Mont Rainier (État de Washington / États Unis) : la peur des lahars // The fear of lahars

  J’ai attiré l’attention à plusieurs reprises sur ce blog sur le risque de lahars sur le mont Rainier (4892 m), situé à proximité de Seattle et de sa zone industrielle, avec des sociétés comme Boeing et Microsoft.

 Photos : C. Grandpey

Le volcan n’a pas connu d’éruption majeure depuis 1 000 ans. Pourtant, il inquiète de nombreux volcanologues américains. Son potentiel de destruction ne réside pas seulement dans les coulées de lave qui, en cas d’éruption, ne s’étendraient probablement pas à plus de quelques kilomètres au-delà des limites du Parc national. De nombreux scientifiques redoutent la survenue d’un lahar, une coulée de boue rapide composée d’eau et de roches, provenant de la fonte rapide de la glace ou de la neige lors d’une éruption, et qui emporte des débris en dévalant les vallées et les ravines sur les flancs d’un volcan. Dans le monde, des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes vivent dans des zones sous la menace de lahars.
Personne n’a oublié celui de novembre 1985 lorsque le Nevado del Ruiz est entré en éruption en Colombie. Quelques heures seulement après le début de l’événement, un torrent de boue a déferlé sur la ville d’Armero, tuant plus de 23 000 personnes en quelques minutes.

Crédit photo : Wikipedia

Les scientifiques américains font remarquer que le mont Rainier possède environ huit fois plus de glaciers et de neige que le Nevado del Ruiz au moment de son éruption, de sorte qu’il existe un risque de lahar beaucoup plus important.

Cependant, après plusieurs visites au mont Rainier, j’ai constaté que les glaciers ont considérablement fondu en raison du réchauffement climatique. De ce fait, la masse de glace sur la montagne est moins impressionnante qu’il y a quelques décennies. Cela signifierait moins d’eau et de matériaux entraînés vers le bas de la montagne par les coulées de boue.

Le glacier Nisqually a beaucoup fondu ces dernières années, ici en 2002 et 2015 (Photos: C. Grandpey)

Les lahars se produisent généralement lors d’éruptions volcaniques, mais peuvent aussi être provoqués par des glissements de terrain et des séismes. Les géologues ont trouvé des preuves qu’au moins 11 lahars importants provenant du mont Rainier ont atteint la zone environnante – la plaine de Puget (Puget Lowlands), par exemple – au cours des 6 000 dernières années. Les scientifiques n’ont pas établi de lien entre les lahars, survenus il y a environ 500 ans, et une quelconque activité volcanique. Ils ont pu avoir été causés par d’importants glissements de terrain sur la montagne. C’est la menace d’un tel lahar, déclenché par un soudain glissement de terrain, qui inquiète particulièrement les volcanologues. Il faudrait à un tel lahar seulement 10 minutes pour atteindre des zones habitées, et 60 minutes pour atteindre les grandes agglomérations les plus proches, ce qui est très bref.

Photo : C. Grandpey

Une étude de 2022 a modélisé les deux pires scénarios. Dans la première simulation, un lahar de 260 millions de mètres cubes et de 4 mètres de hauteur prend sa source sur le flanc ouest du Mont Rainier. La coulée de débris atteint la région densément peuplée d’Orting environ une heure après son déclenchement, et elle se déplace à une vitesse d’environ 4 mètres par seconde.

Photo : C. Grandpey

Une deuxième zone à « risque élevé » mentionnée dans l’étude de 2022 est la vallée de la rivière Nisqually, où un puisant lahar pourrait déplacer suffisamment d’eau du lac Alder pour provoquer le débordement du barrage.
Suite à l’éruption du mont Saint Helens en 1980, l’USGS a mis en place un système de détection des coulées de boue sur le mont Rainier en 1998. Ce système a été modernisé et étendu depuis 2017. Une vingtaine de sites sur les flancs du volcan et les deux zones identifiées comme les plus exposées aux coulées de boue sont désormais équipés de sismomètres qui transmettent des données en temps réel, ainsi que d’autres capteurs, notamment des capteurs à infrasons, des webcams et des récepteurs GPS.

