Il y a un an, le Taal (Philippines) entrait en éruption… // One year ago, Taal erupted in the Philippines…

Aujourd’hui 12 janvier 2021 est l’anniversaire de l’éruption du Taal aux Philippines. A cette occasion, l’agence Associated Press a publié une galerie de photos montrant Volcano Island, au cœur du Lac Taal, au lendemain de l’éruption qui n’a pas causé de pertes humaines mais provoqué d’importants dégâts matériels.

https://us.yahoo.com/news/ap-photos-only-ash-shells-070248562.html

Si le volcan n’a pas connu de séquences éruptives majeures avec déclenchement de coulées pyroclastiques capables de tuer, il a émis de volumineux panaches de cendre qui s’est déposée sur toute la région. Aujourd’hui, un an après l’éruption, Volcano Island est une île fantôme avec des arbres qui dressent leurs branches mortes comme des bâtons dans un paysage où le gris domine. Les maisons et les écoles sont couvertes de cendre et ont été endommagées par les séismes.

Pour les habitants de l’île, la vie ne sera plus jamais comme avant. Une femme a déclaré: «En ce moment, la vie est très dure, nous ne sommes pas habitués à cela. Nous ne savons pas par où commencer. » Comme les autres habitants, elle aimerait retourner sur l’île, mais le gouvernement ne le permet pas pour le moment. Elle pourrait y cultiver des légumes et élever du bétail chez elle, ce qui lui éviterait d’avoir à acheter de la nourriture. Les animaux étaient souvent utilisés pour transporter des touristes désireux d’admirer le cratère.

Au moment de l’éruption du 12 janvier 2020, plus de 5000 personnes, dont beaucoup travaillaient comme guides touristiques, ont été obligées de fuir Volcano Island. Des centaines de chevaux, vaches et autres animaux ont été abandonnés.

Quelques mois après l’évacuation de plus de 376000 personnes, la pandémie de COVID-19 a frappé le pays. De nombreuses personnes évacuées sont restées un certain temps dans des centres d’hébergement d’urgence, puis sont retournées dans les villes encore couvertes de cendre de la province de Batangas quand le danger a été moins présent.

Cependant, Volcano Island dans le lac Taal reste trop dangereuse et le gouvernement interdit à la population de revenir. Certains ont trouvé un autre logement, mais une cinquantaine de familles vivent toujours dans des tentes un an après l’éruption, en ayant recours à de petits boulots.

Source: Yahoo News.

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Today January 12th, 2021 is the anniversary of the Taal eruption in the Philppines. On this occasion, the Associated Press agency released a gallery of photos showing Taal Volcano Island in the wake of the eruption which did not cause humans losses but extensive material damage.

https://us.yahoo.com/news/ap-photos-only-ash-shells-070248562.html

Even though the volcano did not go through major eruptive episodes and did not trigger deadly pyroclastic flows, it emitted voluminous plumes of ash that fell on the surrounding region. Today, one year after the eruption, the island is a ghost island with trees that are just dead sticks in a grey landscape. Homes and schools are covered with ash and damaged by the earthquakes.

For the residents on the island, life will never be the same. A woman said: “Right now life is very hard, we are not used to this. We don’t know where to start.” She wants to return to the island if the government allows it. She could grow vegetables and raise livestock at her home on the island, saving her from needing to buy food. The animals also once carried tourists to see the picturesque crater.

At the time of the January 2020 eruption, more than 5,000 people, many of them working as tour guides, fled Volcano Island. Hundreds of horses, cows and other animals were left behind.

A couple of months after the volcano sent more than 376,000 people fleeing to safety, the COVID-19 pandemic hit the country. Many evacuees stayed in emergency shelters for a while, then returned to the ash-blanketed towns and cities in Batangas province as the dangers subsided.

However, Volcano Island in Taal Lake is too dangerous, and the government bans former residents from returning. Some have found other housing, but about 50 families are still living in tents a year after the eruption and are resorting to odd jobs.

Source: Yahoo News.

