Des prévisions climatiques encore inquiétantes pour l’Arctique // More worrying climate forecasts for the Arctic

Il y a quelques mois, El Niño était tenu pour responsable des températures supérieures à la normale dans l’Arctique. El Niño a maintenant été remplacé par La Niña, censée générée des eaux océaniques plus froides. Malgré cette évolution, des températures supérieures à la normale sont attendues cet hiver en Alaska, surtout dans les régions de l’Ouest et du Nord, près de l’Océan Arctique. Ce phénomène est dû à un important rétrécissement de la glace de mer côtière dans ces régions.
Les températures à la surface de la mer dans le Golfe d’Alaska près d’Anchorage et dans le sud-est de l’Alaska sont actuellement à peu près normales pour cette période de l’année, mais ce n’est pas le cas pour la Mer de Béring et pour la Mer des Tchouktches, au nord-ouest de l’Alaska. À l’heure actuelle, une partie importante de la Mer des Tchouktches devrait être couverte de glace. Au lieu de cela, une grande langue d’eau libre s’étire dans cette mer au-dessus de la Russie et de l’Alaska. Sur le long terme, la glace de mer est largement en dessous de la normale, même par rapport à la période récente.
Le manque de glace de mer le long de la côte a contribué à augmenter le risque de submersion au moment des tempêtes cet automne parce que la glace n’est plus là pour protéger le rivage contre les assauts des vagues. Les eaux de la Mer des Tchouktches et celles des anses près de Shishmaref, village situé sur une langue de terre près du détroit de Béring, gelaient en octobre. Ces dernières années, l’eau n’a pas gelé avant décembre ou même février, ce qui a rendu les impacts des tempêtes encore plus dévastateurs.

Les températures dans l’ensemble de l’Alaska étaient supérieures de 2,7°C à la moyenne en octobre. La carte ci-dessous montre, en pourcentage, la différence – positive ou négative – avec les températures normales le 16 novembre 2017 et représente une indication des prévisions hivernales pour l’Alaska. Les températures devraient être plus froides que la normale dans le centre-sud et le sud-est, comme ce fut le cas avec La Niña l’année dernière. Cependant, le reste de l’État devrait à nouveau connaître des températures supérieures à la normale.
Source: Anchorage Daily News.

—————————————-

A few months ago, El Niño was held responsible for warmer than normal temperatures in the Arctic. El Niño has now been replaced by La Niña, its cooler equivalent. Despite this evolution, warmer than normal temperatures are expected for this winter in Alaska, especially in Western and Arctic regions. This phenomenon is the result from big reductions in coastal sea ice in those areas.

Sea surface temperatures in the Gulf of Alaska near Anchorage and Southeast are currently about normal for this time of year. But they are not so in the Bering Sea and heading north into the Chukchi Sea off Northwest Alaska. By now, a significant part of the Chukchi should be covered in ice. Instead, a large tongue of open water extends into the Chukchi well above Russia and Alaska. The sea ice is far below long-term normal, even in comparison to recent times.

A lack of sea ice along the coast has contributed to increased risk of flooding from storms this autumn because the shores are not shielded with sea ice to damper waves, like they used to be. Chukchi and inlet waters near Shishmaref, located on a barrier island near the Bering Strait, used to freeze in October. But in recent years they have not frozen until December or even February, helping storms deliver bigger blows.

Overall, Alaska was 2.7°C above the long-term average in October. The map below shows in percentage the difference with normal temperatures on November 16th 2017 and, as such, underscores the winter expectations for Alaska. Temperatures will probably cooler than normal in Southcentral and Southeast, a repeat of last year’s La Niña. However, the rest of the State should again expect warmer than normal temperatures.

Source: Anchorage Daily News.

Source: National Weather Service

Publicités

De plus en plus d’ours à Anchorage (Alaska)? // More and more bears around Anchorage (Alaska) ?

