Effondrement des Alpes : en Allemagne aussi !

Un important éboulement s’est produit sur la Zugspitze (2962 m), le plus haut sommet d’Allemagne.

Crédit photo: Wikipedia

Le 22 septembre 2026 au matin, d’importants blocs de roche se sont détachés du versant situé à la frontière germano-autrichienne. Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent un immense nuage de poussière s’étendant de la montagne jusqu’à la ville de Grainau, accompagné de fortes détonations.

Selon le service de secours en montagne de Grainau, les rochers sont tombés directement le long de la crête frontalière. Aucun dégât n’est signalé sur les infrastructures ou les sentiers. La zone touchée est particulièrement accidentée et aucun sentier de randonnée ne la parcourt. Des chutes de pierres se sont poursuivies le 23 septembre. Ce type de phénomène n’est plus surprenant sur la Zugspitze, mais l’ampleur de l’événement est inhabituelle. Le phénomène est très probablement lié au dégel du permafrost de roche qui assure normalement la stabilité des parois. Le glissement de terrain n’a eu aucun impact sur le fonctionnement des remontées mécaniques et des téléphériques.

Source: presse allemande.

Tête-Rousse : un glacier sous surveillance

Dans la nuit du 11 au 12 juillet 1892, le glacier de Tête Rousse a libéré brusquement une masse d’eau et de glace estimée à 200 000 m³. Très rapidement, cette lave torrentielle a atteint un volume d’un million de mètres cubes et a tout rasé sur son passage. Onze maisons du hameau de Bionnay, ont été emportées faisant trois victimes.

La coulée poursuivit sa route plus en aval vers Saint-Gervais où elle s’engouffra dans la gorge des Bains. L’établissement thermal de Saint-Gervais fut balayé par la lave torrentielle qui anéantit six bâtiments et causa la mort de 130 personnes.

Après avoir franchi le pont du Fayet le flot de boue s’étala dans la plaine sur 75 hectares, après avoir démoli huit maisons et tué douze personnes. Les dégâts furent considérables et le bilan humain catastrophique. Le nombre de morts et disparus est estimé entre 175 et 200.

On a tout d’abord pensé, à tort, qu’il s’agissait d’une chute de l’extrémité du glacier de Bionassay.

 Photo: C. Grandpey

La cause véritable était la libération brutale d’une poche d’eau accumulée à l’intérieur du glacier de Tête-Rousse, perché à plus de 3 000 mètres d’altitude sur les flancs du massif du Mont-Blanc

Glacier de Tête Rousse (Crédit photo : Le Dauphiné)

En quelques instants, un gigantesque torrent de boue, de glace et de roches s’était engouffré dans la vallée.

J’étais à St Gervais les Bains il y a quelques jours et je me demandais si une telle catastrophe était susceptible de se reproduire. Une exposition de documents dans le hall d’accueil de l’établissement thermal rappelle parfaitement les événements de 1892.

Au début, la catastrophe de 1892 est passée sous silence, un peu comme un tabou qu’il ne fallait pas remuer, mais à partir de l’été 2010, le glacier de Tête-Rousse est devenu l’un des plus surveillés de France. En effet, les glaciologues ont découvert qu’il recélait des poches d’eau emprisonnées sous la glace et qui étaient susceptibles de se rompre brutalement et de déverser 65 000 m³ d’eau et de boue dans la vallée. Il est alors décidé de mettre en place un spectaculaire chantier de sécurisation dont le but est de forer la glace et purger la poche d’eau accumulée sous le glacier. avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

En l’espace de cinq ans le volume d’eau présent dans la cavité passe de 60 000 à 10 000 m³. Toutefois, la découverte, en 2014, d’une nouvelle poche en amont du glacier ravive les craintes d’une inondation. Son volume est estimé entre 20 000 et 35 000 m³.

Dans le même temps, des mesures sont prises pour alerter la population en cas de danger. Le 4 août 2010, des sirènes résonnent dans toute la vallée lors d’un exercice grandeur nature. L’objectif est de permettre aux riverains d’identifier immédiatement le signal d’alerte en cas de rupture du glacier. Le système de sirènes reçoit un accueil mitigé de la part de la population et son efficacité est souvent mise en doute.

Aujourd’hui, en 2026, 134 ans après la catastrophe de 1892, le glacier de Tête-Rousse demeure sous haute surveillance et représente un laboratoire grandeur nature de la gestion des risques en montagne. La dernière crue glaciaire au Népal a montré que la surveillance est essentielle, surtout à une époque où le réchauffement climatique a un impact sévère sur les Alpes.

La fonte des Alpes (suite)

Avant d’aller passer quelques jours en Italie, j’ai fait une halte du côté de Chamonix, histoire de jeter un coup d’œil aux glaciers et voir à quel point le réchauffement climatique les fait souffrir. Dès mon arrivée à Sallanches, j’ai été surpris par la réduction de la surface de neige et de glace depuis ma dernière visite en 2022.

