Si vous aimez la Montagne Pelée…

Si vous aimez la Montagne Pelée, je vous conseille la lecture du roman de Daniel Picouly Quatre-vingt-dix secondes, paru en août 2018 aux éditions Albin Michel.

90 secondes, c’est le temps qu’il a fallu en 1902 à la « Vieille Dame » pour faire passer de vie à trépas quelque 29 000 habitants de l’île de la Martinique et transformer la ville de Saint Pierre en décor d’apocalypse.

Avec le volcan comme toile de fond, des intrigues romanesques se développent, à commencer par l’un des nombreux duels qui se déroulaient dans le décor du Jardin des Plantes. Au fil des pages, le lecteur découvre une histoire d’amour et des manigances politiques locales, jusqu’à la fin de la partie, sifflée par la Montagne Pelée en personne.

A l’occasion de la Foire du Livre de Brive, j’ai eu une discussion fort intéressante avec l’auteur qui m’a posé une foule de questions sur l’éruption de 1902. Je lui ai fait remarquer que l’arrière-plan volcanique tel qu’il le décrivait était intéressant et que l’idée de donner la parole à la Montagne Pelée était particulièrement originale. Je pense toutefois que, pour bien apprécier le roman, il faut s’être plongé, au travers d’autres ouvrages, dans l’ambiance qui régnait au début du 20ème siècle dans la Perles des Antilles.

En marge de ce livre, vous pourrez lire une note que j’ai rédigée il y a quelques mois sur ce blog et intitulée « Y a-t-il une malédiction de la Montagne Pelée ? »

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/04/11/y-a-t-il-une-malediction-de-la-montagne-pelee-is-there-a-curse-of-montagne-pelee/

L’hydrogène sulfuré (H2S) // Hydrogen sulfide (H2S)

L’hydrogène sulfuré (H2S) est un gaz très répandu en milieu volcanique et facilement reconnaissable avec son odeur d’œuf pourri. Sur le site Internet du Ministère du travail, on apprend qu’il se dégage des matières organiques en décomposition ou lors de l’utilisation du soufre et des sulfures dans l’industrie chimique. Étant plus lourd que l’air, il s’accumule dans les parties basses non ventilées…

Par leur profession, les personnes les plus touchées par l’hydrogène sulfuré sont, entre autres, les égoutiers, puisatiers, vidangeurs, ou encore les salariés des stations d’épuration.

L’hydrogène sulfuré est un gaz toxique qui pénètre par les voies respiratoires. Compte tenu de son caractère insidieux, l’exposition à ce gaz revêt souvent un caractère accidentel qui peut être fatal. Il peut être la cause d’intoxications aiguës accompagnées de troubles respiratoires, irritations oculaires, conjonctivites, vertiges, céphalées, œdème aigu du poumon, et pertes de connaissance. La mort peut être très rapide en cas de fortes inhalations (> 1000 ppm)

En conséquence, le Ministère du travail recommande une information et une formation régulière des salariés sur les risques encourus, en particulier sur les conditions d’exposition accidentelle, et sur les moyens de s’en prémunir. Il est recommandé d’utiliser des détecteurs de gaz fixes ou portatifs qui permettent d’avertir les salariés lorsque les seuils d’alerte sont atteints.

Il y a quelques semaines, j’ai écrit des notes à propos des problèmes occasionnés par les sargasses aux Antilles et en particulier à la Martinique où je me suis rendu en mars et août 2018. J’expliquais que cet afflux d’algues était une conséquence du réchauffement climatique et de la hausse de température des océans. Les conséquences de leur décomposition sur le littoral sont multiples et affectent plusieurs domaines. Les nuisances sont un problème pour les populations résidant sur les littoraux. L’hydrogène sulfuré attaque les peintures des maisons, ainsi que le matériel électronique et électrique. Plus grave, il y a des conséquences sanitaires. Beaucoup de personnes souffrent de vertiges. D’autres affections incluent des troubles respiratoires, des irritations oculaires, ainsi que des céphalées pouvant entraîner des pertes de connaissance.
En dehors de ces risques sanitaires qui touchent les populations locales, les conséquences sur le tourisme ne sont pas à négliger,de même que pour toutes les activités liées au tourisme (restauration en bord de mer, sports en mer, etc..). Par ailleurs, les conséquences sur la flore et la faune marine sont à prendre en compte. Si la masse d’algues est trop importante, elle étouffe toute vie marine car elle empêche le soleil d’entrer, et provoque des déserts marins. Elle pourrait donc affecter durablement la pêche en Martinique qui souffre déjà du problème de la pollution au chlordécone, un insecticide, utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe et qui a empoisonné pour des siècles les écosystèmes antillais.

