L’Arctique ne sera plus jamais comme avant // The Arctic will never be the same again

Il n’est pas une journée sans mauvaises nouvelles de l’Arctique. Un article paru dans The Guardian nous rappelle qu’à la fin du mois de juillet 2020, 40% de la plate-forme glaciaire de Milne, sur la bordure nord-ouest de l’île d’Ellesmere, sont partis dans la mer. Cela signifie que la dernière banquise encore parfaitement intacte au Canada n’existe plus. De l’autre côté de l’île, dans la région la plus septentrionale du Canada, les calottes glaciaires de la baie St Patrick ont ​​totalement disparu. Selon les scientifiques, la calotte glaciaire du Groenland a probablement dépassé le point de non-retour. Les chutes de neige annuelles ne suffisent plus pour compenser la perte de neige et de glace pendant la fonte estivale des 234 glaciers du territoire. En 2019, la calotte glaciaire a perdu sa glace à raison d’un million de tonnes par minute.
L’Arctique fond plus rapidement qu’on l’imaginait il y a seulement quelques décennies. Le nord de la Sibérie et l’Arctique canadien se réchauffent maintenant trois fois plus vite que le reste du monde. Au cours de la dernière décennie, les températures de l’Arctique ont augmenté de près de 1°C. Si les émissions de gaz à effet de serre restent sur la même trajectoire, le nord du globe se sera réchauffé de 4°C d’ici le milieu de ce siècle.
L’Arctique tel que nous le connaissons aujourd’hui ne sera bientôt plus qu’un souvenir.
Une nouvelle étude parue dans Nature Climate Change explique que la glace de mer qui flotte pendant l’été à la surface de l’océan Arctique pourrait disparaître entièrement d’ici 2035. Jusqu’à relativement récemment, les scientifiques pensaient que cette situation attendrait 2050 au plus tôt. Confirmant les prévisions de l’étude, la glace de mer arctique en septembre 2020 a atteint sa deuxième plus faible étendue en 41 ans.
S’ajoutant à ce qui précède, le pergélisol de l’Arctique canadien dégèle 70 ans plus tôt que prévu. Les routes se déforment. Les maisons s’affaissent. En Sibérie, des cratères géants apparaissent brusquement dans la toundra lorsque les températures montent en flèche; il ne faut pas oublier qu’elles ont atteint 38°C dans la ville de Verkhoyansk en juillet 2020. Il ne faudrait pas oublier non plus qu’au printemps de cette année, un réservoir de carburant dans une centrale électrique russe, s’est renversé sous l’effet du dégel du pergélisol et a déversé 21 000 tonnes de diesel dans un cours d’eau à proximité.
Le dégel du pergélisol libère dans l’atmosphère du gaz carbonique et du méthane, deux puissants gaz à effet de serre, ce qui aggrave le réchauffement climatique. Les vagues de chaleur successives ont provoqué des incendies de forêt qui font rage dans les régions les plus chaudes et les plus sèches de l’Arctique. Cela a un effet négatif sur les millions de rennes et de caribous qui se nourrissent des mousses, des lichens. A l’inverse, entre 2013 et 2014, environ 61 000 animaux sont morts dans la péninsule russe de Yamal en raison d’une famine à grande échelle pendant un hiver pluvieux. Dans son ensemble, la population mondiale de rennes et de caribous a diminué de 56% au cours des 20 dernières années. Ces pertes ont des conséquences désastreuses pour les peuples autochtones dont la culture et les moyens de subsistance dépendent de ces animaux.
A côté de cela, le changement climatique dans l’Arctique est une aubaine pour les gouvernements peu scrupuleux qui trouvent des opportunités dans la crise climatique actuelle:
– La fonte des glaces est en train de rendre accessibles les ressources minérales et les réserves de pétrole et de gaz de la région Au Groenland, la fonte de la glace révèle une richesse en uranium, zinc, or, fer et autres minéraux. On comprend pourquoi Donald Trump a affirmé en 2019 qu’il envisageait d’acheter le Groenland au Danemark.
– La Chine investit massivement dans la route maritime du Nord de plus en plus exempte de glace au-dessus de la Russie. Cela promet de réduire de 10 à 15 jours les trajets par bateau entre l’Extrême-Orient et l’Europe. Le passage du Nord-Ouest à travers l’archipel arctique canadien fournira probablement bientôt un autre raccourci maritime.
Jamais auparavant l’Arctique n’avait été autant convoité.
Pour arrêter le changement climatique dans l’Arctique, il faudrait réduire considérablement les émissions de combustibles fossiles, et le monde n’est pas engagé sur cette voie pour le moment. Comme je l’explique lors de mes conférences, en supposant que nous cessions toutes les émissions de gaz à effet de serre par un coup de baguette magique, il faudrait des décennies pour que l’atmosphère se purifie et pour que et les températures se stabilisent.
Une chose est sûre, on ne reverra jamais l’Arctique tel qu’il était dans le passé. Au train où vont les choses, il sera impossible de revenir aux conditions qui prévalaient il y a seulement une trentaine d’années..
Adapté d’un article paru dans The Guardian.

