Arctique: Des nouvelles toujours inquiétantes // Arctic: More worrying news

Les nouvelles en provenance de l’Arctique ne sont pas bonnes et confirment ce que j’ai écrit sur ce blog il y a quelques mois.
La glace de mer dans l’Arctique a pratiquement atteint son point le plus bas en 2018, ce qui confirme la tendance à la diminution déjà observée dans cette région du globe où le climat se réchauffe deux à trois fois plus vite qu’ailleurs sur la planète.
Si l’on prend en compte les dernières mesures effectuées du 15 au 22 septembre 2018, il s’agit de la sixième plus faible étendue de glace de mer en près de 40 ans de relevés satellitaires. A la limite, cette seule statistique pourrait ne pas suffire à rappeler la fonte alarmante de l’Arctique qui a atteint son point culminant en 2012. Pourtant, en observant attentivement la situation dans l’Arctique en 2018, on se rend compte que la glace dans cette région du monde disparaît de plus en plus rapidement. Les 12 dernières années sans exception ont enregistré les niveaux de glace de mer les plus bas.
Et ce n’est pas tout: Comme je l’ai écrit dans une note précédente, la glace arctique la plus épaisse et la plus ancienne, ancrée en une masse compacte au large des côtes du Groenland, s’est désintégrée cette année. Il s’agit d’une zone de la taille de l’Etat d’Indiana aux Etats Unis. C’était la glace la plus ancienne et la plus stable de l’Arctique et tous les scientifiques pensaient qu’elle resterait intacte encore très longtemps. Elle avait même résisté à la fonte record de 2012. L’épaisseur moyenne de cette glace est d’environ 5 mètres, mais dans certains secteurs, elle peut atteindre 20 mètres.
Cette rupture ne laisse présager rien de bon. C’est probablement ce qui va se passer dans l’Arctique au cours des quatre prochaines décennies sous l’effet du réchauffement climatique. Le phénomène révèle parfaitement la rapidité avec laquelle l’Arctique évolue et il faut s’attendre à voir un Océan Arctique dépourvu de glace pendant les mois d’été.
Lorsque la glace de mer fond, elle contribue à l’accélération de la fonte des glaces en général. Contrairement à l’océan qui est sombre, la glace brillante renvoie la lumière du soleil dans l’espace. Mais à mesure que les océans et l’atmosphère qui se réchauffent font fondre la couverture de glace, l’océan est en mesure d’absorber cette énergie qui, à son tour, fait fondre davantage de glace. On a affaire à une boucle de rétroaction permanente.
Source: National Snow and Ice Data Center.

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The news from the Arctic is not good and confirm what I wrote on this blog a few months ago.

Sea ice in the Arctic has just about melted to its lowest point of 2018, and this reinforces a trend of dwindling ice atop the globe — where the climate is warming two to three times faster than the rest of the planet.

Referreing to the measurements performed between September 15th and 22nd,  it’s the sixth-lowest ice extent in nearly 40 years of satellite records. This statistic alone might not carry the bite of 2012’s extreme Arctic melt, in which the ice thawed to its lowest point ever recorded. Yet, a closer examination of what’s transpired in the great north this year reveals the Arctic’s ever-accelerating disappearance. In fact, each of the last 12 years have been the lowest 12 years on the satellite record

And there’s more : As I put it in a previous post, some of the thickest, oldest Arctic ice, which is anchored in a compacted mass off the frigid north Greenland shore, broke apart this year. It is an area about the size of Indiana. It was the oldest, most stable ice in the Arctic and all scientists thought it would hold on the longest. It even resisted the all-time record-breaking melt in 2012. The average thickness of this ice is around 5 metres, but in parts it can reach 20 metres.

This break-up portends what may eventually transpire in the Arctic: a visible gauge of climate change in the next four or so decades. Indeed, what happened is incredibly indicative of just how fast the Arctic is changing. It could accelerate the timeline for what could be an ice-free Arctic Ocean during the summer months.

When sea ice melts, it contributes to even more ice melting. In contrast to the dark ocean, bright ice reflects sunlight back into space. But as both the warming oceans and atmosphere melt the bright ice cover, the ocean is then able to absorb this energy, which in turn melts more ice. It is a continuing feedback loop.

Source : National Snow and Ice Data Center.

