Que se passe-t-il à Stromboli ?

Dans mon dernier bulletin sur l’activité volcanique dans le monde, j’écrivais, après avoir consulté les rapports de l’INGV, que le Stromboli  montre actuellement son activité strombolienne habituelle. Elle se concentre essentiellement dans les parties Nord et Centre-sud de la terrasse cratèrique. La fréquence actuelle des explosions, d’intensité globalement moyenne, est de 12-14 événements par heure. Le Laboratorio Geofisica Sperimentale précise dans son bulletin du 15 janvier 2021 que l’édifice volcanique ne montre pas de déformation significative

En lisant la presse sicilienne et du sud de l’Italie ces derniers jours, on a une vision très différente des choses ! Ainsi, le Giornale di Sicilia titre le 15 janvier 2021 : Stromboli, paura sul cratere più esplosivo delle Eolie: ecco perchè la protezione civile è in allarme. – « Stromboli, peur sur le cratère le plus explosif des îles Éoliennes ; la protection civile est en alerte. »

Selon ce quotidien, ces derniers jours, l’activité du Stromboli se serait intensifiée et la direction régionale de la Protection Civile aurait lancé un message d’alerte. L’Université de Florence indique que « les observations du système de surveillance GB-InSAR montrent des variations significatives du champ de déformation dans le secteur du flanc nord-est du cratère, avec des valeurs de vitesse élevées (21,6 mm / heure). » Selon ces mêmes scientifiques, il existe un risque de « détachement possible de portions limitées des cônes avec écoulement d’avalanches de débris à haute température le long de la Sciara del Fuoco avec retombées de matériaux, dans des conditions de vent favorables, dans les zones habitées de Stromboli et Ginostra ».

Les autorités locales indiquent que toutes les mesures ont été prises pour assurer la sécurité de la population en cas d’événement volcanique. Le maire demande aux habitants d’être vigilants. Il rappelle que dans les conditions actuelles, l’accès du volcan aux visiteurs et aux randonneurs est interdit dès l’altitude 290 m. Côté Ginostra, le chemin de Punta Corvi est interdit à partir de l’altitude 130 m, mais autorisé jusqu’à 400 avec l’accompagnement de guides. Mêmes restrictions d’accès pour les sentiers de Punta Labronzo.

Nous sommes au mois de janvier, époque où il y a habituellement très peu de touristes à Stromboli, et encore moins en ce moment avec la crise sanitaire. La Sicile est d’ailleurs en train de passer en zone rouge avec des contraintes supplémentaires :

https://www.lasicilia.it/news/covid-19/385958/covid-sicilia-diventa-zona-rossa-misure-in-vigore-da-domenica-prossima.html

Il serait tout de même intéressant de savoir qui détient la vérité ! La webcam Skyline est hors service ce soir. Suite au prochain numéro.

La terrasse cratèrique du Stromboli (Source : INGV)

Attention: Ne pas explorer les grottes sur la Péninsule de Reykjanes (Islande)! // Warning : Do not explore the caves on the Reykjanes Peninsula (Iceland) !

Suite à l’augmentation de la sismicité enregistrée depuis la fin du mois de janvier 2020 sur la Péninsule de Reykjanes, avec une inflation du sol près du Mont. Þorbjörn, pas loin de Grindavík, l’Icelandic Met Office (IMO) effectue des mesures hebdomadaires de gaz dans les grottes près des cratères d’Eldvörp, à l’ouest du Blue Lagoon.
Le 20 février, les mesures dans l’une des grottes ont révélé une concentration potentiellement mortelle de dioxyde de carbone ainsi qu’un manque d’oxygène.
En conséquence; L’IMO a émis un bulletin d’alerte et fortement déconseillé l’exploration des grottes de la région. La grotte en question se trouve à proximité d’un parking très fréquenté par les touristes qui vont visiter les cratères d’Eldvörp. La Protection Civile et le service des urgences ont été informés de la situation.
Le bulletin d’alerte ne concerne que l’exploration des grottes de la région. La randonnée ne pose pas de problème.

Source : Iceland Review.

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Following the increased seismicity recorded since late January 2020 on the Reykjanes Peninsula, with a significant land uplift near Mt. Þorbjörn by Grindavík, the Icelandic Met Office (IMO) conducts weekly gas measurements in the caves near the Eldvörp crater row, west of the Blue Lagoon.

On February 20th, the measurements in one of the caves revealed a life-threatening concentration of carbon dioxide along with a lack of oxygen.

As a consequence; IMO has issued a warning against exploring the caves in the area. The cave in question is near a parking lot popular among travellers seeking to visit the Eldvörp craters.. The Department of Civil Protection and Emergency Management has been informed of the situation.

Tourists are informed that the warning only applies to the exploration of the caves in the area. Walking is safe.

Source: Iceland Review.

