Les morses et le réchauffement climatique // Walruses and global warming

Des images extraites du documentaire « Notre planète » sur Netflix montrent quelque 250 morses en train de se précipiter d’une falaise de 80 mètres de hauteur et mourir en contrebas. La scène se passe au cap Kozhevnikova, dans le district autonome de Tchoukotka, dans l’extrême nord-est de la Russie. Les réalisateurs attribuent cette hécatombe à la raréfaction de la banquise, due au réchauffement climatique. Ce n’est pas l’avis de certains scientifiques.

Dans mon dernier livre « Glaciers en Péril », un chapitre est consacré aux effets du réchauffement climatique sur la faune arctique. J’y explique que les animaux des régions arctiques sont parmi les premières victimes de la fonte de la glace. Les communautés qui vivent dans la Mer de Béring voient depuis plusieurs années une forte baisse de la population de morses qui constituent une part importante de leur nourriture. Les chasseurs et les scientifiques ont remarqué que les morses se sont éloignés des terrains de chasse traditionnels. La hausse des températures a fait fondre la glace sous laquelle les animaux avaient l’habitude de plonger et sur laquelle ils venaient se reposer. Ils ont migré vers des espaces situés plus au nord.

En septembre 2009, des centaines de morses ont été trouvés morts sur la côte nord-ouest de l’Alaska. La découverte coïncidait avec les rapports scientifiques précisant que la glace de l’Océan Arctique avait atteint le troisième niveau le plus bas jamais enregistré. Le Centre pour la Diversité Biologique a déclaré que le recul de la banquise prive les femelles et leurs petits de leur habitat naturel, de sorte qu’ils sont obligés d’atteindre le rivage et se rassemblent en groupes importants en compagnie des gros mâles. Lorsque quelque chose les effraye – l’activité humaine par exemple – des bousculades (« stampedes »)  peuvent se produire et on pense que les jeunes morses ont péri sous le poids des adultes.

Après quelques jours de repos sur le rivage, les morses ont besoin de regagner la mer pour se nourrir. Sur les images du documentaire, on comprend que leurs mouvements sont particulièrement restreints, car les individus sont tous collés les uns aux autres. Il leur est donc difficile de redescendre les pentes par le même chemin.

Les morses ont l’habitude de se regrouper pour notamment se prémunir contre d’éventuelles attaques. Comme je l’ai écrit plus haut, lors de l’attaque d’un ours polaire, de l’irruption d’un chasseur ou de l’approche d’un navire ou d’un avion à basse altitude, des bousculades sont parfois observées.  En 2007, une vingtaine d’ursidés ont déjà provoqué la chute de morses du haut d’une falaise, dans la même région que celle montrée par le documentaire. Dans ce mouvement de panique et cet effort pour regagner la mer, les individus les plus frêles trouvent parfois la mort. Les plus jeunes se retrouvent piétinés par les adultes, et même les adultes se retrouvent coincés, et meurent par la suite. Les réalisateurs du documentaire n’ont pas décelé une telle menace au cours du tournage.

Selon une scientifique, la présence d’un très grand nombre de morses au sommet d’une falaise est due au fait qu’il n’y avait plus suffisamment d’espace pour tout le monde au pied de cette même falaise. « La présence en hauteur de ces morses n’a rien de naturel ». Pour elle, cela est dû à une raréfaction des espaces disponibles pour ces animaux, suite à la fonte de la banquise et de la glace de mer où ces animaux avaient pour habitude de se rassembler. Le réchauffement climatique porte donc une part de responsabilité dans la mort des morses qui n’était absolument pas un suicide collectif.

Source : France Info, Glaciers en péril.

Lorsque les morses sont présents, une webcam montre les rassemblements à Round Island, en Alaska :

