Piège volcanique en hiver // A volcanic trap in winter

Quand j’étais plus jeune, avec une plus grande passion pour les volcans, et quand il y avait aussi moins de restrictions d’accès, il m’est arrivé de visiter l’Etna en hiver. Il n’y avait plus de touristes et un silence parfait régnait sur le volcan, parfois rompu par le bruit des explosions au niveau des cratères sommitaux.

Il y avait souvent pas mal de neige et j’avais reçu des conseils de prudence de la part de volcanologues confirmés comme Haroun Tazieff et François Le Guern, ainsi que mon ami Antonio Nicoloso, chef des guides sur l’Etna.

Il existe en effet des pièges cachés par la neige sur les flancs d’un volcan actif. Les gaz chauds émis par les fumerolles font fondre la neige et la glace par en dessous, de sorte que la surface devient fragile et on peut tomber dans un trou ou une fracture si on ne fait pas attention. Comme on est seul, il n’y a personne pour porter secours et aider à sortir de cette situation difficile. De plus, les fumerolles émettent des gaz toxiques qui peuvent rapidement devenir dangereux pour la santé. Pour terminer, lors de mes virées hivernales sur l’Etna dans les années 2000, les téléphones portables (on ne parlait pas encore de smartphones) et leurs réseaux n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui ; donc difficile d’appeler à l’aide.

C’est une telle mésaventure qui est arrivée en décembre 2020 à une femme qui faisait du ski sur les pentes du Mont Hood (Oregon), un volcan potentiellement actif de la Chaîne des Cascades aux États-Unis. Elle skiait avec son mari lorsqu’elle a disparu dans une bouche creusée par une fumerolle et rendue invisible par la couverture de neige. Cette femme a eu beaucoup de chance car une personne qui se trouvait à proximité a assisté à la scène et a pu lui porter secours. Équipé d’une corde, l’homme a réussi à sortir la femme de la cavité. Il est à noter qu’elle était une skieuse confirmée et prudente. Elle avait de l’eau, des chaussures techniques et portait un casque.

La littérature montagnarde mentionne un accident similaire aux Etats-Unis, mais avec des conséquences beaucoup plus dramatiques. En avril 2006, trois membres d’une patrouille de ski sont morts après être tombés dans la fumerolle de Mammoth Mountain en Californie.

Peu de temps après une forte tempête de neige, un groupe de 6 patrouilleurs se déplaçait le long d’une clôture à peine visible destinée à protéger l’accès à la fumerolle volcanique bien connue sur le site de Mammoth Mountain. Au moment de leur passage, la neige qui dissimulait la bouche s’est effondrée. Deux membres de la patrouille de ski ont disparu dans la cavité de 6 mètres de profondeur et ont rapidement perdu connaissance.

Un appel de détresse a été lancé et d’autres patrouilleurs sont arrivés peu après avec du matériel de sauvetage. Pendant que des membres de la patrouille tentaient de creuser une ouverture dans la partie inférieure de la bouche éruptive pour atteindre les victimes, un autre homme est descendu dans la cavité en tenant un masque à la main. Il a perdu connaissance en 30 secondes, avant même de pouvoir fixer le masque sur son visage.

Un autre patrouilleur est descendu jusqu’à la moitié de la cavité et il a rapidement réalisé le danger représenté par les épais nuages de gaz,. Il a appelé les secours et a tout juste eu le temps d’apposer son masque à oxygène sur son visage avant de perdre connaissance.

En raison des gaz nocifs émis par la fumerolle, les membres de la patrouille de ski et leurs collègues venus les aider se sont partagés en plusieurs équipes et ils ont travaillé pendant une quinzaine de minutes jusqu’à ce qu’une ouverture suffisamment grande puisse être creusée pour permettre l’accès aux victimes. .