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Nearly everyday brings bad news about the Arctic. An article in The Guardian reminds us that at the end of July 2020, 40% of the Milne Ice Shelf, on the north-western edge of Ellesmere Island, calved into the sea. This means Canada’s last fully intact ice shelf does not exist any more. On the other side of the island, the most northerly in Canada, the St Patrick’s Bay ice caps completely disappeared. Scientists concluded that the Greenland Ice Sheet may have already passed the point of no return. Annual snowfall is no longer enough to replenish the snow and ice loss during summer melting of the territory’s 234 glaciers. In 2019, the ice sheet lost a record amount of ice, equivalent to one million tons every minute.

The melting of the Arctic is happening faster than anyone could have imagined just a few decades ago. Northern Siberia and the Canadian Arctic are now warming three times faster than the rest of the world. In the past decade, Arctic temperatures have increased by nearly 1°C. If greenhouse gas emissions stay on the same trajectory, we can expect the north to have warmed by 4°C by the middle of the century.

There is no facet of Arctic life that remains untouched by global warming. The Arctic as we know it today will soon be frozen only in memory.

A new Nature Climate Change study predicts that summer sea ice floating on the surface of the Arctic Ocean could disappear entirely by 2035. Until relatively recently, scientists thought it would reach this point in 2050 at the earliest. Reinforcing the study’s prediction, Arctic sea ice in September 2020 reached its second-lowest extent in the 41-year satellite record.

What is more, in the Canadian Arctic, permafrost is thawing 70 years sooner than predicted. Roads are distorted. Houses are sinking. In Siberia, giant craters pockmark the tundra as temperatures soar; we should not forget they reached 38°C in the town of Verkhoyansk in July. We should not forget either that his spring, a fuel tank at a Russian power plant collapsed and leaked 21,000 tons of diesel into nearby waterways, because of the subsiding permafrost.

This thawing permafrost releases two potent greenhouse gases, carbon dioxide and methane, into the atmosphere and, as such, exacerbates global warming.

The heatwaves led to raging wildfires which are getting common in hotter and drier parts of the Arctic. This has a negative effect on the millions of reindeer and caribou who eat mosses, lichens, and stubbly grasses. Between 2013 and 2014, an estimated 61,000 animals died on Russia’s Yamal peninsula due to mass starvation during a rainy winter. Overall, the global population of reindeer and caribou has declined by 56% in the last 20 years. Such losses have disastrous consequences for the indigenous people whose culture and livelihoods depend on these animals.

Yet climate change in the Arctic is a godsend for unscrupulous governments that find opportunities in the crisis:

– Melting ice has made the region’s abundant mineral deposits and oil and gas reserves more accessible by ship. In Greenland, vanishing ice is unearthing a wealth of uranium, zinc, gold, iron and rare earth elements. In 2019, Donald Trump claimed he was considering buying Greenland from Denmark.

– China is heavily investing in the increasingly ice-free Northern Sea Route over the top of Russia, which promises to cut shipping times between the Far East and Europe by 10 to 15 days. The Northwest Passage through the Canadian Arctic Archipelago could soon yield another shortcut.

Never before has the Arctic enjoyed such political relevance.

Stopping climate change in the Arctic requires an enormous reduction in the emission of fossil fuels, and the world is not on the way to do it. As I explain during my conferences, supposing we cease all emissions like a fairy with a magic wand, it would take the atmosphere decades to clear and temperatures to stabilize.

One thing is sure, the Arctic of the past is already gone. Following our current climate trajectory, it will be impossible to return to the conditions that prevailed three decades ago.

Adapted from an article in The Guardian.

