Fonte dramatique des glaciers suisses

Ce n’est pas vraiment une surprise, mais l’ampleur du phénomène devrait faire réfléchir. Les glaciers suisses ont pulvérisé tous les records de fonte en 2022. Cela est dû, d’une part, à un hiver 2021-2022 avec très peu de neige, de sorte que la zone d’accumulation des glaciers n’a pas été alimentée. Au printemps, l’épaisseur de la neige dans les Alpes n’a jamais été aussi faible et la poussière de sable du Sahara est venue salir la neige qui a donc absorbé davantage de chaleur et a fondu plus vite. Ensuite, il y a eu les vagues de chaleur à répétition à la fin du printemps et au cours de l’été. Il n’est pas besoin d’être glaciologue pour observer les effets du réchauffement climatique sur les glaciers, que ce soit en Suisse ou ailleurs en Europe. Trois kilomètres cubes de glace, soit 6% du volume total des glaciers suisses, ont été perdus au cours des derniers mois. Une perte de 2% en un an était auparavant considérée comme “extrême”. 6%, c’est énorme et on ne peut que craindre une évolution très négative de la situation glaciaire.

Une réduction immédiate de nos émissions de CO2 serait bien sûr la bienvenue, mais elle ne suffirait pas à mettre fin au désastre qui, par un phénomène de latence, se prolongera de toute façon pendant de nombreuses années encore. La situation actuelle dans les Alpes vient confirmer le dernier rapport du GIEC selon lequel la fonte des glaces et des neiges est l’une des dix menaces majeures causées par le réchauffement climatique.

Il ne faudrait pas oublier que les glaciers jouent un rôle essentiel en Suisse où l’hydroélectricité assure plus de 60 % de la production totale d’énergie du pays. On redoute la disparition totale des glaciers helvètes dans une cinquantaine d’années, ce qui poserait aussi un sérieux problème d’alimentation en eau.

Source: médias d’information suisses et français.

Le glacier d’Aletsch et celui du Rhône sont fortement menacés par le réchauffement climatique (Photos: C. Grandpey)

C’est ce qui nous attend… // This is what awaits us…

Ce qui se passe actuellement en Floride et vient de se passer en Alaska et dans l’Est du Canada avec, pour ce pays, les effets désastreux de la puissante tempête Fiona, devrait retenir notre attention car c’est ce qui se produira de plus en plus fréquemment avec l’accélération du réchauffement climatique. En effet, le réchauffement de la planète renforce l’humidité et les vents à l’intérieur de ces ouragans et les rend plus violents. Fiona s’est accompagnée des pressions atmosphériques les plus basses jamais enregistrées au Canada. Des centaines de milliers de foyers se sont retrouvés sans électricité lorsque des lignes électriques ont été abattues et des centaines de maisons ont été détruites, en particulier le long des côtes où elles ont été carrément emportées par la mer. En effet, c’est au moment où les tempêtes frappent, notamment lors des grandes marées, que l’impact de la montée des océans se fait sentir. Les photos ci-dessous prises au Canada et en Alaska se passent de commentaire.
Il ne fait aucun doute que le réchauffement climatique va faire remonter des eaux océaniques plus chaudes à des latitudes plus élevées. Avec la hausse des températures, il y aura des tempêtes de plus en plus intenses, comme celle qui vient de frapper le Canada. Il convient de noter qu’en plus des grosses vagues et des ondes – ou marées – de tempête, ces événements extrêmes apportent également de fortes précipitations qui inondent la surface de la terre et peuvent affecter les nappes phréatiques dans les zones côtières.
Les ouragans et les fortes tempêtes en dehors des zones tropicales provoquent une élévation du niveau de la mer, connue sous le nom d’onde – ou marée – de tempête, une érosion importante du littoral et d’autres effets géologiques entraînant la perte de biens et de vies. Ces puissantes tempêtes génèrent de forts courants qui peuvent éroder les côtes en modifiant leurs formes. Les enrochements construits pour les protéger les sont rapidement détruits par de puissantes vagues. Ces courants peuvent également affecter la qualité de l’eau en mettant en suspension et en répandant des contaminants dans les ports.
Source : Service météorologique canadien.
Essayer de s’adapter au réchauffement climatique est une bonne chose, mais tant que rien n’est fait pour lutter contre les causes du phénomène – les concentrations de plus en plus élevées de gaz à effet de serre dans l’atmosphère – les catastrophes de grande envergure se multiplieront inévitablement en laissant d’énormes dégâts dans leur sillage.

