Les glaciers continuent de fondre et de reculer // Glaciers keep melting and retreating

Ce n’est pas vraiment une surprise. Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature confirme que la quasi-totalité des glaciers perdent de la masse depuis 2000. La fonte a quasiment doublé sur les 20 dernières années, selon des mesures satellitaires particulièrement précises.

En utilisant 20 années de données satellitaires récemment déclassifiées, une équipe de recherche internationale a calculé que les glaciers avaient perdu 267 milliards de tonnes de glace par an sur la période 2000-2019. Les scientifiques ont analysé 220 000 glaciers à travers le monde, sans prendre en compte les immenses calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland. Seuls les glaciers situés à la périphérie des calottes ont été recensés. Le phénomène s’est accéléré entre 2015 et 2019 avec 298 milliards de tonnes perdues chaque année en moyenne.

La moitié de la perte glaciaire mondiale provient de l’Alaska et du Canada. Lors de mes conférences, j’insiste sur la fonte et le recul rapides du glacier Athabasca au Canada. Les taux de fonte de l’Alaska sont parmi les plus élevés de la planète avec une perte annuelle moyenne de 67 milliards de tonnes par an depuis 2000. Le glacier Columbia recule d’environ 35 mètres par an. On s’en rend compte en comparant les images satellites des dernières décennies (voir ci-dessous).

Presque tous les glaciers du monde fondent, même ceux du Tibet qui étaient stables jusqu’à présent. À l’exception de quelques-uns en Islande et en Scandinavie, alimentés par des précipitations accrues, les taux de fonte se sont accélérés quasiment partout sur le globe.

Cette fonte presque uniforme reflète l’augmentation globale de la température. Selon les auteurs de l’étude, le lien avec la combustion du charbon, du pétrole et du gaz ne fait aucun doute. Le stade de la simple alerte est largement dépassé. On a dépassé le point de non-retour dans de nombreuses régions où certains glaciers plus petits disparaissent entièrement.

L’étude est la première à utiliser l’imagerie satellite 3D pour examiner tous les glaciers de la Terre non connectés aux calottes glaciaires.

La difficulté de l’étude des glaciers provient d’une part du très faible nombre de mesures in situ. D’autre part, les relevés gravimétriques – très utiles pour mesurer l’évolution des calottes de glace de l’Antarctique et du Groenland – n’ont pas une résolution suffisamment fine pour étudier dans le détail les 220 000 glaciers analysés par l’étude parue dans Nature.

Les scientifiques ont analysé près de 500 000 images satellites prises depuis 2000 par le satellite Terra de la NASA. Les clichés permettent de construire des cartes 3D de la surface de la Terre. Le travail a été rendu possible par le recours à un super calculateur qui a construit des modèles numériques d’élévation basés sur plus de 440 000 images satellites. La précision des résultats atteint un niveau inégalé à ce jour.

La plus grande menace de la fonte des glaciers est l’élévation du niveau de la mer. Les océans du monde subissent déjà l’expansion thermique et la fonte des calottes glaciaires au Groenland et en Antarctique. Selon l’étude, les glaciers sont responsables de 21% de l’élévation du niveau de la mer sur la période 2000-2019. Les calottes glaciaires constituent des menaces plus importantes sur le long terme.

Ces résultats de l’étude concernant les glaciers sont conformes à ceux d’une autre étude parue en 2020, mais celle de 2021 offre une précision supérieure. La première mission GRACE lancée en 2002 a permis de mesurer les changements du champ de gravité terrestre causés par les mouvements de masse sur la planète. Les résultats de la mission GRACE donnent une perte de 200 milliards de tonnes pour les glaciers de montagne sur la période 2002-2016. GRACE montre une accélération spectaculaire pour le Groenland sur la période 2010-2018 avec une perte de 286 milliards de tonnes. La mission arrive à la même accélération spectaculaire en Antarctique avec une perte de 252 milliards de tonnes par an sur 2009-2017.

Source : global-climat.

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It’s not much of a surprise. A new study published in the journal Nature confirms that almost all glaciers have lost mass since 2000. Melting has almost doubled over the past 20 years, according to vert accurate satellite measurements. Using 20 years of recently declassified satellite data, an international research team has calculated that glaciers lost 267 billion tonnes of ice per year over the period 2000-2019. Scientists have analyzed 220,000 glaciers around the world, ignoring the huge ice sheets of Antarctica and Greenland. Only the glaciers located on the periphery of the ice sheets have been identified. The phenomenon accelerated between 2015 and 2019 with 298 billion tonnes lost each year on average.

