La Soufrière de la Guadeloupe depuis 1976 : les progrès de la volcanologie

Alors que vient de se terminer à la Guadeloupe le colloque SOUFRIÈRE_50 organisé par l’IPGP et l’Observatoire volcanologique et sismologique (OVSG), un article publié sur le site Guadeloupe la 1ère montre l’évolution de la volcanologie au cours des 50 années qui se sont écoulées depuis l’éruption de La Soufrière en juillet 1976. On se souvient que cette éruption avait été marquée pat la relation conflictuelle entre Haroun Tazieff et Claude Allègre, ce dernier ayant décrété une évacuation qui n’était pas justifiée au vu des observations scientifiques effectuées par l’équipe Tazieff.

Source : Radio France, INA

Aujourd’hui, à la Guadeloupe comme ailleurs dans le monde, les moyens de surveillance volcanique n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de 1976, mais force est tout de même de reconnaître que la prévision éruptive est toujours loin d’être parfaite. On l’a constaté lors d’éruptions récentes comme celle du Fuego (Guatemala) en 2018 qui a été particulièrement meurtrière.

L’OVSG installé à Gourbeyre, dans le sud de l’île, est depuis quelques années en état de « vigilance renforcée » face au volcan, qui domine l’archipel du haut de ses 1 467 mètres.

Crédit photo : Wikiprdia

La Soufrière est sous étroite surveillance car le volcan montre des signes de réveil. Le bulletin publié par l’Observatoire rappelle que depuis mai 2021, la zone active du sommet est devenue « plus dangereuse qu’auparavant », en raison des gaz toxiques, des projections de vapeur et de matière à haute température et des effondrements de sol. La directrice de l’Observatoire a toutefois fait remarquer en novembre 2025 que « la micro-sismicité est moins forte en ce moment. » Selon elle, le canal par lequel remonte la vapeur d’eau serait aujourd’hui bien ouvert. Cette vapeur ne fracture donc plus les entrailles du volcan, un phénomène qui provoque des séismes. Le risque d’une éruption phréatique semble donc écarté pour le moment.

Crédit photo : CNRS

En cas d’éruption, la première question qui se poserait serait celle des évacuations. En novembre, un exercice grandeur nature a simulé l’évacuation d’une partie de Saint-Claude, commune installée sur les flancs du volcan, vers des centres d’accueil du nord de l’île.

En 1976, Claude Allègre, alors directeur de l’IPGP, avait décrété une évacuation d’ampleur, faisant fi des résultats des observations de l’équipe Tazieff qui n’avait détecté aucun magma juvénile dans les matériaux éjectés par le volcan. Quelque 73 000 personnes avaient finalement été évacuées de l’île de Basse-Terre à la mi-août et la commune, chef-lieu de la Guadeloupe, ne s’en est jamais vraiment remise. L’éruption a précipité son déclin au profit de Pointe-à-Pitre, la capitale économique.

D’un point de vue scientifique, les chercheurs considèrent désormais la Soufrière comme un volcan similaire à la Montagne Pelée en Martinique, et à La Soufriere de Montserrat, capable de produire des éruptions phréatiques, mais aussi magmatiques. [NDLR : Il ne faudrait pas oublier que chacun de ces volcans a son propre dynamisme éruptif. La lecture du livre d’Alfred Lacroix sur les éruptions de la Montagne Pelée, comme l’a fait le professeur Brousse en 1976 au moment de la crise de la Soufrière n’était pas forcément le meilleur moyen de comprendre l’éruption à la Guadeloupe].