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What is currently happening in Florida and recently happened in Alaska and in in Eastern Canada, with the disastrous effects of the powerful storm Fiona for this country, is what will happen more and more frequently with the acceleration of global warming. Indeed, the warming of the planet is making hurricanes wetter, windier and more intense. Fiona was the lowest-pressured storm to make landfall on record in Canada. Hundreds of thousands of homes were left without power when power lines were knocked down and hundreds were destroyed, especially along the coasts where they were wahed into the sea. Indeed, it is when the storms strike, especially during the high tides, that the impact of ocean rise will be seen. The photos below taken in Canada and in Alaska do not need any comment.

There is little doubt that global warming will lead to warmer ocean water at higher latitudes. A warmer future increases the probability of more intense storms like the one that has just struck Canada. It should be noted that in addition to large waves and storm surges, powerful storms and hurricanes also bring heavy precipitation that floods the land surface and can affect coastal groundwater systems.

Hurricanes and extreme extratropical storms cause elevated sea level, known as storm surge, and extensive shoreline erosion and other geologic effects leading to the loss of property and life. These powerful storms drive strong currents that can erode sediments and change the shape and forms of coasts. The ripraps built to protect the coasts will be rapidly destroyed by powerful waves. These currents can also affect water quality by suspending and spreading contaminants in harbours.

Source: Canadian Weather Service.

Trying to adapt to global warming is a good thing, but as long as nothing is done to fight the causes of the phenomenon – higher and higher concentrations of greenhouse gases in the atmosphere – large-sacle disasters will inevitably multiply with huge damage in their wake.

Source: Canadian news media

Source: U.S. news media

Nouvelles photos de l’éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Mon ami Christian Holveck vient de me faire parvenir de nouvelles photos de l’éruption en cours du Piton de la Fournaise. Christian précise qu’il faut maintenant avoir un peu de chance pour découvrir des choses intéressantes en surface. De temps en temps, on observe une résurgence ou la vue de la lave par une lucarne.

Photos: C. Holveck

Surveillance des petits geysers de Yellowstone // Monitoring of the small geysers of Yellowstone

Le Parc National de Yellowstone aux États-Unis possède la plus grande concentration de geysers au monde. Le plus populaire est sans aucun doute le Vieux Fidèle – Old Faithful – dont les éruptions se produisent de manière régulière. D’autres geysers comme le Castle Geyser ou le Steamboat Geyser se manifestent, eux aussi, de manière spectaculaire, mais il est plus difficile de prévoir ces événements. Les autres geysers du parc entrent en éruption quand ils en ont envie. Ces éruptions peuvent se produire soudainement et violemment et devenir un danger pour les visiteurs qui se trouveraient à proximité.
Le principe de fonctionnement des geysers est bien connu. L’eau de surface (pluie ou neige) s’infiltre dans la terre. Lorsqu’elle s’approche d’une source de chaleur comme une chambre magmatique, elle est peu à peu portée vers son point d’ébullition, mais les conditions de pression qui règnent en profondeur sont si extrêmes qu’elles empêchent l’eau d’entrer en ébullition et de s’évaporer. A l’approche de la surface, la pression chute considérablement et l’eau peut alors entrer subitement en ébullition. Se faisant, elle se change rapidement en vapeur et occupe tout d’un coup un volume bien plus important qu’elle ne le faisait à l’état liquide. Cela se traduit en surface par des jets de vapeurs et fumerolles, par des bassins d’eau bouillonnante, mais aussi par des éruptions d’eau et de vapeur : les geysers !

Le Porkchop Geyser dans le Norris Geyser Basin était autrefois une petite source chaude qui se manifestait parfois sous forme d’un geyser. Cependant, en 1985, le comportement du geyser a changé. Il a commencé à envoyer des panaches d’eau à 6 ou 10 mètres de hauteur à partir d’un cratère sec le plus souvent. On entendait parfois le grondement des explosions à plus d’un kilomètre de distance et, en hiver, les panaches de vapeur formaient des cônes de glace de plus de 6 mètres de hauteur. Puis, dans l’après-midi du 5 septembre 1989, le geyser a de nouveau changé son comportement avec des jets d’eau chaude de 15 à 25 mètres de hauteur. Puis il a carrément explosé. L’explosion a arraché des roches et envoyé des matériaux plus petits à plus à 60 mètres de distance, laissant derrière elle un cratère de 3 mètres de diamètre. Heureusement, il n’y avait personne à proximité et il n’y eut aucun blessé.
Les scientifiques de l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone, de l’Université de l’Utah et de l’Université du Wyoming ont mis en place un réseau de sismomètres, de stations GPS et de jauges dans les rivières du parc. L’objectif est de comprendre comment se comporte la caldeira de Yellowstone et de prévoir tout changement significatif.
Aujourd’hui, les volcanologues de Yellowstone veulent essayer de mieux comprendre les zones géographiques plus réduites comme le Norris Geyser Basin qui présentent plus de risques que les manifestations éventuelles et peu probables du super volcan. Cela fait partie d’un nouveau plan décennal de l’Observatoire visant à améliorer la surveillance et l’évaluation des risques liés à l’activité volcanique, hydrothermale et sismique à Yellowstone. Ce plan se décompose en deux volets : « backbone » et suivi de l’activité hydrothermale.
La surveillance backbone ou «épine dorsale» comprend le renforcement du système déjà en place à l’échelle de la caldeira. Le suivi de l’activité hydrothermale est nouveau. Son objectif est de contrôler l’activité dans les zones hydrothermales de Yellowstone afin de mieux la prévoir.
Dans les zones de petits geysers, les données de surveillance satellitaire indiquent que le sol peut se soulever pendant l’été lorsqu’il y a plus d’eau présente dans le sous-sol et s’affaisser à la fin de l’été lorsque cette eau s’est évacuée. Une surveillance plus étroite permettra de confirmer ce phénomène, mais indiquera aussi si un geyser isolé présente un comportement anormal comme ce fut le cas pour le Porkchop Geyser. De telles explosions hydrothermales se produisent lorsque l’eau se transforme en vapeur et doit immédiatement s’échapper vers la surface. Selon les scientifiques de Yellowstone, de telles explosions sont relativement courantes et se produisent une ou deux fois par an dans l’arrière-pays. Il s’agit d’un « risque sous-estimé » dans le Parc proprement dit et « bien plus important d’un point de vue humain qu’une éruption volcanique ». L’Observatoire Volcanologique de Yellowstone espère installer la première station de surveillance dans le Norris Geyser Basin en 2023.
Adapté d’un article du Jackson Hole News & Guide.