Half of the world’s ice loss comes from Alaska and Canada. In my lectures, I emphasize the rapid melting and retreating of the Athabasca Glacier in Canada. Alaska’s melt rates are among the highest on the planet with an average annual loss of 67 billion tonnes per year since 2000. The Columbia Glacier is retreating by about 35 metres per year. This can be seen by comparing satellite images from the last decades (see below).

Almost all of the world’s glaciers are melting, even those in Tibet which have been stable until now. With the exception of a few in Iceland and Scandinavia, supplied by increased precipitation, melt rates have accelerated almost everywhere in the world. This almost uniform melting reflects the overall increase in temperature. According to the study’s authors, the link to the combustion of coal, oil and gas is clear. The stage of the simple alert is largely past. The point of no return has been passed in many areas where some smaller glaciers are disappearing entirely. The study is the first to use 3D satellite imagery to examine all of Earth’s glaciers not connected to ice caps.

The difficulty in studying glaciers stems on the one hand from the very low number of in situ measurements. On the other hand, gravity readings – very useful for measuring the evolution of the Antarctic and Greenland ice caps – do not have a sufficient resolution to study in detail the 220,000 glaciers analyzed in the study published in Nature. Scientists have analyzed nearly 500,000 satellite images taken since 2000 by NASA’s Terra satellite. The images allow the construction of 3D maps of the surface of the Earth. The work was made possible by the use of a supercomputer that built digital elevation models based on more than 440,000 satellite images. The accuracy of the results reaches a level unmatched to date.

The greatest threat from melting glaciers is rising sea levels. The world’s oceans are already experiencing thermal expansion and melting ice caps in Greenland and Antarctica. According to the study, glaciers are responsible for 21% of sea level rise over the period 2000-2019. Ice caps are a bigger threat in the long term.

These results from the glacier study are consistent with another study released in 2020, but the 2021 study offers greater accuracy. The first GRACE mission launched in 2002 made it possible to measure the changes in the Earth’s gravity field caused by mass movements on the planet. The results of the GRACE mission show a loss of 200 billion tonnes for mountain glaciers over the period 2002-2016. GRACE shows a spectacular acceleration for Greenland over the period 2010-2018 with a loss of 286 billion tonnes. It underlines the same spectacular acceleration in Antarctica with a loss of 252 billion tonnes per year over 2009-2017.

Source: global-climat.

Source : NASA

Photo : C. Grandpey

 

Source : NASA

Photo : C. Grandpey

Source : NASA

Source : Copernicus Sentinel-2, ESA

D’autres informations dans mon livre « Glaciers en péril » :

Nouvelle alerte climatique // New climate warning

 A la veille du sommet sur le climat organisé par le Président Biden, avec la présence des principaux chefs d’états, l’Organisation Météorologique Mondiale, gérée par les Nations Unies, a publié un rapport le 19 avril 2021 expliquant que «le temps presse» pour limiter la hausse des températures dans le monde. Intitulé «État du climat mondial en 2020», le rapport constate que les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont continué d’augmenter en 2020, malgré les confinements imposés pour ralentir la propagation de la pandémie de COVID-19.

2020 a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, avec une accélération de la fonte des glaciers et de la glace de mer, l’acidification des océans et la prolifération des incendies de forêt et des ouragans.

Le principal objectif de l’Accord de Paris sur le climat était d’empêcher les températures à l’échelle de la planète de dépasser 1,5 degré Celsius. Le rapport de l’ONU avertit qu’il faudra un énorme effort de la part des gouvernements pour atteindre cet objectif.

Les données du rapport des Nations Unies montrent que la température moyenne du globe pour 2020 a été d’environ 1,2 degrés Celsius supérieure à l’époque préindustrielle, ce qui signifie que le temps presse vraiment pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Le 22 avril 2021, le Président Biden accueillera des dirigeants du monde entier pour un sommet virtuel auquel doivent participer des représentants de 40 pays responsables des principales émissions de carbone. Parmi les dirigeants invités au sommet figurent le Premier ministre indien, le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping.

