Prévision volcanique et principe de précaution

Heureusement qu’il y a le principe de précaution. Côté prévision éruptive, ça patauge un peu depuis quelque temps.

Sur l’Ile de la Réunion, on nous annonçait une éruption « imminente » du Piton de la Fournaise depuis le mois de décembre 2019. Tous les ingrédients étaient présents pour que le volcan se manifeste à nouveau, mais son humeur n’était pas éruptive à ce moment-là. Il a fallu attendre le 10 février 2020 pour que la lave montre le bout de son nez, avant de disparaître quelques jours plus tard..

Comme je l’expliquais précédemment, la prévision éruptive n’a qu’une importance relative à la Réunion dans la mesure où les éruptions se déroulent en général dans l’Enclos Fouqué qui est une zone désertique.

Le seul principe de précaution consiste, pour la Préfecture, à interdire l’accès de l’Enclos aux randonneurs. La mesure est facile à appliquer étant donné que l’entrée dans le site se fait par un portail qu’il suffit de cadenasser.

Le Piton de la Fournaise constitue surtout un excellent laboratoire pour étudier le comportement (fantasque !) d’un volcan.

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En Islande, l’activité sismique sur la Péninsule de Reykjanes a décontenancé les scientifiques de l’Icelandic Met Office (IMO). Ces derniers sont habitués à voir des essaims sismiques faire frissonner la péninsule de temps à autre. Le phénomène est prévisible et facile à comprendre étant donné le contexte tectonique dans lequel se situe l’Islande.

Le problème, c’est que depuis quelques semaines on enregistrait une inflation de plusieurs centimètres dans un secteur de la péninsule. Annonçait-elle une prochaine éruption ? L’IMO faisait état d’une possible intrusion magmatique, démentie quelques jours plus tard. Autrement dit, personne ne savait ce qui allait se passer.

Contrairement à l’Enclos Fouqué à la Réunion, le Péninsule de Reykjanes est habitée, même si la densité de population n’est pas énorme. De plus, en cas d’éruption, l’aéroport international de Keflavik, situé à quelques encablures de la péninsule, pourrait être impacté par des nuages de cendre.

La prévision sismique ou éruptive étant impossible, les autorités islandaises ont mis en place le principe de précaution et demandé aux habitants de se tenir prêts à une évacuation en cas d’éruption. Il leur a été vivement conseillé d’être attentifs aux messages d’alerte susceptibles d’être envoyés sur leurs smartphones.

A ce jour, aucune éruption ne s’est produite sur la Péninsule de Reykjanes.

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Aux Philippines, le volcan Taal a montré, lui aussi, les difficultés de la prévision éruptive. Le PHIVOLCS n’a pas prévu l’éruption qui a débuté le 12 janvier 2020 avec des panaches de vapeur et de cendre qui sont montés à 10-15 km de hauteur. L’Institut a immédiatement relevé le niveau d’alerte à 4 (éruption dangereuse éruption imminente), sur une échelle de 5 échelons. Aux Philippines, tous les ingrédients étaient présents pour que se produise une puissante éruption (sismicité, gonflement de l’édifice volcanique, intensification des émissions gazeuses), mais l’événement majeur attendu ne s’est (heureusement) jamais produit.

Le PHIVOLCS a constamment conseillé aux autorités d’évacuer sur une vaste zone les populations menacées par le Taal. Le principe de précaution a bien fonctionné et le 19 janvier 2020, 96 000 personnes avaient quitté leurs domiciles.

A la mi-février 2020, le niveau d’alerte pour le Taal est redescendu à 2, ce qui a permis à un grand nombre de personnes de quitter les structures d’hébergement provisoires.

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Le 9 décembre 2019, le cratère de White Island (Nouvelle Zélande) explosait, projetant des nuages de cendre, d’eau et de vapeur acides à haute température. Une quarantaine de touristes se trouvaient dans le cratère au moment de l’éruption et 21 personnes ont péri, soit immédiatement, soit des suites de leurs très graves brûlures.

Au moment de l’événement ; le niveau d’alerte était à 2 sur une échelle de 5 : « Moderate to heightened volcanic unrest [Activité volcanique modérée à élevée] .» Selon les volcanologues néo-zélandais, on avait affaire à une “activité volcanique pouvant conduire à un danger éruptif,” le type même de mise en garde vague que l’on rencontre sur tous les volcans actifs de la planète. Aucune éruption ou explosion majeure n’était prévue le 9 décembre 2019, même si le volcan présentait des signes d’activité.

