Cumbre Vieja (La Palma)

6 heures : Pas de grosse évolution de l’éruption du Cumbre Vieja depuis la veille, si ce n’est un séisme de magnitude M 4,8, enregistré à 39 km de profondeur dans la soirée du 19 octobre. C’est le plus puissant depuis le début de l’éruption. L’activité éruptive reste soutenue. Les émissions de SO2 restent élevées avec 3000- 4000 tonnes par jour. L’une de coulées menace de traverser le centre du quartier de La Laguna, à Los Llanos de Aridane, et une autre, à environ 100 mètres de la mer, confine toute la commune de Tazacorte. Un scénario idéal serait que la coulée qui se dirige vers le quartier de La Laguna, voisin de Todoque, change de trajectoire et se dirige vers l’ouest où elle rencontrerait des déclivités. Malheureusement, c’est la lave qui décide. Selon les dernières données Copernicus, la lave couvre 811,8 hectares, et au moins 1 956 bâtiments ont été détruits.

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6:00 am : No major evolution of the eruption of Cumbre Vieja since the day before. An M 4.8 earthquake was recorded on the evening on October 19th at a depth of 39 km. It was the most powerful event since the start of the eruption. Eruptive activity remains high. SO2 emissions remain high too, with 3000-4000 tonnes per day. One of the flows threatens to cross the center of the district of La Laguna, in Los Llanos de Aridane, and another, about 100 meters from the sea, borders the entire municipality of Tazacorte. An ideal scenario would be that the flow which is heading towards the district of La Laguna, changes course and goes towards the west where it would encounter slopes. Unfortunately, it is the lava that decides. According to the latest Copernicus data, lava covers 811.8 hectares, and at least 1,956 structures have been destroyed.

L’éruption le 19 octobre au soir (capture écran webcam)

Coup de chaud à Vulcano (Iles Eoliennes / Sicile) // New unrest at Vulcano (Aeolian Islands)

Durant l’été 2021, et en particulier à partir de septembre, les systèmes de surveillance INGV ont mis en évidence la variation de certains paramètres géophysiques et géochimiques enregistrés à Vulcano (Îles Éoliennes), notamment ceux liés à l’activité du système hydrothermal qui alimente les fumerolles dans le cratère de La Fossa.
La température des gaz émis par les fumerolles sur le bord du cratère a augmenté et la composition des gaz montre une augmentation du CO2 et du SO2. La micro-sismicité locale liée à la dynamique du système fumerollien a également montré une augmentation ces dernières semaines.
En conséquence, l’INGV a renforcé les réseaux de suivi et de surveillance existants pour mieux contrôler l’évolution de cette situation. De nouvelles stations sismiques ont été installées pour compléter celles existantes sur l’île. Il est également prévu d’installer une caméra thermique couvrant la zone fumerolienne du cratère. De plus, la section Palerme de l’INGV a récemment activé 4 nouvelles stations à Vulcano Porto pour mesurer le flux de CO2 au sol et la concentration de CO2 dans l’air.
Suite aux changements décrits ci-dessus, le Département de la Protection Civile a ordonné le passage du niveau d’alerte du Vert au Jaune pour l’île de Vulcano.

Ce n’est pas la première fois que l’on enregistre une montée en température dans le cratère de La Fossa à Vulcano. Dans les années 1990, alors que je procédais à une campagne de mesures sur l’île, il s’était produit une forte hausse de la température des fumerolles (environ 700°C). On se trouvait alors quasiment à la température des gaz magmatiques. Il se disait même que de l’incandescence était visible de nuit à l’intérieur des fissures qui parcourent les flancs du cratère, ce qui était probablement inexact. J’ai visité à deux reprises la zone de nuit sans rien observer d’anormal. Selon Franco Sortino qui était sur place avec d’autres scientifiques de l’Institut des Fluides de Palerme, la montée en chaleur du cratère était due à la présence d’un diapir, autrement dit la remontée d’un magma plus léger à travers des roches plus denses.

