Les tests nucléaires nord-coréens peuvent-il réveiller le Mont Paektu ? // Can North Korean nuclear tests wake up Mount Paektu ?

Selon une étude publiée par la revue Science, les essais nucléaires souterrains de la Corée du Nord ont déclenché une série d’événements sismiques qui ont réactivé d’anciennes failles s’étendant en direction du Mont Paektu, l’un des volcans les plus dangereux au monde, situé à environ 100 km du site des tests
Cette étude conjointe sino-sud-coréenne a révélé que les cinq explosions nucléaires réalisées entre 2013 et 2017 sur le site d’essais de Punggye-ri, sous le Mont Mantap, ont profondément altéré la stabilité géologique de la région.

 

Site des tests sur le mont Mantap (Source : 38 North)

Au lieu de s’estomper rapidement, l’activité sismique a non seulement persisté pendant près d’une décennie, mais elle s’est également intensifiée de manière constante. Elle se propage désormais le long de deux zones de failles parallèles distinctes, se dirigeant directement vers la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, où se trouve le Mont Paektu. Il s’agit d’un volcan endormi dont la dernière éruption majeure remonte à l’an 946 ; ce fut l’une des plus puissantes enregistrées sur la planète au cours des 2 000 dernières années.

Impact sismique du test nucléaire dont le site est représenté par une étoile

L’étude souligne la réactivation différée de failles préexistantes et la sismicité prolongée dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour du Mont Mantap. Toutefois, il n’a pas été démontré que ces essais pouvaient perturber le volcan, bien qu’une influence sur le système volcanique du Mont Paektu soit physiquement concevable.
Des recherches menées par les États-Unis et l’Union soviétique à l’époque de la guerre froide indiquent que l’activité sismique induite par une explosion dure généralement de quelques jours à quelques semaines. Elle reste principalement confinée aux abords de l’épicentre et décroît rapidement. Le site d’essais nucléaires nord-coréen présente toutefois un cas de figure différent. En 2017, le dernier – et le plus puissant – test nucléaire sur le site du Mont Mantap a été estimé à une puissance comprise entre 100 et 250 kilotonnes de TNT, soit environ 7 à 17 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima en 1945.
Avant l’essai nucléaire nord-coréen, le catalogue sismique mondial ne faisait état d’aucun séisme dans un rayon de 50 km autour de la zone. Par la suite, l’activité sismique a considérablement augmenté. En mai de l’année suivante, la Corée du Nord a annoncé le démantèlement du site de Punggye-ri. Néanmoins, jusqu’en mai 2025, date de la fin de la collecte de données, la fréquence des séismes ainsi que le taux de libération du moment sismique dans la région ont continué d’augmenter.

Des chercheurs chinois et sud-coréens ont procédé à une relocalisation des 955 sources sismiques ; ils ont découvert que les événements sismiques survenus après 2017 délimitaient deux zones structurelles quasi parallèles s’étendant vers le nord-nord-ouest depuis le site d’essai, en direction du Mont Paektu (voir document ci-dessus).

J’ai consacré plusieurs notes au Mont Paektu sur ce blog (21 avril 2016, 14 décembre 2017, 27 août 2018).

Le Mont Paektu vu depuis l’espace (Source: NASA)

La dernière éruption du volcan remonte à 1903. Auparavant, un événement majeur s’était produit en 946 après J.-C. Surnommée « l’éruption du millénaire », l’éruption a généré un panache de cendres qui a atteint Nara, où la cendre est retombée sous la forme d’une neige épaisse. Plusieurs centimètres de cendres se sont accumulés dans le nord du Japon, tandis qu’à Goryeo (capitale coréenne de l’époque) et à Kyoto (son homologue japonaise), un grondement continu rappelant le son d’un tambour a été perçu tout au long de l’hiver et jusqu’au printemps suivant. L’éruption a également déclenché une coulée pyroclastique atteignant 100 mètres d’épaisseur autour du cratère ; celui-ci s’est par la suite rempli d’eau de pluie pour former ce que l’on appelle aujourd’hui le lac du Paradis (Heaven Lake), au sommet de la montagne. Cette éruption est classée au niveau 7 de l’indice d’explosivité volcanique (VEI) qui en compte 8.

Vue du lac dans la caldeira sommitale du Mont Paektu (Crédit photo: Wikipedia)

Source : Yahoo Actualités.

————————————————-

According to a study published by the journal Science, North Korea’s underground nuclear tests have triggered a chain of seismic events, activating ancient fault lines that stretch towards Mount Paektu, one of the most dangerous volcanoes on Earth, about 100km away.

The joint Chinese and South Korean study found that the five nuclear explosions conducted between 2013 and 2017 at the Punggye-ri test site beneath Mount Mantap fundamentally altered the region’s geological stability.

Instead of fading quickly, the seismic activity not only persisted for nearly a decade, but also steadily intensified. It is now propagating along two distinct parallel fault zones heading directly towards the China-North Korea border where Mount Paektu is located. It is a dormant but restless volcano that had its last major eruption in AD946. It was one of the largest on the planet in the past 2,000 years.