Tout le bruit fait au sujet des quelques malheureux ours qui ont été réintroduits dans les Pyrénées me fait bien rire quand je vois la situation en Alaska et plus particulièrement dans la région d’Anchorage. L’approche du problème de l’ours est très différente dans ces deux régions du monde!
Jusqu’à présent cette année (début novembre 2017), 34 ours ont été abattus dans le district d’Anchorage, une vaste zone qui s’étend d’Eklutna à Portage et comprend des milliers d’hectares de nature sauvage. La moitié des ours a été tuée par des personnes qui désiraient protéger leurs vies ou leurs biens. L’autre moitié a été tuée par la police, des rangers du Fish and Game Department, ou des biologistes. Le nombre d’ours tués cette année est l’un des plus élevés jamais enregistrés dans le district d’Anchorage. C’est presque quatre fois plus que l’année dernière. (voir le tableau ci-dessous)
Les causes de ce nombre élevé d’ours abattus sont difficiles à déterminer, et il y en a probablement plusieurs. L’une d’entre elles fait suite à l’agression mortelle, par un ours, d’un adolescent de 16 ans à Bird Ridge. Suite à ce drame, certaines personnes sont devenues moins tolérantes envers les ours.

Il est une autre cause pour laquelle les habitants portent une responsabilité: les déchets. En mai 2017, un policier d’Anchorage a tué un ours noir qui fouillait dans des poubelles et a ensuite chargé deux femmes âgées dans la partie est de la ville. En octobre, la police de l’aéroport international Ted Stevens d’Anchorage a abattu un ours qui était entré dans le bureau de poste de l’aéroport et refusait de partir. L’estomac de l’ours était rempli d’emballages de bonbons. Une fois qu’un ours sait où trouver des déchets, il revient dans l’espoir d’en trouver d’autres. En 2015, il a fallu débourser près de 10 000 dollars pour transférer une ourse noire et ses oursons depuis le district d’Anchorage vers le Kenai National Wildlife Refuge, au sud de l’Etat. Ces mêmes ours ont été repérés plus tard dans la ville de Hope où ils ont continué à faire les poubelles et ont tué des poulets. Les rangers ont finalement abattu quatre des cinq ours déplacés après que l’un d’entre eux soit entré dans un véhicule.
En 2017, plusieurs ours se  sont montrés agressifs et ont tué des personnes. Au cours de l’été 2017, des biologistes de la faune sauvage ont abattu quatre ours noirs dans le secteur de Bird Ridge, après qu’un coureur à pied d’Anchorage ait été mortellement blessé lors d’une course de montagne le 18 juin. C’était le premier accident mortel de ce type dans la région d’Anchorage en plus de 20 ans. Le lendemain, et à des centaines de kilomètres de là, dans l’intérieur de l’Alaska, un homme de 27 ans a été tué par un ours noir alors qu’il travaillait dans une mine. La nouvelle de ces attaques a pu affoler les Alaskiens et les inciter à tirer sur les ours.
Une autre cause est peut-être tout simplement le plus grand nombre d’ours. À l’Alaska Native Heritage Centre, dans le nord-est d’Anchorage, le personnel a installé une nouvelle clôture plus performante pour mieux se protéger des ours après un été où ils ont pullulé. Il n’existe pas de recensement scientifique des ours dans le district d’Anchorage ; il est donc difficile de dire avec certitude si davantage d’ours ont fréquenté cette région en 2017. Il se peut qu’un plus grand nombre d’ours soit entré dans les zones habitées cette année parce qu’ils savaient qu’ils pourraient y trouver des déchets en guise de nourriture. Le phénomène peut aussi être lié aux remontées de saumons.
La hausse du nombre d’ours est peut-être à mettre aussi en relation avec le changement climatique et les nouveaux comportements d’hibernation. A cause du réchauffement climatique, les ours hibernent plus tard durant l’automne et sortent de l’hibernation plus tôt au printemps, moment où ils cherchent de la nourriture. S’ils peuvent facilement trouver des déchets à proximité des maisons, ils restent dans les zones habitées.
Lorsqu’un ours est tué par habitant dans une situation de légitime défense (le seul cas autorisé par la loi) ou par un agent du Fish and Game Department, la carcasse peut prendre plusieurs directions. Si la viande est encore fraîche, le Fish and Game Department contacte une liste d’Alaskiens intéressés à la récupérer. La peau est prélevée et salée puis stockée jusqu’au jour où elle est présentée au public lors d’une vente aux enchères annuelle dans le centre-ville d’Anchorage. Le Fish and Game Department garde les crânes des ours à des fins pédagogiques. Si la viande n’est pas fraîche, la carcasse de l’ours est envoyée à la décharge ou, comme cela s’est produit récemment, à l’Université de l’Alaska où elle est utilisée dans les cours de médecine légale à la place des cadavres humains. En effet, les os d’une patte d’ours ressemblent beaucoup à ceux d’une main humaine.
Source: Adapté d’un article dans Alaska Dispatch News.