Il ne faut pas prendre à la légère les variations des paramètres volcaniques à Vulcano car la dernière éruption du volcan a eu lieu en 1888, c’est-à-dire il y a quelques minutes sur l’échelle géologique. Vous trouverez une note se rapportant à cette éruption sur ce blog en cliquant sur le lien suivant:

Vulcano (Iles Eoliennes / Sicile): L’éruption de 1888

Le gaz carbonique ne doit pas, lui non plus, être pris à la légère à Vulcano. Je l’ai expliqué en 2015 dans cette note :

Le gaz carbonique de Vulcano (Sicile / Italie) // Carbon dioxide at Vulcano (Sicily / Italy)

Un résumé des travaux que j’ai effectués à Vulcano figure dans le hors-série «L’Ile de Vulcano» dont je suis l’auteur et qui a été édité par L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.).

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During the summer of 2021, and in particular from September, the INGV monitoring systems revealed the variation of certain geophysical and geochemical parameters recorded at Vulcano (Aeolian Islands), in particular those linked to the activity of the hydrothermal system which feeds the fumaroles in the crater of La Fossa.
The temperature of the gases emitted by the fumaroles on the crater rim has increased and the composition of the gases shows an increase in CO2 and SO2. Local micro-seismicity linked to the dynamics of the fumarole system has also shown an increase in recent weeks.
As a result, INGV has reinforced the existing monitoring and surveillance networks to better control the development of this situation. New seismic stations have been installed to complement existing ones on the island. The Institute also plans to install a thermal camera covering the fumarolic area of the crater. In addition, the INGV Palermo section recently activated 4 new stations at Vulcano Porto to measure the CO2 flux on the ground and the CO2 concentration in the air.
Following the changes described above, the Department of Civil Protection has ordered the alert level to be changed from Green to Yellow for the island of Vulcano.

This is not the first time that a rise in temperature has been recorded in the crater of La Fossa in Vulcano. In the 1990s, while I was carrying out a measurement campaign on the island, there was a sharp rise in the temperature of the fumaroles (around 700 ° C). It was almost the temperature of magmatic gases. The rumour even said that incandescence was visible at night inside the fissures that run along the sides of the crater, which was probably incorrect. I visited the area twice at night without seeing anything abnormal. According to Franco Sortino, who was on site with other scientists from the Palermo Fluid Institute, the rise in temperature in the crater was due to the presence of a diapir, inamely theascent of lighter magma through denser rocks.
The variations in volcanic parameters at Vulcano should not be taken lightly because the last eruption of the volcano took place in 1888, that is to say a few minutes ago on the geological scale. You can read a note above about this eruption.
Carbon dioxide should not be taken lightly in Vulcano either. I explained it in 2015 in the note above.
A summary of the work I have carried out at Vulcano appears in the special issue « The Island of Vulcano » which was published by the European Volcanological Association (L.A.V.E.).

Emissions gazeuses dans le cratère de La Fossa

Emissions de CO2 sur le rivage de Vulcano

Photos : C. Grandpey

Eruption du Kilauea (Hawaii) : Dernières nouvelles // Kilauea eruption (Hawaii) : Latest news

L’éruption du Kilauea continue dans le cratère de l’ Halema’uma’u. Cependant, le nombre de fontaines de lave actives à la base et sur la paroi ouest du cratère a diminué, et lla surface du lac de lave s’élève moins vite. La hauteur maximale des fontaines est d’une quinzaine de mètres
Depuis le début de l’éruption le 29 septembre 2021, la surface du lac de lave s’est élevée de 24 mètres. Toute l’activité reste confinée dans le cratère Halema’uma’u.
Les émissions de SO2 restent élevées et étaient estimées à environ 20 000 tonnes par jour le 30 septembre. Cependant, c’est nettement moins que les 85 000 tonnes par jour mesurés juste après le début de l’éruption. La sismicité est stable. Les inclinomètres au sommet continuent d’enregistrer une tendance déflationniste en ralentissement.
Aucune activité particulière n’a été notée dans l’East Rift Zone.
Cette nouvelle éruption se produit dans le Parc National. C’est pourquoi le niveau de gaz dans l’atmosphère reste le principal risque, car la mauvaise qualité de l’air et une concentration trop importante de dioxyde de soufre peuvent causer des problèmes respiratoire. Les visiteurs et les la population locale doivent prendre des précautions en réduisant les activités de plein air pendant les conditions de vog (brouillard volcanique) et être conscients que les masques utilisés pour prévenir le COVID-19 n’offrent pas nécessairement une protection contre le SO2 ou le vog.
Des milliers de visiteurs sont attendus dans le Parc des Volcans ce week-end, avec de longues files de véhicules à l’entrée. Les visiteurs sont priés d’agir de manière responsable et de prendre les mesures de sécurité appropriées. Ils ne doivent pas oublier que Hawaii est encore en pleine pandémie. Les gens doivent porter un masque quel que soit leur statut vaccinal s’ils ne peuvent pas maintenir une distanciation sociale.
Les meilleurs points d’observation de la nouvelle éruption incluent l’ancien parking du musée Jaggar, Steaming Bluff et d’autres points de vue le long du Crater Rim Trail.
Source : Parc National des Volcans d’Hawaii.

