Mont Rainier (État de Washington / États Unis) : la peur des lahars // The fear of lahars

  J’ai attiré l’attention à plusieurs reprises sur ce blog sur le risque de lahars sur le mont Rainier (4892 m), situé à proximité de Seattle et de sa zone industrielle, avec des sociétés comme Boeing et Microsoft.

 Photos : C. Grandpey

Le volcan n’a pas connu d’éruption majeure depuis 1 000 ans. Pourtant, il inquiète de nombreux volcanologues américains. Son potentiel de destruction ne réside pas seulement dans les coulées de lave qui, en cas d’éruption, ne s’étendraient probablement pas à plus de quelques kilomètres au-delà des limites du Parc national. De nombreux scientifiques redoutent la survenue d’un lahar, une coulée de boue rapide composée d’eau et de roches, provenant de la fonte rapide de la glace ou de la neige lors d’une éruption, et qui emporte des débris en dévalant les vallées et les ravines sur les flancs d’un volcan. Dans le monde, des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes vivent dans des zones sous la menace de lahars.
Personne n’a oublié celui de novembre 1985 lorsque le Nevado del Ruiz est entré en éruption en Colombie. Quelques heures seulement après le début de l’événement, un torrent de boue a déferlé sur la ville d’Armero, tuant plus de 23 000 personnes en quelques minutes.

Crédit photo : Wikipedia

Les scientifiques américains font remarquer que le mont Rainier possède environ huit fois plus de glaciers et de neige que le Nevado del Ruiz au moment de son éruption, de sorte qu’il existe un risque de lahar beaucoup plus important.

Cependant, après plusieurs visites au mont Rainier, j’ai constaté que les glaciers ont considérablement fondu en raison du réchauffement climatique. De ce fait, la masse de glace sur la montagne est moins impressionnante qu’il y a quelques décennies. Cela signifierait moins d’eau et de matériaux entraînés vers le bas de la montagne par les coulées de boue.

Le glacier Nisqually a beaucoup fondu ces dernières années, ici en 2002 et 2015 (Photos: C. Grandpey)

Les lahars se produisent généralement lors d’éruptions volcaniques, mais peuvent aussi être provoqués par des glissements de terrain et des séismes. Les géologues ont trouvé des preuves qu’au moins 11 lahars importants provenant du mont Rainier ont atteint la zone environnante – la plaine de Puget (Puget Lowlands), par exemple – au cours des 6 000 dernières années. Les scientifiques n’ont pas établi de lien entre les lahars, survenus il y a environ 500 ans, et une quelconque activité volcanique. Ils ont pu avoir été causés par d’importants glissements de terrain sur la montagne. C’est la menace d’un tel lahar, déclenché par un soudain glissement de terrain, qui inquiète particulièrement les volcanologues. Il faudrait à un tel lahar seulement 10 minutes pour atteindre des zones habitées, et 60 minutes pour atteindre les grandes agglomérations les plus proches, ce qui est très bref.

Photo : C. Grandpey

Une étude de 2022 a modélisé les deux pires scénarios. Dans la première simulation, un lahar de 260 millions de mètres cubes et de 4 mètres de hauteur prend sa source sur le flanc ouest du Mont Rainier. La coulée de débris atteint la région densément peuplée d’Orting environ une heure après son déclenchement, et elle se déplace à une vitesse d’environ 4 mètres par seconde.

Photo : C. Grandpey

Une deuxième zone à « risque élevé » mentionnée dans l’étude de 2022 est la vallée de la rivière Nisqually, où un puisant lahar pourrait déplacer suffisamment d’eau du lac Alder pour provoquer le débordement du barrage.
Suite à l’éruption du mont Saint Helens en 1980, l’USGS a mis en place un système de détection des coulées de boue sur le mont Rainier en 1998. Ce système a été modernisé et étendu depuis 2017. Une vingtaine de sites sur les flancs du volcan et les deux zones identifiées comme les plus exposées aux coulées de boue sont désormais équipés de sismomètres qui transmettent des données en temps réel, ainsi que d’autres capteurs, notamment des capteurs à infrasons, des webcams et des récepteurs GPS.