 

Les glaciers du Groenland: une espèce en voie de disparition (Photos : C. Grandpey)

Octobre 2020 4ème mois d‘octobre le plus chaud dans le monde // October 2020 4th hottest October in the world

Selon les dernières données de la NASA et de la NOAA qui reposent sur 141 années d’archives, la température globale à la surface des terres et des océans en octobre 2020 arrive en quatrième position pour un mois d’octobre avec 0,85°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle. Les dix mois d’octobre les plus chauds ont eu lieu depuis 2005. Octobre 2020 est le 44ème mois d’octobre consécutif et le 430ème mois consécutif avec des températures supérieures à la moyenne du 20ème siècle.

La température à la surface des terres et des océans dans l’hémisphère Nord en octobre 2020 a également été la quatrième de tous les temps, tandis que l’hémisphère sud a connu son neuvième mois d’octobre le plus chaud en 141 ans.

L’Europe a connu son mois d’octobre le plus chaud, avec un écart de température de + 2,17°C, ce qui dépasse le record précédent établi en 2001 de 0,06°C.

L’Amérique du Sud a connu son deuxième mois d’octobre le plus chaud depuis le début des relevés dans cette région en 1910.

Les hausses de température en octobre 2020 en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes et à Hawaï se classent parmi les 10 plus élevées jamais enregistrés en octobre.

Dans le même temps, l’Amérique du Nord a eu des températures d’octobre proches de la moyenne.

Comme je l’ai indiqué précédemment, l’étendue moyenne de glace de mer dans l’Arctique en octobre a été la plus faible pour un mois d’octobre. Octobre 2020 a été le 20ème mois d’octobre consécutif avec une étendue de glace de mer inférieure à la moyenne dans l’Arctique. Selon le NSIDC, une étendue de glace de mer inférieure à la moyenne a été observée dans tous les secteurs de la bordure eurasienne de l’Océan Arctique et dans la Baie de Baffin.

En revanche, l’étendue de la glace de mer en Antarctique en octobre 2020 a été la plus vaste observée en octobre depuis 2015 et elle occupe la 12ème position dans les 42 années de relevés satellitaires.

Au moment où ces statistiques sont divulguées, la température globale à la surface des terres et des océans pour l’année 2020 arrive en deuxième position dans les 141 années d’archives avec 1,00°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle (14,1°C). Cette valeur n’est inférieure que de 0,03°C au record établi en 2016. L’année 2020 figurera très probablement parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées.

Source: NASA et NOAA.

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According to the latest NASA and NOAA data, the October 2020 global land and ocean surface temperature was the fourth highest for October in the 141-year record at 0.85°C above the 20th-century average. The ten warmest Octobers have occurred since 2005.

October 2020 marked the 44th consecutive October and the 430th consecutive month with temperatures above the 20th-century average.

The Northern Hemisphere land and ocean surface October 2020 temperature was also the fourth highest on record, while the Southern Hemisphere had its ninth-warmest October in the 141-year record.

Europe had its warmest October on record, with a temperature departure of +2.17°C. This surpassed the previous record set in 2001 by 0.06°C.

South America had its second-warmest October since regional records began in 1910.

Africa, Asia, and the Caribbean and Hawaiian regions’ October 2020 temperature departures ranked among the 10 highest for October on record.

Meanwhile, North America had a near-average October temperature.

The October average Arctic sea ice extent was the smallest for October. October 2020 marked the 20th consecutive October with below-average Arctic sea ice extent. According to the NSIDC, below-average sea ice extent was observed in all of the sectors of the Eurasian side of the Arctic Ocean and in the Baffin Bay.

Antarctic sea ice extent during October 2020 was the largest October Antarctic sea ice extent since 2015 and the 12th-largest October Antarctic sea ice extent in the 42-year satellite record.

At this moment of 2020, global land and ocean surface temperature is the second highest in the 141-year record at 1.00°C above the 20th-century average of 14.1°C. This value is only 0.03°C shy of tying the record set in 2016.

The year 2020 is very likely to rank among the three warmest years on record.

Source: NASA & NOAA.

Source: NOAA

Le passage du Nord-Est et le gaz naturel russe // The Northeast passage and Russian natural gas

Comme je l’ai écrit dans ma note précédente sur l’Arctique, grâce au réchauffement climatique le trafic le long du passage du Nord-Est s’intensifie, en particulier le transport du gaz naturel liquéfié (GNL).

