Kilauea (Hawaii): Un an après la fin de l’éruption… // One year after the end of the eruption

Comme je l’ai écrit précédemment, le 3 mai 2019 marquait le premier anniversaire de la grande éruption du Kilauea et des dégâts qu’elle a causés dans la Lower East Rift Zone, plus particulièrement dans les Leilani Estates. Un an après avoir subi les assauts de la lave et des gaz volcaniques, les victimes de la catastrophe, qui ont perdu leurs maisons et leurs fermes, éprouvent encore de grosses difficultés à retrouver une vie qui ressemble à celle d’autrefois. Plus de 700 maisons ont été détruites lors de l’éruption et la plupart des gens ne reverront jamais leurs terres.
En quatre mois, le Kilauea a déversé assez de lave pour remplir 320 000 piscines olympiques. Il a recouvert sous une épaisseur de lave atteignant parfois 24 mètres une zone plus grande que la moitié de l’île de Manhattan. La lave a noyé tous les points de repère, les rues et les quartiers. Aujourd’hui, le paysage a pris l’aspect d’un vaste chaos volcanique.
La catastrophe qui, selon les autorités, coûtera environ 800 millions de dollars, n’a pas seulement affecté les personnes et les structures qui se trouvaient sur le chemin de la lave. Des dizaines de maisons qui se trouvaient à proximité et qui ont été épargnées restent encore vides. Elles ont été rendues inaccessibles par les coulées de lave et ont souvent été endommagées par les débris en suspension dans l’air. D’autres se trouvaient sous le vent de fractures qui émettaient en permanence des gaz toxiques. En mai 2019, les gens commencent tout juste à reprendre goût à la vie ou à constater les dégâts.
Les journaux hawaïens donnent d’innombrables descriptions de l’état d’esprit des personnes qui ont tout, ou presque tout, perdu pendant l’éruption.

Nous avons l’exemple d’une famille qui possédait plusieurs hectares de terre en aval de l’éruption. Ils avaient une grande maison, ainsi que des serres et des pâturages. Le mari cultivait différents types de fruits exotiques, avec un jardin d’ananas, des moutons, des poules, des canards, des lapins et des cobayes. Le 4 mai 2018, au lendemain du début de l’éruption, son épouse est partie lorsqu’un séisme de M 6,9 a violemment secoué leur maison. La lave s’écoulait à partir de nouvelles fractures dans les Leilani Estates voisins et des gaz toxiques envahissaient l’air. Le mari est resté pour s’occuper des animaux. Il espérait que toute la famille pourrait bientôt revenir. Malgré la menace de la lave, il a continué son travail en se disant prêt à mourir. Il a finalement quitté la maison la veille du jour où une coulée de lave est arrivée et a coupé la maison en deux. La roche en fusion a presque tout détruit, y compris la maison et les dépendances, sauf un petit poulailler qu’il avait construit. La lave a cessé de couler la première semaine de septembre. Le mari est mort moins d’une semaine plus tard. Toutes les routes menant à la ferme sont maintenant coupées ; on peut y accéder uniquement à pied au terme d’un parcours difficile de deux heures.

Il y a l’exemple d’un autre couple dont la maison était perchée au sommet d’une crête dans les Leilani Estates, avec une terrasse dominant d’autres maisons dans une vallée. Le coeur de l’éruption de 2018 se trouvait juste devant leur domicile. C’est là que la très active Fracture n° 8 a édifié un cône qui a émis tellement de lave que cette dernière s’est épanchée dans toute la vallée en face de leur propriété et a parcouru environ 13 kilomètres avant d’atteindre l’océan.
Le couple partageait son temps entre Big Island et le Minnesota où il possède une entreprise. Ils étaient dans le Minnesota au début de l’éruption. Ils ont donc regardé les reportages à la télévision et ils ont pu voir la lave s’écouler près de leur maison à Hawaii. Un ami les a appelés un jour pour leur dire que la lave se dirigeait droit vers leur maison. Elle s’est arrêtée à environ 6 mètres de la structure qui est maintenant la dernière dans la rue. Des débris émis par l’éruption toute proche ont pénétré dans la maison et causé d’importants dégâts. Une fois l’éruption terminée, le couple a commencé à remplacer le mobilier et les appareils ménagers et a repris possession de son domicile.

Une autre victime de l’éruption est un homme qui avait acheté sa maison avec quatre chambres à coucher dans les Leilani Estates en 2016. Ingénieur à la retraite, il a quitté l’Alaska pour s’installer à Hawaii et y passer sa retraite. Il avait l’intention de travailler le bois dans son atelier et de retaper de vieilles voitures. Aujourd’hui sa maison est inhabitable, même si elle a été épargnée car la lave s’est arrêtée à quelques mètres. Les gaz et les débris projetés par les épisodes éruptifs de l’autre côté de la rue ont causé d’importants dégâts. Ce n’est pourtant pas la véritable raison pour laquelle cet homme  a dû acheter une nouvelle maison tout en continuant de payer l’hypothèque de 500 000 dollars sur son habitation désormais vide. La principale raison est la mauvaise qualité de l’air. Les vents dominants poussent les gaz volcaniques vers sa maison des Leilani Estates. Elle est située dans une petite vallée où les nuages de gaz s’accumulent et pénètrent dans sa maison. Après avoir respiré ces gaz pendant 15 minutes, il a eu très mal à la tête, et l’endroit était tout à fait invivable. La maison est maintenant vide tandis que son nouveau domicile se trouve toujours sur la Grande Ile, mais un peu plus à l’écart du Kilauea.
Source: Presse hawaiienne.