The study insists on the delayed reactivation of pre-existing faults and the prolonged seismicity within several tens of kilometres of Mount Mantap. However, it has not been demonstrated whether the tests could disturb the volcano, although an influence on the volcanic system of Mount Paektu is physically conceivable.

Cold War-era research by the United States and the Soviet Union indicates that explosion-induced seismic activity generally lasts from a few days to a few weeks, is mostly confined to the vicinity of the epicentre and decays rapidly. However, North Korea’s nuclear test site is different. In 2017, the last and largest nuclear test explosion at the Mount Mantap site was estimated to have a yield of 100-250 kilotonnes of TNT, about seven to 17 times the power of the atomic bomb that destroyed Hiroshima in 1945.

Before the North Korean nuclear test, the global seismic catalogue showed no earthquake records within a 50-km radius of the area. Afterwards, seismic activity increased significantly. In May the following year, North Korea announced it was dismantling the Punggye-ri site. However, until May 2025, when the experimental data collection ended, both the earthquake occurrence rate and the seismic moment release rate in the region continued to rise.

The Chinese and South Korean researchers conducted high-precision relocation of the 955 recorded seismic sources and found that seismic events after 2017 delineated two nearly parallel structural zones extending north-northwest from the test site, and stretching toward Mount Paektu. .

I have dedicated several posts to Mount Paektu on this blog (21April 2016, 25 ans 14 December January 2017, 27 August 2018). The volcano last erupted in 1903. Before that, a major event took place in 946 AD. Dubbed the « Millennium Eruption, » It producedi an ash plume that drifted as far as Nara, falling like heavy snow in November. Several centimetres of ash accumulated in northern Japan, while in the Korean capital Goryeo and its Japanese counterpart Kyoto, a continuous drum-like roar could be heard throughout the winter and even into the following spring. The eruption also produced a pyroclastic flow of up to 100 metres thick that formed around the volcanic crater, eventually filling with rainwater to create what is now known as Heaven Lake at the mountain’s summit. The eruption is rated 7 on the Volcanic Explosivity Index which includes 8 levels.

Source : Yahoo News.

Réchauffement climatique : la relocalisation de Miquelon

En déplacement ce samedi 18 septembre 2026 à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron va constater les conséquences du réchauffement climatique.

Il visitera notamment le village de Miquelon-Langlade, première commune française à devoir entièrement se déplacer à cause de la montée du niveau de l’océan. Victimes de l’érosion côtière, 600 habitants sont concernés.

J’ai rédigé le 7 mars 2026 une longue note intitulée Réchauffement climatique : la relocalisation de Miquelon à ce sujet :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/03/07/rechauffement-climatique-la-relocalisation-de-miquelon/

Le réchauffement climatique derrière la catastrophe glaciaire au Népal // Global warming a cause of the glacial disaster in Nepal

Selon une équipe scientifique du World Weather Attribution (WWA), le réchauffement climatique a largement contribué à l’effondrement catastrophique d’un glacier fin août, avec des inondations catastrophiques dans certaines régions du Népal et du Tibet. Environ 1 400 personnes ont perdu la vie et et des milliers d’autres sont portées disparues.

Le rapport du WWA indique que, bien qu’il soit difficile de déterminer avec précision le rôle joué par le réchauffement climatique dans l’effondrement d’une masse de roche et de glace couvrant environ deux kilomètres carrés sur le mont Langtang Lirung, la hausse des températures a créé les conditions propices à cet événement.
Selon les chercheurs, « il ne fait aucun doute que le changement climatique d’origine anthropique a joué un rôle dans la préparation du terrain pour cette catastrophe, avec la dégel du pergélisol, l’amincissement des glaciers et de la prédominance des précipitations pluvieuses sur les chutes de neige ».
Le rapport explique qu’en août, la température moyenne dans la région de l’Himalaya était supérieure d’environ 5 degrés Celsius à la normale, dont 1,5 °C imputable au réchauffement climatique.
Des chutes de neige inhabituellement abondantes en octobre et novembre 2025 ont également accru le volume d’eau de fonte lorsque les températures ont commencé à grimper, ce qui a probablement contribué à déclencher l’effondrement du glacier.
Les glaciers de la région s’amincissent d’environ 50 centimètres par an depuis l’an 2000, modifiant ainsi les contraintes exercées sur la roche. Le dégel du pergélisol a également pu fragiliser les parois rocheuses de l’encaissant du glacier.
Il convient de noter qu’un séisme de magnitude 7,8 a frappé la même montagne en 2015. Il a pu jouer un rôle en affaiblissant le substrat rocheux, bien que son impact exact reste indéterminé.
En conclusion, le rapport du WWA indique que la zone de l’effondrement glaciaire était géologiquement vulnérable et avait été potentiellement fragilisée par le séisme de 2015. Toutefois, elle a été davantage déstabilisée par le recul du glacier et le dégel du pergélisol, ainsi que par l’excès d’eau de fonte et la chaleur exceptionnelle enregistrés juste avant l’effondrement.
Source : WWA.