Voici l’une des images de Volcano Island proposées par l’agence Associated Press

Fortes pluies et glissements de terrain en Islande // Heavy rainfall and landslides in Iceland

Il continue de pleuvoir à Seyðisfjörður, dans les fjords de l’Est de l’Islande, où toute circulation est interdite. Une phase d’alerte est toujours en vigueur dans la commune, en raison du risque de glissement de terrain. Aucun blessé n’a été signalé après les événements des derniers jours, mais une maison a été détruite par un glissement de terrain au cours de la nuit dernière. L’évacuation de la localité est en cours et les habitants sont conduits en bus à Egilsstaðir, à proximité. La plupart des habitants de la ville sont déjà partis et les secouristes s’efforcent de leur trouver un endroit où passer la nuit.

Les autorités locales s’inquiètent désormais de la possibilité que le coronavirus se propage à Seyðisfjörður avec les visiteurs. Elles demandent aux personnes qui ne vivent pas dans la région d’éviter tout déplacement inutile dans les prochains jours. Beaucoup de gens possèdent une résidence secondaire à Seyðisfjörður mais n’y vivent pas; ils sont inquiets, ce qui est compréhensible. La police répondra aux demandes de renseignements et ira inspecter les habitations. Les conditions resteront difficiles tant que la pluie continuera.

En raison de fissures qui s’élargissent dans le flanc de la montagne dans le secteur d’Oddskarðsvegur au-dessus d’Eskifjörður, certains quartiers de la ville seront évacuée en raison du risque de glissement de terrain. Le Met Office recommande que Botnabraut, Hátún, Helgafell, Lambeyrarbraut, Hólsvegur et Strandgata soient évacués.

Eskifjörður se trouve au sud que Seyðisfjörður et a moins souffert, mais reçoit toujours une quantité importante de précipitations. Les flancs des montagnes sont saturés d’eau et les fissures sur une ancienne route au-dessus de la ville se sont élargies. Des glissements de terrain se sont produits dans les environs de la ville, mais pas dans des zones résidentielles, jusqu’à présent.

Normalement, le sol est gelé en Islande en décembre. Avec le réchauffement climatique, les températures sont au-dessus de la normale et, surtout, au-dessus de zéro. Avec les fortes pluies, le sol est saturé d’eau et les pentes des montagnes sont devenues instables, ce qui accentue le risque de glissements de terrain L’un d’entre eux s’est déjà produit en octobre près de la ferme Gilsá 2 à Eyjafjörður, au nord de l’Islande. La ferme a été évacuée.

Source: Iceland Monitor, Iceland Review.

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It is still raining in Seyðisfjörður, in Iceland’s East Fjords, where all traffic has been prohibited. An alert phase is still in effect in the town, due to the risk of landslides. No injuries have been reported after the events of the past days, but one house was destroyed in a landslide overnight. Evacuation is ongoing and residents will be taken by bus to nearby Egilsstaðir. Most people in town have already left and emergency responders are working on finding them a place to stay for the night.

Local authorities now worry about the possibility of the coronavirus spreading to Seyðisfjörður with visitors. They encourage people who do not live in the area to avoid any unnecessary travel there in the coming days. There are many people who own property in Seyðisfjörður and who don’t live there; they are worried about their property, which is understandable. The police will respond to inquiries received and inspect the properties. The conditions will remain difficult as long as the rain continues.

Due to fissures in the mountainsides around Oddskarðsvegur above Eskifjörður growing wider, some areas in town will be evacuated due to the risk of landslides. The Met Office recommends that Botnabraut, Hátún, Helgafell, Lambeyrarbraut, Hólsvegur and Strandgata be evacuated.

Eskifjörður is further south than Seyðisfjörður and has had less, but still a significant amount of rainfall. Mountainsides are saturated with water and today, fissures in an old road above the town have grown wider. Landslides have fallen in the vicinity of the town but not on any residential areas, so far.

Normally the ground is frozen in Iceland during December. With global warming, temperatures are above normal and, above all, above zero. With the heavy rains, the soil gats saturated and the slopes of the mountains become unstable, triggering landslides One of them happened in October near the farm Gilsá 2 in Eyjafjörður, North Iceland. The farm was evacuated.

Source : Iceland Monitor, Iceland Review.