C’est une fois la catastrophe passée que l’on se demande ce qu’il aurait fallu faire, comment on aurait prévenir un tel événement éruptif. La mesure la plus radicale était, bien sûr, d’interdire totalement l’accès à un volcan potentiellement dangereux. La poussée de plus en plus forte du tourisme de masse rend la mise en place d’une telle mesure extrêmement difficile. On aurait pu, aussi, limiter l’accès du cratère à des petits groupes, et éviter ainsi qu’une quarantaine de personnes se fasse surprendre.

Pour le moment, l’accès à White Island est interdit et il risque fort de le rester pendant longtemps. Le traumatisme subi par les Néo-Zélandais sera long à évacuer.

Panache éruptif du Taal (Source: Disaster Risk Reduction Management Council)

Le cratère de White Island après l’explosion (Source: Helicopter Rescue Trust)

 

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

Des panaches de vapeur continuent de monter jusqu’à 300 m au-dessus du Main Crater du Taal (Philippines). Les émissions de SO2 sont faibles, avec un maximum de 116 tonnes par jour. Selon le centre de gestion des catastrophes (DROMIC), il y a encore 17 088 personnes dans 110 centres d’évacuation, et 211 729 autres personnes ont trouvé refuge ailleurs, chez des parents ou des amis. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 0 à 5).
PHIVOLCS.

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La sismicité a diminué sur le Shishaldin (Aléoutiennes / Alaska) au cours de la semaine dernière pour atteindre des niveaux à peine supérieurs à la normale. De plus, les vues satellites du volcan sur la même période montrent une baisse des températures de surface au sommet. L’activité éruptive semble avoir pris fin ou marque une pause. En raison de cette baisse d’activité, la couleur de l’alerte aérienne a été abaissée à YELLOW (Jaune) et le niveau d’alerte volcanique à AVSISORY (surveillance conseillée). .
Cependant, il est possible que l’activité éruptive reprenne sans prévenir..
Source: AVO.

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L’Instituto Geofisico du Pérou (IGP) demande instamment aux touristes de rester à l’écart des volcans Ubinas et Huaynaputina car des lahars sont observés sur ces deux volcans.
La station de l’Ubinas a enregistré le 11 février 2020 une sismicité associée à un lahar modéré sur le flanc sud-est du volcan, à environ 2 km de la ville d’Ubinas.
Un lahar a également été enregistrés sur le volcan Huaynaputina, à 30 km au sud d’Ubinas. La coulée de boue a dévalé le versant sud. Il est à noter que les flancs de ce volcan sont recouverts d’épais dépôts de cendres laissés par une forte éruption (VEI 6) en 1600. L’événement a produit près de 30 km3 de tephra qui sont remobilisés par les fortes pluies.

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Selon le site Internet The Watchers, les photos prises par le satellite Copernicus Sentinel-2 le 3 février 2020, montrent une signature thermique modérée sur l’Ol Doinyo Lengai (Tanzanie). Cela laisse supposer que des émissions de natrocarbonatite ont eu lieu il y a quelques jours. Cette information n’est pas vraiment une surprise. Des expéditions récentes sur le volcan ont révélé que la lave noire s’accumulait parfois au fond du gouffre laissé par l’éruption de 2006.
Source: The Watchers.

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Après le passage de la tempête Francisco au large de l’île de la Réunion et du front pluvio-orageux qui avait perturbé le signal de tremor, le temps est à nouveau dégagé sur le Piton de la Fournaise et l’éruption est parfaitement visible depuis la RN2 dans les secteurs de Saint Philippe et Sainte Rose où la foule devrait se presser en fin de journée. La circulation promet donc d’être difficile. Attention de ne pas garer son véhicule n’importe où, sinon gare aux contraventions ! Le tremor éruptif, sans être exceptionnel, se maintient à un niveau correct. Le front de coulée, qui progresse de façon très sporadique, se situe à 600 m au dessous du cratère Marco, autour de 1900 m d’altitude, soit environ à 6,5 km de la RN2. Etant donné que le débit éruptif est relativement faible, il y a très peu de chances pour que la lave atteigne la route. Comme indiqué précédemment, au début de l’éruption deux bras de coulée étaient actifs, mais en ce moment, seul le bras orienté vers l’Est est actif.

Source : OVPF.

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Here is some news about volcanic activity around the world:

Steam plumes are still rising as high as 300 m above Taal’s Main Crater (Philippines). SO2 emissions are low, with a maximum of 116 tonnes per day. According to the disaster managing center (DROMIC) there are still 17,088 people in 110 evacuation centres, and an additional 211,729 people are staying at other locations. The alert level remains at 3 (on a scale of 0-5).