Photo : C. Grandpey

En mars 2024, quelque 45 000 élèves de Puyallup, Sumner-Bonney Lake, Orting, White River et Carbonado ont participé à un exercice d’évacuation en cas de lahar. C’était la première fois que plusieurs districts scolaires y participaient le même jour. Selon les autorités américaines, ce fut le plus grand exercice de prévention de lahar au monde.

Un exercice d’évacuation similaire a été organisé le 23 avril 2026. Environ 45 000 élèves de localités situées au sud de Seattle et à l’ouest du mont Rainier ont participé au plus grand exercice mondial d’évacuation en cas de lahar, organisé désormais tous les deux ans.

Photo : C. Grandpey

Source : Observatoire Volcanologique des Cascades.

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I have drawn attention several times on this blog to the lahar hazard on Mount Rainier which lies close to Seattle and its industrial environment. The volcano has not produced a significant volcanic eruption in the past 1,000 years. Yet, it has many US volcanologists worried. The mountain’s destructive potential does not really lie with lava flows, which, in the event of an eruption, would probably not extend more than a few kilometers beyond the boundary of Mount Rainier National Park. Many scientists fear the prospect of a lahar, a fast moving slurry of water and rock originating from ice or snow rapidly melted by an eruption that picks up debris as it rushes through valleys and drainage channels. One should not forget that there are tens, if not hundreds of thousands of people who live in areas that potentially could be impacted by a large lahar.

The deadliest lahar in recent memory was in November 1985 when Colombia’s Nevado del Ruiz volcano erupted. A river of mud swept over the town of Armero, killing over 23,000 people in a matter of minutes. U.S. Scientists warn that Mount Rainier has about eight times the amount of glaciers and snow as Nevado del Ruiz had when it erupted, so that there is the potential to have a much more catastrophic mudflow. However, in the wake of several visits to Mount Rainier, I noticed that glaciers have melted quite a lot because of global warming. As a result, the mass of ice on the mountain is less impressive than it was a few decades ago. This would mean less water and material being carried down the mountain by mudflows. .

Lahars typically occur during volcanic eruptions but also can be caused by landslides and earthquakes. Geologists have found evidence that at least 11 large lahars from Mount Rainier have reached into the surrounding area – the Puget Lowlands – in the past 6,000 years. Scientists have not connected the most recent of these lahars, which occurred about 500 years ago, with any kind of volcanic activity. They may have been caused by large landslides on the mountain. It is the threat of a similar, spontaneous landslide-triggered lahar that particularly worries volcanologists. It would take such an event 10 minutes to reach the nearest places where people are living, and 60 minutes to the nearest large communities. Those are really short time frames

A 2022 study modeled two worst-case scenarios. In the first simulation, a 260 million-cubic-meter, 4-meter deep lahar would originate on the west side of Mount Rainier. The debris flow could reach the densely populated lowlands of Orting about one hour after an eruption, where it would travel at the speed of about 4 meters per second.

A second area of “pronounced hazard” mentioned in the 2022 stury is the Nisqually River Valley, where a massive lahar could displace enough water from Alder Lake to cause the 100-meter-tall Alder Dam to spill over.

In the wake of the 1980 Mount St. Helens eruption, the USGS set up a lahar detection system at Mount Rainier in 1998, which since 2017 has been upgraded and expanded. About 20 sites on the volcano’s slopes and the two paths identified as most at risk of a lahar now feature seismometers that transmit real-time data and other sensors including infrasound sensors, web cameras and GPS receivers.

In March 2024, some 45,000 students from Puyallup, Sumner-Bonney Lake, Orting, White River and Carbonado participated in a lahar evacuation drill. It was the first time that multiple school districts practiced on the same day, making it the world’s largest lahar drill.

A similar evacuation drill was organized on 23April 2026. About 45,000 students in communities south of Seattle and west of Mount Rainier participated in the world’s largest lahar evacuation drill which is organised once every two years.

Source : Cascades Volcano Observatory.

Le point sur la situation à Ambae (Vanuatu) // Update on the situation in Ambae (Vanuatu)

On parle beaucoup ces temps-ci d’Ambae, aussi appelée Aoba, une île de l’archipel de Vanuatu. Ambae est la partie émergée du Manaro Voui, le volcan le plus imposant du Vanuatu. Il culmine à 1 496 mètres d’altitude, soit environ 3 900 mètres au-dessus du fond marin. Le Manaro Voui abrite trois lacs à son sommet. L’un des deux principaux, le lac Voui, possède un cratère en son centre, à l’origine de plusieurs éruptions depuis 1995.

