Quelques nouvelles du Stromboli (Sicile) // Some news of Stromboli (Sicily)

La coulée de lave émise par une bouche éruptive de la zone cratèrique nord continue de dévaler la Sciara del Fuoco. L’alimentation montre toutefois des fluctuations,avec des phases durant lesquelles le débit est faible et d’autres où la lave sort abondamment. La lave qui a atteint la mer ces derniers jours tend à se refroidir. Les explosions sont rares au sommet du volcan. D’un point de vue sismique, l’amplitude moyenne du tremor reste à des valeurs moyennes.
L’activité en cours génère également une retombée considérable de cendres sur les centres habités de Stromboli et Ginostra qui, aujourd’hui encore, se sont réveillés sous une couverture noire. Compte tenu de la persistance de cette situation encore demain sur l’île, les écoles resteront fermées.
S’agissant du tsunami de 1,50 m observé le 4 décembre, l’INGV rappelle qu’un tsunami peut être grand ou petit, mais que même un tsunami de quelques centimètres, s’il est généré par une perturbation de la mer induite par un séisme, un glissement de terrain ou une éruption volcanique, reste un tsunami. On sait que même un tsunami d’une amplitude de 50 centimètres peut être très dangereux, en raison de sa grande énergie et de sa longueur d’onde, ce qui le rend similaire à un torrent en crue.
Source: INGV, La Sicilia.

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The lava flow emitted by an eruptive vent from the northern crater terrace continues to travel along the Sciara del Fuoco. The lava output, however, shows fluctuations, with phases during which the flow is low and others where lava comes out profusely. The lava that has reached the sea in recent days tends to cool. Explosions are rare at the summit of the volcano. From a seismic point of view, the average amplitude of the tremor remains at medium values.
The current activity is also generating considerable ashfall on the populated areas of Stromboli and Ginostra which, even today, have woken up under a black blanket. Given the persistence of this situation again tomorrow on the island, schools will remain closed.
Regarding the 1.50 m tsunami observed on December 4th, INGV recalls that a tsunami can be large or small, but that even a tsunami of a few centimeters, if it is generated by a disturbance of the sea induced by an earthquake, a landslide or a volcanic eruption, remains a tsunami. It is known that even a tsunami with an amplitude of 50 centimeters can be very dangerous, due to its high energy and wavelength, which makes it similar to a torrent during a flood.
Source: INGV, La Sicilia.

Nouvelle crise éruptive du Stromboli (Sicile) // New eruptive crisis at Stromboli (Sicily)

A partir de 14h10 (UTC) le 4 décembre 2022, on a observé un débordement de lave de la zone cratèrique nord du Stromboli (Sicile) en même temps qu’une activité explosive intense dans cette partie du cratère du volcan.

A14:16 il y a eu une explosion plus intense de la zone cratèrique centre-sud.

A partir de 14h28 UTC, de petits effondrements de matériaux ont commencé à être observés le long de la partie supérieure de la Sciara del Fuoco et à 14h31 UTC,
alors que le débordement de lave et l’activité explosive se poursuivaient, on a assisté à l’apparition de plusieurs coulées pyroclastiques, probablement déclenchés par l’effondrement d’une partie de la bordure de la zone cratèrique Nord.

A 15h19, on a observé la formation d’un autre important flux pyroclastique.
Du point de vue sismique, l’amplitude moyenne du tremor volcanique reste dans le niveau moyen-élevé avec une tendance à la hausse.
A noter q’un effondrement de la Sciara del Fuoco a généré une vague d’environ 1,50 mètre. Les sirènes sont entrées en action sur l’île pour alerter la population. Aucun dégât n’est toutefois signalé.

La presse sicilienne fait remarquer que « Ginostra, qui regroupe toute une zone habitée, s’effondre de plus en plus sans qu’aient lieu les interventions nécessaires, même contractées et financées, pour la sécuriser. Quand elle s’effondrera, ce sera une tragédie et toute issue de secours sera exclue y compris le débarcadère. »

Source: INGV, La Sicilia.

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From 2:10 p.m. (UTC) on December 4th, 2022, a lava overflow from the northern crater terrace of Stromboli (Sicily) was observed at the same time as intense explosive activity in this part of the crater.
At 2:16 p.m. there was a more intense explosion from the south-central crater area.
From 2:28 pm, small collapses of material began to be observed along the upper part of the Sciara del Fuoco and at 2:31 pm, as the lava overflow and explosive activity continued, several pyroclastic flows were observed, likely triggered by the collapse of part of the rim of the North Crateric Area.
At 3:19 p.m., another significant pyroclastic flow was observed.
From a seismic point of view, the average amplitude of the volcanic tremor remains in the medium-high levels with an upward trend.
Note that a collapse of the Sciara del Fuoco generated a wave of about 1.50 meters. The sirens came into action on the island to alert the population. However, no damage was reported.
The Sicilian press points out that « Ginostra, which brings together an entire inhabited area, is collapsing more and more without the necessary interventions, even contracted and financed, taking place to secure it. When it collapses, it will be a tragedy and any emergency exit will be excluded, including the landing stage. »

Source: INGV, La Sicilia.

