L’Etna (Sicile) le 19 août 2026

19 août 2026 – 7 heures : L’INGV indique qu’à partir de 05h00 (heure locale) le 19 août 2026, l’activité strombolienne a repris dans la Voragine, avec des émissions de cendres qui se sont dispersées vers le sud.
D’un point de vue sismique, à partir de 4 heures du matin, l’amplitude moyenne du trémor volcanique a connu une augmentation soudaine, avec sa source dans la zone nord-est de la Voragine, à une altitude comprise entre 1 800 et 2 000 m.

Au moment où j’écris cette note, le calme semble revenu sur le volcan. L’aéroport de Catane fonctionne normalement en ce moment.

L’image thermique montre que le champ de lave actif est en cours de refroidissement. Pour rappel, l’activité effusive se situe dans la Valle del Bove avec deux coulées de lave : une située à 1900 mètres d’altitude, dont le front a atteint environ 1350 mètres, et une qui est apparue le 18 août à l’aube à 3100 mètres d’altitude.

Observation en direct du processus d’accrétion // Real-time observation of the accretion process

Dans une étude publiée dans la revue Nature le 8 juillet 2026, des scientifiques ont documenté sans son intégralité le premier événement d’accrétion du plancher océanique jamais observé en temps réel. Ils ont pu observer comment le magma, les mouvements de failles, les séismes et l’activité volcanique se combinent pour créer une nouvelle croûte océanique dans les profondeurs de l’océan Indien. L’étude décrit un événement enregistré par un réseau d’instruments installés sur la dorsale sud-est indienne (South-East Indian Ridgr – SEIR). Il a généré en un peu plus de deux semaines une déformation qui suppose normalement près de 39 ans de mouvement continu des plaques tectoniques. Les chercheurs ont ainsi obtenu l’enregistrement direct le plus précis à ce jour de la formation d’une dorsale océanique.

Contexte tectonique du plancher océanique au centre de l’étude. L’événement décrit s’est produit le long du segment de la dorsale SEIR (dans le rectangle noir), situé sur le plateau Saint-Paul-Amsterdam, dans le sud de l’océan Indien.

Ces observations ont été effectuées dans le cadre du projet international OHA-GEODAMS, mené par des chercheurs du CNRS Terre & Univers pour surveiller la déformation le long de la dorsale sud-est indienne près de l’île Amsterdam. En février 2024, l’équipe scientifique a déployé des hydrophones, des transpondeurs géodésiques acoustiques, des enregistreurs de pression au fond de l’océan et a effectué des levés multifaisceaux le long d’un segment d’expansion actif, là où les plaques australienne et antarctique s’écartent d’environ 61 à 63 mm par an.
L’objectif était de saisir l’un des épisodes à la fois tectonique et magmatiques de courte durée au cours desquels se forme une nouvelle croûte océanique, même si personne ne savait exactement quand un tel événement se présenterait.
Le 26 avril 2024, quelques semaines seulement après leur déploiement, les instruments ont enregistré un essaim sismique intense sous l’axe de la dorsale, au moment où un dyke magmatique a percé la croûte.

Les chercheurs sont retournés sur le site en février 2025 lors d’une campagne de maintenance et ont réalisé qu’ils avaient enregistré un épisode d’accrétion dans sa totalité, du début à la fin.
L’intrusion magmatique s’est propagée le long de l’axe de la dorsale à une vitesse d’environ 2 à 3 m par seconde. À mesure que le magma migrait à travers la croûte, la dorsale s’est élargie de plus d’un mètre en quelques heures, tandis que la partie axiale de la vallée s’affaissait d’environ quatre mètres suite à la vidange d’un réservoir magmatique superficiel. Cette intrusion a finalement alimenté une éruption sous-marine qui a déversé environ 160 millions de mètres cubes de lave au cours des seize jours suivants, avec des coulées qui ont atteint par endroits près de 100 mètres d’épaisseur.
L’éruption a été détectée non seulement par des mesures de déformation, mais aussi acoustiquement grâce à des hydrophones. L’événement s’est accompagné d’une hausse de la température des eaux au fond de l’océan.
Toutes ces observations ont permis aux chercheurs de reconstituer la chronologie de la migration du magma, de l’éruption et du mouvement de la faille avec un niveau de détail jusqu’alors impossible à atteindre au niveau d’une dorsale médio-océanique.

