Mauvaises nouvelles pour la planète ! // Bad news for the planet !

La NASA vient de confirmer ce que j’écrivais précédemment : le mois d’avril 2019 a été le deuxième plus chaud depuis le début des relevés effectués par l’Administration en 1880.  Depuis cette année, seul le mois d’avril 2016 a été plus chaud.

Dans le même temps, la barre des 415 ppm a été franchie pour la première fois depuis le début des enregistrements à Hawaii. Précisions qu’il s’agit là d’une valeur quotidienne et non mensuelle. L’observatoire du Mauna Loa mesure les niveaux de CO2 dans l’atmosphère depuis la fin des années 1950. Les premiers relevés faisaient état d’une concentration de 315 ppm en 1958.

Mauvaises nouvelles pour les glaciers et la banquise !

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NASA has just confirmed what I wrote previously: April 2019 was the second warmest since the beginning of the archives compiled by the Administration in 1880. Since that year, only April 2016 was hotter.
At the same time, the 415 ppm mark was crossed for the first time since records began in Hawaii. This is a daily value and not a monthly value. The Mauna Loa Observatory has been measuring CO2 levels in the atmosphere since the late 1950s. Early records showed a concentration of 315 ppm in 1958.
Bad news for glaciers and the ice sheet!

Courbe de Keeling (Source: NOAA)

Avril 2019 encore trop chaud ! // April 2019 still too hot !

On attend les statistiques de la NASA, mais les centres de prévisions NCEP-NCAR indiquent qu’avec + 0,638°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois d’avril 2019 se classe au 2ème rang depuis 1948, date du début des relevés NCEP-NCAR. L’année 2019 est également à la deuxième place derrière 2016 pour le moment.

Comme en février et en mars, la moyenne globale élevée est en partie due aux Tropiques (notamment au Vietnam et en Thaïlande), mais aussi aux régions polaires (Antarctique et Arctique). En Scandinavie, Helsinki a franchi les 12°C en moyenne sur la journée du 19 avril 2019, ce qui n’était jamais arrivé aussi tôt depuis 1882.  L’Arctique a signé un record de la plus faible extension de glace de mer pour un mois d’avril.

Source : global-climat.

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NASA statistics are still to come, but the NCEP-NCAR forecast centers indicate that with +0.638°C above the 1981-2010 average, April 2019 ranks second since 1948, the beginning of NCEP-NCAR surveys. The year 2019 is also in second place behind 2016 at the moment.
As in February and March, the high global average is partly due to the tropics (notably Vietnam and Thailand), but also to the polar regions (Antarctic and Arctic). In Scandinavia, Helsinki averaged 12°C on April 19th 2019, which had never happened so early since 1882. The Arctic has set a record for the lowest sea ice April.
Source: global-climat.

Sale temps pour la glace de mer (Photo: C. Grandpey)

Saint Gervais (Haute-Savoie) toujours sous la menace du glacier de Tête Rousse

Ce n’est pas le plus connu du massif alpin, mais le glacier de Tête Rousse fait partie des plus dangereux. En 2010, on a découvert une énorme poche d’eau sous la glace, à 3200 mètres d’altitude. Les autorités avaient alors décider de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand la rupture d’une poche glaciaire avait entraîné une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes qui avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes.

Depuis 2010, le glacier de Tête Rousse est placé sous haute surveillance. Avec le réchauffement climatique, on sait que la fonte de la glace s’est accélérée. Ces derniers jours, de nouvelles mesures ont révélé la présence de deux nouvelles poches d’eau, à une profondeur plus grande que prévu. L’une aurait un volume de 20 à 25 000 mètres cubes, l’autre de près de 15 000, soit un volume total d’environ 40 000 mètres cubes.. C’est moins que les 65 000 mètres cubes de 2010, mais c’est suffisant pour que la menace soit prise très au sérieux. Le maire de St Gervais estime aujourd’hui que 2300 personnes pourraient mourir en cas de nouvelle déferlante provoquée par la vidange brutale de la poche d’eau glaciaire. En 2010, grâce aux opérations de pompage,, le volume d’eau présent dans la cavité avait été ramené à 10.000 m3. Aujourd’hui, de nouvelles mesures doivent être prises pour éviter que l’eau continue de s’accumuler.

