Trafic aérien et nuages de cendres volcaniques : toujours pas de solution ! // Air traffic and volcanic ash clouds : still no solution !

Comme je l’ai mentionné précédemment, les cendres volcaniques de l’Anak Krakatau ont entraîné la fermeture temporaire de huit aéroports dans l’ouest de l’Indonésie le 6 septembre 2026. Le ministère des Transports a recensé 1 558 vols retardés et environ 170 000 passagers impactés. Le volcan est en niveau d’alerte III (Siaga), avec une zone d’exclusion de 3 km.

Les aéroports impactés sont : l’aéroport international Soekarno-Hatta de Tangerang, l’aéroport Halim Perdanakusuma de Jakarta, l’aéroport Radin Inten II de Lampung et l’aéroport Husein Sastranegara de Bandung, auxquels il faut ajouter les aéroports de Budiarto à Curug, Pondok Cabe à Tangerang Sud, Taufik Kiemas à Pesisir Barat et Atung Bungsu à Pagar Alam.
Le ministère des Transports a indiqué que des navettes gratuites par bus et par train sont mises à disposition des passagers dont les vols ont été transférés vers d’autres aéroports. Les compagnies aériennes ont reçu pour instruction d’informer les passagers des modifications d’horaires et des solutions de rechange.

La situation du trafic aérien après l’éruption de l’Anak Krakatau montre qu’aucun progrès n’a été réalisé depuis l’éruption islandaise de l’Eyjafjallajökull en 2010.

Crédit photo: Wikipedia

À l’époque, on promettait de nouveaux systèmes embarqués capables de détecter les nuages de cendres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : tous les avions sont cloués au sol dès que les différents VAAC détectent des nuages de cendres.
Cela paraît logique. Aucune compagnie aérienne n’acceptera de mettre en danger ses passagers si les avions risquent de pénétrer dans des nuages de cendres. Les exemples du passé ont démontré le danger d’une telle situation. Des avions entrés par mégarde dans les nuages de cendres des volcans Galunggung et Redoubt ont frôlé la catastrophe…

Eruption du Redoubt en 1989 (Crédit photo: AVO)

J’ai publié plusieurs articles à propos des nuages de cendres et du trafic aérien les 22 juillet 2015, 18 mars 2016, 10 décembre 2018 et 20 avril 2024. Ils montrent que des efforts ont été déployés pour trouver des solutions, mais aujourd’hui, tous les avions sont cloués au sol dès qu’un volcan entre en éruption, en particulier sur la Ceinture de feu du Pacifique…

Il existe une incompatibilité totale entre les moteurs des avions et les cendres volcaniques. Peut-être qu’un jour Elon Musk proposera une solution permettant aux aéronefs de voler normalement au moment où le Merapi, le Semeru ou l’Anak Krakatau entreront en éruption…

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As I put t before, volcanic ash from Anak Krakatau prompted temporary closures at eight airports across western Indonesia on September 6, 2026. The Ministry of Transportation reported 1 558 delayed flights and approximately 170 000 affected passengers. The volcano remained at Level III (Siaga), with a 3 km exclusion zone around its center of activity.

The closures covered Soekarno-Hatta International Airport in Tangerang, Halim Perdanakusuma Airport in Jakarta, Radin Inten II Airport in Lampung, and Husein Sastranegara Airport in Bandung.

Budiarto Airport in Curug, Pondok Cabe Airport in South Tangerang, Taufik Kiemas Airport in Pesisir Barat, and Atung Bungsu Airport in Pagar Alam were also temporarily closed.

The Ministry of Transportation said free bus and rail transportation would be provided to passengers whose flights were transferred to alternative airports. Airlines were instructed to provide passengers with information about schedule changes and available options.

The situation of air traffic after the eruption of Anak Krakatau shows that no progress has been made since the Icelandic eruption of Eyjafjallajökull in 2010. By that time, there were promises of new systems on board the planes able to detect ash clouds. Today, the reality is different and all planes are grounded as soon as some ash clouds are detected by the different VAACs.

