Vers des restrictions d’accès au Tour du Mont Blanc (TMB)

Peut-être à cause des différents épisodes de canicule qui ont incité les gens à venir se réfugier en altitude, la région du Mont Blanc a connu une surfréquentation ces dernières semaines, un peu comme les salles de cinéma climatisées.

Photo: C. Grandpey

Sur les tronçons les plus prisés du Mont Blanc, comme le célèbre Tour du Mont Blanc (TMB), les groupes de randonneurs se sont suivis à un rythme si serré que les participants étaient à touche-touche, avec comme vue principale le postérieur de la personne qui précédait. Même pour les habitants de la vallée, la situation est devenue intenable à cause du comportement douteux de certaines personnes et un non respect de l’environnement. .

C’est dans ce climat que Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains, plaide pour une limitation de l’accès à l’itinéraire du Mont Blanc à partir du printemps 2027, avec des contrôles et, si nécessaire, des sanctions.

Saint-Gervais-les-Bains se situe sur le versant français du massif du Mont-Blanc. La commune constitue un point de départ important pour les excursions dans le secteur. L’accès français au TMB passe également par la région, mais seule une petite portion du parcours traverse le territoire de la commune de Saint-Gervais. Les autres communes situées le long du tronçon français de l’itinéraire ont décidé d’adopter, elles aussi, la nouvelle réglementation qui entrera en vigueur au printemps 2027.

À l’avenir, toute personne souhaitant effectuer le Tour du Mont-Blanc devra réserver une place dans un refuge ou dans une zone de bivouac autorisée. Une zone de bivouac est un secteur officiellement délimité où les randonneurs ou alpinistes sont autorisés à passer temporairement la nuit en plein air ou à monter leur tente. Contrairement à un refuge, on n’y trouve généralement aucune infrastructure ou uniquement des équipements très rudimentaires.

Le maire de St Gervais explique que si l’ascension n’est pas possible en respectant la nouvelle règlementation, les randonneurs devront la reporter l’année suivante. De son côté, la Suisse réfléchit avant d’adopter une telle réglementation.

Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, des restrictions d’accès ont été imposées par le maire de St Gervais pour l’ascension du Mont Blanc. Pour des raisons de sécurité, en particulier dans le couloir du Goûter qui est devenu un véritable enfer, les refuges du Goûter et de Tête Rousse ont été fermés.

Couloir du Goûter (Source: presse régionale)

Le but était de dissuader les alpinistes d’emprunter cet itinéraire. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre que certains réfractaires aux restrictions ont tout même décidé de traverser le couloir du Goûter au péril de leur vie. La vidéo se passe de commentaires :

https://www.facebook.com/reel/1089839753602741

Bientôt un nouveau Blatten en Suisse ? // A new Blatten in Switzerland soon?

Le 26 juillet 2022, dans une note intitulée « Village sous la menace de la montagne », j’avais cité l ‘exemple de Kandersteg, un village d’environ 1 300 habitants dans les Alpes suisses, entouré de vallées escarpées, de glaciers et de sommets imposants.

Crédit photo : Wikipedia

Le village fait à nouveau la Une des journaux en 2026, pour la même raison qu’en 2022. Je viens d’indiquer que l’année 2026 a enregistré un nombre record d’effondrements dans les Alpes, à cause des différentes canicules subies par les glaciers et les parois rocheuses où le permafrost de roche n’est plus en mesure d’assurer leur stabilité.

Au-dessus de Kandersteg se trouve le Spitze Stei (voir photo ci-dessus), une formation rocheuse instable dont le volume pourrait engendrer un éboulement potentiellement deux fois plus important que celui qui a enseveli une partie de Blatten en mai 2025.

Crédit photo : presse suisse

Les habitants vivent avec ce risque sans pour autant avoir peur. On sent une certaine fatalité au sein de la population. Des dépliants indiquent les itinéraires d’évacuation et cartographient les zones susceptibles d’être touchées. À cause du risque d’effondrement, la montagne fait l’objet d’une surveillance constante. Selon les autorités, en cas de menace réelle, un préavis d’au moins 24 heures serait donné avant un effondrement majeur.
Les géologues expliquent que le réchauffement climatique est la cause du problème. Comme je l’ai écrit plus haut, à mesure que les glaciers reculent et que le pergélisol dégèle, l’eau s’infiltre dans les fissures de la roche et le sol gelé qui assurait autrefois la cohésion des versants. Ainsi fragilisé, le sol perd sa capacité de retenue.

La Suisse, qui compte plus de glaciers alpins que tout autre pays européen, a perdu 4 % de son volume glaciaire en 2023, après une perte de 6 % l’année précédente. Le danger pour le village de Kandersteg ne se limite pas aux chutes de pierres. Un effondrement pourrait frapper le lac d’Oeschinen, situé en contrebas, et propulser une vague en direction du village.