Ces derniers jours, une visiteuse de mon blog (âgée de 58 ans et en bonne forme physique) m’a fait part d’un problème de santé qu’elle a eu suite à la fréquentation des bains de boue sur l’île de Vulcano, dans les Eoliennes. Après s’être enduite de boue, elle est allée se rincer dans la mer, comme le font la plupart des touristes. Elle a rejoint deux amies autour des jacuzzi créés par les émissions de gaz (dont le CO2) près du littoral. C’est à ce moment qu’elle a commencé à faire un malaise, avec difficultés respiratoires, yeux  exorbités et perte d’audition. Elle a a pu alerter une amie qui l’a évacuée du lieu. Selon elle, « on imagine vite ce qui me serait arrivé sans son intervention : noyade après évanouissement. »

Comme je lui ai expliqué à cette personne, elle a fait une réaction aiguë à l’hydrogène sulfuré inhalé dans les bains de boue qui possèdent aussi des vertus thérapeutiques, en particulier pour les maladies de peau. Il y a quelques années, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne où j’expliquais les propriétés de ces boues. Le problème, c’est que les panneaux n’avertissent pas suffisamment des risques d’une exposition trop longue au gaz et des accidents de ce type ont été recensés à plusieurs reprises.

A Vulcano, il faut également se méfier du dioxyde de soufre (SO2) qui est contenu dans les fumerolles du cratère. Un jour, j’ai dû redescendre sur mes épaules une jeune Hollandaise victime d’une violente crise d’asthme.

L’hydrogène sulfuré et le dioxyde de soufre sont des gaz odorants mais en milieu volcanique, il faut aussi se méfier du gaz carbonique (CO2) qui, à Vulcano, s’échappe en faible quantité des jacuzzi en bordure de plage. Comme il y a toujours du vent, il se disperse vite et ne présente pas de danger réel. Ce n’est pas le CO2 qui a pu provoquer une réaction aussi aiguë chez cette personne. Son entourage aurait été incommodé lui aussi.

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Hydrogen sulfide (H2S) is a very common gas in a volcanic environment and easily recognizable with its rotten egg smell. We can read on the website of the French Ministry of Labor, that H2S is coming out of the decomposing organic matter or the use of sulfur and sulphides in the chemical industry. Being heavier than air, it accumulates in unventilated low parts …
By their profession, the people most affected by hydrogen sulphide are, among others, the sewers, diggers, drainers, or employees of sewage treatment plants.
Hydrogen sulphide is a toxic gas that enters through the respiratory tract. Given its insidious nature, exposure to this gas is often accidental and can be fatal. It can be the cause of acute intoxications accompanied by respiratory disorders, eye irritations, conjunctivitis, vertigo, headache, acute pulmonary edema, and unconsciousness. Death can be very fast in case of strong inhalations (> 1000 ppm)
Consequently, the Ministry of Labor recommends regular information and training of employees on the risks involved, in particular on the conditions of accidental exposure, and on the means of guarding them. It is recommended that fixed or portable gas detectors be used to warn employees when alert thresholds are reached.

