Noël sur l’Etna (Sicile) // Christmas on Mt Etna (Sicily)

11 heures : L’éruption se poursuit sur l’Etna et la lave continue à avancer le long de la paroi occidentale de la Valle del Bove. La sismicité a diminué mais on enregistre encore aujourd’hui quelques secousses de M 2,7 à M 2,9. Comme je l’ai indiqué précédemment, la source de la coulée se trouve à 2400 mètres d’altitude, la base du Nouveau Cratère Sud-Est, dans la partie inférieure de la fracture éruptive qui s’est ouverte hier. Les sismogrammes mis en ligne par l’INGV et la webcam de l’association L.A.V.E . montrent qu’elle est bien alimentée. Dans le même temps, un panache de cendre s’élève au-dessus de la zone sommitale du volcan. L’INGV explique qu’il est produit par l’activité strombolienne au niveau des cratères sommitaux, en particulier la Bocca Nuova et le Cratère NE. Le trafic aérien a repris à l’aéroport de Catane.

Il fallait se lever de bonne heure en ce jour de Noël pour voir la zone sommitale. La mauvais temps s’est maintenant installé et au moment où j’écris ces lignes, il neige sur l’Etna.

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11 am: The eruption continues on Mount Etna and lava is travelling along the western wall of the Valle del Bove. Seismicity has decreased but there are still a few quakes with magnitudes between M 2.7 and M 2.9. As I put it earlier, the source of the flow is at 2400 metres above sea level, at the base of the New Southeast Crater, in the lower part of the eruptive fissure that opened yesterday. INGV’s online seismograms and the LAVE webcam show that it is well fed. At the same time, an ash plume still rises above the summit area of the volcano. INGV explains it is generated by the strombolian activity in the Bocca Nuova and the NE Crater. Catania airport is again operational.

Only people who get up early could see the summit area of Mt Etna this morning. Poor weather conditions now prevent from seeing the eruption and it is snowing on the volcano.

L’éruption vue depuis l’espace (Source: ESA)

Capture d’image de la webcam Skyline ce matin

L’émission de lave s’est stabilisée à un bon niveau (Source: INGV)

La coulée de lave vue par la webcam L.A.V.E.

Aperçu du tremor éruptif (Source: INGV)

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17 heures : L’éruption semble se stabiliser, comme le montrent le tremor et la sismicité. Tout laisse à penser que la lave va couler encore quelque temps sur la pente du Nouveau Cratère Sud-Est, avant de terminer sa course dans la Valle del Bove. En ce moment, elle ne présente aucun danger pour les zones habitées et la situation est bien différente de l’éruption de 1991-1994 qui avait provoqué l’inquiétude des habitants de Zafferana Etnea.

Nous sommes en hiver et la météo n’est pas toujours favorable. Quand le temps est dégagé, on obtient un bon point de vue sur l’éruption depuis le Monte Pomiciaro ou le Monte Zoccolaro. Ils étaient mes lieux d’observation nocturne préférés en 1999 quand j’ai pris cette photo. Des moments inoubliables.

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17:00: It looks as if the eruption is stabilising, as can be seen with the tremor and the seismicity. As I put it previously, everything suggests that lava will keep flowing for some time on the slope of the New South-East Crater, before spreading in the Valle del Bove. At present, it poses no threat to inhabited areas and the situation is quite different from the 1991-1994 eruption that worried the inhabitants of Zafferana Etnea.
We are in winter and weather conditions are sometimes quite poor. When the weather is clear, you get a good view of the eruption from Monte Pomiciaro or Monte Zoccolaro. They were my favourite nighttime viewing spots in 1999 when I took this picture. Unforgettable moments.

Photo: C. Grandpey

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Le Stromboli sous surveillance // Stromboli closely monitored

A noter que la Protection Civile a ordonné le passage à la couleur Jaune du niveau d’alerte du Stromboli. En effet, selon les volcanologues italiens, « indépendamment des phénomènes volcaniques locaux qui peuvent varier fréquemment, une situation de déséquilibre volcanique significatif persiste sur le volcan ». Des changements soudains de l’activité sont toujours possibles.

En ce moment, la sismicité ne révèle pas d’anomalies et les images de la webcam montrent que le Stromboli traverse une période relativement calme, avec les quelques épisodes éruptifs habituels (voir captures d’écran ci-dessous). L’INGV a pour habitude d’intensifier sa surveillance du volcan quand l’Etna entre en éruption, même si aucun lien n’a été prouvé entre l’activité de ces deux volcans..

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It should be noted that the Civil Protection has raised to the yellow colour the alert level for Stromboli. Indeed, according to Italian experts, « independently of local volcanic phenomena that can vary frequently, a situation of significant volcanic imbalance persists on the volcano ». Sudden changes in activity are always possible.
At this moment, seismicity does not reveal anomalies and the images of the webcam show that Stromboli is going through a relatively calm period, with the few usual eruptive episodes (see screenshots below). INGV is used to intensifying its surveillance of the volcano when Mt Etna erupts, even if no link has ever been proved between the activity of both volcanoes.