L’article paru sur le site Guadeloupe le 1ère explique qu’en un demi-siècle, la connaissance du passé éruptif de La Soufrière et la densification d’instruments toujours plus précis ont changé la façon de voir le volcan. Depuis fin 2024, les scientifiques disposent en outre de l’imagerie matricielle qui permet d’obtenir une sorte d’échographie du volcan. Cette nouvelle méthode repose sur la disposition d’un réseau de géophones qui captent non seulement les fortes secousses sismiques, mais aussi le bruit sismique induit par le vent, l’océan et l’activité humaine.  Les ondes émises par le volcan ont permis de représenter son sous-sol en image, jusqu’à 10 km de profondeur et environ 6 km de large. C’est ainsi qu’est apparu un conduit hélicoïdal sur les cinq premiers kilomètres de profondeur, qui se connecte à des réservoirs de magma plus en profondeur, un peu comme une éponge alvéolée. [NDLR : Une image semblable de l’intérieur de La Soufriàre avait été obtenue grâce à la tomographie muonique dans le cadre du projet Diaphane. Voir ma note du 9 mai 2016]

Selon un scientifique de l’arc antillais, cette technique permet de mieux comprendre le fonctionnement du volcan et pourrait aider à mieux anticiper les éruptions, en révélant à l’image d’éventuels changements du régime magmatique ou gazeux du volcan.

Source » : Guadeloupe la 1ère.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques informations sur l’activité volcanique dans le monde, fournies par les observatoires et par le Global Volcanism Network de la Smithsonian Institution.

**********

Une éruption modérément explosive s’est produite au niveau du cratère sommital du Kanlaon (Philippines) dans la matinée du 9 juillet 2026. L’événement a duré environ trois minutes, générant un panache de cendres qui s’est élevé entre 2 000 et 3 000 mètres au-dessus du sommet. Des coulées pyroclastiques, difficilement visibles, ont dévalé les pentes sud-est où elles ont parcouru probablement une distance inférieure à un kilomètre depuis le cratère sommital.
Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs localités. Au moins huit vols intérieurs ont été annulés à l’aéroport international de Mactan-Cebu en raison de l’éruption. Les autorités locales ont commencé à distribuer des masques aux habitants afin de réduire l’exposition aux cendres volcaniques, susceptibles de provoquer des problèmes respiratoires.
Le niveau d’alerte 2 reste en vigueur pour le Kanlaon. L’accès à la zone de danger permanent (PDZ), définie par un rayon de 4 kilomètres autour du volcan, demeure interdit.
Source : PHIVOLCS.

Activité explosive sur le Kanlaon en décembre 2025 (Crédit photo: PHIVOLCS)

++++++++++

Une puissante éruption explosive sur le Sheveluch (Kamtchatka) le 5 juillet 2026 a propulsé un panache de cendres jusqu’à 12,2 km d’altitude et a conduit les autorités à relever au Rouge la couleur de l’alerte aérienne. L’explosion a duré une dizaine de minutes. Aucune nouvelle explosion n’a été observée par la suite et la couleur de l’alerte aérienne a été ramenée à l’Orange. Toutefois, la survenue d’autres épisodes explosifs ne peut être exclue.
Cet événement faisait suite à une hausse d’activité le 3 juillet, date à laquelle la couleur de l’alerte aérienne avait déjà été portée au Rouge avant d’être abaissée à l’Orange.
Source : KVERT.

Crédit photo: KVERT

++++++++++

L’éruption sommitale du Kīlauea (Hawaï) est en pause. La nuit, les images des webcams montrent une lueur au niveau des bouches éruptives nord et sud, tandis que l’inflation sommitale se poursuit. Les modèles de prévision laissent supposer que l’Épisode 51 et ses fontaines de lave se produira entre le 11 et le 15 juillet 2026.

Source: HVO.

Image webcam de l’Épisode 50

+++++++++++

Vers la fin du mois de juin 2026, l’INGV a signalé le début d’une activité effusive sur l’Etna (Sicile) dans la partie supérieure de la Valle del Leone et de la Valle del Bove, à une altitude d’environ 3 000 mètres, Cette activité produisait une petite coulée de lave faiblement alimentée. Au cours de la nuit du 25 au 26 juin 2026, une faible activité strombolienne était également observée à partir de la bouche située sur le versant supérieur de la Voragine. L’alerte aérienne VONA émise par l’INGV restait alors à l’Orange, mais l’activité éruptive de l’Etna n’avait pas d’impact sur le fonctionnement de l’aéroport de Catane.