L’éruption du Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai (Tonga) a bouleversé le plancher océanique // The eruption of Tonga’s Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai totally changed the seafloor

J’ai écrit plusieurs notes sur les effets de l’éruption cataclysmale du volcan sous-marin Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai (archipel des Tonga) en janvier 2022. L’explosion a envoyé des cendres et de la vapeur d’eau jusque dans la mésosphère à57 km d’altitude; c’est la plus haute colonne éruptive jamais observée. Elle a généré des vagues de tsunami à travers la planète.
Une menée à partir de navires néo-zélandais et britanniques a permis de cartographier dans sa totalité la zone autour du volcan. On se rend compte que le plancher océanique a été chamboulé par de puissantes coulées de matériaux sur une distance de plus de 80 km. La mission de cartographie de l’Hunga-Tonga Hunga-Ha’apai a été dirigée par l’Institut national de recherche sur l’eau et l’atmosphère (NIWA) de Nouvelle-Zélande. Les données recueillies indiquent qu’au moins 9,5 kilomètres cubes de matériaux ont été déplacés au cours de l’événement. Le NIWA ajoute qu’il s’agit d’un volume quasi équivalent à celui de 4 000 pyramides égyptiennes. Les deux tiers des matériaux étaient constitués de cendres et de roches éjectées par la caldeira du volcan.
Ce transport de matériaux a pris la forme de coulées pyroclastiques. Dans l’eau, leur température très élevée les a enveloppées d’un coussin de vapeur grâce auquel elles ont pu se déplacer sans frottement à très grande vitesse. C’est ainsi que ces coulées pyroclastiques ont réussi à franchir des obstacles de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Cela explique, par exemple, la section du câble sous-marin reliant les Tonga au réseau Internet. Une grande partie du cable a été coupée, bien qu’elle se trouve à 50 km au sud de Hunga-Tonga et au-delà d’une grande colline sur le plancher océanique.
Les coulées pyroclastiques ont également joué un rôle dans le déclanchementdu tsunami lors de l’éruption du Hunga-Tonga. Des vagues ont été enregistrées dans tout le Pacifique mais aussi dans d’autres bassins océaniques comme l’Atlantique et même la Méditerranée.
L’équipe du NIWA explique que l’eau a pu se déplacer de quatre façons pour générer ces tsunamis : 1) déplacement de l’eau sous l’effet des coulées pyroclastiques; 2) puissance explosive de l’éruption qui a fait se déplacer l’eau ; 3) affaissement de 700 mètres du sol de la caldeira; 4) ondes de pression du souffle atmosphérique avec effet sur la surface de la mer. Au cours de certaines phases de l’éruption, ces mécanismes ont probablement agi ensemble. Un bon exemple est la principale vague de tsunami qui a frappé l’île de Tongatapu à 65 km au sud du Hunga-Tonga. L’événement s’est produit un peu plus de 45 minutes après la première explosion majeure du volcan. Un mur d’eau de plusieurs mètres de hauteur s’est abattu sur la péninsule de Kanokupolu, détruisant au passage plusieurs stations balnéaires. Une anomalie de la pression atmosphérique peut avoir contribué à augmenter la hauteur des vagues du tsunami.
La cartographie du plancher océanique autour du volcan par le NIWA a été réalisée en deux parties. La première étape, qui a cartographié et échantillonné le fond marin autour du volcan, a été effectuée à partir du navire de recherche néo-zélandais Tangaroa. La deuxième étage, directement à l’aplomb du volcan sous-marin, a été confiée au robot britannique USV Maxlimer. Télécommandé depuis une salle de contrôle située à à Tollesbury (Royaume-Uni), à 16 000 km de distance, ce robot a détecté une activité volcanique en cours. L’engin s’est déplacé à la surface d’une couche de cendres vitreuses dans la caldeira, jusqu’à sa source, une nouvelle bouche éruptive située à environ 200 mètres sous la surface de l’océan.
Cette cartographie du fond de l’océan autour du volcan sous-marin Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai permettra aux pays du Pacifique proches de la zone volcanique – qui s’étend de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande jusqu’aux Samoa – de mieux savoir où construire des infrastructures et comment les protéger; et, surtout, d’apprécier l’ampleur du risque auquel ils sont confrontés.
Source : La BBC.

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I have written several posts about the powerful eruption of the Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai seamount in January 2022. It sent ash and water vapour at incredible heights into the mesosphere (57km in altitude), the highest recorded eruption column in human history, and generated tsunami waves across the globe.

A survey by New Zealand and UK vessels has now fully mapped the area around the Pacific volcano. It shows the seafloor was scoured and sculpted by violent debris flows out to a distance of over 80km. The mapping exercise at Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai was led by New Zealand’s National Institute of Water and Atmospheric Research (NIWA). The gathered data indicates that at least 9.5 cubic kilometers of material were displaced during the event. NIWA adds that this is a volume equivalent to something approaching 4,000 Egyptian pyramids. Two-thirds of that material was the ash and rock ejected out through the volcano’s caldera.

