Kilauea (Hawaii): L’eau de l’Halema’uma’u // The water in Halema’uma’u Crater

Au cours de l’éruption du Kilauea en 2018, le plancher de l’Halema’uma’u s’est effondré lorsque le magma a quitté le réservoir sommital pour se diriger vers la Lower East Rift Zone où la lave a détruit quelque 700 structures. Aujourd’hui, le plancher de la caldeira a été remplacé par un gouffre profond d’environ 500 mètres, et une petite mare d’eau est apparue en juillet 2019 au fond du nouveau cratère qui a la forme d’un cône inversé.

L’USGS a mis en ligne un document dans lequel Matt Patrick et Jim Kauahikaua (géologue et géophysicien au HVO) expliquent comment et pourquoi cette eau est apparue au fond du cratère, et comment pourrait évoluer la situation. Vous pourrez visionner le document en anglais en cliquant sur ce lien :

https://youtu.be/WLpBMa1576I

En voici une petite synthèse en français :

Au début la mare d’eau était relativement petite, d’une dizaine de mètres de diamètre, et peu profonde.

Les scientifiques se sont demandés quelle pouvait en être l’origine. Il y avait deux possibilités : ce pouvait être le résultat de l’accumulation d’eau de pluie, ou bien une résurgence de la nappe phréatique qui se trouve sous le cratère de l’Halemau’lau’.

Avant l’éruption, des forages avaient révélé que la partie supérieure de la nappe phréatique se trouvait à environ  500 mètres sous le plancher de la caldeira.

Au moment de l’éruption, quand le plancher de la caldeira s’est effondré et a été remplacé par le gouffre profond que l’on observe aujourd’hui, le niveau de la nappe phréatique s’est abaissé sous le cratère nouvellement formé, tout en étant isolée de la lave par un manchon de matériaux.. On peut voir le comportement de la nappe phréatique pendant et à la fin de l’éruption sur ces deux schémas :

 Une fois l’éruption terminée en août 2018, la situation géologique du sommet du Kilauea s’est stabilisée, de sorte que le niveau de la nappe phréatique a commencé à s’élever et, peu à peu, va probablement retrouver son niveau d’origine, autrement dit un équilibre hydraulique avec la nappe phréatique. C’est un phénomène que l’on a déjà observé dans les mines où la nappe phréatique a occupé à nouveau les puits une fois que leur exploitation a été abandonnée.

 Aujourd’hui, la mare d’eau  présente une longueur d’une centaine de mètres de longueur sur une cinquantaine de largeur et une profondeur estimée à une dizaine de mètres. Son niveau s’élève d’une douzaine de centimètres par jour.

Les vidéos en accéléré montrent que la surface est agitée par de nouvelles arrivées d’eau en provenance de la bordure sud de la mare et présente des couleurs allant du jaune au vert, ce qui montre des concentrations importantes de soufre. Il sera intéressant – quand il sera techniquement possible de prélever des échantillons – d’analyser cette eau chauffée par le magma en dessous et dont la température très stable se situe autour de 70°C.

(Photos et schémas: HVO / USGS)

 S’agissant de l’évolution de la situation, le risque serait qu’une arrivée de magma juvénile entre en contact avec cette eau, ce qui ne manquerait pas de provoquer des explosions. Toutefois, les deux scientifiques pensent que ces explosions seraient relativement modestes, avec des projections qui ne dépasseraient pas l’enceinte du cratère de l’Halema’uma’u.

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During the 2018 Kilauea eruption, the Halema’umau’ crater floor collapsed when magma travelled to the East Rift Zone where it erupted, destroying about 700 structures. Today a huge gap about 500 metres deep has replaced the caldera floor and a small water pond appeared in July 2019 at the bottom of the inverted cone.

USGS has released a document in which Matt Patrick and Jim Kauahikaua (HVO geologist and geophysicist) explain how and why the water pond appeared and what could be its evolution for the future. You will see the document by clicking o this link:

https://youtu.be/WLpBMa1576I

La fonte des glaciers boliviens et ses conséquences // The melting of Bolivian glaciers and its consequences