La Maison Blanche a déclaré dans un communiqué que «le sommet sur le climat soulignera l’urgence – et les avantages économiques – d’une action climatique plus forte. Ce sera une étape clé sur la route de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) en novembre à Glasgow. »

Alors que les gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone et le méthane continuent de s’accumuler dans l’atmosphère terrestre, la planète a commencé à subir les ravages du changement climatique prévus depuis des décennies. Le niveau de la mer continue d’augmenter alors que les calottes glaciaires et les glaciers continuent de fondre. Aux États-Unis en 2020, les incendies de forêt ont établi des records, tout comme le nombre d’ouragans qui ont touché terre. Les vagues de chaleur sur terre et sur les océans menacent de plus en plus la vie sur Terre. Selon une étude conduite en 2020 par l’Université de l’Arizona, si un effort mondial concerté n’est pas déployé pour infléchir la tendance actuelle, on estime qu’un tiers de toutes les plantes et animaux de la planète seront menacés d’extinction de masse dans les 50 prochaines années.

Lors du sommet, Joe Biden devrait annoncer que les États-Unis essaieront de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 50% par rapport aux niveaux de 2005. Il fera également pression sur les autres dirigeant pour qu’ils souscrivent à des engagements similaires, même s’ils ne seront pas contraignants. [NDLR : Autrement dit, rien, ou très peu, sera fait pour améliorer la situation climatique]

Alors que 200 pays ont signé l’Accord de Paris, les États-Unis se sont retirés sous l’ancien président Donald Trump, mais Joe Biden a immédiatement rejoint l’Accord après avoir été élu. Le rapport des Nations Unies avertit que «le pire scénario serait que nous n’atteignions pas 1,5 degré comme limite acceptable, que nous la dépassions, et que nous précipitions alors le monde dans une situation catastrophique».

Source: Médias d’information internationaux.

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 On the eve of the climate summit organised by President Biden with the presence of world leaders, the United Nations World Meteorological Organization released a report on April 19th, 2021 warning that “time is fast running out” to keep global temperatures in check. Titled “State of the Global Climate 2020,” the report finds that concentrations of greenhouse gases in the atmosphere continued to climb in 2020, despite lockdowns imposed to slow the spread of COVID-19. 2020 was the third warmest on record, worsening the melting of glaciers and sea ice, the acidification of the world’s oceans and the severity of wildfires and hurricanes.

A key goal of the Paris Agreement on climate change is to keep global temperatures from rising above 1.5 degrees Celsius, and the U.N. report warns that doing so will require a massive effort from the governments of the world. The data in the U.N. report show that the global mean temperature for 2020 was around 1.2 degrees Celsius warmer than pre-industrial times, meaning that time is fast running out to meet the goals of the Paris Agreement.

On April 22nd, President Biden will host leaders from around the world for a virtual summit which is expected to include representatives from 40 countries who are responsible for the overwhelming majority of global carbon emissions. Among the leaders invited to the summit are India’s Prime Minister, Russian President Vladimir Putin and Chinese President Xi Jinping.

The White House said in a statement that “the Leaders Summit on Climate will underscore the urgency — and the economic benefits — of stronger climate action. It will be a key milestone on the road to the United Nations Climate Change Conference (COP26) this November in Glasgow.”

With greenhouse gases like carbon dioxide and methane continuing to build up in the Earth’s atmosphere, the planet has begun to experience the ravages of climate change predicted for decades. Sea levels continue to rise as polar ice caps and glaciers continue to melt. In the U.S. in 2020, wildfires set records, as did the number of hurricanes making landfall. Heat waves on land, as well as in the oceans, increasingly threaten life on Earth. According to a 2020 study conducted by the University of Arizona, if a concerted global effort is not mounted to bend the current trend line, an estimated one-third of all plants and animals on the planet will be at risk of mass extinction in the next 50 years.

At the summit, Biden is expected to announce that the U.S. will seek to cut emissions by at least 50 percent from 2005 levels. He will also pressure other world leaders to sign on to similar pledges, though those will be nonbinding. [Personal note : This means nothing, or little, will be made to improve the climate situation.]

While 200 nations signed onto the Paris accord, the U.S. pulled out of the agreement under former President Donald Trump, but Joe Biden was quick to rejoin the Paris Agreement upon being sworn in to office.

The United Nations report warns that “the worst risk is that we don’t reach 1.5 degrees as a limit, that we go over it, and that we precipitate the world into a catastrophic situation.”

Source: International news media.