Finalement, des patrouilleurs dotés de masques à oxygène (ce qui n’a pas empêché l’un d’eux de brièvement perdre connaissance en sortant) ont réussi à extraire les dernières victimes. Les cadavres ont été extirpés peu après avec l’aide des pompiers portant des équipements adaptés, en particulier pour la respiration.

De nombreux membres de la patrouille de ski ayant participé au sauvetage ont été pris momentanément de nausées, de vomissements et d’étourdissements. Toutes les personnes symptomatiques ont été admises dans un hôpital et ont été placées en observation pendant la nuit, mais aucune n’a nécessité une intervention médicale significative. Les autopsies des 3 patrouilleurs décédés ont révélé un œdème pulmonaire, une hypertrophie des cavités cardiaques et des hémorragies internes. Les médecins ont conclu qu’il s’agissait de décès par asphyxie.

Source: Los Angeles Times et autres médias d’information américains.

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When I was younger, with a greater passion for volcanoes, and when there were fewer access restrictions on volcanoes, I happened to visit Mount Etna in the winter. There were no more tourists and a perfect silence prevailed on the volcano, except the noise of the eruptions at the summit craters.

There was usually quite a lot of snow and I had been advised to be cautious by confirmed volcanologists like Haroun Tazieff and François Le Guern, as well as my friend Antonio Nicoloso, head of the guides on Mt Etna.

Indeed, there are traps hidden by the snow on the flanks of an active volcano. Hot gasses released by the fumaroles melt the snow and the ice from below, so that the surface becomes fragile and you may fall in a hole or a fissure if you are not careful. As you are alone, it will be quite impossible to have someone help you get out of this difficult situation. Moreover, fumaroles emit toxic gases that can rapidly become dangerous to the health. At the time of my trips to Mt Etna, smartphones and their networks were not as performing as today, so it was difficult to ask for help.

This is what happened in December 2020 to a woman who was skiing on the slopes of Mount Hood (Oregon), a potentially active volcano of the Cascade Range in the United States. She was skiing with her husband when she plunged into a snow-covered fumarole. She was quite lucky because a quick-thinking bystander rushed to help. Equipped with a rope, the man secured himself to it and hoisted the woman out of the hole. It should be noted that the woman was a frequent and cautious skier. She had water and was wearing traction devices on her feet as well as a helmet.

Mountain literature mentions one similar accident in the U.S. In April 2006, three members of a ski patrol died after they fell into the Mammoth Mountain Fumarole in California.

Shortly after a heavy snowstorm, a group of 6 ski patrol members was moving along a barely visible fence protecting the boundaries of a well-known volcanic fumarole on Mammoth Mountain, when the snow around the covered vent collapsed. Two members of the ski patrolslid into the 6-metre-deep hole and rapidly lost consciousness.  An emergency distress call was placed and additional ski patrollers arrived with rescue equipment soon after. While others attempted to dig a rescue hole through a lower section of the vent to reach the victims, one ski patrol member descended into the hole with a nonrebreathable oxygen mask in hand, but lost consciousness within 30 seconds before he could affix the mask.

An additional patroller descended partway down the hole, quickly recognized the dangers of the overwhelming fumes, called out for rescue, and affixed his oxygen mask just prior to losing consciousness.

Because of the noxious gasses emitted by the fumarole, the remaining members of the initial ski patrol party plus additional patrollers who responded to the distress call worked in brief shifts for approximately 15 minutes until a sufficiently large hole could be dug to allow access to the victims. Eventually, patrollers using nonrebreathable oxygen masks (one of whom was overcome by fumes and briefly lost consciousness upon exiting) successfully extracted the last victims, while the corpses of the dead men were removed soon after with the aid of fire department personnel wearing self-contained breathing apparatus.

Many of the ski patrol members involved in the rescue experienced transient nausea, vomiting, and dizziness. All symptomatic patients were admitted to a local hospital for overnight observation, but none required significant medical intervention.

Autopsies on the 3 deceased patrollers revealed pulmonary edema, enlargement of all 4 cardiac chambers, and internal hemorrhages. The doctors concluded it was death by asphyxiation.