A few weeks ago, I wrote posts about the problems caused by sargassum in the West Indies and especially Martinique that I visited in March and August 2018. I explained that this influx of seaweed was a as a result of global warming and rising ocean temperatures. The consequences of their decomposition on the coastline are multiple and affect several areas. Nuisance is a problem for people living on the coast. Hydrogen sulphide attacks homes’ paints, as well as electronic and electrical equipment. More serious, there are health consequences. Many people suffer from vertigo. Other conditions include breathing problems, eye irritations, and headaches that can lead to unconsciousness.
Apart from these health risks that affect the local population, the consequences for tourism are not to be neglected, as for all activities related to tourism (catering by the sea, sports at sea, etc. ..). In addition, the consequences on marine flora and fauna must be taken into account. If the mass of algae is too large, it stifles all marine life because it prevents the sun from entering, and causes marine deserts. It could therefore have a lasting effect on fishing in Martinique, which is already suffering from the problem of pollution with Chlordecone, an insecticide used for over twenty years in banana plantations in Martinique and Guadeloupe, which has poisoned Antillean ecosystems for centuries.

In recent days, a visitor to my blog (58 years old and in good physical shape) told me about a health problem she encountered after attending the mud baths on the island of Vulcano , in the Aeolians. After being dirty with the mud, she went to rinse in the sea, as most tourists do. She joined two friends around the jacuzzi created by the gas emissions (including CO2) near the coast. It was at this moment that she began to feel unwell, with difficulty breathing, eyes bulging and hearing loss. She was able to alert a friend who evacuated her from the place. She said: « We can quickly imagine what would have happened to me without this help: drowning after fainting.  »
As I explained to this person, she made an acute reaction to inhaled hydrogen sulphide in the mud baths which also possess therapeutic virtues, especially for skin diseases. A few years ago, I wrote a memoir on behalf of the European Volcanological Association where I explained the properties of these muds. The problem is that the panels do not warn enough of the risks of too long exposure to gas and accidents of this type have been identified several times.
In Vulcano, one must also be wary of sulfur dioxide (SO2) which is contained in the fumaroles of the crater. One day, I had to bring down on my shoulders a young Dutch girl who was suffering from a violent asthma attack.
Hydrogen sulphide and sulfur dioxide are odorous gases but in volcanic environment, one must also be wary of carbon dioxide (CO2) which, in Vulcano, comes out in a small amount of the jacuzzis at the edge of the beach. As there is always wind, it disperses quickly and presents no real danger. It was not CO2 that could cause such an acute reaction in this person. The people around her would have been bothered too.

L’invasion de sargasses à la Martinique

Bains de boue et ‘jacuzzi’ sur l’île de Vulcano

Emissions gazeuses dans le cratère de la Fossa di Vulcano

(Photos: C. Grandpey)

 

Martinique: Les sargasses, ça agace!

Voilà près d’une année maintenant que les sargasses, les algues brunes, envahissent au quotidien et sans discontinuer une grande partie du littoral martiniquais. Conséquence du réchauffement climatique et de la hausse de la température de l’océan, elles sont devenues un réel problème dans les Petites Antilles.

Asphyxiés en permanence par les émanations d’hydrogène sulfuré et d’ammoniac, les riverains sont totalement dépourvus et souffrent au quotidien. Au départ observées uniquement sur la façade atlantique, les sargasses ont atteint le côté caraïbe, sur les plages des Anses d’Arlet, notamment à Grande Anse, où elles étaient bien visibles le 23 juillet. Ailleurs, au Diamant, à Cap Chevalier (Sainte-Anne) ou au Vauclin, la situation est souvent plus critique.

Les sargasses entraînent des problèmes économiques et sanitaires. À Cap Chevalier (Sainte-Anne), les touristes ont déserté la zone et les commerces de plage ont tous fermé. Au Vauclin et à la Pointe Faula aussi, les restaurateurs se désespèrent de voir arriver les baigneurs, malgré l’amélioration de la situation et de moindres arrivées ces dernières semaines.

L’Agence Régionale de Santé (ARS) a installé des capteurs afin d’enregistrer le niveau de H2S dans l’air. Dans certains secteurs, on enregistre des niveaux quotidiens supérieurs à 5 ppm qui, selon l’Agence, sont hautement nocifs et il est alors recommandé à la population de s’éloigner de la côte. Mais pour aller où ? Malheureusement, les données de l’ARS ne sont accessibles qu’aux personnes disposant d’une connexion Internet. Autrement dit, vous n’aurez pas d’informations sur les risques sanitaires liés aux sargasses si vous n’avez pas Internet !