Cette situation a évolué le 5 juillet vers 7h45 (heure locale) quand de volumineux panaches de cendres sont apparus sur l’Etna au niveau de la bouche située dans la partie supérieure du flanc est de la Voragine. Ces émissions se sont intensifiées vers 8 h 45, générant un nuage éruptif à environ 1,5 km au-dessus du sommet du volcan et dirigé vers les secteurs sud et sud-sud-est. En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne est passée de l’Orange au Rouge.

Image webcam du panache de cendres le 5 juillet 2026

La SAC qui gère l’aéroport a mis en œuvre une série de restrictions progressives : d’abord, la fermeture de l’espace aérien en direction du nuage de cendres, avec une limitation à cinq vols par heure ; puis l’arrêt total de tout trafic aérien à l’arrivée. L’activité de l’aéroport de Catane a ensuite été totalement interrompue jusqu’au 7 juillet à midi. Les émissions de cendres de l’Etna ayant décliné de manière significative, les avions ont pu à nouveau décoller et atterrir.

À noter que pendant ces fortes émissions de cendres, la lave de la Voragine se déversait dans le Cratère Nord-Est.

Source: réseaux sociaux

L’INGV a indiqué le 7 juillet que l’épisode éruptif était terminé.

Source : INGV, journal La Sicilia.

++++++++++

Rien de nouveau en Islande. L’accumulation de magma et le soulèvement du sol se poursuivent dans le secteur de Svartsengi. La vitesse moyenne d’accumulation magmatique est restée stable au cours des dernières semaines. Selon le Met Office, le scénario le plus probable demeure une accumulation lente et continue de magma, conduisant à terme à une nouvelle intrusion de dyke et éventuellement à une éruption. Toutefois, le Met Office ne fait plus de prévision quant au moment où une éruption pourrait se produire !
L’activité sismique le long de la chaîne de cratères de Sundhnúkur et près de Grindavík reste relativement faible et comparable à celle des semaines précédentes. Aucune variation significative de l’activité sismique n’a été observés ces dernières semaines.
Source : Met Office.

++++++++++

La plateforme littorale qui s’est formée lors de l’éruption dr Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) en février-avril 2026 subit les assauts des vagues et s’érode.

Entre le 16 et le 24 mars 2026, l’île de La Réunion avait gagné 8,7 hectares grâce à l’arrivée de la lave à l’océan.

Source : OVPF

10 campagnes de cartographie par drones ont été menées en 3 mois et demi par l’OVPF, l’Université de La Réunion et la CIREST pour suivre l’érosion de la plateforme qui se réduit comme peau de chagrin. Entre le 24 mars et le 7 avril, elle a perdu 871 m² par jour. Depuis le 7 avril, elle perd-151 m²/jour et son recul est constant. L’OVPF précise que les vagues creusent la base de la pré-falaise, provoquant sa fragilisation et puis des effondrements. Les blocs, réduits en taille, sont emportés par les vagues et accélèrent l’érosion.

Source : OVPF.

++++++++++

Un demi-siècle après l’éruption de la Soufrière (8 juillet 1976) qui a profondément marqué l’histoire de la Guadeloupe et de la volcanologie mondiale, l’archipel est devenu, durant une semaine, le centre d’échanges internationaux sur les volcans actifs et la gestion des risques naturels.

Le colloque SOUFRIÈRE_50, organisé par l’IPGP et l’Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe (OVSG) s’est déroulé du 6 au 10 juillet 2026 sur le campus de Saint-Claude. L’événement a réuni des chercheurs de neuf nationalités Le but de ce colloque était pour les chercheurs, experts, autorités publiques et acteurs du territoire de partager leurs connaissances afin de tirer les leçons de la crise de 1976 et de renforcer la préparation face aux futurs phénomènes volcaniques.

La directrice de l’OVSG a rappelé l’importance historique de l’éruption de 1976. Il ne faudrait pas oublier que la Soufrière est un volcan actif, en phase de réactivation depuis 1992. La directrice a également déclaré : « L’objectif est de revenir sur tout ce que nous avons appris depuis 1976. Cette éruption a permis de mieux comprendre les volcans du type Soufrière, d’améliorer les réseaux de surveillance et de mieux anticiper les futures éruptions. » [NDLR : On peut ajouter ajouter qu’à l’avenir, il faudrait éviter les erreurs d’interprétation commises par certains en 1976 et tenir compte honnêtement des observations scientifiques avant de prendre une décision d’évacuation de la population.]