Comme je l’explique dans chacune de mes conférences sur la fonte des glaciers, de nombreuses villes d’Amérique du Sud dépendent des glaciers de la Cordillère des Andes pour leur approvisionnement en eau. Si le réchauffement climatique actuel se poursuit, la situation deviendra bientôt intenable dans des pays comme le Pérou ou la Bolivie.
En Bolivie, les ressources en eau s’épuisent à La Paz, la capitale la plus haute du monde, sous l’effet conjugué de la fonte des glaciers andins, de la sécheresse et d’une mauvaise gestion de la ville. Cependant, au lieu d’abandonner la partie, les habitants de La Paz découvrent de nouveaux moyens de faire face au changement climatique.
Les 2,7 millions d’habitants de la capitale ont déjà dû faire face à une grave sécheresse qui a duré plusieurs mois de 2016 à 2017 ; ce fut la pire connue par la Bolivie en 25 ans, entraînant un rationnement de l’eau et d’importantes manifestations dans plusieurs villes.
Le pire est probablement à venir. Les calottes de glace et de neige au sommet de la Cordillère, qui permettaient de remplir les réservoirs de la ville, disparaissent à un rythme alarmant. En conséquence, les gens commencent à s’adapter à la disparition des ressources en eau. Par exemple, dans la Valle de las Flores, à l’est de La Paz, les habitants lavent leurs vêtements dans un lavoir municipal alimenté en eau de source. Les lavoirs publics où l’eau est gratuite deviennent de plus en plus populaires, car les habitants changent leurs habitudes en matière de consommation d’eau, de lavage du linge et échappent ainsi à la hausse des taxes sur l’eau. Dans certains quartiers, les habitants stockent désormais l’eau de pluie dans des citernes, en prévision de la saison sèche.
La grave sécheresse qui a duré de novembre 2016 à février 2017 a été imputée aux effets combinés d’El Niño, de la mauvaise gestion de l’eau et au changement climatique. Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence nationale. À La Paz, des dizaines de milliers de personnes ont dû faire face à un rationnement de l’eau pour la première fois de leur vie. Les mesures ont été étendues à au moins sept autres villes et, à la campagne, il y a eu des affrontements entre les agriculteurs et les mineurs à propos de l’utilisation des aquifères.
Le gouvernement bolivien s’est lancé dans un vaste programme d’investissement afin de garantir les futurs approvisionnements en eau. Selon des données récentes fournies par la compagnie nationale des eaux EPSAS, le gouvernement a dépensé 58,7 millions d’euros pour la construction de quatre réservoirs d’eau et de systèmes d’approvisionnement sur les hauts plateaux andins autour de la capitale. La sécheresse a presque complètement vidé les barrages, qui ont mis des mois à rétablir des niveaux d’eau suffisants.
L’UNESCO a présenté un « Atlas sur le recul des glaciers andins et la réduction des eaux glaciaires » pour cartographier les effets du réchauffement planétaire en 2018. L’UNESCO a expliqué que le réchauffement planétaire pourrait entraîner «la perte de 95% du pergélisol actuel en Bolivie d’ici 2050, et 99% d’ici 2099.  »
Une étude récente publiée dans la revue Nature, citant l’analyse d’images satellite, a indiqué que « les glaciers andins font partie de ceux qui reculent le plus rapidement ». Entre 2000 et 2018, ils ont perdu en moyenne 23 milliards de tonnes de glace par an. Par exemple, le glacier Chacaltaya, qui hébergeait autrefois la plus haute station de ski du monde, a déjà disparu. Les scientifiques ont déclaré que le glacier avait commencé à fondre au milieu des années 1980. En 2009, il avait disparu. Le barrage d’Inkachaka, situé à quelques kilomètres de La Paz, est actuellement à moitié plein, alimenté par les chutes de neige de l’hiver austral, mais les calottes de neige et de glace, visibles toute l’année sur les montagnes voisines il y a 30 ans à peine, ont aujourd’hui disparu.
Source: Journaux boliviens.

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As I explain in each of my conferences about the melting of glaciers, many cities in South America depend on the Andean glaciers for their water supplies. If the current global warming continues, the situation will soon become disastrous in countries like Peru or Bolivia.

Water resources are running dry in La Paz, the world’s highest-elevation capital, due to the combined effect of the Andean glaciers melting, drought and mismanagement. However, instead of surrendering, the locals in La Paz are finding new ways to tackle the changing climate.

The 2.7 million people who live in the capital have already been confronted with a severe drought that lasted for several months from 2016 into 2017 was Bolivia’s worst in 25 years, leading to water rationing and widespread protests in several cities.

In a sign of possibly worse to come, the Andean snowcaps – which have been relied on to fill the city’s reservoirs – are disappearing at an alarming rate. As a consequence, people are beginning to adapt to disappearing water resources. For instance, in the Valle de las Flores district in the east of the city, the inhabitants wash clothes for a living at a municipal wash-house, which is fed by spring water. Public wash-houses where the water is free are becoming more popular, as residents change their habits around water use, getting their laundry done and escaping rising water charges. In some neighbourhoods, locals have become accustomed to storing rainwater in cisterns, ready for when the dry season comes.

The severe drought that lasted from November 2016 to February 2017 was blamed on the combined effects of the El Niño weather cycle, poor water management and climate change. A state of national emergency was declared by the government and tens of thousands of people in La Paz faced imposed water rationing for the first time.