Au cours de ma visite à la Pointe Faula à la mi-août, j’ai trouvé que la situation était moins inquiétante qu’au mois de mars, époque où l’odeur de l’hydrogène sulfuré était difficilement supportable. Comme je l’avais indiqué à l’époque, le gaz attaque les peintures à l’intérieur des maisons et incommode fortement la population qui souffre de maux de tête, picotements de gorge, larmoiements et évanouissements dans les cas les plus extrêmes. La fréquentation des cabinets médicaux est en très forte hausse. Au mois d’août, l’odeur persistait mais était moins pestilentielle. Toutefois, le jour où j’ai visité la Pointe Faula, on observait une nouvelle arrivée de bancs de sargasses.

On m’a indiqué que les algues venues s’échouer sur le rivage étaient évacuées de temps en temps, mais personne n’a su me dire où elles étaient entreposées. Comme me le faisait remarquer un habitant, on doit pouvoir les traiter et en faire des engrais, mais on ne sait pas si ces engrais ne contiennent pas des composants nocifs susceptibles de créer à leur tour une forme de pollution dans le sol. Au dire des riverains, la meilleure solution serait de continuer à installer des barrages qui ont montré leur efficacité dans le secteur du Robert. Malheureusement, les mesures préventives sont lentes à se mettre en place et beaucoup d’habitants des zones empoisonnées se sentent abandonnés.

En cliquant sur les liens ci-dessous, vous verrez deux documentaires réalisés par une journaliste indépendante et qui mettent bien en lumière la situation et les problèmes qui en découlent. Ils sont intitulés « Sargasses, l’invasion barbare » :

https://youtu.be/NGl9O7YZEI8

https://youtu.be/xm8jiQOciI4

Source: France-Antilles.

Annick Girardin, ministre des Outre-mer, et Nicolas Hulot, alors encore ministre de la Transition écologique et solidaire se sont rendus à la Martinique et à la Guadeloupe au mois de juin pour évaluer l’étendue du désastre. Nicolas Hulot a annoncé l’organisation aux Antilles d’un certain nombre d’événements internationaux, en particulier début octobre en Martinique, pour aborder cette problématique au niveau régional et international.  Ces événements déboucheront-ils sur des solutions efficaces? Je n’en suis pas certain.

J’en profite ici pour saluer le courage et l’honnêteté de Nicolas Hulot qui vient de quitter le gouvernement Macron. Cette décision ne me surprend guère. Arrive un moment où on ne peut plus avaler les couleuvres. Nicolas Hulot me rappelle Haroun Tazieff qui avait rapidement claqué la porte du gouvernement Mitterrand. Nicolas et Garouk sont des hommes de terrain, pas des rigolos de la politique.

Sargasses sur la côte atlantique de la Martinique (Photos: C. Grandpey)

Remerciements

De retour sur le continent, je tiens à remercier chaleureusement les organismes et personnes qui, par leur accueil, m’ont permis d’effectuer un séjour très agréable en Martinique :

  • La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM)
  • Madame le Maire de Morne-Rouge
  • Le Centre de Découverte des Sciences de la Terre (CDST) de Saint Pierre
  • Les techniciens qui ont assuré la mise en place de la structure de projection à Morne-Rouge
  • Maurice Henry, correspondant L.A.V.E . aux Antilles

J’ai personnellement eu grand plaisir à partager ma passion des volcans auprès de la population de cette île des Petites Antilles dominée par la Montagne Pelée. Le lahar qui avait angoissé les habitants du Prêcheur au mois de février a été le point de départ de ma première conférence à Morne-Rouge et m’a permis de confirmer que son origine n’était pas volcanique.

La deuxième conférence au CDST  s’appuyait sur l’actualité récente avec les éruptions du Fuego (Guatemala) et du Kilauea (Hawaii), exemples parfaits des volcans gris et des volcans rouges dont les manifestations présentent des conséquences très différentes sur le plan humain.

Pour terminer, je remercie mes amis du Lamentin de m’avoir convié à une soirée familiale ô combien sympathique.