—————————————–

All the noise made about the very few bears that were reintroduced in the Pyrenees makes me laugh when I see the situation in Alaska and more particularly in the Anchorage area. The approach to the bear problem is very different in both regions!

So far (early November 2017), 34 bears have been shot to death in the Municipality of Anchorage, a vast area that spans from Eklutna to Portage and includes many thousands of hectares of wilderness. Half of the bears were killed by people who said they were defending their lives or their property. The other half were killed by police, park rangers or wildlife biologists. This year’s tally of bear kills is among the highest ever recorded in the Municipality of Anchorage. It is nearly four times more than last year’s total. (see chart below)

The causes of the rise in bear kills are difficult to determine, and their may be several of them. One of them is that after the fatal mauling of a 16-year-old on Bird Ridge, some people just became less tolerant of bears.

There is another cause for which residents hold a responsibility: trash. In May 2017, an Anchorage police officer killed a black bear that dug through trash and charged two elderly women in East Anchorage. In October, police from Ted Stevens Anchorage International Airport shot a bear that walked into the airport post office and wouldn’t leave. The bear’s stomach was filled with candy wrappers. Once a bear knows where to find trash, it will often return. In 2015, it cost nearly $10,000 to relocate a black bear sow with cubs from the Municipality of Anchorage to the Kenai National Wildlife Refuge. The bears were later spotted in the town of Hope, where they continued to dig into trash and killed a few chickens. Officials eventually shot four of the five relocated bears after one reportedly got into a vehicle.

In 2017, several bears got aggressive and killed persons. Wildlife biologists shot and killed four black bears in the Bird Ridge area this summer after an Anchorage runner was fatally mauled during a mountain race on June 18th. It was the first fatal mauling in the Anchorage area in more than 20 years. A day later and hundreds of kilometres away, in Interior Alaska, a 27-year-old man was killed by a black bear while doing contract work at a mine. The news of the attacks may have put some Alaskans on edge, leading to more bear shootings.

Very simply, another cause may be that there are just more bears around. At the Alaska Native Heritage Center, in northeast Anchorage, the staff is upgrading its fence to better keep bears out after a summer filled with wildlife. However, there is no scientific census of bears in the Municipality of Anchorage, so it is difficult to say for sure whether more bears wandered through the area this year or not. Perhaps, more bears entered populated areas this year because they knew they could find trash to eat. Or maybe it had something to do with the salmon runs.

The rising number of bears may have something to do with climate change and new hibernation behaviours. With global warming, bears hibernate later during the fall and come out of hibernation earlier in spring, a moment when they look for food. If they can easily find trash around the houses, they are sure to stay in populated areas.

When a bear is killed by a resident in defence of life or property or by an agency like Fish and Game, the carcass can go to one of several places. If the meat is still fresh, Fish and Game staff starts calling a list of Alaskans interested in salvaging it. The hide is fleshed and salted and then stored until it goes in front of a crowd at the annual auction sale in downtown Anchorage. Fish and Game keeps bears’ skulls for educational purposes. If the meat is not fresh, the bear carcass either goes to the dump or, recently, to the University of Alaska where they are used in forensics classes as substitutes for human corpses. Indeed, bones in a bear paw look a lot like those in a human hand.

Source : Adapted fom an article in Alaska Dispatch News.

Source: Department of Fish and Game

Les ours noirs sont les plus enclins à visiter les poubelles et attaquer les personnes (Photos: C. Grandpey)

En Alaska, les ours n’hibernent toujours pas ! // In Alaska, bears are not yet hibernating !

