Tsunami du Krakatau: Une prévision difficile, voire impossible // A difficult, even impossible prediction

Après le tsunami dévastateur (dernier bilan de 429 morts, 1485 blessés et 154 disparus) provoqué pat un effondrement partiel de l’Anak Krakatau, les commentaires se multiplient sur les réseaux sociaux pour expliquer ce qui s’est passé. Malheureusement, si nous sommes en mesure d’analyser l’événement, nous ne sommes toujours pas capables de le prévoir. Il faut bien reconnaître qu’il en va de même pour un grand nombre d’événements naturels.

On peut lire un certain nombre de prévisions gratuites. Certains indiquent qu’un nouvel effondrement latéral du Krakatau peut se produire à nouveau car l’édifice est déstabilisé. Bien sûr, mais il se peut qu’un tel événement ne se produise que dans plusieurs mois, voire plusieurs années, et les populations littorales seront toujours autant démunies pour y faire face.

Il faut bien admettre que l’on ne peut pas faire grand-chose pour anticiper un effondrement ou un glissement de terrain sur un volcan actif et, qui plus est, qui se dresse au milieu de la mer. Installer des capteurs sur les pentes ? A quoi bon ? Ils seront vite recouverts par les projections éruptives et donc inutilisables. A l’occasion du tsunami de ces derniers jours, j’ai rappelé qu’un événement semblable, mais de moindre ampleur, avait eu lieu sur le Stromboli le 30 décembre 2002 quand un morceau de la Sciara del Fuoco avait glissé au fond de la mer, déclenchant un tsunami. Connaissant la Sciara del Fuoco, je ne vois pas comment on pourrait y installer des capteurs étant donné qu’elle reçoit toutes les projections du volcan.

Il faut malheureusement se rendre à l’évidence : nous ne sommes pas capables de prévoir le tsunami déclenché par un effondrement brutal sur un volcan, de la même façon que nous ne savons pas prévoir la vague provoquée par un événement sismique en mer. Si un tel événement se produit très loin des côtes, des balises en mer permettent de suivre sa progression et d’alerter les populations. En revanche, si le décrochement de faille a lieu à quelques encablures du rivage, toute forme de prévention devient impossible.

De temps à autre, on  voit apparaître des articles à propos du basculement du flanc E de l’Etna (Sicile) vers la Mer Ionienne. Certains scientifiques redoutent, à juste titre, une catastrophe majeure si un tel événement se produisait. Le flanc E du volcan est parcouru de failles qui sont bien connues et surveillées. Malgré cela, serons-nous en mesure d’anticiper suffisamment à temps un tel effondrement ? La question reste posée !

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After the devastating tsunami (latest toll: 429 dead, 1,485 injured and 154 missing) caused by a partial collapse of Anak Krakatau, comments are multiplying on social networks to explain what happened. Unfortunately, if we are able to analyze the event, we are still not able to predict it. We should admit that the same goes for a large number of natural events.
A number of forecasts can be read. Some say that a new lateral collapse of Krakatau can happen again because the volcanic edifice is destabilized. Of course, but such an event may happen in a few months or even years, and the seashore populations will still be destitute to deal with it.
We must admit that we can not do much to anticipate a collapse or a landslide on an active volcano and, what is more, that stands in the middle of the sea. Should we install sensors on the slopes? What’s the point ? They will be quickly covered by eruptive projections and therefore unusable. Concerning the tsunami of recent days, I recalled that a similar but smaller event took place at Stromboli on December 30th, 2002, when a chunk of the Sciara del Fuoco slid into the depths of the sea, triggering a tsunami. Knowing the Sciara del Fuoco, I do not see how we could install sensors because it receives all projections of the volcano.
Unfortunately, we are not able to predict the tsunami triggered by a sudden collapse on a volcano, in the same way that we do not know how to predict the wave caused by a seismic event at sea. If such an event occurs very far from the coasts, beacons at sea make it possible to follow its progress and to alert the populations. On the other hand, if the fault slip occurs a few miles from shore, any form of prevention becomes impossible.
From time to time, articles appear about the tilting of the eastern flank of Mt Etna (Sicily) towards the Ionian Sea. Some scientists fear, rightly, a major disaster if such an event occurred. The E flank of the volcano is slashed by faults that are well known and monitored. In spite of this, will we be able to anticipate enough in time such a collapse? The question remains!

Carte montrant les zones affectées par le tsunami du 22 décembre 2018 (Source: Jakarta Globe)

Etna (Sicile): Eruption en cours

12h30: De toute évidence il se passe quelque chose sur l’Etna en ce moment. On observe de très volumineux panaches de poussière et de cendre au niveau du Cratère SE (CSE) et la sismicité est intense au niveau de ce cratère. De plus, la caméra thermique montre une émission de lave quelque part sur le versant sud du cône sommital. Simple effondrements à l’intérieur, ou préparation d’un événement plus important?

