Les volcans à Orléans (Loiret) le 14 janvier!

J’aurai le plaisir de présenter à ORLÉANS – dans le cadre de l’UTL – une conférence intitulée « Volcans et risques volcaniques »  le mardi 14 janvier 2020 à 14h15 à l’Auditorium du Musée des Beaux Arts – 1 rue Fernand Rabier (près de la cathédrale)

Séismes et volcans sont souvent associés dans la pensée populaire. Il est malheureusement encore impossible de prévoir les tremblements de terre. Le but de la conférence est de faire le point sur la situation en volcanologie. Les statistiques montrent que les volcans ont souvent été meurtriers dans le passé. Les techniques modernes permettent-elles d’en savoir plus sur les humeurs des monstres de feu ? Sommes-nous capables aujourd’hui d’éviter que les volcans tuent ? Ce sont quelques unes des questions auxquelles j’essaierai de répondre.

Mon exposé se poursuivra avec deux diaporamas en fondu-enchaîné sonorisé destinés à illustrer les deux grands types de volcans. « La  Java des volcans » conduira le public auprès des volcans gris d’Indonésie tandis que « Hawaii le feu de la terre » fera côtoyer les coulées de lave rouge du Kilauea.

A l’issue de la conférence, le public pourra se procurer les livres « Terres de Feu » et « Mémoires Volcaniques », ainsi que des CD d’images de volcans.

Entrée: 5 euros.

Photo: C. Grandpey

Faut-il conduire des touristes sur White Island? // Should tourists be allowed on White Island ?

En Nouvelle-Zélande, comme en France, on essaie de trouver des responsables dès qu’une catastrophe vient de se produire. Après l’éruption meurtrière de White Island, certains se demandent s’il fallait autoriser des touristes à pénétrer dans le cratère alors que son niveau d’alerte avait été relevé au cours des dernières semaines. En effet, les autorités avaient fait passer le niveau d’alerte volcanique de 1 à 2 (il varie de 0 à 5) il y a quelques semaines, en faisant état « d’une activité volcanique modérée à forte ». Plus précisément, le niveau avait été relevé en raison d’une augmentation des émissions de dioxyde de soufre et du tremor volcanique, deux paramètres qui peuvent signaler une montée du magma sous l’édifice volcanique

Il appartient en fin de compte aux responsables des agences de voyages de décider s’ils peuvent conduire leurs clients sur l’île qui est une propriété privée et dont l’accès est contrôlé par des permis. Une agence, White Island Tours, a déclaré sur son site Web qu’elle visitait le site en fonction des différents niveaux d’alerte, mais a ajouté que « les clients doivent être conscients qu’il existe toujours un risque, quel que soit le niveau d’alerte ». L’une des cinq personnes tuées lors de l’éruption était un guide travaillant pour ce voyagiste.
Le directeur de l’agence a déclaré: « Conduire des visiteurs dans le cratère d’un volcan actif est souvent perçu comme un risque élevé ; c’est pourquoi nous avons donc toujours accordé une grande importance à nos systèmes de santé et de sécurité. » Au début de l’année 2019, lorsque le niveau d’alerte volcanique a été relevé, White Island Tours a déclaré que l’agence continuerait de fonctionner, mais avec du personnel supplémentaire pour s’assurer des conditions de sécurité maximales avant que les groupes débarquent sur l’île. Il a été conseillé aux touristes de porter des chaussures appropriées et l’agence a fourni des casques et des masques à gaz pour assurer la sécurité des visites.
Chaque année, environ 10 000 touristes visitent White Island. Le volcan est actif et son histoire passée montre que les événements explosifs comme celui qui s’est produit le 9 décembre 2019 ne sont pas exceptionnels. 10 mineurs de soufre ont été tués par une explosion similaire en 1914. Un conteneur a été placé sur l’île en 2016 pour servir d’abri d’urgence en cas d’éruption. Il faudrait être très proche du conteneur pour s’y réfugier en cas d’explosion soudaine! Si on se trouve au beau milieu du cratère, le conteneur ne sera d’aucune utilité !
Je pense qu’il serait injuste d’accuser White Island Tours. L’agence a averti ses clients que le volcan était actif et pourrait devenir dangereux. Elle leur a également demandé de se munir de l’équipement adéquat.
Visiter un volcan actif comporte des risques. Il appartient à chaque touriste de décider si le risque en vaut la peine.
Enfin, il convient de noter qu’aucune activité volcanique dangereuse ne se produisait lorsque les touristes ont commencé leur visite. Il en aurait été tout autrement si la visite avait eu lieu lors d’une éruption. L’agence aurait alors pu être accusée de conduire des personnes dans un environnement qu’elle savait dangereux.