https://explore.org/livecams/walrus/walrus-cam-round-island

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Images from the documentary « Our Planet » on Netflix show some 250 walrus rushing from a cliff 80 metres high and dying below. The scene takes place at Cape Kozhevnikova, in the Chukotka Autonomous District, in the far north-east of Russia. The film directors attribute this hecatomb to the rarefaction of the sea ice, due to global warming. This is not the opinion of some scientists.
In my latest book « Glaciers en Peril« , a chapter is devoted to the effects of global warming on Arctic wildlife. I explain that Arctic animals are among the first victims of melting ice. The communities that live in the Bering Sea have seen for many years a sharp decline in the walrus population that is an important part of their food. Hunters and scientists have noticed that walruses have moved away from traditional hunting grounds. Rising temperatures melted the ice under which the animals used to dive and on which they came to rest. They migrated to areas further north.
In September 2009, hundreds of walruses were found dead on the northwest coast of Alaska. The discovery coincided with scientific reports that the ice in the Arctic Ocean had reached the third lowest level ever recorded. The Center for Biological Diversity has stated that the retreat of the ice sheet is depriving females and their young of their natural habitat, so that they are forced to reach the shore and gather in large groups in the company of large males. When something scares them – human activity for example – stampedes can happen and young walruses are thought to have died under the weight of adults.
After a few days of rest on the shore, walruses need to return to the sea to feed. On the images of the documentary, we understand that their movements are particularly restricted, because the individuals are all glued to each other. It is therefore difficult for them to go down the slopes in the same way.
Walruses are used to group together to guard against possible attacks. As I wrote above, during the attack of a polar bear, the appearance of a hunter or the approach of a ship or a plane at low altitude, stampedes are sometimes observed. In 2007, about 20 polar bears caused the fall of walruses from the top of a cliff, in the same region as that is shown by the documentary. In this panic and effort to regain the sea, the frailest people sometimes dies. The youngest are trampled by adults, and even adults get stuck, and die later. The directors of the documentary did not detect such a threat during filming.
According to a scientist, the presence of a large number of walruses at the top of a cliff is due to the fact that there was not enough space for everyone at the foot of the same cliff. « The presence at height of these walruses is not natural ». For her, this is due to a scarcity of space available for these animals, following the melting of the sea ice where these animals used to gather. Global warming is therefore partly responsible for the death of the walruses, which was certainly not a collective suicide.
Source: France Info, Glaciers at Risk.

When walruses are present, a webcam shows the gatherings in Round Island, Alaska:
https://explore.org/livecams/walrus/walrus-cam-round-island

Capture d’écran de la webcam de Round Island

Etat d’urgence face à une invasion d’ours polaires // State of emergency after polar bear invasion

C’est une situation très particulière à laquelle sont confrontés les 3 000 habitants de l’archipel de Nouvelle-Zemble, dans le nord de la Russie. Ils font face à une invasion d’ours polaires. La situation a pris une tournure tellement importante que des experts ont été envoyés à la rescousse de la population.

Une cinquantaine de plantigrades sont arrivés sur les îles et ont montré un comportement particulièrement agressif. Les habitants n’ont jamais assisté à une telle invasion d’ours polaires qui se sont littéralement mis à les chasser. Les gens ont peur de quitter leurs maisons. Les parents ne veulent pas laisser leurs enfants aller à l’école. On peut voir sur des vidéos les animaux se nourrir dans les poubelles ou encore tenter de pénétrer dans les maisons. Utiliser des klaxons ou des chiens pour les éloigner s’est révélé sans effet. L’état d’urgence a été déclaré et des spécialistes de la faune arctique sont arrivés pour s’occuper des animaux. L’ours polaire étant une espèce protégée en Russie, la seule solution est d’endormir ceux qui ont envahi l’archipel.

Le réchauffement climatique explique cette invasion. Comme je l’indiquais encore vendredi dans ma conférence à Verneuil sur Vienne, la réduction de la banquise, là où les ours vivent et chassent, oblige les mammifères à un exode. Plusieurs d’entre eux ont été repérés en train de plonger pendant plus de trois minutes, ce qui est beaucoup plus longtemps que d’habitude. Normalement les ours remontent à la surface pour reprendre leur souffle et ils utilisent la banquise pour se reposer et se dissimuler quand ils chassent les phoques. Avec la disparition de la glace, ils poursuivent les phoques plus longtemps sous l’eau, la plupart du temps en ratant leurs cibles. Il s’ensuit un risque évident d’épuisement, puis de famine, d’où leur agressivité quand ils atteignent des zones susceptibles de leur fournir de la nourriture. Cette situation dramatique ne concerne pas que les ours polaires. Les morses sont confrontés aux même problèmes. La hausse des températures a fait fondre la glace sous laquelle les morses avaient l’habitude de plonger et sur laquelle ils venaient se reposer. Ils ont migré vers des espaces situés plus au nord.

