Mauvaises nouvelles de l’Arctique // Bad news of the Arctic

De nouveau, voici des nouvelles alarmantes de l’Arctique. Selon une étude récente publiée par l’American Geophysical Union, la glace la plus ancienne et la plus épaisse de l’Arctique fond deux fois plus vite que les autres glaces de la région. Les chercheurs ont découvert que la glace qui recouvre l’océan au nord du Groenland (qui est censé être le dernier endroit à perdre sa couverture de glace toute l’année) «rétrécit deux fois plus vite que la glace dans le reste de l’Arctique.» Les scientifiques pensent que cette fonte est probablement causée par les courants océaniques et les vents atmosphériques qui déplacent la glace ancienne et plus épaisse vers d’autres parties de la région. Encore plus alarmant, ils expliquent que l’Arctique pourrait être dépourvu de glace en été dès 2030.
Selon le rapport publié par l’American Geophysical Union, la plupart des glaces qui recouvrent l’Arctique ont entre un et quatre ans. A côté de cela, dans la «Dernière Zone de Glace»n cette dernière est âgée de plus de cinq ans et peut atteindre plus de 4 mètres d’épaisseur. Les vieux Inuits de la région ont surnommé la région «Similijuaq», ce qui signifie «le lieu de la grande glace». Le problème, c’est que l’étude montre que cette glace est en train de s’amincir dans deux secteurs de cette région.
La Dernière Zone de Glace est un refuge pour la faune. L’un des auteurs de l’étude a déclaré: «Si cette glace disparaît, il en sera de même des espèces qui y vivent. Cette zone sera un refuge où les espèces pourront survivre et, espérons-le, étendre leur territoire une fois que la glace aura commencé à revenir.”
Une vidéo de deux minutes (https://youtu.be/J7x9leQqrkc) montre le comportement de la glace de mer arctique entre 1984 et 2019. La couverture de glace plus ancienne, représentée en blanc, s’est considérablement réduite au fil des ans. On remarquera la fonte incroyable au cours de la dernière décennie.
Malheureusement, la fonte de la glace n’est pas une nouveauté et les glaciers en voie de disparition continuent de mettre à jour des paysages inédits. En janvier, des chercheurs ont découvert que la fonte des glaciers dans l’Arctique canadien faisait apparaître des plantes cachées sous la glace depuis au moins 40 000 ans. En octobre, la marine russe a découvert cinq nouvelles îles mises au jour par la fonte des glaciers.
Source: American Geophysical Union (AGU).

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Here is more alarming news about the Arctic. According to a new study by the American Geophysical Union, the region’s oldest and thickest ice is melting twice as fast as other ice in the Arctic Ocean. The researchers discovered that the ice in the ocean north of Greenland (which they thought would be the last place to lose year-round ice cover) was more mobile than they previously thought and was “declining twice as fast as ice in the rest of the Arctic.” The scientists think that the ice is likely affected by the ocean currents and atmospheric winds transporting the older, thicker ice to other parts of the area. Even more alarming, they predict the Arctic could be ice-free in the summers as early as 2030.

According to the report published by the American Geophysical Union, most ice covering the Arctic is about one to four years old. Conversely, the “Last Ice Area” is an area with ice that is more than five years old and can be more than 4 metres thick. Local Inuit elders called the region « Similijuaq, » meaning “place of the big ice.” The research shows, however, the ice is becoming thinner in two subregions of that area.

The Last Ice Area is considered a refuge for wildlife. Said one of the authors of the study: “If we lose all the ice, we lose those species. This area will be a refuge where species can survive and hopefully expand their regions once the ice starts returning.”

A two-minute video (https://youtu.be/J7x9leQqrkc ) shows the behaviour of the Arctic sea ice between 1984 and 2019. It displays the older ice cover, shown in white, shrinking significantly over the years. One can notice that the melting during the last decade is incredible.

Unfortunately, melting ice is not new and disappearing glaciers have continued to reveal landscapes not seen for thousands of years. In January, researchers found that plants that had been hidden for at least 40,000 years were revealed by melting glaciers in the Canadian Arctic. And in October, five new islands were discovered by the Russian navy following glacial melting.

Source: American Geophysical Union (AGU).