Crédit photo : Wikipedia

Anticipant sur une hausse des températures qui ne fait qu’accélérer, les scientifiques entrevoient une situation qui pourrait devenir encore plus préoccupante. Un expert climat chez Greenpeace a déclaré : « Le problème va s’amplifier. Il se peut même qu’un jour nous devions abandonner certaines vallées ou certains villages, car il deviendra impossible d’y vivre. »

Source : différents médias européens.

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On July 26, 2022, in a post titled « Village Threatened by the Mountain, » I cited the example of Kandersteg, a village of about 1,300 inhabitants in the Swiss Alps, surrounded by steep valleys, glaciers, and towering peaks.
The village is making headlines again in 2026 for the same reason as in 2022. I have just explained that 2026 saw a record number of collapses in the Alps, driven by the various heatwaves affecting glaciers and rock faces where rock permafrost can no longer ensure stability.
Above Kandersteg lies the Spitze Stei, an unstable rock formation; its volume could trigger a rockslide potentially twice the size of the one that buried part of Blatten in May 2025.

The residents are confronted with this risk but do not necessarily live in fear; there is a sense of resignation among the population. Leaflets outline evacuation routes and map out the areas likely to be affected. Due to the risk of collapse, the mountain is under constant monitoring. According to the authorities, should a real threat arise, at least 24 hours’ notice would be given before a major collapse.
Geologists explain that global warming is the root cause of the problem. As mentioned earlier, as glaciers retreat and permafrost thaws, water seeps into cracks in the rock and the frozen ground that once held the slopes together. Weakened in this way, the ground loses its ability to hold the mass in place.
Switzerland, home to more Alpine glaciers than any other European country, lost 4% of its glacial volume in 2023, following a 6% loss the previous year. The danger facing Kandersteg is not limited to falling rocks; a collapse could strike Lake Oeschinen below, sending a wave surging toward the village.

Anticipating a rise in temperatures that is only accelerating, scientists foresee a situation that could become even more concerning. A climate expert at Greenpeace stated: « The problem will intensify. We might even have to abandon certain valleys or villages one day, because living there will become impossible. »
Source: various European media outlets.

2026, l’année des éboulements dans les Alpes

La France adore les records en tous genres : températures extrêmes, nombres de jours de canicules, nombre d’hectares brûlés, nombre de noyés, nombre de morts en EHPAD, etc. Aujourd’hui, c’est le massif du Mont Blanc qui décroche le pompon en matière d’éboulements. L’année 2026 est en effet un record , tant dans la fréquence des éboulements que dans la quantité de roches qui se sont détachées des montagnes. 450 écroulements ont été recensés jusqu’à présent dans le massif du Mont-Blanc, contre 300 en 2022, année du précédent record. C’est à la fois impressionnant et très inquiétant. Il y a 10 ou 20 ans, quelques dizaines d’éboulements seulement étaient enregistrés.

De tels effondrements sont bien sûr dus au réchauffement climatique et aux fortes températures enregistrées sur le massif alpin. Je ne parlerai pas de « large majorité » comme le fait le CNRS, mais de « quasi totalité » pour désigner le nombre d’effondrements causés par la hausse des températures. À plusieurs reprises cet été, l’isotherme 0°C est monté à plus de 5000 mètres d’altitude. Dans de telles conditions, le permafrost de roche qui assure la stabilité des parois dégèle et tout s’écroule.

Le 5 août 2026, un important éboulement a été observé sur la face sud du Cervin, côté italien, générant une impressionnante avalanche de poussière.

Crédit photo : presse régionale

Le 12 août, un événement semblable a été observé sur le versant de l’Aiguille du Midi à Chamonix. Le téléphérique que l’on aperçoit sur les images de l’événement diffusées sur les réseaux sociaux, n’a, heureusement, pas été impacté par l’effondrement.

Source: réseaux sociaux

Les glaciers contribuent eux aussi à ce phénomène. Dans un état normal, ils exercent des pressions stabilisatrices sur leur encaissant, mais lorsqu’ils fondent et perdent de l’épaisseur, les parois se décompriment, ce qui peut causer des éboulements.

Il y a quelques années, en Nouvelle Zélande, les éboulements dans l’encaissant du glacier Fox, l’un des plus imposants du pays, ont entraîné une interdiction des randonnées dans la vallée glaciaire.

La perte rapide d’épaisseur de tels glaciers est visible car la nature n’a pas le temps de reprendre ces droits, comme ci-dessous sur la glacier d’Aletsch en Suisse.

Photos: C. Grandpey

Les scientifiques avertissent que les éboulements vont se poursuivre dans les prochaines semaines et même en automne. En effet, l’énorme quantité de chaleur qui s’est accumulée à l’intérieur de la roche pendant l’été 2026 va continuer à y pénétrer jusqu’en novembre, décembre, voire jusqu’en janvier. Le géomorphologue Ludovic Ravanel explique que les plus gros éboulements auront lieu cet automne, mais ils devraient être moins fréquents.