Quand j’ai débarqué de l’hélicoptère à White Island en 2009, j’étais parfaitement conscient que ma visite comportait des risques. J’aurais très bien pu me faire surprendre, moi aussi, par une éruption phréatique, mais je n’aurais pas intenté de procès à la compagnie d’hélicoptère qui m’avait déposé sur le site !

+++++

10 décembre 2019 – 9h00 (heure française): Le bilan de l’éruption de White Island reste inchangé depuis hier. Cinq personnes sont mortes. 8 autres sont portées disparues et ont probablement été tuées par l’éruption. 31 personnes sont hospitalisées et sont soignées pour de graves brûlures; les médecins craignent que certaines ne survivent pas.
La nationalité des touristes présents sur l’île au moment de l’éruption a été confirmée le 10 décembre 2019. Vingt-quatre venaient d’Australie, neuf des États-Unis, cinq de Nouvelle-Zélande, quatre d’Allemagne, deux du Royaume-Uni, deux de Chine et un de Malaisie.
Les autorités ne peuvent toujours pas se rendre sur l’île. L’activité sismique a diminué, mais les scientifiques estiment qu’il y avait 50% de risques pour que se produise une nouvelle éruption au cours des 24 prochaines heures. Les webcams sur l’île montrent des jets de gaz et de vapeur.
La police néo-zélandaise a annoncé l’ouverture d’une enquête. La catastrophe soulève des questions quant à savoir si les groupes de touristes auraient dû être autorisés à visiter White Island après le passage à 2 du niveau d’alerte.
Source: New Zealand Herald.

°°°°°°°°°°

12 heures: L’une des 31 personnes traitées pour brûlures est décédée ce qui porte à 6 le nombre de victimes de l’éruption de White Island. Vingt-sept des personnes transportées à l’hôpital ont subi des brûlures sur plus de 30% du corps. Les médecins pensent qu’il faut s’attendre à d’autres décès. La plupart des personnes hospitalisées ont subi des blessures par inhalation, des brûlures aux poumons, et elles ont besoin d’une assistance respiratoire. Des patients ont été transférés dans des unités de grands  brûlés qui sont à saturation à travers la Nouvelle-Zélande. Il se pourrait que certains blessés soient envoyés en Australie.
La police a des bateaux qui sont stationnés à 1 km au large des côtes de White Island, mais n’a pas été en mesure d’envoyer des drones pour analyser les niveaux de gaz et effectuer des missions de reconnaissance en raison de la persistance de vents forts. Les pilotes d’hélicoptère disent qu’ils sont prêts à décoller pour des missions de récupération de corps, ils sont bloqués par des formalités administratives et un plan d’intervention d’urgence trop contraignant.
Source: The Guardian.

——————————————–

In New Zealand, like in France, one tries to find somebody who could be responsible for a disaster that has just happened. After the deadly eruption at White island, questions are asked over why tourists were allowed in the crater when its alert level had been elevated over recent weeks. Indeed, authorities raised the volcanic alert level from 1 to 2 (it ranges from 0 to 5) a few weeks ago, indicating « moderate to heightened volcanic unrest. » More specifically, the level had been raised in response to increasing amounts of sulphur dioxide, along with volcanic tremors, two parameters which can signal rising magma deep in the volcano.

It is ultimately up to operators to decide whether to take visitors to the privately-owned island, with access controlled through permits. One travel agency, White Island Tours, stated on its website that it operated through varying alert levels, but added that « passengers should be aware that there is always a risk of eruptive activity regardless of the alert level. » One of the five people killed during the eruption was a guide from the tour company.

The manager of the company said: « Taking visitors into the crater of an active volcano is often perceived as high risk so we have always maintained a strong focus on ensuring our Health and Safety systems were of a very high standard. » Earlier this year, when the alert level was raised, White Island Tours said it would continue to operate, albeit with extra staff to check conditions before tour groups stepped ashore. It advised tourists to wear appropriate footwear and provided hard hats and gas masks for safety gear.