Tout au long de l’année 2026, d’autres manifestations seront proposées avec les communes de Saint-Claude, Basse-Terre et Pointe-à-Pitre afin de transmettre la mémoire de l’éruption de 1976 et de rappeler l’importance de la prévention face aux risques volcaniques.

Source : Guadeloupe la 1ère.

Crédit photo: Wikipedia

+++++++++

L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

°°°°°°°°°°

Flux RSS

Petit rappel : on me demande parfois comment il est possible de recevoir et lire mes articles au moment de leur parution. Pour cela, rendez-vous en haut de la colonne de droite de mon blog où figure le flux RSS qui permet de recevoir automatiquement des mises à jour du blog.

Vous pouvez également cliquer sur « Suivre Claude Grandpey : Volcans et Glaciers ».

——————————————-

Here is some news about eruptive activity around the world, provided by observatories and the Smithsonian Institution’s Global Volcanism Network.

**********

A moderately explosive eruption occurred at the summit crater of Kanlaon (Philippines) on the morning of July 9, 2026. The event lasted approximately three minutes, generating an ash plume that rose 2 000 to 3 000 m above the summit. Poorly visible pyroclastic flows descended the southeastern slopes, possibly travelling less than 1 km from the summit crater.

Ashfall was reported in several municipalities. At least eight domestic flights were canceled at Mactan-Cebu International Airport due to the eruption. The local government has begun distributing face masks to residents to minimize exposure to volcanic ash, which may cause respiratory problems.

Alert Level 2 remains in effect dor Kanlaon. Entry into the 4 km-radius Permanent Danger Zone (PDZ) remains prohibited.

Source : PHIVOLCS.

++++++++++

A powerful explosive eruption at Sheveluch (Kamchatka) on July 5, 2026, sent an ash plume as high as 12.2 km and prompted authorities to raise the Aviation Color Code to Red after video observations confirmed an approximately 10-minute explosion. No new ash explosions has been observed and the aviation color code was lowered to Orange. However, more explosive events cannot be excluded..

The event followed elevated activity beginning on July 3 when the aviation color code was already raised to Red, then lowered to Orange.

Source : KVERT.

++++++++++

The summit eruption of Kīlauea (Hawaii) is paused. At night, webcam views show glow at both the north and south eruptive vents, while summit inflation continues. Current forecast models suggest that lava fountaining Episode 51 will occur sometime between July 11 and 15, 2026.

++++++++++

Towards the end of June 2026, the INGV reported the onset of effusive activity on Mt Etna (Sicily), in the upper part of the Valle del Leone and Valle del Bove, at an elevation of approximately 3,000 meters; this activity produced a small, poorly-fed lava flow. During the night of June 25–26, 2026, weak Strombolian activity was also observed from the vent located on the upper slope of the Voragine. The VONA aviation color code issued by the INGV remained at « Orange, » and Etna’s eruptive activity did not impact operations at Catania Airport.
The situation changed on July 5 at approximately 7:45 a.m. (local time) when large ash plumes appeared at Mt Etna, originating from the vent on the upper eastern flank of the Voragine crater. These emissions intensified around 8:45 a.m., generating an eruption cloud that rose to about 1.5 km above the volcano’s summit and drifted toward the south and south-southeast. Consequently, the aviation color code was raised from Orange to Red. SAC, the airport operator, implemented a series of progressive restrictions: initially closing airspace in the direction of the ash cloud and limiting traffic to five flights per hour, followed by a complete halt to all incoming air traffic. Operations at Catania Airport were subsequently suspended entirely until noon on July 7. As Etna’s ash emissions subsided significantly, aircraft were able to resume takeoffs and landings.

Notably, during this period of intense ash emission, lava from the Voragine crater was spilling into the Northeast Crater.