La glace de mer arctique en septembre 2019 ! (Image extraite de la vidéo)

Glace et climat: Encore des mauvaises nouvelles // Climate and ice: More bad news

Pour la huitième fois d’affilée, octobre 2019 se classe à la deuxième place de l’archive NCEP-NCAR qui remonte à 1948. Avec +0,68°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois est le 2ème plus chaud, juste derrière 2015 (+0,76°C). De manière désormais quasi-systématique, les années post-2010 se trouvent en haut du classement.
Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, on apprend également que le déclin de la couverture de glace de mer dans l’Arctique se confirme. D’après le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), l’étendue moyenne de la glace de mer en octobre 2019 a été la plus basse jamais enregistrée. Elle couvre seulement 5,66 millions de km², le niveau plus bas pour ce mois depuis les 41 années d’enregistrements par satellite. C’est probablement aussi le plus bas relevé depuis 1850, si l’on se base sur les archives des scientifiques, des journaux, des navires, puis des avions collectées et analysées par le NSIDC.

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For the eighth time in a row, October 2019 ranks second in the NCEP-NCAR archive, which dates back to 1948. With + 0.68°C above the 1981-2010 average, the month is the second warmer, just behind 2015 (+ 0.76°C). Now almost systematically, the post-2010 years are at the top of the ranking.
As bad news never comes alone, we also learn that the decline of sea ice cover in the Arctic is confirmed. According to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC), the average extent of sea ice in October 2019 was the lowest ever recorded. It only covers 5.66 million km², the lowest level for this month since the 41 years of satellite recordings. It is probably also the lowest since 1850, based on the archives of scientists, newspapers, ships, and aircraft collected and analyzed by NSIDC.

Arctique: La glace de mer continue à rétrécir // Arctic : Sea ice keeps shrinking

Selon le  National Snow and Ice Data Center (NSIDC) et la NASA, la glace de mer arctique vient d’atteindre une nouvelle fois, à la mi septembre 2019, le deuxième niveau le plus bas jamais enregistré. La fonte de la glace de mer est un problème pour les populations et les espèces sauvages de l’Arctique, comme les ours polaires et les morses. La glace de mer permet de réguler la température de la planète en influençant la circulation des courants atmosphériques et océaniques. Un scientifique de la NASA explique que « si on réduit la quantité de glace de mer, on commence à réchauffer l’Arctique, et lorsqu’on commence à réchauffer l’Arctique, on commence à modifier la circulation du jet-stream, qui régit le météo sur Terre ».
L’étendue de la glace de mer atteignait 4,1 millions de kilomètres carrés le 18 septembre 2019. Cela représente 2,1 millions de kilomètres carrés de moins que la moyenne. On se trouve à égalité avec 2007 et 2016 pour le deuxième niveau le plus bas jamais enregistré. La glace de mer – contrairement à la banquise – est de l’eau de mer qui a gelé et qui fond chaque été, puis regèle chaque hiver. Elle atteint sa plus grande superficie en mars de chaque année. 2019 se classe derrière 2012, année du plus bas niveau jamais enregistré. On mesure la glace de mer arctique depuis 1979. L’étendue minimale de cette année montre qu’il n’y a aucun signe d’une reprise d’extension de la couverture de la glace de mer.
Septembre est le mois où la glace de mer arctique atteint sa plus faible étendue de l’année, vers la fin de l’été dans l’hémisphère Nord. Selon la NASA – et comme je l’ai fait remarquer à propos de l’Alaska – l’été 2019 a été très chaud dans l’Arctique, avec des températures moyennes de 2,7 à 3,8 degrés Celsius supérieures à la normale.
Tant que l’on continuera à observer un rétrécissement de la glace de mer, il y aura un problème de survie des ours polaires. Cela signifie que l’espèce peut disparaître de certaines régions, avant même que la glace de mer disparaisse définitivement chaque année.
Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et la NASA, la quantité de glace de mer pendant l’été dans l’Arctique a régulièrement diminué au cours des dernières décennies en raison du réchauffement climatique causé par l’homme. Dans le même temps, suite à la parution du rapport du GIEC, le Département fédéral de l’Intérieur des Etats Unis affirme qu’« il n’y a pas de crise climatique ». Cherchez l’erreur !
Source: NOAA, NASA, NSIDC.

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Arctic sea ice shrank to its second-lowest level on record by mid September 2019, according to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC) and NASA.