The measures were expanded to at least seven other cities, and in the countryside, farmers clashed with miners over the use of aquifers.

The Bolivian government has rmbarked on a vast investment program in a bid to ensure future water supplies. According to recent data from the national water company EPSAS, the government has spent 58.7 million euros to construct four water reservoirs and supply systems in the surrounding Andean highlands. The drought had left the dams almost completely depleted, and they took months to recover ample water levels.

UNESCO introduced an « Atlas on the retreat of Andean glaciers and the reduction of glacial waters » to map the effects of global warming in 2018. It explained that global warming could cause “the loss of 95 percent of the current permafrost in Bolivia by 2050, and 99 percent by 2099.”

A recent study published in the journal Nature, citing analysis of satellite images, reported that « the Andean glaciers are among those that shrink the fastest ». Between 2000 and 2018, the glaciers lost an average of 23 billion tonnes of ice a year. For example, the Chacaltaya glacier, once the world’s highest ski resort, has already disappeared. Scientists said the glacier started to melt in the mid-1980s. By 2009, it had vanished. The Inkachaka dam, a few kilometres outside La Paz, is currently more than half-full, fed by snowfalls during the austral winter, but the year-round snowcaps on nearby mountains, visible as recently as 30 years ago, no longer exist.

Source: Bolivian newspapers.

Images montrant la fonte rapide du glacier Chacaltaya, aujourd’hui disparu (Source : Inside Climate News)

Sécheresse et manque d’eau en Alaska ! // Drought and water shortage in Alaska !

Comme je l’ai écrit précédemment (voir mes messages des 4 et 6 juillet 2019), l’Alaska a connu une vague de chaleur sévère cet été, une situation sans précédent. La conséquence est que plusieurs régions souffrent d’une sécheresse et d’un manque d’eau jamais observés auparavant. Dans un village, les autorités coupent12 heures par jour l’approvisionnement en eau destiné à la population. Dans un autre, les toilettes à chasse automatique sont basculées en mode et les restaurants servent des repas sur des assiettes en carton.
L’été chaud et sec en Alaska a entraîné des conditions extrêmes dans les communautés autochtones de Nanwalek et de Seldovia, dans la Péninsule de Kenai. Les autorités en charge de la région ont été contraintes de publier une déclaration de catastrophe naturelle.
Des conditions de sécheresse intense affectent de plus en plus l’État, exacerbées par les feux de forêt qui continuent de brûler. La ville d’Anchorage est envahie par la fumée en provenance d’un important incendie de forêt qui brûle depuis plusieurs semaines dans la Péninsule de Kenai. La ville dispose d’une bonne quantité d’eau dans ses réservoirs, contrairement à certaines petites communautés comme Nanwalek et Seldovia qui dépendent de la fonte des neiges et de la pluie pour remplir leurs réserves. La pénurie d’eau se fait durement sentir. En moyenne annuelle, la région reçoit près de 22 centimètres de pluie de juin à août; cet été, elle a reçu un peu moins de 8 centimètres.
Selon des chercheurs en climatologie de l’université d’Alaska à Fairbanks, de tels scénarios deviendront de plus en plus fréquents avec le réchauffement climatique, mais cela ne signifie pas pour autant qu’une telle sécheresse se produira chaque année.
Dans la Péninsule de Kenai, le réservoir d’eau de Nanwalek ne contient que 210 000 litres, autrement dit moins de deux jours d’approvisionnement en temps normal, lorsque le village consomme environ 115 000 litres par jour. Chaque jour, les autorités locales coupent l’eau la nuit, entre 21 heures et 9 heures. Comme l’eau stagne dans les citernes la nuit, il est conseillé aux habitants de faire bouillir leur eau pour éviter toute contamination.
Comme Nanwalek, Seldovia, à 15 kilomètres au nord-est, n’a reçu qu’une fraction de ses précipitations normales. De juin à août, le village de 220 habitants en temps normal a reçu un peu moins de 4 centimètres de précipitations, contre une moyenne d’environ 14 centimètres. Le 5 septembre 2019, Seldovia avait pour environ 16 jours et demi d’eau dans son réservoir. Pour l’économiser, les gens utilisent de l’eau non potable pour des usages non alimentaires comme la lessive. L’école a désactivé la chasse automatique dans les toilettes et a imité les restaurants en utilisant des assiettes et des couverts jetables.
Selon le National Weather Service, il devrait pleuvoir au cours de la fin de semaine sur les zones arides du centre-sud, notamment sur les deux villages, mais il ne devrait pas s’agir de précipitations abondantes. La semaine prochaine devrait revenir à des conditions plus sèches. Dans l’ensemble, il semblerait que la région commence à retrouver un peu d’humidité, mais le déficit en eau persistera cette année.
Source: Anchorage Daily News.

