La cendre du volcan Newberry (Oregon) retrouvée au Groenland // Ash from the Newberry volcano (Oregon) found in Greenland

Il y a quelques années, j’ai parcouru en voiture la Chaîne des Cascades, depuis le mont Baker dans l’État de Washington jusqu’au Lassen Peak en Californie.

Mont Baker

Lassen Peak (Photos : C. Grandpey)

En chemin, j’ai fait une halte de plusieurs jours en Oregon pour admirer le Crater Lake, le mont Hood, les Three Sisters et le volcan Newberry.

L’USGS explique que le Newberry est un vaste volcan bouclier d’environ 1 600 km², formé par des éruptions à répétition au cours des 500 000 dernières années. Au cours de son histoire éruptive, le Newberry a produit des cendres et des téphras, des coulées pyroclastiques et des coulées de lave dont la composition varie du basalte à la rhyolite. Il y a environ 75 000 ans, une importante éruption explosive suivie d’un effondrement a créé une vaste dépression volcanique à son sommet, qui abrite aujourd’hui deux lacs : le Paulina Lake et le l’East Lake.

Vue de la caldeira du Newberry avec ses lacs (Photo : C. Grandpey)

La dernière éruption du Newberry remonte à environ 1 300 ans, et la présence actuelle de sources thermales et de coulées de lave géologiquement récentes indique qu’il s’agit toujours d’un volcan actif. Bien que dominé par une activité basaltique à andésitique basaltique et avec plus de 400 cônes de scories, le volcan Newberry a également connu d’importantes éruptions siliceuses liées à sa caldeira sommitale de 6 x 8 km.
Entre la dernière période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, et il y a 7 700 ans, le volcan est entré en éruption au moins 12 fois. Au cours des trois périodes éruptives qui se sont déroulées au cours des 7 500 dernières années, la caldeira du Newberry a été le théâtre d’éruptions rhyolitiques provenant de sept bouches éruptives distinctes. Il y a environ 7 000 ans, des éruptions se sont produites le long de la zone de rift au nord-ouest de la caldeira. À peu près à la même époque, le cône de ponce (Pumice Cone) central s’est formé suite à des éruptions qui ont également donné naissance aux coulées d’obsidienne d’Interlake et de Game Hut. Le Newberry a connu ses dernières éruptions il y a 1 300 ans; elles ont donné naissance à la Grande Coulée d’Obsidienne (Big Obsidian Flow), l’une des attractions de la région.

Grande Coulée d’Obsidienne (Photos : C. Grandpey)

Des chercheurs de l’Université de St Andrews, en Écosse, ont identifié des cendres du volcan Newberry dans une carotte de glace du Groenland. Cette découverte prouve que l’éruption a envoyé de fines particules de ponce sur plus de 5 000 km depuis sa source. Cela a permis de dater l’éruption à 686 ± 2 apr.J.-C. L’étude a été publiée dans la revue Quaternary Science Reviews le 21 mai 2026.
Les cendres sont des cryptotéphras, des particules volcaniques microscopiques conservées dans la glace. Les chercheurs ont comparé la signature géochimique des particules trouvées au Groenland avec les dépôts connus de l’éruption de ponce de Newberry et ont conclu qu’elles provenaient de la période éruptive la plus récente du Newberry, celle de la « Grande Coulée d’Obsidienne ».
Des datations antérieures situaient l’éruption dans une marge d’incertitude d’environ 140 ans, aux alentours du 7ème siècle de notre ère. Cependant, la glace extraite de la carotte du Groenland a permis de préciser cette estimation à deux ans près, soit l’an 686 de notre ère, grâce à des modèles précis d’âge des carottes de glace du Groenland développés pour la stratification annuelle.
L’éruption a atteint le niveau 4 de l’indice d’explosivité volcanique (VEI), ce qui la classe dans la catégorie des éruptions d’intensité moyenne à forte. Elle fut environ dix fois moins puissante que l’éruption du mont Saint Helens en 1980 (VEI 5).
Selon l’USGS set le National Volcano Early Warning System (NVEWS) – Système national d’alerte volcanique précoce – le volcan Newberry présente un potentiel de menace très élevé.
Source : The Watchers.

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A few years ago, I drove down the Cascade Range from Mount Baker in Washington State to Lassen Peak in California. On the way, I made a severa-day stop in Oregon to observe Crater Lake, Mount Hood, the Three Sisters and the Newberry Volcano.