PHIVOLCS.

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Seismicity at Shishaldin Volcano (Aleutians / Alaska) has decreased over the past week to levels slightly above background. In addition, satellite views of the volcano over the same period show a decrease in surface temperatures at the summit. Eruptive activity appears to have ended or paused. Due to this decrease in activity, the aviation colour code for Shishaldin Volcano has been lowered to YELLOW and the volcanic alert level to ADVISORY.
However, it is possible for eruptive activity to resume with little warning.

Source: AVO.

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The Instituto Geofisico of Peru (IGP) is urging tourists to stay away from Ubinas and Huaynaputina volcanoes because lahars are observed on both volcanoes.

The seismic station at Ubinas recorded seismicity associated with a moderate lahar on February 11th, 2020 down the southeast flank of the volcano, about 2 km from Ubinas town.

A lahars was also recorded at Huaynaputina volcano, 30 km south of Ubinas. The lahar travelled down the southern slope. It should be noted that the outer flanks of this volcano are heavily mantled by ash deposits left by a strong eruption (VEI 6) in 1600. It produced nearly 30 km3 of tephra that have been remobilised by the heavy rains.

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According to the Watchers website, photos taken by the Copernicus Sentinel-2 satellite on February 3, 2020, show a moderate thermal signature on Ol Doinyo Lengai (Tanzania). This suggests that emissions of natrocarbonatite took place a few days ago. This piece of information is not really a surprise. Recent expeditions to the volcano have revealed that black lava sometimes accumulates at the bottom of the gap left by the 2006 eruption.
Source: The Watchers.

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After the passage of storm Francisco off Reunion Island and the rainy-stormy front which disturbed the tremor signal, the weather is again sunny on Piton de la Fournaise and the eruption can be ssen from RN2 in the Saint Philippe and Sainte Rose areas where lots of people are expected at the end of the day. Traffic therefore promises to be difficult. Be careful not to park your vehicle anywhere, otherwise beware of tickets! The eruptive tremor, without being exceptional, is still at a correct level. The flow front, which progresses very sporadically, is located 600 m below the Marco Crater, around 1900 m above sea level, or approximately 6.5 km from RN2. Since the eruptive output is quite low, lava is unlikely to reach the road. As mentioned earlier, at the start of the eruption two lava branches were active, but at the moment, only the East flow is active.
Source: OVPF.

Piton de la Fournaise (Photos: Christian Holveck)

Volcan Taal (Philippines) : Prévision éruptive…ou pilotage à vue ?

Au cours de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », j’explique que, malgré les outils technologiques ultra modernes (systèmes GPS, observations satellitaires, etc) dont disposent les scientifiques, la prévision volcanique reste très aléatoire, pour ne pas dire inexistante, surtout sur les volcans gris, les plus explosifs, donc les plus dangereux. Les terres étant très fertiles, des centaines de milliers de personnes vivent sur leurs pentes ou à proximité.

Lorsqu’un événement majeur se produit, les autorités mettent en général d’emblée en place le principe de précaution. On a tiré les leçons des éruptions meurtrières du passé et on n’attend plus de savoir si le volcan va se mettre vraiment en colère pour évacuer les populations menacées. La dernière éruption du Taal aux Philippines vient confirmer cette stratégie. Il suffit d’observer le déroulement des événements pour s’en rendre compte. Examinons les bulletins d’information émis par le PHIVOLCS (Philippine Institute of Volcanology and Seismomogy) pendant les jours qui ont précédé le réveil du volcan.

Dans un bulletin émis le 8 janvier 2020 à 8 heures du matin, le PHIVOLCS indiquait que le réseau sismique du Taal avait enregistré 29 séismes d’origine volcanique au cours des dernières 24 heures. Les dernières mesures effectuée début janvier révélaient une légère baisse de la température du lac dans le Main Crater (cratère principal), de 31.6°C à 31.5°C. On observait aussi une baisse du niveau de l’eau de 0.34 mètre, contre 0.27 mètre précédemment. L’acidité de l’eau avait augmenté et était passée d’un pH de 2.81 à un pH de 2.75. Le réseau GPS montrait aussi une inflation du volcan, mais sans changement significatif par rapport aux mesures précédentes sur le long terme. Au vu de ces paramètres, le PHIVOLCS avait mis en place le niveau d’alerte à 1, sur une échelle de 5. Cela signifiait qu’ « une éruption dangereuse n’était pas imminente. »

Le bulletin émis le 9 janvier à 8 heures était en grande partie identique à celui de la veille.