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As I put it before (see my posts of 4 and 6 July 2019), Alaska went through a severe heatwave this summer, a situation that had never been seen before. The consequence is that several regions are suffering from a drought and a lack of water. In one Alaska village, officials are shutting off the public water supply 12 hours each day. In another, automatic flush toilets have been switched to manual flushing, and restaurants are serving meals on paper plates.

Alaska’s hot, dry summer has led to extreme measures in the Native communities of Nanwalek and Seldovia in the Kenai Peninsula, prompting regional officials to issue a disaster declaration.

The arid conditions are more widespread in the State, exacerbated by wildfires still burning. Anchorage is still fielding smoke drifting from a major wildfire that has been burning for several weeks in the Kenai Peninsula. The city has plenty of water in its system, unlike a handful of small communities that rely on snow melt and rain like Nanwalek and Seldovia to fill their reserves. Their water shortages are acutely felt. In an average year, the area receives nearly 22 centimetres of rain from June to August; this summer, it received slightly less than 8 centimetres.

According to climate researchers at the University of Alaska Fairbanks, such scenarios could become more common with climate warming, but that doesn’t mean it will happen every year.

In the Kenai peninsula, Nanwalek’s water tank has only 55,000 gallons in it, less than a two-day supply in normal times when the village goes through about 30,000 gallons a day. So local leaders are shutting off the water system between 9 p.m. and 9 a.m. daily. Because the tanked reserve is standing still at night, residents must boil their water to ward off possible contamination.

Seldovia, 15 kilometres to the northeast, also received a fraction of its normal rainfall. From June to August, the community of about 220 fulltime residents received slightly about 4 centimetres, compared with the average of about 14 centimetres. Seldovia has about 16½ days of water left in its reservoir, as of September 5th. To conserve, people are using non-potable water for nonfood uses like laundry. The school has turned off the automatic flushing in toilets and joined restaurants by using disposable plates and utensils.

Over the weekend, some rain is forecast for parched south-central areas, including the two villages, but it is not expected to be a super wet storm, according to the National Weather Service.

Next week is expected to return to drier conditions. Overall, however, the area is expected to begin a wetter pattern, but it won’t be as wet as expected this time of year.

Source : Anchorage Daily News.

Vue de la Péninsule de Kenai, durement touchée par la sécheresse et les incendies de forêt cet été (Source: Google Maps)

Halema’uma’u (Hawaii): Eau de pluie ou eau de source? // The water in Halema’uma’u (Hawaii): Rainwater or groundwater?

La mare d’eau au fond du nouveau cratère de Halema’uma’u soulève un certain nombre de questions. Les deux plus fréquentes sont: d’où vient l’eau et quelles pourraient être ses conséquences?
Les deux sources les plus probables sont l’eau de pluie et l’eau souterraine, autrement dit la présence d’une nappe phréatique. Selon les scientifiques du HVO, les deux hypothèses sont à prendre en compte, avec une préférence pour les eaux d’origine souterraine.
La nappe phréatique dans la zone sommitale du Kilauea se situe à une altitude d’environ 590 mètres, telle qu’elle a été mesurée dans un puits de forage creusé en 1973 à environ 800 mètres au sud de Halema’uma’u. La hauteur du plancher d’Halema’uma’u est d’environ 512 mètres, soit 70 mètres en dessous de la nappe phréatique qui se trouve à proximité.
Avant l’effondrement du sommet du Kilauea en 2018, les données géophysiques laissaient supposer que la nappe phréatique à proximité de Halema’uma’uu était à peu près à la même altitude que dans le forage, mais elle s’est probablement modifiée lors de l’effondrement du cratère. La nappe phréatique est probablement en train de se rétablir et, au fur et  à mesure qu’elle monte, l’eau s’infiltre dans des zones basses au niveau du plancher du cratère.
En ce moment, la surface de la mare d’eau dans le cratère s’élève lentement et régulièrement, ce qui correspond probablement à une hausse de la nappe phréatique. Le niveau de l’eau dans le cratère augmenterait par à-coups s’il dépendait des fortes pluies sur le Kilauea. Or, l’Halema’suma n’a pas reçu de fortes pluies depuis la première observation de l’eau dans le cratère le 25 juillet 2019. Il serait intéressant de prélever un échantillon de cette eau et de la dater à l’aide de moyens isotopiques; l’eau de pluie aurait l’âge actuel, tandis que les eaux souterraines seraient plus vieilles.
En ce qui concerne la profondeur de la mare, elle ne dépasse pas quelques mètres. Il se pourrait que ce ne soit que le sommet de la zone saturée en eau, qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Cette profondeur n’est toutefois pas infinie car elle est forcément freinée par la chaleur résiduelle du magma dans le conduit d’alimentation. Malgré tout, à mesure que le conduit refroidit, une plus grande quantité d’eau peut s’accumuler et contribuer à augmenter le volume en surface.

