Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Le volcan la pété ! // New eruption !

17 heures (heure métropole) :Après une brève crise sismique superficielle le matin du2 avril 2020, entre 8h15 et 8h51 (heure locale), et après une accalmie de plus de 3h, le tremor volcanique, synonyme d’arrivée du magma à proximité de la surface, a été enregistré à partir de 12h20, heure à laquelle le Piton de la Fournaise est de nouveau entré à nouveau en éruption.

D’après les enregistrements de l’OVPF, la source du tremor est localisée sur le flanc Est, à l’intérieur de l’Enclos. Un survol réalisé par les gendarmes dans l’après-midi a permis de confirmer l’ouverture d’une fissure sur ce flanc, à environ 1,7 km du centre du cratère Dolomieu aux alentours de 1900 m d’altitude. Cette fissure se situe en léger contrebas de l’éruption du 10-16 février 2020. Lors du survol, les fontaines de lave ne semblaient pas dépasser 30 mètres de hauteur. .

L’accès du public à l’Enclos Fouqué, depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier, ainsi que le poser d’aéronefs dans la zone du volcan, sont interdits jusqu’à nouvel avis. La période de confinement liée à l’épidémie de COVID-19 renforce bien sûr cette interdiction.

Source : Journal de l’Ile, Réunion la 1ère.

A cause du confinement imposé par le gouvernement, je ne diffuserai pas de photos prises par des particuliers qui risqueraient de se trouver en difficulté.

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17 :00 (Paris time) : After a brief shallow seismic crisis on the morning of April 2nd, 2020, between 8:15 a.m. and 8:51 a.m. (local time), and after a lull of more than 3 hours, the volcanic tremor, synonymous with the arrival of magma near the surface, was recorded at about 12:20 p.m., when Piton de la Fournaise started erupting again.
According to OVPF records, the source of the tremor is located on the eastern flank, inside the Enclos. An overflight by gendarmes in the afternoon confirmed the opening of a fissure on this flank, about 1.7 km from the centre of the Dolomieu Crater, about 1900 m above sea level. This fissure is located slightly below the eruption of February 10-16, 2020. During the overflight, the lava fountains did not seem to exceed 30 metres in height. .
Public access to the Enclos Fouqué from the Pas de Bellecombe trail or any other trail, as well as the landing of aircraft in the volcano area, are prohibited until further notice. The lockdown linked to the COVID-19 epidemic naturally reinforces this ban.
Source: Journal de l’Ile, Réunion la 1ère.

Because of the lockdown, I will not show photos taken by private people who might have problems with the police.

Vue du site éruptif vers 15 heures (heure locale) [Crédit photo: SAG/PGHM]

Les sources chaudes de Yellowstone et le coronavirus // Yellowstone hot springs and COVID-19