 

Morne-Rouge, le CDST, sans oublier la Montagne Pelée et la ville de Saint-Pierre

(Photos: C. Grandpey)

Retour à la Martinique !

Je n’ai rien oublié à la Martinique au mois de mars dernier ! J’y retourne car j’ai été invité à présenter deux conférences dans le cadre des « Grandes Vacances 2018 au Musée » :

  • Le jeudi 16 août 2018 à 10 heures à la Maison du Volcan de Morne-Rouge: « Lahars et autres risques volcaniques. »
  • Le vendredi 17 août 2018 à 17 heures au Centre de Découverte des Sciences de la Terre de Saint Pierre: « Du Fuego au Kilauea : Volcans gris et volcans rouges. »

Comme en métropole, chaque conférence sera suivie de deux diaporamas en fondu-enchaîné sonorisé. L’Etna, Yellowstone, l’Indonésie et Hawaii sont au programme.

Photo: C. Grandpey

Y a-t-il une malédiction de la Montagne Pelée ?

Le 30 décembre 2017, France 3 proposait un téléfilm intitulé « Meurtres en Martinique, la malédiction du volcan. » J’avais, bien sûr, été attiré par le titre et j’ai eu plaisir à regarder cette enquête policière qui conduit les protagonistes sur les pentes mystérieuses de la Montagne Pelée, personnage principal de cette histoire. Ils sont en prise avec les démons et croyances du passé, nés lors de la terrible éruption du 8 mai 1902. La malédiction de Cyparis, enfermé dans son cachot et seul survivant de l’éruption, plane sur l’enquête.

Si la légende de la cantatrice faisant entendre sa superbe voix sur les flancs du volcan semble sortie de l’imagination du réalisateur du téléfilm, des voix se sont faites entendre au début du 20ème siècle pour expliquer la colère de la « Vieille Dame. »

La ville de St Pierre fut totalement détruite par les nuées ardentes et les coulées de boue vomies par la Montagne Pelée. Au final, quelque 29 000 personnes périrent dans la catastrophe. Dans un ouvrage paru aux Editions Ibis, des descendants de St Pierre expliquent le désastre au moyen d’arguments très différents de ceux avancés par les volcanologues. Beaucoup d’entre eux affirment que le volcan n’est pas entré en éruption de lui-même ; c’est « une main divine » qui a déclenché sa mauvaise humeur et l’éruption est « une correction divine. » Une lourde responsabilité est attribuée au Carnaval et à l’ambiance qui l’entourait. Selon l’une des personnes interviewées, avant l’éruption de 1902, un carnaval avait fait scandale. Les gens s’étaient déguisés en Moïse et avaient « singé les choses de Dieu, dans la rue, » de sorte que l’éruption est intervenue pour punir les mécréants. Les curés étaient souvent victimes de sarcasmes ou de mauvaises plaisanteries. Certains habitants s’habillaient « en curés, en messeigneurs, ils faisaient certaines choses qu’ils n’auraient pas dû faire. Ils faisaient des chansons sur les curés où ils disaient que les curés prenaient des femmes. » L’homme d’église réagissait en secouant sa soutane. Selon la tradition martiniquaise, tout ecclésiastique possédait le secret de ce geste qui était censé jeter un mauvais sort à l’offenseur.

Dans les années qui suivirent l’éruption, certains parents interdisaient à leurs enfants d’aller au carnaval de St Pierre parce qu’il était maudit.

Outre le Carnaval, plusieurs témoignages portent sur l’existence d’un dancing ou Casino décrit comme un lieu de perdition. L’ambiance et les biguines seraient l’une des causes de la disparition de Saint-Pierre. Elles auraient entraîné la colère divine. « A Saint-Pierre, à certaines heures, les spectateurs qui ne pouvaient se payer l’entrée des bals, attrapaient des danseuses au vol et biguinaient dans la rue. Cette danse sous les étoiles intéressait autant que celle qui tournoyait sous les quinquets fumeux où la poussière âcre du parquet. […] Le curieux de l’histoire, c’est que le bal faisait face à l’église du Mouillage, par la Grand-rue. Le dimanche matin, tandis que le prêtre psalmodiait là-bas dominus vovis cum, la foule vociférait en réponse : Cha cha !Cha cha !Cha cha !Déchirez tout cé rob là !»