The USGS explains that Newberry is a broad shield volcano covering about 1 600 km².that was built by repeated eruptions over the past 500,000 years. Throughout its eruptive history, Newberry has produced ash and tephra, pyroclastic flows, and lava flows that range in composition from basalt to rhyolite. About 75,000 years ago a major explosive eruption and collapse event created a large volcanic depression at its summit that now hosts two caldera lakes, Pauline Lake and East Lake. Newberry last erupted about 1,300 years ago, and present-day hot springs and geologically young lava flows indicate that it is still an active volcano. Although dominated by basaltic to basaltic-andesite activity and more than 400 cinder cones, it has also produced major silicic eruptions tied to its 6 x 8 km summit caldera.

Between the last Ice Age about 12,000 years ago and 7,700 years ago, the volcano erupted at least 12 times. During three eruptive periods at Newberry over the past 7,500 years, the caldera has seen rhyolitic eruptions from seven individual vents. About 7,000 years ago, eruptions occurred along the rift zone northwest of Newberry Volcano’s caldera. At about the same time, the Central Pumice cone was produced by eruptions that also formed the Interlake and Game Hut obsidian flows. The volcano underwent its most recent eruptions 1,300 years ago, producing the Big Obsidian flow, one of the most spectacular features in the region.

Researchers from the University of St Andrews in Scotland have identified ash from Newberry volcano in a Greenland ice core, documenting that the Newberry Pumice eruption transported fine volcanic material more than 5 000 km from its source and allowing the eruption to be dated to 686 ± 2 CE. The study was published in Quaternary Science Reviews on May 21, 2026.

The ash was identified as cryptotephra, microscopic volcanic material preserved in ice. Researchers compared the geochemical fingerprint of the Greenland particles with known deposits from the Newberry Pumice eruption and matched them to Newberry’s most recent “Big Obsidian” eruptive period.

Previous dating placed the eruption within an uncertainty window of about 140 years around the turn of the 7th century CE, but the Greenland ice-core layer narrowed that estimate to within two years of 686 CE, using precise Greenland ice-core age models developed for annual layering.

The eruption reached level 4 on the Volcanic Explosivity Index, placing it in the moderate-to-large explosive range, around 10 times smaller than the Mount St Helens eruption in 1980 (VEI 5).

The U.S.G.S. describes the Newberry volcano as having Very High threat potential under the National Volcano Early Warning System (NVEWS), a framework used to prioritize volcano monitoring according to threat.

Source : The Watchers.

Fonte des glaciers et conséquences pour les cours d’eau

Concentrations de CO2 : 432,31 ppm (22 mai 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Une rubrique parue sur le site web de France Info pose une question intéressante : « Lorsque les glaciers auront disparu, fleuves et rivières de France seront-ils à sec ? »

On dit souvent que les glaciers sont des châteaux d’eau naturels dans le monde. J’ai insisté (note du 21 septembre 2023) sur la catastrophe que ferait peser leur disparition en Asie. L’alimentation en eau potable de milliards de personnes dépend en grande partie de ces rivières de glace.

Glaciers de la chaîne himalayenne (Crédit photo: Wikipedia)

En France comme partout dans le monde, les glaciers disparaissent à un rythme de plus en plus rapide et il est bien évident que leur fonte a un impact sur les cours d’eau qui y prennent leur source.

Avant le réchauffement climatique, les glaciers recevaient en hiver un volume de neige et de glace équivalent à celui que la chaleur de l’été faisait fondre. Le problème, c’est que depuis la hausse rapide des températures, cet équilibre fragile est rompu. Dans les Alpes, la moitié des glaciers devrait avoir disparu dans seulement vingt ans, en commençant par les plus petits. Sur la planète entière, plusieurs milliers seront rayés de la carte chaque année.

Glaciers du massif du Mont Blanc (Photo: C. Grandpey)

Ce phénomène aura des conséquences directes sur les hautes vallées de montagne qui étaient jusque-là protégées par les glaces et ne le seront plus. Sans le blanc des glaciers, le paysage va s’assombrir et absorbera davantage les rayons du soleil. Avec cette perte d’albédo, la terre se réchauffera encore plus. D’un point de vue géologique, il y a un risque de déstabilisation du sol, avec davantage d’éboulements et glissements de terrain catastrophiques, provoqués également par le dégel du pergélisol en haute altitude. .