Les sources chaudes et les geysers du Parc National de Yellowstone sont l’un des hauts lieux du tourisme aux États-Unis. Cependant, très peu de visiteurs savent que ces sources contiennent des éléments essentiels à la science. Une fois encore, la Nature peut aider à sauver des vies.
Au cours de cinq visites à Yellowstone – dont une avec des mesures de température pour le compte de l’Observatoire – j’ai pris des centaines de photos des geysers, des sources chaudes et des mares de boue. On me demande souvent dans mes conférences pourquoi ces sources ont des couleurs aussi vives. J’explique qu’elles sont dues aux bactéries thermophiles (elles aiment la chaleur de l’eau) qui colonisent les sources chaudes. Ces couleurs extraordinaires varient également en fonction de la température de l’eau: bleu, jaune, orange, vert
Un article très intéressant sur le site Web du National Geographic nous apprend que certaines bactéries découvertes à Yellowstone sont utilisées en science, et plus particulièrement en science médicale. Un microbiologiste a découvert un jour un microbe qui produit des enzymes capables de résister remarquablement bien à la chaleur. Aujourd’hui, ces enzymes sont un élément clé de la réaction en chaîne par polymérase – Polymerase Chain Reaction ou PCR – une méthode utilisée dans les laboratoires du monde entier pour étudier de petits échantillons de matériaux génétiques en faisant des millions de copies. Cette technique est actuellement utilisée pour augmenter le signal des virus dans la plupart des tests disponibles pour le COVID-19.
Alors que le nouveau coronavirus se propage sur toute la planète, les tests sont devenus le coeur du suivi et du ralentissement de la pandémie. Il ne faudra donc oublier que le processus de PCR, partie essentielle du test, relativement simple et rapide, a pu être réalisé grâce à un groupe de bactéries qui prospèrent dans les sources chaudes de Yellowstone.
Une autre bactérie découverte à Yellowstone est le Thermus aquaticus. Cette bactérie a révolutionné la biologie moléculaire en donnant aux scientifiques un nouvel outil pour manipuler et étudier l’ADN. Depuis la découverte de la double hélice de l’ADN en 1953, les scientifiques n’ont eu de cesse d’étudier ces minuscules molécules génétiques. Pour mieux comprendre les différents types d’ADN, les scientifiques avaient besoin d’échantillons à grande échelle.
Dans les années 1980, une nouvelle technique a été élaborée pour imiter la façon dont une cellule copie naturellement son ADN pour croître et se diviser. L’ADN doit être chauffé puis refroidi dans un cycle permanent, ce qui double plus ou moins chaque fois le nombre de copies génétiques. Le problème, c’est que dans les premières expériences, les températures élevées de chaque cycle endommageaient l’ADN polymérase nécessaire pour faire ces copies.
Les chercheurs ont réalisé qu’une enzyme des bactéries Yellowstone pouvait survivre aux cycles de chauffage et de refroidissement et accélérer le processus. Au fil des ans, de telles enzymes ont permis aux scientifiques d’automatiser le processus de copie d’ADN. Désormais, les chercheurs sont capables de produire des centaines de millions de copies génétiques en quelques heures. Le test du COVID-19 utilise ce même processus, mais en intégrant quelques étapes supplémentaires.
Ces découvertes ont permis à la science de progresser à grands pas. Les scientifiques savent maintenant que les microbes ont mis au point des techniques uniques pour pouvoir se développer dans presque tous les environnements extrêmes de la Terre, que ce soit les sources chaudes de Yellowstone ou les fumeurs noirs au fond des océans. Ces organismes contiennent une mine de mécanismes biologiques jusque-là inimaginables. Il ne reste plus q’à les découvrir et les exploiter !
Source: National Geographic.

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Yellowstone hot springs and geysers are one of the highlights of tourism in the United States. However, very few visitors realise that these springs contain elements that are critical in science. Once again, Nature can help to save lives.

Having visited Yellowstone five times – once on behalf of the Observatory to take temperature measurements –, I have hundreds of photos of the geysers, hot springs and mud pools. I am often asked in my conferences about the cause of their vivid colours. I explain that they are due to the thermophile bacteries (they love the heat of the water) that colonise the hot springs. These colours are also different according to the water temperature : blue, yellow, orange, green

An interesting article on the National Geographic website explains that certain species of bacteria have been used in science, and more particularly medical science. A microbiologist once discovered a microbe that produces unusual heat-resistant enzymes. Today, those enzymes are a key component in polymerase chain reaction, or PCR, a method used in laboratories around the world to study small samples of genetic material by making millions of copies. This technique is currently being used to boost the signal of viruses in most of the available tests for COVID-19.

As the novel coronavirus sweeps around the world, testing has become the crux of tracking and slowing the extension of the pandemic. The PCR process that is an essential part of the test is relatively simple and quick, thanks to a cluster of bacteria thriving in the thermal pools of Yellowstone.

Another example of the importance of Yellowstone bacteria is the Thermus aquaticus which has revolutionised molecular biology by giving scientists a new tool to manipulate and study DNA. Since the discovery of DNA’s double helix in 1953, scientists have grappled with the challenge of studying these tiny genetic molecules. To see and understand different types of DNA, scientists needed large scale samples.