Around 10,000 tourists visit White Island each year. The volcano is active and its past history shows that explosive events like the one that occurred on December 9th, 2019, are not exceptional. 10 sulphur miners were killed by a similar explosion in 1914. A shipping container was placed on the island in 2016 to act as an emergency shelter in case of an eruption. You need to be very close to the container to take refuge in case of a sudden explosion! If you are right in the middle of the crater, the container will be of no use.

I think it would be wrong to accuse White Island Tours. The company warned its patrons that the volcano was active and might become dangerous. It also asked them to bring along the right equipment.

Visiting an active volcano includes risks. It’s up to each tourist to decide whether or not the risk is worth taking.

At last, it should be noted that no dangerous volcanic activity was occurring when the tourists started their visit. It would have been quite different if the visit had taken place during an eruption. The company could have then been accused of taking people to an environment they knew was dangerous.

When the helicopter landed on White Island in 2009, I was fully aware that my visit was risky. I could very well have been surprised, too, by a phreatic eruption, but I would not have filed a lawsuit against the helicopter company that had dropped me on the site!

+++++

December 10th, 20199:00 am (French time): The toll has not changed since yesterday. Five people are confirmed dead. 8 others are missing and were probably killed by the eruption. 31 persons are in hospital where they are being treated for burns ; not all of them are expected to survive.

The nationalities of those on the island at the time of the explosion were confirmed on December 10th, 2019. Twenty-four were from Australia, nine from the US, five from New Zealand, four from Germany, two from the UK, two from China and one from Malaysia.

Authorities are still unable to reach the island. Seismic activity had reduced but scientists estimate there was a 50% chance of another eruption in the next 24 hours. Web cameras on the island indicate jets of gas and steam are still being released from the area.

New Zealand police said they were launching an investigation. The disaster raises questions about whether tour groups should have been allowed to visit White Island after the alert level had been raised to 2.

Source: New Zealand Herald.

°°°°°°°°°°

12:00: A sixth person has been confirmed dead after one of the 31 people being treated for burns died. Twenty-seven of those taken to hospital had sustained greater than 30% body surface burns, and doctors say more deaths among the injured are expected. Many who have suffered inhalation injuries, damage to lungs, are requiring airway support. At this stage, this concerns the majority of the people who are in the hospitals. Patients have been sent to burns units across New Zealand, which were at capacity, and some may be sent to Australia.

Police said they have boats stationed 1 km off the coast of White Island, but have been unable to send drones to test gas levels and do reconnaissance missions because of persistent, strong winds. Helicopter pilots say they are willing to fly over on body-retrieval missions, but are being hamstrung by red tape and an overly cautious emergency response plan.

Source: The Guardian.

Photo: C. Grandpey

Et si Yellowstone entrait de nouveau en éruption? // What if Yellowstone erupted again?

 À la fin de ma conférence «Volcans et risques volcaniques», j’explique que l’un des événements que je redoute le plus est l’éruption d’un super volcan. Yellowstone est l’un d’eux. L’USGS a expliqué qu’il était «des milliers de fois plus puissant qu’un volcan de taille normale».
Si le super volcan qui se cache sous le Parc National de Yellowstone devait entrer en éruption, ce serait une catastrophe pour une grande partie des États-Unis. Des nuages de cendre répandraient la mort et la désolation sur des milliers de kilomètres à travers le pays, détruisant des bâtiments, anéantissant les récoltes et affectant des infrastructures vitales. Cependant, selon les scientifiques de l’USGS, le risque que cela se produise est très faible.
Le super volcan de Yellowstone a connu trois éruptions majeures au cours de sa longue histoire. L’une d’elles s’est produite il y a 2,1 millions d’années, une autre il y a 1,3 million d’années et une autre il y a 664 000 ans. Rien n’indique actuellement qu’une autre super éruption va se produire dans un avenir proche ; il est même possible que Yellowstone ne connaisse plus jamais d’éruption d’une telle ampleur.
Les chercheurs de l’USGS ont calculé l’impact à court terme – sur des années, voire des décennies – d’une telle éruption sur les régions proches. Des coulées pyroclastiques pourraient affecter des parties des États environnants du Montana, de l’Idaho et du Wyoming qui sont les plus proches de Yellowstone, tandis que d’autres régions des États-Unis seraient touchées par les retombées de cendre. L’Europe devrait aussi supporter les conséquences d’une telle éruption. L’USGS se veut rassurante et explique que le risque de voir un tel événement se produire à Yellowstone est extrêmement faible pour les prochains millénaires.