Nous sommes presque à la mi-novembre et il semble que les ours – du moins les grizzlys – n’aient pas encore commencé à hiberner en Alaska. Le réchauffement climatique est probablement la principale cause de ce nouveau comportement. Cependant, il y a un autre facteur à prendre en compte: les déchets. Comme je l’ai écrit dans plusieurs notes sur ce blog, les déchets laissés à l’extérieur des maisons attirent les ours. Tant qu’ils sont capables de trouver quelque chose pour se nourrir, ils n’ont pas vraiment envie d’entrer en hibernation. Un habitant d’Eagle River, non loin d’Anchorage, a vu une ourse accompagnée de ses trois oursons en train de fouiller dans une poubelle à l’extérieur du lycée de cette petite ville. Un oursons avait grimpé sur la poubelle et, un peu plus tard, sa mère était debout sur ses pattes de derrière et poussait la poubelle sur le trottoir enneigé.
Mardi dernier, le lycée d’Eagle River a apposé une note mettant en garde sur la présence fréquente d’ours bruns qui sont en train de devenir une préoccupation pour la sécurité publique. Les autorités locales surveillent maintenant la situation de très près et envisagent éventuellement de tuer les ours.

Le Fish and Game Department réitère son message incitant les gens à sécuriser leurs déchets. Si un ours est attiré par des ordures non protégées, le propriétaire peut recevoir une amende de 310 dollars.
Les ours bruns peuvent être agressifs lorsqu’ils défendent leur nourriture, y compris les détritus, et les gens doivent éviter de s’approcher d’eux. Les habitants sont fortement encouragés à entreposer leurs poubelles à l’intérieur des maisons.
Adapté d’un article paru dans Alaska Dispatch News.

—————————————–

We are nearly at mid November and it looks as if bears – at least brown ones – have not yet started hibernating in Alaska. Climate change and global warming are probably the main cause of this new behaviour. However, there is another factor that should be taken into account: garbage. As I put it in several posts, the garbage left outside the houses attracts the bears. As long as they are able to feed on something, they don’t really felli like going in hibernation. A resident of Eagle River, not far from Anchorage, could see a brown bear sow meddling with a trash can outside Eagle River High School. One of the three cubs had climbed on top of the can and later, the sow was standing up on its hind legs, dragging it down the snowy sidewalk.

Last Tuesday, Eagle River High School sent out an advisory about the lingering brown bears which are becoming a growing public safety concern. Local authorities are now monitoring the situation very closely with an eye toward possibly destroying the bears.

The Fish and Game Department is reiterating its message that people need to secure their trash. If a bear is attracted to unsecured trash, the resident can receive a $310 fine.

Brown bears can be aggressive when defending food sources, including trash, and people should avoid approaching them. Residents are strongly advised to store their garbage cans inside.

Adapted from an article in the Alaska Dispatch News.

Exemple de poubelle anti-ours (Photo: C. Grandpey)

Les glaciers à Vendôme (Loir-et-Cher) !

J’aurai le plaisir de proposer une conférence intitulée « Glaciers en péril – Les effets du changement climatique »  aujourd’hui  vendredi 20 octobre 2017 à 14h30 à la salle polyvalente du Centre de soins André Gibotteau – Boulevard Kennedy à Vendôme (Loir-et-Cher).

Mes propos seront suivis de la projection de « Glaciers d’Alaska, un monde en péril » illustrant la situation glaciaire dans cet Etat.

Livres et CD seront proposés au public à l’issue de la séance.

Glacier Sawyer (Alaska)  [Photo: C. Grandpey}

La fonte du permafrost ferme un aéroport en Alaska // Melting permafrost closes an airport in Alaska

Tununak (320 habitants) est un petit village isolé sur la côte ouest de l’Alaska. Le seul lien avec le monde extérieur est l’avion. Il y a environ un an, Tununak a ouvert un aéroport ultramoderne qui a coûté 19 millions de dollars. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les compagnies aériennes refusent de l’utiliser. La fonte du permafrost a endommagé la piste et les pilotes ne peuvent pas atterrir en toute sécurité. Le tiers inférieur de la piste est criblé de nids de poule, et maintenant elle commence à s’affaisser. En fait, en raison du changement climatique, c’est tout le site qui s’affaisse sous le poids de l’aéroport.
L’aéroport est fermé depuis le 5 octobre mais on n’a jamais vraiment donné d’explications aux habitants.
Comme la plupart des communautés de l’Alaska qui ne sont pas reliées au réseau routier, Tununak dépend du transport aérien pour son approvisionnement en biens et pour ses services. La fermeture de l’aéroport signifie que l’épicerie ne reçoit plus de marchandise et les gens n’ont pas reçu de courrier depuis plus d’une semaine. Plusieurs personnes âgées s’inquiètent de ne pas recevoir leurs médicaments.
Pour l’instant, les habitants de Tununak traversent la toundra en 4×4 pour aller faire leurs courses et chercher leur courrier à Toksook Bay, à quelques dizaines de kilomètres au sud.
Le Ministère des Transports a décidé d’envoyer un technicien de génie civil à Tununak pour évaluer la situation, mais son vol a été retardé par le mauvais temps. Comme cette visite d’évaluation des dégâts a été retardée, le Ministère des Transports est dans l’incapacité de dire quand la piste de Tununak sera réparée.
Source: Alaska Dispatch News.