Une éruption avec émissions de vapeur et de cendres a débuté le 27 novembre 2005, entraînant le déclenchement d’une alerte volcanique de niveau 2 et la mise en place de préparatifs d’évacuation. Le 8 décembre 2005, l’éruption s’est intensifiée, forçant plus de 3 000 habitants à quitter leur domicile et nécessitant l’évacuation de deux hôpitaux.

Le 28 septembre 2017, après une semaine d’activité volcanique de plus en plus forte, le niveau d’alerte a été relevé à 4 sur une échelle de 5 et le gouvernement du Vanuatu a ordonné l’évacuation complète de l’île, qui compte environ 11 000 habitants. Les cendres de l’éruption détruit les récoltes et pollué l’air et l’eau. En avril 2018, les quelque 10 000 habitants restants ont reçu l’ordre d’évacuer définitivement.

En février 2026, le volcan Manaro Voui est toujours en éruption et le gouvernement du Vanuatu vient d’approuver des mesures d’urgence suite aux pluies acides et aux impacts des cendres qui se sont propagés au-delà de l’île. Les autorités maintiennent le niveau d’alerte 3 et ont préparé des plans d’évacuation au cas où l’activité s’intensifierait, mais aucune évacuation obligatoire n’a été ordonnée à ce stade. Cependant, il est conseillé aux personnes vivant dans les zones les plus touchées de se déplacer vers des zones moins affectées de l’île si elles ne se sentent pas en sécurité. Si le niveau d’alerte 4 est déclenché, le gouvernement exigera que l’île entière soit déclarée zone sinistrée et lancera des évacuations.

L’activité actuelle du volcan est caractérisée par des émissions soutenues de cendres et de gaz, une activité sismique intense, des signes qui montrent la proximité du magma avec la surface, et des pluies acides qui s’étendent bien au-delà d’Ambae.

 Les pluies acides provenant du volcan Manaro Voui, à 310 km au nord-ouest de la capitale, Port-Vila, affectent les ressources en eau et les récoltes. Les autorités indiquent que le volcan crache des cendres et des gaz toxiques qui recouvrent désormais toute l’île en raison des changements de vent. Le Département de météorologie et de géorisques du Vanuatu (VMGD) précise que les pluies acides ont atteint les îles de Santo, Malakula, Pentecost et Ambrym. Le phénomène est bien connu : le SO₂ mélangé à la pluie se transforme en acide sulfurique, de sorte que les pluies acides brûlent les cultures et affectent les réserves d’eau. Les puits et les réservoirs non couverts peuvent être pollués. De plus, les importantes retombées de cendres modifient le pH de l’eau, la rendant plus acide.

Avant la phase actuelle, le Manaro Voui était maintenu au niveau d’alerte 2 depuis au moins fin 2021, l’activité étant principalement caractérisée par des émissions de vapeur et de gaz, et une zone d’exclusion plus restreinte. Fin février 2026, l’activité est entrée dans une phase éruptive distincte, et le niveau d’alerte a été relevé à 3. Les panaches de cendres ont atteint leur maximum à environ 4 900 m d’altitude le 24 février.
La zone d’exclusion autour de la bouche éruptive active reste la mesure de sécurité la plus immédiate. Un rayon de 3 km autour du lac Voui est actuellement interdit d’accès en raison du risque d’activité éruptive à proximité du cratère. Le VMGD a demandé à la population d’éviter les cours d’eau et les ravines en cas de fortes pluies. Les dépôts de cendres les plus récents peuvent être rapidement remobilisés en lahars qui peuvent dévaler les pentes sans prévenir et affecter des zones bien au-delà du cratère.

 Source : VMGD.

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There is a lot of talk these days about Ambae, also known as Aoba, an island in the Vanuatu archipelago. Ambae is the emergent portion of Vanuatu’s most voluminous volcano, Manaro Voui, which rises 1,496 meters above sea level, or about 3,900 meters above the sea floor. Manaro Voui has three lakes at its summit. One of the two main ones, Lake Voui, has a crater in its center which has been the source of several eruptions since 1995.