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At Kīlauea Volcano, lava continues to erupt within Halemaʻumaʻu Crater. However, the number of active fountaining locations at the base and on the west wall of the crater has decreased, and the rate of lava lake rise has slowed. The maximum height of the fountains is about 15 metres

Since the eruption began on September 29th, 2021, the lava lake surface has risen 24 metres. All lava activity remains confined within Halemaʻumaʻu Crater.

SO2 emissions remain high and were estimated at around 20,000 tonnes per day on September 30th. However, this is significantly lower than the initial emission rates of 85,000 tonnes per day that were measured just after the eruption started. Seismicity is stable. Summit tiltmeters continues to record a slowing deflationary trend..

No unusual activity has been noted in the East Rift Zone.

This new eruption is occurring within Hawai’i Volcanoes National Park. Therefore, high levels of volcanic gas are the primary hazard of concern, as they can cause problems with respiratory health, Visitors and residents should take precautions by reducing outdoor activities during vog conditions, and be aware that face masks used to prevent COVID-19 do not necessarily provide protection from sulfur dioxide or vog.

Thousands of visitors are expected to visit the Park this week-end, with long queues of vehicles at the park entrance. Visitors are asked to act responsibly and take appropriate safety measures. They should not forget that we are sill in a pandemic. People need to wear a mask regardless of vaccination status if they can’t maintain social distancing.

Vantage points for viewing the new eruption include the former Jaggar Museum parking area, Steaming Bluff and other overlooks along Crater Rim Trail.

Source : Hawai ‘i Volcanoes National Park.

Image thermique du lac de lave le 2 octobre 2021 (Source : HVO)

Le danger des gaz sur les volcans actifs // The danger of gases on active volcanoes

Selon INVOLCAN, le volcan Cumbre Vieja à La Palma a émis entre 6 000 et 9 000 tonnes de SO2 par jour au cours de la dernière éruption. Les gaz qui sont initialement dissous dans le magma se séparent du magma pendant l’éruption et sont libérés dans l’atmosphère à des températures et des vitesses élevées. Il ne faut pas oublier que les gaz sont le moteur des éruptions et leur étude est essentielle à la compréhension du dynamisme éruptif.
Les gaz peuvent également s’échapper de petites fissures dans l’édifice volcanique et dans la zone environnante. Les scientifiques surveillent attentivement ces fumerolles car certains gaz, comme le dioxyde de carbone, sont lourds et peuvent se déplacer à quelques centimètres au-dessus du sol avant de se disperser dans l’atmosphère.
Les gaz éjectés dans l’atmosphère peuvent provoquer des pluies acides en se condensant ou pendant un épisode pluvieux. Ils peuvent alors endommager les cultures mais aussi provoquer des maux de tête, des irritations de la peau et des yeux. Cela se produit essentiellement à proximité du volcan en éruption. Plus on s’en éloigne, plus les gaz se diluent dans l’atmosphère et deviennent beaucoup moins agressifs.
On a beaucoup parlé dans les médias du nuage de SO2 de l’éruption de La Palma. Il devait atteindre l’Espagne continentale puis la France, mais le risque de problèmes de santé ou de pluies acides dans ces pays est très faible. En effet, le nuage de SO2 dilué passe à environ 5 km au-dessus de nos têtes et la seule indication de sa présence sera un léger voile de brume dans le ciel.
La lave est encore loin de l’océan à La Palma. Le front de coulée le plus proche doit encore parcourir plus de deux kilomètres pour atteindre le littoral. Au début de l’éruption, certaines personnes s’inquiétaient de ce qui se passerait si la lave pénétrait dans la mer.
Ce phénomène s’est produit à plusieurs reprises à Hawaii et l’Observatoire des volcans d’Hawaii (le HVO) a mis en garde à plusieurs reprises les gens contre les dangers des entrées de lave dans l’océan. Malgré ces avertissements, les populations locales et les touristes se mettent souvent en danger en s’approchant trop près de l’entrée de lave dans l’océan.
Le panache blanc produit par l’interaction de la lave et de l’eau de mer peut sembler inoffensif, mais il ne l’est pas. Le contact brutal entre la lave très chaude (1100°C) et l’eau froide (25°C) génère une brume volcanique baptisé « laze » (abréviation de lava haze) par les Hawaiiens; il est composé de vapeur d’eau de mer condensée mêlée d’acide chlorhydrique et de minuscules éclats de verre volcanique.
Ce panache se forme lorsque la lave chaude porte l’eau de mer à ébullition jusqu’à vaporisation. Le processus génère une série de réactions chimiques qui entraînent la formation d’un nuage blanc que les visiteurs doivent éviter car il peut provoquer une irritation de la peau et des yeux, voire des difficultés respiratoires. De plus, les vagues de l’océan qui déferlent sur une entrée de lave active peuvent projeter de l’eau de mer bouillante loin à l’intérieur des terres, avec un risque de brûlure pour quiconque se trouverait sur son passage. S’approcher trop près d’une entrée de lave est risqué. Sur la base de décennies d’expérience, le HVO conseille aux touristes de rester à 400 m de l’endroit où la lave pénètre dans la mer.
La direction du vent doit elle aussi être prise en compte. Lorsque le vent vient de la mer, il entraîne le panache nocif vers l’intérieur des terres et il peut devenir un réel danger pour les visiteurs.
Jusqu’à présent, quatre décès sur le Kilauea ont été liés à des entrées de lave dans l’océan.
Source : HVO, INVOLCAN.