Ce n’est pas la première fois que des ours polaires font parler d’eux dans la région. En 2016, cinq scientifiques russes avaient été assiégés dans une station météorologique par plusieurs animaux. À noter que le phénomène n’est pas exclusivement russe. Au Canada, les ours polaires, forcés de quitter la banquise à cause du réchauffement climatique, pénètrent dans la ville de Churchill au Manitoba. Là-bas, les autorités ont fait le choix de les isoler et de les confiner. En 2016, 53 animaux se sont ainsi retrouvés derrière les barreaux.

Source : Presse internationale.

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The 3,000 inhabitants of the Novaya Zemlya archipelago, in northern Russia are confronted with a very peculiar situation. They are facing an invasion of polar bears. The situation has taken such an important turn that experts have been sent to the rescue of the population.
About fifty plantigrades arrived on the islands and showed a very aggressive behaviour. The locals have never witnessed such an invasion of polar bears that literally started chasing them. People are afraid to leave their homes. Parents do not want to let their children go to school. One can see on video animals feed in garbage cans or try to enter homes. Using horns or dogs to keep them away has not worked. The state of emergency was declared and Arctic wildlife specialists arrived to study the animals. As the polar bear is a protected species in Russia, the only solution is to set to sleep those that have invaded the archipelago. .
Global warming is the cause of this invasion. As I explained again Friday during my conference in Verneuil sur Vienne, the reduction of the ice sheet, where the bears live and hunt, forces the mammals to an exodus. Several of them have been spotted diving for more than three minutes, which is much longer than usual. Normally, bears come to the surface to catch their breath and they use the ice slabs to rest and hide when they hunt seals. With the disappearance of ice, they pursue seals longer underwater, mostly missing their targets. The result is a clear risk of burnout and famine, hence their aggression when they reach areas likely to provide food. This tragic situation is not just about polar bears. Walruses have to face the same problems. Rising temperatures have melted the ice under which walruses used to dive and on which they came to rest. They migrated to areas further north.
This is not the first time that polar bears have been talked about in the area. In 2016, five Russian scientists were besieged in a meteorological station by several animals. Note that the phenomenon is not exclusively Russian. In Canada, polar bears, forced to leave the ice sheet because of global warming, enter the city of Churchill, Manitoba. There, the authorities have chosen to isolate them and confine them. In 2016, 53 animals ended up behind bars.
Source: International press.

Photo: C. Grandpey

Le chant de la banquise antarctique // The song of Antarctica’s ice shelf

En utilisant des appareils spéciaux, des scientifiques de la Colorado State University ont pu enregistrer des sons étranges sur la Barrière de Ross, une vaste plate-forme glaciaire en Antarctique. Selon une nouvelle étude publiée dans Geophysical Research Letters, une revue de l’American Geophysical Union, le bruit enregistré est en réalité une vibration de la glace provoquée par le vent qui souffle sur les dunes de neige.
En écoutant le son, on a un peu l’impression d’entendre quelqu’un souffler constamment dans une flûte sur la banquise, ou le bourdonnement émis par des milliers de cigales. La fréquence des sons est trop basse pour être perçue par l’oreille humaine. C’est pour cela que les scientifiques l’ont accélérée. Ils ont modifié la fréquence des infrasons et accéléré les enregistrements 1 200 fois.
L’objectif initial de l’étude n’était pas d’enregistrer le chant de la banquise, mais d’observer ce qui se passe sur les plateformes glaciaires du continent antarctique. En 2014, des scientifiques ont installé 34 capteurs sismiques à deux mètres sous la neige sur la Barrière de Ross afin de surveiller sa structure et ses mouvements. .
Au cours des dernières années, les plates-formes glaciaires ont perdu de leur épaisseur et se sont même effondrées en Antarctique à cause du réchauffement de la température de l’océan et de l’air, sous l’effet du changement climatique. Lorsque ces plates-formes se désintègrent, elles permettent à la glace continentale située en amont d’accélérer sa progression et de finir sa course dans l’océan, ce qui contribue à l’élévation du niveau de la mer.
L’étude des vibrations produites par la couche de neige qui isole la banquise pourrait permettre aux scientifiques de mieux comprendre comment elle réagit au changement climatique. Les fluctuations du «ronflement sismique» émis par la plate-forme glaciaire pourraient également indiquer si des fractures se forment dans la glace, ce qui pourrait être le signe que la plate-forme est susceptible de se briser.

Voici le document (Ne pas oublier de mettre le son !):
https://youtu.be/w56RxaX9THY

Source: Colorado State University.