A steam and ash eruption began on November 27, 2005, leading to a Level 2 volcano alert and preparations for evacuations. On December 8, 2005, the eruption became stronger, displacing more than 3,000 residents and requiring the evacuation of two hospitals.

On September 28, 2017, after a week of increasing volcanic activity, the alert level was raised to 4 on a scale of 5 levels, and the government of Vanuatu ordered a complete evacuation of the island, home to about 11,000 residents. Ash from the eruption covered the island, killing crops and polluting the air and water. In April 2018, the remaining approximately 10,000 residents were ordered to evacuate permanently.

In February 2026, Manaro Voui volcano remains in minor eruption, but Vanuatu’s government has just approved emergency response measures after acid rain and ash impacts spread beyond the island. Authorities maintain Alert Level 3 and have prepared evacuation plans in case activity escalates further, but no mandatory evacuation has been ordered at this stage. However, the people in the worst-affected areas are encouraged to move to less-affected parts of the island if they do not feel safe. Should alert level 4 be decided, the government will require the whole island to be declared a disaster zone and start evacuations.

The current activity at the volcano is characterized by sustained ash and gas emissions, elevated seismic unrest, continuing signs that magma is close to the surface, and production of acid rain which is extending well beyond Ambae itself.

Acid rain from the Manaro Voui volcano on Ambae – 310 km north west of the capital of Port Vila – is reportedly affecting water and food supplies. Authorities say the volcano is spewing toxic ash and gases which are now covering the entire island due to wind changes. The Vanuatu Meteorology and Geohazard Department (VMGD) says acid rain has now reached Santo, Malakula, Pentecost and Ambrym islands. The process is well-known : SO2 mixed with rain becomes acid rain which burns crops and affects water reserves. Wells, and tanks that are not covered could be affected. Besides, the heavy ashfall also alters the PH levels in water, making it more acidic.

Before the current phase, Manaro Voui had been held at Alert Level 2 since at least late 2021, with unrest marked mainly by steam and gas emissions and a smaller exclusion zone.

By late February 2026, the activity shifted into a clear eruptive phase, and the alert level was raised to 3 as the hazard footprint expanded around the summit vent system. Ash plumes peaked at approximately 4 900 m above sea level on February 24.

The exclusion zone around the active vent remains the most immediate life-safety measure. A 3 km radius around Lake Voui is currently off limits because of the risk from eruptive activity close to the crater. The VMGD has asked residents to avoid drainages and river channels during heavy rainfall. Fresh ash deposits can be rapidly remobilised into lahars, which can move downslope with little warning and affect areas well outside the crater rim.

Source : VMGD.

Le Pérou face au réchauffement climatique // Peru faces global warming

Le Pérou a déclaré l’état d’urgence le 25 février 2026 dans près de la moitié des districts du pays suite à de fortes pluies, des glissements de terrain et des inondations provoqués par la hausse des températures océaniques, que les autorités attribuent au phénomène climatique El Niño Costero, ou El Niño côtier.
Un décret gouvernemental vise à accélérer le déblocage de fonds pour les autorités locales et régionales afin de sécuriser les infrastructures essentielles – ponts, routes, eau et électricité – tout en protégeant la vie et la santé des populations. Plus de 700 districts répartis le long de la côte Pacifique, les Andes et l’Amazonie sont désormais en état d’urgence.
Le ministère péruvien des Transports a indiqué qu’environ 931 kilomètres de routes ont été endommagés à l’échelle nationale, les dégâts étant concentrés dans les quatre régions les plus touchées par les précipitations. Ces axes routiers vitaux sont empruntés chaque semaine par plus d’un demi-million de personnes.
Les autorités ont également mis à jour le bilan des décès, précisant que 68 personnes ont perdu la vie suite aux intempéries depuis le mois de décembre.
Selon les autorités, les eaux du Pacifique se réchauffent et El Niño Costero devrait s’intensifier légèrement en mars. Le réchauffement des eaux océaniques entraîne une forte évaporation et des précipitations extrêmes, ainsi qu’une augmentation du débit des cours d’eau.
L’Institut géophysique du Pérou (IGP) a signalé qu’une coulée de boue (lahar) transportant des sédiments et des blocs a dévalé la ravine Matagente, sur le flanc nord-ouest du volcan Misti, le 22 février 2026. Selon les médias, les fortes pluies se sont intensifiées pendant plusieurs jours, provoquant d’importantes inondations et des glissements de terrain. Le niveau d’alerte volcanique reste quant à lui à la couleur Verte (niveau le plus bas sur une échelle de quatre couleurs).
Une autre coulée de boue transportant des blocs a dévalé la ravine d’El Volcán, sur le flanc sud du volcan Huaynaputina, le 21 février. La population a été invitée à se tenir à l’écart de cette ravine et à faire preuve de prudence sur la route qui relie Quinistaquillas à Sijuaya.
Le 16 février 2026, l’IGP m’avait alerté à propos d’une coulée de boue sur les flancs de l’Ubinas. L’Institut a appelé la population locale à la vigilance et lui a conseillé d’éviter d’emprunter la route Querapi-Ubinas-Huarina.
Source : Médias péruviens, IGP.