————————————–

Tununak (pop. 320) is a small and remote village on the western coast of Alaska. The only link with the outside world is the plane. About a year ago, Tununak opened a $19 million, state-of-the-art airport. But now, local airlines are refusing to fly there. The village’s shifting permafrost is buckling the runway, and it is too dangerous for pilots to land on it safely. The lower third of the runway is riddled with potholes, and now it is starting to sink. Beecause of climate change, the melting permafrost is moving under the airport’s weight.

The airport has been effectively shut down since October 5th but residents were not really told what was happening.

Like most Alaska communities off the road system, Tununak relies on air travel for goods and services. The closure of the airport means that groceries are no longer arriving in the local shop and êople have not received mail in over a week or so. Several elderly residents are concerned about receiving their medications.

For now, Tununak residents are driving across the tundra on four-wheelers to pick up groceries and mail in Toksook Bay, a few tens of kilometres to the south.

The Department of Transportation is sending a grader operator to Tununak to assess the situation, but their flights have been delayed by storms. Because their assessment has been delayed, the Department of Transportation does not have a timetable yet for when Tununak’s runway will be fixed.

Source: Alaska Dispatch News.

 

Le réchauffement climatique fait s’effondrer les flancs des montagnes // Mountain slopes collapse because of global warming

Dans une note mise en ligne le 11 septembre, j’indiquais que sous l’effet du réchauffement climatique dans les Alpes, la langue terminale du glacier suisse de Trift, dans le Valais s’était effondrée, sans faire de victimes ni de dégâts.

En juin 2016, tout un pan de montagne de 1 200 mètres de hauteur s’est effondré dans le Parc National de Glacier Bay en Alaska, répandant des matériaux sur environ 20 kilomètres carrés sur le Glacier Lamplugh, et en générant un signal sismique aussi puissant qu’un séisme de magnitude M 5,2.
En 2015, la paroi d’une autre montagne du Parc s’est effondrée elle aussi, avec quelque 220 millions de tonnes de roches qui sont allées d’écraser sur un autre glacier et dans le fjord en dessous. Ce fut le plus grand glissement de terrain non volcanique jamais observé en Amérique du Nord. Il a déclenché un tsunami avec une vague de 180 mètres de hauteur qui a dépouillé de leurs feuilles tous les arbres des montagnes autour. Les scientifiques disent que ces glissements de terrain majeurs doivent être pris au sérieux car ils pourraient devenir une menace pour les navires de croisière et les kayaks qui fréquentent parfois ces fjords.
Une étude des avalanches de roches dans la partie occidentale du Parc National de Glacier Bay a révélé que la probabilité de glissements de roches couvrant environ 5 kilomètres carrés a doublé au cours des cinq dernières années. Au fur et à mesure que le climat s’est réchauffé, les caractéristiques des avalanches de roches dans la région ont changé. Elles sont de plus grande  ampleur et parcourent de plus longues distances. L’étude a examiné les 24 avalanches de roches qui se sont produites de 1984 à 2016 dans la partie ouest du Parc National de Glacier Bay en utilisant des images satellitaires pour la cohérence des mesures au cours des 30 années écoulées.
Selon l’étude, la cause de ces avalanches de roches est le dégel de la glace qui remplit les fissures, les crevasses et les fractures des roches des montagnes. C’est ce qu’on appelle le «permafrost de roche». Ce permafrost aide à maintenir les pentes escarpées dans leur état, de sorte que la fonte, ou seulement l’amollissement, de cette glace déstabilise la roche.
La perte d’épaisseur des glaciers est probablement un autre facteur de déstabilisation. En effet, les glaciers moins épais soutiennent moins bien les pentes des montagnes.
L’étude met en parallèle la taille croissante des avalanches de roches à Glacier Bay et la tendance au réchauffement climatique sur le long terme. Les grandes avalanches ont commencé environ deux ans après que la température maximale annuelle de la zone se soit élevée au-dessus du point de congélation.
La tendance ne se limite pas aux limites du Parc National de Glacier Bay. On observe de tels événements dans toute la région montagneuse du sud-est de l’Alaska et les régions voisines du Canada. Ils sont suivis de près par un système sismique créé par des scientifiques  du Lamont-Doherty Earth Observatory.de l’Université de Columbie Britannique.
Au Groenland en juin 2017, quatre personnes ont été tuées par un tsunami qui a été déclenché par une avalanche de roches dans un fjord. L’événement a généré un signal sismique semblable à celui d’un tremblement de terre de magnitude M 4.1, et une vague de plus de 90 mètres de hauteur a frappé un village de pêcheurs.
Source: Alaska Dispatch News.