La glace de mer dans l’Arctique le 24 septembre 2018, avec en orange son étendue moyenne entre 1881 et 2010 (Source : NSIDC)

Surface occupée par la glace de mer arctique en moyenne annuelle de 1979 à 2017 (Source : NSIDC)

Réchauffement climatique : L’Arctique s’ouvre au trafic maritime // Global warming : The Arctic opens to maritime traffic

Si besoin était, voici une autre preuve du réchauffement climatique dans l’Arctique et de ses conséquences pour l’environnement. Au cours de ma conférence intitulée « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique, » j’explique que la fonte des glaces va permettre l’ouverture des passages du nord-est et du nord-ouest et entraîner un bouleversement dans le trafic maritime de notre planète.

Confirmant mes propos,  le porte-conteneurs Venta, du groupe danois Maersk, est arrivé le 27 septembre 2018 à Saint-Pétersbourg après avoir franchi l’Arctique par le Nord depuis l’Extrême-orient russe. C’est une première pour un navire de cette taille. Il présente une longueur de 200 mètres et pèse 42 000 tonnes. D’une capacité de près de 36 000 conteneurs, il est conçu pour opérer par des températures atteignant -25°C. Parti le 23 août 2018 de Vladivostok, le Venta a effectué le trajet en cinq semaines, avec des haltes au port Vostotchny, proche de Vladivostok, puis à Busan en Corée du Sud avant de s’élancer via le détroit de Béring jusqu’à Bremerhaven en Allemagne, avant de mettre le cap sur Saint-Pétersbourg. Chargé de poisson gelé russe et de composants électroniques coréens, le navire a été assisté sur la route par des brise-glace nucléaires.

Praticable auparavant seulement quelques semaines par an et pour des bateaux de taille plus modeste que le Venta, le passage du nord-est, qui longe les côtes septentrionales de la Sibérie, devient accessible de plus en plus longtemps. La Russie mise sur le développement de ce raccourci maritime, qui permet aux navires de gagner jusqu’à 15 jours par rapport à la voie classique passant par le canal de Suez… avec les risques pour l’environnement qu’un tel trafic va forcément induire.

Source : France Info

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If needs be, here is another proof of global warming in the Arctic and its consequences for the environment. During my conference entitled « Glaciers at Risk, the Effects of Global Warming, » I explain that the  melting sea ice will open the northeastern and northwestern passages and totally modify marine traffic on our planet.
Confirming what I said, the Venta container ship, from the Danish group Maersk, arrived in St. Petersburg on 27 September 2018 after crossing the Arctic from the Russian Far East. This is a first for a ship of this size. It is 200 metres long and weighs 42,000 tons. With a capacity of nearly 36,000 containers, it is designed to operate in temperatures down to -25°C. Starting on 23 August 2018 from Vladivostok, the Venta performed the trip in five weeks, stopping at Vostochny Port, near Vladivostok, then at Busan in South Korea before setting off via the Bering Strait to Bremerhaven in Germany, before heading to St. Petersburg. Loaded with Russian frozen fish and Korean electronic components, the ship was assisted on the road by nuclear icebreakers.
Practicable previously only a few weeks a year and for smaller boats than the Venta, the northeastern passage, which runs along the northern coast of Siberia, becomes accessible longer and longer year after year. Russia is banking on the development of this maritime shortcut, which allows ships to save up to 15 days compared to the classic route through the Suez Canal… with obvious hazards to the environment.
Source: France Info

 Comme on peut le voir sur cette carte, le trafic maritime par le passage du nord-est (en rouge) représente un sacré raccourci comparé à la voie classique !

L’ONU tire la sonnette d’alarme climatique // UNO sounds the alarm about the climate

Le lundi 10 septembre 2018, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a prononcé un discours particulièrement alarmiste, autour de la question climatique, de la même façon que Nicolas Hulot l’a fait devant notre Assemblée Nationale avant de démissionner. Selon M. Guterres, « nous sommes confrontés à une menace existentielle directe. Le changement climatique est la question déterminante de notre époque » Pour lui, « si nous ne changeons pas de cap d’ici 2020, nous risquons de manquer le moment où nous pouvons éviter un changement climatique incontrôlé, avec des conséquences désastreuses pour les humains et tous les systèmes naturels qui nous soutiennent. »

Le secrétaire général de l’ONU a dressé un bilan particulièrement inquiétant de l’état de la planète : « Nous connaissons des températures record dans le monde entier. Selon l’Organisation Météorologique Mondiale, 18 des années les plus chaudes depuis 1850 ont été enregistrées au cours des deux dernières décennies et 2018 s’annonce comme la quatrième plus chaude.  Les vagues de chaleur extrêmes, les incendies, les tempêtes et les inondations laissent une trace de mort et de dévastation. »

Antonio Gutteres estime encore que beaucoup trop de dirigeants ont refusé d’écouter les scientifiques et dans certaines régions, la situation ressemble aux pires scénarios imaginés par les chercheurs. Selon lui, « nous avons été prévenus. Les scientifiques nous le disent depuis des décennies, mais beaucoup trop de dirigeants ont refusé d’écouter. »  Comme le disait Nicolas Hulot à l’Assemblée, « tout le monde s’en fiche ».