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Using special instruments, scientists from Colorado State University have discovered weird sounds on Antarctica’s Ross Ice Shelf. The noise is actually vibrating ice, caused by the wind blowing across snow dunes, according to a new study which was published in Geophysical Research Letters, a journal of the American Geophysical Union.

Listening to the sound, it is a little like blowing a flute, constantly, on the ice shelf, or the buzz of thousands of cicadas. The sounds are too low in frequency to be heard by human ears unless sped up by the monitoring equipment. For that purpose, the scientists changed the infrasound frequency and accelerated the recordings vearly 1,200 times.

The original reason for the study was not to record sounds down there but to research what’s happening to the continent’s ice shelves: In 2014, scientists buried 34 seismic sensors two metres under the snow on Antarctica’s Ross Ice Shelf in order to monitor its structure and movement.

Ice shelves have been thinning and collapsing in Antarctica because of warmer ocean and air temperatures because of climate change. As the shelves disintegrate, they allow other inland ice to fall into the ocean, contributing to sea level rise.

Studying the vibrations of an ice shelf’s insulating snow jacket could give scientists a sense of how it is responding to changing climate conditions. Changes to the ice shelf’s « seismic hum » could also indicate whether cracks in the ice are forming that might indicate whether the ice shelf is susceptible to breaking up.

Here is the document (Don’t forget to turn on the speakers!):

https://youtu.be/w56RxaX9THY

Source: Colorado State University.

Carte montrant la Barrière et la Mer de Ross. On remarquera la présence du volcan Erebus sur l’Ile de Ross. (Source : Wikipedia)

La rétraction de la banquise antarctique s’accélère // The retraction of Antarctica’s ice sheet is accelerating

Selon une étude réalisée par des scientifiques de l’Université de Leeds et publiée en avril 2018 dans la revue Nature Geoscience, les contours de l’Antarctique sont en recul. L’eau chaude qui circule au fond de l’océan vient ronger l’assise glaciaire sous-marine du continent. Les dernières observations révèlent que l’Océan Austral a ainsi fait fondre une surface de 1463 kilomètres carrés de glace entre 2010 et 2016.
Les glaciers de l’Antarctique ont reculé à un rythme moyen de 24 mètres par an. Toutefois, la vitesse de recul du front de huit des 65 plus grands glaciers de la calotte glaciaire est cinq fois plus importante et atteint environ 120 mètres par an. Sans surprise, les vitesses de recul  les plus spectaculaires ont été mesurées le long de la côte ouest de l’Antarctique.
L’étude fournit des preuves évidentes que la rétraction de la calotte glaciaire antarctique est provoquée par l’action de l’océan qui la fait fondre globalement à sa base, et pas seulement dans les quelques endroits qui ont été cartographiés jusqu’à présent. Ce recul a un impact énorme sur les glaciers de l’intérieur car leur perte de contact avec les fonds marins élimine tout frottement, les fait accélérer et contribue in fine à l’élévation globale du niveau des océans.
Les scientifiques britanniques se sont appuyés sur les données fournies par le satellite CryoSat-2 de l’Agence Spatiale Européenne pour mener leur étude. Le satellite mesure les variations de niveau de la calotte glaciaire. En prenant en compte la géométrie des glaciers et des fonds marins, les scientifiques peuvent utiliser ces données pour estimer les variations horizontales des contours de la calotte glaciaire. Le satellite a été très utile pour effectuer ce travail en Antarctique car ces endroits sont inaccessibles et généralement invisibles au sol. C’est une illustration parfaite de l’importance des mesures satellitaires pour identifier et comprendre les changements environnementaux.
A côté de la vitesse de rétraction impressionnante des contours de l’Antarctique occidental, les scientifiques ont découvert que le Pine Island Glacier avait cessé de perdre sa glace. Jusqu’à récemment, le glacier était l’un de ceux qui avançaient le plus vite. Ce recul est préoccupant car si l’un de ces glaciers commence à accélérer son glissement dans l’océan, tous les autres glaciers de la péninsule antarctique occidentale feront probablement de même car ils sont interconnectés.

Source : Université de Leeds.

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According to a study by scientists at the University of Leeds published in April 2018 in the journal Nature Geoscience, the grounding lines of Antarctica are on the retreat. The ocean floor warm ocean water is shrinking Antarctica’s underwater footprint. According to the new data, the Southern Ocean melted 1463 square kilometres of underwater ice between 2010 and 2016.