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As I put it before, May 3rd, 2019 marked the first anniversary of the large Kilauea eruption and the damage it caused in the Lower East Rift Zone, and more particularly in the Leilani Estates.  A year after the volcano rained lava and gases, people who lost their homes and farms in the disaster are still struggling to return to their past lifestyle. More than 700 homes were destroyed in the historic eruption, and most people will never move back to their land.

Over four months, Kilauea spewed enough lava to fill 320,000 Olympic-sized swimming pools, burying an area more than half the size of Manhattan in up to 24 metres of now-hardened lava. The molten rock reduced landmarks, streets and neighbourhoods to a vast field of blackened boulders and volcanic shard.

But the disaster, which county officials estimate will cost about $800 million to recover from, affected more than just the people and places in the lava’s path. Dozens of nearby homes that were spared still sit empty, either cut off by surrounding flows, damaged by airborne debris or downwind of cracks that continue to spew toxic gases. In May 2019, people are just beginning to come to terms with the devastation.

The Hawaiian newspapers give innumerable descriptions of the state of minds of people who lost nearly everything in the disaster.

We are given the example of a family who lived on several acres downslope from where the eruption began. They had a large house, along with greenhouses and animal pastures. The husband harvested different types of exotic fruit and had a pineapple garden, sheep, chickens, ducks, rabbits and Guinea pigs. On May 4th, 2018, the day after the eruption started, his wife evacuated when an M 6.9 earthquake violently jolted the family’s home. Lava was pouring from new cracks in the nearby Leilani Estates and toxic gases filled the air. The husband stayed behind to care for the animals. He hoped the entire family would soon be able to return. Despite the menacing lava, he continued the work, saying he was prepared to die doing it. He finally left the day before a river of lava arrived and cut the farm in half. The molten rock eventually took nearly all the structures, including the home and all but one small chicken coop that he had built. Lava stopped flowing the first week of September. The husband died less than a week later. All roads to the family’s farm are now cut off, leaving it accessible only by a two-hour difficult hike.

There is the example of another couple whose house sat atop a ridge in Leilani Estates, their deck looking out toward friends’ homes in a valley. The epicentre of the 2018 eruption is now in their front yard. The very active Fissure 8 created a towering cone that pumped out so much lava that it filled the valley in front of their property and flowed about 13 kilometres to the ocean.

The couple split their time between the Big Island and Minnesota where they own a business. They were in Minnesota when the eruption began, so they watched news reports and videos as lava blasted from the ground near their home. A friend called one day to tell them the lava was headed directly toward their house. It stopped about 6 metres from the house which is now the last one on the street. Debris from the nearby eruption infiltrated the house and caused extensive damage, but the couple has begun to replace furniture and appliances and recently moved back in.

One last example of people who were the victims of the eruption is a man who bought his four-bedroom Leilani Estates home in 2016. A retired engineer who moved to Hawaii from Alaska, he envisioned spending his retirement working in his woodshop and fixing up old cars. Now, he says his home is a complete loss, even though it was spared when the lava stopped in the front yard. Gases and debris from a string of eruptions across the street did extensive damage to the house. But this not the first reason why he had to buy a new house while continuing to pay the $500,000 mortgage on his now-empty dream home. The main reason is the poor air quality. The prevailing winds bring the volcanic gases toward his Leilani Estates house, which sits in a small valley where the fumes accumulate and build up in his home. After breathing the gases for 15 minutes, he got a bad headache making the place unlivable. The house now remains vacant while his new Big Island home is located a little farther from Kilauea volcano.

Source: Hawaiian newspapers.

D’impressionnantes fontaines de lave ont jailli de la Fracture n° 8 pendant l’éruption de 2018 (Crédit photo: USGS / HVO)

La sismicité pendant l’éruption du Kilauea en 2018 // Seismicity during Kilauea’s 2018 eruption

Le Centre d’alerte aux tsunamis dans le Pacifique (PTWC) a mis en ligne une vidéo en accéléré assez fantastique à l’occasion de l’anniversaire du début de la dernière éruption du Kilauea. .