Le Parc National de Yellowstone se trouve au-dessus d’un réservoir magmatique situé à environ 8 km de profondeur. Il est alimenté par un énorme panache de roches en fusion dont la source se trouve à des centaines de kilomètres à l’intérieur de la Terre. C’est cette chaleur qui permet l’existence des célèbres geysers et sources chaudes. Des scientifiques américains ont découvert il y a quelques mois qu’il y avait en fait deux chambres magmatiques sous le volcan.
Le sol se soulève et s’abaisse parfois à Yellowstone. En ce moment, on n’observe aucun mouvement significatif de ce type. À de rares occasions au cours de l’histoire, la chambre magmatique du super volcan a donné naissance à des éruptions. La grande majorité ont consisté en de petites coulées de lave ; la dernière s’est produite sur le Pitchstone Plateau il y a environ 70 000 ans.
Bien que le risque d’une super éruption à Yellowstone semble faible, il ne faut pas oublier qu’un tel événement atteint le niveau 8 sur l’indice d’explosivité volcanique (VEI). Au moins 1 000 kilomètres cubes de matériaux sont vomis par le volcan, ce qui suffirait pour enfouir l’ensemble du Texas sous 1,50 mètres de cendre. Dans le passé, des super éruptions ont secoué des volcans comme le Taupo en Nouvelle-Zélande ou le Toba en Indonésie. On ne peut pas affirmer que cela ne se reproduira plus jamais ailleurs sur Terre..

————————————————–

At the end of my conference « Volcanoes and volcanic hazards », I explain that one of the events I fear most is the eruption of a super volcano. Yellowstone is one of them. USGS has explained that it was “thousands of times more powerful than a normal-sized volcano.”.

Should the supervolcano lurking beneath Yellowstone National Park ever erupt, it could spell calamity for much of the USA. Deadly ash would spew for thousands of kilometres across the country, destroying buildings, killing crops, and affecting key infrastructure. However, according to USGS scientists, the chance of this occurring is very low.

This supervolcano has had three truly enormous eruptions in its long history. One occurred 2.1 million years ago, one 1.3 million years ago, and one 664,000 years ago. There is currently little indication another super-eruption is due anytime soon; it is even possible Yellowstone might never have an eruption on a similar scale again.

USGS researchers have calculated how such an enormous eruption would affect nearby regions in the short-term, meaning years to decades. Parts of the surrounding states of Montana, Idaho, and Wyoming that are closest to Yellowstone would be affected by pyroclastic flows, while other places in the United States would be impacted by falling ash. Europe would also have to bear the consequences of such a huge eruption. USGS says that, fortunately, the chances of this sort of eruption at Yellowstone are exceedingly small in the next few thousands of years.

Yellowstone National Park sits on top of a reservoir of hot magma about 8 kilometres deep.

It is fed by a huge plume of molten rock welling up from hundreds of kilometres below. This heat fuels Yellowstone’s famed geysers and hot springs. US scientists a few months ago discovered that there were actually two magma chambers beneath the volcano.

Yellowstone occasionally rises and falls. At the moment, no real ground movements are being observed. On rare occasions throughout history, the supervolcano’s magma chamber has erupted. The overwhelming majority of those eruptions in Yellowstone have been smaller lava flows, with the last occurring at Pitchstone Plateau some 70,000 years ago.

Although the risk of a super eruption at Yellowstone looks low, one should bera in mind that such an event measures 8 or more on the volcano explosivity index (VEI) in which at least 1,000 cubic kilometres of material get ejected – enough to bury the state of Texas 1.50 metres deep. In the past, super eruptions shook volcanoes like Taupo in New Zealand or Toba in Indonesia. One can never be sure it will never happen again in some other place on Earth.

°°°°°°°°°°

La double chambre magmatique de Yellowstone (Source: USGS):

Des vestiges d’éruptions…

Des geysers…

 Des sources chaudes aux mille couleurs…

Photos: C. Grandpey

Prochaines conférences

Voici les dates de mes prochaines conférences, avec un rappel dans la colonne de gauche de ce blog :

  • 14 août 2019à 15h45 : Maison du Volcan de Morne-Rouge (Martinique) – Volcans de subduction : la Chaîne des Cascades (Etats-Unis)

 

  • 16 août 2019 à 18h30 : CDST de Saint Pierre (Martinique) – Points chauds, méga volcans et Yellowstone (Etats-Unis)

 