S’agissant des cours d’eau, la disparition des glaciers peut entraîner une diminution des écoulements de surface . En effet, jusqu’à aujourd’hui, les glaciers stockaient neige et glace l’hiver, pour les restituer pendant l’été, ce qui régulait le débit des fleuves qu’ils alimentent. Lorsque l’été est sec, la fonte glaciaire alimente jusqu’à 40 % du débit d’un fleuve comme le Rhône.

Glacier du Rhône (Photo: C. Grandpey)

L’inquiétude est donc réelle, même si on peut prendre ce chiffre à l’envers, et conclure que, même en été, le Rhône conservera plus de la moitié de son débit actuel. En observant la fonte ultra rapide du Glacier du Rhône dans le Valais suisse ces dernières années, je me suis posé des questions quant à à l’avenir du fleuve et de ses affluents dont beaucoup sont alimentés par la fonte de glaciers.

Important affluent du Rhône, l’Isère prend sa source dans le parc national de la Vanoise, au glacier des Sources de l’Isère qui fond à vue d’œil (Photo: C. Grandpey)

Les scientifiques font remarquer qu’il y a dans les montagnes « des précipitations autres que la glace », autrement dit des pluies. Le problème est que les précipitations ont globalement tendance à diminuer elles aussi, avec des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes.

Sommes nous en droit de penser, comme l’indiquent certains scientifiques, « que même en cas d’effacement et de disparition complets des glaciers, on va continuer à avoir des écoulements » vers les fleuves ? J’ai rédigé plusieurs notes attirant l’attention sur la baisse de débit du Rhône et ses conséquences sur la Camargue.

Source: Wikipedia

À cette baisse de débit du fleuve s’ajoute la hausse du niveau de la mer Méditerranée sous l’effet du réchauffement climatique, avec un impact sur la salinité des sols dans cette région. Voir ma note du 10 novembre 2022 à ce sujet :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2022/11/10/rechauffement-climatique-la-camargue-en-danger-global-warming-the-camargue-in-danger/

Panique à Courchevel (Savoie) // Panic in Courchevel (Savoie, France)

C’est, semble-t-il le journal Le Monde qui a révélé le pot aux roses. On apprend que la retenue d’eau de la Loze, en amont d’un hameau de Courchevel (Savoie), s’affaisse à grande vitesse. À l’origine, cette réserve collinaire été construite en 2020 à 2 270 mètres d’altitude pour la somme de 5,7 millions d’euros pour garantir l’enneigement des 3,2 kilomètres de la célèbre piste de l’Éclipse à Courchevel, pour les championnats du monde de ski alpin 2023 et pour les JO Alpes 2030.

Vue de la réserve collinaire de la Loze (Source : Société Bianco)

Piste de ski de l’Éclipse

Il ne faut pas se voiler la face : les habitants d’un petit hameau en contrebas de la gigantesque retenue d’eau auraient pu être tout simplement engloutis. L’infrastructure qui stocke 170 000 mètres cubes d’eau menace de s’effondrer car elle s’affaisse à raison de 15 centimètres par an.

À l’époque du réchauffement climatique et du manque de neige sur les massifs, une telle réserve est essentielle pour alimenter les enneigeurs d’une station de ski comme Courchevel. Quand des problèmes apparaissent, on n’en parle pas trop fort pour ne pas faire fuir les touristes. Pourtant les signes d’affaissement de la retenue de la Loze ne sont pas nouveaux. Selon les journaux, des signaux alarmants étaient apparus dès le début. Les premières faiblesses avaient été détectées dès la mise en eau. La première année, en 2022, un léger tassement avait été attribué à la récente mise en service. Le problème, c’est que la situation n’a jamais cessé de s’aggraver et une expertise plus poussée a été décidée. Les experts ont conclu à une défaillance structurelle du barrage, liée à l’évolution thermique du sous-sol. Cette évolution a une double cause : l’ensemble du glacier rocheux sur lequel est construite la retenue d’eau fond à grande vitesse à cause du réchauffement climatique, et il y a la chaleur générée par la réserve d’eau. C’est ce phénomène qui fragilise la partie du barrage côté digue, en surplomb de la pente qui domine le hameau qui abrite 90 chalets et huit résidences hôtelières.

Devant l’urgence de la situation, la préfecture de Savoie a ordonné une vidange partielle, puis quasi totale, de la réserve fin 2025. Dans un premier temps, 146 000 mètres cubes d’eau ont été conservés dans la retenue, puis 132 000, et finalement 25 000 mètres cubes. Selon les experts, ce risque aurait dû être pris au sérieux dès le début, puisque la fonte du glacier de la Loze est due autant au réchauffement global des Alpes qu’à la retenue elle-même qui a agi comme un radiateur géant.