Source: Los Angeles Times and other U.S. news media.

L’Etna en hiver… Photos extraites de mon diaporama « L’Etna de glace et de feu », primé dans plusieurs festivals.

Manque de neige sur nos montagnes

Je l’ai toujours dit : c’est quand les gens ne pourront plus skier qu’ils prendront réellement conscience du réchauffement climatique. Beaucoup de mes compatriotes affichent un certain sourire et pas mal de scepticisme quand je leur mets sous le nez les statistiques à propos de la fonte de la banquise et des glaciers car ils ne se sentent pas vraiment concernés. L’Arctique c’est loin, et c’est fatigant de grimper les flancs d’une montagne pour aller observer un glacier.

Par contre, quand ces mêmes personnes vont se rendre compte qu’elles se peuvent plus aller se faire bronzer en hiver sur les pistes de poudreuse des Alpes, elles vont commencer à se poser des questions.

La situation en cette fin novembre 2020 n’est guère réjouissante dans les Alpes pour les passionnés de ski.

A cause de la pandémie de Covid-19 les stations de ski n’ouvriront pas pour Noël.

De plus, la persistance actuelle des conditions anticycloniques empêche la neige de tomber, sans oublier la rareté des chutes de pluie qui risque fort de poser des problèmes d’alimentation en eau l’été prochain. On va bien sûr me dire que c’est encore loin et qu’on a le temps d’y penser…

Toujours est-il que la station savoyarde de Val d’Isère est inquiète. Elle devait accueillir les 5 et 6 décembre 2020 son traditionnel Critérium de la Première Neige avec deux slaloms géants hommes dans le cadre de la Coupe du monde de ski alpin, puis un super-G et une descente hommes les 12 et 13 décembre, et enfin deux descentes et un super-G femmes du 18 au 20 décembre.

La situation actuelle n’incite pas à l’optimisme, avec en particulier le manque d’enneigement sur la piste Oreiller-Killy et les perspectives peu favorables des prochains jours. Il n’est pas prévu de précipitations neigeuses abondantes et les températures trop élevées à cause d’un phénomène d’inversion thermique (il fait plus chaud en haute altitude que dans les vallées)  restreignent la production de neige de culture.

La Fédération Internationale de Ski est consciente de ces incertitudes et étudie des solutions de repli à l’étranger – probablement à Santa Caterina (Italie) – pour les deux géants hommes.

A noter que la situation de l’enneigement  est également délicate à Courchevel où sont programmés deux géants dames  les 12 et 13 décembre.

Le manque de neige est aussi criant dans les Pyrénées où les températures incitent plus à se promener en t-shirt qu’en anorak.

Inutile d’ajouter que, si le manque de neige se poursuit pendant l’hiver, la situation sera encore plus délicate pour les stations de moyenne et basse altitude. Je ne voudrais pas être un oiseau de mauvaise augure, mais au vu de l’évolution climatique actuelle, je déconseillerais aux responsables des stations de se lancer dans des investissements coûteux en enneigeurs et remontées mécaniques supplémentaires.

Image webcam de la célèbre Face de Bellevarde à Val d’Isère le 26 novembre 2020. Les enneigeurs ont bien du mal à compenser le manque de neige naturelle.

Pas de froid et de neige en vue…

Nous sommes au coeur de l’automne. Les jours se succèdent avec des températures supérieures à la normale. Les prévisions à long terme de Météo France (à prendre avec la prudence habituelle) s’orientent vers un maintien des conditions plutôt calmes qui prévalent depuis le début du mois de novembre, avec une domination des hautes pressions de l’Europe centrale à la Méditerranée, ce qui bloque le passage d’éventuelles perturbation par l’ouest. Météo France indique toutefois qu’il faudra surveiller un éventuel épisode méditerranéen en fin de mois, lié au positionnement d’une goutte froide sur le bassin méditerranéen. Les températures resteront donc au-dessus des normales de saison pendant les prochaines semaines, malgré quelques fluctuations.