This transport of material took the form of pyroclastic flows. In water, their searing heat enveloped them in a frictionless steam cushion on which they could simply run at very high speed. The survey work tracked flows that managed to travel up and over elevations of several hundred metres. This explains, for example, the loss of the submarine cable connecting Tonga to the global internet. A large section was cut out of this data link despite lying 50km to the south of Hunga-Tonga and beyond a large hill on the seafloor.

The pyroclastic flows also have a part in the tsunami story of Hunga-Tonga. Waves were recorded across the Pacific but also in other ocean basins, in the Atlantic and even in the Mediterranean Sea.

The NIWA team says there were essentially four ways water was displaced to generate these tsunamis: by the density flows pushing the water out of the way; through the explosive force of the eruption also pushing on the water; as a result of the dramatic 700-meter collapse of the caldera floor; and by pressure waves from the atmospheric blast acting on the sea surface. At certain phases during the eruption, these mechanisms likely worked in tandem. A good example is the biggest wave to hit Tonga’s main island, Tongatapu, 65km to the south of Hunga-Tonga. This occurred just over 45 minutes after the first major eruptive blast. A wall of water several metres high washed over the Kanokupolu peninsula, destroying beach resorts in the process. An atmospheric pressure anomaly may have increased the height of the tsunami waves.

The NIWA mapping of the ocean floor around the volcano was carried out in two parts. The first stage, which mapped and sampled the seafloor around the volcano, was conducted from New Zealand’s Research Vessel (RV) Tangaroa. The second stage, directly above the seamount, was given over to the British robot boat USV Maxlimer. Operated from a control room 16,000 km away in Tollesbury, UK, this uncrewed vehicle was able to identify ongoing, volcanic activity. The boat did this by tracing a persistent layer of glassy ash in the caldera back to a new vent cone some 200 meters under water.

All the results from the mapping of the ocean floor around Hunga-Tonga Hunga-Haʻapai will help Pacific nations close to the volcanic zone that runs from New Zealand’s North Island all the way to Samoa to know better now where to build infrastructure and how to protect it; and, importantly, to appreciate the scale of the risk they face.

Source: The BBC.

 Source: USGS

 Cartographie du plancher océanique avec le volcan qui se dresse à plus de 1,5 km de hauteur (Source: NIWA)

Simulation de séisme sur le Détroit de Messine

Qui n’a pas pris le ferry pour traverser le Détroit de Messine et rêvé de pouvoir un jour emprunter un pont qui enjamberait ce bras de mer?

En ce 4 novembre 2022 a lieu en Sicile un exercice national de Protection civile intitulé « Séisme dans le détroit » dans le cadre du projet de construction d’un pont enjambant le Détroit de Messine. L’exercice concerne 37 localités autour de Reggio Calabria et 19 de celle de Messine. Comme base de l’exercice, il y a la simulation d’une secousse sismique d’une intensité supérieure à celle enregistrée dans la zone du détroit en 1975, à 5 kilomètres de la côte de Reggio.
L’exercice permettra de tester le système de Protection civile et les systèmes de coordination sur le territoire. Sera testé en particulier un système d’alerte aux personnes: 500 000 environ recevront un message d’alerte sur leurs téléphones portables, une technologie en vigueur dans d’autres parties du monde, en Islande par exemple.
Le séisme simulé a une magnitude de M 6,0 avec un scénario qui présente les plus grands dégâts dans certaines localités de la province de Reggio Calabria, mais avec des effets importants également dans la province de Messine. L’événement est susceptible de provoquer des effets environnementaux au sol tels que des glissements de terrain et la liquéfaction des sols, la réactivation de failles et, potentiellement, un tsunami. Lorsque se produira la simulation du séisme, la salle de surveillance sismique de l’INGV communiquera les coordonnées, la magnitude et la profondeur de l’événement dont l’épicentre se trouvera dans la province de Reggio Calabria.
Parallèlement, sur la base des paramètres du séisme, le Centre d’Alerte aux Tsunamis de l’INGV, qui opère au sein du Système National d’Alerte aux tsunamis générés par les séismes en Méditerranée, effectuera des simulations d’un potentiel tsunami avec un niveau d’alerte Orange. Le Centre d’Alerte aux Tsunamis estimera les heures d’arrivée prévues et les niveaux d’alerte le long des côtes exposées; il enverra les messages d’alerte à la protection civile qui les transmettra aux autorités locales et à toutes les composantes du système national de Protection civile. L’INGV testera également les processus de communication interne, les activités de sa cellule de crise, la salle de surveillance sismique et d’alerte aux tsunamis et les activités de tous ses groupes opérationnels d’urgence.
L’exercice, qui se déroule parallèlement à la Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis, comprend également des communications au public et aux médias concernant les informations publiées sur le portail et sur les réseaux sociaux institutionnels.
Il existe 33 scénarios opérationnels avec l’hypothèse de milliers de personnes qui n’ont plus de logements à leur disposition. En Calabre deux colonnes mobiles seront opérationnelles, une régionale, sur Gioia Tauro et la seconde qui se déplacera entre la Calabre et la Sicile.

Source: La Sicilia.

Image satellite du Détroit de Messine (Source: NASA)