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 Le 12 juillet 1892, le glacier de Tête Rousse libère brusquement une masse d’eau et de glace estimée à 200 000 m³. Très rapidement, cette lave torrentielle, qui s’est chargée de terre, de roches et de végétaux en dévalant la pente, atteint un volume d’un million de m³. Tout est rasé sur son passage. Onze maisons du hameau de Bionnay, sont emportées faisant trois victimes. La coulée poursuit sa route plus en aval vers Saint-Gervais. Elle détruit le vieux pont romain, monte à 30 mètres de haut sous l’arche du nouveau Pont du Diable, puis s’engouffre dans la gorge des Bains. A peine dix minutes après la rupture, l’établissement thermal de Saint-Gervais est balayé par la lave, anéantissant six bâtiments sur huit, enterrant à demi les autres sous les débris et causant la mort de 130 personnes. La lave franchit le pont du Fayet à la hauteur de l’usine électrique puis s’étale dans la plaine sur 75 hectares, après avoir démoli huit maisons et tué douze personnes. Les dégâts sont considérables. Le bilan humain est catastrophique. Le nombre de morts et disparus est estimé entre 175 et 200. Selon les témoignages, la crue n’aurait pas duré plus de cinq à huit minutes. L’Arve a été fortement grossie, et un flot semblable à un mascaret est arrivé soudainement à Bonneville, vers quatre heures du matin.

Les causes de cet accident sont restées obscures pendant quelque temps. Au premier moment, on avait pensé, à tort, à une chute de l’extrémité du glacier de Bionassay. Joseph Vallot, Directeur de l’Observatoire du Mont-Blanc (il a donné son nom au célèbre refuge sur la montagne) au moment de la catastrophe a décrit dans la revue La Nature N°1003 du  20 août 1892 son approche de la source de la lave torrentielle. En voici un extrait :

« Arrivés à une altitude d’environ 3200 mètres, nous nous sommes trouvés en face d’une grande muraille de glace demi-circulaire, presque verticale, de 40 mètres de haut sur 100 mètres de diamètre. Dans cette muraille s’ouvrait une énorme cavité, mesurant 40 mètres de large sur 20 mètres de haut. Au pied, sur le sol de glace en cuvette, se trouvaient quelques blocs de glace, recouverts de neige récente, avec de petits lacs, alimentés par un ruisseau sortant de la caverne et s’écoulant sur la pente des rochers.

Un examen même superficiel suffisait pour montrer que la partie du glacier qui avait rempli le demi-cercle formé par la muraille de glace avait été enlevée récemment ; les lambeaux de névé qui subsistaient sur les côtés laissaient voir que l’extrémité du glacier avait formé une pente de 45°, par conséquent sans aucun surplomb ; ce glacier n’avait donc pas pu s’écrouler de lui-même, par l’effet de son poids, et il fallait qu’il eût été projeté par une force inconnue pour sortir de la cuvette étroite qui le contenait.

Nous pénétrâmes dans la caverne, qui se ramifiait en divers couloirs dont les parois, ainsi que celles de la voûte principale, offraient partout des surfaces polies et arrondies analogues à celles des marmites de géants, mais formées de glace transparente. Tous les caractères démontraient d’une manière certaine le contact prolongé de l’eau avec la glace. La présence d’une énorme caverne creusée dans la glace et remplie d’eau était donc démontrée, observation peut-être unique dans les annales géologiques.

Quelques pas, taillés au piolet dans la glace vive, nous amenèrent en un instant au bord du petit entonnoir au fond duquel nous avions émergé, et nous nous trouvâmes en face du spectacle le plus inattendu et le plus merveilleux qui se puisse imaginer. Nous étions au fond d’une sorte de cratère, à parois absolument verticales de glace blanche, reluisant au soleil. […]  Ce cirque d’effondrement, que personne n’avait soupçonné avant nous, mesurait 80 mètres de long, sur 40 mètres de largeur et 40 mètres de profondeur verticale. Ses parois étaient en neige et en glace blanche. Sur notre droite, il se prolongeait en une cavité de 15 à 20 mètres de haut, dont les parois en glace transparente et polie montraient que le lac avait également rempli cette caverne.