Antonio Guterres donne l’exemple de la banquise arctique qui « disparaît plus vite que nous ne l’avions imaginé. » Cette année, pour la première fois, la glace de mer épaisse et permanente au nord du Groenland a commencé à se fragmenter. « Le réchauffement spectaculaire dans l’Arctique affecte les conditions météorologiques dans l’hémisphère nord »  Autre conséquence : « Les océans deviennent de plus en plus acides, et menacent les fondements des chaînes alimentaires qui soutiennent la vie. Et, sur terre, le niveau élevé de dioxyde de carbone dans l’atmosphère rend les cultures de riz moins nutritives, menaçant le bien-être et la sécurité alimentaire de milliards de personnes. »

Face à ce désastre annoncé, Antonio Guterres estime qu’il est encore possible d’agir, même si manque, selon lui, la volonté politique des dirigeants.

L’Accord de Paris, signé il y a trois ans, qui prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », était « vraiment le strict minimum pour éviter les pires impacts du changement climatique », mais même ces objectifs ne seront pas tenus. « Ce qui nous manque encore, même après l’Accord de Paris, c’est le leadership et l’ambition de faire ce qui est nécessaire. »

Antonio Guterres a demandé aux dirigeants et à chacun de se mobiliser. « Il est impératif que la société civile […] demande des comptes aux dirigeants. » Dans son discours, il a cité plusieurs pistes : « Nous devons arrêter la déforestation, restaurer les forêts détériorées et changer notre manière de cultiver. Il faut aussi revoir la manière de chauffer, de refroidir et d’éclairer nos bâtiments pour gaspiller moins d’énergie. »  Selon lui, l’action climatique et le progrès socio-économique se renforcent mutuellement.

Sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr !

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On Monday, September 10th, 2018, Antonio Guterres, UN Secretary-General, delivered a particularly alarmist speech about the climate issue, in the same way that Nicolas Hulot did in front of our National Assembly before resigning . According to Guterres, « we are facing a direct existential threat. Climate change is the critical issue of our times. » For him, »if we do not change course by 2020, we risk missing the moment when we can avoid uncontrolled climate change, with disastrous consequences for humans and all the natural systems that support us. »
The UN Secretary General made a particularly disturbing record of the state of the planet: « We are experiencing record temperatures worldwide. According to the World Meteorological Organization, 18 of the warmest years since 1850 have been recorded in the last two decades, and 2018 promises to be the fourth warmest. Extreme heat waves, wildfires, storms and floods leave a trail of death and devastation. »
He still believes that far too many leaders have refused to listen to scientists and in some areas, the situation resembles the worst scenarios imagined by researchers. In his opinion, « we have been warned. Scientists have been telling us for decades, but far too many leaders have refused to listen. As Nicolas Hulot said in front of the National Assembly, « everyone does not care ».
Antonio Guterres gave the example of the Arctic sea ice which « disappears faster than we had imagined. This year, for the first time, the thick, permanent sea ice in northern Greenland has begun to fragment. « Spectacular warming in the Arctic affects weather conditions in the northern hemisphere » Another consequence: « Oceans are becoming more and more acidic, threatening the basic elements of the food chains that support life. And, on Earth, the high level of carbon dioxide in the atmosphere makes rice crops less nutritious, threatening the well-being and food security of billions of people. »
Faced with this announced disaster, Antonio Guterres believes that it is still possible to act, even if the political will of the leaders is too often absent.
The Paris Agreement, signed three years ago, which plans to contain by 2100 global warming « well below 2°C compared to pre-industrial levels, » was « really the bare minimum to avoid the worst impacts of climate change, « but even these goals will not be met. What we still lack, even after the Paris Agreement, is leadership and the ambition to do what is needed. »
Antonio Guterres asked leaders and everyone to mobilize. « It is imperative that civil society […] hold leaders accountable. In his speech, he made several suggestionss: « We must stop deforestation, restore degraded forests and change the way we cultivate. We also need to review how to heat, cool and light our buildings to waste less energy. In his opinion, climate action and socio-economic progress are mutually reinforcing.
Will he be heard? Nothing is less sure !