Le volume de la masse d’eau aura forcément une influence sur les risques potentiels. Une simple mare n’aura aucune incidence sur la prochaine éruption sommitale. En revanche, si le magma devait entrer en contact avec plusieurs dizaines de mètres d’eau, un scénario explosif plus important pourrait être observé, comme cela s’est déjà produit dans le passé.
Source: USGS / HVO.

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The pond of water at the bottom of Halema‘uma‘u’s new crater is raising many questions. The two most frequent are, where is the water coming from and what is its importance?

Two potential sources of the water are recent rainfall and groundwater. According to HVO scientists, either remains a possibility. Circumstantial evidence, however, favours groundwater.

The local water table, below which rocks are saturated with water, is at an elevation of about 590 metres, as measured in a deep hole drilled in 1973 about 800 metres south of Halema‘uma‘u. The elevation of the floor of Halema‘uma‘u is about 512 metres, 70 metres lower than the nearby water table.

Before the 2018 collapse of Kilauea’s summit, geophysical data suggested that the water table near Halema‘uma‘u was at about the same elevation as in the drill hole, but it was apparently drawn down during the collapse. The water table is likely recovering now, and as it rises, water inundates low areas such as the crater floor.

So far, the surface of the pond is rising slowly and steadily, consistent with a rising water table. Normally, the pond level would rise in jumps during downpours if rain was directly responsible for feeding it. However, Halema‘uma‘u has experienced no heavy rain since the pond was first observed on July 25th, 2019. It would be best to sample the water and date it using isotopic means; rain would have today’s age, groundwater an older age.

As far as the water’s depth is concerned, it is no more than a couple of metres. But the visible pond could be just the top of the saturated zone, which could conceivably be several tens of metres. There is probably a bottom to the standing water, because heat in the magma conduit below the floor of Halema‘uma‘u would boil away water at some depth. But as the conduit cools, the floor of standing water could move downward, deepening the water body from below as well as at the surface.

The total thickness of the water body impacts potential hazards. A mere puddle would scarcely affect the next summit eruption. But, if rising magma had to penetrate several tens of metres of water, an explosive scenario that has played out in the past could repeat.

Source: USGS / HVO.

Crédit photo: USGS / HVO

L’eau de l’Halema’uma’u (Hawaii) // The water of Halema’uma’u (Hawaii)

La dernière éruption du Kilauea a pris fin en août 2018 et il n’y a actuellement aucune coulée de lave sur le volcan….mais il y a de l’eau au fond du cratère de l’Halema’uma’u, au sommet du Kilauea ! Le lac de lave qui a persisté pendant l’éruption a maintenant été remplacé par des mares d’eau. .
L’apparition récente d’eau au fond du cratère a provoqué de nombreuses interrogations. Comme on peut le voir sur les photos mises en ligne par le HVO (voir ci-dessous), cette eau est de couleur turquoise, laiteuse ou verdâtre, ce qui trahit la présence de soufre dissous et de métaux provenant du mélange avec l’eau des gaz magmatiques ou des roches environnantes. Les caméras thermiques révèlent une température de surface d’environ 70°C.
L’eau au fond de l’Halema’uma’u n’est pas visible depuis les zones du parc national ouvertes au public, mais le HVO a déplacé l’une de ses webcams vers un site offrant une vue directe sur le fond du cratère.
Pour mesurer le niveau de cette eau, les scientifiques du HVO utilisent un télémètre laser à longue portée. Les mesures quotidiennes montrent que le niveau s’est lentement élevé. Les prochains survols en hélicoptère permettront de cartographier et de mesurer avec précision la superficie et le volume des mares. À l’aide de photographies obliques, il est possible de créer des modèles tridimensionnels du fond du cratère. La comparaison de ces modèles mis à jour régulièrement avec les données LIDAR (système de mesure par détection laser) collectées en juillet 2019 permettra d’estimer le volume d’eau. Les images satellites haute résolution compléteront ces informations. Des drones pourront également fournir des images aériennes et des mesures précises de la superficie et du volume de l’eau accumulée.
L’échantillonnage direct et les analyses chimiques permettront enfin de savoir s’il s’agit d’une accumulation d’eau de pluie en surface ou d’une eau souterraine plus profonde. Il se peut aussi qu’une partie de l’eau provienne de la condensation de la vapeur produite directement par le magma.