  • 15 octobre 2019 à 17h30 Amphithéâtre de l’IUT de Rodez (Aveyron) – Volcans et risques volcaniques

 

  • 17 octobre 2019 Pôle Nature ZA du Moulin Cheyroux, Aixe-sur-Vienne (Haute Vienne) –  Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique 

 

  • 14 janvier 2020 à 14h15 Auditorium du Musée des Beaux Arts, 1 rue Fernand Rabier Orléans – Volcans et risques volcaniques

 

  • 3 février 2019 Le Blanc (Indre) – Volcans et risques volcaniques

 

  • 11 mars 2020 à 20h30 au Centre Culturel, Place du Champ de Mars de Ruelle (Charente) – Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique

 

  • 8 avril 2020 à 19 heures Salle Charles Brillaud à Argenton-sur-Creuse (Indre) – Volcans et risques volcaniques

 

  • 9 avril 2020 à 18 heures à l’IUT d’Issoudun (Indre), rue Georges Brassens: Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique 

Photos: C. Grandpey

Sous la menace du Nevado del Ruiz… // Under the threat of Nevado del Ruiz…

On peut lire ces jours-ci dans The Guardian un article très intéressant sur Manizales, une ville du centre de la Colombie, qui, selon le journal anglais, est «la plus dangereuse au monde». L’expression est tout à fait justifiée, car Manizales a été confrontée à des situations graves, voire désespérées. Ainsi, dans la soirée du 13 novembre 1985, les habitants ont entendu un grondement qu’ils ont d’abord attribué à un camion qui venait de se renverser. Puis, des cris se sont fait entendre. Les habitants du fond de la vallée venaient de se faire emporter par une coulée de boue en provenance du Nevado del Ruiz, un volcan à 15 kilomètres à l’est. Il a fallu des mois pour nettoyer et évacuer les matériaux laissés par le lahar et récupérer les corps.
A l’est du volcan, les dégâts ont été catastrophiques. Lorsqu’un pilote a téléphoné au président d’alors, Belisario Betancur, pour lui dire que la ville d’Armero avait été «rayée de la carte», le président lui a dit qu’il exagérait. Le pilote disait la vérité: les deux tiers des 29 000 habitants avaient péri dans la coulée de boue, la pire catastrophe naturelle de l’histoire de la Colombie.
Répartie sur une série de crêtes montagneuses dominée par le Nevado del Ruiz, cette zone urbaine est confrontée à une série de catastrophes naturelles, comme nulle part ailleurs dans le monde.

La ville de Manizales, la capitale du département de Caldas, a été secouée par six séismes majeurs au 20ème siècle, dont un avec une magnitude de M 6,2 qui a causé la mort de 2 000 personnes dans la ville voisine d’Armenia. Les violentes éruptions du Nevado del Ruiz, comme celle de 1985, sont rares mais le volcan crache souvent des nuages de cendre qui recouvre la ville et ferme l’aéroport. En outre, le relief montagneux de la région crée un microclimat propice aux pluies diluviennes et donc à des conditions idéales pour les glissements de terrain.
Les 400 000 habitants de Manizales ont appris à cohabiter avec cette situation précaire. Ils ont tiré les leçons de la tragédie d’Armero et sont connus pour leur bonne politique de gestion des risques. Manizales est devenu une référence mondiale dans ce domaine.

Sur les murs du Colombian Geological Survey, une douzaine d’écrans montrent en direct l’activité sismique, les images satellite et celles diffusées par la webcam orientée vers le volcan tout proche. Avec près de 150 capteurs et autres points de données, le Nevado del Ruiz est l’un des volcans les plus surveillés au monde.
Dans les banlieues les plus pauvres de la ville, des travaux sont en cours pour stabiliser les pentes herbeuses des collines avec du béton et pour creuser des canaux d’évacuation des eaux pluviales afin de limiter le risque d’inondations. La ville dispose d’une carte qui évalue les risques aux infrastructures, y compris les bâtiments individuels. Des capteurs fournissent également une analyse automatisée en temps réel des inondations et des séismes.