This sounds normal. No air company will accept to jeopardize its passengers if planes are likely to cross ash clouds. Examples of the past showed the danger of such a situation. Planes that flew across ash clouds from Galunggung and Redoubdt volcanoes nearly crashed…

I wrote several posts on 22 July 2015, 18 March 2016, 10 December 2018 and 20 April 2024. They show that efforts have been made to find solutions, but today all planes are grounded as soon as a volcano erupts on the Pacific Ring of Fire… There is a complete incomptibility between plane engines and volcanic ash. Maybe some day Elon Musk will find a solution…

Crise éruptive du Krakatau (suite)

Comme je l’ai indiqué précédemment, une puissante éruption de l’Anak Krakatau (Indonésie) a généré un panache de cendres qui est monté jusqu’à 15 km d’altitude aux premières heures du 5 septembre 2026 (heure locale). Des bulletins d’alerte ont été diffusés pour les couloirs aériens de Jakarta et de Melbourne.

La chaîne d’information BFMTV précise que des détonations étaient audibles jusqu’à 700 kilomètres. Les autorités indonésiennes ont annoncé le dimanche 6 septembre avoir prolongé la suspension des activités de l’aéroport international de Jakarta, situé à plus de 150 kilomètres du volcan. La suspension a affecté 209 mouvements d’avions et a concerné plus de 22.000 passagers. La liaison internationale la plus touchée est celle reliant Singapour.

Les perturbations affectent également le fonctionnement de l’aéroport de Bali et seize vols intérieurs à destination et en provenance de l’île ont été annulés.

Il est demandé aux capitaines des navires de « redoubler de vigilance » face aux perturbations potentielles de la navigation causées par l’activité volcanique. Il est par ailleurs interdit aux bateaux de pénétrer dans une zone d’un rayon de 3 kilomètres autour du volcan.

Photo: C. Grandpey

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As I mentioned earlier, a powerful eruption of Anak Krakatau (Indonesia) generated an ash plume that rose to an altitude of 15 km in the early hours of September 5, 2026 (local time). Alerts were issued for the air corridors of Jakarta and Melbourne.
The news channel BFMTV reports today that detonations were audible up to 700 kilometers away. Indonesian authorities announced on Sunday, September 6, that they had extended the suspension of operations at Jakarta’s international airport, located more than 150 kilometers from the volcano. The suspension affected 209 aircraft movements and impacted more than 22,000 passengers. The most affected international route was the one to Singapore.
The disruptions also affected operations at Bali’s airport, and sixteen domestic flights to and from the island were canceled. Ship captains are urged to « exercise increased vigilance » in the face of potential navigational disruptions caused by volcanic activity. Furthermore, vessels are prohibited from entering a 3-kilometer radius zone around the volcano.

L’INGV et l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée en sismologie et en volcanologie où elle pourrait contribuer à la prévision des séismes et des éruptions, événements parfois destructeurs. J’ai publié une note le 28 juillet 2024 et une autre le 18 mars 2025 expliquant comment les scientifiques utilisent l’IA. J’ai également ajouté que son utilisation dans la prévision volcanique et pour d’autres phénomènes naturels semble prometteuse.

On peut lire sur le site de l’Institut National de Géophysique et de Volcanologie (INGV) que l’Institut italien a mis sur pied le projet SAFARI, acronyme de « An artificial intelligence-based StrAtegy For volcAno hazard monItoring from space » (Une stratégie basée sur l’intelligence artificielle pour la surveillance des risques volcaniques depuis l’espace). Le projet a été lancé en 2023 avec l’objectif de développer une stratégie intégrée de surveillance des risques volcaniques directement depuis l’espace.

Pour ce faire, les scientifiques utilisent des données satellitaires issues de capteurs optiques, thermiques et micro-ondes, comparées aux données collectées quotidiennement par les réseaux de surveillance terrestres dans les zones volcaniques.

Des chercheurs de l’INGV et d’autres organismes scientifiques ont développé ces méthodologies innovantes sur quatre volcans actifs : l’Etna et le Vulcano en Italie, le Nyiragongo en République Démocratique du Congo et le Sangay en Équateur. Ces deux derniers systèmes volcaniques sont considérés comme très dangereux et sont situés dans des zones reculées, où les satellites constituent souvent le principal outil de surveillance.

Les principaux aspects du projet sont les suivants.

Mieux voir pour mieux cartographier : l’IA « nettoie » les images radar.
L’un des problèmes des images SAR (radar à synthèse d’ouverture) est la présence de bruit de signal qui rend les images souvent granuleuses et difficiles à interpréter. Les chercheurs ont appliqué un filtre innovant qui a permis à l’IA de faire disparaître les composantes perturbatrices. En appliquant cette technique aux données SAR de l’éruption du Sangay en 2021, le système a pu améliorer la qualité des images acquises par le satellite Sentinel-1, en éliminant les anomalies parasites.

