieurs visites techniques sont programmées au cours des quinze prochains jours afin d’évaluer leurs conditions de réouverture.

Source : Préfecture de la Réunion.

Photo: C. Grandpey

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L’éruption du Piton de la Fournaise, débutée le 13 février, semble cette fois bien terminée. Elle a duré près de 50 jours et avait débuté brutalement, surprenant des randonneurs qui se trouvaient au sommet du volcan. Ils avaient été évacués par hélicoptère.

Cette éruption a marqué les esprits par sa longueur, mais aussi par la quantité de la lave émise et les innombrables coulées de laves qui ont dévalé les Grandes Pentes avant de traverser la RN2 le 12 mars 2026, puis s’écouler dans l’océan Indien, quatre jours plus tard.

Crédit photo: OVPF

La situation semblant s’être stabilisée, les scientifiques de l’OVPF ont donné leur feu vert pour que la reconstruction de la Route des Laves puisse commencer. La Région Réunion a annoncé le début des travaux lundi 27 avril. Ils se dérouleront en deux phases. Un première sera consacrée au terrassement du chantier. La circulation et le stationnement le long de la RN2 resteront interdits.

La seconde phase consistera en la mise en œuvre des équipements de sécurité. La circulation sera ponctuellement autorisée par convois aux seules heures de pointe du matin et du soir. Le stationnement restera interdit durant cette période. Les dates et horaires des convois seront communiqués dans les prochaines semaines.

Les engins sont actuellement sur place. De part et d’autre des 900 mètres de route coupée par les coulées, des brise-roches ont commencé la construction d’une piste provisoire qui devrait être mise en service d’ici 4 semaines. Dans 3 mois, la route pourrait être livrée sur deux voies. La route définitive sera livrée avant la fin de l’année, s’il n’y a pas eu une autre éruption entre temps. Dans son dernier bulletin du 21 avril 2026, l’OVPF rappelle que la présence d’un trémor, même de faible intensité et fluctuant, indique la présence de magma à faible profondeur. Une reprise des émissions de lave n’est pas à exclure et l’alerte 2.2 est toujours d’actualité.

Source : Réunion la 1ère.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques informations sur l’activité volcanique dans le monde, fournies par les observatoires et par le Global Volcanism Network de la Smithsonian Institution.

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La Martinique (France) ne peut oublier l’éruption catastrophique de la Montagne Pelée en 1902.et tout le monde sait que le volcan peut se réveiller à tout moment. C’est pourquoi les 29 et 30 avril 2026 la Préfecture de Martinique a testé la gestion d’une crise majeure.

Premier acte : Le 29 avril 2026, une simulation a eu lieu au centre opérationnel départemental : deux millions de mètres cubes menaçaient de s’effondrer sous la falaise Sampère, tandis que des fumerolles apparaissent sur la Montagne Pelée. Face à ces signaux, le poste de commandement de crise a été activé. L’objectif était de coordonner les secours, organiser la sécurité et anticiper d’éventuelles évacuations. Le préfet insiste sur la nécessité d’anticiper sans céder à l’alarmisme :

Des échanges ont eu lieu avec les volcanologues pour affiner l’évolution de la situation. Des postes de commandement opérationnels ont été déployés dans les sous-préfectures et les communes pour assurer la coordination.

Deuxième acte : Le 30 avril 2026, l’exercice s’est déployé sur le terrain. Douze communes ont participé à une simulation d’évacuation des populations les plus exposées au risque volcanique.

Pour les autorités, ces exercices sont essentiels. Au-delà de l’entraînement, il s’agissait de tester la réactivité des services et d’identifier les failles d’un dispositif qui s’avère crucial face à un risque bien réel.

Source : Martinique la 1ère.

Photo: C. Grandpey

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L’Épisode 45 de l’éruption du Kilauea (Hawaï) s’est déroulé le 23 avril 2026 (voir la description dans ma note du 24 avril 2026). L’éruption est actuellement en mode pause. Selon le HVO, les fontaines de lave de l’Épisode 46 devraient jaillir entre le 2 et le 6 mai 2026.
Source : HVO.