14 heures : Comme je le pressentais, une éruption a bien débuté sur l’Etna. Elle a été annoncée dès 9 heures ce matin par une intensification de l’activité sismique avec 130 secousses, dont certaines ressenties par la population, avec un événement de M 4 à 2 km de profondeur sous Piano pernicano. Vers 11 heures, une nouvelle fracture s’est ouverte à la base du Cratère Sud-Est où une activité explosive et effusive est en cours. Un nuage de cendre continue à s’élever au-dessus du volcan. L’aéroport de Catane fonctionne normalement car le vent emporte la cendre dans une autre direction mais une réunion de la cellule de crise est prévue.

15 heures : La sismicité est en train de décliner et la coulée de lave visible sur la webcam thermique semble moins alimentée. La crise éruptive – que certains vont inévitablement appeler « paroxysme » – est probablement en train de tirer à sa fin.

16h30: Confirmation du déclin de l’éruption. Voir le sismogramme ci-dessous.

20 heures : Voici le résumé d’une journée mouvementée sur l’Etna qui a fêté à sa manière la veille de Noël.

L’activité a commencé juste avant 9 heures et les sismos de l’INGV ont enregistré plus de 130 séismes en un peu plus de trois heures. Les trois plus fortes avaient des magnitudes de M 4,3 avec l’épicentre situé à 6 km de Zafferana ; M 4,0 à une profondeur de deux kilomètres dans la région de Piano Pernicana, sur le flanc nord-est du volcan, et M 3,9 dans la région de Monte Palestra, au nord-ouest. La population a ressenti ces trois secousses, mais sans dommage pour les personnes et les biens.
Les séismes se sont accompagnés d’une augmentation progressive du dégazage au niveau des cratères sommitaux, suivie d’émissions de cendre sporadiques provenant à la fois de Bocca Nuova et du cratère du Nord-Est. Le phénomène a culminé vers midi avec un panache épais et continu de cendre sombre visible de très loin.
Peu de temps après, une intense activité strombolienne a commencé à la base sud du Nouveau Cratère Sud-Est, en direction de Serra Giannicola, avec l’ouverture d’une fissure éruptive. L’activité strombolienne a alors concerné également la Bocca Nuova et le Cratere Nord-Est. Les réseaux GPS et clinométriques ont montré des déformations de la zone sommitale.
Pour le moment, l’activité du volcan ne crée pas de problèmes particuliers, si ce n’est à l’aéroport de Catane, qui a été partiellement fermé.

Au moment où j’écris ces lignes, la sismicité s’est maintenant stabilisée mais on continue à observer des événements explosifs avec une secousse importante vers 16h50 (TU). La webcam de l’association LAVE montre que lave s’écoule en abondance depuis une bouche située au pied du Cratère Sud-Est, dans la partie haute de la Valle del Bove. Vous verrez les images de cette webcam en cliquant sur ce lien :

 http://www.lave-volcans.eu/webcams_etna.php?numero=2

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12:30 pm: Something is happening on Mt Etna right now. There are voluminous plumes of dust and ash coming out of the SE Crater (SEC) and seismicity is intense at this crater. In addition, the thermal camera shows a lava emission somewhere on the south side of the summit cone. Are there just collapses inside the vent, or are we heading for a larger event?

14:00: As I suggested previously, an eruption has started on Mount Etna. It was heralded at 9 am this morning by an intensification of seismic activity with 130 quakes felt by the population, including an M 4.0 event at a depth of 2 km, beneath Piano Pernicana. At 11 a.m. or so, a new fissure opened at the base of the South Crater (SEC) with an explosive and effusive activity still going on. Aan ash plume continues to rise above the volcano. Catania airport is still operating normally as the wind carries the ash in another direction but a crisis meeting is planned.

15:00: Seismicity is declining and the lava flow that can be seen on the thermal webcam seems to be less fed. The eruptive crisis that some people will inevitably call “paroxysm” is probably coming to an end.

16:30: The eruption keeps declining. See seismogram below.