Nul doute que les glaciers – comme celui du Rhône ici – vont continuer à fondre (Photo : C. Grandpey)

Réchauffement climatique et fonte de la glace // Global warming and ice melting

J’attends le verdict de la NASA et de la NOAA qui font le synthèse des températures globales sur les terres et sur les mers, mais je peux d’ores et déjà affirmer que 2020 sera très probablement l’une des 3 années les plus chaudes jamais enregistrées, rejoignant ainsi 2016 et 2019.

De janvier à octobre 2020, la température moyenne à la surface du globe a été supérieure d’environ 1,2°C à l’époque préindustrielle de 1850 à 1900. Pour la première fois depuis le début des mesures en 1900, la température maximale moyenne a dépassé 30°C pendant 4 jours de suite au mois de septembre 2020. Avec une température moyenne proche de 14°C au cours de l’année, 2020 dépasse la normale de près de 1,5°C.

En Sibérie arctique, les températures ont dépassé de plus de 5°C les moyennes habituelles, avec le record de 38°C le 20 juin 2020 dans la ville russe de Verkhoyansk.

La situation est semblable au Pôle Sud où la température moyenne sur l’année dans le nord de l’Antarctique a été supérieure à 0°C en 2020. Début février 2020, des scientifiques brésiliens ont relevé 20,75°C à l’extrémité de la péninsule Ouest antarctique.

L’article paru sur le site web de France Info à propos de l’Amérique du Sud fait échos à mes propos au cours de ma conférence « Glaciers en Péril ». Alors que je m’appuie sur le Pérou, France Info décrit le situation en Bolivie.où la Cordillère des Andes subit les assauts du réchauffement climatique. Le glacier Tuni disparaît plus rapidement que prévu ; sa fonte s’accélère depuis 30 ans. Cette fonte est une menace pour l’irrigation et l’alimentation en eau dans toute la région. Dans les grandes métropoles comme La Paz ou El Alto, les besoins en eau se font de plus en plus importants à cause de l’augmentation de la population et la croissance des grandes zones urbaines. La ville d’El Alto, par exemple, a une croissance d’environ 5% par an. Cette augmentation de la population urbaine est en partie due à une désertification des campagnes où le manque d’eau est de plus en plus sévère, en particulier pour l’irrigation des cultures. .

S’agissant de la fonte des glaciers dans le monde, la NASA a publié une série de photographies témoignant leur recul. Les images sont impressionnantes et parlent d’elles-mêmes que soit sur le Glacier Muir en Alaska ou sur le Glacier Qori Kalis au . Pérou. Baptisée «Images of Change», cette banque d’images se compose de vues entrecoupées de plusieurs décennies.

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I’m waiting for the verdict of NASA and NOAA which synthesize global temperatures on land and sea, but I can already say that 2020 will most likely be one of the 3 warmest years. ever recorded, together with 2016 and 2019.

From January to October 2020, the average temperature on Earth’s surface was about 1.2°C higher than during the pre-industrial era from 1850 to 1900. For the first time since measurements began in 1900, the maximum temperature average exceeded 30°C for 4 days in a row in September 2020. With an average temperature close to 14°C during the year, 2020 is above normal by almost 1.5°C.

In Arctic Siberia, temperatures were more than 5°C above average, with the record high of 38°C on June 20th, 2020 in the Russian city of Verkhoyansk.

The situation is similar at the South Pole where the average temperature over the year in the north of Antarctica was above 0°C in 2020. In early February 2020, Brazilian scientists noted 20.75°C at the end of the West Antarctic Peninsula.

The article on the France Info website about South America echoes my words during my « Glaciers at Risk » conference. While I rely on Peru, France Info describes the situation in Bolivia, where the Andes is under the assault of global warming. The Tuni Glacier is disappearing faster than expected; its melting has accelerated for 30 years. This melting is a threat to irrigation and water supply throughout the region. In larger cities like La Paz or El Alto, water needs are increasing due to the increase in population and the growth of large urban areas. The city of El Alto, for example, is growing by about 5% per year. This increase in the urban population is partly due to the desertification of the countryside where the lack of water is increasingly severe, in particular for the irrigation of crops. .

Regarding the melting of glaciers around the world, NASA has published a series of photographs showing their retreat. The pictures are impressive and speak for themselves whether on the Muir Glacier in Alaska or the Qori Kalis Glacier in. Peru. Called « Images of Change », this image bank consists of views interspersed with decades.