L’Arctique est la région du globe qui se réchauffe le plus vite. Entre les années 1980 et 2010, le nombre de jours où la glace de mer couvrait moins de la moitié du passage du Nord-Est est passé chaque année de 84 chaque année à près de 150, ce qui rend la route plus accessible au trafic maritime. C’est en 2015 qu’un navire chinois a effectué le premier voyage sans escale en empruntant le passage. Depuis cette époque, les navires ont effectué des milliers de voyages, avec un record de 2700 trajets en 2019.

Avec plusieurs semaines de retard, le passage du Nord-Est vient enfin d’être recouvert par la glace pour l’hiver après être resté ouvert pendant 112 jours, ce qui constitue un nouveau record. De leur côté, les exportations russes de gaz naturel liquéfié via le passage vers les ports d’Asie constituent un autre record.

Le gaz naturel est de plus en plus demandé de nos jours car le réseau électrique mondial abandonne le charbon qui est plus polluant. C’est particulièrement vrai en Asie et dans d’autres pays comme le Qatar, la Russie et les États-Unis qui sont en concurrence pour dominer le marché d’exportation du gaz naturel liquéfié. La Chine en particulier est un client clé. Les ambitieux objectifs climatiques récemment annoncés par le pays devraient entraîner le doublement de sa consommation de gaz au cours des 15 prochaines années.

La majeure partie du gaz utilisé en Chine provient par gazoduc d’autres pays d’Asie et du sud de la Russie. Toutefois, l’Arctique qui, selon les géologues, détiendrait un cinquième du pétrole et du gaz encore inexploités du monde, pourrait bouleverser le marché mondial si les gisements continuent à devenir plus accessibles et donc moins chers via le passage du Nord-Est.

Pour la Russie, l’ouverture du passage du Nord-Est présente plus d’avantages qu’un gazoduc car elle permet d’approvisionner plusieurs clients dans différents ports. En particulier, cette ouverture à la navigation permet un transit moins cher entre les vastes réserves de gaz de l’ouest de la Russie et les ports chinois.

L’absence de glace dans le passage du Nord-Est était une condition préalable pour l’établissement du terminal méthanier de Yamal qui a ouvert ses portes en 2017 et a presque triplé la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié. Il est situé à proximité immédiate de la vaste réserve de gaz naturel de la péninsule de Yamal, au nord-ouest de la Russie, beaucoup trop loin de la Chine pour construire un gazoduc. Le terminal de Yamal permettra à la Russie de contester directement les ambitions américaines sur le marché gazier asiatique. En septembre 2020, le terminal a expédié 700 000 tonnes de GNL vers l’Asie, le plus gros transit mensuel à ce jour.

Source: Quartz.

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As I put it in my previous post about the Arctic, thanks to climate change, traffic along the Northeast passage is heating up, especially the transit of liquefied natural gas (LNG)

The Arctic is the fastest-warming place on Earth. Between the 1980s and 2010s, days when sea ice covered less than half of the Northeast Passage rose from 84 per year on average, to nearly 150, making the route more viable for ship traffic. A Chinese vessel made the first non-stop voyage through the passage in 2015. Since then, vessels have made thousands of trips, including a record of 2,700 journeys in 2019.

At last, several weeks late, the passage has iced over for the winter after remaining open for a record 112 days, with another record in Russian exports of liquefied natural gas through the passage to ports in Asia.

Natural gas is in increasing demand these days as the global electricity system moves away from dirtier coal. This is especially true in Asia, and other countries like Qatar, Russia, and the US that are eagerly competing to dominate the liquified natural gas export market. China in particular is a key customer. The country’s recently-announced ambitious climate goals are expected to double its gas consumption in the next 15 years.

Most of China’s gas comes via pipelines from other Asian countries and southern Russia. But the Arctic, which geologists estimate to hold one-fifth of the world’s untapped oil and gas, could upend the global market if it continues to become more accessible and cheaper through the Northeast Passage.

For Russia, the opening of the passage is more flexible than a pipeline, allowing the country to supply multiple customers in different ports. In particular, the opening forges cheaper transit between vast gas reserves in western Russia and ports in China.

An ice-free passage was a prerequisite for the country’s Yamal LNG Terminal, which opened in 2017 and nearly tripled the country’s LNG export capacity. It is located on a vast natural gas reserve on the Yamal Peninsula, in Russia’s northwest, much too far from China for a pipeline. The Yamal Terminal would allow the country to directly challenge US ambitions in the Asian gas market. In September 2020, the terminal shipped 700,000 tons of LNG to Asia, its biggest month yet.

Source : Quartz.