On sait que les lacs artificiels peuvent représenter un vrai risque pour les populations environnantes. La presse régionale rappelle le cas du lac artificiel qui s’est créé après l’éboulement du glacier du Birch, en Suisse, avec la destruction quasi totale du village de Blatten en mai 2025 (voir ma note du 29 mai 2025).

Source : presse nationale et régionale.

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Les articles de presse font état du « glacier rocheux » sur lequel a été construite la réserve collinaire. Un glacier rocheux est une masse de débris rocheux contenant de la glace. Qui dit glacier dit mouvement. C’est le fluage de la glace interstitielle qui est à l’origine du mouvement et donc des morphologies spectaculaires souvent rencontrées sur ce type de glacier.

Glacier rocheux du Laurichard, au-dessus du col du Lautaret (Photo : C. Grandpey)

Il faut toutefois noter que la vitesse de progression d’un glacier rocheux est beaucoup plus lente que celle d’un glacier fait uniquement de glace. Elle de l’ordre de quelques décimètres à quelques mètres par an, contre 100 à 200 mètres par an pour les ‘vrais’ glaciers des Alpes. À noter que les glaciers rocheux ne voient pas leur front reculer ; ils ne peuvent que progresser vers l’aval. Il est bien évident que la vitesse de progression d’un glacier rocheux varie en fonction du pourcentage de la pente.

Les experts nous expliquent que les glaciers rocheux peuvent aussi “mourir” en s’immobilisant si la glace interne fond, par exemple à cause du réchauffement climatique. On peut supposer que les géologues avaient étudié ces paramètres et estimé que le glacier rocheux de la Loze ne présentait pas de risque de mouvement, mais ils avaient probablement sous-estimé le dégel du glacier sous l’effet double du réchauffement climatique et de l’impact thermique de la masse d’eau.

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It seems that the newspaper Le Monde broke the story. The Loze reservoir, located upslope from a hamlet in Courchevel (Savoie), is rapidly subsiding. This hillside reservoir was originally built in 2020 at an altitude of 2,270 meters for €5.7 million to guarantee snow cover on the 3.2-kilometer-long Éclipse ski slope in Courchevel for the 2023 Alpine World Ski Championships and the 2030 Alpine Olympics. There’s no point in denying the seriousness of the situation: the inhabitants of a small hamlet below the gigantic reservoir could have been simply swallowed up. The infrastructure, which stores 170,000 cubic meters of water, is threatening to collapse as it is subsiding at a rate of 15 centimeters per year.

In an era of global warming and snow shortages in the mountains, such a reservoir is essential to supply the snow cannons of a ski resort like Courchevel. When problems arise, they are kept quiet so as not to scare away tourists. Yet, the signs of subsidence in the Loze reservoir are not new. According to newspapers, alarming signals appeared from the very beginning. The first weaknesses were detected as soon as it was filled. In the first year, 2022, a slight sinking was attributed to the filling of the reservoir. The problem is that the situation has steadily worsened, and a more in-depth investigation was commissioned. The experts concluded that there was a structural failure of the dam, linked to the thermal evolution of the subsoil. This evolution has a dual cause: the entire rock glacier on which the reservoir is built is melting rapidly due to global warming and the heat generated by the reservoir itself. This phenomenon is weakening the section of the dam on the embankment side, overlooking the slope that dominates the hamlet, home to 90 chalets and eight hotel residences.
Faced with the urgency of the situation, the Savoie prefecture ordered a partial, then almost total, draining of the reservoir by the end of 2025. Initially, 146,000 cubic meters of water were retained in the reservoir, then 132,000, and finally 25,000 cubic meters. According to experts, this risk should have been taken seriously from the outset, since the melting of the Loze glacier is due as much to global warming in the Alps as to the reservoir itself, which acted like a giant radiator.

It is well known that artificial lakes can pose a real risk to surrounding populations. The regional press recalls the case of the artificial lake created after the collapse of the Birch glacier in Switzerland, which resulted in the near-total destruction of the village of Blatten in May 2025.
Source: national and regional press.