La ville de Manizales est connue dans le monde entier pour son approche innovante en matière de prévention et de réaction aux catastrophes. Cette approche repose sur la politique plutôt que sur la technologie. Le gouvernement colombien exige que toutes les municipalités entreprennent des activités d’évaluation et de prévention des risques naturels, mais ces initiatives souffrent souvent d’un manque de volonté politique. Les maires préfèrent donner la priorité à des projets visibles de tous, tels que les écoles ou les stades, qui sont de meilleurs investissements pour leur propre avenir politique, plutôt que de dépenser de l’argent pour des mesures de protection de la population qui sont moins spectaculaires.
Manizales finance ses projets de différentes façons. Il y a une taxe environnementale. Une prime d’assurance solidaire est perçue sur les biens immobiliers, ce qui signifie que les quartiers où les habitants ont les revenus les plus élevés viennent en aide à ceux habités par les personnes les plus démunies. Des allégements fiscaux sont également accordés aux propriétaires qui réduisent la vulnérabilité de leurs biens.
Chaque mois d’octobre, la ville organise une «semaine de prévention» au cours de laquelle des exercices d’urgence sont prévus, non seulement pour les catastrophes naturelles, mais également pour les accidents de la route et les incendies. En avril 2017, des précipitations intenses ont provoqué plus de 300 glissements de terrain et tué 17 personnes. Pourtant, en l’espace d’une semaine, grâce à une organisation bien huilée, les routes ont été nettoyées et la ville a retrouvé une vie normale.
Néanmoins, les dangers liés au manque de préparation de la population sont omniprésents. Ainsi, dans la ville de Mocoa, dans le sud du pays, une tempête a provoqué l’un des désastres les plus meurtriers de la dernière décennie en Colombie, avec des glissements de terrain qui ont tué plus de 250 personnes. 30 000 autres ont été évacuées et la remise en ordre de la ville a pris près de six mois.
Source: The Guardian.

—————————————————

One can read these days in The Guardian a very interesting article about Manizales in central Colombia which, the English newspaper says, is “the world’s riskiest.” The expression is quite justified as Manizales has been confronted with serious and even desperate situations. On the evening of November 13th1985, the inhabitants heard a roar which they believed first was a truck overturning. Then screams could be heard. The people living in the lower part of the valley were swept to their deaths by the water and rocks propelled by the eruption of Nevado del Ruiz, 15 kilometres to the east. It took months to clear the debris and recover the bodies.

On the volcano’s eastern side, the damage was catastrophic. When a pilot telephoned then-president Belisario Betancur to tell him the town of Armero had been “wiped from the map”, the president told him not to exaggerate. But he wasn’t: two-thirds of the 29,000 inhabitants had died in the mudslide, the worst natural disaster in Colombia’s history.

Sprawled over a series of mountain ridges in the shadow of Nevado del Ruiz, this urban area faces a panoply of natural disaster risks that are unmatched anywhere else in the world.

The city of Manizales, the capital of Caldas, experienced six major earthquakes in the 20th century, including one with an M 6.2 event which killed 2,000 people in the neighbouring town of Armenia. Powerful eruptions of Ruiz like the one in 1985 are rare, but the volcano frequently belches ash that coats the city and closes the airport. Besides, the region’s mountainous terrain creates a microclimate prone to torrential rains and ideal conditions for mudslides.

The city’s 400,000 citizens have learned to live with their precarious situation. Spurred on by the bitter lessons of the Armero tragedy, they have now earned a new reputation for good public policy. Manizales has become a global reference for disaster-risk reduction.

On the walls of the Colombian Geological Survey office, a dozen plasma screens relay seismic activity, satellite imagery and webcam footage of the nearby volcano. With nearly 150 sensors and data points, Ruiz is one of the most closely monitored volcanoes in the world.

In the city’s outlying poorer neighbourhoods, work is in progress to stabilise the grassy hillside slopes with concrete, and to dig runoff channels to mitigate floods. The city has a map that evaluates risk down to individual buildings. Sensors also provide automated, real-time analysis of floods and earthquakes.

Manizales is recognised around the world for its innovative approach to preventing and responding to disasters. The city’s particular success is based on policy, rather than technology. Colombia requires all municipalities to undertake risk assessments and mitigation activities, but these initiatives often suffer from a lack of political will. Governors and mayors tend to view visible projects, such as schools or sports stadiums, as better investments for their own political prospects rather than spending on less visible disaster resilience.

Manizales funds its projects through a variety of methods. There is an environmental tax. A cross-subsidised collective insurance premium is charged on properties, meaning higher-income sectors cover poorer groups. Tax breaks are also offered to homeowners who reduce the vulnerability of their properties.