https://youtu.be/Pc9hM08uscM

Cette animation commence le 1er avril 2018, un mois avant le début de l’éruption. On y voit une séquence habituelle de sismicité sur la Grande Ile d’Hawaii. L’animation se poursuit dans le temps à raison d’un jour par seconde d’animation. Les cercles indiquent l’emplacement des séismes au fur et à mesure qu’ils se produisent. La taille des cercles dépend de la magnitude des séismes tandis que les couleurs représentent leurs profondeurs. Trois jours avant le début de l’essaim sismique annonciateur du début de l’éruption, la lave de l’Overlook Crater a débordé sur le plancher de l’Halema’uma’u. Le 30 avril, l’éruption de Pu’uO’o qui durait depuis 35 ans a cessé et le cône s’est partiellement effondré. Cet événement a coïncidé avec le début d’un essaim sismique d’origine volcanique dans l’East Rift Zone du Kilauea. À partir de l’effondrement du Pu’uO’o, l’activité sismique a migré vers le nord-est le long de l’East Rift Zone, loin du Pu’uO ’o, ce qui correspondait au déplacement du magma dans cette direction. Le magma a atteint la surface sous forme de lave l’après-midi du 3 mai, avec l’apparition de coulées de lave qui ont détruit quelque 700 habitations et couvert plus de 30 kilomètres carrés, y compris Kapoho Bay. Dans cette animation, la tache orange en croissance représente ces coulées de lave.
En émergeant dans l’East Rift Zone le magma a parcouru une longue distance depuis sa source, le réservoir situé sous le sommet du Kilauea. La lave a commencé à quitter l’Overlook Crater le 2 mai, et le 15 mai le lac de lave s’était enfoncé de plusieurs dizaines de mètres. On observait alors des explosions dont certaines provoquaient des séismes de magnitude M 5.0 et envoyaient des nuages ​​de cendre à 9 000 mètres au dessus du niveau de la mer. À la fin du mois de mai cependant, les parois du cratère de Halema’uma’u’u ont commencé à s’effondrer, élargissant le cratère et faisant disparaître l’Overlook Crater, avec la fin de l’activité explosive. Non seulement le cratère de l’Halema ’uma ’u s’est effondré, mais tout le plancher de la caldeira du Kilauea s’est affaissé tandis que le magma s’évacuait du sommet pour aller alimenter l’éruption sur l’East Rift Zone. Cette déflation du sommet du volcan a généré une activité sismique encore jamais observée sur le volcan.
Afin de mieux illustrer l’activité sismique, l’animation comporte dans sa partie inférieure des graphiques montrant des statistiques. Le graphique du haut montre les magnitudes des séismes à mesure qu’ils se produisent. Le graphique du bas montre le nombre total de séismes par heure. Le 30 avril, la fréquence des séismes a atteint une centaine par jour, avec une magnitude supérieure à M 4,0. L’événement le plus significatif a été enregistré pendant l’après-midi du 4 mai, avec une magnitude de M 6,9. Il a généré de nombreuses répliques et un petit tsunami sans gravité. Ce même séisme a également repoussé le flanc du volcan Kilauea de 50 centimètres vers l’océan.
Avec l’affaissement de la caldeira du Kilauea et l’effondrement de l’Halema’uma’u, le nombre de séismes a considérablement augmenté et le 15 juin, on en recensait plus de 700 par jour. Ces séismes se sont multipliés pour culminer avec des événements de magnitude M 5,0, voire plus, tous les un à deux jours. Une pause de quelques heures intervenait, puis tout recommençait. Ce cycle s’est répété 62 fois et s’est terminé avec un dernier événement de M 5.0 le 2 août, avant de cesser complètement deux jours plus tard, avec un retour de la sismicité à un niveau normal. L’éruption dans la Lower East Rift Zone du Kilauea était terminée Source: Centre d’alerte aux tsunamis du Pacifique (PTWC).

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The Pacific Tsunami Warning Center (PTWC) released a fantastic time lapse video for the anniversary of the start of the last Kilauea eruption. .

https://youtu.be/Pc9hM08uscM

 This animation begins on April 1st, 2018, one month before the start of the eruption with the usual earthquake pattern observed at Hawaii Big Island and proceeds forward in time at a rate of one day per second of animation time. Circles indicate the locations of earthquakes as they occur, with their sizes indicating their magnitudes and their colours representing their depths. Three days before the swarm began, the lava within the “Overlook crater” inside Halema‘uma‘u overflowed. Then on April 30th, the 35-year-old Pu’uO’o eruption ceased and its cone partially collapsed. This event coincided with the start of a swarm of volcanic earthquakes on Kilauea’s East Rift Zone. Starting with that collapse, earthquake activity moved northeast along the East Rift Zone away from Pu’uO’, indicating the movement of magma below the ground in this direction. Magma reached the surface and erupted as lava on the afternoon of May 3rd, with lava flows that destroyed about 700 homes, and covered more than 30 square kilometres, including Kapoho Bay. In this animation a growing orange field represents these lava flows.

The eruption of lava from the East Rift Zone drew magma away from its reservoir under Kilauea’s summit. Lava began to drain from the “Overlook crater” on May 2nd and by May 15th, its lava lake had dropped tens of metres and was producing explosions, some of which were strong enough to register as M 5.0 earthquakes and send ash clouds to 9,000 metres above sea level. By the end of May, however, the walls of Halema‘uma‘u had begun to collapse, thus widening itself and burying its “Overlook crater” and ending the explosive activity. Not only was Halema‘uma‘u Crater collapsing, but the entire floor of the Kilauea caldera was dropping as magma continued to drain from the summit to feed the flank eruption. This deflation of the volcano’s summit generated an unprecedented level of seismic activity with a peculiar pattern.

To help illustrate this pattern this animation includes charts showing some statistics about the earthquake activity shown here. The top graph shows the earthquakes’ magnitudes as they occur. The bottom graph shows the total number of earthquakes per hour. On April 30th,  the frequency of earthquakes increased to about 100 per day with their magnitudes exceeding M 4.0. The largest earthquake struck on the afternoon of May 4th with a magnitude of M 6.9. It produced numerous aftershocks and a small tsunami. This largest earthquake also moved the flank of Kīlauea Volcano as much as 50 centimetres seaward.

With the subsidence of the Kilauea caldera and the collapse of Halema‘uma‘u the number of earthquakes dramatically increased and by June 15th there were more than 700 per day. These earthquakes would repeatedly grow in number and culminate with a magnitude M 5.0 or above event every one to two days, pause for a few hours, then start over again. This cycle repeated 62 times with the last of the M 5.0 events on August 2nd, and ceasing altogether two days later when seismicity suddenly returned to normal background levels, coinciding with the end of the vigorous eruption of lava from the East Rift Zone.

Source :  Pacific Tsunami Warning Center (PTWC).