[…]

L’examen des grottes de glace prouvent d’une manière certaine qu’elles ont contenu toutes deux une grande quantité d’eau. L’hypothèse d’une avalanche de glace sèche tombe d’elle-même devant cette constatation. Il reste à rechercher le mécanisme de l’effondrement et du départ de l’avalanche.

L’eau, augmentant sans cesse par suite de l’obstruction temporaire de l’orifice d’écoulement, a dû miner peu à peu la croûte de glace qui recouvrait la cavité supérieure ; la voûte, devenant trop faible, s’est alors effondrée, exerçant sur l’eau une énorme pression qui, se propageant dans la grotte inférieure, a rompu et projeté violemment dans le couloir rocheux la partie antérieure du glacier la seule partie non encaissée par le rocher et plus faible par sa position même.

Ainsi s’explique l’énorme quantité d’eau qui s’est précipitée dans la vallée, emportant sur son passage la terre des rives, et formant ainsi la boue liquide qui s’est répandue dans les parties basses, accompagnée de blocs de glace et de rochers. La partie antérieure arrachée au glacier a roulé sur la pente avec l’eau de la caverne, tandis que le plafond du cirque d’ effondrement, n’ayant plus aucun véhicule liquide, est resté au fond de la cavité, remplaçant l’eau du lac sous-glaciaire.

D’après mon lever topographique, la quantité d’eau fournie par l’effondrement supérieur est de 80 000 mètres cubes. Il faut y ajouter 20 000 mètres cubes pour la grotte d’entrée, et 90 000 mètres cubes de glace arrachée à la partie frontale du glacier, ce qui forme un total de 100 000 mètres cubes d’eau et 90 000 mètres cubes de glace.

[…]

Il est malheureusement probable que ce lac sous-glaciaire, qui résulte de la configuration des lieux, se reformera dans un temps plus ou moins éloigné. Le remède consisterait à faire sauter à la mine le seuil rocheux, de manière à ménager, un écoulement à l’eau de fusion du glacier. Mais il faudrait se hâter, car les travaux deviendront de plus en plus dangereuse, si on laisse au lac le temps de se reformer, même en partie. »

 On appréciera la justesse de la conclusion. 127 ans plus tard, le danger demeure…

L’intégralité du texte rédigé par Joseph Vallot et illustré de plusieurs photos peut être lu en cliquant sur ce lien : http://sciences.gloubik.info/spip.php?article1017

Schéma accompagnant le texte de Joseph Vallot pour expliquer le processus de la catastrophe du 12 juillet 1892.

Les fluctuations du glacier Jakobshavn (Groenland) // Jakobshavn Glacier’s fluctuations (Greenland)

Le projet Oceans Melting Greenland (OMG) de la NASA vient de révéler que le glacier Jakobshavn au Groenland a recommencé à grandir, au moins dans sa partie frontale. Dans une étude publiée dans Nature Geoscience, des chercheurs expliquent que depuis 2016, la glace du Jakobshavn s’est légèrement épaissie grâce aux eaux océaniques relativement froides à sa base; ce qui a provoqué un ralentissement de la fonte du glacier. On se trouve à l’inverse des 20 années écoulées pendant lesquelles le glacier s’était aminci et avait reculé. Toutefois, au vu de ce qui se passe ailleurs sur la banquise groenlandaise et des perspectives climatiques globales, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le niveau de la mer à l’échelle de la planète. En effet, malgré le fait que le Jakobshavn reprenne du volume, la calotte glaciaire du Groenland perd toujours beaucoup de glace. Le glacier ne représente qu’environ sept pour cent de cette calotte glaciaire. En conséquence, même si la croissance du glacier reprenait de plus belle, la perte de masse du reste de la calotte glaciaire l’emporterait sur sa légère expansion.
La situation actuelle du glacier Jakobshavn montre que les conséquences du changement climatique ne vont pas en ligne droite; la situation est complexe et peut comporter de fortes fluctuations. Il y a quelque temps, on pensait que, une fois que les glaciers avaient commencé à reculer, rien ne pourrait plus les arrêter, mais cela n’est plus vrai. D’autres glaciers arctiques connaissent probablement une croissance similaire. Cela suggère que le flux et le reflux des glaciers dans un monde en réchauffement est plus compliqué et plus difficile à prévoir qu’on le pensait auparavant.
Pour expliquer la croissance du glacier Jakobshavn, les scientifiques ont pris en compte une remontée récente d’eau exceptionnellement froide en provenance de l’Atlantique Nord. Le phénomène est particulièrement marqué dans la baie de Disko où, à une profondeur de 245 mètres, la température de l’eau a chuté de deux degrés Celsius depuis 2014. L’eau plus froide a permis au glacier de ralentir sa fonte et même de croître légèrement. Cettre arrivée d’eau froide n’est pas un événement isolé: grâce à l’oscillation nord-atlantique (NAO), un cycle naturel de l’Océan Atlantique qui alterne le chaud et le froid environ une fois tous les 20 ans, des eaux plus froides avancent très loin le long de la côte ouest du Groenland. Cependant, l’oscillation variera à nouveau à un moment donné et les eaux plus chaudes seront de retour.

