Stromboli : 10 minutes pour fuir en cas de paroxysme ! // Stromboli: 10 minutes to flee in the event of a paroxysm !

Selon une étude effectuée par une équipe de chercheurs italiens issus des universités de Florence, Palerme, Pise et Turin, ainsi que de l’INGV, la surveillance de la déformation du sol sur un volcan permettrait de comprendre à l’avance quand une violente éruption va se produire. Les travaux de ces chercheurs – publiés dans la revue Nature Communications  – se sont appuyés sur l’activité éruptive du Stromboli (Sicile). Ils ont mis au point un système d’alerte automatique en temps réel.

Les chercheurs ont rassemblé des milliers de données au cours des 15 dernières années, à l’aide de capteurs inclinométriques très sensibles. Ces capteurs ont permis de constater que les explosions paroxystiques du Stromboli sont précédées d’une déformation faible mais nette du sol, de l’ordre du millionième de degré. Le phénomène se répète à l’identique pour chaque épisode éruptif, du plus faible au plus violent. L’ensemble de l’édifice volcanique commence à connaître une inflation près de 10 minutes avant l’explosion strombolienne provoquée par la dilatation des gaz lors du processus d’ascension du magma dans le conduit d’alimentation.

Les signaux détectés par les chercheurs sont cruciaux non seulement pour alerter lors des événements explosifs mais aussi lors de ceux qui se produisent après coup, comme les tsunamis qui peuvent avoir des effets dévastateurs.

Un chercheur rappelle que les éruptions volcaniques explosives sont des phénomènes violents et soudains dont la dynamique est si rapide qu’ils échappent au contrôle de la plupart des réseaux de surveillance. De telles éruptions représentent un grave danger, en particulier lorsque les zones entourant le volcan sont densément peuplées ou constituent une attraction touristique. C’est le cas à Stromboli où des milliers de visiteurs sont attirés par l’activité strombolienne spectaculaire qui se produit chaque jour. Cette activité modérée peut être interrompue par des événements beaucoup plus violents, comme ceux observés en juillet et août 2019, avec des colonnes éruptives de plusieurs kilomètres de haut, des incendies de végétation et de petites vagues de tsunami, sans oublier les retombées de cendres et de lapilli sur l’île.

La Protection Civile explique que  le système d’alerte automatique pour les paroxysmes à Stromboli est opérationnel à titre expérimental depuis octobre 2019 et représente le premier système d’alerte automatique au monde pour les éruptions volcaniques explosives.

Source : La Sicilia.

Cet article appelle plusieurs remarques de ma part. D’une part, l’accès au sommet du Stromboli étant actuellement interdit aux touristes, le risque aux personnes lors d’un paroxysme est très faible. Ce nouveau système d’alerte permettra-t-il à la situation d’évoluer avec une ouverture du sommet aux touristes accompagnés de guides ?

Ensuite, un laps de temps de 10 minutes me semble bien court pour avertir les guides qui se trouveraient au sommet du volcan avec des groupes de touristes.

S’agissant de la population de l’île dans son ensemble, quel système d’alerte préviendra les habitants ? Sirènes ? Pas sûr qu’une dizaine de minutes soit un temps suffisant pour se mettre à l’abri d’une fureur du volcan. La Sicile n’est pas le Japon !

Enfin, pour déclencher le système d’alerte, quel niveau d’inflation permettra de faire la différence entre une éruption strombolienne classique un peu forte et un paroxysme digne de ce nom ?

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According to a team of Italian researchers from the universities of Florence, Palermo, Pisa and Turin, as well as the INGV, monitoring the deformation of the ground on a volcano would make it possible to understand in advance when a violent eruption would occur. The work of these researchers – published in the journal Nature Communications – was based on the eruptive activity of Stromboli (Sicily). They have developed an automatic alert system, in real time.