—————————————-

According to the World Weather Attribution (WWA) group of researchers, global warming largely contributed to the catastrophic glacier collapse that flooded parts of Nepal and Tibet in late August, ‌killing around 1,400 people and leaving thousands still missing.

The WWA report says that while it is difficult to ascertain the precise role played by global warming in the collapse of around 2 square kilometers of rock wall and glacier ice on the Langtang Lirung mountain last month, soaring temperatures ‌created the preconditions that made it more likely.

According to the researchers, « there’s absolutely no doubt that human induced climate change played a role here in the preconditioning of the disaster through permafrost thawing, through thinning of the glaciers, through having more rainfall instead of snow.« 

The report explains that mean temperatures were ‌around 5 degrees Celsius higher than normal in the Himalayan region in August, with 1.5° C of the increase coming from global warming.

Unusually high levels of snowfall in October and November 2025 also added to the volume of meltwater once temperatures began to rise, which probably helped trigger the glacier collapse.

Glaciers in the region ‌have been thinning by about half a metre per ​year since the year 2000, changing stresses on the rock. Melting permafrost is also likely to have weakened the rock wall.

It should also be remembered that an M 7.8 earthquake that hit the same mountain in 2015 could have played a role by weakening the underlying bedrock, but its precise impact is unclear.

In its conclusion, the WWA report says that the area of the glacier collase was geologically vulnerable, potentially weakened by the 2015 earthquake, but it was destabilised further by ‌glacier and permafrost retreat and by the excessive meltwater and exceptional warmth in the final period before the collapse.

Source : WWA.

Tête-Rousse : un glacier sous surveillance

Dans la nuit du 11 au 12 juillet 1892, le glacier de Tête Rousse a libéré brusquement une masse d’eau et de glace estimée à 200 000 m³. Très rapidement, cette lave torrentielle a atteint un volume d’un million de mètres cubes et a tout rasé sur son passage. Onze maisons du hameau de Bionnay, ont été emportées faisant trois victimes.

La coulée poursuivit sa route plus en aval vers Saint-Gervais où elle s’engouffra dans la gorge des Bains. L’établissement thermal de Saint-Gervais fut balayé par la lave torrentielle qui anéantit six bâtiments et causa la mort de 130 personnes.

Après avoir franchi le pont du Fayet le flot de boue s’étala dans la plaine sur 75 hectares, après avoir démoli huit maisons et tué douze personnes. Les dégâts furent considérables et le bilan humain catastrophique. Le nombre de morts et disparus est estimé entre 175 et 200.

On a tout d’abord pensé, à tort, qu’il s’agissait d’une chute de l’extrémité du glacier de Bionassay.

 Photo: C. Grandpey

La cause véritable était la libération brutale d’une poche d’eau accumulée à l’intérieur du glacier de Tête-Rousse, perché à plus de 3 000 mètres d’altitude sur les flancs du massif du Mont-Blanc

Glacier de Tête Rousse (Crédit photo : Le Dauphiné)

En quelques instants, un gigantesque torrent de boue, de glace et de roches s’était engouffré dans la vallée.

J’étais à St Gervais les Bains il y a quelques jours et je me demandais si une telle catastrophe était susceptible de se reproduire. Une exposition de documents dans le hall d’accueil de l’établissement thermal rappelle parfaitement les événements de 1892.

Au début, la catastrophe de 1892 est passée sous silence, un peu comme un tabou qu’il ne fallait pas remuer, mais à partir de l’été 2010, le glacier de Tête-Rousse est devenu l’un des plus surveillés de France. En effet, les glaciologues ont découvert qu’il recélait des poches d’eau emprisonnées sous la glace et qui étaient susceptibles de se rompre brutalement et de déverser 65 000 m³ d’eau et de boue dans la vallée. Il est alors décidé de mettre en place un spectaculaire chantier de sécurisation dont le but est de forer la glace et purger la poche d’eau accumulée sous le glacier. avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

En l’espace de cinq ans le volume d’eau présent dans la cavité passe de 60 000 à 10 000 m³. Toutefois, la découverte, en 2014, d’une nouvelle poche en amont du glacier ravive les craintes d’une inondation. Son volume est estimé entre 20 000 et 35 000 m³.

Dans le même temps, des mesures sont prises pour alerter la population en cas de danger. Le 4 août 2010, des sirènes résonnent dans toute la vallée lors d’un exercice grandeur nature. L’objectif est de permettre aux riverains d’identifier immédiatement le signal d’alerte en cas de rupture du glacier. Le système de sirènes reçoit un accueil mitigé de la part de la population et son efficacité est souvent mise en doute.

Aujourd’hui, en 2026, 134 ans après la catastrophe de 1892, le glacier de Tête-Rousse demeure sous haute surveillance et représente un laboratoire grandeur nature de la gestion des risques en montagne. La dernière crue glaciaire au Népal a montré que la surveillance est essentielle, surtout à une époque où le réchauffement climatique a un impact sévère sur les Alpes.