Le projet OMG de la NASA a commencé en 2016, avec pour but d’étudier le flux et le reflux saisonniers de la glace et de prévoir l’élévation du niveau de la mer ; il s’agit maintenant de déterminer si cette hypothèse est exacte. Les scientifiques déterminent l’épaisseur de la glace en survolant le glacier et en utilisant un cartographe topographique aéroporté qui utilise un radar pour scanner et mesurer la calotte glaciaire avec une précision d’environ 90 centimètres. Alors que de nombreuses recherches climatiques se concentrent sur l’air, le projet OMG étudie l’eau et les glaciers proprement dits. L’action des courants chauds sur les glaciers qui viennent vêler dans l’océan a déjà été observée en Antarctique où 10% des glaciers côtiers sont actuellement en recul. Entre 1991 et 2016, les océans se sont réchauffés en moyenne de 60% de plus par an que ne l’avait estimé le GIEC.
Les variations subies par la glace auront des répercussions significatives, que ce soit pour l’exploitation des minerais, les routes de navigation, la pêche et les revendications stratégiques de la Chine à la Russie. Une réduction des glaciers tels que le Jakobshavn peut signifier que des icebergs moins dangereux se dirigeront vers le sud de l’Atlantique, ou que le vêlage sous l’eau donnera naissance à davantage de blocs de glace. Chaque année, le Jakobshavn déverse dans la mer plus de 20 milliards de tonnes de glace, plus que partout ailleurs dans le monde mis à part l’Antarctique. Plus de 1 000 icebergs ont dérivé en dessous de 48 degrés de latitude nord en 2017. Ils présentent souvent une taille respectable, comme celui qui a coulé le Titanic en 1912.
L’étude de la NASA conclut en nous rappelant que, même si le glacier Jakobshavn prend du volume, il contribue toujours à la montée des océans dans le monde. Le processus ne s’est pas arrêté.
Source: NASA.

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NASA’s Oceans Melting Greenland (OMG) project has just revealed that Greenland’s Jakobshavn Glacier is actually growing, at least at its edge. In a study published in Nature Geoscience, researchers report that since 2016, Jakobshavn’s ice has thickened slightly, thanks to relatively cool ocean waters at its base; this has caused the glacier to slow down its melt. This reverses the glacier’s 20-year trend of thinning and retreating. But because of what is happening elsewhere on the ice sheet, and the overall climate outlook, this is not necessarily a good thing for global sea level. Indeed, despite the fact that this particular glacier is growing, the whole Greenland ice sheet is still losing lots of ice. Jakobshavn drains only about seven percent of the entire ice sheet, so even if it were growing robustly, mass loss from the rest of the ice sheet would outweigh its slight expansion.

The current situation of Jakobshavn Glacier shows that the reality of climate change is not a straight line; it is complex and may include sharp fluctuations. Some time ago, the thinking was that glaciers start retreating and nothing is stopping them, but that notion is no longer true. Other Arctic glaciers may be undergoing similar growth. That suggests the ebb and flow of glaciers in a warming world may be more complicated and harder to predict than previously thought.

