Prévention des séismes et tsunamis à la Martinique // Seismic and tsunami prevention in Martinique

Depuis que ce blog existe, je ne cesse de mettre l’accent sur l’importance que revêt l’EDUCATION des populations dans les contextes volcanique et sismique. Lors de mes conférences « Volcans et risques volcaniques », je donne l’exemple de la ville de Kagoshima, au pied du volcan japonais Sakurajima, où la population est régulièrement soumise à des exercices d’évacuation dans l’éventualité d’une éruption majeure qui menacerait l’agglomération située à quelques encabliures de ce volcan particulièrement actif.

Le 14 mars 2018, le site web France-Antilles a diffusé un article avec le titre suivant: « Près de 35 000 Martiniquais mobilisés pour Caribe Wave 2018« . Il s’agissait d’un exercice grandeur nature d’alerte tsunami. Commencé le jeudi 15 mars 2018, il a regroupé une cinquantaine de pays et territoires de la Caraïbe, soit environ 200 000 personnes.

L’exercice se déroule de la manière suivante: Selon le scénario établi par le Groupement Intergouvernemental de Coordination / Système d’Alerte aux Tsunamis pour la CARaïbe, un séisme fictif va générer un tsunami dans la Caraïbe. Les côtes de la Martinique sont notamment touchées.

Organisé par le GIC/SATCAR depuis 2011, cet exercice permet de tester le système d’alerte montante vers les autorités publiques responsables de la gestion de crise ainsi que les procédures de diffusion de l’alerte descendante rapide vers la population. Ce dernier point est du ressort des services opérationnels, les mairies, les opérateurs et les médias.

En Martinique, 3 500 personnes, dont une vingtaine de communes et plus de 20 000 collégiens et lycéens se sont inscrits pour participer à l’exercice, via le site http://www.tsunamizone.org/francais/. Ces communes ont choisi soit de mettre en place une sensibilisation, soit de participer à un exercice d’évacuation. En 2018, une attention particulière a été portée sur les itinéraires d’évacuation et sur les 650 sites refuges identifiés.

Parallèlement à cette campagne de sensibilisation sur le terrain, les autorité locales, avec la caution du Préfet de la Martinique, ont distribué un dépliant intitulé « Alerte Tsunami » (voir ci-dessous) qui, graphiques à l’appui, explique ce qu’est un tsunami, comment reconnaître les trois signes naturels d’un tel phénomène et que faire en cas de danger ou d’alerte. Il est en particulier rappelé que « ces vagues ne sont pas surfables! »

Lorsque j’ai visité la ville de St Pierre, j’ai remarqué les nombreux panneaux apposés dans les rues et sur les ruines des monuments historiques, et indiquant les parcours à suivre en cas d’alerte tsunami. Semblables panneaux sont visibles dans d’autres localités côtières

Au cours de mon séjour aux Antilles, j’ai eu l’occasion de parler de cette démarche d’éducation de la population avec plusieurs personnes. Je pense qu’il faudrait aller encore plus loin, comme le font les Islandais. Dans ce pays, les autorités ont demandé aux habitants de la côte sud de l’île, menacée par des éruptions volcaniques et des crues glaciaires, de télécharger une application sur leurs smartphones. En cas de danger imminent, les habitants reçoivent instantanément un message d’alerte leur indiquant le comportement à adopter dans les délais les plus brefs. Il est fort à parier que ce progrès dans le domaine de la prévention sera bientôt adopté par les populations antillaises.

Le risque sismique est identifié depuis longtemps en Martinique. Depuis le 18ème siècle, l’île a subi plusieurs tremblements de terre importants. Le dernier en date, le 29 novembre 2007 avait une magnitude de M 7,4. Il a  été localisé au nord de la Martinique, à une profondeur de 152 km. Les dégâts furent modérés et d’ampleur inégale. A l’image du Centre de découverte des sciences de la Terre, certaines habitations de la Martinique bénéficient de mesures parasismiques.

S’agissant des tsunamis, au cours des trois derniers siècles, la Martinique et la Guadeloupe ont été frappées par plus d’une dizaine d’événements de ce type. Les plus récents ont été observés en mai 1901, décembre 1901, mars et avril 1902, le 6 mai 1902, le 30 août 1902 et le 24 juillet 1939. Cependant, tous n’ont pas été recensés et certaines surcotes marines ne furent jamais identifiées, faute de connaissances.