J’en ai eu la confirmation en me rendant sur le Plateau d’Assy où la vue sur le massif du Mont Blanc est magnifique. Je comprends pourquoi les parapentistes apprécient le site.

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 J’avais jugé inutile de prendre le train du Montenvers pour aller saluer la Mer de Glace. Les images de la webcam m’avaient montré que le glacier, ou ce qu’il en reste, n’en valait pas la peine.

Image webcam

La Mer de Glace est une véritable mer morte. Les Chamoniards que j’ai rencontrés se posent de sérieuses questions sur le devenir de la grotte qui pourrait bien ne plus exister à très court terme. J’ai fait remarquer que l’excursion allait perdre une grande partie de son intérêt, mais on m’a répondu, à juste titre, que le panorama ne disparaîtrait pas avec le réchauffement climatique. J’ai eu la chance de pouvoir admirer la Mer de Glace dès l’âge de 8ans.

Mes yeux de gosse n’étaient pas assez grands pour profiter du spectacle offert pat le glacier et les Grandes Jorasses que je ne connaissais que par les images de mon livre de géographie de l’école primaire. Aujourd’hui, j’ai envie de pleurer quand je vois le spectacle de désolation offert aux visiteurs…

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Je suis également triste quand je prends le télésiège qui permet de monter observer le glacier des Bossons, ou ce qu’il en reste. Comme pour la Mer de Glace, la morphologie n’a plus rien à voir avec celle des années 1950. Un arc de fonte entame en ce moment le front du glacier.

On a l’impression que les séracs sont sur le point de se précipiter dans le vide. Le recul du glacier depuis ma dernière visite en 2022 est impressionnant. La célèbre Jonction avec le Taconnaz n’existe d’ailleurs plus depuis longtemps.

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Le recul du glacier de Bionnassay est lui aussi inquiétant. Depuis le début de l’été 2027, le Tramway du Mont Blanc (TMB) monte jusqu’au Nid d’Aigle d’où partent des sentiers qui permettent de s’approcher du glacier. Dès que je l’ai aperçu depuis le train, je me suis rendu compte qu’il avait considérablement perdu de la masse au cours des quatre dernières années, à l’image des autres glaciers du massif.

 À l’extrémité du couloir de fonte, on distingue un lac à la belle couleur verte où nagent quelques glaçons. Des chutes de pierres et de séracs se produisent régulièrement dans le lac, mais son volume n’est pas répertorié parmi les situations de surverse critique, comme pour le lac de Rosolin à Tignes, par exemple.

Le lac s’est formé progressivement depuis les années 2000 à l’avant du front glaciaire en raison du réchauffement climatique et du recul de la langue de glace. Selon mes informations – à confirmer – le lac ne constitue pas une menace directe et imminente pour les vallées en contrebas, contrairement à la poche d’eau du glacier de Tête-Rousse à laquelle je consacrerai une prochaine note.

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Une fois passé le tunnel du Mont Blanc, j’ai fait une halte dans le Val Ferret au-dessus de Courmayeur, le temps d’aller jeter un coup d’œil aux glaciers suspendus sur le versant italien du massif du Mont Blanc.

Je voulais en particulier observer le glacier de Planpincieux et, si possible, avoir les impressions de quelques habitants du village qui était récemment sous la menace d’effondrements de ce glacier dit ‘tempéré’, ce qui signifie que de l’eau liquide y circule souvent en été, favorisant un glissement rapide sur la roche.

Une forte activité a été enregistrée en juillet 2026, menant à des restrictions de protection civile temporaires dans le Val Ferret. La situation s’est ensuite stabilisée vers la mi-août et le glacier est repassé sous ses seuils critiques d’alerte, ce qui m’a été confirmé par deux villageois. Vue depuis le village de Planpincieux, la masse de glace ne semble pas impressionnante et je me suis dit que le réchauffement climatique était probablement passé par là.

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Reste l’Aiguille du Midi.

 

Vue depuis la vallée, la pyramide de roche semble solide et elle est sous étroite surveillance, avec des capteurs qui permettent de savoir comment se comporte le permafrost à plus de 3800 mètres d’altitude. Les derniers effondrements dans le secteur de l’Aiguille (15 000 mètres cubes le 12 août 2026 au niveau du Triangle du Tacul ; effondrements de l’Arête des Cosmiques le 22 août 2018 et le 29 août 2022) montrent qu’il faut se montrer particulièrement vigilant. Une mise à l’arrêt du téléphérique de l’Aiguille du Midi et la disparition de la grotte de Mer de Glace constitueraient une catastrophe économique pour la ville de Chamonix.

Au final, la situation glaciaire sur le massif du Mont Blanc en 2026 suit l’évolution du réchauffement climatique. La hausse des températures et les canicules à répétition portent des coups sévères aux glaciers dont l’avenir semble très compromis.