Une meilleure connaissance de la source de cette eau permettra de mieux comprendre les dangers possibles qui y sont associés. Par exemple, si elle est une émergence de la vaste zone d’eaux souterraines autour du cratère, elle risque d’interagir avec une montée éventuelle du magma et provoquer une activité explosive.
A cause de la dangerosité du site, l’échantillonnage direct est problématique. Il est déconseillé de se rendre auprès des mares en raison de l’accumulation possible de dioxyde de carbone au fond du cratère. Les effondrements fréquents des pentes instables du cratère sont un autre danger. Les prélèvements se feront probablement par la voie aérienne, avec un récipient de captage accroché au bout d’un filin.
À l’heure actuelle, les instruments ne révèlent aucun signe d’activité à court terme au sommet du Kilauea. Le réservoir magmatique sommital continue à se recharger lentement. Le niveau d’alerte volcanique est maintenu à « Normal ». En conséquence, le HVO n’émet plus que des bulletins mensuels.
Source: USGS / HVO.

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The last eruption of Kilauea ended in August 2018 and there is currently no active lava on the volcano….but there is water at the bottom of Halema’uma’u Crater. The lava lake that persisted during the eruption has now been replaced by water ponds.   .

The recent appearance of water at the bottom of Halema‘uma‘u Crater at the summit of Kilauea, has attracted wide attention and generated many questions. As shown in HVO’s website photos, the ponds are milky turquoise, or greenish, in colour, indicative of dissolved sulphur and metals from magmatic gases or surrounding rock mixing into the water. Thermal images show water surface temperatures of approximately 70°C.

The water in Halema‘uma‘u is not visible from publicly accessible areas of the national park but HVO has moved one of its existing webcams to a site that provides a direct view of the ponds.

To measure the level of water in the ponds, HVO scientists use a long-range laser rangefinder. These daily measurements show that the water level has slowly risen. Future helicopter overflights will allow for the mapping and precise measuring of the area and volume of the changing ponds. Using oblique photographs, 3-dimensional models of the crater floor can be created. Comparing these updated models with the LIDAR (light detection and ranging) data collected in July 2019 will help estimate water volume. High-resolution satellite images can fill in observational gaps between HVO’s overflights. Drones could also provide aerial imagery and precise measurements of pond area and volume.

Direct sampling and chemical analyses of the water in Halema‘uma‘u would provide insight into its source, and know if it is a shallow accumulation of rainwater or the surface expression of a deeper-seated layer of groundwater. Some of the water could also be from condensed water vapour directly released by the magma. Knowing the water’s source will offer a better understanding of the possible hazards associated with it. For instance, if the water is from the extensive zone of groundwater around the crater, it could be more likely to interact with rising magma and result in explosive activity.

Given the hazardous location of the water, however, direct sampling is tricky. Walking down to the ponds is not advised due to the possible accumulation of carbon dioxide on the crater floor. Other dangers include frequent rockfalls from the steep, unstable slopes.

At the current time, monitoring data do not indicate any signs of imminent unrest at Kilauea’s summit. Magma continues to quietly recharge the summit magma reservoir.

The alert level for Kilauea remains at Normal. Reflecting this alert level, HVO is now only issuing monthly updates.

Source: USGS / HVO.

Vue générale du cratère de l’Halema’uma’u avec la petite mare d’eau au fond de la cavité (Crédit photo: USGS / HVO)

Vue rapprochée de l’eau au fond de l’Halema’uma’u le 8 août 2019 (Crédit photo: USGS / HVO)

Une pénurie d’eau menace la planète // The shortage of water: A threat to our planet

Selon le dernier rapport du World Resources Institute (WRI) paru le 6 août 2019, près du quart de la population mondiale, réparti dans 17 pays, est en situation de pénurie hydrique grave. Selon le WRI, on s’approche à grands pas du « Jour Zéro » où plus aucune eau ne sortira du robinet. Vous pourrez lire le rapport (en anglais) du WRI en cliquant sur ce lien :

https://www.wri.org/blog/2019/08/17-countries-home-one-quarter-world-population-face-extremely-high-water-stress

Le rapport du WRI débute avec l’exemple des réservoirs de Chennai, la sixième plus grande ville de l’Inde, qui sont presque à sec. L’année dernière, les habitants du Cap, en Afrique du Sud, ont évité de peu le « Jour Zéro » où plus aucune eau ne sort robinets. Sans oublier Rome (Italie) qui, en 2017, a dû  rationner l’eau afin de l’économiser.

Le WRI explique qu’aujourd’hui près du quart de la population mondiale vivant dans 17 pays est confrontée à une situation de pénurie d’eau « extrêmement élevée. » Personne n’ose en parler, mais une pénurie d’eau à grande échelle deviendra inévitablement source de migrations de populations et de conflits. Le rapport du WRI précise que les prélèvements hydrauliques dans le monde ont plus que doublé depuis les années 1960 en raison d’une demande croissante qui ne montre aucun signe de ralentissement. Les pays les plus concernés se situent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord avec à leur tête le Qatar, Israël, le Liban ou encore l’Iran.