20:00: Here is the summary of an eventful day on Mt Etna which celebrated Christmas Eve in its own way.
Activity started just before 9 am and the INGV seismographs recorded more than 130 earthquakes in just over three hours. The three most significant had magnitudes of M 4.3 with the epicentre located 6 km from Zafferana; M 4.0 at a depth of two kilometres in the Piano Pernicana area, on the northeast flank of the volcano, and M 3.9 in the Monte Palestra region, to the northwest. The population felt these three tremors, but with no harm to people and property.
Earthquakes were accompanied by a gradual increase in degassing at the summit craters, followed by sporadic ash emissions from both Bocca Nuova and the Northeast Crater. The phenomenon culminated around noon with a thick and continuous plume of dark ash visible from far away.
Shortly afterwards, intense strombolian activity began at the south base of the New Southeast Crater, towards Serra Giannicola, with the opening of an eruptive fissure. Strombolian activity also concerned Bocca Nuova and the North-East Crater. The GPS and clinometric networks showed deformations of the summit zone.
For the moment, the eruption does not cause any particular problems, except at Catania airport which has been partially closed.
At the time of writing, seismicity has now stabilized, but explosive events continue to be observed with a significant quake around 16:50 (UT). The webcam of the LAVE association shows that lava is still flowing profusely from a vent located at the foot of the South-East Crater, in the upper part of the Valle del Bove. You will see the images of this webcam by clicking on this link:
http://www.lave-volcans.eu/webcams_etna.php?numero=2

Sismicité ce matin au niveau du Cratère Bord-Est.

Emissions de poussière et de cendre vues par la webcam.

Apparition d’un point chaud en fin de matinée sur la webcam thermique.

Vue de la fracture éruptive depuis un appareil de la compagnie Butterfly Helicopters.

Déclin de la sismicité en début d’après-midi.

En début d’après-midi, la coulée de lave issue de la fracture éruptive était moins alimentée.

Suite du déclin de la crise éruptive.

La coulée de lave vue ce soir par la webcam de L.A.V.E.

Etna (Sicile) : En souvenir de l’éruption de 1669…

Ces jours-ci, l’Etna montre une belle activité strombolienne au niveau du Nouveau Cratère Sud-Est, avec projections et épanchements de lave sur quelques centaines de mètres. A noter toutefois qu’une ordonnance promulguée par la municipalité de Nicolosi interdit toute approche de la zone sommitale du volcan.

Dans le même temps, deux députés de la région de Catane ont déposé un projet de loi prévoyant la création d’une journée commémorative du 350ème anniversaire de l’éruption de l’Etna qui, le 11 mars 1669, a détruit plusieurs localités dans la province de Catane. La lave a enseveli Mompilieri et est arrivée jusqu’à Catane, où les douves du château d’Ursino datant du 16ème siècle ont été recouvertes, de même que le pont-levis reliant le château à la place d’armes.
Le projet de loi a pour but de garder en mémoire le souvenir d’un événement marquant pour le peuple sicilien, mais aussi « de le transformer en opportunités de développement du tourisme et de promotion culturelle pour les municipalités de la province de l’Etna.» Compte tenu du remarquable intérêt de l’événement d’un point de vue historique et naturel, les deux députés qui ont présenté le projet de loi souhaitent « privilégier des itinéraires culturels et touristiques par le biais d’expositions permanentes, de parcs culturels, et la création d’un musée en plein air le long de la « route de la lave » entre le château d’Ursino et les Monti Rossi, avec des événements thématiques qui restituent à la communauté un souvenir et une identité qui seraient autrement perdus ».
Source : Journal La Sicilia.

Une fresque montrant l’éruption de 1669 se trouve dans la sacristie de la cathédrale de Catane. (Photo: C. Grandpey)

Une histoire de coulées de lave // About lava flows

Au cours de l’histoire, les hommes on tenté à plusieurs reprises de détourner des coulées de lave qui devenaient une menace pour les zones habitées. La première tentative de ce genre a eu lieu en 1669, lorsqu’un flot de lave en provenance de l’Etna menaça la ville de Catane. Des tentatives pour détourner la lave du Mauna Loa sur l’île d’Hawaii ont été réalisées en 1935 et 1942. Des digues de terre ont été construites à la hâte pour détourner des coulées du Kilauea en 1955 et 1960, sans grand succès.
Le premier détournement de lave positif a eu lieu en 1973 sur l’île d’Heimaey en Islande quand une coulée de lave a’a a pu être stoppée et un port sauvé en envoyant d’importantes quantités d’eau de mer sur la coulée de lave pour entraver sa progression.
Lors de l’éruption de l’Etna en 1983, des scientifiques ont réussi, pour la première fois, à utiliser des explosifs pour détourner une importante coulée de lave. Ces efforts ont été couronnés de succès mais ont posé un problème juridique. Comme me l’a expliqué H. Tazieff un jour, «sommes-nous autorisés à envoyer la lave sur une terre qui serait autrement épargnée?