———————————————

In a note released on September 11th, I indicated that because of global warming in the Alps, the front of the Trift Glacier, in the Swiss province of Valais, had collapsed without killing anybody, nor causing major damage.

In June 2016, a 1,200 metre mountain slope in Glacier Bay National Park collapsed in Alaska, spreading rock over about 20 square kilometres over the Lamplugh Glacier and creating a seismic signal as powerful as a magnitude-5.2 earthquake.

The year before, the face of another park mountain peeled off and sent about 220 million tons of rock and debris crashing onto another glacier and into the fjord below. The biggest non-volcanic North American landslide on record, it triggered a local tsunami that rose to 180 metres and stripped alders off high hillsides. Scientists say these massive rock slides should be taken seriously as they may become a threat to cruise ships and kayakers that sometimes head into wilderness bays.

A study of rock avalanches in the western part of Glacier Bay National Park found that the likelihood of large slides covering about 5 square kilometres has at least doubled in the last five years. As the climate has warmed, characteristics of the region’s rock avalanches have changed. They are bigger, and travelling farther. The study examined the 24 rock avalanches that happened from 1984 to 2016 in western Glacier Bay National Park, and used satellite imagery for consistency in measurements over the three decades.

The likely reason of the rock avalanches, says the study, is thaw of the ice that fills the mountains’ rock cracks, crevices and fractures, referred to as « rock-permafrost. » The rock-permafrost helps hold steep slopes intact, so thaw or even softening of that ice destabilizes the rock.

Glacial thinning is likely a secondary factor. Thinned glaciers are less effective at propping up mountain faces.

The study correlates the increasing size of Glacier Bay rock avalanches to a long-term warming trend. The large avalanches began about two years after the area’s annual maximum temperature shifted above freezing.

The trend extends beyond park boundaries. The whole mountainous region of Southeast Alaska and neighbouring parts of Canada has emerged as a hot spot for such events – now closely tracked by a seismic system created by scientists at Columbia University’s Lamont-Doherty Earth Observatory.

In Greenland in June 2017, four people were killed by a tsunami that was triggered when a rockslide dropped from a mountain slope into a fjord. There, the rockslide creating a seismic signal similar to that of a magnitude-4.1 earthquake, and a wave rising more than 90 metres struck a fishing village.

Source: Alaska Dispatch News.

Vue de l’avalanche de roches dans le Parc national de Glacier Bay le 28 juin 2016, avec la masse de matériaux qui est venue s’échouer à la surface du Lamplugh Glacier.

La photo a été prise par Paul Swanstrom, propriétaire de l’agence Mountain Flying Service, que je salue ici. C’est un pilote hors pair avec lequel j’ai effectué plusieurs survols de la région.