Le glacier Muir a reculé de plus de 7 kilomètres entre 1941 et 2004 et s’est aminci de plus de 875 mètres (Source : USGS).

Risque de tsunami en Alaska (rappel) // Tsunami hazard in Alaska (reminder)

Dans une note intitulée «Risque de tsunami en Alaska», publiée le 25 mai 2020, j’ai attiré l’attention sur le glacier Barry, à 90 km à l’est d’Anchorage, l’un des nombreux glaciers d’Alaska qui viennent vêler dans la mer. J’expliquais que les scientifiques ont découvert que le glacier Barry – qui se jette dans le Prince William Sound – pourrait provoquer un glissement de terrain et un tsunami catastrophiques dans les prochaines décennies. Le port de Whittier, qui se trouve à proximité, pourrait être menacé. Je vous invite à lire à nouveau ma note qui donne plein de détails sur la situation:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/05/25/risque-de-tsunami-en-alaska-tsunami-hazard-in-alaska/

Un article qui vient de paraître sur le site Web The Watchers confirme qu’un important glissement de terrain dans la région de Barry Arm pourrait générer un  puissant tsunami. Les dernières observations confirment elles aussi qu’un tel événement générerait 11 fois plus d’énergie et entraînerait 16 fois plus de matériaux que le glissement de terrain de Lituya Bay en 1958, qui a déplacé 40 millions de mètres cubes de terre et déclenché une vague de 510 m de hauteur, considérée comme la plus haute de l’histoire moderne.
Des fractures ont été observées sur une falaise surplombant le fjord de Barry Arm début 2019, mais on n’a relevé aucun indice annonçant un glissement de terrain imminent. Cependant, un peu plus tard dans l’année, l’analyse d’un ensemble de données haute résolution a révélé que tout le flanc de la montagne à proximité du glacier Barry se déplaçait lentement.

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In a post entitled “Tsunami hazard in Alaska”, released on May 25th, 2020, I drew attention to the Barry Glacier, 90 km east of Anchorage, one of the numerous Alaskan glaciers that end up calving in the sea. I explained that scientists have discovered that the Barry Glacier – which calves into Prince William Sound – is increasing the risk of a catastrophic landslide and tsunami within a few decades. Whittier, which lies a short distance away, might be under threat. I invite you to read again my post which gives plenty of details about the situation:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/05/25/risque-de-tsunami-en-alaska-tsunami-hazard-in-alaska/

An article on the website The Watchers confirms that a massive landslide in Barry Arm area might generate a mega-tsunami. Recent research findings show that the collapse would generate 11 times more energy and release 16 times more debris than the 1958 Lituya Bay landslide which dropped 40 million cubic metres of land, and triggered a 510 m wave believed to be the tallest in modern history.

Some fractures were observed on a cliff overlooking the Barry Arm fjord in 2019, but there was no strong evidence of an impending landslide. However, analysis of a high-resolution dataset later that year revealed that the entire mountainside near Barry Glacier was slowly moving.

Vue satellite du fjord de Barry Arm en 2020 (Source : NASA)

Vue des glaciers de la région (Photo : C. Grandpey)

Les inondations glaciaires de Lituya Bay (Alaska) // Glacial floods in Lituya Bay (Alaska)