La fonte des glaciers et de la banquise menace notre planète (Photo: C. Grandpey)

La fonte du Groenland: De plus en plus inquiétante // Greenland melting: More and more worrying

La glace de mer la plus ancienne et la plus épaisse de l’Arctique a commencé à se rompre, libérant les eaux au nord du Groenland, là où elles sont normalement gelées, même en été.
Ce phénomène, qui n’a jamais été observé auparavant, s’est produit deux fois en 2018 en raison de vents chauds et d’une vague de chaleur provoquée par le changement climatique dans l’hémisphère nord.
Un météorologue a qualifié cette perte de glace d’ »effrayante ». La situation pourrait s’avérer catastrophique pour les ours polaires et les phoques, allant jusqu’à menacer leur survie. De plus, cela obligera probablement les scientifiques à revoir leurs théories concernant la partie de l’Arctique qui résistera le plus longtemps au réchauffement climatique
La mer au large de la côte nord du Groenland est normalement recouverte par la glace. Elle était appelée jusqu’à récemment « la dernière zone de glace » car on pensait qu’elle serait le dernier rempart nordique aux effets de la fonte provoquée par le réchauffement climatique. Contre toute attente, les pics de température anormaux observés en février et au début du mois d’août 2018 l’ont rendue vulnérable aux vents qui ont éloigné la glace de la côte comme cela ne s’était jamais produit depuis le début des relevés satellitaires dans les années 1970.
La glace au nord du Groenland est généralement très compacte en raison du courant de dérive transpolaire, l’un des deux principaux phénomènes météorologiques qui poussent la glace de la Sibérie à travers l’Arctique jusqu’à la côte où elle s’accumule. En moyenne, elle présente une épaisseur de plus de quatre mètres, mais peut s’entasser pour former des crêtes de 20 mètres de hauteur ou plus. Cette glace compacte et épaisse n’est généralement pas facile à déplacer, mais elle a fini par être poussée par les vents au cours de l’hiver dernier (surtout en février et mars) et au cours de l’été 2018.
La glace est plus facile à déplacer en raison de la tendance au réchauffement qui s’est accélérée au cours des 15 dernières années. L’épaisseur de la glace a diminué, même dans la partie la plus froide de l’Arctique où elle est habituellement la plus épaisse. On a là un parfait exemple de la transformation de la banquise arctique et du climat arctique.
Les scientifiques ne peuvent pas dire pendant combien de temps cette étendue d’eau restera à l’air libre, mais même si elle se referme dans quelques jours, le mal sera fait: la vieille glace de mer épaisse aura été repoussée de la côte vers une zone où elle pourra fondre plus facilement.
Les ouvertures de zones sans glace observées cette année sont davantage dues au vent qu’à la fonte, mais elles se sont produites lors de deux pics de température. En février, la station météorologique Kap Morris Jesup installée dans la région montre en général des températures inférieures à -20°C, mais au début de l’année, on a enregistré 10 jours avec des températures au-dessus de zéro accompagnées de vents chauds, ce qui a débloqué la glace qui se trouvait le long de la côte.
Au milieu du mois d’août 2018, la glace s’est à nouveau ouverte lorsque la station Kap Morris Jesup a brièvement enregistré un record de 17°C, avec de forts vents du sud dont la vitesse atteignait 11 nœuds (plus de 20 km/h). Les scientifiques pensent que la mer le long des côtes gèlera à nouveau mais probablement plus tard que la normale.
Les derniers rapports du Norwegian Ice Service montrent que la couverture de glace arctique dans la région du Svalbard est inférieure de 40% à la moyenne pour cette période de l’année depuis 1981. Au cours du mois de juillet, on a enregistré pendant au moins 14 jours un déficit de glace dans cette région. Même si une glace moins épaisse ailleurs dans l’Arctique ne signifie pas forcément qu’il en sera ainsi toute l’année, cette situation confirme les prévisions selon lesquelles il n’y aura plus de glace pendant l’été dans l’Océan Arctique entre 2030 et 2050.