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Ever since I created this blog, I have kept focusing on the concept of EDUCATION of populations in volcanic and seismic contexts. During my conferences « Volcanoes and Volcanic Risks », I give the example of the city of Kagoshima, at the foot of the Japanese volcano Sakurajima, where the population regularly performs evacuation exercises in the event of a major eruption which would threaten the community located a short distance from this very active volcano.

On March 14th, 2018, the France-Antilles website published an article with the following title: « Nearly 35,000 Martiniquais mobilized for Caribe Wave 2018 ». This was a life-size tsunami warning exercise. Started on Thursday, March 15th, 2018, it brought together about fifty countries and territories of the Caribbean, about 200,000 people.

The exercise took place as follows: According to the scenario established by the Intergovernmental Coordination Group / Tsunami Warning System for CARIBBEAN, a fictitious earthquake generated a tsunami in the Caribbean. The coasts of Martinique were particularly affected.

Organized by the GIC / SATCAR since 2011, this exercise makes it possible to test the rising alert system towards the public authorities responsible for crisis management as well as the procedures for disseminating the rapid downward alert to the population. This last point is the responsibility of the operational departments, the mayors and the media.

In Martinique, 3,500 people, including some 20 municipalities and more than 20,000 middle and high school students have registered to participate in the exercise, via the site http://www.tsunamizone.org/english/. These municipalities chose either to set up an awareness campaign or to participate in an evacuation exercise. In 2018, special attention was paid to the evacuation routes and the 650 identified refuge sites.

In parallel with this awareness campaign on the field, the local authorities, with the guarantee of the Prefect of Martinique, have distributed leaflets entitled « Tsunami Alert » (see below) which, with graphics, explains what a tsunami is, how to recognize the three natural signs of such a phenomenon and what to do in case of danger. People are reminded that « these waves are not surfable! »

When I visited the city of St Pierre, I noticed the many signs posted in the streets and the ruins of historical monuments, and indicating the routes to follow in case of tsunami warning.

During my stay in the West Indies, I had the opportunity to talk about this process of education of the population. I pointed out  that the prevention has to go even further, as the Icelanders do. In this country, the authorities have asked residents of the south coast of the island, threatened by volcanic eruptions and glacial floods, to download an application on their smartphones. In case of imminent danger, the inhabitants receive an instant warning message indicating the behaviour to adopt as soon as possible. It is a safe bet that this progress in the field of prevention will soon be adopted by the West Indian populations.

The seismic risk has long been identified in Martinique. Since the 18th century, the island has suffered several earthquakes. The most recent, on November 29th, 2007 had a magnitude of M 7.4. It was located north of Martinique, at a depth of 152 km. The damage was moderate and uneven.

As for tsunamis, over the last three centuries, Martinique and Guadeloupe have been hit by more than a dozen events. The most recent ones were observed in May 1901, December 1901, March and April 1902, May 6, 1902, August 30, 1902 and July 24, 1939. However, not all were recorded and some increases in the sea level were never identified, due to a lack of knowledge.

Une brochure très pédagogique:

En cas d’alerte tsunami…

Eléments parasismiques au Centre de découverte des sciences de la Terre:

Photos: C. Grandpey

Exercices d’évacuation au Japon // Evacuation drills in Japan

Quelque 2000 d’habitants de six localités au pied du Mont Fuji ont participé à un exercice d’évacuation le 20 août dernier dans le cadre de la simulation d’une éruption du célèbre volcan japonais. C’était le premier du genre dans la région.
Le Mont Fuji (3 776 m) est le plus haut sommet du Japon. Il est entré en éruption pour la dernière fois en 1707, avec des panaches de cendre qui ont atteint la ville de Tokyo. Les localités impliquées dans l’exercice se trouvent à la base nord de la montagne. Pour évaluer l’ampleur des bouchons que ne manquerait pas de provoquer une évacuation de masse, près de 600 participants se sont dirigés à bord de leurs véhicules vers une zone d’évacuation prévue à une trentaine de kilomètres.
L’évacuation avait été décidée car une coulée pyroclastique était censée s’approcher du centre-ville, avec une alerte volcanique de niveau 5 décrétée à 7 heures du matin par l’Agence Météorologique Japonaise. Cela signifiait que les habitants devaient quitter immédiatement leur domicile.
Les autorités ont utilisé le réseau de haut-parleurs publics pour avertir les habitants qu’une catastrophe imminente allait se produire. Alors que la plupart partaient à bord de leurs voitures, ceux qui jouaient le rôle de personnes âgées étaient installés dans des camions de la Protection Civile et des bus privés pour atteindre le site d’évacuation.
Dans le cas où il faudrait évacuer les 100 000 habitants des zones menacées, les principaux problèmes à gérer seraient les embouteillages et le mouvement de panique qu’un tel événement ne manquerait pas de déclencher. Les files de voitures s’étiraient sur 3 km au plus fort de l’évacuation. L’un des participants a déclaré qu’il lui avait fallu trois fois plus de temps que la normale pour atteindre le site d’évacuation ; le trajet s’effectue généralement en 30 minutes en voiture. Selon lui, « si le Mont Fuji était  réellement entré en éruption, les embouteillages auraient été bien pires ».
Source: The Asahi Shimbun.