Outre les fortes pluies et les glissements de terrain qui en résultent, la fonte des glaciers au Pérou, qui s’est accélérée ces dernières décennies, est une autre conséquence du réchauffement climatique. La hausse des températures a fait disparaître plus de la moitié de la superficie glaciaire péruvienne en cinquante ans. La Cordillera Blanca et ses glaciers est la chaîne de montagnes tropicale la plus haute et la plus étendue au monde, et les cours d’eau alimentés par les glaciers fournissent de l’eau à des centaines de milliers de personnes vivant en aval. Ces dernières années, des études spécifiques au bilan de masse des glaciers avaient observé une perte de masse persistante et continue. Les résultats d’une nouvelle étude, publiés en septembre 2025, montrent une réduction de 44 % de la superficie glaciaire, ce qui se traduit par une diminution de la moyenne annuelle de 54 469 ha avant 2013 à 42 700 ha les années suivantes. Les résultats de l’étude montrent que les glaciers ont franchi un seuil critique de leur bilan de masse, et que depuis 2012, ils ont perdu leur capacité à se reconstituer. Il est important de noter que la fonte des glaciers péruviens fait apparaître des lacs retenus par des moraines fragiles susceptibles de se rompre sous la pression de l’eau. Ces lahars constituent une autre menace pour les zones habitées situées en aval.

Source : ScienceDirect : The loss of glacier resilience due to climate change throughout the Cordillera Blanca, Peru between 1984 and 2023

 Illustration de la fonte des glaciers péruviens entre 1984 et 2023. Graphique extrait de l’étude ci-dessus

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Peru declared a state of emergency on February 25, 2026 for nearly half the country’s districts following severe rainfall, landslides and flooding triggered by rising ocean temperatures, which authorities link to the El Nino Costero, or coastal El Nino, climate phenomenon.

A government decree aims to fast-track funding for local and regional authorities to secure vital infrastructure — including bridges, roads, water and electricity — while protecting the life and health of residents. More than 700 districts across the Pacific coast, the Andes and the Amazon are now under a state of emergency.

Peru’s ministry of transportation said that about 931 kilometers of roads have been damaged nationwide, with the destruction concentrated in the four regions hardest hit by rainfall. These vital routes serve more than half a million people every week.

Authorities also updated the death toll, noting that 68 people have died due to rain-related causes since December.

According to authorities, Pacific waters are warming and El Nino Costero is expected to strengthen slightly in March. The warming of ocean waters leads to high evaporation rates and extreme rainfall, as well as increased river flows.

The Instituto Geofísico del Perú (IGP) reported that a lahar carrying sediment and blocks descended the Matagente drainage on the NW flank of El Misti on 22 February. According to news sources, heavy rains had intensified over several days, causing widespread flooding and landslides. The Volcano Alert Level remains at Green (the lowest level on a four-color scale).

Another lahar carrying blocks descended the El Volcán drainage, on the S flank of Huaynaputina, on 21 February. The public was asked to stay away from the drainage and to be cautious when traveling along the Quinistaquillas-Sijuaya highway.

On February 16, 2026, the IGP had alerted me to a lahar on the flanks of Ubinas. The Ynstitute asked the local population to be vigilantand avoid travelling on the Querapi-Ubinas-Huarina highway.