L’Arctique toujours plus chaud // An ever warmer Arctic

Selon le Bulletin 2018 de la NOAA, la température de l’Arctique entre octobre 2017 et septembre 2018 a été la deuxième plus élevée des annales. Les cinq années écoulées depuis 2014 ont été plus chaudes que jamais. L’Arctic Report Card 2018 montre une fois de plus que le réchauffement climatique affecte particulièrement le grand nord. Voici quelques points importants du rapport :

Avec + 1,7 °C, l’anomalie de température d’octobre 2017 à septembre 2018 pour les stations terrestres situées au nord de 60°N a été la deuxième plus élevée depuis le début des relevés. Actuellement, l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que les températures moyennes mondiales, un phénomène connu sous le nom d’amplification arctique. Les températures annuelles moyennes enregistrées dans l’Arctique au cours des cinq dernières années (2014-18) dépassent toutes les records précédents.

La couverture de glace de mer a poursuivi sa tendance à la baisse en 2018. L’étendue estivale est la sixième plus basse et l’étendue hivernale la deuxième plus basse des archives satellitaires (1979-2018).

La couverture de glace de mer a atteint le 17 mars 2018 une étendue de valeur maximale hivernale de 14,48 millions de km2, soit 7,3% de moins que la moyenne de 1981-2010, ce qui en faisait la deuxième étendue maximale la plus faible jamais enregistrée.

Les quatre dernières années (2015-2018) ont les quatre maximums les plus bas de l’ère des satellites.

La couverture de glace de mer a atteint une étendue annuelle minimale de 4,59 millions de km2 les 19 et 23 septembre 2018. Ce qui en fait la sixième étendue la plus basse avec 26% d’étendue en moins que sur la moyenne 1981-2010. Les 12 niveaux les plus bas de l’enregistrement satellite ont été enregistrés au cours des 12 dernières années.

L’âge de la glace de mer est un autre indicateur de l’état de la couverture de glace de mer qui permet d’en préciser les propriétés physiques. L’âge de la glace est déterminé à l’aide d’observations par satellite et de registres de bouées dérivantes permettant de suivre les glaces sur plusieurs années. La glace plus ancienne a tendance à être plus épaisse et donc plus résistante aux changements de contenu calorifique atmosphérique et océanique que la glace plus jeune et plus mince. La glace la plus ancienne (âgée de plus de 4 ans) continue de constituer une petite fraction de la banquise arctique en mars. En 1985, la glace la plus ancienne représentait 16% de la banquise, alors qu’en mars 2018, la vieille glace ne représentait que 0,9% de la banquise. Par conséquent, l’étendue de glace la plus ancienne est passée de 2,54 millions de km2 en mars 1985 à 0,13 million de km2 en mars 2018, soit une réduction de 95%.

Source : NOAA, global-climat.

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According to NOAA’s 2018 Bulletin, the temperature of the Arctic between October 2017 and September 2018 was the second highest in the annals. The five years since 2014 have been hotter than ever. The Arctic Report Card 2018 shows once again that global warming is particularly affecting the far north. Here are some highlights of the report:
At + 1.7 ° C, the temperature anomaly from October 2017 to September 2018 for ground stations north of 60 ° N was the second highest since records began. Currently, the Arctic is warming twice as fast as global average temperatures, a phenomenon known as Arctic amplification. Average annual Arctic temperatures over the last five years (2014-18) exceed all previous records.
Sea ice cover continued its downward trend in 2018. The summer extent is the sixth lowest and the winter extent is the second lowest in the satellite archives (1979-2018).
Sea ice cover reached a maximum winter extent of 14.48 million square kilometres on March 17th, 2018, 7.3% below the 1981-2010 average, making it the second largest lowest ever recorded.
The last four years (2015-2018) have the four lowest maximums of the satellite era.
The sea ice cover reached a minimum annual range of 4.59 million square kilometres on 19 and 23 September 2018. This makes it the sixth lowest extent with 26% less spread than the 1981- 2010 average. The 12 lowest levels of satellite recordings have been recorded over the past 12 years.
The age of the ice is another indicator of the state of the sea ice cover that allows to specify its physical properties. The age of the ice is determined using satellite observations and drifting buoy registers to track ice over several years. Older ice tends to be thicker and therefore more resistant to changes in atmospheric and oceanic heat content than younger, thinner ice. The oldest ice (over 4 years old) continues to be a small fraction of the Arctic sea ice in March. In 1985, the oldest ice made up 16% of the pack ice, while in March 2018 the old ice accounted for only 0.9% of the pack ice. As a result, the oldest ice extent decreased from 2.54 million square kilometres in March 1985 to 0.13 million in March 2018, a reduction of 95%.
Source: NOAA, global-climat.