Sea ice affects Arctic communities and wildlife such as polar bears and walruses, and it helps regulate the planet’s temperature by influencing the circulation of the atmosphere and ocean. A NASA scientist explains that « if you decrease the amount of sea ice, you start warming up the Arctic, and when you start warming up the Arctic, you start changing the circulating of the jet stream, which brings weather to us here. »

Sea ice extent was measured at 4.1 million square kilometres on September 18th, 2019. That’s 2.1 million square kilometres below the average, tying with both 2007 and 2016 for second-lowest level on record. Sea ice is frozen ocean water that melts each summer, then refreezes each winter. Arctic sea ice reaches its largest area in March each year. This year ranks behind only 2012, when the lowest level on record was measured. Arctic sea ice has been measured since 1979. This year’s minimum sea ice extent shows that there is no sign that the sea ice cover is rebounding.

September is the month Arctic ice reaches its lowest extent of the year, toward the end of the Northern Hemisphere’s summer. According to NASA, it was a very warm summer in the Arctic, with average temperatures 2.7 to 3.8 degrees Celsius above normal.

The frequency of these bad ice years will make it impossible for polar bears to survive until another good year comes along. This means that polar bears may disappear from some subpopulations, even before sea ice is gone every year.

The amount of summer sea ice in the Arctic has been steadily shrinking over the past few decades because of man-made global warming, according to the National Oceanic and Atmospheric Administration and NASA. Meantime, following the latest IPCC report, the US Department of the Interior affirms that “there is not a climate crisis”.

Source: NOAA, NASA, NSIDC.

Photos: C. Grandpey

Le rapport du GIEC et la situation en Alaska ! // The IPCC report and the situation in Alaska !

Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met l’accent sur les effets de l’agriculture et de la sylviculture sur la dégradation des sols et leur forte influence sur le  réchauffement climatique. On remarquera que ce même rapport se garde bien de parler de la pollution des industries, des transports, ou du secteur pétrolier. Il est plus facile de demander à la population qu’aux lobbies de faire des efforts ! S’agissant de la déforestation, la France n’est pas vraiment concernée car nos forêts sont relativement bien gérées. La déforestation affecte surtout des régions du monde comme l’Amazonie ou l’Indonésie, premier producteur d’huile de palme de la planète qui émet plus de gaz à effet de serre que les États-Unis!

Les écologistes français se sont bien sûr engouffrés dans la brèche offerte par le GIEC en proposant des solutions qui n’ont pas grand-chose à voir avec les causes du réchauffement climatique. Inciter la population à manger moins de viande pour contrer le réchauffement climatique est à mes yeux une vaste rigolade. La cause du problème se trouve ailleurs ! Alors que les médias commentaient le rapport du GIEC – des commentaires qui ne mèneront nulle part, car nos dirigeants ne prendront jamais les mesures nécessaires – une autre situation était au moins aussi préoccupante.

Au cours des dernières semaines, l’Alaska a enregistré les niveaux de glace de mer les plus bas jamais observés, avec des températures record et des incendies de forêt qui ont dévasté plusieurs parties de cet Etat. Certaines zones de mer sont totalement libres de glace. Cela n’a jamais eu lieu aussi tôt dans l’année et aura des conséquences sur le climat arctique et sur la Terre dans son ensemble.
D’après le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), centre national de données sur la neige et la glace, le mois d’août 2019 connaît les niveaux de glace de mer arctique les plus bas de tous les temps. La meilleure preuve de cette situation catastrophique se trouve probablement à Point Barrow, le point le plus septentrional de l’Alaska. À Point Barrow, il faut aller à 480 ou 560 kilomètres des côtes pour trouver de la glace de mer en ce moment Historiquement, à cette période de l’année, il devrait y avoir de la glace près ou le long de la côte de l’Alaska, et non à des centaines de kilomètres de distance.
Selon le NSIDC, la glace de mer est un indicateur d’autres problèmes climatiques. L’atmosphère se réchauffe. Les océans se réchauffent. La glace de mer est victime de ces deux phénomènes à la fois.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la fonte de la glace de mer dans les mers arctiques ne joue aucun rôle dans la montée des océans. La glace qui est à l’origine de l’élévation du niveau de la mer -la glace continentale – est largement présente au Groenland. En revanche, la glace de mer de l’Alaska exerce une influence sur la température de la planète avec l’albédo qui, en renvoyant une partie de l’énergie solaire dans l’espace, contribue à abaisser la température. Sans albédo, la température s’élève car la mer absorbe l’énergie solaire