INGV indicated on 7 July that the eruptive episode was over.

Source: INGV, La Sicilia.

++++++++++

Nothing new in Iceland. Magma accumulation and ground uplift continue beneath Svartsengi. The average rate of magma accumulation over the past few weeks has remained steady. According to the Met Office, the most likely scenario remains continued slow magma accumulation, eventually leading to a new dike intrusion and possibly a volcanic eruption. However, no more prediction is made about the moment when an eruption might occur.

Seismic activity along the Sundhnúkur crater row and near Grindavík remains relatively low and is similar to previous weeks. No significant changes in seismic activity have been observed in recent weeks.

Source : Met Office.

+++++++++

The coastal platform formed during the Piton de la Fournaise eruption (Réunion Island) between February and April 2026 is being battered by the waves and is eroding.
Between March 16 and March 24, 2026, Réunion Island gained 8.7 hectares as lava reached the ocean.
Over a period of three and a half months, the OVPF, the University of Réunion, and CIREST conducted ten drone-based mapping campaigns to monitor the erosion of the platform, which is rapidly shrinking. Between March 24 and April 7, it lost 871 m² per day. Since April 7, it has been losing 151 m² per day, and its retreat is constant.
The OVPF notes that waves are undercutting the base of the incipient cliff, causing it to weaken and eventually collapse. The resulting smaller blocks are swept away by the waves, further accelerating erosion.
Source: OVPF.

++++++++++

Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

°°°°°°°°°°

RSS feed

Quick reminder: I am sometimes asked how it is possible to receive and read my posts when they are published. Just go to the top of the right column of my blog where you can see the RSS feed. It will allow you to automatically receive updates from the blog.
You can also click on “Suivre Claude Grandpey: Volcans et Glaciers”.

Réchauffement climatique et érosion littorale à la Guadeloupe

Concentrations de CO2 : 432,38 ppm (12 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,46 ppb (février 2026)

Dans des notes publiées le 22 janvier 2021 et le 28 avril 2024, j’attirais l’attention sur l’érosion littorale à la Martinique et à la Guadeloupe. Selon les modélisations du BRGM, le niveau de la mer en Guadeloupe pourrait monter jusqu’à 1,4 m d’ici à 2100, avec des risques de submersions marines et des conséquences sur l’habitat privé et l’activité économique. À Petit-Bourg, par exemple, face à l’avancée de la mer, une trentaine de familles ont déjà dû être relogées.

Avis de démolition à la Guadeloupe (Source : Agence des 50 Pas Géométriques)

En mai 2026, la terre qui bordait la RD6, le long du quartier de Grand’Anse, à Trois-Rivières, s’est effondrée le long de la falaise. Le site est très fragilisé. Au fil du temps, des voûtes se sont formées jusque sous des habitations. Les riverains sont très inquiets. L’image de drone ci-dessous permet de comprendre l’ampleur des dégâts et de mesurer le risque d’une aggravation de la situation.

Source : RTVBT

Le littoral de la Guadeloupe est particulièrement exposé à l’aléa recul du trait de côte et en lien avec le transport des sédiments dans la zone côtière et le passage des cyclones qui peuvent provoquer des reculs brutaux. Les études réalisées par l’Observatoire du Littoral des Îles de Guadeloupe (OLIG) indiquent qu’environ 1/3 des côtes basses sableuses du littoral de l’île présentent une tendance à l’érosion depuis les années 1950.

Parmi les facteurs intervenants dans l’érosion des côtes basses sableuses on peut citer la fréquence et intensité des évènements extrêmes, l’évolution des conditions climatiques à l’échelle saisonnière ou interannuelle, ou encore l’élévation du niveau de la mer en lien avec le réchauffement climatique. Il faudrait aussi ajouter les prélèvements de sédiments dans la zone côtière pour la construction ou la collecte des algues sargasses échouées sur les plages.