Les quelques chutes de neige qui avaient blanchi les massifs il y a quelques semaines ne sont plus qu’un souvenir. Il fait en ce moment très beau sur les Alpes. La mythique Face de Bellevarde à Val D’Isère ne semble pas prête à accueillir les skieurs. Pour que les enneigeurs fonctionnent, il faudra d’abord que les températures baissent. La livraison de neige par hélicoptère ou par camions, fortement critiquée la saison dernière, n’était que l’illustration d’un phénomène amené à s’accentuer dans les années à venir. Pour que les skieurs viennent, il faudra aussi que le confinement soit levé. Il va falloir faire des choix risqués !

Le futur ne s’annonce guère réjouissant pour les stations, surtout celles de basse et moyenne altitude. Météo France explique qu’à l’horizon 2050, et ce, quel que soit le scénario de concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les projections indiquent une réduction de la durée d’enneigement de plusieurs semaines, et de l’épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40 %, en moyenne montagne. Si, comme cela est fort probable, on se dirige vers un réchauffement climatique de +3 °C, la neige de culture ne suffira plus à compenser la réduction de l’enneigement naturel. Il faut donc que les stations repensent dès à présent leur modèle et y réfléchissent à deux fois avant d’investir dans des remontées mécaniques coûteuses…

Source : Météo France.

A Val d’Isère, la Face de Bellevarde attend la neige.. (image webcam le 9 novembre 2020)

Le glacier des Deux-Alpes (Isère)

Le 23 octobre 2017 (la date est importante), j’écrivais que pour la première fois depuis 40 ans, le glacier des Deux-Alpes était à nu. Le domaine skiable ne pouvait pas ouvrir pour les vacances de la Toussaint. La météo des derniers mois, caractérisée par de fortes chaleurs et l’absence de précipitations, avait généré une dégradation du domaine skiable d’altitude. Les faibles perturbations annoncées étaient insuffisantes pour inverser la tendance. En conséquence, pour les vacances de Toussaint, la station proposait de dévaler les pentes en VTT plutôt que de chausser les skis, avec un télésiège ouvert gratuitement.  .

Dans un article publié le 13 juin 2020 (la date est également importante), la chaîne de radio France Info annonce en gros titre que le glacier des Deux-Alpes se trouve à un niveau record d’enneigement depuis 2013. L’article précise qu’« un équivalent de 12 mètres de neige était encore amassé sur le glacier ce vendredi 12 juin. Un niveau inédit depuis l’été 2013. »

Le responsable de l’enneigement dans la station indique qu’après plusieurs années marquées par des canicules très fortes, la neige devrait tenir « jusqu’à mi-août, voire fin août. »

Cette neige est une bonne nouvelle puisqu’elle signifie que la glace, située en dessous, est protégée de la fonte et des rayons du soleil. Le responsable ajoute toutefois que le glacier des Deux-Alpes n’échappe pas à la tendance qu’ont tous les glaciers alpins de fondre, mais le savoir protégé pour l’été est une bonne nouvelle.

C’est là qu’intervient l’importance des dates ci-dessus. L’article de France Info est publié à la mi-juin et la période cruciale se trouve en juillet et août. Selon les prévisions à long terme de Météo France, ces mois d’été devraient être encore cette année particulièrement chauds. Comment le glacier résistera –t-il à ces coups de boutoir du réchauffement climatique ? Rendez-vous au mois d’octobre pour dresser un nouveau bilan…

On se souvient qu’au mois de septembre 2019 le glacier des Deux-Alpes et celui de la Grande Motte à Tignes, pourtant situés à plus de 3000 mètres d’altitude, avaient été contraints de fermer leurs remontées mécaniques plus tôt que prévu, à cause d’un enneigement insuffisant et des pistes devenues dangereuses.