To explain why Jakobshavn Glacier is growing, the scientists point to a recent influx of unusually cold water from the north Atlantic. This has been particularly marked in Disko Bay where, at a depth of 245 metres, temperatures have dropped two degrees Celsius since 2014. That colder water has helped the glacier slow its melt and even grow slightly. This influx of cold waters is not an isolated event: Thanks to the North Atlantic Oscillation (NAO), a natural cycle in the Atlantic Ocean that switches back and forth between warm and cold about once every 20 years, cooler waters are penetrating far up the western coast of Greenland. However, the phase will switch again at some point and warmer waters will return.

NASA’s OMG, which began in 2016 to track the ice’s seasonal ebb and flow to help predict global sea-level rise, now plans to determine if that hypothesis is accurate. One way scientists determine ice thickness is by flying above the glacier and using an airborne topographic mapper, which employs radar to scan and measure the ice cap at an accuracy of about 90 centimetres. While much climate research studies the air, OMG studies the water and the glaciers themselves. The interaction of warm currents eroding ocean-facing glaciers already impacts Antarctica; 10 percent of its coastal glaciers are currently in retreat. Between 1991 and 2016, oceans warmed an average of 60 percent more per year than the Intergovernmental Panel on Climate Change has estimated.

From mineral mining to shipping lanes, fishing and strategic claims ranging from China to Russia, the change in the ice has a myriad of ripples. A reduction of ice loss in glaciers like Jakobshavn could mean less dangerous icebergs travelling south into the Atlantic, or it could mean that all the underwater calving could create more ice floes. Twenty billion tons of ice dump into the sea from Jakobshavn annually, more than anywhere besides Antarctica. Over 1,000 icebergs drifted below 48 degrees N in 2017, and they are massive, like the one that sank the Titanic in 1912.

NASA’s study conclude by reminding us that although the Jakobshavn Glacier is growing, it is still contributing to global sea rise. The process has not stopped.

Source : NASA.

Recul du glacier Jakobshavn entre 1850 et 2006 (Source: NASA)

Un hiver beaucoup trop chaud en Alaska et au Canada // The winter was much too warm in Alaska and Canada

Il a fait anormalement chaud en Alaska cet hiver. Les températures ont atteint des niveaux jamais observés auparavant. Au même moment, le Midwest des Etats-Unis grelottait de froid. J’ai expliqué (voir mes notes précédentes) que cette situation était dû au comportement du vortex polaire.
Il a fait encore (trop) chaud en mars en Alaska et plusieurs régions de cet Etat ont enregistré des températures anormalement élevées. Plusieurs records ont été battus quotidiennement à l’intérieur de l’Alaska ainsi que dans l’Arctique dans son ensemble.
D’un point de vue météorologique, l’une des causes de ces températures élevées est une masse de hautes pressions dans l’atmosphère qui a apporté de l’air chaud, en particulier au-dessus du sud-est de l’Alaska et du Yukon.
En ce qui concerne le climat, l’Alaska subit les conséquences du changement climatique dans l’Arctique. Le réchauffement rapide de l’Arctique a réduit l’étendue de la glace de mer et augmenté la température de l’océan, ce qui contribue à la tendance au réchauffement. Sans glace, l’océan est sombre et absorbe plus de chaleur, alors que la blancheur de la glace de mer avait un effet réfléchissant. Un cycle de réactions bien expliqué par les scientifiques mais extrêmement vicieux se déroule dans tout l’Arctique.
Dans l’intérieur de l’Alaska, les températures sont restées inhabituellement chaudes pendant tout le mois de mars, ce qui a fortement perturbé les activités printanières de la population. En effet, mars est d’ordinaire le mois qui marque le retour de la lumière, mais avec des températures suffisamment froides pour conserver une neige et une glace de bonne qualité permettant aux Alaskiens de sortir et de profiter encore des joies de l’hiver. En raison des températures élevées, la neige fond et empêche la pratique des activités de neige et de glace. Beaucoup d’habitants sont déçus et frustrés ; ils affirment qu’on leur a « volé le mois de mars… »
Source: Journaux d’Alaska.