Photo: C. Grandpey

Les écosystèmes côtiers de récif corallien, les herbiers marins, les mangroves, les cordons littoraux et la végétation littorale associée, jouent un rôle de protection important en Guadeloupe. Les pressions humaines (urbanisation, par exemple) ou naturelles (cyclone et effets du réchauffement climatique) contribuent à fragiliser et dégrader ces écosystèmes, avec une aggravation de l’érosion dans certains secteurs et une augmentation du risque de submersion en conditions extrêmes.

Photo: C. Grandpey

Une étude réalisée par la DEAL en 2021 estime qu’environ 42 500 personnes sont exposées au risque de submersion marine en Guadeloupe, soit 10% de la population. Les zones les plus exposées au risque de submersion se situent dans l’agglomération du Pointe-à-Pitre, le sud de la Grande-Terre et la côte sous le vent de la Basse-Terre.

Le littoral de la Guadeloupe est également exposé au phénomène de tsunami d’origine sismique, volcanique ou de mouvements de terrain. Toutefois, les connaissances historiques des évènements ayant pu affecter les Antilles restent encore très rares et le recours à la modélisation est indispensable pour caractériser l’aléa.

Aujourd’hui, les effets potentiels du réchauffement climatique sur les risques côtiers sont multiples. L’OLIG explique que l’augmentation du niveau moyen de la mer est un des éléments qui aura le plus d’impacts sur les zones côtières. Il y a un risque de submersion chronique et permanente des zones basses situées sous le niveau de la mer. Ce type de phénomène de submersion par la marée, hors perturbations atmosphériques, est déjà observé dans certains quartiers de Pointe-à-Pitre.

Les effets de l’élévation du niveau de la mer sur le trait de côte sont encore difficilement quantifiables, mais le phénomène aura un effet sur l’adaptation des cordons littoraux et des écosystèmes côtiers sur le long terme. La hausse du niveau de l’océan provoquera inévitablement des intrusions salines dans les eaux souterraines côtières.

Cartographie de l’aléa recul du trait de côte à échéance 100 ans sur la commune de Sainte-Anne (Source: BRGM)

Il est également reconnu que le réchauffement climatique induira probablement des cyclones plus intenses dans le bassin de l’Atlantique nord. Ces évènements seront associés à des phénomènes de submersion marine et d’érosion côtière plus intenses et plus fréquents en lien avec l’élévation du niveau de la mer.

Enfin, l’OLIG prévient que certains changements dans les conditions environnementales pourront affecter les écosystèmes côtiers, tels que les récifs coralliens, en lien avec l’augmentation de la température de surface de la mer et l’acidification des océans.

Source : OLIG.

Nouvelles techniques pour mieux comprendre les volcans // New techniques to better understand volcanoes

Une étude publiée intégralement dans Communications Earth & Environment le 16 septembre 2024 nous apprend que des chercheurs ont mis au point un nouveau dispositif pour observer les entrailles des volcans

Des scientifiques français ont fait passer au volcan de la Soufrière en Guadeloupe une sorte d’échographie. Cette nouvelle technique d’imagerie matricielle repose sur un réseau de géophones, des capteurs qui enregistrent à la fois les séismes proprement dits et le bruit sismique plus discret généré par le vent, l’océan et les activités humaines.

En analysant la façon dont toutes ces ondes se propageaient à l’intérieur du volcan les chercheurs ont pu reconstituer sa structure interne en 3 dimensions jusqu’à 10 kilomètres de profondeur et avec une précision de l’ordre d’une centaine de mètres. Au final, ils ont obtenu avec une résolution jamais atteinte, le plan de toute la tuyauterie de la Soufrière (voir image ci-dessous). On peut voir une cheminée légèrement tortueuse de 5 kilomètres de long et en dessous un réseau de poches de magma connectées entre elles. Les auteurs de l’étude n’hésitent pas à parler d’un outil révolutionnaire qui pourrait permettre à l’avenir de mieux prévoir les éruptions volcaniques.