Researchers have collected thousands of data over the past 15 years, using highly sensitive tiltmeter sensors. These sensors have shown that the paroxysmal explosions of Stromboli are preceded by a weak but clear deformation of the ground, of the order of a millionth of a degree. The phenomenon is repeated identically for each eruptive episode, from the weakest to the most violent. The entire volcanic edifice begins to experience inflation nearly 10 minutes before the Strombolian explosion caused by the expansion of gases during the process of magma ascent in the supply duct. The signals detected by researchers are crucial not only to alert during explosive events but also during those that occur after the events, such as tsunamis which can have devastating effects.

A researcher recalls that explosive volcanic eruptions are violent and sudden phenomena whose dynamics are so rapid that they escape the control of most surveillance networks. Such eruptions represent a serious danger, especially when the areas surrounding the volcano are densely populated or are a tourist attraction. This is the case with Stromboli where thousands of visitors are drawn to the spectacular Strombolian activity that occurs every day. This moderate activity can be interrupted by much more violent events, such as those observed in July and August 2019, with eruptive columns several kilometres high, vegetation fires and small tsunami waves, not to mention the fall of ash and lapilli on the island.

The Civil Protection authorities explain that the automatic warning system for paroxysms at Stromboli has been operational on an experimental basis since October 2019 and represents the first automatic warning system in the world for explosive volcanic eruptions.

Source: La Sicilia.

This article calls for several comments. On the one hand, since access to the summit of Stromboli is currently closed to tourists, the risk to people during a paroxysm is very low. Will this new alert system allow the situation to evolve with the opening of the summit to tourists accompanied by guides?

Then, a period of 10 minutes seems very short to warn the guides who would be at the summit of the volcano with groups of tourists. With regard to the population of the island as a whole, what warning system will notify the inhabitants? Sirens? Not sure that ten minutes is enough time to take shelter from the fury of the volcano. Sicily is not Japan!

Finally, before triggering the warning system, what level of inflation will make the difference between a typical Strombolian eruption that is a little strong and a real paroxysm ?

Photo : C. Grandpey

Eruption islandaise : Et maintenant ? (suite) // Icelandic eruption: what next ? (continued)

Dans une note publiée le 23 mars 2021 et intitulée «Et maintenant?», je faisais référence à un article publié sur le site web Reykjavik Grapevine qui posait les questions habituelles auxquelles personne ne peut répondre quand se produit une éruption : combien de temps cette éruption va-t-elle durer? Quelle forme pourrait-elle prendre? L’écrivais que de telles prévisions étaient extrêmement hasardeuses.

Pourtant, il est une question beaucoup plus pratique que l’on est en droit de se poser alors que  l’éruption se poursuit dans la Geldingadalur : peut-elle devenir une menace pour les zones habitées?

S’agissant de l’éruption proprement dite, il est possible que les deux spatter cones (voir capture d’écran ci-dessous) qui laissent échapper la lave fusionnent pour n’en former qu’un seul si l’activité intense persiste dans l’un d’eux. En ce moment, le débit d‘émission de la lave est d’environ 5 mètres cubes par seconde. À ce rythme, les volcanologues islandais pensent que la lave pourrait commencer à sortir de la Geldingadalur d’ici 8 à 18 jours. Cependant, si le débit augmente, ce temps pourrait être raccourci.

Si la lave commence à sortir de la Geldingadalur, elle se dirigera probablement vers la vallée voisine de Meradalir, puis vers Nátthagi au sud. Si elle s’échappe de Nátthagi, elle continuera probablement sa course vers le sud, et il se pourrait même qu’elle atteigne la route côtière, sans toutefois menacer des zones habitées.

Ces projections dépendent, bien sûr, du débit à la source, mais aussi de la durée de l’éruption. Pour le moment, il n’y a aucun signe que la lave ralentisse. Je garde à l’esprit qu’au début de l’éruption, les scientifiques islandais pensaient qu’elle ne durerait que quelques jours. Cependant, de nouvelles données les ont fait changer d’avis !! Errare humanum est ! Ces mêmes scientifiques pensent maintenant que le magma provient d’une profondeur de 15 à 20 kilomètres. Comme il n’y a pas eu d’éruption sur la péninsule de Reykjanes depuis des lustres, ils pensent qu’une grande quantité de magma est peut-être stockée sous la surface. Si c’est le cas, l’éruption pourrait durer un temps considérable. Mais personne ne le sait!