In the 1980s, a new technique was developed to mimic the way a cell naturally copies its DNA to grow and divide. The DNA has to be heated and then cooled in a cycle again and again, each time roughly doubling the number of genetic copies. But in early experiments, the high temperatures of each cycle damaged the DNA polymerase needed to make those copies.

The researchers realised that an enzyme from the Yellowstone bacteria could survive the cycles of heating and cooling and speed up the process. Over the years, these enzymes have allowed scientists to automate the DNA-copying process. Now, researchers can produce upward of hundreds of millions of genetic copies in hours. The COVID-19 test uses this same process—but with a few additional steps.

Such discoveries have made a world of difference. Scientists now know that microbes have perfected unique ways to make a living in nearly every extreme environment on Earth, from Yellowstone’s hot pools to the black smokers of the deep sea. These organisms contain a trove of previously unimagined biologic mechanisms just waiting to be found.

Source : National Geographic.

Photos: C. Grandpey

Envoyez la musique… !

A l’issue de mes conférences Volcans et risques volcaniques et Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique, je présente un ou deux (selon le temps qui m’est imparti) diaporamas en fondu enchaîné sonorisé. J’ai beaucoup de chance car j’ai un fils musicien – Gaël – qui compose et adapte la musique aux images projetées et m’épargne par la même occasion les déclarations obligatoires à la Sacem.

De nombreuses personnes m’ont demandé si on pouvait se procurer un CD des musiques dans le commerce. La réponse est malheureusement négative et je n’ai pas encore réussir à convaincre le compositeur de se lancer dans cette voie…

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pourrez écouter des extraits musicaux qui accompagnent les images de Yellowstone, de l’Alaska, de l’Afrique ou encore de l’Amérique du Sud…

https://soundcloud.com/gaelgrandpey

NB : A noter que les prochaines conférences prévues à Argenton-sur-Creuse et Issoudun (Indre) début avril et à Montluçon (Allier) début mai sont annulées pour cause de coronavirus.

Photos: C. Grandpey

Stromboli (Sicile)

Dans ma note du 29 mars 2020 à propos des anneaux de fumée au-dessus du volcan, j’indiquais que l’activité du Stromboli (Sicile) était assez intense avec 15-20 événements VLP par heure, correspondant aux explosions qui étaient principalement localisées dans la partie NE de la terrasse cratèrique. Ce haut niveau d’activité s’accompagne maintenant d’un débordement de lave qui a été observé pour la première fois le 30 mars. La lave a dévalé la Sciara del Fuoco et a atteint le littoral le 31 mars. Ce phénomène s’est accompagné de signaux sismiques révélant probablement des glissements de terrain et des blocs incandescents en train de rouler sur le flanc du volcan.
Source : INGV.

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In my post of March 29th, 2020 abou the smoke rings above the volcano, I indicated that activity at Stromboli (Sicily) was quite intense with 15-20 VLP events per hour, corresponding with the explosions that were mostly located in the NE part of the crater terrace. This high level of activity is now characterised by a lava overflow that was first observed on March 30th. Lava travelled down the Sciara del Fuoco and reached the coastline on March 31st.This phenomenon was accompanied by seismic signals that can be associated with landslides and the rolling of incandescent material.

Source : INGV.

La coulée de lave vue par la webcam INGV

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Ce soir à 20 heures (heures locale), la lave continuait à s’écouler le long de la Sciara del Fuoco.

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Tonight at 20:00, lava was still flowing along the Sciara del Fuoco.

Source : webcam INGV

Si le Mont Fuji (Japon) entrait en éruption… // If Mt Fuji (Japan) erupted…

Des articles récents parus dans la presse japonaise ont attiré l’attention sur la situation du Mont Fuji dont la dernière éruption remonte à 1707. Elle est connue sous le nom d’éruption Hoei, du nom de l’ère japonaise à cette époque. Le volcan a émis une énorme quantité de cendres volcaniques que le vent a transportées jusqu’à la ville de Tokyo aujourd’hui.

