La chaleur de l’océan Austral fait fondre la banquise antarctique // Heat of the Southern Ocean is melting Antarctic sea ice

Concentrations de CO2 : 431,86 ppm (27 mai 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Pendant des décennies, l’Antarctique a semblé défier le réchauffement climatique. La croissance et le retrait saisonniers de la banquise montraient une remarquable résilience. On la décrivait souvent comme le « cœur battant de la planète ». Contrairement à l’Arctique, où la banquise a rapidement diminué avec le réchauffement climatique, la banquise antarctique est restée relativement stable. Elle s’est même étendue entre 2007 et 2015. Mais cette résilience est terminée.
L’Antarctique a longtemps été considérée comme une composante du système climatique montrant une évolution lente. La rapidité du récent recul de la banquise a donc surpris le monde scientifique. Depuis 2015, la banquise antarctique a fortement diminué et en 2023, son étendue hivernale a atteint des niveaux records. La situation se poursuit aujourd’hui.

Certes, les scientifiques s’attendaient à ce que la banquise antarctique se réduise avec le réchauffement climatique, mais pas aussi rapidement. Le déclin observé au cours de la dernière décennie n’avait pas été prévu par les modèles climatiques utilisés pour comprendre la réaction du continent au réchauffement de la planète. Ce recul récent est donc particulièrement préoccupant. Il montre que la situation peut évoluer plus rapidement, ou différemment que prévu, une chose que nos modèles ne sont pas capables de pleinement appréhender. Ceci est important car la banquise réfléchit la lumière du soleil vers l’espace et contribue à la formation de courants océaniques qui emprisonnent la chaleur et le carbone dans les profondeurs. Son recul aura des conséquences sur le climat et sur les écosystèmes uniques de l’Antarctique qui en dépendent.
Une nouvelle étude menée par des scientifiques de l’Université de Southampton, publiée dans Science Advances, montre que l’océan Austral autour de l’Antarctique a subi une transformation fondamentale : la chaleur, auparavant piégée en profondeur, remonte désormais à la surface et peut faire fondre la banquise.
La chaîne d’événements à l’origine de ce changement a débuté il y a plusieurs décennies. Autour de l’Antarctique, les vents se sont intensifiés en raison du trou dans la couche d’ozone et des émissions de gaz à effet de serre. Ces vents plus puissants ont agi comme une pompe; ils ont attiré progressivement les eaux profondes, chaudes et salées, vers la surface.
Pendant des années, l’océan Austral autour de l’Antarctique est resté bien stratifié, avec les eaux froides et douces qui reposaient sur les eaux plus chaudes et plus salées en dessous. Cette stratification empêchait la chaleur d’atteindre la surface. Mais cette barrière a fini par s’affaiblir. En 2015, les eaux profondes et chaudes étaient suffisamment remontées à la surface pour que les tempêtes et les vents violents les brassent. Les eaux autour de l’Antarctique sont depuis lors prises au piège d’un cercle vicieux facile à comprendre : La remontée des eaux profondes amène chaleur et sel à la surface. La chaleur fait fondre la banquise, tandis que l’excès de sel rend les eaux de surface plus denses et facilite leur mélange avec les eaux plus chaudes des profondeurs. Cela permet à encore plus de chaleur de remonter, rendant la formation de nouvelle banquise plus difficile, et ainsi de suite.

Résumé des processus à l’origine de la fonte de la banquise antarctique (Image extraite de l’étude parue dans Science Advances)

Les conséquences de ce phénomène ne sont pas seulement physiques. La banquise antarctique abrite un écosystème unique au monde. Des algues se développent sur et sous la glace, nourrissant le krill, qui à son tour nourrit les manchots, les phoques, les baleines et les oiseaux marins. La réduction de la banquise a déjà provoqué la noyade d’un grand nombre de poussins de manchots empereurs, mettant en péril l’espèce entière (voir ma note du 30 avril 2024). Une diminution durable de la banquise modifierait donc non seulement le climat, mais aussi l’écosystème vivant de l’océan Austral.
La réduction de la banquise antarctique n’est pas un simple problème régional. Cette banquise agit comme un miroir; elle réfléchit la lumière du soleil et contribue à maintenir la planète à une température acceptable. À mesure que cette glace de mer diminue, l’océan absorbe davantage de chaleur. Dans le même temps, les modifications de la circulation océanique australe risquent de réduire la capacité de l’océan à stocker la chaleur et le carbone. Par le passé, l’Antarctique contribuait à atténuer les effets du réchauffement climatique. Les résultats de cette nouvelle étude montrent que son rôle pourrait désormais s’inverser.
On ignore encore si ce changement est permanent. Toutefois, si la banquise reste à un niveau faible, l’océan Austral pourrait accélérer le réchauffement climatique au lieu de le limiter.
Source : Université de Southampton.