Le changement climatique que l’on observe actuellement rend l’Arctique particulièrement vulnérable. La région se réchauffe de plus en plus vite. Au cours des deux dernières décennies, elle s’est réchauffée environ deux fois plus vite que le reste de la planète dans son ensemble.
Les Alaskiens, en particulier les populations autochtones, ont leur mode de vie profondément modifié par la fonte de la glace de mer, surtout les communautés qui en dépendent pour la chasse. La chasse au morse a été problématique en 2019 ; il y a eu très peu de jours où la glace était suffisamment robuste pour que les communautés autochtones puissent s’y installer pendant les mois d’hiver et de printemps.

Alors que les Alaskiens sont les plus touchés par la fonte de la glace, le reste du monde en ressentira également les effets. Avec l’absence de glace qui entraîne une hausse des températures, le pergélisol des régions arctiques est en train de fondre, ce qui ajoute du dioxyde de carbone dans l’atmosphérique et contribue au réchauffement climatique.
Les scientifiques pensent que nous avons atteint un point de non retour dans la région, sauf si nous réussissons à inverser les émissions de gaz à effet de serre. La partie est loin d’être gagnée !
Source: Time.

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In its latest report, the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) focuses on the effects of agriculture and forestry on soil degradation and their strong influence on global warming. It should be noted that this same report is careful not to talk about the pollution of factories, transport, or the oil industry. It is easier to ask people than lobbies to make efforts! Regarding deforestation, France is not really concerned because our forests are relatively well managed. Deforestation mainly affects parts of the world such as the Amazon or Indonesia, the world’s largest producer of palm oil that emits more greenhouse gases than the United States!

French ecologists have of course engulfed in the gap offered by the IPCC by proposing solutions that have little to do with the causes of global warming. Encouraging the population to eat less meat to counter global warming is, to my mind, a huge joke. The cause of the problem lies elsewhere! While the media were commenting the GIEC report – comments that will lead to nowhere as our political leaders will never take the necessary measures – another situation was at least as preoccupying.

Alaska has seen the lowest levels of sea ice ever this summer as record temperatures and wildfires hit the region with some areas completely ice free, an event which has never occurred so early in the year and has ramifications for the arctic climate and the Earth as a whole.

Compared to all other recorded years of research, August 2019 has the lowest levels of arctic sea ice ever, according to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC). The best evidence of this situation lies probably at Point Barrow, Alaska’s northernmost point. At Point Barrow, there is no sea ice within 480 to 560 kilometres at the moment. Historically, at this time of year there should still be some ice close to or along the coast of Alaska, not hundreds of kilometres away.

According to NSIDC, sea ice is an indicator of other climate issues. The atmosphere is warming. The oceans are warming. The sea ice is getting hit by both sides of climate change.

While most people think of melting ice in the context of sea levels, the loss of sea ice actually plays no role in the rising water. The ice that causes rising sea levels – frozen freshwater land ice – is largely present in Greenland. Instead, Alaska’s sea ice affects the Earth’s temperature. It is crucial for the ‘albedo’ by reflecting some of the solar energy back to space, thus lowering the temperature. With no albedo, the sea absorbs the solar energy and temperatures increase.

The climate change we are currently observing is making the Arctic especially vulnerable. The Arctic is warming up very strongly, a phenomenon called Arctic amplification. Over the past couple of decades, the Arctic has been warming up at roughly twice the rate as the globe as a whole.

Alaskans, especially the indigenous populations, have been impacted by the melting ice and have seen their way of life altered by the changing environment, particularly communities who rely on the sea ice for hunting. Walrus has been a big problem in 2019 and there have been very few days when the ice was sturdy enough for indigenous communities to even get onto it during the winter and spring.

While Alaskans are the most dramatically affected by the melting ice, the rest of the world will also feel some impacts. As melting ice leads to increased temperatures, there is a potential for the permafrost in Arctic regions to melt, adding to atmospheric carbon dioxide..

Glaciologists think we have reached a point of no return in the region unless we can reverse greenhouse gas emissions.

Source: Time.

La glace de mer s’éloigne de plus en plus des côtes de l’Alaska (Photo: C. Grandpey)

Fonte de la glace de mer arctique : Vers un nouveau record ? // Melting of Arctic sea ice: Towards a new record?