Photos: C. Grandpey

À noter que le couloir du Goûter a encore tué. Le 10 septembre, un alpiniste tchèque a été emporté par une chute de pierres. Le secteur, parfois surnommé « couloir de la mort », est considéré comme l’une des zones les plus dangereuses de la voie classique d’accès au Mont-Blanc en raison des chutes de pierres. Deux autres alpinistes tchèques ont été tués dans par une chute de pierres dans la nuit du 14 au 15 juillet.

Pour éviter davantage de drames et dissuader les alpinistes d’emprunter cette voie, le maire de St Gervais a décidé de fermer les refuges du Goûter et de Tête Rousse du 11 au 26 août du fait de la chaleur propice aux éboulements. Leur réouverture n’écarte malheureusement pas le danger !

Italie : le réchauffement climatique dans les Alpes et les Dolomites

Concentrations de CO2 : 427,03 ppm (28 août 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,59 ppb (avril 2026)

Ma dernière note à propos du réchauffement climatique en Europe était dédiée aux éboulements dans les Alpes françaises, avec un nombre record en 2026. En Italie, les Alpes et les Dolomites sont confrontées au même problème.

La septième édition de la Caravane des Glaciers (Carovana dei Ghiacciai) de Legambiente se déroule du 17 août au 3 septembre 2026. Cette campagne internationale alerte sur la fonte rapide des glaciers alpins, la dégradation du pergélisol et le déclin des ressources en eau en haute altitude. La campagne a notamment fait étape à Tignes (France) du 18 au 20 août 2026, avant de poursuivre sur les massifs emblématiques comme le Mont-Blanc et les Dolomites, notamment le glacier de la Marmolada (3342 m). Ce glacier est devenu emblématique du réchauffement climatique depuis son effondrement le 3 juillet 2022. Une avalanche de 70 000 m³ de glace et de rochers a fait 11 morts et 8 blessés, déclenchée par des températures estivales record atteignant 10 °C au sommet.

Crédit photo : presse italienne

Aujourd’hui en 2026, la Marmolada continue à perdre de la glace. Les montagnes italiennes dans leur ensemble deviennent plus instables et l’eau en altitude n’est plus une certitude. C’est le constat très inquiétant que vient de dresser Legambiente. Selon la plus grande association environnementale d’Italie, le réchauffement climatique dans les Dolomites n’est plus seulement une question de paysage. Les effets en chaîne inquiètent de plus en plus : retrait des glaciers, dégradation du pergélisol, augmentation de l’instabilité des versants et diminution des réserves d’eau disponibles pendant l’été.

La Marmolada continue de perdre de la masse. La glace apparaît désormais grise et profondément entaillée par les rivières de fonte, tandis que son périmètre ne cesse de se réduire.

Crédit photo : Legambiente

Comme en France, les données climatiques contribuent à dresser un tableau particulièrement critique. En Vénétie, en juin 2026, les températures ont dépassé de plus de 3 degrés la moyenne de la période 1991-2020. En juillet, l’isotherme 0 °C est monté au-delà de 4 000 mètres.

Le réchauffement climatique en haute altitude affecte aussi le permafrost de roche qui contribue à la stabilité des versants. Au Piz Boè (3152 m) en juillet 2026, la couche active dépassait 7,40 mètres de profondeur !

Le Piz Boè vu depuis la Marmolada (Crédit photo : Wikipedia)

Legambiente demande d’élargir la surveillance aux massifs du Pelmo, de l’Antelao, du Sorapiss, de la Civetta et des Tofane, surtout à la lumière des récents éboulements enregistrés sur la face nord-ouest du Pelmo. La province de Belluno doit faire face chaque année à 150 à 200 écroulements et glissements de terrain.

Le point le plus important, mais aussi le plus inquiétant selon Legambiente est que le retrait de la glace risque d’avoir des conséquences sur la disponibilité en eau pendant les mois d’été, en affectant nappes phréatiques et retenues. Les refuges alpins sont les premiers à en subir les effets. L’eau en altitude ne peut plus être considérée comme une ressource qui va de soi. C’est pourquoi la province de Belluno et le CAI Veneto ont lancé un protocole spécifique pour faire face au problème de la disponibilité en eau dans les refuges.

Face à cette dégradation de la montagne, Legambiente Veneto demande à la Région de Vénétie d’accélérer l’adoption de la Stratégie régionale d’adaptation au changement climatique, lancée en 2021 mais encore en attente d’une approbation définitive.

Le message de la Caravane des Glaciers pour la Vénétie est clair : il ne suffit pas de regarder la glace disparaître. Il faut surveiller les versants, anticiper les effets sur la disponibilité en eau et préparer la montagne à faire face à un climat qui est en train de changer.

Source : Legambiente.

Fondée en 1980, Legambiente est la plus importante association de protection de l’environnement en Italie. Elle compte plus de 110 000 membres, agit à travers de nombreux cercles locaux et s’engage pour le développement durable, la transition énergétique, ainsi que la lutte contre les pollutions et le réchauffement climatique.