Antarctica’s glaciers have been retreating at an average rate of 24 metres per year. But the rate retreat of the grounding lines of eight of the ice sheet’s 65 largest glaciers is five times greater, roughly 120 metres per year. The most dramatic rates of grounding line retreat were measured along the coast of West Antarctica.

The study provides clear evidence that retreat is happening across the ice sheet due to ocean melting at its base, and not just at the few spots that have been mapped before now. This retreat has had a huge impact on inland glaciers, because releasing them from the sea bed removes friction, causing them to speed up and contribute to global sea level rise.

The British scientists relied on data collected by the European Space Agency’s CryoSat-2 to conduct their study. The satellite measures changes in ice sheet elevation. With knowledge of glacier and sea floor geometry, scientists can use the data to estimate the horizontal motion of the ice sheet’s grounding line. The satellite was very useful to detect the motion of Antarctica’s grounding lines as they are impossible places to access from below, and usually invisible on the ground. It is a fantastic illustration of the value of satellite measurements for identifying and understanding environmental changes.

Despite the alarming rates of grounding line retreat in West Antarctica, scientists found evidence that Pine Island Glacier’s groundling line has halted its losses. Until recently, the Pine Island Glacier was one of the ice sheet’s fastest retreating glaciers. This retreat is preoccupying because if one of these glaciers starts sliding into the ocean, all the other glaciers of the West Antarctic Peninsula are likely to do so as they are interconnected.

Source: University of Leeds.

Les flèches indiquent les secteurs où la rétraction de la banquise antarctique est la plus marquée (Source: Université de Leeds)

Vous avez froid? Allez au Pôle Nord! // Feeling cold? Just go to the North Pole!

Si vous avez trop froid ces jours-ci en Europe continentale, il vous suffit d’aller au pôle Nord! Un phénomène de réchauffement dans cette région envoie un courant d’air froid vers l’Europe. En effet, la vague de froid en Europe est causée par un «brusque réchauffement stratosphérique» au-dessus du Pôle Nord, avec pour conséquence une scission et une déviation du vortex polaire.
À la pointe nord du Groenland, le site météorologique du cap Morris Jesup a connu pendant 61 heures d’affilée – un record! – des températures au-dessus de zéro en 2018. Le phénomène est lié à un remarquable recul de la banquise. Les climatologues indiquent que la chaleur qui est arrivée en Arctique provenait à la fois de l’Atlantique et du Détroit de Béring. Dans toute la région arctique, les températures sont restées à une vingtaine de degrés Celsius au-dessus de la normale, avec une moyenne de -8°C. Plus près de nous, sur l’archipel norvégien du Svalbard, les températures se situaient à peine au-dessus de zéro avec de la pluie le 25 février 2018; c’est environ 13,4°C au-dessus de la moyenne.
Selon le National Snow and Ice Data Center, la glace de mer dans l’Océan Arctique a connu le point le plus bas jamais enregistré à la fin du mois de février, avec 14,1 millions de kilomètres carrés. C’est environ un million de km2 de moins que la normale, l’équivalent de la taille de l’Egypte. Les météorologues affirment que les conditions météorologiques en ce moment dans l’Arctique correspondent à une tendance plus générale provoquée par l’accumulation de gaz à effet de serre. Ce qui était autrefois considéré comme une anomalie devient la nouvelle norme. Le climat de la Terre change sous nos yeux, et il est grand temps que nous empêchions cette situation d’empirer encore davantage.
Le risque de voir l’ Arctique sans glace a été estimé à environ 50% ou plus – avec un réchauffement compris entre 1,5 et 2 degrés Celsius – par un groupe de scientifiques des Nations Unies. Comme je l’ai écrit dans les notes précédentes, les conséquences d’un Arctique sans glace sont faciles à imaginer: exploitation des ressources minérales de la région, ouverture à la navigation des passages maritimes du NE et du NO, etc.
Source: Agence Reuters.