Source: Reykjavik Grapevine.

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In a post released on March 23rd 2021 and entitled “What next?”, I referred to an article published on the Reykjavik Grapevine website that asked the usual questions that nobody is able to answer: how long will this eruption go on? What shape could it take? I wrote that making predictions about the future of the current eruption is quite hazardous.

A more practical question is being asked now the eruption is going on: Can it become a threat to populated areas?

As far as the eruption is concerned, the possibility exists that the two spatter cones (see screenshot below) through which lava is flowing could merge into one due to increased activity in one of the craters. The current lava output is about 5 cubic metres per second. At this rate, Icelandic volcanologists think lava could begin making its way out of the valley in anywhere from eight to 18 days. However, should the output increase, this time could be reduced.

If lava starts travelling out of Geldingadalur, it will probably begin flowing into the neighbouring valley of Meradalir, and from there, to Nátthagi to the south.

If it begins to flow from Nátthagi, it will likely make its way south, where it might even reach the south coastal highway of Reykjanes but would not reach populated areas.

These projections obviously depend on the lava output, but also on how long the eruption will last. For the time being, there is no sign lava is slowing. I keep in mind that at the start of the eruption scientists believed that it would only last a few days. However,  new data has made them change their minds!! Scientists now believe that the magma comes from a depth of 15-20 kilometres. AS there has been no eruption on the Reykjanes Peninsula for a very long time, there could be a great deal of magma in store beneath the surface, and this eruption might last a considerable amount of time. But nobody knows!

Source : Reykjavik Grapevine.

L’aide des satellites dans la prévision éruptive // The help of satellites in eruptive prediction

Lorsque le Mont Ontake au Japon est entré en éruption sans prévenir en 2014 et a tué plus de 60 personnes, les volcanologues japonais ont réalisé que la surveillance du volcan était loin d’être parfaite.

Un article publié sur le site Internet «Wired» explique que des techniques modernes de surveillance volcanique sont apparues ces dernières années. Par exemple, les satellites sont susceptibles de participer à la prévision éruptive. La chaleur est un important paramètre à prendre en compte. Au lieu de mesurer la température en des endroits précis avec des thermomètres, les satellites permettent une approche thermique plus globale. C’est la raison pour laquelle une équipe scientifique du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena (Californie) s’est tournée vers les données de rayonnement thermique fournies par les satellites Terra et Aqua de la NASA. En survolant les zones potentiellement actives deux fois par jour, ces deux satellites fournissent des mesures précises intégrées sur des pixels de 1 kilomètre au carré.

Cinq volcans ont connu des éruptions importantes depuis 2002: Ontake au Japon, Ruapehu en Nouvelle-Zélande, Calbuco au Chili, Redoubt en Alaska et Fogo au Cap-Vert. Des hausses de température avaient été observées au cours des deux à quatre ans précédant chaque éruption, y compris l’éruption surprise de l’Ontake en 2014. La température n’avait augmenté que de 1 degré Celsius ou moins avant chaque événement, mais il s’agissait de tendances statistiquement significatives et pas seulement de bruit de fond.

Selon les chercheurs, la hausse de température observée par les satellites peut s’expliquer par la combinaison de deux processus. D’une part, le magma pendant son ascension vers la surface peut stimuler la circulation hydrothermale, ce qui génère une migration de la chaleur vers la surface. D’autre part, cet apport d’humidité peut émettre un rayonnement thermique facilement capté par les satellites. Ces variations subtiles sont facilement détectables dans les données satellitaires.

Source: Wired.

S’agissant des satellites, il faut ajouter que les paramètres InSAR sont d’une grande aide pour mesurer la déformation de surface, comme on l’a vu récemment sur la Péninsule de Reykjanes en Islande.

