Un nouveau cratère d’impact sur la Lune // New impact crater on the Moon

La sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) de la NASA a repéré McGetchin, le plus grand cratère d’impact récemment formé identifié dans le système solaire. La dépression ainsi creusée, large de 222 mètres et profonde de 43 mètres, s’est formée entre le 11 avril et le 22 mai 2024, lorsqu’un corps céleste a percuté la surface lunaire. Deux articles publiés dans la revue Science Advances donnent des détails sur cette découverte.

Vue depuis le flanc du cratère d’impact en direction de l’est, obtenue par la caméra à champ étroit du Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA le 3 mars 2026 (Source: NASA)

Un spécialiste du traitement d’images de la société Intuitive Machines, qui travaille sur les données fournies par la caméra du LRO, a repéré une anomalie le 24 octobre 2025 lors d’un contrôle de routine sur la qualité des images. Un logiciel automatisé, conçu pour signaler les changements à la surface de la Lune entre les passages en orbite, a mis en évidence une modification apparue sur les images grand angle. La configuration des éjectas brillants et les perturbations environnantes présentaient les caractéristiques d’un impact récent. Après vérification, l’équipe scientifique a utilisé la caméra haute résolution à champ étroit (NAC) du LRO pour obtenir des images complémentaires avec une résolution de l’ordre du mètre.
Le cratère s’est formé en bordure orientale de la Lune lorsqu’un fragment d’astéroïde ou de comète, dont la taille est estimée à celle d’un immeuble de trois à six étages, a heurté la surface. Baptisé McGetchin en hommage au regretté spécialiste de la Lune Thomas McGetchin, le cratère a été creusé dans le régolithe, avec projection de débris à travers le paysage environnant. Le dépôt réfléchissant le plus visible apparaît sur les images grand angle, tandis qu’une zone plus vaste de matériaux produits par l’impact s’étend bien au-delà du bord du cratère proprement dit.

Vue aérienne du cratère prise le 5 décembre 2025 (Source: NASA)

Les chercheurs estiment qu’un cratère de cette taille se forme sur la Lune environ une fois par siècle ou tous les 130 ans. Pendant plus de 17 années d’activité en orbite, la surveillance assurée par le LRO a permis d’identifier des changements liés à des impacts et de recenser au moins 1 000 nouveaux cratères. La grande majorité de ces formations sont de petite taille. Le LRO peut détecter des cratères de 9 mètres de diamètre, et les chercheurs estiment qu’environ 140 cratères de cette taille se forment chaque année, bien que les impacts plus modestes passent inaperçus. Le McGetchin se distingue par le fait que les objets suffisamment volumineux pour creuser une dépression de 222 mètres de diamètre percutent la Lune moins fréquemment.
Une analyse distincte des données fournies par Diviner, l’instrument thermique du LRO, a révélé une signature physique inhabituelle autour du site. Les mesures effectuées par l’instrument ont révélé qu’une zone de 6,5 km de large entourant le cratère McGetchin était, la nuit, plus froide d’environ 9 degrés Celsius que le terrain environnant. Les chercheurs attribuent cette baisse de température à la force mécanique de l’impact. Le choc a ameubli et aéré la couche superficielle du régolithe, réduisant ainsi sa masse volumique apparente et sa capacité à conserver la chaleur après le coucher du Soleil. Sur les cartes thermiques du Diviner, la zone concernée a la forme d’un anneau froid bien distinct.

Valeurs de réflectance par classes codées par couleur (Source : NASA)

Pour l’heure, les scientifiques ignorent la masse, la vitesse ou l’origine exactes du corps céleste à l’origine de l’impact. Ces paramètres dépendent de modèles informatiques simulant la collision et la projection des débris. La fréquence d’un tel événement, estimée à une fois par siècle, repose sur une évaluation statistique de la fréquence à laquelle des roches en mouvement dans l’espace croisent l’orbite lunaire, plutôt que sur un décompte précis des impacts passés. Si les chercheurs ont déterminé avec précision la taille du cratère et sa signature thermique, des modélisations supplémentaires seront nécessaires pour identifier la nature exacte de l’objet qui a percuté la Lune.
Sources : NASA, Futura, space.com.

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 NASA’s Lunar Reconnaissance Orbiter has spotted McGetchin, the largest newly formed impact crater identified in the solar system. The 222-meter-wide and 43-meter-deep basin formed between April 11 and May 22, 2024, when a space rock struck the lunar surface. Two papers in  Science Advances detail the discovery.