Photo : C. Grandpey

En mars 2024, quelque 45 000 élèves de Puyallup, Sumner-Bonney Lake, Orting, White River et Carbonado ont participé à un exercice d’évacuation en cas de lahar. C’était la première fois que plusieurs districts scolaires y participaient le même jour. Selon les autorités américaines, ce fut le plus grand exercice de prévention de lahar au monde.

Un exercice d’évacuation similaire a été organisé le 23 avril 2026. Environ 45 000 élèves de localités situées au sud de Seattle et à l’ouest du mont Rainier ont participé au plus grand exercice mondial d’évacuation en cas de lahar, organisé désormais tous les deux ans.

Photo : C. Grandpey

Source : Observatoire Volcanologique des Cascades.

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I have drawn attention several times on this blog to the lahar hazard on Mount Rainier which lies close to Seattle and its industrial environment. The volcano has not produced a significant volcanic eruption in the past 1,000 years. Yet, it has many US volcanologists worried. The mountain’s destructive potential does not really lie with lava flows, which, in the event of an eruption, would probably not extend more than a few kilometers beyond the boundary of Mount Rainier National Park. Many scientists fear the prospect of a lahar, a fast moving slurry of water and rock originating from ice or snow rapidly melted by an eruption that picks up debris as it rushes through valleys and drainage channels. One should not forget that there are tens, if not hundreds of thousands of people who live in areas that potentially could be impacted by a large lahar.

The deadliest lahar in recent memory was in November 1985 when Colombia’s Nevado del Ruiz volcano erupted. A river of mud swept over the town of Armero, killing over 23,000 people in a matter of minutes. U.S. Scientists warn that Mount Rainier has about eight times the amount of glaciers and snow as Nevado del Ruiz had when it erupted, so that there is the potential to have a much more catastrophic mudflow. However, in the wake of several visits to Mount Rainier, I noticed that glaciers have melted quite a lot because of global warming. As a result, the mass of ice on the mountain is less impressive than it was a few decades ago. This would mean less water and material being carried down the mountain by mudflows. .

Lahars typically occur during volcanic eruptions but also can be caused by landslides and earthquakes. Geologists have found evidence that at least 11 large lahars from Mount Rainier have reached into the surrounding area – the Puget Lowlands – in the past 6,000 years. Scientists have not connected the most recent of these lahars, which occurred about 500 years ago, with any kind of volcanic activity. They may have been caused by large landslides on the mountain. It is the threat of a similar, spontaneous landslide-triggered lahar that particularly worries volcanologists. It would take such an event 10 minutes to reach the nearest places where people are living, and 60 minutes to the nearest large communities. Those are really short time frames

A 2022 study modeled two worst-case scenarios. In the first simulation, a 260 million-cubic-meter, 4-meter deep lahar would originate on the west side of Mount Rainier. The debris flow could reach the densely populated lowlands of Orting about one hour after an eruption, where it would travel at the speed of about 4 meters per second.

A second area of “pronounced hazard” mentioned in the 2022 stury is the Nisqually River Valley, where a massive lahar could displace enough water from Alder Lake to cause the 100-meter-tall Alder Dam to spill over.

In the wake of the 1980 Mount St. Helens eruption, the USGS set up a lahar detection system at Mount Rainier in 1998, which since 2017 has been upgraded and expanded. About 20 sites on the volcano’s slopes and the two paths identified as most at risk of a lahar now feature seismometers that transmit real-time data and other sensors including infrasound sensors, web cameras and GPS receivers.

In March 2024, some 45,000 students from Puyallup, Sumner-Bonney Lake, Orting, White River and Carbonado participated in a lahar evacuation drill. It was the first time that multiple school districts practiced on the same day, making it the world’s largest lahar drill.

A similar evacuation drill was organized on 23April 2026. About 45,000 students in communities south of Seattle and west of Mount Rainier participated in the world’s largest lahar evacuation drill which is organised once every two years.