A noter que des exercices réguliers d’évacuation se déroulent à Kagoshima (Japon) en vue d’une éruption majeure du Sakurajima. Les étrangers ne sont pas oubliés car les messages d’évacuation sont diffusés par des haut-parleurs en japonais, anglais, coréen et chinois.

Des plans d’évacuation sont prévus dans l’éventualité d’une éruption du Vésuve (Italie), mais la Campanie n’est pas le Japon. A ma connaissance, les Italiens ne pratiquent pas d’exercices de simulation d’évacuation. Il y aura un fossé énorme entre la théorie et la pratique. Une évacuation de Naples ou de ses banlieues ne se fera pas sans dommages.

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2,000 or so residents of six municipalities at the base of Mount Fuji evacuated in an August 20th drill to simulate an eruption of Mt Fuji. Officials said it was the first of its kind to be held.

Mount Fuji (3,776 m) is Japan’s highest peak. It last erupted in 1707, showering ash as far away as Tokyo. The municipalities involved in the exercise are located at the northern base of the sacred mountain. To gauge what level of congestion would arise from a mass evacuation, nearly 600 participants drove their private vehicles to a designated evacuation area 25 to 30 kilometres away.

The drill was held under the assumption that a pyroclastic flow was approaching the downtown area, triggering a volcanic alert of level 5 at 7 a.m. by the Japan Meteorological Agency, meaning residents must evacuate immediately.

Officials used the public speaker disaster warning system to « alert » residents to the impending disaster. While most residents drove away in their cars, participants playing the roles of elderly people boarded Self-Defense Forces trucks and private buses to reach the evacuation site.

In the event all 100,000 residents in the areas in question have to be evacuated, a major concern is snarled traffic and panic resulting. Traffic was backed up for about 3 kilometres at one point during the drill. A man who took part said it took three times longer than normal to reach the evacuation site, usually a 30-minute drive. “If Mount Fuji actually erupted, the traffic congestion would be much worse”.

Source: The Asahi Shimbun.

It is well known that regular evacuation drills are held in Kagoshima to prepare for a large-scale eruption of Mount Sakurajima. Foreigners are not forgotten as the evacuation advisory is aired through speakers around the island in Japanese, English, Korean and Chinese.

Evacuation plans have been drawn in the event of an eruption of Vesuvius, but Campania is not Japan. As far as I know, the Italians do not perform evacuation exercises. There will be a huge gap between theory and practice. An evacuation of Naples or its suburbs will not happen without damage.

File de voitures pendant l’évacuation (Source: The Asahi Shimbun)

Vue du Mont Fuji (Crédit photo: Wikipedia)

 

Exercice d’évacuation à Goma (RDC) // Evacuation exercise at Goma (DRC)

Le lundi 3 juillet 2017, plus d’un millier de personnes ont participé à un exercice d’évacuation dans l’éventualité d’une éruption du Nyiragongo. Une telle éruption mettrait inévitablement en danger la ville de Goma, à l’est de la République Démocratique du Congo. Plus de 100 personnes sont mortes lors de la dernière colère du volcan en 2002, lorsque la lave a atteint Goma en moins d’une heure et a envahi une grande partie de l’est de la ville, y compris la moitié de la piste de l’aéroport. L’éruption la plus dévastatrice a eu lieu en 1977 lorsque plus de 600 personnes ont perdu la vie ; (Voir mon livre « Killer Volcanoes » pour la description de ces événements)
Le 3 juillet à 05h30 (GMT), des sirènes ont hurlé dans quatre quartiers du nord de Goma qui se trouve à la frontière avec la Rwanda et sur la trajectoire des coulées de lave du Nyirangongo qui se dresse à 20 km au nord. Les habitants des zones à risque ont été invités à quitter leurs maisons et à se rassembler à trois kilomètres au sud dans le stade Afia où des tentes blanches avaient été installées pour les accueillir. Pendant près de trois heures, des groupes d’environ 10 à 20 personnes se sont dirigés vers le stade en deux colonnes, avec leurs biens qui allaient des motos aux matelas, ustensiles de cuisine et mobilier précieux. Les gens aidaient les enfants et étaient suivis de leurs animaux domestiques. Le but de l’exercice était de montrer aux 500 familles menacées par les coulées de lave comment se comporter en cas d’éruption majeure du Nyiragongo. À la fin de l’exercice, les participants ont reçu des informations sur des mesures pratiques telles que la façon de progresser en ordre pour éviter de ralentir les autres personnes, ainsi que les choses essentielles à emporter en quittant leur domicile.
Source: News 24.

