Le Cap Ferret face à l’érosion littorale

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, l’érosion littorale provoquée par la hausse du niveau des océans suite au réchauffement climatique se produit au moment des tempêtes et est encore accentuée si ces événements extrêmes ont lieu quand les coefficients des marées sont élevés.

En France, les effets de l’érosion littorale sont parfaitement visibles le long de la côte atlantique. J’ai déjà mentionné la résidence Le Signal à Soulac-sur-Mer (Gironde) qui a dû être évacuée car elle était menacée par les assauts de l’océan. A Lacanau (Gironde), des enrochements ont été mis en place pour essayer de freiner les ardeurs des vagues.

Depuis le 15 janvier, la plage de la pointe du Cap Ferret (Gironde), qui fait face à la dune du Pilat, était fermée en raison de l’accélération de l’érosion observée lors des tempêtes d’hiver. Sa réouverture programmée au 30 avril n’aura pas lieu pour des raisons de sécurité.

Le Cap Ferret est une flèche sableuse se situant à l’extrémité sud de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret. Il sépare l’Océan Atlantique du Bassin d’Arcachon. (voir la carte ci-dessous) Il reçoit chaque année plusieurs milliers de touristes. La pointe du cap a toujours été soumise à une forte érosion. Des travaux de restauration du cordon dunaire ont été entamés dès les années 1980, notamment par la végétalisation des dunes.

Dans un communiqué, le Préfet de la région Nouvelle-Aquitaine estime que « l’accélération du phénomène d’érosion de la pointe du Cap Ferret est une réalité que personne ne peut désormais contester ». L’État entend agir pour accélérer en la matière la prise de conscience et minimiser, autant que possible, les conséquences inéluctables.

En conséquence, le 6 février 2019, le préfet a demandé au maire de Lège-Cap-Ferret de mettre en œuvre des décisions extrêmement fortes et lourdes de conséquences suite aux phénomènes d’érosion observés sur le littoral atlantique.

Voici une liste des décisions préfectorales :

– Tout cheminement du public est strictement interdit sur les ouvrages (de protection contre la mer) depuis « chez Hortense » jusqu’à la pointe et il a été demandé au maire de procéder à la fermeture au public des différents accès à ces ouvrages.

– Sous trois mois, la ville de Lège-Cap-Ferret devra intégrer dans son plan communal de sauvegarde, un plan de gestion de crise pour la pointe et la zone des 44 hectares permettant d’anticiper les risques de brèche et d’effondrement brutal des ouvrages. Ce plan devra notamment prévoir les procédures d’évacuation d’urgence des populations.

– La ville devra également actualiser sous trois mois, sa stratégie de rechargement de la plage et de la dune pour tenir compte de l’accélération de l’érosion dunaire et des départs répétés des sédiments apportés en urgence cet hiver.

– Lège-Cap-Ferret devra produire avant l’automne prochain, l’évaluation environnementale prescrite par l’arrêté préfectoral du 29 décembre 2017 concernant le plan pluriannuel de rechargement.

– Enfin, la ville doit lancer, dans les six mois, l’étude de recomposition spatiale prévue dans sa stratégie locale, afin d’actualiser cette stratégie d’ici fin 2020, considérant que la lutte active contre l’érosion ne pourra être que temporaire, au vu de l’évolution du site et de sa configuration.

Source: Presse régionale.

A gauche de la carte, la pointe du Cap Ferret s’étirer entre l’Océan Atlantique et le Bassin d’Arcachon (Source: Google Maps)

Ça chauffe sur l’Ile de la Réunion ! // Things are getting heated on Reunion Island !

Le Journal de l’Ile de la Réunion a publié un article fort intéressant qui met bien en évidence la difficulté d’accès du public à un site éruptif actif. Pour le moment, l’Enclos Fouqué est fermé dès qu’une éruption débute. Pour permettre aux touristes et à la population locale d’admirer de plus près les éruptions du Piton de la Fournaise, une solution serait de les conduire en sécurité sous la houlette de guide compétents. Cela fait pas mal de temps que cette hypothèse est évoquée, mais le Préfet traîne les pieds. Aujourd’hui, les guides de montagne perdent patience et interpellent le Préfet pour qu’il donne son feu vert à l’accompagnement de touristes sur les sites éruptifs. Ils menacent de se mobiliser dans les prochains jours.

Depuis le 27 avril dernier, c’est à huis clos que se poursuit le spectacle de l’éruption du Piton de la Fournaise. Maintenu à bonne distance, le public doit toujours se contenter du point de vue depuis le Piton de Bert pour tenter d’apercevoir un peu de lave. La fermeture est même devenue totale : plus aucune accréditation n’est accordée par la Préfecture pour descendre dans l’Enclos Fouqué. C’est donc en douce, et avec le risque de ne pas être couverts en cas d’accident, que quelques passionnés se rendent au plus près de l’éruption. Sans eux, il n’y aurait pas d’images dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les journaux TV locaux et nationaux. Ces observations sont également utiles pour le travail scientifique de l’Observatoire Volcanologique.