D’un point de vue géodésique, lors de l’événement d’avril 2024, les chercheurs ont constaté que 76 % du glissement total de la faille s’est produit de manière asismique, tandis que seulement 24 % ont été donné lieu à des séismes. Ceci démontre que le mouvement lent de la faille, induit par l’intrusion magmatique, absorbe la majeure partie de l’extension lors de ce type d’épisode d’accrétion.
Au final, la déformation produite par cet événement correspond à environ 39 ans de divergence continue des plaques à cet endroit de la dorsale. Au lieu d’être libérées progressivement, des décennies de contraintes accumulées ont été absorbées lors d’un épisode à la fois tectonique et magmatique qui n’a duré que quelques jours.
Comme indiqué dans le communiqué du CNRS, ces résultats « résolvent l’énigme de longue date du déficit de séismes d’extension sur les dorsales médio-océaniques » en montrant que la majeure partie du déplacement de la faille se produit par un glissement asismique silencieux, déclenché par la mise en place du magma plutôt que par les seuls séismes. Bien que les dorsales médio-océaniques créent continuellement une nouvelle croûte océanique, l’observation directe de ces épisodes s’est avérée extrêmement difficile car ils se produisent à plusieurs kilomètres de profondeur, ne durent que quelques jours et se produisent rarement au même endroit.
Les résultats obtenus constituent un témoignage de terrain exceptionnel de l’un des processus fondamentaux à l’origine de la tectonique des plaques et offrent un point de référence pour les futurs observatoires sous-marins déployés le long du système des dorsales océaniques.

L’étude complète est disponible à l’adresse suivante : https://doi.org/10.1038/s41586-026-10785-0

——————————————–

In a study published in Nature on July 8, 2026, scientists documented the first complete seafloor spreading event ever observed in real time. They could capture how magma, fault movement, earthquakes and volcanic activity combine to create new oceanic crust beneath the Indian Ocean. The study describes an event recorded by a dense network of instruments on the Southeast Indian Ridge (SEIR) that released in just over two weeks deformation equivalent to nearly 39 years of steady plate motion. As such, they obtained the clearest direct record yet of how an oceanic ridge grows.

The observations stem from the OHA-GEODAMS project, an international effort led by researchers from CNRS Terre & Univers to monitor deformation along the Southeast Indian Ridge near Amsterdam Island.

During February 2024, the scientific team deployed hydrophones, acoustic geodetic transponders, bottom-pressure recorders and repeated multibeam surveys across an active spreading segment where the Australian and Antarctic plates separate at approximately 61–63 mm per year.

The aim was to capture one of the short-lived tectono-magmatic episodes through which new oceanic crust forms, although no one knew how soon such an opportunity would arrive.

On April 26, 2024, just weeks after deployment, the instruments recorded an intense earthquake swarm beneath the ridge axis as a magma-filled dyke forced its way into the crust. The researchers revisited the sire during a maintenance cruise in February 2025 and realized they had recorded an entire spreading episode from beginning to end.

The intrusion propagated along the ridge axis at roughly 2–3 m per second. As magma migrated through the crust, the ridge widened by more than 1 meter within hours while the axial valley subsided by about 4 meters as a shallow magma reservoir deflated. The intrusion ultimately fed a submarine eruption that emplaced approximately 160 million cubic meters of lava over the following 16 days, with flows reaching nearly 100 meters thick in places.