Même son de cloche le 10 janvier au matin où le PHIVOLCS signalait toutefois deux séismes susceptibles d’avoir été ressentis par la population.

Bis repetita les 11 et 12 janvier à 8 heures. Les bulletins émis par le PHIVOLCS étaient en tout point identique à ceux des jours précédents. Le niveau d’alerte volcanique était maintenu à 1.

Changement de décor dans le bulletin du 12 janvier à 14h30 ! Le PHIVOLCS signalait des émissions de vapeur dans le Main Crater, probablement générés par une activité phréatique. Rien de vraiment significatif dans l’activité sismique et la déformation du volcan. L’Institut signalait une augmentation régulière de la teneur en CO2 de l’eau du lac de cratère depuis février 2019. Par précaution, le niveau d’alerte volcanique passait de 1 à 2 (probable intrusion magmatique pouvant conduire à une éruption).  Il était demandé à la population de ne pas s’approcher du Main Crater.

Ce même jour à 16 heures, le PHIVOLCS faisait passer le niveau d’alerte de 2 à 3 car l’activité éruptive s’intensifiait avec un panache de 1 km de hauteur et une hausse de la sismicité. L’Institut expliquait qu’il se produisait probablement une intrusion magmatique et conseillait l’évacuation des barangays (unités administratives) d’Agoncillo et Laurel dans la province de Batangas à cause du risque de coulées pyroclastiques et de tsunami.

Une heure trente plus tard, à 17h30, le niveau d’alerte passait de 3 à 4 (dangereuse éruption imminente). L’éruption s’était intensifiée depuis le précédent bulletin, avec un panache de 10 à 15 km de hauteur et des retombées de cendre vers le nord du volcan. Le PHIVOLCS notait la présence de tremor et une hausse de l’activité sismique. Des fissures s’étaient ouvertes et d’autres s’étaient agrandies. Le PHIVOLCS s’attendait à une éruption majeure « dans les prochaines heures ou les prochains jours.» En conséquence, l’Institut conseillait fortement l’évacuation totale de Volcano Island et de la population dans un rayon de 14 km du Main Crater.

L’activité éruptive s’est poursuivie les jours suivants, sans que l’on assiste toutefois à l’éruption cataclysmale annoncée par le PHIVOLCS. Le niveau d’alerte était maintenu à 4 sur 5.

Le 25 janvier 2020, sismicité, déformation de l’édifice volcanique et émissions de SO2 poursuivant leur décrue, le PHIVOLCS a décidé de ramener le niveau d’alerte à 3, sans exclure une baisse à 2 les jours suivant si la baisse d’activité se confirme. Les personnes évacuées ont été en grande partie autorisées à rentrer chez elle. Les écoles primaires et secondaires de la province de Batangas restent toutefois fermées car elles hébergent les habitants de Agoncillo et Laurel, localités qui n’ont pas été jugées suffisamment sures par l’Institut.

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Les événements que je viens de mentionner montrent que la sismicité est restée intense pendant plusieurs jours avant de décliner progressivement. La cendre a envahi Volcano Island qui, selon les autorités, est en passe de devenir un no man’s land où toute implantation de population devrait être officiellement interdite, mais on sait d’avance qu’une telle mesure sera difficile à mettre en place.

Une évacuation à grande échelle a été décrétée sur une zone d’un rayon de 14 km par rapport au Main Crater. La carte à risque du Taal montre qu’environ 460 000 personnes habitent dans cette zone. Le 21 janvier, 148 987 personnes séjournaient dans 493 centres d’évacuation, en sachant que des milliers d’autres s’étaient réfugiées chez des parents et amis ailleurs dans le pays. La population et l’armée empêchaient les habitants évacués de revenir chez eux.

Ces événements confirment que la gestion de l’éruption s’est faite au jour le jour, au vu des paramètres du moment, surtout en fonction de l’intensité du panache éruptif et des retombées de cendre. L’éruption majeure envisagée par le PHIVOLCS n’a jamais eu lieu. Le principe de précaution a toutefois permis de mettre des dizaines de milliers de personnes à l’abri d’une possible éruption de grande ampleur. Les autorités philippines avaient sûrement en tête l’éruption du Pinatubo en 1991. L’événement avait alors tué quelque 800 personnes, un bilan relativement modéré au vu de la puissance de l’éruption.