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Le Canada se trouve dans la même situation que l’Alaska. Le changement climatique y provoque un réchauffement deux fois plus rapide que dans le reste du monde. Les températures annuelles moyennes ont augmenté de 1,7°C depuis 1948, quand la hausse mondiale moyenne atteint 0,8°C. Selon un rapport commandé par le ministère canadien de l’Environnement, le climat « continuera de se réchauffer dans l’avenir, sous l’influence humaine. »

Dans le Nord du Canada, proche du Cercle Arctique, les températures ont augmenté en moyenne de 2,3°C depuis 1948. Le réchauffement pourrait atteindre plus de 6°C d’ici la fin du siècle, selon les projections des scientifiques. Cela aura des conséquences multiples : fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, inondations, sécheresses, vagues de chaleur et feux de forêts plus fréquents.

Ce rapport du Ministère de l’Environnement est dévoilé alors que le gouvernement de Justin Trudeau, qui a fait de l’environnement l’une de ses priorités, vient d’imposer une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre à quatre provinces dont il juge les efforts insuffisants. Selon les engagements pris par le Canada en 2015 dans l’accord de Paris sur le climat, le pays doit réduire de 30% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

Source : France Info.

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It is unusually warm in Alaska and the last winter temperatures reached highs never seen before. At the same time, the Midwest of the U.S. was freezing. I explained that this was due to the behaviour of the polar vortex.

It was still warm in March when large swaths of Alaska saw record warmth. Daily temperature records have broken around the state, and toppled all-time March records in the greater Arctic region.

As far as the weather is concerned, one cause of the high temperatures is a dominant mass of high pressure in the atmosphere, with warm air over Southeast Alaska and the Yukon.

As far as the global climate is concerned, Alaska is undergoing rising temperatures due to Arctic climate change. The rapid warming of the Arctic has reduced the extent of sea ice and increased ocean temperatures, which can further contribute to the warming trend. Without ice, the open ocean is dark and absorbent, soaking up even more heat. It’s a well-understood, vicious feedback cycle unfolding all over the Arctic.

In interior Alaska, the unusually warm temperatures are making for a noticeably disappointing March. Indeed, March — when daylight is finally increasing but temperatures are usually cold enough to preserve quality snow and ice — is when Alaskans can get outside and embrace the joys of winter.  Because of the high temperatures, the snow is melting. In a large part of urban Alaska, people talk about how “they have been robbed of March”.

Source: Alaskian newspapers..

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Canada is in the same situation as Alaska. Climate change has warmed the country  twice as fast as the rest of the world. Mean annual temperatures have risen 1.7°C since 1948, when the average global rise reached 0.8°C. According to a report commissioned by the Canadian Department of Environment, the climate « will continue to warm in the future, under human influence.
In northern Canada, near the Arctic Circle, temperatures have risen an average of 2.3°C since 1948. The warming could reach more than 6°C by the end of the century, according to scientists’ projections. This will have multiple consequences: melting ice, rising sea levels, floods, droughts, heat waves and more frequent forest fires.
The Ministry of Environment’s report is published at a time when Justin Trudeau’s government, which has made the environment one of his priorities, imposed on Monday a tax on greenhouse gas emissions to four provinces which made insufficient efforts. According to Canada’s commitments made in 2015 in the Paris climate agreement, the country must reduce its greenhouse gas emissions by 30% by 2030 compared to the 2005 level.
Source: France Info.

La fonte de la glace de mer contribue à la hausse de température des océans (Photo: C. Grandpey)

Février 2019 encore trop chaud // February 2019 was still too hot

Les chiffres viennent de tomber. Selon la NASA, le mois de février 2019 a été le troisième plus chaud depuis le début des relevés en 1880. Avec 0,92°C au-dessus de la moyenne 1951-1980, l’anomalie relevée en février 2019 est en hausse par rapport celle de janvier qui était de 0,87°C.  Depuis 1880, seuls les mois de février 2016 et 2017 ont été plus chauds.

Pour l’année en cours (avec les seuls mois de janvier et février), 2019 est à +0,895°C, quasiment au même niveau que 2017 et juste derrière le record de 2016.