Lituya Bay est un fjord situé sur la côte sud-est de l’Alaska. Il mesure 14,5 km de long et 3,2 km à son point le plus large. La baie a été mentionnée en 1786 par Lapérouse, qui l’a baptisée Port des Français. Vingt et un de ses hommes ont péri quand un tsunami s’est déclenché dans la baie alors qu’ils tentaient d’en cartographier l’entrée. Lituya Bay a toujours eu la réputation d’un endroit dangereux. Les marées hautes peuvent faire s’élever de 3 mètres le niveau de l’eau et les courants à l’entrée de la baie peuvent atteindre une vitesse de près de 10 km/h. Lituya Bay a également subi plusieurs tsunamis, en 1854, 1899 et1936. Les habitants du sud-est de l’Alaska ne sont pas près d’oublier le séisme de 1958 qui a tué cinq personnes. Il a déclenché un glissement de terrain qui a généré l’un des plus puissants tsunamis au monde, avec une vague d’une hauteur d’au moins 510 mètres.
En août 2020, à l’occasion de la première journée de la saison de pêche au chinook (le plus grand de tous les saumons du Pacifique), un pêcheur de Sitka était dans son bateau avec ses deux petits-fils. Il s’apprêtait  à profiter de la marée dans la baie pour y jeter l’ancre pour la nuit. Il fut surpris de constater que le courant s’était inversé. L’eau était boueuse, pleine d’arbres et d’autres débris. En plus, il y avait des icebergs partout dans la baie.
En regardant les images satellites (voir ci-dessous), un géologue du National Park Service a constaté des changements importants dans le delta de la rivière qui passe entre le Lituya Glacier et Lituya Bay. Les chenaux dans lesquels circule normalement l’eau de fonte du glacier vers l’océan ne présentaient plus leur morphologie habituelle. Les anciens chenaux avaient disparu et de nouveaux s’étaient formés à des endroits différents. En fait, ce que l’on voyait sur les images satellites n’était autre que la conséquence de la rupture d’un barrage glaciaire avec libération d’un énorme volume d’eau. Ce phénomène de crue glaciaire a été baptisé jökulhlaup par les Islandais.
Ce qui s’est passé dans Lituya Bay est assez facile à expliquer. Juste au-dessus du Lituya Glacier se trouve la Vallée de la Désolation qui héberge un lac de 10 kilomètres carrés qui recueille les eaux de fonte de Desolation Glacier et Fairweather Glacier à proximité. Le Lituya Glacier joue normalement le rôle de barrage et retient l’eau du lac. Suite à la rupture de ce barrage, une énorme quantité d’eau, de débris et de glace s’est précipitée vers l’aval. Le débit horaire moyen peut être semblable à celui de l’Amazone. La quantité d’eau représente environ 20 fois le volume libéré par le glacier Mendenhall dans le Suicide Basin près de Juneau quand se produit un tel événement chaque été. C’est la raison pour laquelle Lituya Bay peut devenir un endroit mortel.
Les images satellites archivées et les observations précédentes montrent que ce n’est pas la première fois que le phénomène se produit. En raison du changement climatique et de la fonte plus rapide des glaciers, une répétition de ces crues glaciaires est très probable à l’avenir. L’étude de la bathymétrie au cours des dernières décennies permettra de voir s’il y a eu des changements notables du niveau d’eau. Ces données permettront de repérer les zones sujettes aux glissements de terrain subaquatiques, aux mini tsunamis ou à tout autre événement dans Lituya Bay.
Source: Anchorage Daily News.

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Lituya Bay is a fjord located on the coast of the south-east part of Alaska. It is 14.5 km long and 3.2 km wide at its widest point. The bay was noted in 1786 by Jean-François de Lapérouse, who named it Port des Français. Twenty-one of his men perished in the tidal current in the bay while trying to chart the entrance to the bay.. Lituya Bay has always be known as a dangerous place. It is known for its high tides, which have a range of approximately 3 metres. Tidal currents in the entrance may reach a speed of nearly 10 km/h. Lituya Bay is also famous for several tsunamis, in 1854, 1899, 1936. Southeast Alaska residents remember the 1958 earthquake that killed five people. It triggered a rockfall in the bay that generated one of the world’s tallest tsunamis, at least 510 metres tall.

During the first day of the August 2020 chinook (the largest of all Pacific salmon) season, a Sitka commercial fisherman was out in his boat with his two grandsons preparing to ride the flood tide into the bay to anchor up for the night. Instead, the current was flowing out, the other way. The water was muddy, full of trees and other debris. And icebergs could be seen everywhere into the bay.

Looking at satellite images (see below),a geologist with the National Park Service, saw significant changes with the braided river delta between Lituya Glacier and Lituya Bay. The active channels that normally carry meltwater from the glacier down to the ocean had been completely revamped. Pre-existing channels were gone and new channels have formed in other places. What ha saw on the images was the aftermath of a glacial dam release, a phenomenon called jökulhlaup in Iceland.

What happened is quite easy to explain. Just above Lituya Glacier is Desolation Valley. In it, a 10-square-kilometre lake is collecting meltwater from other nearby Desolation and Fairweather glaciers. Lituya Glacier normally acts as a dam, holding the lake’s water in place. With the rupture of the dam, an enormous amount of water, debris and ice was released downstream. The average hourly discharge may be similar to that of the Amazon River. The amount of water is roughly 20 times the volume released by Mendenhall Glacier from Suicide Basin near Juneau in a similar event every summer. This is the reason why Lituya Bay can be a deadly place to be.