Source: PTWC

L’éruption du Kilauea (Hawaii) en 2018… // The 2018 Kilauea eruption…

Le 3 mai 2019 marquait le premier anniversaire du début de l’éruption du Kilauea en 2018 dans la Lower East Rift Zone (LERZ) de la Grande Ile d’Hawaii. Au cours de l’année écoulée, les volcanologues du HVO ont analysé les très nombreuses données rassemblées pendant l’éruption et ils ont tiré quelques conclusions intéressantes. Le HVO indique que l’éruption dans la LERZ et l’effondrement sommital du volcan fournissent de nombreuses informations sur le comportement du Kilauea.
En premier lieu, l’éruption a montré dans quelle mesure la modification de la composition chimique de la lave a influé sur le risque posé par les coulées. Pendant les deux premières semaines (entre le 3 et le 18 mai), l’éruption est restée relativement modérée, avec des débits de lave relativement faibles. Les analyses chimiques ont indiqué que cette lave provenait de poches de magma plus ancien stockées sous la LERZ. Ce magma plus froid et moins fluide était probablement le reliquat d’éruptions antérieures. Les scientifiques pensent que ce magma a probablement été ‘chassé’ par la lave en provenance du Pu’uO’o. Les analyses chimiques indiquent que cette lave, sur son trajet, est probablement entrée en contact avec deux, voire trois, anciennes poches de magma.
Vers le 18 ou le 19 mai, l’éruption s’est modifiée, avec l’arrivée d’une lave plus chaude et plus fluide. Elle provenait probablement de la vidange du réservoir sommital. Le débit éruptif est devenu de 10 à 20 fois plus important, de même que les coulées de lave qui sont devenues plus rapides et, de ce fait, beaucoup plus menaçantes pour les zones habitées.
Une semblable modification chimique de la lave avait déjà été observée lors de l’éruption de 1955 dans la LERZ, mais one ne s’en est rendu compte que longtemps après la fin de cette éruption. Le suivi quotidien de la composition de la lave pendant l’éruption de 2018 était donc important. Il a permis d’identifier son évolution chimique au début du mois de mai et d’anticiper l’arrivée d’un magma plus chaud et plus fluide, avec des coulées de lave plus dangereuses dans la LERZ. .
Si l’on observe l’évolution des éruptions de 2018 et de 1955, on peut raisonnablement penser que les éruptions futures dans la zone de rift commenceront avec un débit relativement faible impliquant un magma ancien les premiers jours. Avec l’arrivée d’un magma plus jeune et plus chaud, elles donneront ensuite naissance à de grandes coulées de lave rapides et dangereuses pour les habitations.
La composition de la lave a permis d’expliquer un autre aspect de l’éruption de 2018. À la mi-mai, de brèves explosions se produisaient fréquemment au niveau de la Fracture n° 17, avec des projections de bombes à plusieurs centaines de mètres. Au début, les volcanologues ont pensé que ces explosions étaient provoquées par des infiltrations d’eaux souterraines dans les fractures, ce qui provoquait des explosions phréatiques. Cependant, des analyses chimiques ont révélé que la Fracture n° 17 émettait une lave qui avait une composition inhabituelle. La quasi-totalité de la lave émise par le Kilauea est du basalte, tandis que la Fracture n° 17 émettait de l’andésite, ce que l’on n’avait encore jamais observé dans ce secteur du volcan. L’andésite est plus riche en silice que le basalte et est donc moins fluide. La consistance plus visqueuse de la lave andésitique facilite la coalescence et l’éclatement de grosses bulles de gaz sous haute pression ; c’est probablement ce qui explique l’activité explosive sur la Fracture n° 17.
L’éruption a également mis en évidence le lien étroit qui unit l’East Rift Zone du Kilauea et le réservoir magmatique au sommet du volcan. En juin et juillet 2018, on a observé des effondrements quasi quotidiens au sommet du Kilauea, accompagnés de séismes atteignant parfois la magnitude M 5,3. Les caméras qui surveillaient le chenal de lave au départ de la Fracture n° 8 ont observé que le débit de la lave a commencé à augmenter quelques minutes après l’effondrement sommital pour atteindre son maximum entre 2 et 4 heures plus tard. Au moins une fois, l’augmentation du débit d’écoulement de la lave a provoqué des débordements du chenal, avec une menace potentielle pour les zones habitées à proximité.
Ces événements ont démontré que l’augmentation du débit éruptif était dû à une augmentation brutale de pression provoquée par l’effondrement sommital et qui s’est propagée le long du conduit magmatique de 40 km de long en direction de la LERZ, un peu comme le ferait une presse hydraulique. Le délai de 2 à 4 heures avant que le débit de la lave atteigne son apogée a permis au HVO et à la Sécurité Civile, dans au moins un cas, de prévoir et de se préparer au risque de débordement de la lave.
Ces informations obtenues pendant l’éruption du Kilauea en 2018 permettront au HVO de mieux comprendre le processus volcanique, mais aussi de mieux prévoir et se préparer aux menaces induites par les prochaines éruptions.
Source: USGS / HVO.

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May 3rd, 2019, marked the one-year anniversary of the start of Kilauea’s 2018 Lower East Rift Zone (LERZ) eruption. Over the past year, HVO geologists have been closely studying the vast amount of data collected during the eruption and they drew a few interesting conclusions. HVO indicates that the Lower East Rift Zone eruption, as well as the 2018 summit collapses, are providing many new insights on Kilauea.

First, the eruption showed how the changing chemical composition of the magma erupted in 2018 controlled the lava-flow hazard. The first two weeks of the eruption (between May 3rd and 18th) produced low eruption rates and relatively small flows. Chemical analyses indicated that the lava originated from pockets of older magma stored underground in the LERZ. This cooler and less fluid magma was probably residue from earlier eruptions. It is thought that this stored magma was presumably forced out by the intruding dike of magma that originated from Pu’uO’o. The chemical analyses indicate that the dike may have intersected two, or even three, separate stored magma bodies.

Around May 18th -19th, the eruption became different as hotter and more fluid magma was erupted. This magma was presumably draining from the summit magma reservoir. The eruption rate increased roughly 10-20 times, and the flows became larger, faster-moving, and much more dangerous.