Image webcam de l’Épisode 45

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Les rapports du Met Office concernant l’activité volcanique en Islande se ressemblent tous. La dernière mise à jour (28 avril 2026) indique que plus de 25 millions de mètres cubes de magma se sont accumulés sous Svartsengi depuis la dernière éruption de juillet 2025. Il s’agit du plus grand volume mesuré depuis le début des éruptions sur la chaîne de cratères de Sundhnúkur. La vitesse d’accumulation du magma sous Svartsengi n’a jamais été aussi lente, mais cela ne signifie pas forcément qu’il n’y aura pas d’éruption. On l’a vu avec l’éruption du Krafla (1975-1984) qui a débuté après une période d’accumulation lente du magma. .
Le soulèvement du sol se poursuit à Svartsengi à un rythme pouvant atteindre 2 cm par mois.

Image InSAR montrant le soulèvement du sol à Svartsengi (Source : Met Office)

Selon les volcanologues islandais, la propagation d’un dyke magmatique vers la chaîne de cratères de Sundhnúkur demeure le scénario le plus probable et pourrait mener à une éruption. Bien sûr, personne ne sait quand, et le Met Office a cessé de faire des pronostics. Cependant, le préavis devrait être court, entre 20 minutes et un peu plus de 4 heures. Heureusement, si une éruption se produit dans cette zone, aucune évacuation de population ne sera à prévoir.
Source : Met Office.

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Au Costa Rica, l’activité éruptive se poursuit sur le Poás, avec des émissions de gaz au-dessus du lac et en provenance du nouveau champ fumerollien situé le long de la paroi ouest interne. Une éruption phréatique/surtseyenne dans la Boca A, le 27 avril 2026, a projeté des jets de matière sombre au-dessus de la surface du lac et généré un panache de vapeur s’élevant à environ 100 m de hauteur. Une seconde éruption, le 28 avril, a duré environ une minute et a consisté en trois explosions. Le panache éruptif s’est élevé à 400 m.
Le niveau d’alerte volcanique reste à 2 sur une échelle de quatre niveaux.

Image webcam de l’éruption du 27 avril 2026

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Toujours au Costa Rica, des éruptions mineures sont observées sur le Rincón de la Vieja. Une éruption phréatique, le 23 avril 2026, a produit un panache de vapeur et de gaz s’élevant à 100 m au-dessus du cratère. Des panaches de gaz et de vapeur s’élevaient à 500 m au-dessus du cratère le 24 avril. Une éruption modérée, accompagnée de panaches de cendres le 27 avril, a été l’événement le plus important enregistré jusqu’à présent en 2026.
Le niveau d’alerte reste à 2 (Jaune) sur une échelle de quatre niveaux.

Source : OVSICORI.

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Aux Philippines, l’éruption du Mayon se poursuit avec des coulées de lave, des coulées pyroclastiques, des chutes de blocs incandescents, des panaches de cendres et de gaz, et parfois une activité strombolienne mineure. Chaque jour, le réseau sismique enregistre des chutes de blocs, des coulées pyroclastiques et des séismes volcaniques, y compris des périodes de trémor. Les émissions de SO₂ varient en moyenne de 815 à 3 434 tonnes par jour. La coulée de lave dans la ravine de Mi-isi continue de progresser et couvre une longueur totale de 1,6 km. Une activité strombolienne mineure et de courtes périodes de fontaines de lave sont enregistrées quotidiennement.
Le niveau d’alerte reste à 3.

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Toujours aux Philippines, l’activité éruptive se poursuit sur le Kanlaon avec des séismes volcaniques quotidiens, y compris des périodes de trémor. Les émissions de SO₂ varient de 1 162 à 2 098 tonnes par jour. Les émissions de cendres s’élèvent généralement de 800 à 1 200 m au-dessus du sommet.
Le niveau d’alerte est resté à 2 sur une échelle de 0 à 5.

Source : PHIVOLCS.