Présenté comme l’atout touristique numéro un de La Réunion, le volcan est cadenassé à double tour. Selon les informations obtenues par le Journal de l’Ile, c’est en enjambant les grilles de l’Enclos qu’une équipe de la télévision espagnole a pu tourner la semaine dernière un reportage sur l’éruption. Diffusé en Espagne, il pourrait faire venir des touristes à la Réunion, mais il faudrait qu’ils puissent accéder au volcan !

Entre tout interdire et tout ouvrir, le Préfet avait ouvert une porte en se disant favorable à un accompagnement sécurisé, avec la reprise d’un projet initié dès 2010 par le Syndicat national des accompagnateurs en montagne. Dans la foulée, 47 accompagnateurs ont suivi une formation début 2017, financée par la Région, et se sont équipés en conséquence. L’investissement a été estimé en moyenne à 2 500 euros par professionnel. Une phase de test avait été mise en place lors de l’éruption de juillet 2017. La Préfecture avait jugé le projet «réaliste» mais ne pouvait totalement le valider car certains points restaient à améliorer notamment en matière de couverture radio. Deux nouvelles simulations concluantes ont été menées en mars 2018 et il ne manque plus que le feu vert de l’Etat. C’est la transmission avec la Préfecture qui est désormais au point mort.

Le lendemain du début de l’éruption actuelle, un mail a été envoyé à la Préfecture demandant l’autorisation d’enclencher le dispositif d’accompagnement. On attend toujours la réponse ! S’il fait toujours débat – il serait payant – le dispositif permettrait de conduire des groupes de 8 personnes dans l’Enclos, jusqu’à 80 personnes au maximum par rotation, à environ 200 mètres du site éruptif.

Depuis le début de l’éruption, les initiateurs du projet sont submergés d’appels de locaux et de touristes. Aujourd’hui, ils perdent patience. Faute d’avancées, ils promettent de passer à l’action dans les prochains jours.

L’interdiction d’accès au volcan a des répercussions jusqu’en métropole. Spécialisée dans l’organisation rapide de voyages « spécial éruption », l’agence Aventure et Volcans continuera de «boycotter La Réunion tant que l’accès au volcan ne sera pas autorisé, comme promis à de nombreuses reprises lors des différents salons du tourisme», écrit Tanguy de Saint-Cyr, son responsable, sur les réseaux sociaux. Cela ne manquera pas de réjouir Hawaï et d’autres destinations volcaniques à travers le monde.

Source : Journal de l’Ile.

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The Journal de l’Ile de la Réunion has published a very interesting article that highlights the difficulty of public access to an active eruptive site. For the moment, the Enclos Fouqué is closed as soon as an eruption begins. To allow tourists and the local population to have a closer look at the eruptions of Piton de la Fournaise, one solution would be to accompany them safely under the guidance of competent guides. It’s been a long time since this hypothesis has been mentioned, but the Préfet dragged his feet. Today, mountain guides are losing patience and call on the Préfet to give the go-ahead to accompany tourists on eruptive sites. They threaten to take action in the coming days.

Since April 27th 2018, the show of the eruption of Piton de la Fournaise is taking place in camera. Maintained at a safe distance, the public is only allowed to watch the eruption from Piton Bert in order to try to see a little lava. The closure has even become total: no more accreditation is granted by the Prefecture to go down in the Enclos Fouqué. It is therefore illegally, and with the risk of not being insured in case of accident, that some enthusiasts get closer to the eruption. Without them, there would be no images in the media, on social media, and in local and national TV news. These observations are also useful for the scientific work of the Volcano Observatory.
Presented as the number one tourist attraction of Reunion Island, the volcano is totally padlocked. According to information obtained by the Journal de l’Ile, a team of the Spanish television managed to get into the Enclos by climbing over the entrance gate last week and could make a report on the eruption. Broadcast in Spain, it could bring tourists to Reunion, but they would need to have access to the volcano!
Between prohibiting and opening everything, the Préfet had opened a door saying he was in favor of a secure accompaniment, with the resumption of a project initiated in 2010 by the National Union of Mountain Guides. In the wake of the Préfet’s words, 47 guides attended a training session in early 2017, funded by the Region, and got equipped accordingly. The investment was estimated at an average of 2,500 euros per guide. A test phase was set up during the eruption of July 2017. The Prefecture judged the project « realistic » but could not fully validate it because some points remained to be improved, in particular in terms of radio coverage. Two new successful simulations were conducted in March 2018 and only the green light of the State is missing.

The day after the start of the current eruption, an email was sent to the Prefecture requesting permission to activate the accompaniment. The guides are still waiting for the answer! If it is still controversial – tourists would have to pay – the project would lead groups of 8 people into the Enclos, up to 80 people maximum per rotation, about 200 metres from the eruptive site.
Since the beginning of the eruption, the initiators of the project have been overwhelmed by calls from locals and tourists. Today, they are losing patience. If nothing is done, they promise to take action in the coming days.
The ban on access to the volcano has repercussions as far as the metropolis. Specialized in the rapid organization of « special eruption » trips, the agency Aventure et Volcans will continue to « boycott Reunion Island as long as access to the volcano is not allowed, as was promised many times at various tourism fairs » , wrote Tanguy de Saint-Cyr, its manager, on social networks. This will delight Hawaii and other volcanic destinations around the world.
Source: Journal de l’Ile.

Frustration des touristes devant un spectacle qu’ils ne peuvent pas approcher (Crédit photo: Christian Holveck)