L’avenir du permafrost en Alaska // The future of Alaska’s permafrost

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce blog, le permafrost (ou pergélisol) fond à une vitesse incroyable dans l’Arctique, avec des conséquences importantes pour l’environnement. Un article récemment publié dans le New York Times apporte plus de détails sur le phénomène.
L’Arctique se réchauffe environ deux fois plus vite que d’autres parties de la planète, et la hausse des températures est fortement ressentie en Alaska. La glace de mer et certains biotopes disparaissent; la hausse du niveau de la mer menace les villages côtiers. Pour les scientifiques du Woods Hole Research Center qui sont allés en Alaska étudier les effets du changement climatique, le problème le plus sérieux réside dans la fonte du permafrost.
Logé entre quelques dizaines de centimètres et quelques mètres sous la surface, le permafrost contient de grandes quantités de carbone dans la matière organique ; ce sont des plantes qui ont absorbé du dioxyde de carbone de l’atmosphère il y a des siècles, sont mortes et ont gelé avant de pouvoir se décomposer. Sur la planète, on pense que le permafrost contient aujourd’hui deux fois plus de carbone que l’atmosphère. Une fois que cette matière organique décongèle, les microbes en transforment une partie en dioxyde de carbone et en méthane qui peuvent passer dans l’atmosphère et accélérer son réchauffement.
En juillet 2017, les scientifiques du Woods Hole Research Center ont installé une station temporaire au bord d’un lac à 90 km au nord-ouest de Bethel, une ville située près de la côte ouest de l’Alaska, à environ 640 km d’Anchorage. Ils ont prélevé des carottes de permafrost, ainsi que des échantillons de sédiments et d’eau et enfoncé des sondes thermiques dans le sol gelé. Plus tard, dans le laboratoire de l’institution, ils ont entrepris le processus d’analyse des échantillons pour déterminer la teneur en carbone et en nutriments. L’objectif est de mieux comprendre comment la fonte du permafrost affecte le paysage et, en fin de compte, quelle quantité de gaz à effet de serre est évacuée dans l’atmosphère.
Même dans le nord de l’Alaska où le climat est plus froid et où le permafrost dans la région de North Slope descend à plus de 600 mètres sous la surface, les scientifiques voient des changements importants. La température à deux mètres de profondeur a augmenté de 3 degrés Celsius au cours des dernières décennies. Les changements à la surface ont été encore plus importants. Sur l’un des sites de mesures, la température du permafrost en surface est passée de moins 8 degrés Celsius à moins 3. A ce rythme, cette température deviendra positive vers le milieu du siècle. En plus des émissions de gaz à effet de serre, la fonte du permafrost a une incidence sur les infrastructures et provoque des affaissements de terrain lorsque la glace perd de son volume en fondant. J’ai précédemment donné l’exemple de la rue principale de Bethel, une agglomération où les bâtiments s’enfoncent et se fissurent.
La fonte du permafrost est un processus graduel. Le sol est totalement gelé en hiver et commence à décongeler de haut en bas lorsque la température de l’air augmente au printemps. À mesure que les températures moyennes augmentent, cette couche décongelée ou active en subit les effets en profondeur. Les chercheurs s’intéressent à la manière dont les feux de forêt affectent le permafrost. Comme les incendies font disparaître en surface une partie de la végétation qui agit comme un isolant, on pense que le feu et la combustion qu’il entraîne peuvent accélérer la fonte du pergélisol.
La fonte du permafrost sous un lac ou en bordure de celui-ci peut provoquer l’évacuation de l’eau, un peu comme une baignoire qui fuit. Cette fonte peut aussi entraîner des variations de niveau du sol, ce qui peut entraîner des changements dans l’écoulement de l’eau ; ainsi, certaines parties de la toundra peuvent s’assécher et d’autres être transformées en tourbières. Au-delà des effets sur la vie végétale et animale, les changements apportés au paysage peuvent avoir un impact important sur le changement climatique en modifiant la quantité de dioxyde de carbone et de méthane qui est émise. Bien que le méthane ne persiste pas dans l’atmosphère aussi longtemps que le dioxyde de carbone, il a une capacité de piégeage thermique beaucoup plus grande et peut contribuer à un réchauffement plus rapide. Si le permafrost en décomposition est humide, il y aura moins d’oxygène disponible pour les microbes, de sorte qu’ils produiront plus de méthane. Si le pergélisol est sec, la décomposition entraînera plus de dioxyde de carbone.
Les estimations varient en ce qui concerne la quantité de carbone émise lors de la fonte du permafrost dans le monde, mais on estime que les émissions d’ici la fin du siècle pourraient atteindre environ 1,5 milliard de tonnes par an, soit environ les émissions annuelles actuelles provenant de combustibles fossiles aux États-Unis.
La hausse des émissions de carbone dans la toundra de l’Alaska est tenue pour responsable de la hausse des températures et de la fonte du permafrost. Dans une étude publiée au début de cette année, les chercheurs ont constaté que la décomposition bactérienne du permafrost décongelé, ainsi que le dioxyde de carbone produit par la végétation vivante, se poursuit plus tard dans l’automne parce que le gel en surface est retardé. Selon les chercheurs, la hausse des émissions de CO2 a été si importante que l’Alaska pourrait passer du stade de simple réserve à celui de véritable source de carbone.
Source: The New York Times.