Etant donné notre incapacité à réellement prévoir l’évolution d’une éruption sur un volcan explosif de la Ceinture de Feu du Pacifique, l’adoption du principe de précaution est à mes yeux une sage décision. Les autorités philippines ont par ailleurs eu la bonne idée de décréter une évacuation à grande échelle dès le début de l’activité éruptive. En 2010, j’avais critiqué l’évacuation pas à pas décidée par les autorités indonésiennes lors de l’éruption du Mérapi et ses quelque 340 morts. Dans le cas du Taal, aucune victime n’est à déplorer à ce jour. Il est vrai que le volcan a eu la bonne idée de ne pas envoyer de coulées pyroclastiques, ce qui est une différence majeure avec l’éruption du Merapi.

Source: Disaster Risk Reduction Management Council

Volcan Taal (Philippines): Baisse du niveau d’alerte // The alert level has been lowered

Deux semaines après le début d’une hausse de l’activité éruptive, le niveau d’alerte du Taal a été abaissé de 4 à 3 le 26 janvier 2020. Selon le PHIVOLCS, l’activité sismique a bien diminué (on est passé de 959 à 27 événements significatifs par jour au cours des deux dernières semaines). On aussi enregistré une réduction de la déformation du sol au niveau de la caldeira et de Volcano Island. De plus, le Main Crater n’émet plus que de faibles panaches de vapeur et de gaz. Les séismes hybrides, qui sont le signe de la migration du magma depuis le réservoir profond vers la surface, ont cessé le 21 janvier, tandis que le nombre de séismes basse fréquence, associés à l’activité magmatique peu profonde, a diminué.
La déformation du sol – avec l’élargissement d’environ un mètre de la caldeira du Taal, le soulèvement de son secteur nord-ouest d’environ 20 centimètres et l’affaissement de la partie sud-ouest de Volcano Island d’environ 1 mètre – a connu des valeurs beaucoup plus faibles entre le 15 et le 22 janvier. Le schéma global de déformation du sol, en grande partie obtenu grâce aux données satellitaires,  avait montré une forte inflation de la partie occidentale du Taal en raison d’une intrusion magmatique jusqu’au 21 janvier.
Après la phase éruptive principale, l’activité dans le Main Crater du Taal a diminué. On n’observe plus que de rares éruptions de cendre et des épisodes de dégazage générant des panaches de moins de 1000 mètres de hauteur.
Le PHIVOLCS explique que cette baisse d’activité éruptive, qui s’ajoute à celle de l’activité sismique, révèle la baisse de pression exercée par le magma et susceptible de déclencher une éruption. De même, les émissions de SO2 sont passées d’environ 5 300 tonnes / jour le 13 janvier à environ 140 tonnes / jour le 22 janvier, avant de se stabiliser à une moyenne à 250 tonnes / jour ces derniers temps.
En abaissant le niveau d’alerte du Taal, le PHIVOLCS explique qu’il y a moins de risque d’une « éruption explosive dangereuse, » mais cela ne veut pas dire que l’activité a cessé ou que la menace d’une éruption a disparu.
Il est conseillé aux 376 000 villageois qui ont été évacués et qui ont été autorisés à rentrer chez eux après la baisse du niveau d’alerte, de se préparer à une évacuation rapide en cas de nouvelle éruption. Cependant, si le PHIVOLCS continue à observer une baisse des paramètres de surveillance du volcan après une période d’observation suffisante, le niveau d’alerte sera abaissé à 2.
L’entrée dans la zone de danger permanent de Volcano Island, ainsi que dans la région du lac Taal et les localités situées à l’ouest de Volcano Island dans un rayon de 7 kilomètres du cratère principal (Main Crater) reste strictement interdite.
Source: Manila Bulletin.

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Two weeks after activity increased, the alert level of the volcano was lowered from 4 to 3 on January 26th, 2020. According to PHIVOLCS, activity has now declined into less frequent volcanic seismic activity (from 959 to 27 significant earthquake events per day in the past two weeks), reduced ground deformation of the caldera and volcano island edifices and weak steam or gas emissions at the Main Crater. In particular, hybrid earthquakes that track recharge from the deep magma reservoir to a shallow magma region ceased on January 21st, while the number and energy of low-frequency events associated with activity in the shallow magma region diminished.

Ground deformation including the sudden widening of Taal caldera by about 1 metre, uplift of its northwestern sector by about 20 centimetres and subsidence of the southwestern part of Volcano Island by about 1 metre, were observed at much smaller rates between January 15th and 22nd. The overall pattern of ground deformation is for the most part supported by satellite data and yields net inflation of western Taal Volcano as a consequence of magma intrusion to the shallow magma region until January 21st.

After the main eruptive phase, activity in the Taal main crater diminished to infrequent weak ash eruptions and longer episodes of degassing or steaming that generated steam plumes less than 1,000 metres high.