Dans un article publié en janvier 2020, les scientifiques nippons ont déclaré que la date précise de la prochaine éruption du Mont Fuji était imprévisible, mais beaucoup pensent que le prochain événement majeur aura lieu dans un proche avenir. En effet, plus de 300 ans se sont écoulés depuis la dernière éruption. C’est un laps de temps beaucoup plus long que l’intervalle précédent d’environ 200 ans.
Les volcanologues japonais rappellent que le Mont Fuji a été ébranlé par le puissant séisme qui a frappé la région de Tohoku en 2011 et qu’il est devenu plus instable qu’auparavant.
Si le volcan entrait à nouveau en éruption, il pourrait y avoir des retombées de cendres sur des villes voisines telles que Gotemba, avec de possibles victimes. Il est prévu une perte économique pouvant atteindre 2,5 milliards de yens. Poussée par les vents d’ouest, la cendre pourrait paralyser Tokyo et ses environs. Il y aurait très probablement des pannes d’électricité, des pénuries d’eau et des dysfonctionnements parmi les appareils électroniques ainsi que des perturbations dans les télécommunications. Les trains pourraient également être mis à l’arrêt. Les aéroports seraient obligés de fermer si les pistes étaient recouvertes de cendre. Des problèmes de santé pourraient également survenir avec l’inhalation de cendre par la population.

Dans un autre article de presse publié en mars 2020, les volcanologues japonais expliquent que les coulées pyroclastiques provoquées par l’éruption du Mont Fuji pourraient couper les routes utilisées pour l’évacuation de la population. Il est donc nécessaire de revoir les plans d’évacuation existants. Les nuées ardentes vomies par le volcan pourraient atteindre des distances supérieures de 4 kilomètres à ce qui est prévu dans la région de Fujiyoshida, et de 2 km de plus dans le secteur de Fujinomiya Cette réévaluation du risque signifie que des portions de la route à péage entre Fujiyoshida et Oyama et la Mount Fuji Skyline Road reliant Fujinomiya et Gotemba pourraient être détruites.
La carte à risques actuelle du Mont Fuji a été établie par le gouvernement central en 2004, et le Conseil de gestion des catastrophes doit la mettre à jour au cours de l’exercice 2020 qui commence en avril. La nouvelle carte devrait modifier la taille des coulées pyroclastiques dont le volume devrait passer de 1,4 million à 10 millions de mètres cubes. Cette nouvelle évaluation est faite en prenant en compte la plus grande coulée pyroclastique émise par le volcan au cours des 5 600 dernières années.
De la même façon, les simulations montrent que des coulées de lave provenant de 92 cratères potentiels pourraient atteindre Fujiyoshida et Fujinomiya dans les 24 heures suivant l’éruption, et même la ligne de train à grande vitesse Tokaido Shinkansen et l’autoroute Shin-Tomei qui relie les préfectures de Kanagawa et d’Aichi. .
Le Conseil de gestion des catastrophes a confirmé que quelque 180 éruptions ont été observées sur le Mont Fuji au cours des 5 600 dernières années. 96% étaient petites à moyennes. Environ 60% ont provoqué des coulées de lave, mais les coulées pyroclastiques ne se sont produites que dans 10% des cas.
Source : The Japan Times. .

Vous trouverez les cartes à risques du Mont Fuji à cette adresse. Ci-dessous la carte de la région nord.

https://www.city.fujiyoshida.yamanashi.jp/div/bosai/html/hazard_map/index.html

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Recent articles in the Japanese press have drawn attention to the situation of Mount Fuji whose last eruption was in 1707. It is known as the Hoei Eruption, named after the Japanese era at the time. It spewed a massive amount of volcanic ash that were blown all the way to today’s Tokyo.

In an article released in January 2020, experts said the precise timing of Mt Fuji’s next big eruption was unpredictable, but many thought the volcano was on standby for the next major event. More than 300 years have elapsed since the last eruption. It is a very long silence that surpasses the previous interval of around 200 years.