Piste de ski sur le glacier des Deux Alpes (Crédit photo: Wikipedia)

Les Alpes face au réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est devenue le cauchemar des stations de sports d’hiver, en particulier celle de basse et moyenne altitude. La hausse des températures et la baisse de l’enneigement ont conduit certaines d’entre elles à fermer. Pour faire face au problème, d’autres continuent d’investir dans des équipements toujours plus modernes et plus coûteux.

J’ai indiqué au mois de septembre 2019 que le glacier des Deux-Alpes et celui de la Grande Motte à Tignes, pourtant situés à plus de 3000 mètres d’altitude, avaient été contraints de fermer leurs remontées mécaniques plus tôt que prévu, à cause d’un enneigement insuffisant et des pistes devenues dangereuses.

Le réchauffement climatique est très sensible dans les Alpes où il fait fondre les glaciers et le permafrost de roche, provoquant les dégâts que l’on sait. En 30 ans, Météo France a évalué la hausse des températures dans le massif alpin à 2°C. Dans certains massifs montagneux de moyenne altitude, comme celui de la Chartreuse, l’enneigement a perdu 30% sur la période 1990-2017. La limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1500 mètres aujourd’hui.

Autrement dit, comme je le répète depuis pas mal de temps, les stations au-dessous de cette altitude ont du souci à se faire quant à la pérennité de leurs activités de ski. Beaucoup de stations de basse et moyenne montagne sont contraintes de fermer car elles ne sont plus viables économiquement. Privées de leur principale source de revenus, les stations doivent mettre la clé sous la porte ou bien diversifier leurs activités. En effet, la viabilité économique de l’exploitation d’un domaine skiable suppose une durée minimale d’ouverture de 100 jours.

Les stations de ski de haute montagne sont moins durement touchées. La fermeture de leurs concurrentes de basse et moyenne montagne conduit même davantage de clients sur leurs pistes. C’est pourquoi ces stations n’ont eu de cesse, depuis les années 2000, d’investir dans des infrastructures et des aménagements toujours plus nombreux et sophistiqués qui sont souvent l’objet de critiques, en particulier la production de neige artificielle.

La situation est en train de devenir problématique car les Alpes sont une destination phare des Français et des étrangers, et certains emplois dépendent exclusivement de la pratique des sports d’hiver. Les Alpes françaises comptent 129 stations en activité, certaines hiver comme été. Il est donc devenu crucial de trouver des solutions face à la hausse des températures et la diminution logique de l’enneigement.

Les canons à neige ou enneigeurs artificiels, apparus en France dans les années 1970, sont une solution efficace pour lutter contre la baisse de l’enneigement dans les Alpes. Aujourd’hui, 32% de la surface skiable alpine peut être couverte par la neige artificielle en cas de besoin.

Cependant, seules les grandes stations peuvent se permettre un tel investissement. Les stations les plus basses n’en ont pas les moyens. De plus, les coûts d’électricité et de stockage ou d’acheminement de l’eau sont particulièrement élevés en montagne. Il ne faut pas se faire d’illusion : l’enneigement artificiel n’est qu’une solution de court terme face au réchauffement climatique. La production de neige artificielle nécessite des températures suffisamment basses, désormais moins fréquentes en début et en fin de saison, mais aussi une ressource en eau dont la production, le stockage et le transport incombent souvent aux collectivités publiques. Lors d’hivers trop peu neigeux, certaines stations ont été jusqu’à transporter de la neige par camion ou par hélicoptère pour enneiger certaines pistes, parce que les canons à neige manquaient d’eau.

Derrière la problématique directe de la météo et des températures qui influent sur l’avenir des stations, se trouve celle de la gouvernance et de la stratégie globale des stations de sport d’hiver. Passer à un modèle plus préventif et écologique face aux risques de disparition de la neige et de raréfaction des réserves d’eau suppose d’amener de nombreux acteurs, confrontés à des enjeux financiers importants, à faire des concessions.