PHIVOLCS explains that this marked decline coupled with volcanic earthquake activity suggests stalling, degassing and reduction in gas pressures of eruptible magma in the shallow magmatic region that feeds surface eruptive activity.

Likewise, SO2 emissions decreased from about 5,300 tons/day on January 13th to about 140 tons/day on January 22nd, before steadying at an average of 250 tons/day in the last days.

In lowering Taal Volcano’s alert status, PHIVOLCS says there is a decreased tendency towards hazardous explosive eruption “but should not be interpreted that unrest has ceased or that the threat of a hazardous eruption has disappeared.”

The 376,000 displaced villagers that have been allowed to return to their homes after the lowering of the alert level are advised to be prepared for a quick and organized evacuation should another eruption occur. However, if there is a persistent downtrend in monitored parameters after a sufficient observation period, the alert level will be further lowered to alert level 2.

Entry into the Volcano Island permanent danger zone, as well as into areas over Taal Lake and communities west of the volcano island within a 7 kilometre-radius from the main crater remains strictly prohibited.

Source : Manila Bulletin.

Source: Disaster Risk Reduction Management Council

Volcan Taal (Philippines) : Situation stable et accès interdit

Les mises à jour du PHIVOLCS montrent que la situation sur le volcan Taal n’évolue plus depuis plusieurs jours. Des panaches de vapeur continuent à s’échapper du Main Crater. Les émissions de SO2 culminent à environ 400 tonnes par jour et la sismicité a bien décliné. Toutefois, personne ne peut prédire la date du paroxysme annoncé, ni même s’il aura lieu un jour.

Comme je l’ai indiqué précédemment, le vent remobilise parfois les dépôts de cendre, avec des particules de cendre en suspension qui peuvent provoquer des problèmes, en particulier chez les personnes souffrant d’insuffisance respiratoire.

A l’attention des voyagistes : Contrairement à ce que l’on a pu observer sur certains volcans, indonésiens en particulier, toute la zone de danger autour du Taal est fermement contrôlée par l’armée et les autorisations ne sont délivrées que moyennant des conditions extrêmement strictes. L’armée évacue de force les récalcitrants à l’évacuation. Leur refus est guidé par l’écroulement de leur économie souvent basée sur les fermes d’élevage de poissons.

Un grand merci à Daniel Moyano, l’un des rares étrangers sur place, de nous fournir régulièrement des informations.

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PHIVOLCS updates show that the situation on Taal Volcano  has not changed for several days. Steam plumes are still emitted by the Main Crater. SO2 emissions peak at around 400 tonnes per day and seismicity has declined significantly. However, no one can predict the date of the announced paroxysm, or even whether it will happen one day.
As I mentioned earlier, the wind sometimes re-mobilizes ash deposits, with suspended ash particles that can cause problems, especially in people with respiratory failure.
For the attention of tour operators: Contrary to what has been observed on certain volcanoes, especially in Indonesia, the entire danger zone around Taal Volcano is firmly controlled by the army and authorizations are subject to extremely strict conditions. The army forcibly evacuates those who are reluctant to do so. Their refusal is guided by the collapse of their economy, which is often based on fish farms.
Many thanks to Daniel Moyano, one of the few foreigners on site, for regularly providing us with information.

La cendre sur Volcano Island (Source: The Weather Channel)

Volcan Taal (Philippines) : Baisse d’activité définitive ? // Definitive decrease in activity ?

Dans sa première mise à jour du 22 janvier 2020 à 8h00, le PHILVOCS a indiqué que l’activité dans le Main Crater du Taal au cours des dernières 24 heures avait consisté en une faible émission de panaches de vapeur de 50 à 500 mètres de hauteur. Les émissions de SO2 ont atteint en moyenne 153 tonnes / jour. Entre 5 heures du matin le 21 janvier et 6 heures du matin le 22 janvier, l’Institut a enregistré 6 séismes volcaniques avec des magnitudes allant de M 1,5 à M  2,4. Dans le même temps, le réseau sismique du Taal a enregistré 481 séismes volcaniques, dont huit 8 événements basse fréquence. Le PHILVOCS a indiqué une fois de plus qu’une telle activité était probablement due à une intrusion magmatique sous le Taal, ce qui pourrait se solder par une crise éruptive majeure. .
Dans la deuxième mise à jour du 22 janvier 2020 publiée à 16 h 00, l’Institut a indiqué que depuis 5 h 00 il n’y avait pas d’émissions de cendre révélées par les enregistrements sismiques et les observations visuelles. La cendre qui recouvre Volcano Island a été remobilisée et transportée par des vents forts vers le sud-ouest où elle a affecté les villes de Lemery et d’Agoncillo. Plusieurs compagnies aériennes font état de la présence de cendres volcaniques à une hauteur d’environ 5800 mètres.