A similar chemical change in the lava had occurred during the 1955 LERZ eruption, but it was not recognized until long after that eruption ended. Daily tracking of lava composition during the 2018 eruption was important because it allowed to identify the chemical change in early May, and to correctly anticipate that hotter, more fluid magma – leading to more dangerous lava flows – might arrive in the LERZ. .

Taken together, the 2018 and 1955 eruptions point to the possibility that future rift zone eruptions can start in a small way in the opening days as older magma is erupted. But once fresher, hotter magma arrives, rift zone eruptions can switch to large, fast-moving, and dangerous lava flows.

Magma composition also helped explain another hazard of the 2018 eruption. In mid-May, brief explosions occurred frequently from Fissure 17, throwing lava bombs several hundred metres. An initial explanation was that they were driven by groundwater seeping into the fissures, causing steam blasts. However, chemical analyses revealed that Fissure 17 erupted lava with an unusual composition. Nearly all lava erupted on Kilauea is basalt, but Fissure 17 erupted Kilauea’s first documented andesite. Andesite is higher in silica than basalt, and is, therefore, less fluid. The more viscous consistency of andesitic lava makes it easier for large gas bubbles to coalesce and burst with high pressure, which provides a likely explanation for the explosive activity at Fissure 17.

The eruption also highlighted the close connection between Kilauea’s East Rift Zone and the volcano’s summit magma reservoir. In June and July 2018, there were near-daily summit collapse events, each with the equivalent of an M 5.3 earthquake. Time-lapse cameras monitoring the Fissure 8 lava channel observed that the eruption rate began to increase within minutes after a summit collapse, eventually peaking 2 to 4 hours later. At least once, the increased eruption rates produced overflows from the lava channel that could have threatened adjacent residential areas.

This showed that the increase in the eruption rates was driven by a pressure pulse originating from the summit collapse and transmitted down the 40-km-long magma conduit to the lower East Rift Zone, just like a hydraulic press. The 2 to 4-hour delay in peak eruption rates allowed HVO and emergency managers, in at least one instance, to anticipate and prepare for the overflow hazard.

The new insights gained from Kilauea’s 2018 eruption will help HVO better understand the volcanic process, and, in turn, forecast and prepare for the dangers in future eruptions.

Source: USGS / HVO.

La Fracture n°8 et ses impressionnantes coulées de lave a dominé l’éruption du Kikauea dans la Lower East Rift Zone (Crédit photo: USGS / HVO)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Une histoire de fou ! // A crazy story !

8h30 (heure métropole): C’est une histoire de fou ! Alors que le Piton de la Fournaise semblait parti pour une éruption qui allait durer, avec le risque d’ouverture de nouvelles fissures, patatras! l’OVPF indique ce matin que l’activité éruptive de surface s’est arrêtée aux alentours de 6h28 (heure locale). Le tremor montre effectivement un baroud d’honneur avant une chute brutale à une valeur basse. Suite à l’arrêt des émissions de lave en surface, la sismicité a fortement ralenti elle aussi. L’OVPF précise qu’un tremor résiduel est toujours enregistré. Connaissant le comportement fantasque du Piton, aucune hypothèse n’est écartée quant à l’évolution de la situation. Est-ce le signe d’un arrêt définitif ou juste une pause? Y aura-t-il une reprise de l’activité sur le même site ou ailleurs ? Bien malin serait celui qui pourrait apporter une réponse à ces questions !

Ce matin, mon épouse a qualifié le Piton de la Fournaise de «Rantanplan de la volcanologie» ! C’est vrai qu’à l’image du chien dessiné par Michel Janvier (lui aussi Creusois natif de La Souterraine et que je salue ici), le volcan réunionnais est un peu fou…

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20 heures (heure métropole) : Dans un bulletin émis ce soir à 19h30 (heure locale), l’OVPF indique qu’une sismicité est toujours enregistrée sous la zone sommitale du Piton de la Fournaise. 26 séismes sommitaux superficiels et 1 événement profond ont été enregistré depuis la fin de l’éruption. Comme indiqué précédemment, aucune hypothèse n’est écartée quant à l’évolution de la situation. L’OVPF rappelle que les arrêts brutaux d’éruptions ne sont pas inhabituels au Piton de la Fournaise et se produisent en général pour 50% des éruptions.

Beaucoup se hasardent à des pronostics et affirment que l’activité éruptive va reprendre. Connaissant l’inconstance de ce volcan, je pense qu’il est dangereux de formuler de telles affirmations. Il n’est pas impossible que le sursaut du tremor avant la fin de l’éruption corresponde à la libération brutale d’une poche de gaz annonçant la fin de l’événement. Il se peut aussi que la sismicité enregistrée au cours des dernières heures corresponde à des réajustements à l’intérieur de cette chambre superficielle. Quoi qu’il en soit, seule Madame Fournaise est capable d’apporte une réponse à toutes ces questions. Le volcan réunionnais nous confirme toute simplement la fragilité et la difficulté de la prévision éruptive.

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8:30 (Paris time): It’s a crazy story! While Piton de la Fournaise seemed to have gone for an eruption that would last some time, with the risk of the opening of new fissures, OVPF indicated this morning that surface eruptive activity had stopped at about 6:28 am (local time). The tremor actually showed a sharp rise before dropping to a low value. Following the stopping of surface activity, seismicity dropped as well. OVPF specifies that a residual tremor is still recorded. As everybody knows the whimsical behaviour of the Piton, no hypothesis is discarded as to the evolution of the situation. Is this the sign of a definitive stop or just a pause. Will there be a resumption of activity on the same site or elsewhere? I’m not sure somebody is able to answer these questions!