Les très hautes températures dans l’Arctique inquiètent les climatologues depuis le début de l’année. Pendant l’hiver et son absence de soleil, une vague de chaleur a fait craindre une érosion du vortex polaire. Cette situation inclut le Gulf Stream qui est à son plus bas niveau depuis 1600 ans en raison de la fonte des glaces du Groenland et du réchauffement des océans. Avec une circulation plus faible de l’eau et de l’air, les systèmes météorologiques ont tendance à durer plus longtemps.
La stabilité du front chaud a été attribuée à des températures record en Laponie et à des incendies de forêt en Sibérie, dans une grande partie de la Scandinavie et ailleurs dans la région du Cercle Arctique.
Source: Norwegian Ice Service

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The oldest and thickest sea ice in the Arctic has started to break up, opening waters north of Greenland that are normally frozen, even in summer.

This phenomenon, which has never been recorded before, has occurred twice this year due to warm winds and a climate-change driven heatwave in the northern hemisphere.

One meteorologist described the loss of ice as “scary”. Scientists said it could prove catastrophic for polar bears and seals, threatening their survival and it could force them to revise their theories about which part of the Arctic will withstand warming the longest.

The sea off the north coast of Greenland is normally so frozen that it was referred to, until recently, as “the last ice area” because it was assumed that this would be the final northern holdout against the melting effects of global warming. But abnormal temperature spikes in February and in early August have left it vulnerable to winds, which have pushed the ice further away from the coast than at any time since satellite records began in the 1970s.

Ice to the north of Greenland is usually particularly compacted due to the Transpolar Drift Stream, one of two major weather patterns that push ice from Siberia across the Arctic to the coastline, where it packs. On average, it is over four metres thick and can be piled up into ridges 20 metres thick or more. This thick, compacted ice is generally not easily moved around. However, that was not the case this past winter (especially in February and March) and this summer. The ice is being pushed away from the coast by the winds.

Ice is easier to blow around as a result of a warming trend, which has accelerated over the past 15 years. The thinning is reaching even the coldest part of the Arctic with the thickest ice. So it is a pretty dramatic indication of the transformation of the Arctic sea ice and Arctic climate.

Scientists cannot tell how long this open water patch will remain open, but even if it closes in few days from now, the harm will be done: the thick old sea ice will have been pushed away from the coast, to an area where it will melt more easily.

This year’s openings are driven more by wind than melting but they have occurred during two temperature spikes. In February, the Kap Morris Jesup weather station in the region is usually below -20C, but earlier this year there were 10 days above freezing and warm winds, which unlocked the ice from the coast.

In mid Auguqt 2018, the crack opened again after Kap Morris Jesup briefly registered a record high of 17°C and strong southerly winds picked up to 11 knots. Experts predict that coastal seas will freeze again but probably later than normal.

The latest readings by the Norwegian Ice Service show that Arctic ice cover in the Svalbard area this week is 40% below the average for this time of year since 1981. In the past month, at least 14 days have hit record lows in this region. Although thinner ice elsewhere in the Arctic means this is unlikely to be a record low year overall, they are in line with predictions that there will be no summer ice in the Arctic Ocean at some point between 2030 and 2050.

As well as reducing ice cover, the ocean intrusion raises concerns of feedbacks, which could tip the Earth towards a hothouse state.

Freakish Arctic temperatures have alarmed climate scientists since the beginning of the year. During the sunless winter, a heatwave raised concerns that the polar vortex may be eroding. This includes the Gulf Stream, which is at its weakest level in 1,600 years due to melting Greenland ice and ocean warming. With lower circulation of water and air, weather systems tend to linger longer.

A dormant hot front has been blamed for record temperatures in Lapland and forest fires in Siberia, much of Scandinavia and elsewhere in the Arctic Circle.

Source: Norwegian Ice Service

Le 15 août 2018, la glace de mer arctique couvrait une surface de 5,7 millions de kilomètres carrés. La ligne orange montre la moyenne de cette même étendue le 15 août entre 1981 et 2010. Source :  NSIDC.

 

 

Nouvelle vague de chaleur dans le nord de l’Europe // New heat wave in northern Europe