Cependant, ne considérer que la chaleur de surface d’un volcan comme le fait l’article ci-dessus n’est pas suffisant pour tenter de prévoir une éruption. Le regretté Maurice Krafft comparait un volcan sur le point d’entrer en éruption avec une personne malade ou blessée: la fièvre monte; la personne a des frissons, une mauvaise haleine et la zone autour de la blessure enfle. C’est la même chose pour un volcan. Il est très utile de mesurer la température, mais la sismicité, les émissions de gaz et l’inflation doivent également être prises en compte. Le seul paramètre thermique n’est pas suffisant.

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When Japan’s Mount Ontake erupted in 2014 without warning, killing more than 60 people, Japanese volcanologists realised that the monitoring of the volcano was far from perfect.

An article published on the website “Wired” explains that modern techniques for volcano surveillance have appared these last years. For instance, satellites could provide an entirely new way to warn of eruptions.

Heat is a relevant parameter for volcanic activity. Instead of measuring it at individual spots with thermometers, satellites allow to get a more global thermal view. This is the reason why a scientificteam at the Jet Propulsion Laboratory (JPL) in Pasadena (California) turned to thermal radiation data from NASA’s Terra and Aqua satellites. Combined, these two provide twice-daily passes with global coverage, and each measurement is integrated over a 1 kilometre by 1 kilometre pixel.

Five volcanoes have had significant eruptions since 2002 : Ontake in Japan, Ruapehu in New Zealand, Calbuco in Chile, Redoubt in Alaska, and Fogo in Cape Verde.

Increasing temperature trends were observed over the two- to four-year periods preceding each eruption—including Ontake’s surprise 2014 eruption. Temperatures only increased by 1 degree Celsius or less in the lead-up to each event, but these were statistically significant trends and not just noise. The peak temperatures in each record were associated with an eruption.

The researchers say this might represent a combination of two processes. First, magma progressing closer to the surface could stimulate hydrothermal circulation, carrying heat to warm the surface from below. Second, if this pushes more moisture into the soil layer, the ground could emit thermal radiation more efficiently and so appear “brighter” to the satellites. Either way, these subtle changes seem easily detectable in the satellite data.

Source : Wired.

As far as satellites are concerned, id should be addes that InSAR parameters are of a great help to measure surface deformation, as could recently be seen on the Reykjanes Peninsula in Iceland.

However, considering only the surface heat of a volcano is not a sufficient parameter to try and predict an eruption. The late Maurice Krafft compared a volcano about to erupt with an ill or injured person: the fever goes up; the person has shivers, bad breath and the area around the injury inflates. It is the same with a volcano. It is very useful to measure the temperature, but seismicity, gas emissions and inflation should also be taken into account. The sole heat parameter is far from sufficient.

Image InSaR fournie le 1er mars 2021 par le satellite Sentinel-1. L’image montrait alors une intensification des déformations dans la zone la plus active d’un point de vue sismique.

Péninsule de Reykjanes (Islande) : on patauge dans les prévisions !

La sismicité sur la Péninsule de Reykjanes affole les volcanologues islandais et les réseaux sociaux. Chacun y va de ses pronostics. Eruption ? Pas éruption ? Sur le terrain, ça vibre et sa secoue mais le magma joue les timides et il n’y a aucune lave à se mettre sous les yeux.

Si je consulte mes notes des derniers mois, je me rends compte que ces pronostics en tout genre ne sont pas chose nouvelle.

Il suffit de relire ma note du 30 janvier 2021 qui résumait la situation sur les Péninsule de Reykjanes en 2020. Les questions posées sur la possibilité d’une éruption étaient déjà nombreuses, sans qu’une réponse puisse leur être apportée.

En 2020, 22 000 secousses ont été enregistrées sur la Péninsule de Reykjanes. La plupart d’entre elles avaient des magnitudes inférieures à M 3,0. Il s’agit toutefois de la plus importante activité sismique depuis le début des mesures numériques en 1991.