Il est bien évident que la déstabilisation des parois rocheuses est un risque pour les alpinistes. Plusieurs d’entre eux ont péri dans les Alpes depuis le début de la saison estivale. J’ai signalé plusieurs accidents sur ce blog. Ainsi, le 13 juin, deux alpinistes d’une trentaine d’années ont été emportés sur près de 300 mètres par une chute de pierres sur l’arête Kuffner du Mont Maudit. Le même jour, côté italien du massif, un skieur-alpiniste de 56 ans a trouvé la mort après le déclenchement d’une plaque de neige sur l’éperon de la Brenva, vers 4 100 mètres d’altitude.

J’ai aussi expliqué (voir ma note du 12 août) que les refuges de Tête Rousse et du Goûter avaient été fermés afin de dissuader les alpinistes d’emprunter ces voies d’accès au sommet du Mont Blanc car elles étaient jugées trop dangereuses à cause des éboulements. Ce n’est pas pour rien que le couloir du Goûter a été surnommé le « couloir de la mort ».

Couloir du Goûter (Crédit photo: presse régionale)

Le réchauffement climatique en montagne est également un problème pour les infrastructures, les refuges et les remontées mécaniques. Plusieurs refuges ont été fermés par sécurité ces dernières années.

Comme je l’ai écrit précédemment, plusieurs courses en haute montagne décrites en 1973 par le guide Gaston Rébuffat sont aujourd’hui impossibles.

Fin du ski d’été au col du Stelvio (Italie)

Le col du Stelvio est le plus haut col routier des Alpes italiennes avec 2 758 mètres d’altitude. Reliant Bormio en Lombardie à Prato allo Stelvio dans le Trentin-Haut-Adige, c’est aussi le second plus haut col routier des Alpes après le col de l’Iseran (2 764 m).

Le Stelvio a été gravi à plusieurs reprises par le Giro d’Italia, dans des conditions météorologiques parfois difficiles. Un jour, afin de dramatiser la course, Jean-Paul Ollivier (« Paulo la science ») a même ajouté que le col était fréquenté par les loups… !

Crédit photo: Wikipedia

En plus des cyclistes, le col du Stelvio est bien connu des skieurs qui viennent y pratiquer le ski d’été, mais cette discipline a du plomb dans l’aile avec l’accélération du réchauffement climatique. Jusqu’au mois d’août 2026, le Stelvio était le dernier domaine de ski d’été encore opérationnel en Europe. Il vient de suspendre ses activités le 15 août en raison de conditions météorologiques défavorables.

Source: presse italienne

La société exploitante SIDAS a justifié cette fermeture en invoquant l’impossibilité de garantir «la sécurité et la qualité des opérations de ski» dans le contexte actuel. La chaleur persistante et des orages à répétition ont fragilisé le glacier et l’ont rendu trop dangereux. Bien que le domaine skiable culmine à 3450 mètres d’altitude, le manteau neigeux ne parvient plus à se refroidir suffisamment la nuit.

Les téléphériques restent en service pour permettre aux visiteurs d’accéder au glacier. Les exploitants du Stelvio, tout comme ceux de Saas-Fee et Zermatt, espèrent rouvrir leurs pistes estivales dès qu’il y aura une amélioration des conditions. Par ailleurs, trois glaciers autrichiens prévoient de lancer leur saison 2026-2027 dès le mois prochain. Je ne comprendrai jamais cette obstination des stations alpines à vouloir fonctionner en dépit des conditions climatiques défavorables qu’elles refusent d’admettre. Le déni du réchauffement climatique a la vie dure dans les Alpes !

Pourtant, la fermeture du Stelvio s’inscrit dans une séquence rapide de fermetures à travers les Alpes. Ainsi, Zermatt-Cervinia (Suisse/Italie) a suspendu son ski d’été début août car une canicule prolongée a empêché tout regel nocturne sur le glacier du Théodule. Saas-Fee (Suisse) a stoppé ses activités estivales le 10 août, alors que l’isotherme 0°C atteignait près de 5000 mètres et les infrastructures glaciaires de dégradaient. Hintertux (Autriche) avait annoncé en début d’année qu’il ne tenterait pas d’ouvrir en août 2026. Dans oublier Tignes et les Deux-Alpes en France qui ont arrêté le ski d’été plus tôt que les années précédentes.

La situation est pire que pendant l’épidémie de Covid-19, époque où Zermatt était parvenu à rester ouvert. Lors de l’été caniculaire de 2022, Hintertux avait pu continuer à fonctionner grâce à son système d’enneigement artificiel sur glacier, alors que tous les autres domaines avaient dû fermer. En 2026, en revanche, les canicules à répétition ont fait monter l’isotherme 0°C à des altitudes inédites. Avec des chutes de neige faibles pendant l’hiver, les glaciers ont vite été dépouillés de leur couverture de poudreuse et la glace s’est retrouvée à nu, interdisant la pratique du ski.

Source : presse suisse et italienne.