Source : NSIDC

Gazoduc dans la péninsule de Yamal (Source : Wikipedia)

Fonte de la glace de mer et navigation dans l’Arctique // Sea ice melting and shipping in the Arctic

En octobre 2020 la glace de mer couvrait une étendue de 5,28 millions de kilomètres carrés (voir la carte ci-dessus). C’est la plus faible étendue pour un mois d’octobre depuis qu’existent les mesure satellitaires. Cela représente 3,07 millions de kilomètres carrés de moins que la moyenne d’octobre de1981 à 2010, et 450 000 kilomètres carrés de moins que le record de manque de glace pour un mois d’octobre établi en 2019. Octobre 2020 représente aussi le plus grand écart par rapport aux conditions moyennes pour n’importe quel mois dans les relevés satellitaires. L’étendue de la glace de mer est bien inférieure à la moyenne dans tous les secteurs de la partie eurasienne de l’Océan Arctique et dans la Baie de Baffin.

Avec l’accélération de la fonte de la de mer dans l’Arctique, on observe une intensification de la navigation commerciale le long de la Route Maritime du Nord le long de la côte nord de la Russie. Cette intensification du trafic concerne des transits entre l’Europe et l’Asie de l’Est, des expéditions locales dans l’Océan Arctique et des livraisons de gaz naturel liquéfié entre les gisements de la Péninsule de Yamal et les ports d’Europe et d’Asie de l’Est. Les années 2019 et 2020 ont vu une augmentation significative de l’activité commerciale par rapport à 2018. 2020 avait un peu plus de trafic commercial que 2019 si l’on compare les mois d’août des deux années. La carte du trafic maritime ci-dessus montre l’importance des voies de navigation juste au nord de la Péninsule de Taymyr et près des îles de la Nouvelle-Sibérie de chaque côté de la Mer de Laptev ; ce sont généralement les dernières zones à être libres de glace, et seulement pendant les années les plus chaudes. Cependant, en 2020, la Route Maritime du Nord a été en grande partie libre de glace de la mi-juillet au 25 octobre environ. Des brise-glaces et des pétroliers équipés pour affronter la glace ont effectué plusieurs voyages sur cette Route dès le mois de juin.

Source: National Snow & Ice Data Center (NSIDC)

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Sea ice extent for October 2020 was 5.28 million square kilometres (see map above), placing it lowest in the satellite record for the month. This was 3.07 million square kilometres below the 1981 to 2010 October average and 450,000 square kilometres below the record low mark for October set in 2019. October 2020 is the largest departure from average conditions seen in any month thus far in the satellite record. Ice extent is far below average in all of sectors of the Eurasian side of the Arctic Ocean and in Baffin Bay.

With the acceleration of sea ice melting in the Arctic, commercial shipping along the Northern Sea Route of the Russian north coast is increasing. This includes complete transits from Europe to East Asia, local shipping within the Arctic Ocean, and deliveries of liquefied natural gas from gas fields in the Yamal Peninsula to ports in both Europe and East Asia. The years 2019 and 2020 saw significantly increased shipping activity compared with 2018. 2020 had slightly more shipping than 2019 when comparing August shipping from both years. The shipping traffic map above shows the importance of passages just north of the Taymyr Peninsula and near the New Siberian Islands on either side of the Laptev Sea; these are generally the last areas to clear of ice, and only in the warmest years. However, in 2020, the Northern Sea Route was essentially ice free from mid-July through about October 25th. Icebreaker and ice-hardened tankers made several voyages within the route as early as June.

Source: National Snow & Ice Data Center (NSIDC)

Mauvaises nouvelles de l’Arctique // Bad news from the Arctic

Nous sommes à la fin octobre et deux phénomènes inquiètent les scientifiques dans l’Arctique.

En raison des températures élevées qui ont régné sur l’Arctique ces derniers mois, la glace de mer est en train d’enregistrer sa surface la plus réduite pour la saison depuis 1978, début de la surveillance satellitaire. Selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), le 24 octobre 2020, la banquise s’étalait sur seulement 5,685 millions de kilomètres carrés.

La situation, qui empire chaque année, ne surprend pas vraiment les climatologues. Les quatorze dernières années ont été, sans exception, les pires années enregistrées parmi les quarante-trois années de données à la disposition des scientifiques.