Selon de nombreux Pierrotins, l’éruption de 1902 a été précédée de nombreux signes, rêves, faits et évènements prémonitoires. Plusieurs témoignages s’accordent sur le passage, la veille de la catastrophe, d’individus étranges, déambulant dans les rues et annonçant le désastre en des termes qui évoquent le thème de la «malédiction biblique (6ème verset du 51ème chapitre du livre de Jérémie) : « Fuyez de Babylone, sauve-qui-peut! Sinon, vous périrez quand elle payera pour sa perversion. C’est, pour le Seigneur, le moment de la vengeance.»

Il se raconte qu’au moment de la sieste, une servante a réveillé toute la maisonnée en criant : « Du feu, du feu, du feu sur la ville, le feu tombe sur la ville. » Elle a dit qu’elle avait vu, dans un demi-sommeil, la ville détruite par le feu, que ça lui avait fait très peur et qu’elle était étonnée de voir que rien ne s’était passé et que tout était en place. Les gens racontent aussi qu’une marchande ambulante de Saint-Pierre qui arpentait les rues de la ville avait été surnommée Châtiment parce qu’elle passait sa vie à crier: « Châtiment, châtiment, qui veut des aiguilles, qui veut du fil? Châtiment, châtiment, la ville sera châtiée !

A en croire la mémoire pierrotine, les habitants de Saint-Pierre s’adonnaient également à la sorcellerie. Une des personnes interviewées raconte qu’«à Saint-Pierre, les gens étaient un peu malsains, ils aimaient faire des méchancetés, c’étaient des engagés. Il y avait de jeunes garçons qui se transformaient en chiens. Ils se transformaient en diablesses à midi et le soir en zombi. »

D’autres faits évoqués entretiennent la «malédiction des Caraïbes». Bien connue dans toute l’île et acceptée comme un fait historique, cette légende semble être la délocalisation imaginaire d’un événement historique réel qui opposa les colons français de Martinique aux Caraïbes insulaires, lors d’un épisode de la guerre de conquête de l’île de Grenade. Sa relocalisation aux environs de Saint-Pierre est peut-être liée au massacre en 1658 du dernier chef caraïbe rebelle de Martinique qui, après avoir échappé au meurtre d’une dizaine de ses hommes dans une taverne de la ville, fut assassiné dans la baie de Saint-Pierre.

Deux personnes survécurent à l’éruption de 1902 : Louis-Auguste Cyparis, un prisonnier sauvé par l’épaisseur des murs de son cachot, et Léon Compère-Léandre, un cordonnier dont la maison, comme la prison de Cyparis était située au pied d’une colline, le Morne Abel. La légende liée à la malédiction de la Montagne Pelée dit qu’il aurait été épargné par les nuées ardentes parce qu’il était innocent. Selon un ancien marin-pêcheur, son nom n’était pas Cyparis ; c’était Saint-Aimé. « Après l’éruption, ils ont mis la douane et la police à surveiller partout. Alors ceux-là ont entendu : j’ai soif, donnez-moi un peu d’eau à boire, donnez-moi un peu d’eau à boire ! Alors sur le son, suivant la voix de la personne, ils ont cherché, ils ont fouillé. Quand Saint-Aimé est sorti de dessous la prison, il était innocent; quand il est sorti de la prison, il a dit qu’il n’avait entendu aucun bruit, rien ! Ils l’ont pris et puis l’ont amené en Amérique, mais quand il est arrivé en Amérique, il touchait aux femmes blanches; or tu sais que le Méricain n’aime pas beaucoup les nègres. Alors, ils l’ont ramené ici.»

J’étais à la Martinique il y a quelques jours et j’avais ces histoires en tête pendant la visite de St Pierre. Voici quelques images des ruines et de la maîtresse des lieux qui a daigné retirer à deux reprises son voile de nuages lors de mon séjour sur l’île antillaise.