Comme je l’ai indiqué précédemment, les régions arctiques ont connu une vague de chaleur sans précédent au cours des dernières semaines, avec des températures supérieures à 30°C dans l’extrême nord de la Suède. La température (calculée par extrapolation) dans la partie du nord de la Sibérie a atteint 32°C au début du mois de juillet, soit plus de 20 degrés au-dessus de la normale. Conséquence des températures de plus en plus chaudes et des étés de plus en plus secs, les grandes forêts de l’extrême nord commencent à brûler partout dans le monde. C’est ce qui s’est passé récemment en Suède où le pays a été confronté à des incendies de forêt parmi les plus importants de son histoire.
Un incendie de forêt, comme pratiquement tous les incendies, envoie du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, accélérant ainsi l’effet de serre qui contribue au réchauffement climatique. Cela est particulièrement vrai pour les incendies dans les hautes latitudes, où les arbres repoussent lentement, et où s’ajoute le risque de voir les tourbières riches en carbone sécher et brûler à leur tour, sans oublier la fonte du permafrost qui libère d’énormes quantités de méthane.
Les températures plus élevées provoquent également plus d’évaporation, ce qui augmente la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère. La vapeur d’eau ne contribue pas seulement à donner l’impression que l’air est plus chaud; c’est aussi un gaz à effet de serre ; c’est pourquoi aux Etats-Unis la température baisse davantage la nuit au Nouveau-Mexique que dans le New Jersey.
Presque tout l’hémisphère nord a connu des températures supérieures à la normale cet été; dans le Colorado, Denver a établi un record avec 40,5°C au mois de juin. A peu près au même moment, le Sultanat d’Oman a enregistré un record mondial pour la plus basse température nocturne avec 42,7°C (voir ma note du 21 juillet 2018). Une vague de chaleur au Japon à la mi-juillet a envoyé 10 000 personnes à l’hôpital; tandis que 80 autres ont perdu la vie.
Source: Médias d’information internationaux.

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As I put it before, Arctic regions have gone through an unprecedented heat wave during the past weeks, which has sent temperatures in the far north of Sweden as high as 30°C. The temperature (calculated by extrapolation) in a part of northern Siberia reached 32°C earlier in July, more than 20 degrees above normal. As a consequence, of the increasingly hot temperatures and dry summers, the great forests in the far north, all around the globe, are starting to burn. This is what recently happened in Sweden where the country was confronted with some of the largest wildfires of its history.

A forest fire, like virtually all fires, releases carbon dioxide into the atmosphere, accelerating the greenhouse effect that drives global warming. This is especially true of wildfires at high latitudes, where trees grow back slowly, and where there are the additional risks of carbon-dense peat bogs drying and burning, and also of melting permafrost releasing huge quantities of methane.

Higher temperatures also cause more evaporation, putting more water vapour into the atmosphere. Water vapour does not just make the air feel hotter; it’s a greenhouse gas all by itself, which is why the temperature drops more at night in New Mexico than it does in New Jersey.

Almost the entire Northern Hemisphere has been hotter than normal this summer; Denver hit an all-time high of 40.5°C in June, around the same time that Oman reported the highest nighttime low temperature (42.7°C) ever recorded anywhere in the world (see my note of 21 July 2018). A heat wave in Japan in mid-July put 10,000 people in the hospital; at least 80 died.

Source: International news media.

Anomalies thermiques en Scandinavie au mois de juillet (Source: NASA)

Il est intéressant de comparer la carte des températures dans le monde en juin 1976 et en juin 2018. Plus c’est orange, plus c’est chaud. Sans commentaire!