Grotte dans le nord de l’Islande. Il est agréable de s’y baigner. S’assurer auparavant que l’eau n’est pas trop chaude! (Photo: C. Grandpey)

Alerte sismique par smartphone pour les Californiens // Seismic alert by smartphone for Californians

On peut lire sur l’excellent site Web The Watchers que le nouveau système d’alerte précoce aux séismes en Californie – via l’application MyShake – a envoyé sa première alerte le 17 décembre 2019. L’alerte a été envoyée au moment d’un séisme de M4.3 enregistré dans la région de Monterey et San Luis Obispo, le long de la faille de San Andreas. 40 personnes ont reçu le message d’alerte qui a mis 8,7 secondes pour arriver sur les smartphones. Ces personnes étaient des les habitants de Paso Robles, une localité située à environ 35 km de distance.
La magnitude du séisme a d’abord été estimée à M 4,8 par l’USGS, ce qui était suffisant pour que l’application envoie l’alerte. Le séisme a finalement été abaissé à MM 4,3 sur l’échelle d’intensité de Mercalli (différente de l’échelle de Richter qui désigne la magnitude). Il était d’intensité modérée et personne n’a appelé les pompiers.
L’application avait été rendue publique le 18 octobre 2019. Elle utilise les données fournies par le système ShakeAlert de l’USGS.
Source : The Watchers.

Si j’ai bien compris, l’alerte est arrivée sur les smartphones APRÈS le déclenchement du séisme qui est un événement très soudain. Cela signifie que des dégâts – des effondrements de maison, par exemple – se seraient déjà produits s’il s’était agi d’un séisme majeur. L’application MyShake est-elle un bon moyen de prévention? Est-ce vraiment une alerte? Les gens sont-ils prévenus assez tôt ? J’ai des doutes. Au moment où ils reçoivent le message, je pense qu’il est déjà trop tard!

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On the excellent website The Watchers, one can read that California’s new statewide earthquake early warning system- the MyShake app- sent out its first public alert on December 17th, 2019. The warning was sent for an M4.3 event that took place in Monterey and San Luis Obispo counties, along the San Andreas Fault. 40 people received the alert that took 8.7 seconds to go out. The warning reached people in the town of Paso Robles, roughly 35 km away.

The quake was initially estimated at M 4.8 by USGS. The magnitude was high enough for the app to send the alert. The quake eventually registered at M 4.3 on the Modified Mercalli scale which refers to the intensity (not the magnitude) of a quake. It was mild and no one called the fire department.

The app was released publicly on October 18, 2019. It uses data provided by the USGS’s backbone ShakeAlert system.

Source: The Watchers.

As far as I can understand, the warning arrived on people’s smartphones AFTER the quake which is a very sudden event. This means that damage would have already happened if the earthquake had been a major one. Is the MyShake app a good means of prevention? Is it really an alert? By the time people receive it, I think it is too late!

 

La faille de San Andreas dans le comté de San Luis Obispo

(Photo: C. Grandpey)

Hekla (Islande) : Une bombe à retardement ? // Mt Hekla (Iceland) : A time bomb ?

On peut lire dans la base de données de la Smithsonian Institution que l’Hekla, l’un des volcans les plus actifs d’Islande, se trouve près de l’extrémité méridionale de la zone de rift Est. Au cours de son histoire, il a émis des andésites basaltiques, contrairement aux basaltes tholéiitiques que l’on rencontre généralement sur les volcans de zone de rift en Islande. Les tephras de l’Hekla sont généralement riches en fluor qui présente un risque pour les animaux dans les pâturages. Les nombreuses coulées de lave émises pendant les éruptions historiques – qui remontent à 1104 de notre ère – couvrent une grande partie des flancs du volcan.
Certains volcanologues pensent que l’Hekla a un cycle éruptif de dix ans. C’est vrai si l’on prend en compte les éruptions les plus récentes, mais au vu de l’histoire du volcan, un tel cycle n’existe pas vraiment. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, la notion de cycle en volcanologie n’a jamais été vraiment prouvée. Voici le lien vers une liste des éruptions de l’Hekla sur le site web de la Smithsonian Institution:
https://volcano.si.edu/volcano.cfm?vn=372070