A côté des pays du Moyen Orient, l’Inde souffre de la pire crise de l’eau de son histoire et des millions de vies et de moyens de subsistance sont menacés. La population du pays, particulièrement nombreuse, demande énormément de ressources. Les eaux en surfaces mais également les eaux souterraines y sont gravement surexploitées.

Selon le WRI, la France occupe la 59ème place dans le classement des pays les plus touchés par une pénurie hydraulique. Le pays se situe dans la catégorie à risque « moyen-élevé ». Mais le rapport souligne que même si certains Etats semblent moins concernés que d’autres, il peut exister des zones de pénurie extrême en leur sein. C’est ce que nous constatons actuellement en France avec la sécheresse extrême qui affecte certaines régions.

Le rapport du WRI indique que, « comme pour tout défi, les perspectives de la pénurie d’eau dépendent de la direction stratégique opérée par chaque Etat. »  Il souligne que certains pays ont commencé à sécuriser leurs ressources hydrauliques grâce à une gestion appropriée. Ainsi, l’Arabie saoudite facture l’eau pour inciter à la conservation. La Namibie, l’un des pays les plus arides du monde, transforme les eaux usées en eau potable depuis 50 ans. L’Australie a presque réduit de moitié l’utilisation de son eau domestique pour éviter le fameux « Jour Zéro ».

Dans la conclusion de son rapport, le WRI explique qu’il existe des tendances indéniablement inquiétantes dans le domaine de l’eau. Toutefois, « en prenant des mesures dès maintenant et en investissant dans une meilleure gestion, nous pouvons résoudre les problèmes liés à l’eau pour le bien des personnes, des économies et de la planète. »

Source : World Resources Institute (WRI).

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According to the latest World Resources Institute (WRI) report released on August 6th, 2019, almost a quarter of the world’s population, spread across 17 countries, is experiencing severe water scarcity. According to WRI, we are getting close to « Day Zero » when no more water will come out of the tap. You can read the WRI report by clicking on this link:

https://www.wri.org/blog/2019/08/17-countries-home-one-quarter-world-population-face-extremely-high-water-stress

The WRI report begins with the example of the water reservoirs of Chennai, the sixth largest city in India, which are almost dry. Last year, people in Cape Town, South Africa, narrowly avoided « Day Zero » when no more water comes out of the taps. Not to mention Rome (Italy) which, in 2017, had to ration the water in order to save it.

WRI explains that today almost a quarter of the world’s population living in 17 countries is facing a situation of « extremely high water scarcity. » Nobody dares to talk about it, but a large-scale water shortage will inevitably become a source of population migration and conflict. The WRI report states that water withdrawals worldwide have more than doubled since the 1960s due to growing demand that shows no signs of slowing down. The most affected countries are in the Middle East and North Africa headed by Qatar, Israel, Lebanon and Iran.

Alongside the Middle East countries, India suffers from the worst water crisis in its history and millions of lives and livelihoods are threatened. The country’s population, which is particularly large, requires a great deal of resources. The surface waters but also the groundwater are seriously over-exploited.

According to WRI, France ranks 59th among the countries most affected by a hydraulic shortage. The country is in the « medium-high » risk category. But the report points out that even though some states seem less concerned than others, there may be areas of extreme scarcity within them. This is what we are currently seeing in France with the extreme drought affecting certain regions.

The WRI report states that « as with any challenge, the prospects for water scarcity depend on the strategic direction of each state”. It points out that some countries have started to secure their water resources through proper management. Thus, Saudi Arabia charges water to encourage conservation. Namibia, one of the driest countries in the world, has been turning wastewater into drinking water for 50 years. Australia has almost halved the use of its domestic water to avoid the famous « Day Zero ».

In the conclusion of the report, WRI explains that there are undeniably worrying trends in the water sector. However, « by taking action now and investing in better management, we can solve water-related problems for the good of people, economies and the planet. »

Source: World Resources Institute (WRI).

 

De l’eau dans le cratère de l’Halema’uma’u (Kilauea / Hawaii) // Water in Halema’uma’u Crater (Kilauea / Hawaii)

Pour la première fois dans l’histoire du Kilauea, une mare d’eau a été découverte au cours de la dernière semaine de juillet 2019 au fond de l’Halema’uma’u, le cratère sommital du volcan. Le HVO a confirmé cette présence d’eau qui pourrait marquer la transition vers une phase plus explosive des futures éruptions.

Les scientifiques ne savent pas comment va évoluer la situation, mais on sait que lorsque la lave interagit avec l’eau, elle peut provoquer de violentes explosions. Une première possibilité est que le magma chauffe et vaporise lentement cette eau pour donner naissance à un nouveau lac de lave. Il se pourrait aussi que la lave interagisse avec la nappe phréatique et déclenche de petites explosions. Une troisième hypothèse est que le magma monte rapidement, et provoque une explosion majeure.