The eruption was detected not only through deformation measurements but also acoustically with the hydrophones. The event was accompanied by a rise in bottom-water temperature.

Together, these observations allowed the researchers to reconstruct the timing of magma migration, eruption and fault movement with a level of detail that had not previously been possible beneath a mid-ocean ridge.

From a geodetic point of view, during the April 2024 event, the researchers found that 76% of the total fault slip occurred aseismically, while only 24% was released through earthquakes, demonstrating that slow fault motion driven by magma intrusion accommodates most of the extension during this type of spreading episode.

In total, the deformation released during the event corresponds to approximately 39 years of steady plate divergence at this section of the ridge. Rather than being released gradually, decades of accumulated strain were accommodated during a tectono-magmatic episode lasting only days.

As stated in the CNRS release, the results “resolve the long-standing enigma of the deficit of extensional earthquakes on mid-ocean ridges” by showing that most fault displacement occurs through silent, aseismic slip triggered by magma emplacement rather than by earthquakes alone.

Although mid-ocean ridges continuously create new oceanic crust, directly observing these episodes has proved exceptionally difficult because they occur beneath several kilometers of water, last only days, and recur infrequently at any given location.

The results provide a rare field record of one of the fundamental processes driving plate tectonics and offer a benchmark for future seafloor observatories deployed along the global ridge system.

The complete study can be found at this address : https://doi.org/10.1038/s41586-026-10785-0

Départ du Tour du Limousin !

Départ du Tour du Limousin aujourd’hui à Veyrac, à 5 km de chez moi. Je suis allé y faire un tour. J’aime l’ambiance de ces courses professionnelles moins importantes que le Tour de France. C’est l’occasion de retrouver des cyclos pas vus depuis longtemps. On peut approcher quelques coureurs, discuter avec les mécanos et regarder de près le matériel, avec des vélos qui coûtent une fortune. Ce sont les Formule 1 du cyclisme, mais avec des retombées sur le cyclisme amateur (voir les freins à disques et les dérailleurs électriques, par exemple).

J’ai été surpris de voir un commissaire contrôler étroitement les bécanes pour s’assurer qu’il n’y avait pas de moteurs cachés dans les cadres.

Les coureurs ont leur alimentation et ses compléments énergétiques écrits en toutes lettres sur la potence.

En regardant le peloton passer devant moi au moment du départ, avec la flopée de voitures suiveuses, et après avoir vu les bus impressionnants des équipes les plus riches, je me disais que le bilan carbone des courses cyclistes laisse sacrément à désirer. Personne n’en parle car, là encore, le fric cache le problème. Les coureurs, ça va, même si le bilan carbone de la fabrication des vélos pourrait sûrement appeler des commentaires. Entre les voitures suiveuses et les dizaines de motos autour de la course, les émissions de CO2 et autres gaz polluants sont à la fête.

En regardant la fin de cette première étape à la télé, j’ai été stupéfait de voir à quel point le département de la Creuse – et le Limousin en général – est impacté par le réchauffement climatique…auquel contribue cette manifestation. Tout est jaune et brûlé par les températures extrêmes que nous avons connues, prés et arbres réunis. J’avais vraiment l’impression de voir une course cycliste en Afrique. Je ne suis pas certain que la Nature sera capable de récupérer son énergie quand arrivera de nouveau la pluie, à condition qu’elle tombe en quantité suffisante, ce qui est loin d’être gagné avec l’intensification du phénomène de réchauffement El Niño.

La foudre sur l’Etna : danger mortel !