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L’activité éruptive se poursuit sur le Stromboli (Sicile). Une activité strombolienne est observée à partir de cinq bouches dans la zone Nord, située dans la partie supérieure de la Sciara del Fuoco, et d’au moins deux bouches dans la zone C-S (cratère centre-sud), sur la terrasse cratèrique. Les bouches éruptives de la zone N produisent des explosions de faible à moyenne intensité, à un rythme de 3 à 14 par heure, en projetant des lapilli et des bombes à moins de 150 m de hauteur. Des explosions de faible à moyenne intensité projettent des téphras à partir de deux bouches de la zone C-S, à un rythme de 4 à 9 fois par heure.

Lors d’une campagne de terrain menée le 21 avril 2026, les scientifiques de l’INGV ont constaté qu’une bouche éruptive du secteur N1, après avoir produit une intense émission de cendres ainsi que des fragments de lave, a progressivement montré une activité effusive au cours de la période d’observation. Une coulée de lave est apparue d’une fissure située à la base du cône et a rapidement progressé vers la partie moyenne et supérieure de la Sciara del Fuoco. Deux jours plus tard, un nouveau débordement de lave s’est produit au même endroit. De gros blocs incandescents provenant de la bouche sud de N2 ont commencé à dévaler la partie supérieure de la Sciara del Fuoco, suivis par une coulée de lave qui s’est refroidie aux premières heures du 24 avril.
Le niveau d’alerte reste à la couleur Jaune (deuxième niveau sur une échelle de quatre).

Source : INGV.

Image thermique de la coulée de lave le 24 avril au matin

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Le niveau d’alerte pour tous les volcans mentionnés dans les bulletins hebdomadaires précédents reste inchangé.

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about eruptive activity around the world, provided by observatories and the Smithsonian Institution’s Global Volcanism Network.

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Martinique (France) cannot forget the catastrophic eruption of Mount Pelée in 1902, and everyone knows that the volcano can awaken at any moment. That is why, on April 29 and 30, 2026, the Prefecture of Martinique tested the management of a major crisis.
Part 1 : On April 29, 2026, a simulation took place at the departmental operations center: two million cubic meters of rock threatened to collapse beneath the Sampère cliff, while fumaroles appeared on Mount Pelée. Faced with these signs, the crisis command post was activated. The objective was to coordinate rescue efforts, organize security, and anticipate potential evacuations. The Prefect emphasized the need to anticipate without giving in to alarmism:
Discussions were held with volcanologists to refine the assessment of the evolving situation. Operational command posts were deployed in sub-prefectures and municipalities to ensure coordination.
Part 2 : On April 30, 2026, the exercise was carried out in the field. Twelve municipalities participated in a simulated evacuation of the populations most exposed to volcanic risk.
For the authorities, these exercises are essential. Beyond the training, the aim was to test the responsiveness of the services and identify weaknesses in a system that proves crucial in the face of a very real risk.
Source: Martinique la 1ère.

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Episode 45 of the Kilauea eruption (Hawaii) occurred on April 23, 2026 (see the description in my post of 24 April 2026). The eruption is currently paused. The forecast window for Episode 46 suggests that lava fountaining will occur between May 2 and May 6, 2026.

Source : HVO.

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The Met Office’s reports about volcanic activity in Iceland look like one another. The latest update (April 28, 2026 informs us that more than 25 million cubic meters of magma have accumulated beneath Svartsengi since the last eruption in July 2025. This is the largest volume measured since the eruptions began on the Sundhnúkur crater row. However, the rate of magma accumulation beneath Svartsengi has never been slower. Slow magma accumulation is not a clear indication that an eruption will not occur. The most immediate example of this is the Krafla eruption from 1975 to 1984. It began adter a period of slow magma accumulation.

Ground uplift continues at up to 2 cm per month.

According to Icelandic volcanologists, magmatic dike propagation toward the Sundhnúkur crater row remains the most likely scenario and could lead to an eruption. Of course nobody knows when and the Mat Office has stopped making such predictions. However, the Met Office specifies that warning times before a new eruption is expected to remain short, ranging from 20 minutes to just over 4 hours. Fortunately, should an eruption occur in this area, no population evacuation would be necessary.

Source : Met Office.

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In Costa Rica, eruptive activity continues at Poás, with gas emissions across the lake and from the new fumarolic field along the inner western wall. A phreatic/Surtseyan eruption at Boca A on 27 April 2026 ejected jets of dark material above the lake’s surface and produced a steam plume that rose around 100 m. A second eruptive event on 28 April lasted around one minute and consisted of three explosive events. The eruption plume rose 400 m.