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According to INVOLCAN, the Cumbre Vieja volcano in La Palma has emitted between 6,000 and 9,000 tons of SO2 a day. The gases that are initially dissolved in magma separate from the magma during the eruption and are released into the atmosphere at high temperatures and speeds. One should not forget that the gases are the motor of the eruption.

The gases can also escape from small fissures in the volcanic edifice and in the surrounding area. Scientists carfully monitor these fumaroles as some gases, such as carbon dioxide are heavy and can create a cloud that moves just a few centimeters above the ground before boing dispersed in the atmosphere.

Gases ejected into the atmosphere can cause acid rain when they meet with condensation or the beginning of rainfall. They can damage crops but also cause headaches, skin and eye irritation. This happens in the vicinity of the erupting volcano. Farther away, the gases get diluted in the ambient air and become far less aggressive.

A lot has been said in the media about the SO2 cloud from the La Palma eruption. It was expected to reach continental Spain and then France, but the risk of health problems or acid rain in these countries is very low. Indeed, the diluted SO2 cloud travels about 5 km above our heads and the only indication that id exists would be a slight veil of mist in the sky.

Lava is still far from the ocean in La Palma. The nearest flow front still has to travel more than two kilometres to reach the coastline. In the early phase of the eruption, some people worried about what would happen if lava entered the sea.

This phenomenon occured several times in Hawaii and the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) has repeatedly cautioned people about the hazards of ocean entries. However, local people and tourists often put themselves at risk by approaching the ocean entry too closely.

The white plume produced when lava enters the sea may look harmless, but it is not. The vigorous interaction between very hot (1100°C) lava and cold (25°C) water generates a voluminous white « laze » (short for lava haze) composed of condensed seawater steam laced with hydrochloric acid and tiny shards of volcanic glass.

This laze is formed as hot lava boils seawater to dryness. The process leads to a series of chemical reactions that result in the formation of a billowing white cloud that visitors should avoid as it can cause skin and eye irritation and breathing difficulties. Moreover, ocean waves washing over an active entry can send boiling seawater farther inland than expected, scalding anyone in its path. Approaching a lava entry too closely is risky. Based on decades of experience observing ocean entries, HVO advises people to stay 400 m away from where lava enters the sea.

The wind direction should be taken into account. When the wind blows from the sea, it carries the noxious plume inland and it can become a real danger to visitors.

Until now, four deaths on Kilauea have been related to ocean entry hazards.

Source: HVO, INVOLCAN.

Panache de vapeur et de gaz sur le site d’arrivée de la lave dans l’océan à Hawaii

Explosion littorale à Hawaii

(Photos: C. Grandpey)