La première mise à jour du 23 janvier ressemble à celles des jours précédents. Le PHIVOLCS indique que l’activité dans le Main Crater au cours des dernières 24 heures a été marquée par des émissions faibles à modérées de panaches de vapeur de 50 à 500 mètres de hauteur. Les émissions de SO2 atteignent en moyenne à 141 tonnes par jour.
Le Philippine Seismic Network (PSN) a recensé 6 séismes volcaniques au cours des dernières 24 heures, tandis que le Taal Volcano Network a enregistré 467 événements, dont 8 séismes basse fréquence.
Le niveau d’alerte volcanique est maintenu à 4.

Avec la baisse d’activité observée, les cours dans les collèges, les écoles techniques et professionnelles et les universités de la province de Batangas en dehors de la zone de danger de 14 kilomètres devraient reprendre le 23 janvier. La décision a été prise avec l’autorisation du PHIVOLCS. Cependant, les cours pour les élèves des écoles primaires et secondaires resteront suspendus tant que le niveau d’alerte 4 sera en vigueur.

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In its first update for January 22nd, 2020 at 8:00 a.m., PHILVOCS indicated that activity in Taal’s Main Crater in the past 24 hours was characterized by weak emission of steam plumes 50 to 500 metres. SO2 emissions reached an average of 153 tonnes/day. Between 5:00 a.m. on January 21st and 6:00 a.m. on January 22nd, the Institute recorded 6 volcanic earthquakes with magnitudes ranging M 1.5-M 2.4. Meantime, the Taal Volcano Network, recorded 481 volcanic earthquakes, including eight 8 low-frequency earthquakes. PHILVOCS indicated once again that such intense activity likely signified continuous magmatic intrusion beneath the Taal edifice, which might lead to further eruptive activity.

In the second update for 22 January 2020 released at 4:00 p.m., The Institute indicated that since 5:00 a.m. there were no ash emissions based on the seismic records and visual observations. The ash blanketing Volcano Island had been remobilized and transported by strong winds towards southwest, affecting the towns of Lemery and Agoncillo. Reports from several airlines state the presence of remobilized volcanic ash at a height of approximately 5800 metres.

The first update of January 23rd looks like those of the previous days. It indicates that activity in the Main Crater in the past 24 hours has been characterized by weak to moderate emissions of steam plumes 50 to 500 meters high. SO2 emissions have been measured at an average of 141 tonnes/day.

The Philippine Seismic Network (PSN) has plotted 6 volcanic earthquakes in the past 24 hours, while the Taal Volcano Network has recorded 467 events including 8 low-frequency earthquakes.

 The volcanic alert level is kept at 4.

With the observed decrease in activity, classes for students in colleges, technical and vocational schools, and universities in the province of Batangas outside the 14-kilometre danger zone are expected to resume on January 23rd. The decision was made with the clearance from PHIVOLCS. However, classes for students under the primary and secondary levels will remain suspended as long as alert level 4 is in effect.

Source: Disaster Risk Reduction Management Council

Taal : Eruption or no eruption? That is the question! // Eruption ou pas éruption? Telle est la question !

Alors que l’activité du volcan Taal semble en déclin plus d’une semaine après son réveil le 12 janvier 2020, le PHIVOLCS continue de demander à la population évacuée de ne pas rentrer chez elle. En effet, la menace d’une violente éruption est toujours d’actualité
Comme je l’ai écrit précédemment, on enregistre toujours des séismes et les émissions de SO2 prouvent que le magma exerce une poussée sous l’édifice volcanique, ce qui a été confirmé par l’ouverture de nouvelles fractures. En conséquence, une éruption ne saurait être exclue.
Les habitants doivent rester dans des zones sûres loin du volcan, en particulier à l’écart de Volcano Island. En effet, une éruption peut se produire sans prévenir dans n’importe lequel des 47 cratères de l’île, et pas seulement dans le cratère principal.

Un paramètre qui inquiète les volcanologues philippins est le dioxyde de soufre (SO2) émis par le volcan. Les récentes mesures n’ont révélé que 344 tonnes par jour contre 4 353 tonnes par jour précédemment. Le niveau du SO2 a fluctué depuis les premières mesures le 13 janvier où il atteignait plus de 5 000 tonnes par jour. Selon le PHIVOLCS, cette fluctuation reflète en fait l’interaction des eaux souterraines et du magma. On est certain que ce dernier se trouve à un niveau peu profond.