An image-processing specialist from Intuitive Machines working with LRO camera data, spotted the anomaly on October 24, 2025, during a routine quality check. Automated software designed to flag surface changes between orbital passes highlighted a distinct shift in wide-angle imagery. The feature’s bright ejecta pattern and surrounding disturbance were consistent with a recent impact. Following the verification, the team used LRO’s high-resolution Narrow-Angle Camera to obtain follow-up images at roughly meter-scale resolution.

The crater formed on the Moon’s eastern edge when a fragment from an asteroid or comet, estimated to be roughly three to six stories tall, struck the surface. Named in honor of late lunar scientist Thomas McGetchin, the crater carved  into the regolith and hurled debris across the landscape. The strike excavated soil and spread bright ejecta across the surrounding area. The most conspicuous reflective deposit was visible in broad-angle imagery, while a wider zone of disturbed material extended far beyond the crater rim itself.

Researchers estimate that a crater of this scale forms on the Moon roughly once every century to 130 years. Over more than 17 years in orbit, LRO’s monitoring has identified changes associated with impacts and documented at least 1,000 new impact craters. The vast majority of these features are minor. LRO can detect some craters 9 meters across and researchers estimate that around 140 craters of this size may form annually, though smaller impacts go undetected. McGetchin stands out because objects large enough to carve a 222-meter basin strike the Moon less frequently.

A separate analysis of data from LRO’s thermal instrument, Diviner, revealed an unusual physical footprint surrounding the site. Diviner measurements showed that a 6.5-km-wide region around McGetchin was about 9 degrees Celsius cooler at night than nearby terrain. The research team attributes the temperature drop to the mechanical force of the strike. The impact loosened and fluffed up the top layer of regolith, lowering its bulk density and reducing its ability to retain heat after sunset. On Diviner’s thermal maps, the affected area appears as a distinct cool ring.

For now, scientists don’t know the impactor’s exact weight, speed, or origin. Those details depend on computer models that simulate how the rock hit and threw out debris. The once-a-century frequency is also a statistical estimate based on how often  space rocks cross the Moon’s path, rather than an exact count of past strikes. While researchers have nailed down the crater’s size and temperature footprint, it will take more modeling to figure out what actually hit the Moon.

Sources : NASA, Furura, space.com.

valeurs de réflectance par classes codées par couleur (Source : NASA)

Vue depuis le flanc du cratère en direction de l’est, obtenue par la caméra à champ étroit du Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA le 3 mars 2026.

Vue aérienne du cratère prise le 5 décembre 2025.

Remodelage de la Lune par les volcans // Reshaping of the Moon by volcanoes

Les photos prises par les différentes sondes spatiales montrent que la face visible de la Lune est marquée par d’importants bassins d’impact, tandis que sa face cachée présente des bassins beaucoup moins nombreux et plus petits, avec une croûte nettement plus épaisse. Ce déséquilibre intrigue les scientifiques depuis des décennies. Au fil des ans, les chercheurs ont proposé diverses théories pour expliquer cette asymétrie; elles allaient d’un réchauffement dû aux marées provoqué par l’orbite de la Lune autour de la Terre à une collision géante qui aurait remodelé sa structure interne. Toutefois, aucune preuve claire n’a été apportée quant à un mécanisme capable de justifier une évolution aussi inégale.

Quatre vues hémisphériques de la Lune, obtenues à partir d’images prises par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA. En haut à gauche : la face visible. En haut à droite : l’hémisphère est. En bas à gauche : la face cachée. En bas à droite : l’hémisphère ouest. (Source : NASA/GSFC/Arizona State University)