Source : Cascades Volcano Observatory.

Si la Montagne Pelée (Martinique) entrait en éruption…

Pas de panique ; rien n’indique actuellement qu’une éruption va se produire sur la Montagne Pelée. Certes, une hausse de l’activité sismique est observée depuis 2019 et une campagne a été organisée par l’Observatoire pour voir dans quelle mesure l’édifice volcanique s’est déformé, mais aucun paramètre ne laisse entrevoir un réveil de la Vieille Dame. Toutefois, personne à la Martinique n’a oublié l’éruption du 8 mai 1902 et ses quelque 30 000 victimes.

C’est pour cela que le maire de la commune de Grand-Rivière (530 habitants) a organisé un exercice d’évacuation par voie maritime et terrestre le 31 janvier 2026 afin de voir quelle serait la meilleure solution pour évacuer la population de sa localité en cas de réveil du volcan.

Sur les 530 habitants de la commune, une soixantaine a participé à l’exercice. La moitié des participants est montée dans un bus pour rejoindre Rivière-Pilote (11 600 habitants), la ville de rapatriement désignée dans le Plan Orsec-Volcan en cas d’éruption de la montagne Pelée.

Les autres habitants ont emprunté la voie terrestre, mais pour les associations et le maire, c’est loin d’être la meilleure solution. Le problème rencontré par cette solution est la densité de véhicules sur les route martiniquaises. Les derniers chiffres révèlent 256 000 véhicules immatriculés, avec un réseau routier présentant beaucoup d’embouteillages. Les bouchons seraient donc inévitables en optant pour une évacuation par voie terrestre.

Trois bateaux ont été prévus pour l’exercice d’évacuation maritime ; ils étaient en provenance de Rivière-Pilote où les habitants évacués seront rapatriés. En cas d’éruption, la ville promet d’affréter une dizaine d’embarcations, en renfort des 29 bateaux de pêcheurs que compte déjà Grand-Rivière.

La 31 janvier, les 3 bateaux sont arrivés à destination un quart d’heure avant les bus. Ils ont mis 2h30 environ pour rejoindre Rivière-Pilote, avec une mer agitée.

Les maires de Grand-Rivière et Rivière-Pilote estiment que l’exercice a été concluant et ils envisagent déjà des améliorations en matière de gain de temps pour être tout à fait prêts. D’après le maire de Rivière-Pilote, presque la moitié des habitants de Grand-Rivière pourraient être relogés temporairement à Rivière-Pilote.

Source : Martinique la 1ère.

Cet exercice d’évacuation à petite échelle est intéressant. Il a permis de constater qu’une évacuation par la mer serait probablement la meilleure solution en cas d’éruption de la Pelée. Il faudrait ajouter que le contexte serait très différent de celui de 1902. Aujourd’hui, on sait tirer les leçons du passé et des évacuations auront lieu dès les premiers signes de réveil du volcan. La marine nationale a les moyens de mettre en œuvre suffisamment de navires pour déplacer la population et la mettre en sécurité. On peut affirmer qu’une éruption de la Montagne Pelée au 21ème siècle ne tuera pas des dizaines de milliers de personnes.

Photo: C. Grandpey

Il me vient à l’idée de comparer les localités littorales à la Martinique – Saint Pierre (4000 habitants), Le Prêcheur (1500 habitants), Le Carbet (3700 habitants) – sous la menace de la Montagne Pelée avec Pouzzoles (76 000 habitants),ville italienne qui se trouve sous la menace des Champs Phlégréens, en sachant que la population à risque est estimée à environ 500 000 personnes. Comme je l’ai indiqué précédemment, je pense que l’évacuation de la population de Pouzzoles par la mer serait l’une des solutions à envisager. Comme à la Martinique, la densité de circulation et l’infrastructure urbaine complexe de cette ville aboutiraient rapidement à une congestion des voies terrestres.

Photo: C. Grandpey

Épisode éruptif n°41 du Kilauea (Hawaï) : Une vidéo à voir absolument !