Situé dans le sud de l’Islande, l’Hekla attire les touristes. Cependant, gravir ce volcan n’est pas sans risque car les éruptions se déclenchent très rapidement, sans prévenir.
N’importe qui peut l’escalader car l’ascension ne présente pas de difficultés techniques. Une fois au sommet, on a une vue magnifique sur les environs ; elle est appréciée par des foules de gens chaque année, mais très peu d’entre eux sont conscients des risques qu’ils courent en gravissant la montagne.
Comme je l’ai écrit plus haut, l’Hekla est entré assez fréquemment en éruption au cours du 20ème siècle. Les derniers événements ont eu lieu en 1947, 1970, 1980, 1991 et 2000. Ce qui caractérise l’Hekla, c’est le peu de temps – généralement moins d’une heure – qui s’écoule avant une éruption. Cette dernière commence en général par une séquence explosive au sommet, suivie grandes coulées de lave sur les flancs du volcan.
En conséquence, on peut se demander si les randonneurs qui se trouvent près du sommet en cas d’explosion parviendront à se mettre en sécurité à temps. D’importantes retombées de cendre volcanique au début d’une éruption peuvent blesser les touristes. Des avalanches de cendre chaude et de vapeur d’eau peuvent également se produire et dévaler les pentes de la montagne en quelques minutes. Les gaz toxiques qui accompagnent une éruption, peuvent constituer un autre risque majeur pour l’homme et les animaux.
Les mesures actuelles montrent que la pression dans la chambre magmatique de l’Hekla dépasse ce qu’elle était en l’an 2000. Cela donne à penser que le volcan est prêt à entrer en éruption, bien que personne ne sache à quel moment un tel événement pourrait se produire. Ce pourrait être demain…ou dans 50 ans. J’explique au cours de mes conférences que notre capacité à prédire les éruptions est très faible. S’agissant de l’Hekla, tout ce que l’on sait, c’est que les randonneurs n’auront qu’une heure pour quitter les lieux. Personne ne pouvant dire quand aura lieu la prochaine colère du volcan, il reste ouvert à la randonnée. Les touristes doivent juste être conscients du risque qu’ils courent.
La Protection Civile islandaise a installé un panneau au pied de l’Hekla pour rappeler le risque. En outre, un système d’alerte est en place. En cas de danger imminent, un SMS sera envoyé à toutes les personnes présentes dans la zone. La question est de savoir combien de temps il faudra aux gens pour prendre note de leur message et combien de temps il leur faudra pour quitter la zone dangereuse. Il faut juste espérer que personne ne se trouvera sur le volcan la prochaine fois qu’il se réveillera….
Source: Iceland Monitor.

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According to the Smithsonian Institution’s data base, Mount Hekla, one of Iceland’s most active volcanoes, lies near the southern end of the eastern rift zone. It has produced basaltic andesites, in contrast to the tholeiitic basalts typical of Icelandic rift zone volcanoes. Hekla tephras are generally rich in fluorine and are consequently very hazardous to grazing animals. Extensive lava flows from historical eruptions, which date back to 1104 CE, cover much of the volcano’s flanks.

Some volcanologists think that Hekla has a ten-year eruptive cycle. This is true if we take into account the most recent eruptions, but if we look at the volcano’s past history, such a cycle does not really exist. As I have put it several times, the notion of cycle in volcanology has never been clearly proved. Here is the link to a list of Hekla’s eruptions on the Smithsonian Institution’s website:

https://volcano.si.edu/volcano.cfm?vn=372070

Located in South Iceland, Mount Hekla is a great tourist attraction. However, hiking up the mountain comes with a risk, as this volcano’s eruptions are triggered very rapidly, without warning.

Anyone is allowed to hike up the mountain and technically, it is not a difficult hike. You get a great view from the top and it is enjoyed by many people every year. Most likely, though, very few people are aware of the risk they take by climbing the mountain.

As I put it above, Mt Hekla erupted rather frequently during the 20th century. The last events occurred in 1947, 1970, 1980, 1991 and 2000.What makes Mt Hekla unique is the short time leading up to its eruption, usually less than an hour. An eruption begins with an explosive onset at the top, followed my large lava flows.

As a consequence, one may wonder whether hikers who are standing near the top of the mountain in the event of an explosion will make it to safety in time. Large showers of volcanic ash at the onset of an eruption could injure hikers. Floods of hot ash and water could also occur, flowing down the slopes of the mountain in a matter of minutes. Poisonous gases, which accompany an eruption, would also pose a major risk to people and animals.

Current measurements show that pressure in Mt Hekla’s magma chamber already exceeds what it was in the year 2000, suggesting that the volcano is ready for an eruption, although no one knows when such an event might occur. All we know is that hikers would only get an hour’s notice. It could be tomorrow; it could also be 50 years from now. Nobody knows. I explain during my conferences that our ability to predict eruptions is very low. As nobody can predict Mt Hekla’s eruptions, the volcano is not closed to hikers; they just need to be aware of the risk they take.

Iceland’s Department of Civil Protection has installed a sign at the base of the mountain to point out the risk. Furthermore, a response system is in place, whereby an SMS would be sent to everyone in the area when it is clear that an eruption is imminent. The question is to know how long it takes people to notice their message and how much time they will have to make an escape. Next time Hekla wakes up, let’s hope no one will be on the mountain.

Source : Iceland Monitor.

Vue de l’Hekla (Crédit photo: Wikipedia)