Seyðisfjörður et Eskifjörður sur la carte de l’Islande (Google Maps)

Lewotolo (Petites Iles de la Sonde // Lesser Sunda Islands)

L’activité explosive se poursuit sur le Lewotolo, après la puissante éruption du 29 novembre 2020 qui a envoyé un panache de cendres jusqu’à 15,2 km au-dessus du niveau de la mer. La couleur de l’alerte aérienne est passée au Rouge et le niveau d’alerte volcanique a été élevé à 3 sur 4.

Comme je l’ai écrit ci-dessus, aucun blessé ou dégât majeur n’a été signalé, mais les autorités ont confirmé que près de 2 800 personnes avaient été évacuées et que l’aéroport de Wunopitu était temporairement fermé. Il a été conseillé à la population autour du volcan de préparer des masques respiratoires et d’autres équipements de protection pour les yeux et la peau.

Selon la description faite par la Smithsonian Institution, le Lewotolo est situé à l’extrémité est d’une longue péninsule reliée à l’île de Lembata par un isthme étroit ; elle s’étend vers le nord dans la mer de Flores.

Le Lewotolo culmine à 1 423 m. C’est globalement un stratovolcan de forme symétrique. Un petit cône avec un cratère de 130 m de diamètre forme le point culminant. De nombreuses coulées de lave ont atteint le littoral.

Source : The Watchers, CVGHM.

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Explosive activity continues at Lewotolo, after the major eruption of November 29th, 2020 which sent an ash plume up to 15.2 km above sea level. The Aviation Colour Code was raised to Red and the Volcano Alert Level was raised to 3 out of 4.

As I put it above, there were no reports of injuries or damage but authorities have confirmed nearly 2 800 people were evacuated and Wunopitu airport was temporarily closed.

People around the volcano have been advised to prepare nose and mouth masks and other protective equipment for eyes and skin.

According to the Smithsonian Institution’s description, Lewotolo is located at the eastern end of an elongated peninsula that is connected to Lembata Island by a narrow isthmus and extends northward into the Flores Sea.

Lewotolo rises to 1 423 m. It is globally a symmetrical stratovolcano. A small cone with a 130-m-wide crater forms the volcano’s high point. Many lava flows have reached the coastline.

Source : The Watchers, CVGHM.

Source: MAGMA Indonesia

Merapi (Indonésie) : Evacuation de plusieurs villages // Evacuation of several villages

Les autorités indonésiennes ont commencé à évacuer les personnes vivant sur les pentes du Merapi, à la suite de l’augmentation de l’activité volcanique que j’ai mentionnée dans un article précédent. Quelque 500 personnes de deux villages, pour la plupart des personnes âgées, des femmes enceintes et des enfants, ont été conduites dans des centres d’hébergement d’urgence du district de Magelang, au centre de Java. Les personnes évacuées comprennent 153 habitants du village de Paten, 160 du village de Krinjing et 130 du village de Ngargomulyo, qui ont été transportées vers les villages de Banyurojo, Mertoyudan et Tamanagung. Les autorités s’assurent que l’ensemble du processus d’évacuation a suivi les protocoles de santé stricts du COVID-19.

250 000 personnes vivent dans un rayon de 10 kilomètres autour du volcan.

Source: The Jakarta Post.

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Indonesian authorities began evacuating people living on Mount Merapi’s slopes, following the increase in volcanic activity I mentioned in a previous post.

About 300 people from two villages, mostly the elderly, pregnant women and children, were taken to emergency shelters in Central Java’s Magelang district. The residents include 153 people from Paten village, 160 people from Krinjing village and 130 people from Ngargomulyo village, who are being transported to Banyurojo, Mertoyudan and Tamanagung village. Authorities ensure that the entire evacuation process followed strict COVID-19 health protocols

About 250,000 people live within a 10-kilometre radius of the volcano.

Source: The Jakarta Post.