The Volcanic Alert Level remains at 2 on a four-level scale.

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Still in Costa Rica, minor eruptive events are observed at Rincón de la Vieja. A phreatic eruption on 23 April 2026 produced a steam-and-gas plume that rose 100 m above the crater. Gas-and-steam plumes rose 500 m above the crater on 24 April. A moderate ash eruption on 27 April was the most energetic event so far in 2026.

The Alert Level remains at 2, Yellow, on a four-level scale.

Source : OVSICORI.

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In the Philippines, the eruption at Mayon continues with lava effusion, pyroclastic flows, incandescent rockfalls, ash-and-gas plumes, and occasional minor Strombolian activity. Each day the seismic network records rockfalls, pyroclastic flows and volcanic earthquakes, including periods of volcanic tremor. SO2 emissions average 815-3,434 tonnes per day. The lava flow in the Mi-isi drainage is still advancing and covers a total length of 1.6 km. Minor Strombolian activity and short periods of lava fountaining are recorded daily.

The Alert Level remained at 3.

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Still in the Philippines, eruptive activity continues at Kanlaon with daily volcanic earthquakes including periods of tremor. SO2 emissions range from 1,162 to 2,098 tonnes per day. Ash emissions usually riseose 800 – 1,200 m above the summit.

The Alert Level remained at 2 on a scale of 0-5.

Source : PHIVOLCS.

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Eruptive activity continues at Stromboli (Sicily). Strombolian activity is occurring from five vents in Area N within the upper part of the Sciara del Fuoco, and from at least two vents in Area C-S (South-Central Crater) on the crater terrace. The vents in Area N produce low- to medium-intensity explosions at a rate of 3-14 per hour, ejecting lapilli and bombs less than 150 m above the vents. Low- to medium-intensity explosions eject tephra from two vents in Area C-S at a rate of 4-9 times per hour.

During a field survey on 21 April 2026, INGV scientists could see that a vent in sector N1 that initially produced an intense ash emission associated with jets of magma fragments progressively produced effusive activity over the observation period. A lava flow emerged from a fissure located at the base of the cone and rapidly advanced to the mid-to-upper section of the Sciara del Fuoco,. Two days later a lava overflow occurred at the same area; large incandescent blocks from the S vent of N2 began to roll down the upper part of the Sciara del Fuoco and were followed by advancing lava. The flow was cooling by the early hours of 24 April.

The Alert Level remains at Yellow (the second level on a four-level scale).
Source : INGV.

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The alert levels for all the volcanoes mentioned in the previous weekly updates remain unchanged.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Mont Rainier (État de Washington / États Unis) : la peur des lahars // The fear of lahars

  J’ai attiré l’attention à plusieurs reprises sur ce blog sur le risque de lahars sur le mont Rainier (4892 m), situé à proximité de Seattle et de sa zone industrielle, avec des sociétés comme Boeing et Microsoft.

 Photos : C. Grandpey

Le volcan n’a pas connu d’éruption majeure depuis 1 000 ans. Pourtant, il inquiète de nombreux volcanologues américains. Son potentiel de destruction ne réside pas seulement dans les coulées de lave qui, en cas d’éruption, ne s’étendraient probablement pas à plus de quelques kilomètres au-delà des limites du Parc national. De nombreux scientifiques redoutent la survenue d’un lahar, une coulée de boue rapide composée d’eau et de roches, provenant de la fonte rapide de la glace ou de la neige lors d’une éruption, et qui emporte des débris en dévalant les vallées et les ravines sur les flancs d’un volcan. Dans le monde, des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes vivent dans des zones sous la menace de lahars.
Personne n’a oublié celui de novembre 1985 lorsque le Nevado del Ruiz est entré en éruption en Colombie. Quelques heures seulement après le début de l’événement, un torrent de boue a déferlé sur la ville d’Armero, tuant plus de 23 000 personnes en quelques minutes.

Crédit photo : Wikipedia

Les scientifiques américains font remarquer que le mont Rainier possède environ huit fois plus de glaciers et de neige que le Nevado del Ruiz au moment de son éruption, de sorte qu’il existe un risque de lahar beaucoup plus important.