L’activité sismique a commencé dans la ville de Grindavík le 26 janvier 2020. Elle a été suivie d’une inflation de la surface, d’abord de quelques centimètres, puis davantage. Les géologues islandais pensent que le phénomène était dû à l’accumulation de magma sous la surface. Cependant, curieusement, il n’y a pas eu d’émissions de gaz détectables pour confirmer cette hypothèse. Au moment du pic de sismicité, les scientifiques ont rappelé que la région est très complexe, avec la cohabitation d’une activité volcanique et tectonique potentielle.

Au début, l’activité sismique en 2020 est restée en grande partie concentrée dans une zone allant de la pointe sud-ouest de Reykjanes au lac Kleifarvatn à l’est. Cependant, au cours des mois suivants, la source des événements sismiques s’est déplacée vers l’est, en direction de Krýsuvík.

Le 20 octobre 2020, l’épicentre d’un séisme de M 5,6 a été localisé à proximité du lac Djúpavatn. La limite entre les plaques tectoniques sur la Dorsale de Reykjanes s’étire d’ouest en est à travers la Péninsule de Reykjanes. C’est là que la plaque tectonique nord-américaine fait face à la plaque eurasienne, parfaitement visible au niveau du «Pont entre les Continents» près de Sandvík, un endroit très prisé des touristes.

En moyenne, les plaques tectoniques sur la Dorsale de Reykjanes s’écartent l’une de l’autre d’environ un centimètre par an, mais au cours des derniers semestres, l’accrétion dans certains secteurs de Reykjanes a atteint 16 cm.

Il semble que la pression s’accumule sous terre entre le lac Kleifarvatn et les montagnes de Bláfjöll, et cette pression s’évacue par l’intermédiaire d’un ou plusieurs puissants séismes. Deux d’entre eux se sont produits en 1929 et 1968, avec respectivement des magnitudes de M 6,3 et M 6,0. Leurs épicentres étaient situés près des montagnes de Brennisteinsfjöll, à l’est du lac Kleifarvatn.

Même si la sismicité a diminué dans la Péninsule de Reykjanes, la région est constamment sous surveillance. Une phase d’ « incertitude » (le niveau d’alerte le plus bas) restera en place tant que l’activité sismique restera au-dessus de la normale.

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Les dernières notes du mois de mars 2021 confirment les incertitudes de 2020. Il suffit de parcourir les dernières informations diffusées par l’IMO.

Le 5 mars 2021, les volcanologues islandais indiquent que la probabilité d’une éruption dans les prochaines heures est en train de s’éloigner. Le Met Office islandais a imaginé cinq scénarios possibles (voir la note sur mon blog), dont l’un était une éruption qui ne menacerait pas les zones habitées ou le trafic aérien.

Après avoir analysé les dernières données, les volcanologues islandais estiment que rien n’indique qu’une éruption se produira dans les prochaines heures. Les images satellite InSAR sur la période du 25 février au 3 mars montrent la formation d’un dyke dans la zone située entre Fagradalsfjall et Keilir, mais le magma ne semble pas se déplacer.

Un nouveau modèle de prévision des coulées de lave, élaboré par des scientifiques de l’Université d’Islande, propose quatre sites éruptifs potentiels sur la péninsule, Leur prévision ne se limite plus à la zone située entre les montagnes Keilir et Fagradalsfjall car l’activité sismique n’est plus concentrée uniquement dans cette zone.

11 mars 2021 Les scientifiques surveillent de près le dyke dont l’extrémité sud, près de Fagradalsfjall, se trouve à une profondeur de seulement un kilomètre. Páll Einarsson explique que si le magma présente une pression et des conditions suffisantes pour atteindre la surface, il peut parcourir le kilomètre restant en peu de temps. Il fait remarquer qu’avant l’éruption dans l’Holuhraun en 2014, le dyke magmatique a continué de se déplacer pendant deux semaines avant que la lave perce la surface.