Baleines boréales et changement climatique // Bowhead whales and climate change

Les dernières observations montrent que les baleines boréales profitent pleinement des eaux arctiques libérées de leur glace par le réchauffement climatique. Ce bien-être des baleines contraste avec le sort d’autres espèces arctiques menacées, comme les ours polaires.  La température a augmenté plus vite dans l’Arctique qu’ailleurs sur la planète ; cela a donné naissance à des eaux dépourvues de glace et propices au développement du krill et d’autres crustacés dont se nourrissent les baleines boréales. Les observations sur le terrain montrent que les baleines sont aussi plus grosses qu’il y a une trentaine d’années, avec des estomacs bien pleins à l’automne et peu de maladies.
Dans les années 1980, pendant une décennie où la glace de mer était épaisse, les baleines boréales migraient généralement au-delà des côtes septentrionales de l’Alaska en septembre et en octobre après avoir quitté les eaux canadiennes. Aujourd’hui, la migration commence en août et se poursuit jusqu’à la fin du mois de novembre.
Les baleines boréales de l’Alaska, autrefois décimées par la chasse commerciale qui a pris fin il y a environ un siècle, atteignaient 17 000 individus lors du dernier dénombrement en 2011.
Avec moins de glace, davantage de soleil pénètre dans l’eau, et les rafales de vent plus fréquentes agitent l’océan, créant des conditions favorables à la prolifération de la nourriture de la baleine boréale. Les tempêtes qui balayent les eaux dépourvues de glace, une menace grandissante pour de nombreux villages de l’Alaska autrefois protégés par la glace de mer côtière, favorisent les accumulations d’éléments nutritifs. En 2016 et 2017, les observateurs ont vu d’impressionnants groupes de baleines se nourrir à l’embouchure des rivières de l’Alaska en été. Pendant quatre jours en août 2016, ils ont observé un troupeau de 600 baleines boréales venues se nourrir près de l’embouchure de la rivière Colville, ce qui dépasse de plusieurs fois les recensements antérieurs.
Il convient également de noter le grand nombre de baleineaux observé ces dernières années, en particulier en 2017, année où ils représentaient 12 pour cent du nombre total de baleines recensées.
Depuis la fin des années 1970, les observations satellitaires ont permis d’estimer à environ 10% la perte de glace de mer par décennie. Dans le même temps, le nombre de baleines boréales a augmenté de 3,7% par an jusqu’en 2011. Cette tendance significative à la hausse est peut-être due, au cours des dernières années, au nombre élevé de baleineaux. Le prochain comptage n’aura pas lieu avant 2021.
Le changement climatique a compliqué la vie des baleiniers et des chasseurs dont le mode de vie dépend des cétacés. Ils s’inquiètent de l’évolution des schémas de migration et des risques que comportent les déplacements sur de la glace moins épaisse.
Comment les choses vont-elles évoluer alors que la glace de mer continue de fondre? La population de cétacés de grandira pas éternellement. Leur croissance en taille semble s’être stabilisée ces dernières années, bien que l’analyse de ces données ne soit pas exhaustive.

De probables menaces dans les années à venir, avec l’augmentation du trafic maritime dans l’Arctique, de nouvelles maladies ou d’autres facteurs inattendus pourraient rapidement bouleverser la situation confortable des baleines boréales.
Source: Anchorage Daily News.

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Bowhead whales in Alaska’s Arctic waters appear to be thriving even as sea ice shrinks under the effect of climate change. This comes as a counterpoint to concerns that have prompted federal threatened status for some other northern animals such as polar bears.

Temperatures in the Arctic have risen faster than anywhere else in the world, creating more open water that is apparently improving conditions for the krill and other crustaceans the bowheads eat. Records show the whales are also fatter than they were about 30 years ago, with full stomachs in fall and low disease rates.

In the 1980s, a decade of heavy sea ice, bowheads generally migrated past Alaska’s northern coasts in September and October after leaving Canadian waters. Now, the migration starts in August and continues until the last few whales travel past in late November.

Alaska’s bowheads, once decimated by commercial whaling that ended about a century ago, reached 17,000 during the last population count in 2011.

With less ice, more sunlight is entering the water, and more wind is mixing up the ocean, creating conditions that appear to be boosting the bowhead’s food supply. Storms sweeping across open water, a growing threat for many Alaska villages once protected by coastal sea ice, may be helping swirl nutrients. Observers in 2016 and 2017 have seen huge groups of whales feeding off the mouths of Alaska rivers in summer. For four days in August 2016, surveyors detected a massive group of 600 bowheads feeding near the mouth of the Colville River, which is many times larger than any previous count.

Also noteworthy are the large number of calves spotted in some recent years, including an extremely high amount in 2017 when calves made up 12 percent of the overall number of whales detected.

Since the late 1970s, satellite records tracked sea-ice loss at about 10 percent a decade. Meantime, bowhead abundance grew at a 3.7 percent annual clip through 2011. That abundance trend may have risen in recent years, based on the strong calf-production rates and other data. The next population count doesn’t occur until 2021.

Climate change has complicated life for subsistence whalers and hunters, who worry about animals’ changing migration patterns and the deadly risks of travelling on thinner ice.

How things will play out as sea ice continues to melt is anyone’s guess. The population won’t keep rising forever. And the growth in girth may have levelled off in recent years, though a full analysis of that data is not complete.

Future threats from increased Arctic ship traffic, newly introduced diseases or other unexpected factors could suddenly alter the picture.

Source : Anchorage Daily News.