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20:00 (Paris time): In a bulletin released tonight at 19:30 (local time), OVPF indicates that some seismicity is still recorded under the summit area of ​​Piton de la Fournaise. 26 shallow earthquakes and 1 deep event have been recorded since the end of the eruption. As previously stated, no prediction can be made about the evolution of the situation. OVPF recalls that brutal eruption stops are not unusual at Piton de la Fournaise and generally occur for 50% of eruptions.
Many people give their own predictions and claim that eruptive activity will resume. Knowing the inconstancy of this volcano, I think it is dangerous to formulate such claims. It is not impossible that the burst of tremor before the end of the eruption corresponds to the sudden release of a pocket of gas that announced the end of the event. It is also possible that the seismicity recorded during the last hours corresponds to readjustments within this shallow chamber. Anyway, only Madame Fournaise is able to answer all these questions. The Reunion volcano simply confirms the difficulty of eruptive prediction.

Source: OVPF

La lave dans le Grand Brûlé, environ deux heures avant l’arrêt de l’éruption

(Photo: Christian Holveck)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Le volcan inquiète l’Observatoire // OVPF worries about the volcano

Suite à la forte augmentation observée au cours des dernières heures, l’intensité du tremor éruptif reste très élevée, ce qui est à mettre en relation avec l’ouverture des deux nouvelles fissures les 5 et 7 mars dernier. Le débit de surface a lui aussi augmenté de manière significative avec une moyenne sur les dernières 24 heures se situant aux alentours de 20-25 mètres cubes par seconde. Ces augmentations de débit de surface ont favorisé une progression rapide des coulées. D’après les observations visuelles depuis la RN2 et les images de la webcam du Piton des Cascades, le front de coulée actif a pu être estimé à 650 – 700 mètres d’altitude le 9 mars 2019 à 8h. Le front de coulée a ainsi parcouru environ 1 km en 24heures et se situait ce matin entre 2,5 et 3 km de la RN 2.

Les stations de l’OVPF situées sur le pourtour de l’Enclos Fouqué ont détecté pour la journée du 8 mars des émissions de SO2 dans l’air 3 à 4 fois plus importantes que celles enregistrées au début de l’éruption.

Les concentrations en CO2 dans le sol en champ proche (secteur Gîte du Volcan) semblent chuter depuis le 9 mars au matin, ce qui indiquerait une accélération du transfert du magma entre le réservoir profond et la surface.

Aucune déformation significative de l’édifice volcanique n’a été enregistrée. .

Sur les dernières 36 heures, plus d’une centaine de séismes volcano-tectoniques superficiels (à moins de 2,5 km de profondeur) ont été enregistrés sous la zone sommitale, mais ce nombre est largement sous estimé du fait de la difficulté à les comptabiliser compte tenu de l’intensité du tremor.

A noter que cette forte sismicité sous la zone sommitale ne cesse d’augmenter depuis 48 heures avec souvent des mécanismes en compression à la source, qui pourraient correspondre à des effondrements du toit de la chambre magmatique superficielle due à sa vidange importante. Cette sismicité est suivie de près par l’OVPF ; en effet, en cas de propagation de cette sismicité vers la surface (ce qui n’est pas le cas actuellement), cela pourrait engendrer la formation d’un pit-crater, comme cela a déjà été observé par le passé au Piton de la Fournaise, par exemple en Décembre 2002.

L’OVPF conclut son derner bulletin en expliquant que, compte tenu de l’ensemble des paramètres développés ci-dessus, l’ouverture de nouvelles fissures éruptives au niveau du site éruptif actuel ou ailleurs, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Enclos, n’est pas exclue.

La situation doit donc être surveillée très attentivement.

Source : OVPF.

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Following the strong increase observed during the last hours, the intensity of the eruptive tremor remains very high, which is related to the opening of the two new fissures on March 5th and 7th. The surface flow output has also increased significantly with an average of about 20-25 cubic metres per second over the last 24 hours. This increase of the surface flow output favoured a rapid progression of the flows. Based on visual observations from RN2 and images provided by the Piton des Cascades webcam, the active flow front was estimated at 650-700 metres a.s.l. on 9 March 2019 at 8 am. The flow front travelled about 1 km in 24 hours and was this morning between 2.5 and 3 km from the RN 2.
For the day of March 8th, OVPF stations located around the Enclos Fouqué have detected SO2 emissions in the air 3 to 4 times greater than those recorded at the beginning of the eruption.
CO2 concentrations in the near-field soil (Gîte du Volcan area) appear to have dropped since the morning of 9 March, indicating an acceleration of magma transfer between the deep reservoir and the surface.
No significant deformation of the volcanic edifice has been recorded. .
Over the past 36 hours, more than 100 shallow volcano-tectonic earthquakes (less than 2.5 km deep) have been recorded under the summit area, but this number is largely underestimated because of the intensity of the tremor.
It should be noted that this strong seismicity under the summit area has been increasing for 48 hours, often with mechanisms in compression at the source, which could correspond to a collapses of the roof of the shallow magma chamber due to a significant drainage. This seismicity is followed monitored by OVPF; indeed, in the event of a propagation of this seismicity towards the surface (which is not currently the case), this could lead to the formation of a pit-crater, as has already been observed in the past at Piton de la Furnace, for example in December 2002.
OVPF concludes its latest bulletin by explaining that, considering all the above-mentioned parameters, the opening of new eruptive fissures at the current eruptive site or elsewhere, inside or outside the Enclos, is not excluded.
The situation must therefore be monitored very carefully.
Source: OVPF.

La hausse significative du tremor montre que le Piton de la Fournaise n’a pas dit son dernier mot. Vigilance! (Source: OVPF)

L’éruption est visible sur quatre webcams ce soir!