Cela fait beaucoup plus de deux semaines que l’on parle d’intrusion magmatique et de la présence possible d’un dyke qui se déplacerait sous la Péninsule de Reykjanes. Heureusement, aucune population n’est vraiment sous la menace d’une éruption. Imaginons un scénario identique dans une région fortement peuplée. Aurait-il fallu appliquer le principe de précaution et procéder à une évacuation des habitants ? A mes yeux, c’est la véritable finalité de la prévision éruptive.

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En attendant, ça cogne toujours aussi fort sur la péninsule. Ce dimanche 14 mars 2021, on a enregistré à 14h15 une nouvelle secousse de M 5,4 au SO de Fagradalsfjall, avec un hypocentre à 3,1 km de profondeur. Elle a été suivie de plusieurs autres événements d’une magnitude supérieure à M 3.0.

Source : IMO

Péninsule de Reykjanes (Islande) : la sismicité reste intense // Seismicity is still intense

La sismicité est incroyablement intense ces jours-ci sur la Péninsule islandaise de Reykjanes. De nombreux événements sont au-dessus de M 3.0. Le 10 mars 2021, à 3h14, un séisme a atteint M 5.1. Son épicentre était situé à 2,4 km au SSO de Fagradalsfjall à une profondeur de 5,8 km.

Il semble bien qu’un dyke magmatique soit en train de se frayer un chemin sous la péninsule mais la lave ne perce pas la surface.

Comme je l’ai déjà écrit, le contexte géologique de la région est très complexe avec un mélange de tectonique, de sismicité et de volcanisme, un phénomène pouvant être la cause ou la conséquence de l’autre.

Plusieurs scénarios possibles ont été imaginés par des volcanologues islandais qui ne peuvent faire aucune prévision.

Le point positif est que la région compte peu d’habitants qui seront rapidement évacués en cas d’urgence.

La situation dans la Péninsule de Reykjanes confirme que la prévision volcanique aura encore un long chemin à parcourir avant de devenir fiable.

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Seismicity is incredibly intense these days on Iceland’s Reykjanes Peninsula. Many events are above M 3.0. On March 10th, 2021, at 3.14 am, a quake reached M 5.1. Its epicentre was located 2.4 km SSW of Fagradalsfjall at a depth of 5.8 km.

It seems a magmatic dyke is working its way beneath the Peninsula but lava is not piercing the surface. As I put it before, the geological context of the region is very complex with a mixture of tectonics, seismicity and volcanism, the one being the cause or the consequence of the other.

Several possible scenarios have been imagined by Icelandic volcanologists who are at a loss to make any prediction. The good point is that the region has few residents who will be rapidly evacuated in case of emergency. However, the situation in the Reykjanes Peninsula confirms that volcanic prediction still has a long way to go ro become reliable.

Source : IMO

Avec la prévision sismique nulle, la prévention réduit les risques // With zero seismic prediction, prevention reduces risks

Dans un article récemment publié sur le site du Hawaiian Volcano Observatory (HVO), l’USGS confirme que nous sommes toujours incapables de prévoir les séismes majeurs. Les sismologues savent qu’il se produira probablement cette semaine quelque part dans le monde un séisme de magnitude 6.0, mais ils ne savent pas où. En s’appuyant sur les statistiques, ils savent juste que, probablement, au moins un événement de M 6.0 se produira sur Terre au cours d’une semaine donnée. De la même manière, il y aura, à un moment ou un autre, un séisme de M 7 en Alaska, mais on ne sait pas quand. Ce peut être demain, le mois prochain ou dans quelques millions d’années. Aucun endroit sur Terre n’est à l’abri d’un séisme destructeur.
Les scientifiques du HVO expliquent sur leur site web qu’il y aura un séisme à Hawaii demain, mais ils ne savent pas quelle sera son intensité. Néanmoins, les sismologues locaux peuvent anticiper certaines magnitudes avec une fiabilité correcte. Il est presque certain qu’un tremblement de terre de M 1.0 sera enregistré demain à Hawaii, car un tel événement est fréquent et fait partie de l’activité volcanique habituelle. Il sera détecté par les équipements de surveillance, mais avec une magnitude aussi faible, il ne sera pas ressenti par la population qui ne s’inquiètera donc pas.
Le problème est que les séismes les plus puissants, donc les plus destructeurs sont beaucoup plus difficiles à prévoir. L’examen des événements enregistrés au cours des 200 dernières années à Hawaii permet de connaître les endroits où des secousses importantes et destructrices se sont produites dans le passé, mais il n’y a aucun moyen de prévoir de manière fiable quand elles se produiront de nouveau.