Photo : C. Grandpey

Nouveau risque d’effondrement du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste)

Avec les vagues de chaleur à répétition depuis le début de l’été 2020, et qui font suite à celles des étés précédents, les glaciers alpins sont fragilisés et certains menacent de s’effondrer. C’est le cas du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste) qui avait déjà inquiété les autorités l’an dernier (voir mes notes du 25 septembre et 6 octobre 2019). Il avait déjà menacé de s’effondrer partiellement, sur une portion de près de 250.000 mètres cubes. Le glacier est situé sur les Grandes Jorasses, sur le territoire de la commune de Courmayeur, dans la partie italienne du massif du Mont Blanc,

Le 5 août 2020 au soir, les autorités italiennes ont été alertées par des mouvements sur le glacier de Planpincieux. À la suite de l’épisode de canicule, une fracture est apparue dans le glacier durant ces dix derniers jours. De ce fait, dans le Val Ferret, jusqu’à 500 000 mètres cubes de glace menacent 300 mètres de route et une trentaine d’habitations. Le 6 août au matin, la commune de Courmayeur a décidé d’évacuer la zone. Une quinzaine d’habitants permanents et une cinquantaine de touristes ont quitté leur logement. Ils ont été accueillis au centre sportif de Dolonne, dans la salle polyvalente. La route communale du Val Ferret a été coupée à partir de l’intersection du hameau de Meyen. La circulation est également interdite aux piétons. Seuls les véhicules de secours peuvent passer. La zone est sous la surveillance d’un radar Doppler.

Les autorités italiennes pensent que l’évacuation ne devrait durer que 3 à 4 jours. Quand le thermomètre s’abaissera, le risque d’effondrement du glacier de Planpincieux devrait redescendre. En attendant, il faudra surveiller très sérieusement le glacier pendant les journées de canicule à venir.

Source: Presse française et italienne.

Vue du glacier de Planpincieux, sur la face sud des Grandes Jorasses (Crédit photo: Wikipedia)

Le jour où le Vésuve se réveillera…

Le spationaute Luca Parmitano, qui a récemment voyagé à bord de la station spatiale internationale (ISS), a pris une excellente photo du Vésuve et de la ville de Naples. En examinant le cliché, on se rend parfaitement du danger qui plane sur la conurbation napolitaine en cas d’éruption majeure du Vésuve, comme cela s’est produit, par exemple, en 1631. Un jour ou l’autre, il faudra évacuer des populations et les mettre à l’abri des fureurs du volcan. Il y a quelques années, Franco Barberi, alors à la tête de la Protection Civile italienne, me disait : «  Si j’évacue la population et qu’il n’y a pas d’éruption, je passe pour un imbécile ; si je n’évacue pas et que le volcan entre en éruption, je vais en prison. »

Connaissant les mentalités dans l’Italie du Sud, j’ai toujours dit qu’une telle évacuation se ferait dans la douleur. La Campanie, ce n’est pas le Japon ! Il existe malgré tout un Plan National d’Urgence (PNU) pour le Vésuve, qui est régulièrement mis à jour. Sa dernière révision a eu lieu en août 2018.

On peut lire que les autorités ont identifié une « nouvelle zone rouge », c’est-à-dire la zone pour laquelle l’évacuation de la population est la seule mesure préventive. Parallèlement, des jumelages ont été redéfinis avec les régions et les provinces susceptibles d’accueillir les personnes évacuées.

En 2015, la « nouvelle zone jaune » a été approuvée, c’est-à-dire la zone en dehors de la zone rouge exposée aux retombées importantes de cendres volcaniques et de matériaux pyroclastiques.

Le plan d’évacuation de la population de la zone rouge est en cours d’élaboration par la Région Campanie.

Les zones rouge et jaune ont été identifiées par le Département de la Protection Civile, sur la base des recommandations de la communauté scientifique et en collaboration avec la Région Campanie.

La nouvelle zone rouge, contrairement à celle identifiée dans le plan 2001, comprend, en plus d’une zone exposée aux coulées pyroclastiques (zone rouge 1), une zone soumise à un risque élevé d’effondrement des toits des bâtiments en raison de l’accumulation de matériaux pyroclastiques (zone rouge 2). La redéfinition de cette zone comprend également l’implication d’un certain nombre de municipalités qui ont pu indiquer, en accord avec la Région, quelle partie de leur territoire se trouvera dans la zone à évacuer par prévention.

La nouvelle zone rouge comprend 25 municipalités des provinces de Naples et de Salerne, soit 7 municipalités de plus que les 18 prévues dans le PNU de 2001. La directive du 14 février 2014 a identifié le jumelage entre les villes de zone rouge et les régions et provinces autonomes qui accueilleront la population évacuée.