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For decades, Antarctica seemed to defy global warming. The seasonal growth and retreat of Antarctic sea ice appeared remarkably resilient. It was often described as the « heartbeat of the planet ». Unlike the Arctic, where sea ice declined rapidly as the planet warmed, Antarctic sea ice showed little overall loss. It even expanded between 2007 and 2015. But that resilience has now broken.

Antarctica was long considered a part of the climate system expected to change slowly. The speed of the recent sea ice decline has therefore come as a shock. Since 2015, Antarctic sea ice has declined sharply. In 2023, winter sea ice extent fell to record lows.

Scientists did expect Antarctic sea ice to shrink as the planet warmed, but not this quickly. The downturn over the past decade was not predicted by the climate models used to understand how the continent responds to warming. This makes the recent decline especially concerning. It suggests things may be unfolding faster, or in different ways, than our models can fully capture.

This matters because sea ice reflects sunlight back into space and helps drive ocean currents that lock away heat and carbon deep underwater. Its decline will have consequences for the climate and for Antarctica’s unique ecosystems that rely on it.

A new study by scientists at the University of Southampton, published in Science Advances, shows that the ocean around Antarctica has undergone a fundamental shift. Heat that had been trapped deep below the surface is now rising upwards, where it can melt sea ice.

The chain of events that triggered this change began decades ago. Around Antarctica, winds strengthened as a result of the ozone hole and greenhouse gas emissions. These stronger winds acted like a pump, gradually drawing warm, salty deep water closer to the surface.

For years, the Southern Ocean around Antarctica was strongly layered, with cold fresh water sitting on top of warmer, saltier water below. That layering stopped the heat from reaching the surface. But eventually the barrier weakened. By 2015, warmer deep water had risen close enough to the surface for storms and strong winds to churn it upwards.

The waters around Antarctica have since become trapped in a self-reinforcing cycle. Rising deep water brings heat and salt to the surface. The heat melts sea ice, while the extra salt makes the surface waters denser and easier to mix with warmer waters below. That allows even more heat to rise upwards, making it harder for new sea ice to form, and so on.

The consequences are not only physical. Antarctic sea ice supports one of the world’s most distinctive ecosystems. Algae grow on and under the ice, feeding krill, which in turn sustain penguins, seals, whales and seabirds. Low sea ice has already been linked to mass drowning of emperor penguin chicks, putting the entire species at risk. A long-term shift to lower sea ice cover would therefore reshape not only the climate itself, but also the living Southern Ocean.

This is not just a regional story. Antarctic sea ice acts like a mirror, reflecting sunlight and helping keep the planet cool. As it shrinks, more heat is absorbed by the ocean. At the same time, changes in the Southern Ocean circulation could reduce the ocean’s ability to store heat and carbon. In the past, Antarctica helped buffer global warming. The results of the new studay suggest it may now be shifting in the opposite direction.

Whether this marks a permanent change remains uncertain. But if low sea ice conditions persist, the Southern Ocean could start to accelerate global warming rather than limit it.The Conversation

Source : University of Southampton.

Quand la chaleur du Sheveluch fait fondre la neige /// When the heat from Sheveluch melts the snow

Dans son dernier rapport quotidien, la Kamchatka Volcanic Eruption Response Team (KVERT) indique que l’activité effusive du Sheveluch (Kamtchatka, Russie) se poursuit, accompagnée d’importantes émissions de gaz et de vapeur. Les données satellitaires révèlent une anomalie thermique sur le volcan.
Le Sheveluch est le volcan actif le plus septentrional du Kamtchatka. Avec le Karymsky, il est le plus actif et celui qui entre le plus fréquemment en éruption dans la région. Il figure aussi parmi les volcans les plus actifs de la planète. Le Sheveluch émet en moyenne 0,015 km³ de magma par an, ce qui provoque de fréquentes et importantes avalanches de lave incandescente et la formation de dômes de lave au sommet.