Les scientifiques de l’USGS ont expliqué qu’il n’y a actuellement « aucune raison de penser que les dangers présents au sommet ont augmenté ou diminué » suite à la découverte de cette eau. Toutefois, « la présence d’eau pourrait provoquer un changement important dans l’activité à long terme du volcan.»
Bien que le Kilauea soit surtout connu pour son activité effusive et ses somptueuses coulées de lave, le volcan a une histoire d’alternance de longues périodes d’éruptions explosives et de périodes de phases effusives. Il ne faudrait pas oublier que plusieurs événements explosifs se sont produits sur le volcan dans le passé. Ces éruptions ont le plus souvent généré des déferlantes pyroclastiques.

En 1790, l’une d’elles a tué plus de 400 personnes dans la caldeira du Kilauea. Ce fut l’éruption volcanique la plus meurtrière jamais observée aux États-Unis. Ces déferlantes pyroclastiques, qui peuvent se déplacer à la vitesse d’un ouragan, comptent parmi les éruptions les plus dangereuses. Les géologues du HVO pensent qu’une telle activité ne se produirait pas du jour au lendemain et que les techniques de surveillance modernes permettraient probablement d’alerter le public.

Une autre éruption majeure s’est produite en 1924. Des explosions ont commencé le 10 mai et expédié des blocs pesant jusqu’à 45 kg à 60 mètres de distance, ainsi que des fragments plus petits pesant environ 9 kg jusqu’à 270 mètres. Après une brève pause, l’activité s’est intensifiée le 18 mai et a culminé avec une explosion majeure qui a fait un mort.
Source: USGS / HVO.

Note personnelle: La petite mare que l’on peut observer en ce moment et dont la température est d’environ 70°C a probablement été formée par l’accumulation d’eau de pluie au fond du cratère de l’Halema’uma’uu. Si du magma devait remonter vers la surface, il y a de fortes chances pour que sa chaleur vaporise rapidement cette eau de surface qui n’a rien à voir avec l’eau d’une nappe phréatique en profondeur. Si une explosion se produisait, ce ne serait certainement pas un événement majeur.

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For the first time in Kilauea’s recorded history, a pond of water was discovered – and confirmed by HVO – during the last week of July 2019 at the bottom of Halema’uma’u, the summit crater of Kilauea volcano. Scientists say this development could signal a shift to a more explosive phase of future eruptions.

Scientists do not know what will happen next, but is is well known that when lava interacts with water, it might cause explosive eruptions. One possibility is that lava could slowly heat up and vaporize the water and eventually create a new lava lake. Lava could also interact with the water table and create small explosions. Another possibility is that magma rises rapidly, which could produce a larger explosion.

USGS officials stressed that there is currently “no reason to think hazards at the summit have increased or decreased” because of the discovery of water. But “the presence of water could be a significant switch in the long-term activity of the volcano.”

Although Kilaeua is well known for its effusive activity ansd its sumptuous lava flows, the volcano has a history of alternating between long periods of explosive eruptions and times of effusive phases. Indeed, there have been several explosive events on Kilauea in the past. These eruptions commonly produce pyroclastic surges. In 1790, one of them killed more than 400 people at Kilauea’s caldera, making it the deadliest volcanic eruption in what is now the United States. These surges can move at hurricane velocity across the landscape and they are among the most dangerous kinds of eruptions. HVO geologists think none of this will happen overnight, and modern monitoring techniques will probably give the public plenty of warning. Another major eruption occurred in 1924. Explosive activity began on May 10th of that year, blowing rock chunks weighing as much as 45 kg 60 metres out, and smaller fragments weighing about 9 kg out as far as 270 metres. After a brief reprieve, activity intensified through a major blast on May 18th, when an enormous explosive event caused the eruption’s only fatality.

Source: USGS / HVO.

Personal note: As far as the current small pond (temperature of about 70°C) is concerned, it was probably formed by the accumulation of rain water at the bottom of Halema’uma’u Crater. Should there be some magma ascent to the surface the magma’s heat would probably rapidly vaporize this surface water which has nothing to do with the water of a deep aquifer. If an explosion occurred it would certainly not be a major event.

Vue du cratère de l’Halema’uma’u et de la petite mare au fond de la cavité d’effondrement laissée par la dernière éruption. Il fallait avoir un puissant téléobjectif pour réaliser une photo lisible de cette eau ! (Source : USGS / HVO)

Image thermique de l’accumulation de l’eau au fond du cratère de l’Halema’uma’. Comme indiqué précédemment, la température de cette eau est d’environ 70°C (Source: USGS)