Cependant, après plusieurs visites au mont Rainier, j’ai constaté que les glaciers ont considérablement fondu en raison du réchauffement climatique. De ce fait, la masse de glace sur la montagne est moins impressionnante qu’il y a quelques décennies. Cela signifierait moins d’eau et de matériaux entraînés vers le bas de la montagne par les coulées de boue.

Le glacier Nisqually a beaucoup fondu ces dernières années, ici en 2002 et 2015 (Photos: C. Grandpey)

Les lahars se produisent généralement lors d’éruptions volcaniques, mais peuvent aussi être provoqués par des glissements de terrain et des séismes. Les géologues ont trouvé des preuves qu’au moins 11 lahars importants provenant du mont Rainier ont atteint la zone environnante – la plaine de Puget (Puget Lowlands), par exemple – au cours des 6 000 dernières années. Les scientifiques n’ont pas établi de lien entre les lahars, survenus il y a environ 500 ans, et une quelconque activité volcanique. Ils ont pu avoir été causés par d’importants glissements de terrain sur la montagne. C’est la menace d’un tel lahar, déclenché par un soudain glissement de terrain, qui inquiète particulièrement les volcanologues. Il faudrait à un tel lahar seulement 10 minutes pour atteindre des zones habitées, et 60 minutes pour atteindre les grandes agglomérations les plus proches, ce qui est très bref.

Photo : C. Grandpey

Une étude de 2022 a modélisé les deux pires scénarios. Dans la première simulation, un lahar de 260 millions de mètres cubes et de 4 mètres de hauteur prend sa source sur le flanc ouest du Mont Rainier. La coulée de débris atteint la région densément peuplée d’Orting environ une heure après son déclenchement, et elle se déplace à une vitesse d’environ 4 mètres par seconde.

Photo : C. Grandpey

Une deuxième zone à « risque élevé » mentionnée dans l’étude de 2022 est la vallée de la rivière Nisqually, où un puisant lahar pourrait déplacer suffisamment d’eau du lac Alder pour provoquer le débordement du barrage.
Suite à l’éruption du mont Saint Helens en 1980, l’USGS a mis en place un système de détection des coulées de boue sur le mont Rainier en 1998. Ce système a été modernisé et étendu depuis 2017. Une vingtaine de sites sur les flancs du volcan et les deux zones identifiées comme les plus exposées aux coulées de boue sont désormais équipés de sismomètres qui transmettent des données en temps réel, ainsi que d’autres capteurs, notamment des capteurs à infrasons, des webcams et des récepteurs GPS.

Photo : C. Grandpey

En mars 2024, quelque 45 000 élèves de Puyallup, Sumner-Bonney Lake, Orting, White River et Carbonado ont participé à un exercice d’évacuation en cas de lahar. C’était la première fois que plusieurs districts scolaires y participaient le même jour. Selon les autorités américaines, ce fut le plus grand exercice de prévention de lahar au monde.

Un exercice d’évacuation similaire a été organisé le 23 avril 2026. Environ 45 000 élèves de localités situées au sud de Seattle et à l’ouest du mont Rainier ont participé au plus grand exercice mondial d’évacuation en cas de lahar, organisé désormais tous les deux ans.

Photo : C. Grandpey

Source : Observatoire Volcanologique des Cascades.

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I have drawn attention several times on this blog to the lahar hazard on Mount Rainier which lies close to Seattle and its industrial environment. The volcano has not produced a significant volcanic eruption in the past 1,000 years. Yet, it has many US volcanologists worried. The mountain’s destructive potential does not really lie with lava flows, which, in the event of an eruption, would probably not extend more than a few kilometers beyond the boundary of Mount Rainier National Park. Many scientists fear the prospect of a lahar, a fast moving slurry of water and rock originating from ice or snow rapidly melted by an eruption that picks up debris as it rushes through valleys and drainage channels. One should not forget that there are tens, if not hundreds of thousands of people who live in areas that potentially could be impacted by a large lahar.