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If you are too cold in continental Europe, you just need to go to the North Pole! A warming phenomenon in this region is sending a blast of Arctic cold over Europe. Indeed, the cold snap in Europe is caused by a « Sudden Stratospheric Warming » above the North Pole that led to a split in the polar vortex.
On the northern tip of Greenland, the Cape Morris Jesup meteorological site has had a record-smashing 61 hours of temperatures above freezing so far in 2018, linked to a rare retreat of sea ice in the Arctic winter darkness. Local climate scientists indicate that the warmth was coming into the Arctic both up from the Atlantic and through the Bering Strait. Around the entire Arctic region, temperatures were about 20 degrees Celsius above normal, at -8°C. Closer to us, on the Norwegian archipelago of Svalbard, temperatures were just above freezing, with rain, and about 13.4C above the long-term average on February 25th 2018.
Arctic Ocean sea ice is at a record low for late February at 14.1 million square kilometres, according to the U.S. National Snow and Ice Data Center. That is about a million less than normal, or roughly the size of Egypt. Meteorologists say that the current weather in the Arctic fits a wider pattern driven by a build-up of human-related greenhouse gases. What was once considered as anomalies is becoming the new normal. The Earth’s climate is changing right in front of our eyes, and it is high time we stopped this from getting significantly worse.
A major consequence is the risk of an ice-free Arctic in summer which has been estimated about 50 percent or higher, with warming of between 1.5 and 2.0 degrees Celsius, by a United Nations panel of scientists. As I put it in previous posts, the consequences of an ice-free arctic are easy to imagine: exploitation of mineral resources in the region, opening odf the NE and NW shipping passages, etc.
Source: Reuters press agency.

Analyse de la différence de température par rapport à la normale (en degrés Celsius) le 25 février 2018 sur l’Arctique. La température était au-dessus de zéro au pôle Nord. (Source: Université du Maine)

Analysis of temperature difference from normal (in Celsius) on February 25th, 2018 over the Arctic. The temperature was above freezing at the North Pole. (Source: University of Maine)

Températures : La tendance à la hausse se confirme en 2017 // Temperatures are still rising in 2017

Avec une température planétaire de 0,83°C au dessus de la moyenne calculée sur la période 1951/1980, juillet 2017 s’affiche aussi chaud que juillet 2016 qui tenait le record depuis le début des relevés thermométriques.

Au total, sur les sept premiers mois de l’année, 2017 demeure à 0,94°C au dessus de la moyenne climatologique alors que le Pacifique ne montre plus aucune trace du phénomène El Niño, tenu en partie pour responsable du record de 2016.

En Arctique, malgré des températures de l’air moins chaudes que la moyenne climatique sur de larges zones de l’océan, la banquise connaît une rétractation plutôt forte, même si elle n’égale pas les records de 2011 et 2012. La carte de la banquise début août 2017 confirme la nouvelle géographie de l’Océan Arctique, de plus en plus souvent ouvert à la navigation de long des côtes de Sibérie. En Antarctique également, les observations satellitaires montrent que la cryosphère se rétracte, tant durant le dernier été que durant l’hiver actuel.

Pour rendre moins abstraites les alertes des climatologues sur les conséquences de cette évolution, plusieurs services météo ont mis en ligne leurs modèles nationaux, centrés sur leurs pays et donc beaucoup plus précis pour cette seule région que les modèles utilisés pour les simulations numériques du climat planétaire. Ainsi, des chercheurs de Météo-France ont publié cet été une étude montrant que les vagues de chaleur à la fin du siècle pourraient dépasser les 50°C dans de nombreuses régions du pays. Les conséquences sanitaires, agricoles et économiques en seraient majeures et exigeraient de nombreuses actions d’adaptation. La météo vietnamienne a réalisé le même type d’exercice qui débouche sur des canicules atteignant les 58°C à Hanoï !

Source : Le Monde.

Autre preuve de la hausse des températures, il devient de plus en plus difficile de pratiquer le ski d’été dans les Alpes françaises. Ainsi, le glacier de la Grande Motte à Tignes a perdu en moyenne 25 mètres d’épaisseur en 40 ans. En mai 2017, l’épaisseur était de trois mètres, chose que l’on a normalement en août. La saison estivale a été raccourcie d’une semaine car la pratique du ski devenait trop dangereuse. Pas très loin, le glacier du Pissaillas souffre lui aussi. Aux Deux-Alpes, la station va installer des canons à neige pour essayer de sauver son glacier qui disparaît lentement. Le glacier a perdu en épaisseur et un lac s’est formé à son pied. L’objectif est de récupérer cette eau liquide pour la retransformer en solide en faisant de la neige pour préserver au mieux la glace. La perte de glace est due à une absence d’accumulation de neige l’hiver. Il n’est plus possible de conserver d’un été à l’hiver suivant la neige qui protège le glacier de la fonte. L’objectif est de pouvoir, grâce à la neige de culture et sa résistance mécanique due à sa très forte densité, accumuler suffisamment de neige sur le glacier et contrer l’effet de fonte l’été.  Il reste aujourd’hui entre 60 et 80 mètres de glace, mais au rythme où vont les choses, d’ici 30 ans le glacier aura disparu.