Avec les très fortes températures et les épisodes de canicule enregistrés dans l’hémisphère nord, il n’est guère surprenant de constater une accélération de la fonte de la glace de mer arctique. Après un ralentissement de cette fonte vers la mi-juin, le déclin saisonnier s’est accéléré à la fin du mois, et ce rythme rapide continue à l’heure actuelle. La superficie de la glace de mer arctique se situe à présent sous la courbe de 2012, année où l’on avait enregistré la plus faible extension en septembre.

En juin, la circulation atmosphérique a favorisé l’établissement de très hautes pressions au nord du continent américain avec un maximum de pression au-dessus du Groenland, associé à un début de saison de fonte très rapide. On se souvient que des records de température ont été battus en Alaska. De la même façon, le 14 juillet 2019 la base canadienne d’Alert, le lieu habité le plus au nord de la planète à 817 km du pôle nord, a battu son record absolu de température avec 21,0°C. Le précédent record datait du 8 juillet 1956, avec 20,0°C. Il s’agit également de la température la plus élevée dans le monde à une latitude supérieure à 80° Nord.

Les basses pressions sur le côté eurasiatique ont contribué à faire remonter de l’air chaud du côté de la mer de Laptev, qui a connu un excédent de température particulièrement élevé. Cette situation ressemble à celle observée pendant l’été 2007, à l’origine d’une baisse spectaculaire de la glace de mer à l’époque, avec le record du minimum le plus bas. Les trois étés précédents avaient été concernés par des conditions relativement dépressionnaires et relativement fraîches qui avaient limité la fonte.

Le début d’été 2019 est marqué par des conditions particulièrement anticycloniques et douces sur le bassin arctique. Toutefois, depuis le week-end du 14 juillet, la situation est en train de changer avec l’apparition d’un minimum froid centré sur l’Arctique, mais la conséquence de cette évolution climatique sur la glace de mer est encore difficile à déterminer. On peut assister à l’arrivée d’une masse d’air plus froide et plus humide qui limiterait le réchauffement de l’air dans les basses couches ; il peut aussi se produire une dispersion et une fragilisation de la glace de mer dues aux vents liés à ces dépressions arctiques.

Toujours est-il que depuis une vingtaine de jours, le taux de fonte s’est accéléré, avec une perte de glace de plus de 2,2 millions de km2 entre le 22 juin et le 11 juillet 2019, soit plus que la superficie du Groenland (2,17 millions de km2). Cette fonte en 20 jours correspond à une perte de plus de 110 000 km2 par jour, alors que la perte normale sur la période est de 57 000 km2 par jour. Au 11 juillet, en moyenne sur 5 jours, la superficie de la glace de mer était de 8,19 millions de km2, un record de faiblesse pour la période,  sous la valeur de 2012 à la même date (8,25 millions de km²). En 2018 à la même époque, cette superficie était de 9,08 millions de km2. La normale sur la période 1981-2010 est de 10 millions de km2.

Source : Météo France.

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With the very high temperatures and heat waves recorded in the northern hemisphere, it is hardly surprising to see an acceleration in the melting of Arctic sea ice. After a slowdown in mid-June, the seasonal decline accelerated at the end of the month, and this rapid pace continues at this time. The area of ​​Arctic sea ice is now below the 2012 curve, the year in which the smallest expansion was recorded in September.
In June, atmospheric circulation favoured the establishment of very high pressures in the north of the American continent with maximum pressure over Greenland, associated with a very rapid start of the melt season. We remember that temperature records were beaten in Alaska. Un the same way, on July 14th, 2019, the Canadian base of Alert, the most northerly inhabited place in the world at 817 km from the North Pole, broke its absolute temperature record with 21.0°C. The previous record was July 8, 1956, at 20.0°C. It is also the highest temperature in the world at a latitude greater than 80° North.
Low pressure on the Eurasian side helped send warm air toward the Laptev Sea which experienced a particularly high temperature excess. This situation is similar to that observed during the summer of 2007, causing a dramatic decline in sea ice at the time, with the record of the lowest minimum. The previous three summers had been affected by relatively low and relatively cool conditions that had limited melting.
The early summer of 2019 is marked by particularly mild and mild conditions in the Arctic Basin. However, since the weekend of July 14th, the situation is changing with the appearance of a cold minimum centered on the Arctic, but the consequence of this climate change on the sea ice is still difficult to determine. The arrival of a cooler and moister air mass may limit the warming of the air in the lower layers; there can also be a dispersion and weakening of the sea ice due to the winds associated with these arctic depressions.
The fact remains that, over the last twenty days, the melting rate has accelerated, with an ice loss of more than 2.2 million km2 between June 22nd and July 11th, 2019, more than the area of Greenland (2.17 million km2). This melting in 20 days corresponds to a loss of more than 110 000 km2 per day, while the normal loss over the period is 57 000 km2 per day. On July 11th, on average over 5 days, the sea ice surface was 8.19 million km2, a record of weakness for the period, below the value of 2012 at the same date (8.25 million km²). ). In 2018 at the same time, this area was 9.08 million km2. The normal over the 1981-2010 period is 10 million km2.
Source: Météo France.