Image tridimensionnelle de la Soufrière vue de l’est et du nord,

Dans des notes publiées en février, mai et juillet 2016, j’avais attiré l’attention sur une nouvelle technique – la tomographie muonique – destinée à mieux comprendre l’intérieur de certains volcans. Il y a une dizaine d’années, les volcanologues pensaient que la radiographie par les muons (particules cosmiques) serait un outil qui pourrait permettre de percer les mystères qui entourent l’activité volcanique.
La tomographie muonique a été utilisée pour la première fois par les Japonais pour visualiser la structure interne de volcans comme l’Asama, l’Iwate ou encore le volcan Satsuma-Iojima dans la préfecture de Kagoshima. Les scientifiques savaient que ce volcan dissimulait un réservoir magmatique, mais la nouvelle technologie a révélé que la quantité de magma était beaucoup plus grande que prévu.

De leur côté, les scientifiques français ont eux aussi utilisé la tomographie muonique dans le cadre du projet DIAPHANE sur le volcan de la Soufrière à la Guadeloupe. Des équipes du CNRS ont installé un capteur de muons cosmiques sur le flanc du volcan. La technologie a permis de « suspecter la présence d’importantes cavités » à l’intérieur de l’édifice volcanique.

Image de la Soufrière avec le projet Diaphane

Une autre application de la tomographie muonique  a eu pour cadre le Puy de Dôme en Auvergne. Le but du projet TOMUVOL était « la connaissance de l’historique du volcan de par sa structure pour prédire le comportement futur. » Une image du Stromboli (Sicile) a également été obtenue grâce à la tomographie muonique.

Si la tomographie muonique permet d’obtenir une image intéressante de l’intérieur des volcans, elle ne permet pas de mieux connaître le comportement du magma à l’intérieur des édifices. La mise en place des capteurs muoniques est longue et compliquée et il me semble difficile d’obtenir des images en temps réel permettant de faire des prévisions fiables.

Reste à savoir si la nouvelle technique d’imagerie matricielle permettra de mieux prévoir les éruptions.

———————————————

A study published in full in Communications Earth & Environment on September 16, 2024, reveals that researchers have developed a new device for observing the depths of volcanoes.
French scientists have conducted a type of ultrasound scan of the Soufrière volcano in Guadeloupe. This new matrix imaging technique relies on a network of geophones, sensors that record both the earthquakes themselves and the more subtle seismic noise generated by wind, the ocean, and human activity.
By analyzing how all these waves propagate within the volcano, the researchers were able to reconstruct its internal structure in 3D down to 10 kilometers deep and with an accuracy of around 100 meters. Ultimately, they obtained, with unprecedented resolution, a map of the entire conducts of the Soufrière volcano (see image above). A slightly twisting, 5-kilometer-long duct can be seen, and beneath it, a network of interconnected magma pockets. The study’s authors point out this is a revolutionary tool that could help better predict volcanic eruptions in the future.

In several posts published in February, May, and July 2016, I drew attention to a new technique—muon tomography—designed to better understand the interior of certain volcanoes. About ten years ago, volcanologists believed that X-ray imaging using muons (cosmic particles) would be a tool that could unlock the mysteries surrounding volcanic activity. Muon tomography was first used by the Japanese to visualize the internal structure of volcanoes such as Asama, Iwate, and Satsuma-Iojima in Kagoshima Prefecture. Scientists knew that this volcano concealed a magma reservoir, but the new technology revealed that the quantity of magma was much greater than expected.
For their part, French scientists also used muon tomography as part of the DIAPHANE project on the Soufrière volcano in Guadeloupe. Teams from the CNRS installed a cosmic muon sensor on the flank of the volcano. The technology made it possible to « suspect the presence of significant cavities » within the volcanic edifice. (see image above).
Another application of muon tomography took place at the Puy de Dôme in Auvergne. The goal of the TOMUVOL project was « to understand the volcano’s history through its structure in order to predict future behavior. » On image of the interior of Stromboli (Sicily) was also obtianed thanks to the muon technology (see image above).

While muography provides an interesting image of the interior of volcanoes, it does not provide a better understanding of the behavior of magma within the structures. Installing muon sensors is long and complicated, and I think it will be difficult to obtain real-time images that would allow for reliable predictions.
It remains to be seen whether the new imaging technique will allow for better eruption prediction.