Each October the city holds “prevention week”, in which emergency drills are practised, not just for natural disasters, but for traffic accidents and fires, too. In April 2017, intense rainfall caused more than 300 landslides and killed 17 people. Yet within a week, thanks to accurate warning and response systems, blocked roads were cleared and the city was functioning again.

Nevertheless, reminders of the perils of unpreparedness are everywhere. In the city of Mocoa in the country’s south, a storm resulted in one of the most deadly disasters in Colombia of the last decade, when landslides killed more than 250 people. Another 30,000 were evacuated and recovery efforts took close to six months.

Source: The Guardian.

Carte à risques du Nevado del Ruiz avec, en rouge, les coulées de boues de l’éruption de 1985. La ville de Manizales se trouve au NO du volcan (Source: Colombian Geological Survey)

 

Les effets du changement climatique dans les Alpes (3) : Gestion de l’eau et des risques naturels

Le réchauffement climatique et la fonte des glaciers impliqueront forcément une nouvelle gestion de l’eau qui ne se bornera plus à un simple ajustement aux modifications de l’environnement naturel. Elle devra aussi tenir compte des changements socio-économiques. Dans les régions où l’irrigation agricole est pratiquée, la demande en eau pourrait dépasser les ressources lors d’étés caniculaires et très secs. De nouvelles réglementations sur l’allocation de la ressource hydrique à différents usagers, l’installation de nouveaux réservoirs, et des améliorations techniques devront être mises en place.

Les grands barrages alpins seront affectés dès la deuxième moitié du 21èmesiècle, par le fort retrait attendu des glaciers, les eaux de fonte ne remplissant plus autant les lacs de retenue qu’actuellement. De ce fait, les capacités de stockage pourraient être réduites, avec pour conséquence une diminution de la production hydroélectrique. Il en résultera des difficultés à répondre à une demande en électricité qui se décalera progressivement depuis l’hiver vers l’été, en raison des besoins en climatisation. Cela nécessitera de mettre en place une gestion optimale de l’eau dans le réseau interconnecté des grands barrages, ainsi que des mécanismes économiques permettant d’influencer l’offre et la demande.

++++++++++

En termes de risques naturels dans les Alpes, l’effet cumulé de précipitations intenses dans les régions de basse et moyenne altitude conduirait à de forts taux d’érosion des pentes. L’augmentation attendue  de précipitations extrêmes devrait entraîner une augmentation de la fréquence et de la sévérité des crues. Ce genre de situation a prévalu dans un proche passé, par exemple en février 1995 lorsque la fonte précoce du manteau neigeux dans les Alpes, associée à des pluies abondantes en Allemagne, ont mené à des crues tout au long du parcours du Rhin.

Il faudra aussi prendre en compte le risque d’effondrements et de lahars provoqués par la fonte du permafrost rocheux en haute altitude. Plusieurs exemples ont récemment été observés en Suisse et en Italie.

Source : Encyclopédie de l’Environnement.

Barrage de Roselend (Savoie) [Crédit photo: Wikipedia]

Eboulement en Suisse (image YouTube)

Les volcans à Libourne (Gironde) le 9 février!

Je présenterai le vendredi 9 février 2018 une conférence intitulée « Volcans et risques volcaniques » dans le cadre de l’UTL de Libourne (Gironde). Elle aura lieu à 15h45 à la Salle du Verdet, 12 rue de Toussaint. (Entrée: 4 € pour les non-adhérents).
Le but de cette conférence est de faire le point sur la situation en volcanologie. Les statistiques montrent que les volcans ont souvent été meurtriers dans le passé. Les techniques modernes permettent-elles d’en savoir plus sur les humeurs des monstres de feu ? Sommes-nous capables aujourd’hui d’éviter que les volcans tuent ? Ce sont quelques unes des questions auxquelles j’essaierai de répondre.

Mon exposé se poursuivra avec deux diaporamas (une vingtaine de minutes chacun) en fondu-enchaîné sonorisé destinés à illustrer deux grands types de volcans. « La Java des Volcans » conduira le public auprès des volcans gris d’Indonésie tandis que « Hawaii le Feu de la Terre » fera côtoyer les coulées de lave rouge du Kilauea.

A l’issue de la séance, les spectateurs pourront se procurer les ouvrages Terres de Feu et Mémoires Volcaniques. Pour rappel, Volcanecdotes et Killer Volcanoes sont épuisés.

Lave hawaiienne

Séquence éruptive sur le Krakatau

(Photos: C. Grandpey)