Japanese volcanologists remind the public that Mt Fuji was but shaken by the Great East Japan Earthquake that struck the Tohoku region in 2011, and it has been made more unstable than before.

Should the volcano erupt again, cinders could rain down on parts of nearby cities such as Gotemba in Shizuoka, with potentially life-threatening results. An economic loss of up to 2.5 trillion yen is expected. Pushed by westerly winds, volcanic ash could paralyze Tokyo and its surrounding metropolitan areas.That would wreak havoc on high-tech Tokyo, possibly causing blackouts, water shortages and malfunctions of electronic appliances as well as disrupting telecommunications. Trains might be suspended, too. Airport terminals would be forced to shut down if runways are covered with ash. Health problems might also arise, with the inhalation of ash.

In another press article released in March 2020, Japanese volcanologists explain that pyroclastic flows from Mount Fuji eruption could sever roads used for evacuation. So, there is rhe need to review existing evacuation plans that use the roads. The hot clouds spewed by the volcano could travel some 4 kilometres further than previously thought in Fujiyoshida, Yamanashi Prefecture, and 2 km more in Fujinomiya, Shizuoka Prefecture. The reassessment means that parts of the toll road connecting Fujiyoshida and Oyama, as well as the Mount Fuji Skyline Road connecting Fujinomiya and Gotemba could be destroyed.

The current Mount Fuji hazard map was compiled by the central government in 2004, and the Mount Fuji disaster management council is due to update it within fiscal 2020, which starts in April. The new map is expected to alter the size of pyroclastic flows to 10 million cubic metres from 2.4 million cubic metres after taking into consideration the largest pyroclastic flow that has occurred in the last 5,600 years.

In the same way, simulations show that lava flows from 92 potential crater locations could hit downtown areas of Fujiyoshida and Fujinomiya within 24 hours of the eruption and even reach the Tokaido Shinkansen bullet train line and Shin-Tomei Expressway, which connects Kanagawa and Aichi prefectures.

The council has confirmed some 180 eruptions have occurred at Mount Fuji over the past 5,600 years, with 96 percent considered small- to medium-size in scale. Some 60 percent of the eruptions caused lava flows, but pyroclastic flows only occurred in up to 10 percent of the total cases.

Source; The Japan Times.

Hazard maps of Mt Fuji can be seen at this address. Here below the map fot the northern region.

https://www.city.fujiyoshida.yamanashi.jp/div/bosai/html/hazard_map/index.html

Crédit photo: Wikipedia

Quand le Stromboli « fume la pipe »…

D’après le Laboratorio Geofisica Sperimentale, l’activité du Stromboli (Sicile) ces derniers jours a  consisté en explosions stromboliennes dont le siège se trouvait principalement dans la partie NE de la terrasse cratérique. Le tremor se maintient à des valeurs moyennes. Le nombre d’événements VLP (Very Long Period) correspondant aux explosions stromboliennes reste élevé avec entre 15 et 20 événements par heure. Les émissions de SO2 et de CO2 présentent des niveaux bas, avec respectivement des moyennes de 52 tonnes et 549 tonnes par jour.

Comme le fait l’Etna de temps en temps, il arrive au Stromboli de « fumer la pipe » en envoyant de beaux ronds de fumée dans le ciel. Le phénomène a été observé le 27 mars 2020.

Les anneaux de fumée ne sont pas des phénomènes exceptionnels. Des fumeurs peuvent les provoquer en positionnant leurs lèvres et en exhalant la fumée de cigarette d’une certaine manière. Ces ronds apparaissent souvent autour des pots d’échappement des voitures ou autour de la bouche des canons, en particulier dans les bandes dessinées.