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Newspaper articles refer to the « rock glacier » upon which the hill reserve appears to have been built. A rock glacier is a mass of rocky debris containing ice. Glaciers are inherently dynamic, and the movement of interstitial ice is what causes this movement and, consequently, the spectacular formations often found on this type of glacier. It should be noted, however, that the rate of advance of a rock glacier is much slower than that of a glacier composed solely of ice. Its rate is on the order of a few decimeters to a few meters per year (compared to 100 to 200 meters per year for the ‘true’ glaciers of the Alps). It should be noted that rock glaciers do not have their terminus retreating; they can only advance downhill. It is quite clear that the rate of advance of a rock glacier varies depending on the percentage of the slope.

Experts explain that rock glaciers can also « die » by coming to a standstill if the internal ice melts, for example, due to global warming. We can assume that the experts had studied these parameters and estimated that the Loze rock glacier did not present a risk of movement, but they had probably underestimated the glacier’s thawing under the combined effect of global warming and the thermal impact of the water mass.

Nouvelle découverte extraordinaire à Pompéi // Another extraordinary discovery at Pompeii

Les fouilles vont bon train à Pompéi où les archéologues ne cessent de faire des découvertes ô combien intéressantes. À noter que ces travaux sont possibles en grande partie grâce aux fonds alloués par l’Union Européenne. En septembre dernier, le responsable des fouilles me faisait part de sa satisfaction devant le travail accompli.

Photo: C. Grandpey

Aujourd’hui, des archéologues du Parc archéologique de Pompéi ont identifié l’une des victimes de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. Il s’agit très probablement d’un médecin. Les dernières techniques d’imagerie ont révélé des instruments chirurgicaux dissimulés à l’intérieur d’un moulage en plâtre.
Cette découverte est liée aux recherches en cours sur des objets mis au jour lors des fouilles menées en 1961 par l’archéologue italien Amedeo Maiuri dans l’Orto dei Fuggiaschi – le Jardin des Fugitifs – l’un des sites les plus émouvants de Pompéi. On peut y observer derrière une vitre les moulages de 14 personnes qui ont été piégées par la coulée pyroclastique alors qu’elles tentaient de fuir la ville par la Porta Nocera.

Crédit photo: Parc archéologique

En examinant une petite boîte dissimulée dans l’un des moulages, les chercheurs ont découvert une collection d’objets qui auraient appartenu à un médecin, notamment des instruments métalliques pouvant être interprétés comme des outils chirurgicaux. Il y avait aussi des pièces de monnaie en bronze et en argent, et une plaque d’ardoise probablement utilisée pour préparer des substances médicales ou cosmétiques.

L’analyse aux rayons X, la tomographie et les reconstructions numériques 3D réalisées par des spécialistes ont permis aux experts d’étudier le contenu de la boîte où se trouvaient les instruments sans endommager le moulage. Les examens ont également révélé des détails de la structure mécanique du récipient, notamment un système de verrouillage à roue dentée.
Archéologues, anthropologues, restaurateurs, radiologues, numismates et experts en modélisation numérique ont collaboré pour reconstituer des éléments de la vie et de la profession de la victime. Le directeur du Parc archéologique de Pompéi a déclaré : « Cet homme a emporté ses outils avec lui pour être prêt à reconstruire sa vie ailleurs, grâce à son métier, mais peut-être aussi pour aider les autres. Nous dédions cette petite mais significative découverte à tous les hommes et femmes qui continuent d’exercer ce métier aujourd’hui avec un sens aigu des responsabilités et un dévouement exemplaire au service de la communauté. »

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Dans le Verger des Fugitifs, les moulages présentent les malheureuses victimes de l’éruption du Vésuve dans les positions où les coulées pyroclastiques les ont surprises. Ces moulages remarquables ont été réalisés grâce à une technique révolutionnaire mise au point par Giuseppe Fiorelli, un archéologue napolitain (1823-1896).

Fiorelli avait remarqué que la cendre solidifiée permettait de conserver l’empreinte des corps. Il eut alors l’idée d’injecter du plâtre liquide dans ces cavités. Il réalisa un premier test sur quatre squelettes, prisonniers de leurs gangues de cendres. Le résultat fut à hauteur des espoirs de l’archéologue : il avait obtenu un moulage quasi-parfait des malheureux, dans la position dans laquelle la mort les avait figés. Quand on se trouve devant le Verger des Fugitifs, on remarque que toutes ces personnes se protégeaient les voies respiratoires pour ne pas être asphyxiés par les nuages de cendres et les gaz toxiques.