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With a global temperature of 0.83°C above the average calculated over the period 1951/1980, July 2017 is as hot as July 2016, which held the record since the start of thermometer readings.
Overall, during the first seven months of the year, 2017 remains at 0.94°C above the average, while the Pacific shows no trace of the El Niño phenomenon, partly responsible for the 2016 record .
In the Arctic, although the air temperatures are not as warm as the average over large areas of the ocean, the ice sheet is experiencing a rather strong retraction, although it does not match the 2011 and 2012 records. The sea ice in early August 2017 confirms the new geography of the Arctic Ocean, which is increasingly open to navigation along the coast of Siberia. In Antarctica as well, satellite observations show that the cryosphere is shrinking both during the last summer and during the current winter.
In order to make less abstract the climatologists’ alerts on the consequences of this evolution, several weather services have released their national models, centered on their own countries and therefore much more accurate than the models used for the digital simulations of the global climate. For example, researchers at Météo-France have released this summer a study showing that heat waves at the turn of the century could exceed 50°C in many parts of the country. The health, agricultural and economic consequences would be major and would require many adaptation actions. The Vietnamese weather service has carried out the same type of exercise that leads to heat waves reaching 58°C in Hanoi!
Source: Le Monde.

Another proof of the rising temperatures is that it becomes more and more difficult to practice summer skiing in the French Alps. Thus, the Grande Motte glacier in Tignes has lost an average of 25 metres in thickness in 40 years. In May 2017, the thickness was three metres, which is normally the case in August. The summer season was shortened by a week because the practice of skiing had become too dangerous. Not very far from Tignes, the glacier of Pissaillas is suffering too. In Les Deux-Alpes, the resort will install snow cannons to try to save its slowly disappearing glacier. The glacier lost in thickness and a lake formed at its foot. The goal is to use this liquid water and turn it back into solid by making snow to preserve the ice as well as possible. The loss of ice is due to a lack of snow accumulation in the winter. It is no longer possible to keep from one summer to the next winter the snow that prevents the glacier from melting. The goal is to be able to accumulate enough snow on the glacier and to counter the effect of summer melting thanks to the artificial snow and its mechanical strength due to its very high density. Today, there are still between 60 and 80 metres of ice, but at the current pace, the glacier will have disappeared within 30 years.

Températures en hausse constante; banquise en réduction permanente: Voici résumée la situation actuelle sur notre belle planète.

 

La Louisiane bientôt sous les eaux // Louisiana soon underwater

Depuis l’Antarctique où la glace continue de fondre, jusqu’à l’Arctique où une expédition a été annulée en raison de la montée des températures et des mouvements de la banquise, les effets du changement climatique se font sentir dans le monde entier. Aux États-Unis, les températures augmentent et les côtes disparaissent. L’une des régions les plus affectées est la Louisiane dont le littoral est menacé depuis des années.