Dans son ouvrage Sur l’Etna auquel je faisais référence en indiquant que le Stromboli « fumait la pipe », Haroun Tazieff écrivait en 1991 que « ces ronds de fumée sont provoqués par la convection des gaz lancés à grande vitesse par l’orifice circulaire de la bouche ». Quelques années plus tard, je fus moi-même témoin du phénomène sur l’Etna (voir photos ci-dessous). Dans un échange de correspondance avec le célèbre volcanologue, j’écrivais que « l’expulsion centrale plaquerait les gaz sur la paroi de la bouche où ils s’enrouleraient sur eux-mêmes pour finir par sortir en anneau, étant donné la forme de l’ouverture ». H.. Tazieff me répondit – croquis de sa main à l’appui – que sa propre explication des anneaux était proche de la mienne. « La différence tient essentiellement dans la coupe de la bouche, ce qui, au moment de la bouffée, crée un excès de gaz (diamètre large sous l’évent, diamètre faible de l’évent lui-même) avec, naturellement, accélération des gaz dans la partie centrale et freinage au contact des parois tout autour, d’où ‘enroulement’ des gaz à la périphérie de l’ensemble ».

Les scientifiques expliquent que, pour obtenir un rond, il faut deux conditions initiales : de la fumée et une vitesse de départ. Dans le cas du volcan, ce sont les fumerolles et l’air chaud ascendant émis par une bouche qui sont susceptibles de générer les anneaux. Mais tous les jets de fumée ne donnent pas des ronds ! Un rond de fumée ne peut s’obtenir que si le jet est discontinu. Il se forme alors autour d’un cœur autour duquel le fluide tourne. Chaque partie de l’anneau est soumise à la vitesse induite des autres parties : la moitié droite de l’anneau tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, et la moitié gauche dans le sens inverse.

L’anneau ne peut donc pas rester immobile : il est en mouvement permanent par rapport au fluide qui l’entoure. C’est pourquoi les anneaux de fumée du Stromboli ne sont pas restés immobiles au-dessus du volcan. Ils se sont ensuite dirigés vers le NE et ils ont salué au passage le village de Stromboli.

Quand l’Etna « fume la pipe » (Photos: C. Grandpey)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

L’activité volcanique est globalement faible ces jours-ci. Aucun événement majeur n’a été enregistré au cours de la semaine écoulée.

Le Fuego (Guatemala) reste bien actif, avec des coulées pyroclastiques qui descendent le long de plusieurs ravines. Une coulée de lave de 600 m de long a été observée dans la ravine Trinidad. Une faible activité explosive accompagne l’émission de lave. Une moyenne de 4 à 12 explosions par heure est actuellement enregistrée sur le Fuego, avec des panaches de cendres qui s’élèvent jusqu’à 1,1 km au-dessus du cratère. Des matériaux incandescents sont également éjectés à100- 400 m de hauteur. Des retombées de cendres presque quotidiennes sont signalées dans les zones sous le vent. Les explosions produisent parfois des ondes de choc qui secouent les maisons voisines et sont ressenties dans un rayon de 25 km.
Source: INSIVUMEH.

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Une activité strombolienne était observée sur le Klyuchevskoy (Kamchatka) au cours de la semaine dernière, avec de nombreuses avalanches incandescentes sur tous les flancs du volcan. Une activité vulcanienne était visible le 19 mars 2020. La couleur de l’alerte aérienne reste à l’Orange sur le Klyuchevsloy, l’Ebeko et le Sheveluch.
Source: KVERT.

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Le 18 mars 2020, un épais panache de couleur gris clair s’est élevé à 300 m au-dessus de l’Anak Krakatau. Au vu des données sismiques, l’événement a duré un peu plus de 10 minutes. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4), et le public est prié de rester en dehors de la zone de danger d’un rayon de 2 km du cratère.
Source: CVGHM.

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On observe les émissions (« exhalations ») habituelles de vapeur et de gaz sur le Popocatépetl (Mexique), avec parfois de faibles quantités de cendres. Une explosion le 17 mars 2020 a éjecté des matériaux incandescents et a généré un panache de cendres qui s’est élevé à 1,2 km au-dessus du cratère. De légères retombées ont été signalées dans plusieurs localités. Certaines émissions s’accompagnent de l’expulsion de matériaux incandescents. Le niveau d’alerte reste à la couleur Jaune, Phase 2.