Si la prévision sismique reste à un niveau très bas, voire nul, la prévention reste possible et la préparation aux tremblements de terre peut se faire à n’importe quel moment. Nous n’avons pas besoin d’attendre la prévision du « Big One » pour nous préparer à un séisme destructeur.
Une façon de s’y préparer est de participer à un exercice de prévention. Ces exercices sont très fréquents au Japon, mais ils ont également lieu dans certains endroits aux États-Unis. Ainsi, en 2019, plus de 42 000 personnes dans l’État d’Hawaii ont participé à un exercice annuel de préparation aux tremblements de terre. Il s’agit du «Great Hawai’i ShakeOut». Le ShakeOut Day, journée internationale de préparation aux séismes, dont fait partie le «Great Hawai’i ShakeOut», a toujours lieu le troisième jeudi d’octobre. À cette occasion, le HVO invite la population hawaiienne à participer à l’opération « Drop, Cover, and Hold on. » Les participants sont invités à s’inscrire sur le site web « ShakeOut.»
«Drop» signifie s’accroupir sur le sol; «Cover» signifie se mettre à l’abri sous une table ou un bureau ; «Hold on» suppose de maintenir cette position tant que le danger est présent. Ce triptyque permet d’éviter d’être renversé ou blessé lors d’un séisme dans la plupart des situations – mais pas toutes – à l’intérieur d’un bâtiment. Le site web « ShakeOut » fournit plus de détails concernant d’autres situations: à l’extérieur, à l’école ou au travail, à la plage ou au volant d’une voiture.
S’il est important de savoir quels gestes adopter pendant un séisme, il est également important de savoir ce qu’il faut faire avant et après un tel événement. Par exemple, on peut réduire considérablement les dégâts causés par un tremblement de terre avec quelques astuces simples, comme utiliser de la gomme adhésive ou des bandes Velcro pour sécuriser les objets avant qu’un séisme se produise.
Après le tremblement de terre, il y a d’autres risques à prendre en compte, tels que des lignes électriques endommagées et la possibilité d’un tsunami.
La réponse à ces questions et à d’autres se trouve sur le site http://shakeout.org/hawaii.

Source: USGS / HVO.

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In a recent article, USGS confirms that major earthquakes cannot be predicted. Seismologists know that there will be a magnitude-6 earthquake this week, buth they just don’t know where. Probabilistically, at least one M 6 earthquake will happen on Earth on any given week. In the same way, there will be an M 7 earthquake in Alaska, but we just don’t know when. It could be tomorrow, next month, or in the next few million years, but no location on Earth is exempt from a damaging earthquake.

HVO scientists explain on their website that there will be an earthquake in Hawaii tomorrow, bu they just don’t know how big. However, local seismologists can get some magnitudes generally right. It is nearly sure that an M 1.0 earthquake will be recorded in Hawai‘i tomorrow because this is part of the usual volcanic activity.  The event will not be detected by anything other than sensitive monitoring equipment, so the prediction is not publicly relevant.

The problem is that the timing of larger, damaging earthquakes is much harder to narrow down. Looking at the record of earthquakes over the past 200 years in Hawai‘i helps to understand where large, damaging earthquakes have occurred in the past, but there is no way to reliably predict when damaging earthquakes will happen.

While the prediction of earthquakes remains at a very low level, prevention remains possible and earthquake preparedness can happen at any time. We do not need the predictions of a “big one” to actually be ready for a damaging earthquake.