Une équipe de scientifiques du Jet Propulsion Laboratory de la NASA a analysé les données de la mission GRAIL et identifié les premiers signes de différences de température au cœur même de la Lune. L’étude, publiée le 14 mai 2025 dans la revue Nature, montre que des éléments producteurs de chaleur dans la croûte lunaire ont maintenu une face de la Lune plus fine et plus chaude que l’autre, même après des milliards d’années.
En 2012, la mission GRAIL de la NASA a utilisé deux sondes spatiales pour cartographier la gravité lunaire avec une précision remarquable. En suivant d’infimes variations de distance entre les deux sondes lors de leur vol autour de la Lune, les chercheurs ont pu détecter de subtiles variations de son attraction gravitationnelle, des différences liées à des structures inégales en profondeur sous la surface lunaire.
En étudiant ces données, les chercheurs ont constaté une différence de 2 à 3 % dans la déformation du manteau lunaire entre ses faces visible et cachée. Des simulations informatiques de la structure lunaire révèlent que cette différence peut être attribuée à un écart de température de 100 à 200 °C entre les hémisphères visible et caché, la face visible étant plus chaude.
Ce contraste est probablement dû à une concentration plus élevée d’éléments radioactifs sur la face visible de la Lune, vestiges d’une activité volcanique datant d’il y a 3 à 4 milliards d’années. En effet, les données de la mission Lunar Prospector de la NASA ont révélé que la face visible de la Lune contient jusqu’à 10 fois plus de thorium que sa face cachée. L’abondance de thorium et d’éléments radioactifs similaires a probablement généré un excès de chaleur, ce qui a provoqué des différences de température de plusieurs centaines de degrés dans le manteau de la face visible au début de l’histoire de la Lune. Cette chaleur a pu créer de vastes poches de roche en fusion contribuant à façonner des formations volcaniques, telles que les maria ou mers lunaires que nous observons aujourd’hui. Les maria sont de vastes plaines basaltiques sombres sur la Lune, formées par la lave en s’écoulant dans d’anciens bassins d’impact. Les auteurs de l’étude pensent que les processus qui ont formé les mers lunaires il y a plusieurs milliards d’années sont toujours présents et actifs aujourd’hui. Des missions comme GRAIL, qui mesurent l’évolution du champ gravitationnel d’une planète lors du déplacement d’une sonde spatiale, permettent aux scientifiques d’obtenir à distance de précieux indices sur les caractéristiques internes des corps planétaires. Comme cette technique ne nécessite pas l’atterrissage d’une sonde spatiale, elle permet de révéler plus facilement les structures internes de planètes comme Mars, Encelade, lune de Saturne, ou Ganymède, lune de Jupiter.
Source : space.com.

À voir sur France 5, dans le cadre de Science Grand Format, un très intéressant documentaire intitulé « De l’autre côté de la Lune« . Il nous montre parfaitement la face cachée de notre voisine, mais aussi les enjeux de la conquête spatiale de la Lune et le Mars.

https://www.france.tv/france-5/science-grand-format/4725331-de-l-autre-cote-de-la-lune.html

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Photos taken by the different spacecraft show that the moon’s nearside is scarred by massive impact basins, while its farside features far fewer and smaller basins, and a significantly thicker crust. This imbalance has puzzled scientists for decades. Over the years, researchers have proposed various theories to explain this asymmetry, ranging from tidal heating caused by the moon’s orbit around Earth to a giant early collision that reshaped its internal structure. But there has been no clear evidence pointing to a mechanism capable of driving such an uneven evolution.

A team of scientists at NASA’s Jet Propulsion Laboratory analyzed data from NASA’s GRAIL mission and identified the first clear signs of temperature differences deep within the moon. The study, published on May 14th, 2025 in the journal Nature, suggests heat-producing elements lingering in the moon’s crust have kept one side of the moon thinner and warmer than the other, even after billions of years.

In 2012, NASA’s GRAIL mission used a pair of spacecraft to map the moon’s gravity with remarkable precision. By tracking tiny shifts in the distance between the two orbiters as they flew around the moon, the researchers were able to detect subtle variations in its gravitational pull, differences linked to uneven structures deep beneath the lunar surface.

Studying this data, the researchers found a 2–3% difference in how the moon’s mantle deforms between its near and far sides. Computer simulations of the moon’s structure suggest this difference can be attributed to a temperature gap of 100-200 degrees Celsius between the nearside and farside hemispheres, with the nearside being warmer.

This contrast has likely been sustained by a higher concentration of radioactive elements on the moon’s nearside, which are remnants of volcanic activity from 3 billion to 4 billion years ago. Indeed, data from NASA’s Lunar Prospector mission revealed the lunar nearside contains up to 10 times more thorium than lunar farside. The abundance of thorium and similar radioactive elements probably generated additional heat, driving temperature differences of several hundred degrees throughout the nearside mantle during the moon’s early history. This heat may have created large pockets of molten rock, helping shape volcanic features, such as the lunar maria we see today. The lunar maria are large, dark, basaltic plains on Earth’s Moon, formed by lava flowing into ancient impact basins. The authors of the study think that the processes which formed the lunar maria several billion years ago are still present and active today.

Missions like GRAIL that measure how a planet’s gravity field changes as a spacecraft orbits allow scientists to gain valuable clues about the internal characteristics of planetary bodies from afar. Because this technique does not require a spacecraft to land on the surface, it can more easily reveal interior structures of worlds like Mars, Saturn’s moon Enceladus, or Jupiter’s moon Ganymede.

Source : space.com.