The deadliest lahar in recent memory was in November 1985 when Colombia’s Nevado del Ruiz volcano erupted. A river of mud swept over the town of Armero, killing over 23,000 people in a matter of minutes. U.S. Scientists warn that Mount Rainier has about eight times the amount of glaciers and snow as Nevado del Ruiz had when it erupted, so that there is the potential to have a much more catastrophic mudflow. However, in the wake of several visits to Mount Rainier, I noticed that glaciers have melted quite a lot because of global warming. As a result, the mass of ice on the mountain is less impressive than it was a few decades ago. This would mean less water and material being carried down the mountain by mudflows. .

Lahars typically occur during volcanic eruptions but also can be caused by landslides and earthquakes. Geologists have found evidence that at least 11 large lahars from Mount Rainier have reached into the surrounding area – the Puget Lowlands – in the past 6,000 years. Scientists have not connected the most recent of these lahars, which occurred about 500 years ago, with any kind of volcanic activity. They may have been caused by large landslides on the mountain. It is the threat of a similar, spontaneous landslide-triggered lahar that particularly worries volcanologists. It would take such an event 10 minutes to reach the nearest places where people are living, and 60 minutes to the nearest large communities. Those are really short time frames

A 2022 study modeled two worst-case scenarios. In the first simulation, a 260 million-cubic-meter, 4-meter deep lahar would originate on the west side of Mount Rainier. The debris flow could reach the densely populated lowlands of Orting about one hour after an eruption, where it would travel at the speed of about 4 meters per second.

A second area of “pronounced hazard” mentioned in the 2022 stury is the Nisqually River Valley, where a massive lahar could displace enough water from Alder Lake to cause the 100-meter-tall Alder Dam to spill over.

In the wake of the 1980 Mount St. Helens eruption, the USGS set up a lahar detection system at Mount Rainier in 1998, which since 2017 has been upgraded and expanded. About 20 sites on the volcano’s slopes and the two paths identified as most at risk of a lahar now feature seismometers that transmit real-time data and other sensors including infrasound sensors, web cameras and GPS receivers.

In March 2024, some 45,000 students from Puyallup, Sumner-Bonney Lake, Orting, White River and Carbonado participated in a lahar evacuation drill. It was the first time that multiple school districts practiced on the same day, making it the world’s largest lahar drill.

A similar evacuation drill was organized on 23April 2026. About 45,000 students in communities south of Seattle and west of Mount Rainier participated in the world’s largest lahar evacuation drill which is organised once every two years.

Source : Cascades Volcano Observatory.

Réchauffement climatique : Vers un été 2026 caniculaire ?

Concentrations de CO2 : 431,64 ppm

Concentrations de CH4 : 1945,85 ppb

Nous approchons de la fin du mois d’avril 2026 et la ville de Limoges près de laquelle j’habite fait actuellement partie des plus chaudes de France. Les températures sont dignes de celles d’un mois d’été. Bien sûr, beaucoup de gens sont ravis. La semaine dernière, alors que je pédalais le long du littoral atlantique, j’ai pu voir que les plages étaient déjà bien garnies, ainsi que les pistes cyclables où beaucoup de vacanciers circulaient bien sûr sans casque. J’ai compris pourquoi cet élément de sécurité n’est pas obligatoire pour les plus de 12 ans. Les vacanciers sont des électeurs.

Cela étant dit, le mercure a flirté avec les valeurs estivales dans le sud-ouest avec plusieurs semaines d’avance, et les climatologues anticipent désormais un été anormalement chaud en France et plus largement en Europe.

Comme disait ma grand-mère, il n’y a plus de saisons. Les épisodes de chaleur surgissent plus tôt, dépassent les seuils traditionnels et fragilisent les territoires. Météo-France a enregistré une température de 30,5°C à Biscarosse (Landes) le lundi 06 avril, ce qui a égalé le record mensuel établi en avril 2011, donc déjà sous l’influence du réchauffement climatique qui a vraiment débuté dans les années 1970. Les 30 °C à Biscarosse sont enregistrés avec environ deux mois d’avance par rapport à la moyenne historique de la ville, située au début juin. Météo-France fait remarquer que ce coup de chaud précoce revient chaque année plus tôt dans le sud-ouest, mais rarement à une telle intensité. Toujours en relation avec les conséquences du réchauffement climatique, le trait de côte a reculé brutalement à Biscarrosse au mois de février 2026,. Alors qu’il perd habituellement jusqu’à deux mètres par an, une dune s’est effondrée sur une vingtaine de mètres, emportant la promenade du front de mer.