Autre mauvaise nouvelle : pour la première fois depuis le début des relevés, la mer de Laptev en Sibérie n’a pas encore commencé à geler fin octobre. Ce retard du gel a été causé par une période de chaleur anormalement longue dans le nord de la Russie et par l’intrusion d’eaux plus chaudes en provenance de l’Atlantique, ce qui rompt la stratification habituelle entre les eaux profondes chaudes et la surface fraîche Les climatologues mettent en garde contre d’éventuels effets d’entraînement dans la région polaire.

La température de l’océan dans la région a récemment grimpé à plus de 5°C au-dessus de la moyenne, à la suite d’une vague de chaleur record et de la réduction inhabituellement précoce de la glace de mer de l’hiver dernier. Il y a en ce moment 4 millions de kilomètres carrés de glace de mer de moins que prévu par rapport aux années 1980. Il manque une superficie de glace équivalente à dix fois la taille de l’Allemagne.

Ce manque de glace de mer arctique va forcément avoir des conséquences pour le bilan énergétique de la Terre. Quand la région arctique est couverte de neige, elle devient la surface naturelle la plus brillante de la planète. Par effet albédo, elle renvoie vers l’espace environ 80 % du rayonnement solaire. En revanche, l’océan situé en dessous représente la surface la plus sombre de la planète et il absorbe 90 % du rayonnement solaire. En conséquence, les changements qui interviennent dans la couverture de glace de mer ont un impact important sur la quantité de lumière solaire absorbée par la planète et sur la vitesse à laquelle elle se réchauffe. Les scientifiques craignent que le retard du gel de la glace de mer amplifie la boucle de rétroaction qui accélère le déclin de la glace de mer.

Source : Presse scientifique.

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We are at the end of October and two phenomena are worrying scientists in the Arctic.
Due to the high temperatures that prevailed over the Arctic in recent months, the sea ice is registering its smallest surface area for the season since 1978, when satellite monitoring began. According to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC), on October 24th, 2020, the sea ice spread over just 5.685 million square kilometres.
The situation, which gets worse every year, does not really come as a surprise to climatologists. The last fourteen years have been, without exception, the worst years on record of the forty-three years of data available to scientists.

More bad news: For the first time since surveys began, the Laptev Sea in Siberia has yet to start freezing in late October. The delay in freezing was caused by an unusually long period of heat in northern Russia and the intrusion of warmer Atlantic waters. Climatologists warn of possible ripple effects in the polar region.
Ocean temperatures in the region recently climbed more than 5 ° C above average, following a record-breaking heat wave and the unusually early decline in sea ice last winter . Global warming is also pushing milder Atlantic currents towards the Arctic and breaking the usual stratification between warm deep water and the cool surface, making it difficult for ice to form. There is currently 4 million square kilometers of sea ice less than expected compared to the 1980s. An area of ​​ice ten times the size of Germany is missing.

This lack of arctic sea ice will inevitably have consequences with the energy balance of the Earth. When the Arctic region is covered in snow, it becomes the brightest natural surface on the planet. By albedo effect, it reflects back to space about 80% of solar radiation. In contrast, the ocean below is the darkest surface on the planet and absorbs 90% of solar radiation. As a result, changes in sea ice cover have a significant impact on the amount of sunlight absorbed by the planet and the rate at which it heats up. Scientists fear that the delay in freezing sea ice amplifies the feedback loop that accelerates the decline of sea ice.
Source: Scientific press.

Océan Arctique et Mer de Laptev (Source : Wikipedia)

Photo : C. Grandpey

Nouvelles du « Polarstern » et de l’expédition MOSAiC // News of the « Polarstern » and the MOSAiC expedition

Dans une note publiée le 12 mai 2020, j’expliquais que l’expédition MOSAiC (Multidisciplinary drifting Observatory for the Study of Arctic Climate) est la plus importante jamais mise sur pied dans l’Arctique. Le 20 septembre 2019, le Polarstern, navire amiral de l’Institut Alfred Wegener, a levé l’ancre dans le port de Tromsø en Norvège, pour rejoindre le cœur de l’Océan Arctique et y faire des mesures scientifiques. La mission implique 600 chercheurs de dix-sept pays. Une fois sur place, le Polarstern s’est laissé emprisonner par les glaces et s’est laissé dériver vers le sud.

Le problème, c’est que personne n’avait prévu l’épidémie de Covid-19 qui est venue tout chambouler car les équipes ne peuvent pas se relayer comme prévu et la mission a pris deux mois de retard. Afin d’éviter que le coronavirus se répande pas parmi les membres de l’expédition une quarantaine stricte de plus de 14 jours a été imposée à toute la nouvelle équipe. De plus, les scientifiques ont subi trois tests de dépistage du Covid-19.