Photos: C. Grandpey

Après ce succès, Fiorelli continua ses moulages dans la ruelle dite «des squelettes», artère où gisaient les corps de 1.050 victimes de la catastrophe, aussi bien dans les rues qu’à l’intérieur des maisons. Les animaux avaient subi le même sort. L’archéologue réalisa le moulage d’un chien montrant l’animal recroquevillé sur lui-même dans le vain espoir de briser sa chaîne en la mordant.

Aujourd’hui, on continue à utiliser la technique de moulage de Giuseppe Fiorelli. En 2018, on a ainsi pu effectuer le moulage de chevaux, et en 2021, les archéologues ont réalisé le moulage des dépouilles d’un jeune esclave et de son maître en train de fuir. Grâce aux moulages couplés aux dernières technologies d’imagerie, les chercheurs sont capables de déterminer l’âge, le sexe, et même la classe sociale des victimes dont on a reconstitué le contour des corps.

Crédit photo: Parc archéologique

À noter que Fiorelli fut aussi le premier à ouvrir Pompéi aux visiteurs moyennant le paiement d’un droit d’entrée. Directeur général des Antiquités nationales italiennes, il conserva ce poste jusqu’à sa mort, le 28 janvier 1896, à Naples.

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Excavations are progressing rapidly in Pompeii, where archaeologists continue to make fascinating discoveries. It’s worth noting that this work is largely made possible by funding from the European Union. Last September, the head of the excavations expressed his satisfaction with the progress made.

Archaeologists at the ancient city of Pompeii Archaeological Park have identified one of the victims of the eruption of Mount Vesuvius in 79 AD as a doctor after advanced diagnostic examinations revealed surgical instruments hidden inside a plaster cast.

The findings are linked to ongoing research on materials uncovered during excavations led by Italian archaeologist Amedeo Maiuri in 1961 in the Orto dei Fuggiaschi, where the casts of 14 people were found after being trapped by the pyroclastic flow while attempting to flee the city.

The discovery emerged from renewed studies on materials excavated at the site, where the remains of the victims were uncovered after being overwhelmed by a pyroclastic cloud while attempting to escape the city through Porta Nocera.

Researchers examining a small case concealed within one of the casts found a collection of objects believed to belong to a physician, including metal instruments that can be interpreted as surgical tools, bronze and silver coins, and a slate plate likely used to prepare medical or cosmetic substances.

X-ray analysis, tomography scans, and 3D digital reconstructions carried out by specialists enabled experts to study the contents without damaging the cast. The examinations also revealed details of the container’s mechanical structure, including a toothed-wheel locking system.

Archaeologists, anthropologists, restorers, radiologists, numismatists, and digital modeling experts collaborated to reconstruct details about the victim’s life and profession.

Said the Director of the Pompeii Archaeological Park : “This man brought his tools with him to be ready to rebuild his life elsewhere, thanks to his profession, but perhaps also to help others. We dedicate this small but significant discovery to all the women and men who continue to carry out this profession today with a very high sense of responsibility and service to the community.”

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In the Orchard of the Fugitives, the plaster casts depict the unfortunate victims of the eruption of Mount Vesuvius in the positions in which the pyroclastic flows caught them. These remarkable casts were made using a revolutionary technique developed by Giuseppe Fiorelli, a Neapolitan archaeologist (1823-1896).
Fiorelli had noticed that solidified ash preserved the imprint of bodies. He then had the idea of ​​injecting liquid plaster into these cavities. He conducted an initial test on four skeletons, trapped in their ash-covered cavities. The result lived up to the archaeologist’s expectations: he had obtained a near-perfect cast of the victims, in the position in which death had frozen them. When standing before the Orchard of the Fugitives, one notices that all these people were protecting their airways to avoid being asphyxiated by the ash clouds and toxic gases.
After this success, Fiorelli continued his plaster casts in « the Alley of Skeletons, » a thoroughfare where the bodies of 1,050 victims of the disaster lay, both in the streets and inside houses. Animals had suffered the same fate. Fiorelli made a cast of a dog, showing the animal curled up in a vain attempt to break its chain by biting it.
Today, Giuseppe Fiorelli’s plaster cast technique is still used. In 2018, casts of horses were made, and in 2021, archaeologists created casts of the remains of a young slave and his fleeing master. Thanks to these casts, combined with the latest imaging technologies, researchers are able to determine the age, sex, and even the social class of the victims whose bodies have been reconstructed.

It is worth noting that Fiorelli was also the first to open Pompeii to visitors for an entrance fee. As Director General of Italian National Antiquities, he held this position until his death on January 28, 1896, in Naples.