La suite dépendra de l’évolution du phénomène El Niño qui présente encore des incertitudes. Plusieurs modèles climatiques tablent sur la poursuite des conditions El Niño dans la seconde partie de 2019 tandis que d’autres anticipent un retour à des conditions neutres. Il est néanmoins probable que les conditions plutôt chaudes actuelles dans le Pacifique conduiront à un pic de la température globale dans les prochains mois.

Au niveau régional, des anomalies de 8 à 12°C supérieures à la période 1951-1980 ont été observées dans certaines régions du nord de l’Eurasie, en Alaska et dans l’Arctique. Il a fait très chaud également en Antarctique.

Les chiffres publiés par la NASA sont relatifs à la période 1951-1980 mais on peut aussi calculer les anomalies par rapport à la période 1880-1899 où les émissions de gaz à effet de serre anthropiques n’avaient pas encore profondément modifié le climat. Par rapport à la période 1880-1899, l’anomalie a été de +1,19°C en février 2019. Lors de la COP21 de Paris, il a été prévu de contenir le réchauffement sous les 2°C, voire 1,5°C si possible. Ce dernier niveau avait été dépassé en février 2016 avec +1,6°C.

Source : NASA, global-climat.

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The latest fiigures have just been released. According to NASA, February 2019 was the third warmest since records began in 1880. At 0.92°C above the 1951-1980 average, the anomaly recorded in February 2019 is higher than that of January (0.87°C). Since 1880, only the months of February 2016 and 2017 have been warmer.
For the current year (with the only months of January and February), 2019 is + 0.895°C, almost at the same level as 2017 and just behind the record of 2016.
The rest of the year will depend on the evolution of the El Niño phenomenon which still presents uncertainties. Several climate models rely on the continuation of El Niño conditions in the second half of 2019 while others anticipate a return to neutral conditions. Nevertheless, it is likely that the current rather warm conditions in the Pacific will lead to a spike in global temperatures in the coming months.
At the regional level, anomalies of 8 to 12°C above 1951-1980 have been observed in parts of northern Eurasia, Alaska and the Arctic. It was very hot in Antarctica as well.
The figures published by NASA are relative to the period 1951-1980 but one can also calculate the anomalies compared to the period 1880-1899 when the emissions of anthropogenic greenhouse gases had not yet deeply modified the climate. Compared to the period 1880-1899, the anomaly was + 1.19°C in February 2019. At COP21 in Paris, it was planned to contain warming below 2°C, or 1.5°C if possible. This last level was exceeded in February 2016 with + 1.6°C.
Source: NASA, global-climat.

Source: NASA

…sans oublier la Courbe de Keeling qui montre des concentrations de CO2 en hausse permanente dans l’atmosphère, avec 414 ppm à l’heure actuelle, ce qui est considérable et inquiétant pour le climat de la Terre.

Source: Scripps Institution of Oceanography

Ça continue… ! // It’s going on… !

Avec +0,465°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de février 2019 est le 3ème plus chaud des archives NCEP-NCAR, derrière 2016 (+0,915) et 2017 (+0,649). El Niño est en train de reprendre de la vigueur. Les climatologues prévoient un été 2019 particulièrement chaud.

Dans le même temps, on apprend que le contenu en chaleur  des océans a atteint un niveau record en 2018, dépassant celui de 2017, qui avait été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Ne pas oublier qu’une montée en chaleur des océans contribue à leur dilatation et donc à la hausse de leur niveau.

Source : global-climat.

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With + 0.465°C above the 1981-2010 average, February 2019 was the 3rd warmest of the NCEP-NCAR archives, behind 2016 (+0.915°C) and 2017 (+0.649°C). El Niño is gaining strength. Climatologists predict a hot summer in 2019.

At the same time, we learn that the heat content of the oceans reached a record level in 2018, surpassing that of 2017, which had been the hottest year ever recorded. One should not forget that a rise in temperature of the oceans contributes to their expansion and thus to the rise of their level.
Source: global-climat.

Graphique montrant les 10 années les plus chaudes de l’océan depuis 1958. (Source : Lijing Cheng – IAP)