Malgré toutes ces péripéties, l’expédition a pu se dérouler dans de bonnes conditions. En octobre 2020, libéré des glaces, le Polarstern retournera en Allemagne et retrouvera Bremerhaven, son port d’attache.

Un article paru sur le site Regard sur l’Arctique nous apprend que la  mission scientifique a entrepris un détour imprévu au pôle Nord après avoir constaté la fonte d’une partie de la glace de mer dans la région. Le Polarstern a atteint le pôle Nord après avoir traversé une région située au nord du Groenland qui était auparavant recouverte d’une couche dense de glace. Même après avoir dépassé le 88ème parallèle nord, le brise-glace maintenu une vitesse de 5 à 7 nœuds, une situation que la capitaine du navire n’avait jamais vue aussi loin dans le Nord.

L’équipe scientifique a ainsi mis six jours pour traverser la région qui sépare le Détroit de Fram, situé entre le Groenland et l’archipel du Svalbard, et le pôle Nord. Cette région est habituellement recouverte d’une épaisse et ancienne couche de glace qui la rend impossible à traverser. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le capitaine du Polarstern ajoute que cette situation est historique pour la région.

Avant la fin de la mission prévue en octobre – et non plus en septembre à cause du retard provoqué par les mesures sanitaires – le quatrième et ultime axe de recherche portera sur la glace marine. Jusqu’à maintenant, leurs recherches se sont articulées autour des thématiques de l’atmosphère, de l’océan, de la biogéochimie et de l’écosystème.

Source : Regard sur L’Arctique

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In a post released on May 12th, 2020, I explained that the MOSAiC (Multidisciplinary Drifting Observatory for the Study of Arctic Climate) expedition is the largest ever set up in the Arctic. On September 20, 2019, the Polarstern, flagship of the Alfred Wegener Institute, weighed anchor in the port of Tromsø in Norway to reach the heart of the Arctic Ocean and take scientific measurements. The mission involves 600 researchers from seventeen countries. Once there, the Polarstern got caught in the ice and started drifting south.
The problem was that no one had predicted the Covid-19 epidemic which turned everything upside down because the teams could not take turns as planned and the mission became two months late. In order to prevent the coronavirus from spreading among the members of the expedition, a strict quarantine of more than 14 days was imposed on the entire new team. In addition, scientists underwent three tests for Covid-19.
Despite all these ups and downs, the expedition was able to take place in good conditions. In October 2020, freed from the ice, the Polarstern will return to Bremerhaven, her home port in Germany.
An article published on the Regard sur l’Arctique website informs us that the scientific mission undertook an unforeseen detour to the North Pole after observing the melting of the sea ice in the area. The Polarstern reached the North Pole after crossing an area north of Greenland that was previously covered with a dense layer of ice. Even after passing the 88th parallel north, the icebreaker maintained a speed of 5 to 7 knots, a situation the ship’s captain had never seen so far north.
The scientific team thus took six days to cross the region between the Fram Strait, located between Greenland and the Svalbard archipelago, and the North Pole. This region is usually covered with a thick, old layer of ice that makes it impossible to cross. This is no longer the case today. The captain of the Polarstern adds that this situation is historic for the region.
Before the end of the mission scheduled for October – and no longer September because of the delay caused by sanitary measures – the fourth and final axis of research will focus on sea ice. Until now, their research has focused on the themes of the atmosphere, the ocean, biogeochemistry and the ecosystem.
Source: Regard sur l’Arctique.

Le Polarstern (Source: Alfred Wegener Institute)

La glace fond et l’Arctique va devoir s’adapter // The ice s melting and the Arctic will have to adapt

Comme je l’ai écrit récemment, la glace fond à un rythme incroyable dans l’Arctique et le Groenland a atteint le point de non-retour. La situation est préoccupante pour les populations qui vivent dans la région. Les scientifiques du British Antarctic Survey (BAS) viennent de les informer que dans 15 ans à peine, la glace de mer arctique pourrait avoir disparu pendant l’été.