Prédiction autonome en temps réel de la trajectoire des coulées de lave
L’un des objectifs les plus ambitieux du projet était d’automatiser et d’accélérer les simulations de propagation des coulées de lave, afin de générer des cartes des risques. Le nouveau système a utilisé les valeurs de débit estimées par satellite à une résolution spatiale de 1 à 3 km pour reproduire l’extension du front de coulée, elle-même dérivée des données satellitaires à une résolution spatiale de 20 à 30 mètres. Ces données permettent de prédire l’évolution du champ de lave plusieurs jours à l’avance. L’analyse a posteriori a testé la capacité du modèle à produire des cartes de plus en plus précises des risques liés aux invasions de lave.

Comparaison entre la réalité et la simulation du champ de lave de l’Etna en éruption entre le 13 mai et le 6 juin 2022. Dans l’image a) le trait noir délimite la coulée de lave réelle du 29 mai, tandis qu’en b), il délimite celle du 6 juin. La carte colorée représente le scénario de probabilité élaboré par l’IA pour prédire l’évolution du champ de lave après 7 jours d’activité. Les zones rouge foncé indiquent les régions où le modèle a calculé une probabilité de coulée de lave proche de 100 % entre le 13 et le 29 mai, ce qui témoigne d’une forte concordance avec les données réelles. Les triangles jaunes et rouges indiquent respectivement l’emplacement des bouches éruptives réelles et prédites par le modèle.

L’IA résout le problème des nuages « transparents »
Connaître la hauteur exacte d’un nuage volcanique est essentiel pour la sécurité des aéronefs qui survolent une zone volcanique. Pour l’Etna, l’équipe du projet SAFARI a créé, à l’aide de milliers d’images satellites, un système capable de distinguer automatiquement les couleurs correspondant aux émissions de lave et aux nuages générés par l’activité explosive. Ce même système est capable de calculer en temps réel la hauteur de la colonne éruptive.

La comparaison entre ces deux images révèle (à droite) une nette amélioration avec l’aide de l’IA de la capacité à observer et à distinguer un nuage de cendres de l’Etna le 4 mars 2021. L’algorithme a identifié et isolé avec précision (en rouge) les pixels contenant des cendres volcaniques, permettant ainsi au système de calculer automatiquement la hauteur et l’étendue de la colonne éruptive, sans intervention humaine.

L’intelligence artificielle appliquée au Nyiragongo
S’agissant du Nyiragongo (Congo), dont l’histoire éruptive est très peu documentée, l’IA a analysé de manière autonome les données satellitaires, et regroupé les différents comportements du volcan en « familles » d’activité. Cela a permis d’identifier la transition d’un état de calme à une phase anormale lors de l’éruption de mai 2021.

Comparée à l’analyse traditionnelle des données, cette approche avec l’aide de l’IA permet un examen rapide de grandes quantités d’informations et la reconnaissance de situations qui pourraient échapper à l’œil humain, notamment dans les zones reculées et peu étudiées. L’IA peut ainsi jouer le rôle d’une sorte de « sentinelle autonome », capable de signaler d’éventuelles anomalies, même en l’absence d’observations directes. Comme tout système automatique, elle peut toutefois générer de fausses alertes et nécessite donc une vérification par des experts.

Vous trouverez la description du projet SAFARI en cliquant sur ce lien :

https://ingvvulcani.com/2026/03/12/come-lia-e-i-satelliti-stanno-cambiando-il-monitoraggio-dei-vulcani-attivi/

Crise éruptive du Krakatau

Une puissante éruption de l’Anak Krakatau (Indonésie) a généré un panache de cendres qui est monté jusqu’à 15 km d’altitude aux premières heures du 5 septembre 2026 (heure locale). Des bulletins d’alerte ont été diffusés pour les couloirs aériens de Jakarta et de Melbourne.
Source : Darwin VAAC.

Photo: C. Grandpey

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A powerful eruption at Anak Krakatau (Indonesia) ejected volcanic ash up to 15 km above sea level in the early hours of September 5, 2026 (local time). Alert bulletins were issued for the Jakarta and Melbourne flight information regions.

Source : Darwin VAAC.