Source: CENAPRED.

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Un niveau élevé d’activité sismique a été enregistré ces derniers jours par le réseau de Reventador (Equateur). Des émissions de gaz et de cendres sont observées presque quotidiennement. Les panaches montent jusqu’à 500-2000 m au-dessus du cratère. Des retombées de cendres sont signalées dans les zones sous le vent. Des blocs incandescents roulent parfois le long des flancs du volcan.
Source: Instituto Geofisico.

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Le Merapi (Indonésie) a connu un épisode éruptif relativement important le 27 mars 2020 à 10 h 56 (heure locale) avec un panache de cendres qui est monté jusqu’à environ 8 km au-dessus du niveau de la mer. La couleur de l’alerte aérienne est passée du Vert au Rouge. L’événement – qui s’est produit sans aucun signe précurseur – a duré environ 7 minutes. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs localités jusqu’à 20 km du volcan. Il n’est fait état d’aucun dégât. Les habitants sont priés de rester à plus de 3 km du volcan.
Cet épisode éruptif montre que le magma continue son ascension sous l’édifice volcanique. Le dôme de lave présentait un volume de 291000 m3 le 19 février 2020.
Voici une petite vidéo montrant la dernière éruption:
https://youtu.be/Q7jiEYmhFxc

Source: VSI.

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Volcanic activity is globally low these days. No major event has been recorded during the past week.

Fuego (Guatemala) remains quite active with pyroclastic flows travelling down several drainages. A 600-m-long lava flow was observed down the Trinidad drainage. Weak explosive activity accompanies the lava effusion. An average of 4-12 explosions per hour is currently recorded at Fuego, generating ash plumes that rise up to 1.1 km above the crater. Incandescent material is also ejected 100-400 m high. Almost daily ashfall is reported in downwind areas. Explosions sometimes produce shock waves that rattled nearby houses and are felt in communities within a 25-km radius.

Source : INSIVUMEH.

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Strombolian activity at Klyuchevskoy (Kamchatka) was visible during the past week, with numerous hot avalanches descending all of the flanks of the volcano. Vulcanian activity was visible on March 19th, 2020. The Aviation Color Code remains at Orange on Klyuchevsloy, Ebeko and Sheveluch.

Source : KVERT.

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On March 18th, 2020, a dense white-gray plume rose 300 m above the summit of Anak Krakatau. The event lasted a little more than 10 minutes based on seismic data. The alert level remains at 2 (on a scale of 1-4), and the public is asked to remain outside the 2-km-radius hazard zone from the crater.

Source : CVGHM.

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The usual steam-and-gas emissions are observed at Popocatépetl (Mexico), some of which contain minor amounts of ash. An explosion on March 17th, 2020 ejected incandescent material onto the flanks and produced an ash plume that rose 1.2 km above the crater. Minor ashfall was reported in several municipalities. Some emissions are accompanied by incandescent material ejected out of the crater. The alert level remains at Yellow, Phase Two. Source: CENAPRED.

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A high level of seismic activity has been recorded during the past days by Reventador’s network (Ecuador). Gas-and-ash emissions are observed almost daily, rising 500-2000 m above the crater. Ashfall is reported in downwind areas. Incandescent blocks sometimes roll down the flanks of the volcano.

Source : Instituto Geofisico.

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Mount Merapi (Indonesia) went through a significant eruptive episode on March 27th, 2020 at 10:56 (local time) with an ash plume that rose up to about 8 km above sea level. The aviation colour code was raised from Green to Red.  The event – which occurred without any precursor sign – lasted about 7 minutes. Ashfall was reported in several places as far as 20 km from the volcano. There has been no report of damage. Residents are asked to stay outside a 3-km radius from the volcano.

This eruptive episode clearly shows that the supply of magma into the volcanic edifice is still ongoing.’ The last estimated volume of the lava dome was 291 000 m3 on February 19th, 2020.

Here is a short video showing the last eruption:

 https://youtu.be/Q7jiEYmhFxc

Source : VSI.