Crédit photo: KVERT

Le volcan se compose de trois parties : le stratovolcan Vieux Sheveluch – une ancienne caldeira – et le Jeune Sheveluch, volcan actif culminant à environ 2 800 mètres d’altitude. Les émissions de cendres du Sheveluch perturbent fréquemment le trafic aérien entre l’Asie et l’Amérique du Nord.

Vue du dôme de lave du Jeune Sheveluch (Crédit photo : KVERT)

De nouvelles images satellites montrent comment la chaleur en provenance de l’intérieur de l’édifice volcanique fait fondre la neige en surface. Les images prises par le satellite Landsat 9 le 23 avril 2026 montrent des chenaux sombres de cendres et de débris volcaniques qui balafrent les pentes enneigées du Sheveluch.

Vue du dôme de lave du Sheveluch le 23 avril 2026 (Source : NASA)

Le Sheveluch est connu pour son activité quasi constante ; les satellites détectent fréquemment des dépôts de cendres, des signatures thermiques et des avalanches de roches incandescentes sur ses pentes.
Au centre du volcan se trouve un dôme de lave en expansion (Jeune Sheveluch) qui s’est développé ces derniers mois à l’intérieur du cratère en forme de fer à cheval du Vieux Sheveluch. L’effondrement partiel du dôme instable peut déclencher des coulées pyroclastiques qui laissent derrière elles d’épais dépôts qui conservent la chaleur pendant des mois, voire des années après une éruption. Cette chaleur persistante est visible depuis l’espace. Sur les nouvelles images satellites, la neige a fondu le long de plusieurs chenaux d’écoulement, là où de nouveaux dépôts volcaniques se sont répandus sur les pentes du volcan ces derniers mois. Certaines des cicatrices sombres visibles sur les images hébergent probablement la chaleur de la gigantesque éruption du Sheveluch en 2023. Le volcan a alors vomi d’impressionnantes coulées pyroclastiques.

La fonte de la neige et de la glace au sommet d’un volcan actif, provoquée par sa chaleur interne, n’est pas exceptionnelle. Elle n’est pas dangereuse tant que les zones environnantes ne sont pas habitées. En effet, la fonte des neiges et des glaces peut déclencher des lahars dévastateurs. Une telle tragédie s’est produite en 1985 au Nevedo del Ruiz (Colombie), lorsque la chaleur interne du volcan a fait fondre la calotte glaciaire sommitale. Les coulées de boue qui ont suivi ont fait 25 000 victimes, notamment dans la ville d’Armero.

La calotte glaciaire du Nevado del Ruiz vue par satellite (Source : ESA)

Source : GVN, NASA, space.com.

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In its latest daily reports, the Kamchatka Volcanic Eruption Response Team (KVERT) indicates that effusive activity of Sheveluch (Kamchatka / Russia) continues, accompanied by powerful gas-steam emissions. Satellite data show a thermal anomaly on the volcano.

Sheveluch is the northernmost active volcano in Kamchatka. With Karymsky, it is Kamchatka’s largest, most active and most continuously erupting volcano, as well as one of the most active on the planet. Shiveluch erupts an average of 0.015 km3 of magma per year, which causes frequent and large hot avalanches and lava dome formations at the summit. There are three elements of the volcano: the stratovolcano Old Shiveluch, an ancient caldera; and the active Young Shiveluch, with an elevation of about 2,800 meters. Volcanic ash emissions from Sheveluch often disrupt air traffic between Asia and North America.

Fresh satellite images have captured Sheveluch melting snow from the inside out as heat continues to seep through the volcanic edifice. Images captured by the Landsat 9 satellite on April 23, 2026 show dark channels of ash and volcanic debris cutting through the snowy slopes of Sheveluch.

The volcano is known for near-constant activity, with satellites frequently detecting ash deposits, heat signatures and avalanches of hot rock flowing down its slopes.

At the center of the volcano sits a growing lava dome that has been expanding in recent months inside Sheveluch’s horseshoe-shape crater. As parts of the unstable dome collapse, they can trigger fast-moving pyroclastic flows that leave behind thick deposits that can hold heat for months or even years after an eruption. That lingering heat is visible from space. In the new satellite images, snow has melted away along several flow channels where fresh volcanic deposits have spread across the volcano’s slopes in recent months. Some of the dark scars highlighted in the imagery may still contain heat from Shivelyuch’s massive 2023 eruption, which sent huge pyroclastic flows surging across the volcano.