Vues de la baie de Saint Pierre et de la Montagne Pelée :

Vue du sommet de la Montagne Pelée:

Vue aérienne des dômes de 1902 et 1929 :

Saint Pierre: L’escalier du théâtre :

Saint Pierre: La prison et le cachot de Cyparis :

L’église du Fort, impressionnant témoignage de la puissance de l’éruption :

La cloche de la Cathédrale, éventrée par l’explosion et déformée par la chaleur (Musée Franck Perret):

L’ossuaire de 1902 et le cimetière d’où l’on aperçoit le sommet du volcan :

Le souvenir d’Alfred Lacroix reste présent à Saint Pierre :

Photos: C. Grandpey

Prévention des séismes et tsunamis à la Martinique // Seismic and tsunami prevention in Martinique

Depuis que ce blog existe, je ne cesse de mettre l’accent sur l’importance que revêt l’EDUCATION des populations dans les contextes volcanique et sismique. Lors de mes conférences « Volcans et risques volcaniques », je donne l’exemple de la ville de Kagoshima, au pied du volcan japonais Sakurajima, où la population est régulièrement soumise à des exercices d’évacuation dans l’éventualité d’une éruption majeure qui menacerait l’agglomération située à quelques encabliures de ce volcan particulièrement actif.

Le 14 mars 2018, le site web France-Antilles a diffusé un article avec le titre suivant: « Près de 35 000 Martiniquais mobilisés pour Caribe Wave 2018« . Il s’agissait d’un exercice grandeur nature d’alerte tsunami. Commencé le jeudi 15 mars 2018, il a regroupé une cinquantaine de pays et territoires de la Caraïbe, soit environ 200 000 personnes.

L’exercice se déroule de la manière suivante: Selon le scénario établi par le Groupement Intergouvernemental de Coordination / Système d’Alerte aux Tsunamis pour la CARaïbe, un séisme fictif va générer un tsunami dans la Caraïbe. Les côtes de la Martinique sont notamment touchées.

Organisé par le GIC/SATCAR depuis 2011, cet exercice permet de tester le système d’alerte montante vers les autorités publiques responsables de la gestion de crise ainsi que les procédures de diffusion de l’alerte descendante rapide vers la population. Ce dernier point est du ressort des services opérationnels, les mairies, les opérateurs et les médias.

En Martinique, 3 500 personnes, dont une vingtaine de communes et plus de 20 000 collégiens et lycéens se sont inscrits pour participer à l’exercice, via le site http://www.tsunamizone.org/francais/. Ces communes ont choisi soit de mettre en place une sensibilisation, soit de participer à un exercice d’évacuation. En 2018, une attention particulière a été portée sur les itinéraires d’évacuation et sur les 650 sites refuges identifiés.

Parallèlement à cette campagne de sensibilisation sur le terrain, les autorité locales, avec la caution du Préfet de la Martinique, ont distribué un dépliant intitulé « Alerte Tsunami » (voir ci-dessous) qui, graphiques à l’appui, explique ce qu’est un tsunami, comment reconnaître les trois signes naturels d’un tel phénomène et que faire en cas de danger ou d’alerte. Il est en particulier rappelé que « ces vagues ne sont pas surfables! »

Lorsque j’ai visité la ville de St Pierre, j’ai remarqué les nombreux panneaux apposés dans les rues et sur les ruines des monuments historiques, et indiquant les parcours à suivre en cas d’alerte tsunami. Semblables panneaux sont visibles dans d’autres localités côtières

Au cours de mon séjour aux Antilles, j’ai eu l’occasion de parler de cette démarche d’éducation de la population avec plusieurs personnes. Je pense qu’il faudrait aller encore plus loin, comme le font les Islandais. Dans ce pays, les autorités ont demandé aux habitants de la côte sud de l’île, menacée par des éruptions volcaniques et des crues glaciaires, de télécharger une application sur leurs smartphones. En cas de danger imminent, les habitants reçoivent instantanément un message d’alerte leur indiquant le comportement à adopter dans les délais les plus brefs. Il est fort à parier que ce progrès dans le domaine de la prévention sera bientôt adopté par les populations antillaises.