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Le Piton de la Fournaise a cette capacité extraordinaire de prendre tout le monde – y compris l’Observatoire – à contre-pied. Alors que l’on s’attendait à une éruption qui allait se prolonger tranquillement et tomber dans l’anonymat à l’image de la précédente, le volcan en a décidé autrement. Le 6 mars, un touriste repérait une nouvelle fracture au cours d’un survol en hélicoptère, avec une ouverture estimée la veille par l’OVPF. Depuis cette date, le tremor montre une tendance à la hausse, ce qui révèle que l’alimentation de l’éruption est soutenue. Certains pensent que de nouvelles fractures sont susceptibles de s’ouvrir mais, avec  le Piton, mieux vaut éviter ce genre d’affirmation gratuite.

Au cours d’une visite du site éruptif effectuée le 8 mars, les scientifiques de l’OVPF ont eu la confirmation de l’ouverture de la fracture sur le flanc nord-ouest du piton Madoré, en amont de la bouche active depuis le 19 février. Un petit cône de projections haut d’une dizaine de mètre s’est édifié et deux coulées de faible débit restent actives côté ouest et côté Nord. La coulée principale est celle qui s’épanche côté nord et progresse vers l’est.

La fracture qui s’est ouverte le 7 mars en fin de matinée se situe à 300 mètres au sud de la bouche active du 19 février et est orientée ouest-est. Elle était très active le 8 mars au matin avec 2 fontaines de lave d’une cinquantaine de mètres de hauteur.

Les prélèvements de lave effectués montrent que les bouches éruptives du 5 mars et du 7 mars produisent des laves de compositions différentes.

Affaire à suivre. Le Piton nous réserve probablement d’autres surprises !

Source : OVPF.

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Piton de la Fournaise has the extraordinary ability to take everyone – including the Observatory – against the ground. While we expected an eruption that would continue quietly and fall into anonymity like the previous one, the volcano decided otherwise. On March 6th, a tourist spotted a new fissure during a helicopter flight, with an opening estimated the day before by OVPF. Since then, the tremor has been showing an upward trend, which indicates that the feeding of the eruption is sustained. Some think that new fissures are likely to open, but with the Piton, it is better to avoid this kind of gratuitous statement.
During a visit to the eruptive site carried out on March 8th, OVPF scientists got the confirmation of the opening of the fissure on the northwestern flank of Piton Madoré am of the active mouth since 19 February. A small cone of projections up to ten meters has been built and two low flow flows remain active west and north side. The main flow is the one that flows north side and progresses to the east.
The fracture that opened on March 7 in the late morning is 300 meters south of the active mouth of February 19 and is oriented west-east. She was very active on March 8 in the morning with two lava fountains about fifty meters high.
The lava samples taken show that the eruptive mouths of March 5 and March 7 produce lava of different compositions.
Case to follow. The Piton probably offers us other surprises!
Source: OVPF.

Ce soir, les images de la webcam du Piton Partage montrent que l’activité éruptive est très intense.

Processus de refroidissement de la lave sur le Kilauea (Hawaii) // Lava cooling process on Kilauea Volcano (Hawaii)

Le dernier article « Volcano Watch » du HVO aborde le thème du refroidissement des coulées de lave, son déroulement et sa durée. C’est un aspect du volcanisme que j’ai étudié il y a quelques années sur la Grande Ile d’Hawaii pour le compte de l’Observatoire et du Parc des Volcans d’Hawaii. Vous trouverez un résumé de mon travail sous l’entête de ce blog: « Processus de refroidissement de la lave sur le Kilauea« .
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/processus-de-refroidissement-de-la-lave-sur-le-kilauea-hawaii/

L’article du HVO présente de nombreuses similitudes avec ma propre étude qui fournit des détails supplémentaires sur la composition de la lave.