The melting of snow and ice at the summit of an active volcano because of its interior heat is not exceptional. It is not dangerous as long as the areas around ithe volcano are not populated. Indeed, when the snow and ice melt, the phenomenon can trigger dangerous lahars that can be destructive. Such a tragedy occurred in 1985 at Nevedo del Ruiz (Colombia) when the inside heat of the volcano melted the summit icecap. The mudflows that followed killed 25,000 people, especially in the town of Armero.

Source : GVN, NASA, space.com.

L’IFREMER explore les abysses // IFREMER explores the abyss

Les deux premiers prototypes de flotteurs-profileurs Argo Deep-6000, développés par l’Ifremer, ont effectué avec succès leurs premières plongées en autonomie en haute mer, au nord des Antilles. Depuis le 11 janvier 2026, chacun des deux profileurs a effectué cinq cycles complets jusqu’à 6 000 mètres de profondeur, transmettant pour la première fois des données inédites sur les abysses. La France devient ainsi le troisième pays au monde, après les États-Unis et la Chine, à concevoir des profileurs Argo capables d’explorer ces profondeurs extrêmes. D’ici à 2028, 30 de ces profileurs grands fonds rejoindront la flotte internationale de 4000 profileurs pour couvrir plus de 98% du volume de l’Océan mondial.

L’Ifremer précise sur son site que ces nouveaux profileurs Argo Deep-6000 permettront de mesurer en temps réel la salinité, la température, l’oxygène et la pression des grands fonds, afin de mieux connaître l’impact du réchauffement climatique jusqu’à 6000 mètres de profondeur. Les chercheurs pourront également obtenir des informations sur la circulation océanique profonde qui contribue au stockage dans l’océan profond des signaux climatiques comme la chaleur ou le carbone, et affiner les modèles de prévisions océaniques.

Argo est un exemple de coopération internationale remarquable, avec plus de 60 pays qui y contribuent.

Comme je l’explique souvent sur ce blog, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les profondeurs de nos propres océans. Ce sont pourtant dans les abysses que se trouvent les zones de subduction, facteur déclencheur des séismes les plus puissants et les plus destructeurs. L’Ifremer confirme que l’Océan abyssal est encore largement méconnu et très peu échantillonné.

Pourtant, environ 10% du réchauffement total de l’Océan est situé en dessous de 2000 mètres de profondeur, et les rares données dont nous disposons indiquent un fort signal de réchauffement sous 4000 mètres dans l’Océan Austral qui commence à se propager vers le nord dans les Océans Pacifique, Atlantique et Indien. Passer le cap des grands fonds est donc essentiel pour la communauté scientifique qui va rapidement bénéficier d’un jeu de données complet permettant de suivre à la fois l’évolution temporelle de ce réchauffement et sa propagation spatiale dans les eaux les plus profondes. Les données recueillies permettront également de mieux connaître la contribution des zones abyssales à l’augmentation du niveau de la mer.

L’Ifremer explique sur son site web que le développement des profileurs Argo Deep-6000 a nécessité de lever des verrous techniques liés à la très importante pression exercée par la colonne d’eau dans les grandes profondeurs.

Ces profileurs sont capables de plonger et remonter en autonomie sur des cycles de dix jours, comme leurs homologues qui plongent entre 2000 et 4000 mètres. Afin de résister aux conditions des abysses, un matériau composite a été préféré au titane. Chaque flotteur pèse 40 kilogrammes contre 20 kilogrammes pour les flotteurs classiques, pour résister aux conditions extrêmes auxquelles il sera exposé.

Source : Ifremer.

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The first two prototypes of the Argo Deep-6000 profiler floats, developed by Ifremer, have successfully completed their first autonomous dives in the open ocean, north of the Antilles. Since January 11, 2026, each of the two profilers has completed five full cycles to a depth of 6,000 meters, transmitting unprecedented data on the abyssal zone for the first time. France thus becomes the third country in the world, after the United States and China, to develop Argo profilers capable of exploring these extreme depths. By 2028, 30 of these deep-sea profilers will join the international fleet of 4,000 profilers to cover more than 98% of the world’s ocean volume.