Etendue de la glace de mer le 10 juillet 2019 (Source: Université de Brême)

Niveau de la glace de mer dans le Bassin Arctique les 8-9 juillet 2019 (Source : Université de Hambourg)

Les morses et le réchauffement climatique // Walruses and global warming

Des images extraites du documentaire « Notre planète » sur Netflix montrent quelque 250 morses en train de se précipiter d’une falaise de 80 mètres de hauteur et mourir en contrebas. La scène se passe au cap Kozhevnikova, dans le district autonome de Tchoukotka, dans l’extrême nord-est de la Russie. Les réalisateurs attribuent cette hécatombe à la raréfaction de la banquise, due au réchauffement climatique. Ce n’est pas l’avis de certains scientifiques.

Dans mon dernier livre « Glaciers en Péril », un chapitre est consacré aux effets du réchauffement climatique sur la faune arctique. J’y explique que les animaux des régions arctiques sont parmi les premières victimes de la fonte de la glace. Les communautés qui vivent dans la Mer de Béring voient depuis plusieurs années une forte baisse de la population de morses qui constituent une part importante de leur nourriture. Les chasseurs et les scientifiques ont remarqué que les morses se sont éloignés des terrains de chasse traditionnels. La hausse des températures a fait fondre la glace sous laquelle les animaux avaient l’habitude de plonger et sur laquelle ils venaient se reposer. Ils ont migré vers des espaces situés plus au nord.

En septembre 2009, des centaines de morses ont été trouvés morts sur la côte nord-ouest de l’Alaska. La découverte coïncidait avec les rapports scientifiques précisant que la glace de l’Océan Arctique avait atteint le troisième niveau le plus bas jamais enregistré. Le Centre pour la Diversité Biologique a déclaré que le recul de la banquise prive les femelles et leurs petits de leur habitat naturel, de sorte qu’ils sont obligés d’atteindre le rivage et se rassemblent en groupes importants en compagnie des gros mâles. Lorsque quelque chose les effraye – l’activité humaine par exemple – des bousculades (« stampedes »)  peuvent se produire et on pense que les jeunes morses ont péri sous le poids des adultes.

Après quelques jours de repos sur le rivage, les morses ont besoin de regagner la mer pour se nourrir. Sur les images du documentaire, on comprend que leurs mouvements sont particulièrement restreints, car les individus sont tous collés les uns aux autres. Il leur est donc difficile de redescendre les pentes par le même chemin.

Les morses ont l’habitude de se regrouper pour notamment se prémunir contre d’éventuelles attaques. Comme je l’ai écrit plus haut, lors de l’attaque d’un ours polaire, de l’irruption d’un chasseur ou de l’approche d’un navire ou d’un avion à basse altitude, des bousculades sont parfois observées.  En 2007, une vingtaine d’ursidés ont déjà provoqué la chute de morses du haut d’une falaise, dans la même région que celle montrée par le documentaire. Dans ce mouvement de panique et cet effort pour regagner la mer, les individus les plus frêles trouvent parfois la mort. Les plus jeunes se retrouvent piétinés par les adultes, et même les adultes se retrouvent coincés, et meurent par la suite. Les réalisateurs du documentaire n’ont pas décelé une telle menace au cours du tournage.