One way to train oneself to be ready for a damaging earthquake is to participate in an earthquake drill. Such drills are very frequent in Japan, but also occur in some places in the U.S. In 2019, over 42,000 individuals in the State of Hawai‘i participated in an annual earthquake preparedness drill, called “The Great Hawai‘i ShakeOut.” International ShakeOut day, which “The Great Hawai‘i ShakeOut” is a part of, is always the third Thursday of October. On this occasion, HVO invites everyone in Hawai’i to “Drop, Cover, and Hold on!”

The participants in the drill are invited to register on the ShakeOut website .

During “The Great Hawai‘i ShakeOut,” the public is encouraged to practice “Drop, Cover, and Hold on!” as part of the earthquake drill. ‘Drop’ means crouching onto the ground; ‘Cover’ means putting oneself under a table or a desk; ‘Hold on’ mens staying in this position as long as the danger is present. “Drop, Cover, and Hold on!” will help reduce the risk of being knocked down or injured during an earthquake for most indoor situations, but not all. The ShakeOut website provides more detailed earthquake safety actions for other situations: outdoors, at school or work, at the beach, or while driving a car.

While knowing what to do during an earthquake is important, it is also important to know what should be done before and after an earthquake. For instance, one can greatly reduce earthquake damage with a few simple life hacks, by using putty or Velcro strips to secure items before an earthquake happens.

After an earthquake passes, there are other hazards that should be considered, such as damaged utility lines and the potential for a tsunami being generated.

The answer to these and other questions can be found at http://shakeout.org/hawaii.

Source : USGS / HVO.

La prévention sismique à Vancouver (Canada)

Piton de la Fournaise : Pétera, ou pétera pas? // An eruption, or no eruption?

Dans son bulletin du 3 octobre 2020, l’OVPF indique qu’une activité sismique est toujours enregistrée sous le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion), en particulier sous la zone sommitale et le flanc Est (voir les détails de cette sismicité sur le site web de l’Observatoire).

A côté de cette sismicité, des déformations sont toujours observées. Elles ont diminué sur le flanc Est du volcan mais ont repris sous la zone sommitale. S’agissant du flanc Est, la station GPS « GPNG » de l’OVPF localisée dans la partie haute des Grandes Pentes, à 1414 m d’altitude, a glissé d’environ environ 73 cm depuis le début de la crise et s’est soulevée d’environ 26 cm au cours de la même période.

Les concentrations en CO2 dans le sol sont en augmentation en champ lointain, paramètre souvent associé à une remontée de magma depuis le manteau.

La sismicité et les déformations sous le flanc Est montrent que l’intrusion magmatique est encore active et peut déboucher sur une éruption. Certains Réunionnais expliquent que la crise sismique exceptionnellement longue qui s’est produite lundi et mardi derniers rappelle celle de 2007 qui avait précédée « l’éruption du siècle ». En attendant, l’Enclos reste fermé au public.

Source : OVPF et presse locale.

La prévision éruptive montre ses limites, mais il faut reconnaître que le Piton de la Fournaise a un comportement particulièrement désarçonnant…

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In its update of October 3rd, 2020, OVPF indicates that seismic activity is still recorded under Piton de la Fournaise (Reunion Island), in particular under the summit area and the eastern flank (see the details of this seismicity on the Observatory’s website).

Alongside this seismicity, deformations are still observed. They have declined on the eastern flank of the volcano, but have started again in the summit area. As far as the eastern flank is concerned, the Observatory’s « GPNG » GPS station located in the upper part of the Grandes Pentes, at an altitude of 1,414 m, has slid by about 73 cm since the start of the crisis and risen by about 10 inches during the same period.

CO2 concentrations in the soil are increasing in the far field, a parameter often associated with  the ascent of magma from the mantle.

Seismicity and deformations beneath the eastern flank show that the magmatic intrusion is still active and may lead to an eruption. Some people on the island explain that the last seismic crisis reminds them of the 2007 crisis which preceded the “eruption of the century”. In the meantime, the Enclos remains closed to the public.

Source : OVPF and local newspapers.

Eruptive prediction is showing its limits, but one should admit that the Piton de la Fournaise behaves particularly puzzling way…

Photo : C. Grandpey