Crédit photo: presse régionale

Le 7 avril, date qui m’est chère, le seuil des 25 °C a été observé sur une grande partie du nord de la France.. Que ce soit à Paris ou à Rennes, on se trouvait une douzaine de degrés au-dessus des normales saisonnières qui, rappelons le, ont déjà été relevées le 28 juin 2022.

Le printemps 2026 est chaud, mais le plus inquiétant, c’est que les modèles météorologiques dessinent un été anormalement chaud en France. Le dernier rapport Copernicus en date du 29 avril 2026 indique qu’au moins 95 % de l’Europe a connu des températures supérieures à la moyenne lors de l’année 2025. Les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus sévères. L’Europe multiplie les records de chaleur et les températures mondiales ont dépassé de 1,47°C le niveau préindustriel. Ces températures nourrissent les catastrophes naturelles, les inondations, les cyclones. L’accord de Paris prévoyait de limiter le réchauffement à 1,5 °C, limite atteinte en 2024, année la plus chaude jamais recensée.

Pour les mois à venir, Copernicus, qui combine huit modèles différents, juge quasi certain que juillet et août dépasseront nettement les températures de référence sur la majeure partie du continent. En juillet, le signal apparaît marqué au nord-ouest et au sud-est. En août, il s’étend à l’ensemble du territoire français. Si des chiffres précis ne peuvent être avancés en ce moment, la convergence des huit simulations rend peu probable un été tempéré. Les anomalies pourraient se traduire par des journées caniculaires plus fréquentes, avec des pointes au-delà de 40 °C dans plusieurs régions.

Un autre facteur doit être pris en compte pour les mois à venir. Comme je l’ai indiqué dans des notes précédents, on assiste au retour du phénomène de réchauffement El Niño dans le Pacifique oriental, ce qui ne manquera pas d’aggraver le scénario à venir. On pense que El Niño pourrait atteindre une intensité record dans la seconde moitié de l’année 2026, avec un prolongement qui annonce une année 2027 de tous les records. Certains spécialistes évoquent même un super El Niño susceptible de redessiner les régimes pluviométriques planétaires. Ce type d’événement, observé en 1997 et 2015, modifie en profondeur la circulation atmosphérique sur tous les continents.

Source: Copernicus

Certes, l’Europe ne subit pas directement les événements extrêmes liées à El Niño, mais elle en ressent les effets indirects. Les étés deviennent plus secs et les dômes de chaleur plus durables. Dans ce contexte, le réchauffement d’origine anthropique renforce encore ces dynamiques.

Si l’été 2026 est fait de canicules à répétition, va se poser le problème de l’eau, en France et dans de nombreuses régions du monde. Notre pays a connu de fortes pluies accompagnées d’inondation à grande échelle au cours de l’hiver dernier, mais la majorité de cette eau est partie dans l’océan. On s’en rendait compte ces dernières semaines avec la couleur marron de la mer dans tout l’estuaire de la Gironde, jusqu’à la Grande Côte.

Il sera intéressant de comparer le bilan thermique de 2026 en France à celui de 2025

Source : Copernicus, Météo-France.

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Glaciers : enquête sur une disparition

À voir ou à revoir en ce moment sur ARTE l’excellent documentaire intitulé « Glaciers : enquête sur une disparition », réalisé en 2025. Tout est dit. Des scientifiques et de nombreux citoyens expliquent pourquoi les glaciers fondent aussi vite et quelles seront les conséquences pour notre planète. Le film est très loin de la télé-réalité dont se nourrissent la plupart des téléspectateurs aujourd’hui. Je crains fort qu’il n’ait pas l’impact souhaité par ses auteurs sur la population. Pourtant, la guerre de l’eau est une menace réelle.

Le glacier du Rhône ne cesse de reculer….jusqu’au jour où le fleuve ne coulera plus (Photo: C. Grandpey)