Aujourd’hui, un problème similaire de gestion des coulées de lave est apparu à Hawaii après la dernière éruption du Kilauea. La lave qui a envahi la Lower East Rift Zone a détruit ou isolé des propriétés et leurs propriétaires souhaiteraient ouvrir de nouvelles routes pour accéder à leurs structures. Bien que les coulées de lave ne soient plus du tout actives, la construction de nouvelles routes pourrait poser problème si la lave faisait sa réapparition dans le secteur.
Le comté d’Hawaii a reçu de nombreuses demandes de propriétaires affectés par la dernière éruption. Ces gens voudraient pouvoir créer un accès à leur propriété à travers les champs de lave.
En vertu de la Sixième proclamation d’urgence du 6 décembre 2018, les personnes qui souhaitent modifier la morphologie des champs de lave afin de créer un accès temporaire doivent d’abord obtenir l’autorisation de la Protection Civile.
Les documents à fournir doivent :
– Indiquer l’emplacement de la propriété;
– Décrire la nature de l’accès proposé, avec un plan du site indiquant l’emplacement et l’étendue de l’accès temporaire;

– Inclure le consentement écrit de toutes les personnes dont les propriétés seront traversées et qui auront ainsi un nouvel accès.
Les personnes sollicitant l’autorisation de modifier la morphologie des champs de lave pour créer un accès temporaire à des propriétés isolées assumeront tous les risques et devront éventuellement payer les secours.
Les différents bureaux de Protection Civile examineront chaque demande, en veillant au respect des réglementations et des droits de propriété privée. Différentes questions seront posées :
– La voie d’accès proposée desservira-t-elle plusieurs propriétés?
– Un permis de classement est-il requis?
– Le tracé de la voie d’accès risque-t-il de franchir les parois d’un chenal de lave, de créer un barrage ou de modifier de manière significative les trajectoires d’écoulement de la lave dans le cas où l’activité effusive reprendrait?

Une évaluation géotechnique peut être nécessaire pour déterminer les conditions du sous-sol en fonction de la morphologie de la voie d’accès proposée et d’autres facteurs liés à la stabilité et à la sécurité du terrain.
Après examen et approbation de tous les permis requis, la Protection Civile émettra ou non une autorisation de travaux.

Source : Presse hawaiienne.

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Throughout history, men have tried several times to divert lava flows that were becoming a threat to populated areas. The first attempt was this kind occurred in 1669, when a flow from Mount Etna volcano threatened the city of Catania. Attempts to divert lava flows from Mauna Loa Volcano on the island of Hawaii by aerial bombing were made in 1935 and 1942. Earthen barriers were hurriedly constructed in attempts to divert flows from Kilauea Volcano in 1955 and 1960, with little success.

The first successful lava diversion took place in 1973 on the island of Heimaey (Iceland), when a thick lava flow was impeded and a harbour saved by pumping massive quantities of seawater over advancing aa lava.

During the 1983 eruption of Etna, Italian scientists managed, for the first time, to use explosives to divert a major lava flow. These efforts were fairly successful, although they posed a legal problem. As Haroun Tazieff told me one day, “are we allowed to send lava on a land that would otherwise be spared?”

Today, a similar problem about the management of lava flows has appeared in Hawaii after the last eruption of Kilauea volcano. Lave which invaded the Lower East Rift zone has destroyed or isolated properties and their owners would like to open new roads to access to their structures. Although the lava flows are no longer active, cutting new roads might cause problems if lava happened to flow again in the area.

The County of Hawaii has received many requests from residents affected by the recent eruption to allow them to create access to their property across the lava fields.

Under the Sixth Supplementary Emergency Proclamation dated Decmber 6th, 2018, individuals who wish to modify the lava fields to create temporary emergency access must first seek authorization from the Hawaii County Civil Defense Agency.

The documents should:

– Identify the location of the property;

– Describe the nature of the access proposed, which should include a site plan showing the location and extent of the temporary emergency access; and

– Include written consent from all individuals whose properties will be traversed and who will have renewed access.

Individuals requesting authorization to modify the lava fields to create temporary emergency access to isolated properties will assume any and all risks, and may be charged for any rescue costs.

County agencies will review each request, with an eye to compliance with regulations and private property rights, including the following:

– Will the proposed access route serve multiple properties?  .

– Is a grading permit required?

– Will the grading risk breaching lava channel walls, creating a dam, or otherwise significantly altering the flow patterns in the event that lava activity resumes? A geotechnical assessment may be required to determine subsurface conditions depending on the depth of the proposed excavation and other factors related to terrain stability and safety.

After review and the approval of any required permits, Civil Defense will issue an authorization letter.

Source: Hawaiian newspapers.

Les coulées de lave ont envahi des propriétés privées (Crédit photo: USGS / HVO)