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Yellowstone National Park in the United States has the largest concentration of geysers in the world. The most popular is undoubtedly Old Faithful whose eruptions occur in a regular way. Other geysers like Castle Geyser or Steamboat Geyser erupt in a dramatic way but it is more difficult to predict these events. The other geysers in the park erupt when they feel like it. These eruptions may occur suddenly and violently and become a danger to visitors that would stand close by.

The operating principle of geysers is well known. Surface water (rain or snow) seeps into the ground. When it approaches a heat source such as a magma chamber, it is gradually brought to its boiling point, but the pressure conditions prevailing at these depths are so extreme that they prevent water from boiling and evaporating. Approaching the surface, the pressure drops considerably and the water can then suddenly boil. In doing so, it quickly changes into vapour and suddenly occupies a much larger volume than it did in the liquid state. This is reflected on the surface by jets of steam and fumaroles, by pools of bubbling water, but also by eruptions of water and steam called geysers.

The Porkchop Geyser in the Norris Geyser Basin was once a small hot spring that occasionally erupted. However, in 1985 the geyser’s behaviour changed. It started sending plumes of water 6 to 10 meters high from a mostly dry crater. The roaring sound of the explosion could occasionally be heard from more than one kilometer away, and in winter the spray created ice cones more than 6 meters high. Then, on the afternoon of September 5th, 1989, the geyser changed again with jets of hot water 15-25 meters tall. Then the geyser exploded. The blast uprooted rocks and sent smaller material more than 60 meters away, leaving a 3-meter-wide crater. Fortunately there was no one close enough to be hurt.

Scientists at the Yellowstone Volcano Observatory, thz University of Utah and University of Wyoming have set up a network of seismometers, GPS stations and stream gauges which measure the temperature, flow and chemistry of the park’s rivers. The goal is to understand how the Yellowstone Caldera is acting and predict any substantial changes.

Today, Yellowstone volcanologists are gearing up to try to better understand smaller geographies like the Norris Geyser Basin that pose a greater risk to human health and safety than less likely large-scale super volcano activity. This is part of the Volcano Observatory’s new 10-year plan to improve monitoring and hazards assessments of volcanic, hydrothermal and earthquake activity in the Yellowstone Plateau. That plan is broken down into two parts: “backbone” and hydrothermal monitoring.

“Backbone” monitoring includes beefing up the larger, caldera-wide system already in place. The hydrothermal monitoring is new. Its aim is to track activity within Yellowstone’s individual thermal areas and geyser basins in order to better forecast their activity.

In smaller geyser basins, satellite monitoring data indicates that the ground may rise during the summer when there’s more water present and fall in late summer when that water drains away. More detailed monitoring could confirm that, but also indicate that an individual geyser basin is doing something weird, like getting ready to explode, like Porkchop Geyser did. Such hydrothermal explosions are caused by water flashing to steam and immediately having to escape its container. According to Yellowstone scientists, such explosions are relatively common, happening once every year or two in the backcountry. They are an “under-appreciated hazard” in the front country and “one that’s far more important on human time scales than a volcanic eruption.” The Yellowstone Volcano Observatory hopes to set up the first geyser basin monitoring station in Norris Geyser Basin in 2023.

Adapted from an article in the Jackson Hole News & Guide.

Photos: C. Grandpey