La Geological Society of America vient de publier une étude conduite par une équipe de géologues de l’Université de Tulane qui a constaté que le littoral de la Louisiane s’affaisse 50% plus vite que prévu il y a deux ans. Ils ont découvert que la côte s’enfonce à une vitesse moyenne de 9 millimètres par an (avec une marge d’erreur de 1 millimètre). Dans certains secteurs, y compris le long du Mississippi au sud de la Nouvelle-Orléans, cette vitesse est de 12 millimètres par an.
La situation est encore plus grave car l’étude n’a pas tenu compte de l’élévation du niveau de la mer qui entame la côte à raison de 3 millimètres par an. Cela signifie que l’impact net sur la côte est en moyenne de 12 millimètres par an et atteint 15 millimètres par an dans les zones les plus touchées.
L’étude a été effectuée en analysant 274 sites le long de la côte de la Louisiane. Sur chaque site, les chercheurs ont enfoncé des tiges d’acier comportant des repères. Les différences de hauteurs des repères ont été mesurées sur des périodes de six à dix ans pour déterminer le degré d’affaissement de la surface. Les géologues ont également déposé des minéraux tels que la craie blanche au sol et ont ultérieurement collecté des échantillons pour déterminer la quantité de sédiments qui s’était déposée sur la couche de craie.
Les changements de niveau observés à la surface sont en grande partie dus aux dépôts de sédiments ou à leur absence. Dans certains cas, une importante quantité de nouveaux sédiments s’est déposée sur la côte, à tel point que ces zones se sont enfoncées sous leur propre poids. Dans d’autres cas, les zones qui auraient eu une assise assez solide pour supporter le poids de nouveaux sédiments n’en n’ont pas reçu assez, ce qui a entraîné une perte de terres.
L’apport de sédiments n’est pas le seul facteur qui provoque l’affaissement de la côte de la Louisiane. Les chercheurs ont détecté des affaissements à des profondeurs de 15 mètres ou plus en installant des points d’ancrage et en mesurant leurs variations de niveau avec le GPS. L’affaissement à cette profondeur est en grande partie provoqué par un « effet de basculement » continental, qui résulte de la hausse des terres au niveau du Cercle Polaire arctique. La terre se soulève dans l’Arctique parce que le poids de la calotte de glace est moins important suite à sa fonte et sa disparition [NDLR : Le phénomène a été observé en Islande et au Groenland]. Cette fonte de la calotte arctique est également à l’origine de la montée du niveau de la mer de 3 millimètres sur les 12 millimètres enregistrés le long de la côte de la Louisiane.
L’étude a révélé que le littoral de la Louisiane diminue plus rapidement qu’on le pensait jusqu’à présent. Des études récentes menées principalement avec des marégraphes ont révélé que l’affaissement était de 1 à 6 millimètres par an au cours des dernières décennies. Ces études prévoient des «scénarios catastrophes» de 8 à 10 millimètres par an.
Comme on peut le lire dans la dernière étude de la Geological Society of America, « Il se peut que les pires scénarios soient en passe de devenir la nouvelle norme ».

Adapté d’un article paru dans Newsweek.

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From Antarctica, where ice continues to melt, to the Arctic Sea, where a research expedition was cancelled due to rising temperatures, the effects of climate change are being felt around the globe. In the United States, temperatures are rising and coastlines are disappearing. One of the areas that has been affected the most is Louisiana, the coastline of which has been in danger for years.

The Geological Society of America published a study by a team of Tulane University geologists that found Louisana’s coastline is sinking 50 percent faster than was estimated two years ago. They discovered the coast is sinking at an average rate of 9 millimetres per year (with a margin of error of 1 millimetre). In some areas—including along the Mississippi River south of New Orleans—the rate is 12 millimetres per year.

The sinking coast doesn’t tell the whole story. The study did not take into account the rising sea level, which creeps up the coast at a rate of 3 millimetres per year. This means the net impact on the coast, or the « relative sea level rise, » averages 12 millimetres per year, and reaches 15 millimetres per year in the most highly impacted areas.

The study was conducted by testing 274 locations across the state’s coast. At each, researchers placed in the ground steel rods containing pins. The differences in the heights of the pins were measured over the course of six to 10 years to determine how much the surface had subsided. Researchers would also lay minerals such as white chalk on the ground, and later take core samples to determine how much sediment had been deposited on top of the chalk layer.

These surface-level changes are largely due to sediment deposits, or the lack thereof. In some cases, so much new sediment was deposited on parts of the coast that areas sank under its weight. In others, areas that would have had a base strong enough to support new sediment deposits were not receiving enough, causing land loss.

Sediment delivery isn’t all that is causing Louisiana’s coast to sink. Researchers charted subsidence at depths of 15 metres or more by planting anchors and then charting their rise or fall using GPS. Sinking at this depth is largely created by a continental « hinge effect, » which results from land rising at the Arctic Circle. Why is land rising at the Arctic Circle? Because weight on Arctic landforms is being lifted as the ice caps melt. These melting ice caps are also the cause of the rising sea level, which is responsible for 3 millimetres of the coast’s 12 millimetres of relative sea level rise.

The study found that the state’s coastline is subsiding at a higher rate than was previously thought. Recent studies that were conducted mostly with tide gauges found that the subsidence was occurring at 1-6 millimetres per year over the past few decades. These studies predicted « worst case scenarios » of 8-10 millimetres per year.

As the study published Wednesday notes, « perhaps worst case scenarios should be considered the new normal. »

Adapted from an article in Newsweek.

Vue de la Louisiane en 2100 si le niveau de la mer s’élève d’un mètre. Les zones inondées sont en rouge. (Source : University of Arizona).