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous accéderez à une vidéo comme je les aime et que j’ai découverte en allant fureter sur YouTube. Bien filmée par Gerald Green, elle nous fait revivre en 17 minutes et 26 secondes le 41ème épisode éruptif du Kilauea.

https://www.youtube.com/watch?v=emcnvIVhWVQ

Nous suivons tout d’abord les touristes chanceux qui se rendent vers les plates-formes d’observation judicieusement aménagées par les autorités hawaïennes. Celle que l’on voit dans le document est le Keanakāko’i Crater Lookout.

Puis, avec l’heure affichée dans le coin inférieur de l’image, nous assistons à l’évolution de l’activité au niveau des deux bouches éruptives dans le Cratère de l’Halema’uma’u. Les fontaines de lave, en dôme au début, montrent ensuite toute leur puissance pour atteindre 480 mètres de hauteur, du jamais vu depuis le début des épisodes en décembre 2024.

On envie les touristes qui ont le privilège d’assister au spectacle. Mais la situation ne tarde pas à se corser. Les alizés sont en panne en ce 24 janvier 2026 et le vent n’emporte pas le panache de cendres vers l’ouest ou le sud-ouest comme il le fait habituellement. C’est alors une pluie de lapilli et de morceaux de lave – « juste cuite » dit une personne – qui s’abat sur toute la zone sommitale, obligeant les rangers à déclencher son évacuation. On assiste alors à l’exode vers les parkings où les capots des voitures portent les traces de cet événement…

À regarder en plein écran et avec le son !

https://www.youtube.com/watch?v=emcnvIVhWVQ

Image webcam de l’éruption

Éruption du Semeru (Indonésie) et évacuation de la population // Eruption of Mt Semeru (Indonesia) and population evacuation

Une puissante éruption s’est produite sur le Semeru (Indonésie) le 19 novembre 2025, générant une importante coulée pyroclastique et une colonne de cendres atteignant 16,5 km d’altitude.La couleur de l’alerte aérienne a été relevée au Rouge. Les autorités ont ordonné l’évacuation d’au moins 1000 habitants des villages voisins et ont étendu les zones d’exclusion jusqu’à 8 km du cratère et le long de la vallée de la Besuk Kobokan.  Elles ont également recommandé aux riverains d’éviter toute activité à moins de 500 m des berges de la rivière.
Bien que le panache ait été partiellement masqué par des nuages, l’analyse infrarouge a révélé des émissions continues depuis le cratère sommital avec une dispersion vers le nord et le nord-ouest.
Des observations au sol ont confirmé la formation d’une importante coulée pyroclastique se déplaçant dans le réseau hydrographique du sud-est. Cette coulée a suivi la vallée de la Besuk Kobokan, qui a historiquement constitué le principal canal d’écoulement lors des éruptions majeures du Semeru. Des rapports de terrain indiquent que les coulées pyroclastiques ont pu couvrir une distance allant jusqu’à 15 km le long de ce réseau hydrographique.
Source : CVGHM.

Voici le panache éruptif dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux :

https://x.com/i/status/1991082458138181780

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A major eruption took place at Semeru (Indonesia) on November 19, 2025, producing large pyroclastic flow and an ash column up to 16.5 km above sea level. The Aviation Color Code was raised to Red. Authorities ordered evacuations of at least 1,000 residents from nearby villages and expanded exclusion zones up to 8 km from the crater and along the Besuk Kobokan valley. .

Although the plume was partially obscured by meteorological cloud, infrared analysis indicated continuous emissions from the summit crater and dispersal toward the north and northwest.

Ground observations confirmed the generation of a large pyroclastic flow moving through the southeastern drainage network. The flow followed the Besuk Kobokan valley, which has historically acted as the primary channel during major eruptive episodes at Semeru. Field reports indicated that the pyroclastic flows may have extended to distances of up to 15 km along the southeastern drainage system.

Source : CVGHM.

Here is a video of the ash plume as een on the social nietworks :

https://x.com/i/status/1991082458138181780