De faibles émissions de vapeur ont été observées au niveau du Main Crater du Taal au cours des dernières 24 heures, avec également des panaches de cendre de 500 à 600 mètres de hauteur.

Les instruments du Philippine Seismic Network (PSN) ont enregistré moins de séismes volcaniques entre le 20 janvier au matin et le 21 janvier au matin. Seuls cinq secousses ont été détectées, avec des magnitudes allant de M 1,6 à M 2,5, sans être ressenties par la population.. Dans le même temps, 448 séismes volcaniques, dont 17 événements basse fréquence, ont été enregistrés par le Taal Volcano Network (TVN) qui peut percevoir des petits séismes indétectables par le PSN au cours de la même période.
Le PHIVOLCS explique que cette activité sismique continue signifie probablement qu’une intrusion magmatique est en cours sous l’édifice volcanique, avec le risque d’une éruption explosive. Cependant, les volcanologues ne sont pas en mesure de dire si on assiste à une diminution définitive de l’activité sismique et si le danger d’une forte éruption a disparu. L’activité sismique observée jusqu’à présent montre qu’il y a eu une intrusion magmatique, que le magma se trouve sous le volcan et qu’il est prêt à percer la surface.

Comme il est impossible de prévoir ce qui va se passer dans les prochains jours, le PHIVOLCS et les autorités préfèrent appliquer le principe de précaution et réitèrent leur conseil d’évacuation totale de Volcano Island ainsi que de la zone à haut risque de 14 km de rayon que l’on peut voir sur la carte publiée dans mes notes précédentes et ci-dessous. A cette zone s’ajoute la vallée de la rivière Pansipit où des fractures se sont ouvertes.

Un article de presse indique que la population, y compris la police, ont  48 heures pour quitter la zone de danger de 14 kilomètres autour du Taal. Les autorités vont mettre en œuvre un «verrouillage total» ou une évacuation forcée de la zone.

Source: PHIVOLCS via les journaux philippins.

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While Taal Volcano seems to have weakened more than a week after it erupted on January 12th, 2020, PHIVOLCS keeps warning residents that it is still not safe to return to high-risk areas. Threats of a dangerous eruption persist.

As I put it before, the continuous volcanic quakes and SO2 emissions mean that magma is moving upward beneath the volcanic edifice, which has been confirmed by the opening of new fissures. As a consequence, further eruptive activity cannot be excluded.

Residents should stay in safe areas away from the volcano, especially Volcano Island. Indeed, an eruption may take place anywhere in the 47 craters in the island, and not only in the Main Crater.

One parameter that worries Philippine volcanologists is the sulphur dioxide (SO2) emitted by the volcano. The recent SO2 measurements revealed only 344 tons per day compared to 4,353 tonnes per day recorded previously. SO2 levels have been fluctuating since it was first recorded on January 13th, reaching as high as over 5,000 tons per day. According to PHIVOLCS, this fluctuation actually reflects the interaction of groundwater and magma. But definitely magma is at a shallow level.

Weak steam emissions were also observed in the surface crater of Taal for the past 24 hours which generated ash plumes 500 to 600 metres tall.

Fewer volcanic earthquakes were also recorded by the Philippine Seismic Network (PSN) from January 20th in the morning to January 21st in the morning. Only five quakes were plotted with magnitudes ranging from M 1.6 to M 2.5, with no felt event. Meanwhile, 448 volcanic events including 17 low-frequency earthquakes were recorded by the Taal Volcano Network which can record small earthquakes undetectable by the PSN, within the same period.

PHIVOLCS explains that these continuous seismic activities likely signify continuous magmatic intrusion beneath the Taal edifice, which may lead to a further explosive eruption. However, experts are not able to say if there is a decrease in seismic activity and if the danger is already gone. The preceding seismic activity means that rhere was a magmatic intrusion, that magma is already there and it is ready to erupt.

As it is impossible to predict what will happen in the next days, PHIVOLCS and the authorities prefer enforcing the precaution principle and strongly reiterate total evacuation of Taal Volcano Island as well as high-risk areas identified in the hazard maps within the 14-kilometre radius from Taal Main Crater and along the Pansipit River Valley where fissures have been observed.

A press article indicates that villagers including policemen have been given only 48 hours to leave the 14-kilometre danger zone of Taal Volcano as authorities would implement “total lockdown” or forced evacuation in the area.

Source : PHIVOLCS via the Philippine newspapers.

Source: PSA, NAMRIA