La nouvelle zone jaune, officialisée par le Journal officiel du 19 janvier 2016, regroupe désormais 63 communes et trois districts de la ville de Naples. La définition de cette zone est basée sur des études et simulations récentes de la distribution au sol des cendres volcaniques produites par une éruption subplinienne qui est le scénario de référence. En particulier, la zone jaune comprend les territoires pour lesquels il est nécessaire de planifier l’intervention des moyens nationaux et régionaux pour gérer une éventuelle urgence. En effet, il est probable que les retombées de cendre seront de nature à provoquer l’effondrement des toitures, ce qui contraint les communes qui en font partie à adapter leurs plans d’urgence. Les retombées de cendres volcaniques peuvent avoir localement d’autres conséquences, comme le colmatage des égouts et le ralentissement de la circulation routière. Ces problèmes peuvent également affecter une vaste zone en dehors de la zone jaune.

Source : Protection Civile italienne.

Le Vésuve et la ville de Naples (Crédit photo: Luca Parmitano)

Carte montrant les zones Rouge et Jaune autour du Vésuve (Source: Protection Civile italienne)

Volcan Taal (Philippines) : Prévision éruptive…ou pilotage à vue ?

Au cours de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », j’explique que, malgré les outils technologiques ultra modernes (systèmes GPS, observations satellitaires, etc) dont disposent les scientifiques, la prévision volcanique reste très aléatoire, pour ne pas dire inexistante, surtout sur les volcans gris, les plus explosifs, donc les plus dangereux. Les terres étant très fertiles, des centaines de milliers de personnes vivent sur leurs pentes ou à proximité.

Lorsqu’un événement majeur se produit, les autorités mettent en général d’emblée en place le principe de précaution. On a tiré les leçons des éruptions meurtrières du passé et on n’attend plus de savoir si le volcan va se mettre vraiment en colère pour évacuer les populations menacées. La dernière éruption du Taal aux Philippines vient confirmer cette stratégie. Il suffit d’observer le déroulement des événements pour s’en rendre compte. Examinons les bulletins d’information émis par le PHIVOLCS (Philippine Institute of Volcanology and Seismomogy) pendant les jours qui ont précédé le réveil du volcan.

Dans un bulletin émis le 8 janvier 2020 à 8 heures du matin, le PHIVOLCS indiquait que le réseau sismique du Taal avait enregistré 29 séismes d’origine volcanique au cours des dernières 24 heures. Les dernières mesures effectuée début janvier révélaient une légère baisse de la température du lac dans le Main Crater (cratère principal), de 31.6°C à 31.5°C. On observait aussi une baisse du niveau de l’eau de 0.34 mètre, contre 0.27 mètre précédemment. L’acidité de l’eau avait augmenté et était passée d’un pH de 2.81 à un pH de 2.75. Le réseau GPS montrait aussi une inflation du volcan, mais sans changement significatif par rapport aux mesures précédentes sur le long terme. Au vu de ces paramètres, le PHIVOLCS avait mis en place le niveau d’alerte à 1, sur une échelle de 5. Cela signifiait qu’ « une éruption dangereuse n’était pas imminente. »

Le bulletin émis le 9 janvier à 8 heures était en grande partie identique à celui de la veille.

Même son de cloche le 10 janvier au matin où le PHIVOLCS signalait toutefois deux séismes susceptibles d’avoir été ressentis par la population.

Bis repetita les 11 et 12 janvier à 8 heures. Les bulletins émis par le PHIVOLCS étaient en tout point identique à ceux des jours précédents. Le niveau d’alerte volcanique était maintenu à 1.

Changement de décor dans le bulletin du 12 janvier à 14h30 ! Le PHIVOLCS signalait des émissions de vapeur dans le Main Crater, probablement générés par une activité phréatique. Rien de vraiment significatif dans l’activité sismique et la déformation du volcan. L’Institut signalait une augmentation régulière de la teneur en CO2 de l’eau du lac de cratère depuis février 2019. Par précaution, le niveau d’alerte volcanique passait de 1 à 2 (probable intrusion magmatique pouvant conduire à une éruption).  Il était demandé à la population de ne pas s’approcher du Main Crater.