Selon une scientifique, la présence d’un très grand nombre de morses au sommet d’une falaise est due au fait qu’il n’y avait plus suffisamment d’espace pour tout le monde au pied de cette même falaise. « La présence en hauteur de ces morses n’a rien de naturel ». Pour elle, cela est dû à une raréfaction des espaces disponibles pour ces animaux, suite à la fonte de la banquise et de la glace de mer où ces animaux avaient pour habitude de se rassembler. Le réchauffement climatique porte donc une part de responsabilité dans la mort des morses qui n’était absolument pas un suicide collectif.

Source : France Info, Glaciers en péril.

Lorsque les morses sont présents, une webcam montre les rassemblements à Round Island, en Alaska :

https://explore.org/livecams/walrus/walrus-cam-round-island

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Images from the documentary « Our Planet » on Netflix show some 250 walrus rushing from a cliff 80 metres high and dying below. The scene takes place at Cape Kozhevnikova, in the Chukotka Autonomous District, in the far north-east of Russia. The film directors attribute this hecatomb to the rarefaction of the sea ice, due to global warming. This is not the opinion of some scientists.
In my latest book « Glaciers en Peril« , a chapter is devoted to the effects of global warming on Arctic wildlife. I explain that Arctic animals are among the first victims of melting ice. The communities that live in the Bering Sea have seen for many years a sharp decline in the walrus population that is an important part of their food. Hunters and scientists have noticed that walruses have moved away from traditional hunting grounds. Rising temperatures melted the ice under which the animals used to dive and on which they came to rest. They migrated to areas further north.
In September 2009, hundreds of walruses were found dead on the northwest coast of Alaska. The discovery coincided with scientific reports that the ice in the Arctic Ocean had reached the third lowest level ever recorded. The Center for Biological Diversity has stated that the retreat of the ice sheet is depriving females and their young of their natural habitat, so that they are forced to reach the shore and gather in large groups in the company of large males. When something scares them – human activity for example – stampedes can happen and young walruses are thought to have died under the weight of adults.
After a few days of rest on the shore, walruses need to return to the sea to feed. On the images of the documentary, we understand that their movements are particularly restricted, because the individuals are all glued to each other. It is therefore difficult for them to go down the slopes in the same way.
Walruses are used to group together to guard against possible attacks. As I wrote above, during the attack of a polar bear, the appearance of a hunter or the approach of a ship or a plane at low altitude, stampedes are sometimes observed. In 2007, about 20 polar bears caused the fall of walruses from the top of a cliff, in the same region as that is shown by the documentary. In this panic and effort to regain the sea, the frailest people sometimes dies. The youngest are trampled by adults, and even adults get stuck, and die later. The directors of the documentary did not detect such a threat during filming.
According to a scientist, the presence of a large number of walruses at the top of a cliff is due to the fact that there was not enough space for everyone at the foot of the same cliff. « The presence at height of these walruses is not natural ». For her, this is due to a scarcity of space available for these animals, following the melting of the sea ice where these animals used to gather. Global warming is therefore partly responsible for the death of the walruses, which was certainly not a collective suicide.
Source: France Info, Glaciers at Risk.

When walruses are present, a webcam shows the gatherings in Round Island, Alaska:
https://explore.org/livecams/walrus/walrus-cam-round-island

Capture d’écran de la webcam de Round Island

Réchauffement climatique: La Mer de Béring en danger // Global warming : The Bering Sea in danger

Au cours de l’hiver dernier, on n’a jamais vu aussi peu de glace de mer dans la Mer de Béring. Les modèles climatiques ont prédit qu’il y aurait moins de glace dans les prochaines années, mais pas dès maintenant. Il est évident que le réchauffement climatique est en train de s’accélérer dans cette région et dans l’Arctique en général.