Ifremer explains on its website that these new Argo Deep-6000 profilers will allow for real-time measurement of salinity, temperature, oxygen, and pressure in the deep sea, in order to better understand the impact of global warming down to depths of 6,000 meters. Researchers will also be able to obtain information on deep ocean circulation, which contributes to the storage of climate signals such as heat and carbon in the deep ocean, and refine ocean forecasting models.

Argo is an example of remarkable international cooperation, with more than 60 countries contributing to the project.

As I often explain on this blog, we know more about the surface of Mars than the depths of our own oceans. Yet, it is in the abyssal zone that subduction zones are found, the trigger for the most powerful and destructive earthquakes. Ifremer confirms that the abyssal ocean remains largely unknown and very poorly sampled.

However, approximately 10% of total ocean warming occurs below 2,000 meters, and the limited data available indicates a strong warming signal below 4,000 meters in the Southern Ocean, which is beginning to propagate northward into the Pacific, Atlantic, and Indian Oceans. Therefore, reaching the deep sea is essential for the scientific community, which will soon benefit from a comprehensive dataset enabling it to track both the temporal evolution of this warming and its spatial propagation in the deepest waters. The data collected will also provide a better understanding of the contribution of abyssal zones to sea-level rise.

Ifremer explains on its website that the development of the Argo Deep-6000 profilers required overcoming technical challenges related to the very high pressure exerted by the water column in the deep sea.

These profilers are capable of autonomous dives and ascents on ten-day cycles, like their counterparts that dive between 2,000 and 4,000 meters. To withstand the conditions of the deep sea, a composite material was chosen over titanium. Each float weighs 40 kilograms, compared to 20 kilograms for conventional floats, to withstand the extreme conditions to which it will be exposed.

Source: Ifremer.

Une histoire de lacs de lave sur Io, la lune de Jupiter // A story of lava lakes on Io, Jupiter’s moon

J’ai rédigé plusieurs notes sur Io, la lune de Jupiter, sur ce blog. Dans l’une d’elles parue le 23 avril 2024, j’expliquais qu’une nouvelle animation réalisée à partir des données de la sonde Juno de la NASA révélait un immense lac de lave à la surface d’Io. Juno a survolé la surface d’Io à moins de 1 500 kilomètres de distance entre décembre 2023 et janvier 2024. Ces survols ont permis d’observer la lune de Jupiter qui héberge des centaines de volcans actifs.

Selon la NASA, les éruptions de ces volcans sont parfois si puissantes qu’elles sont visibles avec des télescopes depuis la Terre. Les images fournies par Juno montrent Loki Patera, un lac de lave de 200 km de diamètre à la surface d’Io. Les scientifiques observent ce lac de lave depuis des décennies. Il se situe au-dessus des réservoirs de magma situés sous la surface d’Io. La lave en cours de refroidissement au centre du lac est entourée d’un cercle de magma possiblement en fusion sur les bords. Les données de la sonde Juno ont permis de créer une animation du lac de lave Loki Patera :
https://youtu.be/GsbEpYNVTFc

 

Image du lac de lave extraite de l’animation

Un article paru récemment sur le site space.com nous apprend que grâce aux données fournies par la sonde Juno, des scientifiques ont découvert que Io, le corps le plus volcanique du système solaire, est encore plus chaud qu’on le pensait. En effet, la lune de Jupiter semble émettre depuis sa surface une quantité de chaleur des centaines de fois supérieure aux estimations précédentes.
Cette sous-estimation n’est pas due à un manque de données, mais à une erreur d’interprétation des données transmises par la sonde Juno. De plus, on apprend qu’environ la moitié de la chaleur rayonnée par Io provient de seulement 17 des 266 sources volcaniques connues sur la lune.