Archived satellite images and previously reported observations suggest this was not the first time rhe phenomenon had happened. Because of climate change and faster glacier melting, an acceleration is highly likely. The study of the bathymetry over the past decades will allow to see if there was any noticeable changes in the water level. Thisdata will help discover areas prone to underwater landslides, mini tsunamis, or any other events in Lituya Bay.

Source: Anchorage Daily News.

Carte de localisation de Lituya Bay (Source : ADN)

Image satellite montrant Lituya Bay, Lituya Glacier, et Desolation Lake avant et après l’événement d’août 2020 (Source : NASA)

Formation d’un barrage glaciaire dans Lituya Bay (Photo : C. Grandpey)

Zone d’accumulation du glacier Fairweather (Photo : C. Grandpey)

Les glaciers à Limoges le 13 octobre 2020 !

Je présenterai le mardi 13 octore 2020 une conférence intitulée « Glaciers en péril – Les effets du changement climatique » dans le cadre de l’UTA de Limoges ( Haute-Vienne. Elle aura lieu à 15 heures à lEspace Simone Veil, 7 rue de la Providence.

Tempêtes, glissements de terrain et autres catastrophes naturelles se multiplient. Elles sont souvent la conséquence du changement climatique.
Lors de ses voyages à travers le monde pour étudier les phénomènes volcaniques, j’ai eu l’occasion de parcourir des terres nordiques – en particulier l’Islande, le Canada et l’Alaska – et de me rendre compte de l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers. L’approche terrestre et les survols ne laissent pas le moindre doute sur leur recul. Plus près de nous, dans les Alpes, les glaciers sont en passe de devenir une espèce en voie de disparition.
Aucun continent ne semble épargné, pas plus l’Afrique et les neiges du Kilimandjaro que l’Asie avec la chaîne himalayenne. Une prise de conscience est urgente, faute de quoi notre société sera confrontée à de graves problèmes.
Mon exposé se poursuivra avec un diaporama d’une vingtaine de minutes, en fondu-enchaîné sonorisé, illustrant la situation glaciaire en Alaska.

A l’issue de la séance, les spectateurs pourront se procurer mon dernier ouvrage « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », avec un CD de 160 photos. Prix de vente : 10 euros.

Photo : C. Grandpey

Nouveau risque d’effondrement du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste)

Avec les vagues de chaleur à répétition depuis le début de l’été 2020, et qui font suite à celles des étés précédents, les glaciers alpins sont fragilisés et certains menacent de s’effondrer. C’est le cas du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste) qui avait déjà inquiété les autorités l’an dernier (voir mes notes du 25 septembre et 6 octobre 2019). Il avait déjà menacé de s’effondrer partiellement, sur une portion de près de 250.000 mètres cubes. Le glacier est situé sur les Grandes Jorasses, sur le territoire de la commune de Courmayeur, dans la partie italienne du massif du Mont Blanc,

Le 5 août 2020 au soir, les autorités italiennes ont été alertées par des mouvements sur le glacier de Planpincieux. À la suite de l’épisode de canicule, une fracture est apparue dans le glacier durant ces dix derniers jours. De ce fait, dans le Val Ferret, jusqu’à 500 000 mètres cubes de glace menacent 300 mètres de route et une trentaine d’habitations. Le 6 août au matin, la commune de Courmayeur a décidé d’évacuer la zone. Une quinzaine d’habitants permanents et une cinquantaine de touristes ont quitté leur logement. Ils ont été accueillis au centre sportif de Dolonne, dans la salle polyvalente. La route communale du Val Ferret a été coupée à partir de l’intersection du hameau de Meyen. La circulation est également interdite aux piétons. Seuls les véhicules de secours peuvent passer. La zone est sous la surveillance d’un radar Doppler.

Les autorités italiennes pensent que l’évacuation ne devrait durer que 3 à 4 jours. Quand le thermomètre s’abaissera, le risque d’effondrement du glacier de Planpincieux devrait redescendre. En attendant, il faudra surveiller très sérieusement le glacier pendant les journées de canicule à venir.

Source: Presse française et italienne.

Vue du glacier de Planpincieux, sur la face sud des Grandes Jorasses (Crédit photo: Wikipedia)