La glace empêche normalement les vagues de se former et de venir s’écraser sur le rivage, ce qui protège les villages pendant les tempêtes. Le problème, c’est qu’elles n’ont pas joué leur rôle protecteur cette année. En février, les vents du sud-ouest ont apporté de l’air chaud, de sorte que la glace de mer s’est transformée en bouillie de neige qui a fondu avant de disparaître. Lorsqu’une tempête a frappé Norton Sound le 12 février 2019, l’eau – qui n’était plus entravée par la glace – a remonté le fleuve Yukon. : elle a pénétré dans Kotlik, un village Eskimo situé sur la côte nord-ouest de l’Alaska, et inondé les maisons proches du rivage.
Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, les morses et les phoques utilisent la glace de mer pour se reposer et mettre bas. Les villageois utilisent la glace de mer pour les chasser. La glace de mer est également l’habitat préférentiel des ours polaires. Les algues qui s’accrochent au dessous de la glace de mer prolifèrent au printemps avant de dépérir et de tapisser le fond de l’océan, constituant ainsi une nourriture aux palourdes et autres coquillages qui, à leur tour, deviennent la proie des baleines grises, des morses et des phoques. Grâce à la glace de mer, on assiste à l’apparition de toute une chaîne alimentaire.
La glace de mer joue également un rôle au niveau des poissons destinés à être commercialisés. La zone d’eau froide établie par la glace de mer permet depuis des lustres la concentration des bancs de morues du Pacifique et de goberges (aussi appelé colin ou lieu d’Alaska) dans le sud-est de la Mer de Béring. Des études récentes ont révélé de fortes concentrations de morues du Pacifique et de goberges dans le nord de la Mer de Béring, mais l’espèce censée être présente dans la région, la morue polaire, se fait rare.
Il ne fait guère de doute que les changements intervenus dans l’atmosphère et l’océan sont dus au réchauffement climatique de la planète. Après que la glace de mer ait commencé à se former en novembre comme elle le fait d’habitude, des vents chauds ont soufflé en février et l’ont fait disparaître dans sa quasi totalité entre le nord de la mer de Béring et le détroit de Béring jusqu’à la mer des Tchouktches.
Le US Fish and Wildlife Service et le National Park Service avaient déjà détecté des problèmes au début de l’été dernier. Les habitants de la région ont fait état d’oiseaux de mer très amaigris ou morts, en particulier des guillemots de Troïl qui peuvent épuiser leurs réserves de graisse et mourir de faim après trois jours sans manger ; ils parcourent des centaines de kilomètres pour trouver des bancs de poissons ou du krill et n’ont apparemment pas réussi à trouver leur pitance. Des pétrels tempête, des fulmars, des puffins, des mouettes tridactyles, des stariques cristatelles et des macareux ont également péri.
Le plus important maintenant est de savoir si l’eau de mer plus chaude permettra aux algues nocives de vivre suffisamment longtemps pour permettre aux mollusques et crustacés de les absorber et de les transmettre aux mammifères marins et aux humains. Les biologistes marins se demandent si les toxines ont joué un rôle dans la mort des oiseaux marins en affectant leur capacité à se nourrir.
Source: Médias de l’Alaska.

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The Bering Sea last winter saw record-low sea ice. Climate models predicted less ice, but not this soon. The ice normally prevents waves from forming and locks onto beaches, walling off villages. But not this year. In February, southwest winds brought warm air and turned thin sea ice into « snow cone ice » that melted or blew off. When a storm pounded Norton Sound on February 12th, water surged up the Yukon River and entered Kotlik, a Yupik Eskimo village on Alaska’s northwest coast, flooding low-lying homes.

Walruses and seals use sea ice to rest and give birth. Villagers use sea ice to hunt them. Sea ice is the primary habitat of polar bears. Algae that clings to the bottom of sea ice blooms in spring, dies and sinks, sending an infusion of food to clams, snails and sea worms on the ocean floor, the prey of gray whales, walruses and bearded seals.

Sea ice also affects commercially valuable fish. The wall of cold water historically has concentrated Pacific cod and walleye pollock in the southeastern Bering Sea. Recent surveys made by researchers revealed high concentrations of Pacific cod and walleye pollock in the northern Bering Sea, but the species that was supposed to be there, Arctic cod, was hardly found.

It is likely that atmosphere and ocean changes are due to climate change. When sea ice in November began forming as usual, warm winds in February mostly cleared the northern Bering Sea of sea ice through the Bering Strait into the Chukchi Sea.

The U.S. Fish and Wildlife Service and the National Park Service early last summer detected trouble. Resident called with reports of emaciated and dead seabirds. Common murres, which can use up fat reserves and starve after three days without eating, fly hundreds miles to find fish schools or krill but were washing up dead on shore. Forktail storm petrels, fulmars, shearwaters, kittiwakes, auklets and puffins also died.

Of immediate concern is whether warmer water will allow harmful algae containing toxins to stay viable long enough for shellfish to eat them and pass toxins to marine mammals and people. Seabird experts wonder if toxins played a role in recent seabird deaths by affecting their ability to forage.

Source : Alaskan news media.

  

Evolution de la glace de mer dans l’Arctique (Source : NSIDC)