Au vu de cette concentration apparente de chaleur, les chercheurs pensent qu’il n’existerait pas un immense lac de lave sous la surface de Io, contrairement aux hypothèses émises antérieurement. Le chef de l’équipe scientifique à l’Institut national d’astrophysique (INAF) a déclaré : « Ces dernières années, plusieurs études ont suggéré que la distribution de la chaleur émise par Io, mesurée dans le spectre infrarouge, pourrait nous permettre de savoir si un océan de magma existe sous la surface de Io. Cependant, en comparant ces résultats avec d’autres données fournies par Juno et des modèles thermiques plus détaillés, nous avons constaté une anomalie : les valeurs de la chaleur émise semblent trop faibles par rapport aux caractéristiques physiques des lacs de lave connus. »

Le chef de l’équipe scientifique a également expliqué que, jusqu’à présent, les études d’Io s’étaient principalement concentrées sur une bande spécifique de lumière infrarouge la bande M. Les données de la bande M recueillies par le JIRAM (Jovian InfraRed Auroral Mapper) à bord de Juno ont permis d’identifier les régions les plus chaudes d’Io et, par conséquent, de comprendre son volcanisme. Cependant, les mesures effectuées dans cette bande spectrale ont pu avoir influencé les estimations de chaleur précédentes. « Le problème est que cette bande n’est sensible qu’aux températures les plus élevées et tend donc à privilégier les zones les plus incandescentes des volcans, tout en négligeant les zones plus froides mais beaucoup plus étendues. »
En repensant leur approche des données fournies par le JIRAM de Juno, l’équipe scientifique a modifié sa vision de la structure des lacs de lave d’Io. Il en ressort que la plupart des volcans d’Io ne sont pas uniformément chauds, mais possèdent plutôt un anneau extérieur chaud et brillant avec une croûte centrale plus froide et solide (voir image ci-dessus). Cette dernière région est moins brillante dans la bande M de la lumière infrarouge, mais couvre une plus grande surface, ce qui lui permet d’émettre une quantité de chaleur considérable.

Source : space.com

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I have written several posts about Io, Jupiter’s moon, on this blog. In an article published on April 23rd, 2024, I explained that a new animation performed with NASA Juno spacecraft data revealed an enormous lava lake on the surface of Io. Juno swept within 1,500 kilometers of the volcanic surface of Io in December 2023 and January 2024. These flybys provided the closest look ever at Jupiter’s moon. Io hosts hundreds of active volcanoes. According to NASA, their eruptions are sometimes so powerful that they can be seen with telescopes on Earth. The new images showes Loki Patera, a 200-km-wide lava lake on Io’s surface. Scientists have been observing this lava lake for decades. It sits over the magma reservoirs under Io’s surface. The cooling lava at the center of the lake is ringed by possibly molten magma around the edges.

Juno spacecraft data has been used to create an animation of the lava lake Loki Patera :

https://youtu.be/GsbEpYNVTFc

An article recently published on the website space.com informs us that using data from NASA’s Juno spacecraft, scientists have discovered that io, the solar system’s most volcanic body, is even hotter than we thought. In fact, Jupiter’s moon Io could be emitting hundreds of times as much heat from its surface as was previously estimated.

The reason for this underestimate wasn’t due to a lack of data, but was a result of how Juno’s data was interpreted. The results also demonstrate that about half of the heat radiating from Io comes from just 17 of 266 the moon’s known volcanic sources.

The team behind this research thinks that this clear concentration of heat, rather than a global emission, could suggest that an Io-wide lava lake may not exist beneath the surface of this moon of Jupiter as has previously been theorized. « In recent years, several studies have proposed that the distribution of heat emitted by Io, measured in the infrared spectrum, could help us understand whether a global magma ocean existed beneath its surface, » the team leader of the National Institute for Astrophysics (INAF) said in a statement. « However, comparing these results with other Juno data and more detailed thermal models, we realized that something wasn’t right: the thermal output values ​​appeared too low compared to the physical characteristics of known lava lakes. »

The team leader also explained that until now, studies of Io have focused heavily on a specific band of infrared light known as the M-band. M-band data collected by the Jovian InfraRed Auroral Mapper (JIRAM) aboard Juno have allowed to identify the hottest regions of Io and thus understand its volcanism. However, but the measurements collected in this spectral band could have influenced previous heat estimates. « The problem is that this band is sensitive only to the highest temperatures, and therefore tends to favor the most incandescent areas of volcanoes, neglecting the colder but much more extensive ones. »

Reconsidering their approach to Juno’s JIRAM data changed the team’s view of the structure of Io’s lava lakes. They found that most of Io’s volcanoes are not uniformly hot but instead possess a hot and bright outer ring with a cooler, solid central crust (seeimage above). This latter region is less bright in the M-band of infrared light but covers a larger surface area, allowing it to emit an enormous amount of heat.

Source : space.com.