Ce même jour à 16 heures, le PHIVOLCS faisait passer le niveau d’alerte de 2 à 3 car l’activité éruptive s’intensifiait avec un panache de 1 km de hauteur et une hausse de la sismicité. L’Institut expliquait qu’il se produisait probablement une intrusion magmatique et conseillait l’évacuation des barangays (unités administratives) d’Agoncillo et Laurel dans la province de Batangas à cause du risque de coulées pyroclastiques et de tsunami.

Une heure trente plus tard, à 17h30, le niveau d’alerte passait de 3 à 4 (dangereuse éruption imminente). L’éruption s’était intensifiée depuis le précédent bulletin, avec un panache de 10 à 15 km de hauteur et des retombées de cendre vers le nord du volcan. Le PHIVOLCS notait la présence de tremor et une hausse de l’activité sismique. Des fissures s’étaient ouvertes et d’autres s’étaient agrandies. Le PHIVOLCS s’attendait à une éruption majeure « dans les prochaines heures ou les prochains jours.» En conséquence, l’Institut conseillait fortement l’évacuation totale de Volcano Island et de la population dans un rayon de 14 km du Main Crater.

L’activité éruptive s’est poursuivie les jours suivants, sans que l’on assiste toutefois à l’éruption cataclysmale annoncée par le PHIVOLCS. Le niveau d’alerte était maintenu à 4 sur 5.

Le 25 janvier 2020, sismicité, déformation de l’édifice volcanique et émissions de SO2 poursuivant leur décrue, le PHIVOLCS a décidé de ramener le niveau d’alerte à 3, sans exclure une baisse à 2 les jours suivant si la baisse d’activité se confirme. Les personnes évacuées ont été en grande partie autorisées à rentrer chez elle. Les écoles primaires et secondaires de la province de Batangas restent toutefois fermées car elles hébergent les habitants de Agoncillo et Laurel, localités qui n’ont pas été jugées suffisamment sures par l’Institut.

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Les événements que je viens de mentionner montrent que la sismicité est restée intense pendant plusieurs jours avant de décliner progressivement. La cendre a envahi Volcano Island qui, selon les autorités, est en passe de devenir un no man’s land où toute implantation de population devrait être officiellement interdite, mais on sait d’avance qu’une telle mesure sera difficile à mettre en place.

Une évacuation à grande échelle a été décrétée sur une zone d’un rayon de 14 km par rapport au Main Crater. La carte à risque du Taal montre qu’environ 460 000 personnes habitent dans cette zone. Le 21 janvier, 148 987 personnes séjournaient dans 493 centres d’évacuation, en sachant que des milliers d’autres s’étaient réfugiées chez des parents et amis ailleurs dans le pays. La population et l’armée empêchaient les habitants évacués de revenir chez eux.

Ces événements confirment que la gestion de l’éruption s’est faite au jour le jour, au vu des paramètres du moment, surtout en fonction de l’intensité du panache éruptif et des retombées de cendre. L’éruption majeure envisagée par le PHIVOLCS n’a jamais eu lieu. Le principe de précaution a toutefois permis de mettre des dizaines de milliers de personnes à l’abri d’une possible éruption de grande ampleur. Les autorités philippines avaient sûrement en tête l’éruption du Pinatubo en 1991. L’événement avait alors tué quelque 800 personnes, un bilan relativement modéré au vu de la puissance de l’éruption.

Etant donné notre incapacité à réellement prévoir l’évolution d’une éruption sur un volcan explosif de la Ceinture de Feu du Pacifique, l’adoption du principe de précaution est à mes yeux une sage décision. Les autorités philippines ont par ailleurs eu la bonne idée de décréter une évacuation à grande échelle dès le début de l’activité éruptive. En 2010, j’avais critiqué l’évacuation pas à pas décidée par les autorités indonésiennes lors de l’éruption du Mérapi et ses quelque 340 morts. Dans le cas du Taal, aucune victime n’est à déplorer à ce jour. Il est vrai que le volcan a eu la bonne idée de ne pas envoyer de coulées pyroclastiques, ce qui est une différence majeure avec l’éruption du Merapi.

Source: Disaster Risk Reduction Management Council