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On Monday July3rd 2017, more than a thousand people took part in an evacuation exercise triggered by a simulated eruption of Nyiragongo Volcano. The eruption would inevitably endanger Goma, a major city in the eastern Democratic Republic of Congo. More than 100 people died in the last eruption of the volcano in 2002 when lava reached Goma in less than an hour and flowed over much of the east of the city, including half of the runway at the airport. The deadliest recorded eruption was in 1977, when more than 600 people lost their lives

At 05:30 GMT, sirens wailed in four northern parts of Goma, which lies on the Rwanda border in the path of lava flow from Nyirangongo, 20km to the north. Residents of districts at risk were asked to leave their homes and gather three kilometres to the south in the Afia stadium, where white tents were ready for them. For almost three hours, groups of about 10 to 20 people headed for the stadium in two columns, with possessions ranging from motorbikes to mattresses, kitchenware and prized furniture. They helped children and had domestic animals in tow. The purpose of the exercise was to show the 500 families who live on the potential paths of lava flow how to behave in the event of major volcanic activity. At the end of the exercise, participants were advised on practical measures such as how to keep order and avoid slowing others down, as well as the most practical items to take on leaving home.

Source: News 24.

Le Nyiragongo et son lac de lave (Crédit photo: Wikipedia)

Exercice d’évacuation annuel à Kagoshima (Japon) // Annual evacuation drill in Kagoshima (Japan)

drapeau-francaisLa préfecture de Kagoshima vient d’organiser son exercice annuel d’évacuation dans l’éventualité d’une éruption majeure du Sakurajima. Cette année, le coréen et le chinois ont été ajoutés aux langues étrangères utilisées pendant l’exercice.
En août 2015, le niveau d’alerte du Sakurajima a été porté à 4, sur une échelle de 5, ce qui signifie que les habitants devaient se tenir prêts pour une possible évacuation. Certains touristes étrangers qui n’étaient pas au courant de la situation sont entrés dans des zones interdites.
Dans le dernier exercice, l’avis d’évacuation a été diffusé par haut-parleurs dans toute l’île en japonais, anglais, coréen et chinois. La population locale et quelque 150 organisations ont participé à l’exercice. Après la diffusion de l’alerte par des fonctionnaires municipaux, les gens ont été évacués de l’île par ferry. Etant donné que l’année dernière certains habitants se sont dirigés vers des endroits autres que ceux pour lesquels ils étaient prévus, on a remis cette année aux participants à l’exercice, avant qu’ils montent dans le ferry, des cartes montrant leur destination individuelle.
Selon l’Agence météorologique japonaise, l’activité du Sakurajima a ralenti depuis la dernière éruption majeure en septembre. Le niveau d’alerte actuel est de 2, ce qui signifie que l’approche du cratère est interdite.
Source: The Japan Times.

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drapeau-anglaisThe prefecture of Kagoshima has just held the annual disaster drill to prepare for a large-scale eruption of Mount Sakurajima. This year, Korean and Chinese were added to evacuation advisory languages.
Last August, the eruption warning level for Sakurajima volcano was raised to 4, on a scale of 5 levels, which means residents must be ready to evacuate. Some foreign tourists were unaware of the warning and entered areas that had been declared off-limits.
In the latest drill, an evacuation advisory was aired through speakers around the island in Japanese, English, Korean and Chinese. Local residents and some 150 organizations took part in the drill. Following a disaster warning conducted by city officials, participants were evacuated from the island by ferry. Considering that last year some residents went to places other than designated evacuation centres, participants in the drill were asked to hand over cards showing where they were headed before boarding the ferry.
Japan Meteorological Agency reports that volcanic activity had slowed since the last major eruption in September. The current alert level is 2, which means people should not approach the crater.
Source: The Japan Times.

Sakurajima-blog

Le Sakurajima et la ville de Kagoshima  (Crédit photo: Wikipedia)