La Lune à nouveau à la mode // The Moon is back in fashion

Une nouvelle étude publiée le 15 novembre 2024 dans la revue Science confirme ce que l’on savait déjà : des volcans étaient en éruption sur la face cachée de la Lune il y a des milliards d’années, tout comme sur la face que nous pouvons voir. J’avais déjà publié un article sur ce sujet le 10 septembre 2024 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/09/10/des-volcans-actifs-sur-la-lune-au-temps-des-dinosaures-active-volcanoes-on-the-moon-when-dinosaurs-roamed-earth/

Des chercheurs ont analysé le sol lunaire rapporté par la sonde chinoise Chang’e-6. Deux équipes ont daté des fragments de roche volcanique à environ 2,8 milliards d’années. Un échantillon était encore plus ancien, datant de 4,2 milliards d’années.
Les scientifiques savent qu’il y avait des volcans actifs sur la face visible de la Lune au cours d’une période similaire. Des études antérieures, notamment à partir des données fournies pat le Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA, laissaient supposer que la face cachée avait un passé volcanique elle aussi. Les premiers échantillons rapportés de cette région que nous ne voyons pas confirment un historique actif.
La Chine a lancé plusieurs engins spatiaux vers la Lune. En 2020, le vaisseau Chang’e-5 a rapporté des roches de la face visible de la Lune, les premières depuis celles collectées par les astronautes d’Apollo de la NASA et les engins spatiaux de l’Union soviétique dans les années 1970. Le vaisseau spatial Chang’e-4 est le premier à avoir visité la face cachée de la Lune en 2019.
La face cachée de la Lune est couverte de cratères et comporte moins de plaines que la face visible qui a été sculptée par des coulées de lave. La raison pour laquelle les deux faces de la Lune sont si différentes reste un mystère.
La nouvelle étude révèle qu’il y a eu plus d’un milliard d’années d’éruptions volcaniques sur la face cachée de la Lune. Les recherches futures permettront de déterminer comment cette activité a pu durer aussi longtemps.
Le programme lunaire de la Chine s’inscrit dans le cadre d’une rivalité avec les États-Unis et d’autres pays, dont le Japon et l’Inde. La Chine a envoyé un équipage de trois membres à bord de sa propre station spatiale en orbite autour de la Terre, et elle prévoit d’envoyer des astronautes sur la Lune d’ici 2030. D’autres missions de sonde lunaire chinoises sont prévues au cours des quatre prochaines années.
De son côté, la NASA prévoit sa première mission pilotée Artemis à la fin de l’année prochaine. Il s’agira d’envoyer trois astronautes de la NASA et un pilote canadien dans un voyage en boucle autour de la Lune avec retour sur Terre pour tester le vaisseau Orion destiné à transporter des équipages.

Source : U.S. News media.

Vue de la super lune du 15 novembre 2024.

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A new reserach published on November 15th, 2024 in the journal Science confirms what we already knew. I already posted an article on this topic on 10 September 2024 : Volcanoes were erupting on the far side of the moon billions of years ago just like on the side that we can see :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/09/10/des-volcans-actifs-sur-la-lune-au-temps-des-dinosaures-active-volcanoes-on-the-moon-when-dinosaurs-roamed-earth/

Researchers analyzed lunar soil brought back by China’s Chang’e-6. Two separate teams found fragments of volcanic rock that were about 2.8 billion years old. One piece was even more ancient, dating back to 4.2 billion years.

Scientists know there were active volcanoes on the near side, the part of the moon seen from Earth, dating back to a similar time frame. Previous studies, including data from NASA’s Lunar Reconnaissance Orbiter, suggested the far side might also have a volcanic past. The first samples from that region facing away from Earth confirm an active history.

China has launched several spacecraft to the moon. In 2020, the Chang’e-5 spacecraft returned moon rocks from the near side, the first since those collected by NASA’s Apollo astronauts and Soviet Union spacecraft in the 1970s. The Chang’e-4 spacecraft became the first to visit the moon’s far side in 2019.

The moon’s far side is pockmarked by craters and has fewer of the near side’s flat, dark plains carved by lava flows. Why the two halves are so different remains a mystery.

The new research reveals over 1 billion years of volcanic eruptions on the lunar far side. Future research will determine how the activity lasted so long.

China’s moon program is part of a growing rivalry with the U.S. and others, including Japan and India. China launched a three-member crew on its own space station orbiting the Earth, and it aims to put astronauts on the moon by 2030. More Chinese lunar probe missions are planned over the next four years.

On its side, NASA plans its first piloted Artemis mission late next year, launching three NASA astronauts and a Canadian flyer on a looping voyage around the moon and back to test the agency’s Orion crew transport ship.

Source : U.S. News media.