Maintenant que l’éruption de 2018 du Kilauea est terminée, on peut se demander combien de temps il faudra aux dernières coulées de lave pour se refroidir et se solidifier complètement. La réponse n’est pas aisée car différents facteurs sont à prendre en compte pour évaluer le processus de refroidissement de la lave. La température de lave émise pendant l’éruption de 2018 a atteint environ 1140°C. Lorsque la température de surface d’une coulée est inférieure à environ 1000°C, elle se solidifie, mais l’intérieur reste très chaud.
Le facteur le plus important pour déterminer la vitesse à laquelle la lave refroidit est l’épaisseur de la coulée. D’autres facteurs incluent la perte de chaleur en surface (contact avec l’atmosphère) et en profondeur (contact avec le sol). La température de l’air, les précipitations et le vent contribuent également à la perte de chaleur de surface d’une coulée. Le contact entre une coulée de lave, l’air ambiant et la surface du sol favorise le durcissement rapide de la partie supérieure et inférieure de la coulée. C’est ce qui explique la présence d’une croûte argentée à la surface des coulées de lave pahoehoe et le cliquetis que l’on peut entendre sur les coulées de lave a’a. Lorsque la croûte se refroidit et s’épaissit, elle retient la chaleur à l’intérieur de la coulée car la lave est un bon isolant.
Une fois que la croûte s’est formée, la coulée continue à perdre de la chaleur par radiation et par conduction, phénomène facilité par le vent et la pluie. Lorsque l’eau de pluie pénètre dans les fissures à la surface de la coulée et rencontre la chaleur de l’intérieur, elle produit de la vapeur qui forme les panaches blancs souvent observés au-dessus des coulées actives ou qui l’ont été récemment. Cette vapeur peut persister pendant des décennies, longtemps après la solidification de la lave, en fonction de l’épaisseur de la coulée et de la température à l’intérieur.
Une étude du refroidissement de la surface des coulées de lave pahoehoe émises lors de l’éruption du Kupaianaha en 1990 a servi de référence pour estimer le temps de solidification des coulées dans la Lower East Rift Zone (LERZ) en 2018. Dans la mesure où l’équation ne porte que sur le refroidissement de la croûte supérieure de la coulée de lave, on suppose que l’épaisseur de la croûte à la base de la coulée correspond à 70% de la croûte supérieure. Les mesures effectuées sur le  Kupaianaha l’ont été sur des coulées pahoehoe de faible épaisseur, alors que la plus grande partie de la lave émise en 2018 dans la LERZ était de type a’a. Malgré tout, comme l’intérieur de chaque type coulée (pahoehoe ou a’a) est censé refroidir à la même vitesse, le HVO estime sue l’on peut s’appuyer sur la vitesse de refroidissement de 1990 pour estimer celle de 2018.
Des analyses préliminaires effectuées suite à l’éruption de 2018 montrent que l’épaisseur moyenne des coulées dans la LERZ est d’environ 10 à 15 mètres. Sur la base du calcul de la vitesse de refroidissement, on peut déduire qu’il pourrait s’écouler entre 8 mois et un an et demi pour que des coulées présentant une telle épaisseur se solidifient. Le refroidissement et la solidification de coulées d’une épaisseur de 20 à 30 mètres pourraient prendre entre deux ans et demi et six ans. D’autres coulées de la LERZ, d’une épaisseur pouvant atteindre 55 mètres, mettront probablement une vingtaine d’années pour refroidir et se solidifier complètement.
Étant donné que l’épaisseur de la coulée, la vitesse du vent, les précipitations, la température de l’air ambiant et du sol et d’autres facteurs influent sur la vitesse de refroidissement de la lave, il existe une marge d’incertitude sur la durée pendant laquelle l’intérieur d’une coulée reste liquide. Ainsi, après l’éruption du Kilauea Iki en 1959, il a fallu environ 35 ans au lac de lave d’une profondeur d’environ 135 mètres pour se solidifier complètement. Il n’est pas impossible que la lave soit encore incandescence en profondeur. C’est la raison pour laquelle, les jours de pluie, on peut voir la vapeur monter du plancher du cratère du Kilauea Iki, ainsi que du plancher de la caldeira du Kilauea.
Source: USGS / HVO.

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HVO’s latest « Volcano Watch » article is about the cooling of lava flows, how it happens and how long it takes. This is an aspect of volcanism I studied a few years ago on Hawaii Big Island on behalf of the Observatory and the National park. You will find an abstract of my work beneath the title of this blog: “Processus de refroidissement de la lave sur le Kilauea”.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/processus-de-refroidissement-de-la-lave-sur-le-kilauea-hawaii/

The HVO article holds many similarities with my own study which provided more details about lava composition.

Since the end of the 2018 eruption on Kilauea, questions have surfaced concerning how long it will take for the new lava flows to solidify. This is a difficult question to answer, because the initial eruptive temperatures along with many different factors can influence the rate of cooling. Eruptive lava temperatures of the 2018 eruption reached a maximum of approximately 1140°C. When the surface of the flow cools below about 1000°C, it solidifies, but the interior is still very hot.

The most influential factor determining how fast lava cools is the thickness of the flow. Other factors include heat loss from both the top (to the atmosphere) and bottom of a flow (into the ground). Contributing to heat loss at the flow’s surface are air temperature, rainfall, and wind. The initial contact between a lava flow, the air above it, and ground surface below it, quickly hardens the outer crust (top and bottom) of the flow. This can be seen in the silvery crust that forms on active pahoehoe flows and the rubbly clinker that surrounds active a’a flows. As the crust cools and thickens, it retains heat within the flow’s interior. This is because the crust is a good insulator, meaning it poorly conducts heat.

After the initial formation of crust, the flow continues to lose heat through radiation and conduction, facilitated by wind and rain. As rain water percolates into cracks in the flow’s surface and encounters the hot interior, it produces steam, forming the white plumes often seen over active or recently active flows. This steaming can persist for decades, long after the lava has solidified, depending on the thickness of the flow and the temperature of its interior.

Based on a study of crustal cooling of pahoehoe lava flows erupted from the Kupaianaha vent in 1990, one can estimate the solidification time for the 2018 LERZ flows. Because the equation only looks at cooling of the lava flow’s upper crust, the basal crust thickness is assumed to equal 70 percent of the upper crust. The Kalapana measurements were made on thin pahoehoe flows, but most of the 2018 Lower east Rift Zone (LERZ) lava is a’a. But, because the core of each flow type should cool at similar rates, one can base the 2018 cooling rates on the 1990 study.

Preliminary analyses of the 2018 LERZ eruption flow thicknesses, suggest that the average flow thickness is around 10–15 metres. Based on the cooling rate calculation, it could take between 8 months and one and a half years for flows of these thicknesses to solidify. Solidification of flows ranging 20–30 metres thick could take about 2.5 – 6 years. The thickest LERZ flows on land, which are approximately 55 metres thick, may take 20 years to reach a completely solid state.

Because flow thickness, wind speeds, rainfall amounts, air and ground temperatures, and other factors all affect lava cooling rates, there is a range of uncertainty on how long the interior of a flow remains liquid. For example, after the 1959 Kilauea Iki eruption, the approximately 135-metre-deep lava lake took about 35 years to completely solidify. Lava may still be incandescent in depth. This is why, on rainy days, you can see steam rising from the Kilauea Iki crater floor, as well as the Kilauea caldera floor.

Source : USGS / HVO.

Coulée de lave a’a pendant l’éruption 2018 du Kilauea (Photo: USGS / HVO)

Coulée de lave pahoehoe sur le Kilauea (Photo: C. Grandpey)

Prélèvemet d’échantillons de lave pour analyse en laboratoire

(Photo: Ch. Grandpey)