Note inspirée d’un article paru dans Le Figaro.

A cause de la hausse des températures, les enneigeurs ne peuvent parfois plus être utilisés (Photo: C. Grandpey)

L’Antarctique vire au rouge ! // Antarctica turns red !

C’est bien connu, la presse se régale de phénomènes spectaculaires, en particulier quand c’est la Nature qui les offre. Ces dernières semaines, la neige a pris une étonnante teinte rouge sur Eagle Island, une petite île au large de la pointe nord-ouest de l’Antarctique. Contrairement à ce que le laisse entendre certains articles, le phénomène affecte une surface très limité et en aucun cas tout le continent.

Cette couleur témoigne de la présence dans la neige d’une algue microscopique, la Chlamydomonas nivalis qui fait en réalité partie de la famille des algues vertes. Elle est capable de résister à des températures extrêmes mais quand elle rougit, c’est qu’elle se défend. Elle produit des caroténoïdes pour se protéger des UV en les absorbant. Plus il y a du soleil, plus il fait chaud et plus cette algue se développe. Comme je l’ai indiqué précédemment, au mois de février, l’Antarctique a vécu un pic de chaleur historique. Le mercure a atteint 18,4°C alors que d’habitude, les températures sont comprises entre –28°C et –3°C dans le nord-ouest du continent.

C’est, bien sûr, une conséquence du réchauffement climatique, mais cette couleur pourpre de la neige accélère également sa fonte. En effet, contrairement au blanc, elle réfléchit moins le soleil. L’albedo, le pouvoir réfléchissant de la neige est donc affaibli et elle fond plus vite. Une étude parue dans la revue Nature en 2016 montre que la prolifération de cette algue au Groenland réduit de 13% le pouvoir réfléchissant de la glace pendant la saison chaude.

L’Antarctique n’a pas l’exclusivité de la Chlamydomonas nivalis. Elle est présente un peu partout dans le monde. Dans les Alpes, elle est surnommée : « algue des neiges » ou « sang des glaciers ». Au 3ème siècle avant J.C., Aristote avait déjà remarqué ce phénomène. En 1818, le capitaine John Ross a trouvé de la neige rose lors de son expédition dans le passage du Nord-Ouest; après avoir d’abord pensé qu’il s’agissait d’une météorite fer-nickel.
Alors que le climat et ses écosystèmes continuent de changer en raison du réchauffemùent climatique anthropique, d’autres proliférations d’algues extrêmes sont apparues dans les océans de la planète. À Tossa de Mar en Espagne, par exemple, l’écume de mer a envahi les plages de la ville côtière après qu’une grosse tempête avec des vents et des vagues violents. Le long de la côte de la Mer de Chine orientale et des îles Matsu de Taïwan, des algues bioluminescentes toxiques, les dinoflagellés, illuminent la surface de l’océan avec une lueur bleu vif. Enfin, une sorte d’algue de couleur rouille, Karenia brevis, fleurit le long de la côte de la Floride et libère une toxine qui cible le système nerveux central des poissons.

Source : France Info, Smithsonian Magazine.