Dans ma note du 17 août 2026 à propos de l’éruption de l’Etna, j’écrivais que « la zone sommitale de l’Etna est actuellement interdite d’accès. Cette fermeture comprend les cratères sommitaux, la haute Valle del Bove jusqu’à environ 1 700 mètres d’altitude, et les zones situées approximativement au-dessus de 2 500 mètres sur les versants sud, ouest et nord. Cette zone inclut toutes les bouches éruptives, y compris celle qui s’est ouverte le 17 août, mais pas les fronts de lave inférieurs, situés à environ 1 350 mètres d’altitude, qui restent donc accessibles. »

Tout le monde ne prend visiblement pas en compte les restrictions d’accès que j’ai mentionnées dans ma note du 14 août 2026. La presse locale et internationale nous apprend qu’un Américain d’une trentaine d’année, originaire du Texas, gravissait les pentes du volcan le 16 août dans une zone interdite lorsqu’il a été pris dans un orage. Frappé par la foudre, il a été pris en charge et évacué par hélicoptère vers l’hôpital de Catane, mais sa mort a été constatée à son arrivée.

Boris Behncke (INGV Catane) corrige cette information au cours d’un entretien accordé au journal La Sicilia. Il explique que « le cas du touriste américain récemment décédé après avoir été foudroyé ne peut être attribué à une violation présumée d’une zone interdite : l’homme se trouvait à environ 1 300 mètres d’altitude, où l’accès à pied était autorisé. »

Les visiteurs doivent garder à l’esprit que l’accès au volcan est autorisé sans accompagnement jusqu’à environ 2.400 mètres d’altitude, mais un guide est obligatoire pour aller plus haut. L’activité récente du volcan attire de nombreux curieux, venus notamment observer les coulées de lave. Certains visiteurs prennent le risque de s’approcher des zones dangereuses pour obtenir des images spectaculaires, sans avoir conscience des dangers que présente un volcan en éruption.

Qu’il se trouvent dans une zone autorisée ou non, les visiteurs ne doivent pas oublier que les orages peuvent naître très rapidement et être particulièrement violents sur l’Etna dont la lave est parfois riche en fer. Dans les années 2000, j’avais remarqué les impacts de foudre au sommet de la Montagnola. C’est aussi à cette époque que j’avais de justesse réussi à me protéger d’un orage dans la zone sommitale en me réfugiant à l’intérieur d’un engin de chantier. Un jeune couple de randonneurs que j’avais rencontré peu de temps auparavant n’a pas eu ma chance et a perdu la vie sur le volcan, frappé par la foudre.

Au cours du même entretien accordé au journal local, Boris Behncke confirme que « la science ne peut prédire avec exactitude si une éruption se produira avant ou après un événement donné, malgré l’existence de systèmes de surveillance et d’alerte capables d’apporter une contribution essentielle à la Protection civile, aux autorités et à la population. Comprendre l’Etna, c’est donc aussi accepter son imprévisibilité. »

++++++++++

18 août 2026 – 8 heures : La zone sommitale de l’Etna est dans les nuages le 18 août 2026 au matin, mais l’image thermique proposée par l’INGV montre que le champ de lave reste actif dans la Valle del Bove.

En parallèle, le trémor éruptif a chuté au cours des dernières heures et a retrouvé des valeurs normales. Une inversion de la tendance ne sautait être exclue, comme on l’a vu précédemment.

°°°°°°°°°°

15 heures : Dans son dernier bulletin publié dans l’après-midi du 18 août 2026, l’INGV indique que le front de la coulée de lave alimentée par la bouche située à 1 900 mètres, a atteint une altitude de 1 330 mètres dans la zone de Rocca Capra (Valle del Bove).

À l’aube, une autre fissure éruptive s’est ouverte à environ 3 100 mètres d’altitude, dans la partie supérieure de la Valle del Bove. Elle a généré une coulée de lave dont le front est actuellement invisible en raison des nuages.
L’activité explosive de la Voragine s’est bien calmée, ce qui est une bonne nouvelle pour l’aéroport de Catane qui est de nouveau opérationnel, d’autant plus que l’alerte aérienne a été abaissée du Rouge à l’Orange.

L’INGV confirme la baisse du trémor éruptif qui a retrouvé un niveau bas. La source se situe à une altitude comprise entre 1 900 et 2 500 m.