Vue éphémère d’une baleine boréale au large de Juneau (Alaska) [Photo : C. Grandpey]

Bilan thermique de l’hiver arctique // Winter temperatures in the Arctic

Alors que l’été touche à sa fin dans l’hémisphère sud, il en va de même pour l’hiver dans la moitié nord du globe. S’agissant du nord de la planète, l’Arctique vient de connaître l’hiver le plus chaud de son histoire. La glace de mer a atteint la surface la plus faible jamais observée pour cette période de l’année, avec beaucoup d’eau libre dans des secteurs où l’océan est censé geler.
Les scientifiques affirment que ce qui se passe dans l’Arctique est du jamais vu et fait partie d’un cercle vicieux lié au réchauffement climatique qui joue probablement un rôle dans les vagues de froid observées en Europe et dans le nord-est des États-Unis.
Il a fait si chaud dans l’Arctique que la station météorologique terrestre la plus proche du pôle Nord, à la pointe du Groenland, a passé plus de 60 heures au-dessus de zéro en février 2018. Avant cette année, les scientifiques n’avaient vu la température de la région s’élever au-dessus de zéro qu’à deux reprises en février, et de manière très brève. Les températures record du mois dernier au Cap Morris Jesup ont été plus proches de celles d’un mois de mai !
Le Groenland n’est pas le seul endroit à avoir enregistré des températures record. A Barrow (Alaska), sur le Cercle Polaire arctique, le mois de février a été de 10 degrés Celsius plus chaud que la normale et l’hiver a été en moyenne de 7,8 degrés Celsius au-dessus de la normale. Sur plus d’une trentaine de stations météorologiques arctiques, 15 ont enregistré des températures d’au moins 5,6 degrés Celsius au-dessus de la normale pendant l’hiver.
Au cours des mois de décembre, janvier et février, l’ensemble des stations météorologiques de l’Arctique ont relevé des températures moyennes de 4,9 degrés Celsius supérieures à la normale. L’air au-dessus des mers des Tchouktches et de Bering, près de l’Alaska, était en moyenne de 11 degrés Celsius plus chaud que la normale en février.
En février, la glace de mer de l’Arctique couvrait 13,9 millions de kilomètres carrés, soit environ 160 000 kilomètres carrés de moins que le record historique établi l’an dernier. La couverture de glace de mer en février était également inférieure de 1,4 million de kilomètres carrés à la normale enregistrée sur 30 ans.
Près du Groenland, de l’air chaud s’est déplacé vers le nord au-dessus d’une partie de l’Atlantique où il y a habituellement de la glace de mer. Un phénomène semblable s’est produit dans le Pacifique avec de l’eau libre sur la mer de Bering qui est normalement gelée à cette époque. Un tel réchauffement de part et d’autre de l’Arctique est tout à fait inhabituel.
Selon les climatologues, même si certains fronts de pression sont à prendre en compte, il faut avant tout désigner le changement climatique comme principal responsable de la situation.
Sources:  National Weather Service, National Snow and Ice Data Center, Danish Meteorological Institute.

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While summer is coming to an end in the southern hemisphere, it is just the same for winter in the northern half of the globe. The conclusion of the observations on the north is that the Arctic just finished its warmest winter on record. Sea ice hit record lows for this time of year, with plenty of open water where ocean water normally freezes.

Scientists say that what is happening is unprecedented, part of a global warming-driven vicious cycle that likely plays a role in strong, icy storms in Europe and the U.S. Northeast.

It has been so unusually warm that the land weather station closest to the North Pole, at the tip of Greenland, spent more than 60 hours above freezing in February. Before this year, scientists had seen the temperature in the region rise above freezing in February only twice before, and only ever so briefly. Last month’s record-hot temperatures at Cape Morris Jesup have been more like those in May.

Greenland was by no means the only place with record temperatures. Across the Arctic Circle in Barrow, Alaska, February was10 degrees Celsius warmer than normal and the entire winter averaged 7.8 degrees Celsius above normal. Of nearly three dozen different Arctic weather stations, 15 of them were at least 5.6 degrees Celsius above normal for the winter.

Meteorologists consider December, January and February to be winter, and Arctic weather stations averaged 4.9 degrees Celsius warmer than normal for the season that just ended. The air above the Chukchi and Bering seas near Alaska averaged about 11 degrees Celsius warmer than normal for February.

In February, Arctic sea ice covered 13.9 million square kilometres, about 160,000 square kilometres smaller than last year’s record low. Sea ice coverage in February also was 1.4 million square kilometres below the 30-year normal.

Near Greenland, warm air moved north up over a section of the Atlantic that usually has sea ice. Something similar happened in the Pacific with open water on the normally iced up Bering Sea. To be happening on opposite sides of the Arctic at the same time is unusual.

According to climatologists, while some natural weather fronts were involved, climate change was clearly responsible for the situation.

Sources : National Weather Service, National Snow and Ice Data Center, Danish Meteorological Institute.

Photos: C. Grandpey