Source : Peruvian news media, IGP.

Beside the heavy rains and the ensuing landslides, another consequence of global warming in Peru is the loss of mountain glaciers which has accelerated in recent decades. The rising temperatures have caused the loss of more than half of the Peruvian glaciated area in fifty years. The Cordillera Blanca is the highest and most extensively glacierized tropical mountain range in the world, and glacier-fed streams provide water for hundreds of thousands of people living downstream. Previous inventories and glacier-specific mass balance studies have documented persistent and sustained mass loss. The results of a recent study published in September 2025 show a 44 % reduction in glacier area, reflected in a decrease from the pre-2013 annual average of 54,469 ha to 42,700 ha in subsequent years. The results suggest glaciers have passed a significant mass balance threshold, such that since 2012, glaciers have lost their ability to regain mass. One should keep in mind that the melting of the Preuvian glaciers generas lakes that are held back by fragile moraines that may break open unter the pressure of water. Sucjh lahars anre another threat to downslope populated areas.

Source : ScienceDirect : The loss of glacier resilience due to climate change throughout the Cordillera Blanca, Peru between 1984 and 2023.

Les enfants perdus d’Armero (Colombie) // Armero’s lost children (Colombia)

Le 13 novembre 1985, l’éruption du Nevado del Ruiz, en Colombie, a déclenché des coulées de boue à l’origine de ce que l’on appelle ‘la tragédie d’Armero’. Après 69 ans de sommeil, le volcan s’est réveillé et a surpris les villes voisines, malgré les mises en garde des volcanologues (Haroun Tazieff et Franco Barberi, en particulier) qui avaient alerté le gouvernement et demandé l’évacuation de la zone suite à la détection d’une activité volcanique deux mois auparavant.
La chaleur intense des coulées pyroclastiques qui se sont échappées du cratère, a fait fondre les glaciers, provoquant quatre énormes coulées de boue qui ont dévalé les pentes à 50 km/h. Ces lahars, s’engouffrant dans les ravines, ont englouti la ville d’Armero, tuant plus de 20 000 de ses quelque 29 000 habitants. Les victimes dans d’autres villes, notamment à Chinchiná, ont porté le bilan total à 23 000 morts.

Aujourd’hui, certains survivants de l’éruption de 1985 recherchent encore des enfants portés disparus. Après la catastrophe, la ville s’est retrouvée désertée. Le chaos qui a suivi a séparé de nombreux enfants de leurs familles qui continuent de les rechercher 40 ans plus tard.
Le Washington Times rapporte le témoignage de parents qui, la nuit de l’éruption, ont entendu des bruits étranges et sont sortis de chez eux pour voir ce qui se passait. Ils avaient appris aux informations que le volcan était en éruption, mais ils ont laissé leur fils, alors âgé de 5 ans, dormir à l’intérieur de la maison, pensant être suffisamment éloignés du Nevado del Ruiz pour être en sécurité.
Mais bientôt, la lave a fait fondre la calotte glaciaire au sommet du volcan et des coulées de boue ont dévalé les lits des rivières, provoquant une avalanche qui a tout dévasté sur son passage. Emportés par le lahar, les parents ont vu leur voiture être renversée et ont dû se réfugier dans un arbre, puis dans une maison voisine. La leur a été détruite et ils n’ont jamais revu leur fils.
Des années plus tard, ils ont appris que le nom de leur fils avait été diffusé dans une publicité télévisée et, selon une information, il se trouvait à l’Institut colombien de protection de l’enfance (ICBF). Ils ont tenté de le retrouver au siège de l’Institut à Bogota, mais l’accès leur a été refusé. On leur a demandé d’apporter des vêtements et des photos prouvant qu’ils étaient de la famille du garçon.
Des années plus tard, une sœur de la mère du garçon leur a raconté qu’à La Nouvelle-Orléans, un homme l’avait abordée et lui avait dit que son frère avait adopté un enfant victime de la tragédie d’Armero. Elle lui a montré une photo de son neveu, sans succès, et la personne en question n’a jamais pu être recontactée.
La Fondation Armando Armero, une organisation de la société civile, a recensé 580 enfants disparus, dont 71 auraient été adoptés. À ce jour, quatre d’entre eux ont été retrouvés vivants grâce à des prélèvements d’ADN. Selon cette fondation, « il n’y a pas de mode opératoire précis. Il est exagéré d’affirmer que les enfants ont été volés uniquement par l’ICBF ; il existe de nombreuses autres possibilités. Des personnes de la société civile se sont rendues à Armero juste après la tragédie, ont vu des enfants en perdition, les ont emmenés chez eux où ont été accueillis et élevés avec affection. »
Il y a quarante ans, il n’existait pas le même accès à l’information qu’aujourd’hui. Les familles effectuaient des recherches en personne dans les centres d’accueil et les bureaux de l’ICBF. Après la tragédie, ces structures ont accueilli au moins 170 enfants d’Armero, selon les documents retrouvés. Ces services indiquent avoir enquêté sur le nombre d’enfants placés en vue d’une adoption, car à l’époque, cette décision relevait des tribunaux.
Pendant de nombreuses années, les espoirs des familles reposaient sur le « livre rouge » de l’ICBF – ainsi nommé en raison de sa couverture rouge – qui contient des informations sur certains enfants d’Armero. Ce livre a été déclassifié en octobre 2025 mais, de toute façon, il ne recense pas tous les enfants portés disparus.
Malgré les difficultés, quatre décennies plus tard, les familles refusent d’abandonner leurs recherches.