————————————–

As I put it several times in this blog, permafrost is thawing at an incredible speed in the Arctic, with significant consequences for the environment. An article recently published in The New York Times brings more details about the phenomenon.

The Arctic is warming about twice as fast as other parts of the planet, and even in sub-Arctic Alaska the rate of warming is high. Sea ice and wildlife habitat are disappearing; higher sea levels threaten coastal native villages. To the scientists from Woods Hole Research Center who have gone to Alaska to study the effects of climate change, the most urgent is the fate of permafrost.

Starting just a few tens of centimetres below the surface and extending a few metres down, it contains vast amounts of carbon in organic matter, plants that took carbon dioxide from the atmosphere centuries ago, died and froze before they could decompose. Worldwide, permafrost is thought to contain about twice as much carbon as is currently in the atmosphere. Once this ancient organic material thaws, microbes convert some of it to carbon dioxide and methane, which can flow into the atmosphere and cause more warming.

In July, Woods Hole scientists set up a temporary field station on a lake 90 km northwest of Bethel, a city located near the west coast of Alaska, approximately 640 km from Anchorage. They drilled permafrost cores, took other sediment and water samples and embedded temperature probes in the frozen ground. Later, back in the lab at Woods Hole, they began the process of analyzing the samples for carbon content and nutrients. The goal is to better understand how thawing permafrost affects the landscape and, ultimately, how much and what mix of greenhouse gases is released.

Even in colder northern Alaska, where permafrost in some parts of the North Slope extends more than 600 metres below the surface, scientists are seeing stark changes. Temperatures at a depth of 2 metres have risen by 3 degrees Celsius over decades. Near-surface changes have been even greater. At one northern site, permafrost temperatures at shallow depths have climbed from minus 8 degrees Celsius to minus 3. If emissions and warming continue at the same rate, near-surface temperatures will rise above freezing around the middle of the century. In addition to greenhouse-gas emissions, thawing wreaks havoc on infrastructure, causing slumping of land when ice loses volume as it melts. I previously gave the example of the main road in Bethel where building foundations move and crack.

The thawing of permafrost is a gradual process. Ground is fully frozen in winter, and begins to thaw from the top down as air temperatures rise in spring. As average temperatures increase, this thawed, or active, layer can increase in depth. The researchers are especially interested in how wildfires affect the permafrost. Because burning removes some of the vegetation that acts as insulation, the theory is that burning should cause permafrost to thaw more.

Thawing permafrost underneath or at the edge of a lake can cause it to drain like a leaky bathtub. Thawing elsewhere can bring about small elevation changes that can in turn lead to changes in water flow through the landscape, drying out some parts of the tundra and turning others into bogs. Beyond the local effects on plant and animal life, the landscape changes can have an important climate change impact, by altering the mix of carbon dioxide and methane that is emitted. Although methane does not persist in the atmosphere for as long as carbon dioxide, it has a far greater heat-trapping ability and can contribute to more rapid warming. If the decomposing permafrost is wet, there will be less oxygen available to microbes, so they will produce more methane. If the permafrost is dry, the decomposition will lead to more carbon dioxide.

Estimates vary on how much carbon is released from thawing permafrost worldwide, but by one calculation emissions over the rest of the century could average about 1.5 billion tons a year, or about the same as current annual emissions from fossil-fuel burning in the United States.

Already, thawing permafrost and warmer temperatures are being blamed for rising carbon emissions in the Alaskan tundra. In a study earlier this year, researchers found that bacterial decomposition of thawed permafrost, as well as carbon dioxide produced by living vegetation, continues later into the fall because freezing of the surface is delayed. The rise in emissions has been so significant, the researchers found, that Alaska may be shifting from a sink, or storehouse, of carbon, to a net source.

Source: The New York Times.

Carte montrant (en bleu) l’étendue du permafrost en Alaska en 2010

Projection montrant (en orange) la perte probable de permafrost en 2050

 (Source : Woods Hole Research Center)