Le risque sismique est identifié depuis longtemps en Martinique. Depuis le 18ème siècle, l’île a subi plusieurs tremblements de terre importants. Le dernier en date, le 29 novembre 2007 avait une magnitude de M 7,4. Il a  été localisé au nord de la Martinique, à une profondeur de 152 km. Les dégâts furent modérés et d’ampleur inégale. A l’image du Centre de découverte des sciences de la Terre, certaines habitations de la Martinique bénéficient de mesures parasismiques.

S’agissant des tsunamis, au cours des trois derniers siècles, la Martinique et la Guadeloupe ont été frappées par plus d’une dizaine d’événements de ce type. Les plus récents ont été observés en mai 1901, décembre 1901, mars et avril 1902, le 6 mai 1902, le 30 août 1902 et le 24 juillet 1939. Cependant, tous n’ont pas été recensés et certaines surcotes marines ne furent jamais identifiées, faute de connaissances.

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Ever since I created this blog, I have kept focusing on the concept of EDUCATION of populations in volcanic and seismic contexts. During my conferences « Volcanoes and Volcanic Risks », I give the example of the city of Kagoshima, at the foot of the Japanese volcano Sakurajima, where the population regularly performs evacuation exercises in the event of a major eruption which would threaten the community located a short distance from this very active volcano.

On March 14th, 2018, the France-Antilles website published an article with the following title: « Nearly 35,000 Martiniquais mobilized for Caribe Wave 2018 ». This was a life-size tsunami warning exercise. Started on Thursday, March 15th, 2018, it brought together about fifty countries and territories of the Caribbean, about 200,000 people.

The exercise took place as follows: According to the scenario established by the Intergovernmental Coordination Group / Tsunami Warning System for CARIBBEAN, a fictitious earthquake generated a tsunami in the Caribbean. The coasts of Martinique were particularly affected.

Organized by the GIC / SATCAR since 2011, this exercise makes it possible to test the rising alert system towards the public authorities responsible for crisis management as well as the procedures for disseminating the rapid downward alert to the population. This last point is the responsibility of the operational departments, the mayors and the media.

In Martinique, 3,500 people, including some 20 municipalities and more than 20,000 middle and high school students have registered to participate in the exercise, via the site http://www.tsunamizone.org/english/. These municipalities chose either to set up an awareness campaign or to participate in an evacuation exercise. In 2018, special attention was paid to the evacuation routes and the 650 identified refuge sites.

In parallel with this awareness campaign on the field, the local authorities, with the guarantee of the Prefect of Martinique, have distributed leaflets entitled « Tsunami Alert » (see below) which, with graphics, explains what a tsunami is, how to recognize the three natural signs of such a phenomenon and what to do in case of danger. People are reminded that « these waves are not surfable! »

When I visited the city of St Pierre, I noticed the many signs posted in the streets and the ruins of historical monuments, and indicating the routes to follow in case of tsunami warning.

During my stay in the West Indies, I had the opportunity to talk about this process of education of the population. I pointed out  that the prevention has to go even further, as the Icelanders do. In this country, the authorities have asked residents of the south coast of the island, threatened by volcanic eruptions and glacial floods, to download an application on their smartphones. In case of imminent danger, the inhabitants receive an instant warning message indicating the behaviour to adopt as soon as possible. It is a safe bet that this progress in the field of prevention will soon be adopted by the West Indian populations.

The seismic risk has long been identified in Martinique. Since the 18th century, the island has suffered several earthquakes. The most recent, on November 29th, 2007 had a magnitude of M 7.4. It was located north of Martinique, at a depth of 152 km. The damage was moderate and uneven.

As for tsunamis, over the last three centuries, Martinique and Guadeloupe have been hit by more than a dozen events. The most recent ones were observed in May 1901, December 1901, March and April 1902, May 6, 1902, August 30, 1902 and July 24, 1939. However, not all were recorded and some increases in the sea level were never identified, due to a lack of knowledge.

Une brochure très pédagogique:

En cas d’alerte tsunami…

Eléments parasismiques au Centre de découverte des sciences de la Terre:

Photos: C. Grandpey