On peut lire dans l’étude du BAS, publiée début août 2020 dans la revue Nature Climate Change: «Nous aurons de moins en moins de temps pour nous y préparer,  mais aussi moins de temps pour agir, si nous voulons faire quelque chose».
La nouvelle étude est la dernière d’une série qui prévoit la disparition à très court terme de la glace de mer dans l’Arctique. La surface couverte par cette glace à la surface de l’Océan Arctique a diminué d’environ 13% par décennie depuis 1979. Les 13 années avec la plus faible étendue de glace se situent toutes au cours des 13 derniers étés, et l’été 2020 portera inévitablement le n° 14.
L’estimation de 2035 faite par le BAS se base sur ce que l’on sait des climats du passé. Les scientifiques au fil des ans ont rassemblé des données à partir de traces chimiques laissées dans la glace, les roches et les sédiments. La nouvelle étude porte plus spécifiquement sur le dernier Interglaciaire, il y a 130 000 ans. Cette période était de 4 degrés Celsius plus chaude que l’ère préindustrielle. Elle offre un aperçu très probable des conditions que l’Homme est en train de créer pour l’avenir. Le réchauffement actuel est déjà d’environ 1°C et l’Arctique se réchauffe plus de deux fois plus vite que le reste de la planète.
L’étude du BAS rejoint le débat au cœur du monde scientifique sur la vitesse du réchauffement climatique. Les derniers modèles climatiques montrent que le réchauffement se produira beaucoup, beaucoup plus rapidement qu’on ne le pensait auparavant. Certains chercheurs laissent toutefois ouverte la possibilité (peu probable) que la glace puisse rester présente  plus longtemps, mais la grande majorité de la communauté scientifique ne partage pas cet optimisme. Ainsi, des climatologues de l’Université de Caroline du Nord et de la NOAA ont utilisé début 2020 un modèle différent, mais qui arrive à l’année 2035 pour un été arctique dépourvu de glace. Par «dépourvu de glace», les scientifiques désignent une étendue de moins d’un million de kilomètres carrés. La superficie la plus faible jamais atteinte a été de 3,4 millions de km² en 2012. Les scientifiques expliquent que des événements inattendus comme une éruption volcanique majeure pourraient modifier cette prévision.
Quelle que soit l’année où la glace de mer disparaîtra, les scientifiques du BAS expliquent que les entreprises, les autorités locales et les habitants de l’Arctique doivent se préparer dès maintenant aux changements en géopolitique régionale, transports et disponibilité en denrées alimentaires.
Source: British Antarctic Survey.

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As I put it before, ice is melting at an incredible in the Arctic and Greenland has reached the point of no return. The situation is worrying for the populations living in the region. British Antarctic Survey scientists have just informed them that in just 15 years Arctic summer sea-ice could disappear.

One can read in the study, published early in August 2020 in the journal Nature Climate Change: « We will have less and less time to get ready for it, or less time to act upon it if we want to do something about it. »

The new research is the latest in a steady stream that has moved up the predicted timeframe for the ice-free Arctic milestone. The amount of sea-ice floating atop the Arctic Ocean at summer’s end has fallen about 13% per decade since 1979. The 13 years with the smallest ice extents on record have all happened over the previous 13 years, and the summer 2020 will inevitably be No.14.

The 2035 estimate made by the British Antarctic Survey (BAS) is based on what is known about past climates. Scientists over the years have assembled evidence about previous eras from chemical traces in ice, rocks, and sediment. The new Arctic study looks specifically at the Last Interglacial, a period 130,000 years ago. That period was 4 degrees Celsius hotter than than the pre-industrial era, a plausible preview of conditions humans are creating for the future. Current warming on average is already around 1°C, and the Arctic is warming more than twice as fast as the rest of the planet.

The research joins a debate about the pace of global heating that has drawn in climate scientists this year. Some newly updated models now suggest that warming will occur much, much faster than previously thought. There remains disagreement among scientists over modelling results that show accelerated warming. Some of them leave open the (unlikely) possibility that ice may stick around longer, but the great majority of the scientific community is pessimistic. Researchers from North Carolina State University and NOAA earlier this year used a different model to arrive at a similar 2035 target for the ice-free Arctic summer. By « ice-free, » scientists mean an extent of less than 1 million square-kilometres. The lowest it has reached is 3.4 million km² in 2012. Scientists explain that unexpected events like a major volcanic eruption could alter the timeline.

Whichever summer is the first to lose its sea ice, BAS scientists warn that businesses, governments, and people living in the Arctic need to prepare now for changes in regional geopolitics, transportation, and food availability.

Source : British Antarctic Survey.

Cette image fera bientôt partie des souvenirs (Photo : C. Grandpey)