Source : The Washington Times.

Crédit photo : USGS

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On November 13, 1985, an eruption of the Columbia volcano Nevado del Ruiz triggered mud flows that caused what is often called the Armero tragedy on November 13, 1985. The volcano’s eruption after 69 years of dormancy caught nearby towns unprepared, even though volcanological organizations had warned the government to evacuate the area after they detected volcanic activity two months earlier.

As pyroclastic flows erupted from the volcano’s crater, the heat melted the mountain’s glaciers, sending four enormous lahars down the slopes at 50 km/h. The lahars picked up speed in gullies and engulfed the town of Armero, killing more than 20,000 of its almost 29,000 inhabitants. Casualties in other towns, particularly Chinchiná, brought the overall death toll to 23,000.

Today, some survivors of the 1985 eruption are still searching for children that were reported missing. After the eruption, the town was left uninhabited. The ensuing chaos led many children to be separated from their families, who keep searching for them 40 years later.

The Washington Times gives the testimony of parents who, on the night of the eruption, heard strange noises and left the house to see if something was wrong. They had heard on the news that the volcano was erupting, but they left their son, 5 years old at the time, sleeping at home because they thought they were far enough away from Nevado del Ruiz.

But soon the lava melted the volcano’s snow-cap and mudflows rushed down the riverbeds, generating an avalanche that rushed down the mountains. The lahar overcame the parents, overturning their car and causing them to take refuge in a tree and then a nearby house.

Theirs was destroyed, and they never saw their son again.

Years later, they learned their son’s name had been shared in an ad on TV, and received information that he was at the Colombian Institute of Family Welfare (ICBF), the agency responsible for protecting children in the country. They tried to find him at the institute’s headquarters in Bogotá but were not allowed to enter. They were asked to bring clothes and photos proving they were the boy’s family.

Years later, a friend of the parents told them that in New Orleans, a man approached her and said that his brother had adopted a child who was a victim of the Armero tragedy. They showed him a photo of their son with no result and were never able to contact this person again.

The Armando Armero Foundation, a civil society organization, has documented 580 missing children, 71 of whom were reportedly adopted. So far, they have found four of them alive after collecting DNA samples. According to this foundation, “there is no single modus operandi. You can’t just say, ‘the children were stolen solely by the ICBF,’ there are many ways. Civilians even went to Armero right after the tragedy and saw children, took them home, and welcomed them with affection.”

Forty years ago, without the same access to information as today, families searched in person at shelters and ICBF offices. After the tragedy the offices received at least 170 children from Armero, according to the records they have found. They say that they are investigating how many were given up for adoption, since at that time it was a decision made by the courts.

For many years, the families’ hopes rested on the ICBF’s “red book,” named for its red cover, which contains records of some of the children from Armero. This book was declassified in October 2025, but is not a complete record of all the children reported missing or disappeared.

Despite the challenges, after four decades, families refuse to abandon their search.

Source : The Washington Times.