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The press delights in dramatic phenomena, especially when Nature offers them. In recent weeks, the snow has taken on an astonishing red hue on Eagle Island, a small island off Antarctica’s northwest tip. Contrary to what some articles suggest, the phenomenon affects a very limited area and by no means the entire continent.
This colour shows the presence in the snow of a microscopic alga, Chlamydomonas nivalis, which is actually part of the family of green algae. It is able to withstand extreme temperatures but when it gets red, it is because it defends itself. It produces carotenoids to protect against UVs by absorbing them. The more sun there is, the warmer it is and the more this algae develops. As I mentioned earlier, in February Antarctica experienced a historic heat peak with 18.4 ° C while temperatures typically range from –28°C to –3°C in the northwest of the continent.
This is, of course, a consequence of global warming, but this red color of the snow also accelerates its melting. Indeed, it reflects the sun less. The albedo, the reflective power of snow is therefore weakened and it melts faster. A study published in the journal Nature in 2016 showed that the proliferation of this alga in Greenland reduces the reflective power of ice by 13% during the hot season.
Antarctica is not exclusive to Chlamydomonas nivalis. It is present all over the world. In the Alps, it is nicknamed: « snow algae » or « glacier blood ». In the 3rd century BC, Aristotle had already noticed this phenomenon. In 1818, Captain John Ross observed pink snow during his expedition through the Northwest Passage; after first thinking it was an iron-nickel meteorite.
As the climate and its ecosystems continue to change due to anthropogenic global warming, other extreme algal blooms have appeared in the world’s oceans. In Tossa de Mar in Spain, for example, sea foam invaded the beaches of the coastal city after a big storm with strong winds and waves. Along the coast of the East China Sea and the Matsu Islands of Taiwan, toxic bioluminescent algae, the dinoflagellates, light up the ocean surface with a bright blue glow. Finally, a kind of rust-coloured alga, Karenia brevis, blooms along the Florida coast and releases a toxin that targets the central nervous system of fish.
Source: France Info, Smithsonian Magazine.

Source: Ministry of Education and Science of Ukraine

La station de ski du Mont-Dore (Puy-de-Dôme) en redressement judiciaire !

Les vacances de février se terminent dans une semaine, avec un bilan dans le rouge pour la station de ski du Mont-Dore. On sentait que la décision allait être inévitable et elle vient d’être prise le 26 février 2020 : la société des Remontées mécaniques va mettre en place dans les prochains jours une procédure de redressement judiciaire pour sauvegarder les emplois. Le pire est évité car la station ne va pas fermer. La décision a été prise car, en raison des conditions climatiques qui ont perduré cette saison, la situation n’était plus tenable.  On ne comptabilise que deux jours de ski à Noël et quatre en janvier, avec des températures trop élevées pour faire fonctionner les canons les canons à neige. Au bout du compte, la saison hivernale est une catastrophe.

La SAEM du Mont-Dore comptait au 24 février un déficit de 625 000 euros alors que les vacances de février représentent quasiment 65 % du chiffre d’affaires de la saison. La station est actuellement à 21 % de ses objectifs. Sur une bonne saison, le chiffre d’affaires atteint 5 millions d’euros en hiver et de 900 000 euros durant l’été.

Pour l’instant, les emplois de la fin de saison ne sont pas remis en cause. L’été se déroulera avec un effectif a minima, sans saisonniers, pour redresser la barre en attendant de pouvoir développer un tourisme alternatif. Comme le fait remarquer l’un des responsables de la station, il s’agit de choix stratégiques auxquels sont confrontées de nombreuses stations de moyenne montagne face au réchauffement climatique. Comme je l’ai expliqué précédemment, la limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1500 mètres aujourd’hui. En conséquence, les stations au-dessous de cette altitude ont du souci à se faire quant à la pérennité de leurs activités de ski. Il faut qu’elles investissent au plus vite dans des infrastructures qui leur permettent de diversifier leurs activités. C’est toute l’économie des stations de moyenne montagne qui est chamboulée.

Certains reprochent à la station du Mont-Dore de ne pas avoir su anticiper la hausse des températures et la baisse de l’enneigement. Peut-être n’aurait-il pas fallu investir autant d’argent (18 millions d’euros en 18 ans) dans des enneigeurs qui ne servent plus à grand-chose maintenant, mais personne ne pensait que la situation se dégraderait aussi vite.

Comme beaucoup de stations, le Mont-Dore va donc devoir développer une stratégie de diversification des activités proposées aux visiteurs comme a su le faire Super Besse, sa voisine du Sancy.

Source : Presse locale.

Il a neigé un peu ces derniers jours, mais c’est très insuffisant pour combler le déficit d’une saison hivernale catastrophique (vue webcam des pistes de ski du Mont Dore le 28 février 2020 au matin)