Anomalies thermiques de l’air dans l’Arctique (nord de 60° N) et à la surface du globe entre 1900 et 2018 (Source : NOAA)

 

Evolution de l’étendue de la glace de mer arctique en mars et en septembre (Source : NOAA)

Tsunami du Krakatau: Une prévision difficile, voire impossible // A difficult, even impossible prediction

Après le tsunami dévastateur (dernier bilan de 429 morts, 1485 blessés et 154 disparus) provoqué pat un effondrement partiel de l’Anak Krakatau, les commentaires se multiplient sur les réseaux sociaux pour expliquer ce qui s’est passé. Malheureusement, si nous sommes en mesure d’analyser l’événement, nous ne sommes toujours pas capables de le prévoir. Il faut bien reconnaître qu’il en va de même pour un grand nombre d’événements naturels.

On peut lire un certain nombre de prévisions gratuites. Certains indiquent qu’un nouvel effondrement latéral du Krakatau peut se produire à nouveau car l’édifice est déstabilisé. Bien sûr, mais il se peut qu’un tel événement ne se produise que dans plusieurs mois, voire plusieurs années, et les populations littorales seront toujours autant démunies pour y faire face.

Il faut bien admettre que l’on ne peut pas faire grand-chose pour anticiper un effondrement ou un glissement de terrain sur un volcan actif et, qui plus est, qui se dresse au milieu de la mer. Installer des capteurs sur les pentes ? A quoi bon ? Ils seront vite recouverts par les projections éruptives et donc inutilisables. A l’occasion du tsunami de ces derniers jours, j’ai rappelé qu’un événement semblable, mais de moindre ampleur, avait eu lieu sur le Stromboli le 30 décembre 2002 quand un morceau de la Sciara del Fuoco avait glissé au fond de la mer, déclenchant un tsunami. Connaissant la Sciara del Fuoco, je ne vois pas comment on pourrait y installer des capteurs étant donné qu’elle reçoit toutes les projections du volcan.

Il faut malheureusement se rendre à l’évidence : nous ne sommes pas capables de prévoir le tsunami déclenché par un effondrement brutal sur un volcan, de la même façon que nous ne savons pas prévoir la vague provoquée par un événement sismique en mer. Si un tel événement se produit très loin des côtes, des balises en mer permettent de suivre sa progression et d’alerter les populations. En revanche, si le décrochement de faille a lieu à quelques encablures du rivage, toute forme de prévention devient impossible.

De temps à autre, on  voit apparaître des articles à propos du basculement du flanc E de l’Etna (Sicile) vers la Mer Ionienne. Certains scientifiques redoutent, à juste titre, une catastrophe majeure si un tel événement se produisait. Le flanc E du volcan est parcouru de failles qui sont bien connues et surveillées. Malgré cela, serons-nous en mesure d’anticiper suffisamment à temps un tel effondrement ? La question reste posée !

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After the devastating tsunami (latest toll: 429 dead, 1,485 injured and 154 missing) caused by a partial collapse of Anak Krakatau, comments are multiplying on social networks to explain what happened. Unfortunately, if we are able to analyze the event, we are still not able to predict it. We should admit that the same goes for a large number of natural events.
A number of forecasts can be read. Some say that a new lateral collapse of Krakatau can happen again because the volcanic edifice is destabilized. Of course, but such an event may happen in a few months or even years, and the seashore populations will still be destitute to deal with it.
We must admit that we can not do much to anticipate a collapse or a landslide on an active volcano and, what is more, that stands in the middle of the sea. Should we install sensors on the slopes? What’s the point ? They will be quickly covered by eruptive projections and therefore unusable. Concerning the tsunami of recent days, I recalled that a similar but smaller event took place at Stromboli on December 30th, 2002, when a chunk of the Sciara del Fuoco slid into the depths of the sea, triggering a tsunami. Knowing the Sciara del Fuoco, I do not see how we could install sensors because it receives all projections of the volcano.
Unfortunately, we are not able to predict the tsunami triggered by a sudden collapse on a volcano, in the same way that we do not know how to predict the wave caused by a seismic event at sea. If such an event occurs very far from the coasts, beacons at sea make it possible to follow its progress and to alert the populations. On the other hand, if the fault slip occurs a few miles from shore, any form of prevention becomes impossible.
From time to time, articles appear about the tilting of the eastern flank of Mt Etna (Sicily) towards the Ionian Sea. Some scientists fear, rightly, a major disaster if such an event occurred. The E flank of the volcano is slashed by faults that are well known and monitored. In spite of this, will we be able to anticipate enough in time such a collapse? The question remains!

Carte montrant les zones affectées par le tsunami du 22 décembre 2018 (Source: Jakarta Globe)