Manque de neige sur nos montagnes

Je l’ai toujours dit : c’est quand les gens ne pourront plus skier qu’ils prendront réellement conscience du réchauffement climatique. Beaucoup de mes compatriotes affichent un certain sourire et pas mal de scepticisme quand je leur mets sous le nez les statistiques à propos de la fonte de la banquise et des glaciers car ils ne se sentent pas vraiment concernés. L’Arctique c’est loin, et c’est fatigant de grimper les flancs d’une montagne pour aller observer un glacier.

Par contre, quand ces mêmes personnes vont se rendre compte qu’elles se peuvent plus aller se faire bronzer en hiver sur les pistes de poudreuse des Alpes, elles vont commencer à se poser des questions.

La situation en cette fin novembre 2020 n’est guère réjouissante dans les Alpes pour les passionnés de ski.

A cause de la pandémie de Covid-19 les stations de ski n’ouvriront pas pour Noël.

De plus, la persistance actuelle des conditions anticycloniques empêche la neige de tomber, sans oublier la rareté des chutes de pluie qui risque fort de poser des problèmes d’alimentation en eau l’été prochain. On va bien sûr me dire que c’est encore loin et qu’on a le temps d’y penser…

Toujours est-il que la station savoyarde de Val d’Isère est inquiète. Elle devait accueillir les 5 et 6 décembre 2020 son traditionnel Critérium de la Première Neige avec deux slaloms géants hommes dans le cadre de la Coupe du monde de ski alpin, puis un super-G et une descente hommes les 12 et 13 décembre, et enfin deux descentes et un super-G femmes du 18 au 20 décembre.

La situation actuelle n’incite pas à l’optimisme, avec en particulier le manque d’enneigement sur la piste Oreiller-Killy et les perspectives peu favorables des prochains jours. Il n’est pas prévu de précipitations neigeuses abondantes et les températures trop élevées à cause d’un phénomène d’inversion thermique (il fait plus chaud en haute altitude que dans les vallées)  restreignent la production de neige de culture.

La Fédération Internationale de Ski est consciente de ces incertitudes et étudie des solutions de repli à l’étranger – probablement à Santa Caterina (Italie) – pour les deux géants hommes.

A noter que la situation de l’enneigement  est également délicate à Courchevel où sont programmés deux géants dames  les 12 et 13 décembre.

Le manque de neige est aussi criant dans les Pyrénées où les températures incitent plus à se promener en t-shirt qu’en anorak.

Inutile d’ajouter que, si le manque de neige se poursuit pendant l’hiver, la situation sera encore plus délicate pour les stations de moyenne et basse altitude. Je ne voudrais pas être un oiseau de mauvaise augure, mais au vu de l’évolution climatique actuelle, je déconseillerais aux responsables des stations de se lancer dans des investissements coûteux en enneigeurs et remontées mécaniques supplémentaires.

Image webcam de la célèbre Face de Bellevarde à Val d’Isère le 26 novembre 2020. Les enneigeurs ont bien du mal à compenser le manque de neige naturelle.

L’agonie des glaciers pyrénéens (suite)

2050 est également la date retenue par les climatologues locaux et les bénévoles de l’association Moraine pour la disparition définitive de la plupart des glaciers pyrénéens. De plus petite taille que leurs homologues alpins, ils sont encore plus exposés au réchauffement climatique. Dans une note rédigée le 20 août 2020, j’expliquais qu’ils avaient atteint le point de non retour, à l’image de l’Aneto ou de l’Oulette, ce dernier au pied du Vignemale, entre 2300 et 2400 mètres d’altitude.

Tous les ans, les bénévoles de l’association Moraine mesurent l’évolution des glaciers des Pyrénées. Ils expliquent qu’ils ont encore reculé en moyenne de 8,10 m en 2020. Ces bénévoles en sont à leur 18ème campagne de mesures. Tous les ans au mois de mai ils grimpent sur la montagne pour sonder le manteau de glace accumulé durant l’hiver. Ils reviennent sur le terrain tous les mois durant l’été afin de mesurer la fonte et livrer ensuite leurs dernières données aux climatologues.

Selon l’association, « chaque année, ce sont 3,6 ha de glace qui disparaissent. » En 2002, les glaciers pyrénéens couvraient 140 ha. Leur surface globale est désormais de 79 ha, soit 45 % de moins.

Il faut toutefois noter que les glaciers de la partie occidentale de la chaîne pyrénéenne ont mieux résisté que dans sa partie centrale ou orientale. Cela s’explique probablement par l’influence océanique qui assure un réservoir d’humidité entraînant davantage de précipitations. C’est ce qui se passe, à plus grande échelle, pour les glaciers du Mont Shasta en Californie.

Source : Association Moraine.

Glacier du Vignemale pendant l’été 2020 (Photo aimablement envoyée par un visiteur de mon blog)

L’avenir sombre du ski dans les Pyrénées // The bleak future of skiing in the Pyrenees

La France a les honneurs de la presse américaine qui informe ses lecteurs sur le manque de neige dans les montagnes françaises et surtout dans les Pyrénées. L’auteur de l’article a choisi l’exemple du Mourtis (Haute Garonne) car la station de ski est victime d’un des hivers les plus doux depuis plus d’un siècle.
Le manque de neige a contraint Le Mourtis à – temporairement? – fermer ses pistes de ski dès la mi-saison. Les restaurateurs et les hôteliers doivent faire face à un afflux moindre de visiteurs, et les gens qui viennent doivent se rabattre sur d’autres activités comme la randonnée.
La température diurne des derniers jours était supérieure à 10 degrés Celsius. L’avenir est sombre pour toutes les stations de ski des Pyrénées situées à basse ou moyenne altitude. Alors que les scientifiques prédisent une augmentation à long terme des températures à l’échelle de la planète, les villages qui gagnent leur vie grâce aux sports d’hiver doivent se préparer à un avenir avec beaucoup moins de neige. Personne ne peut plus garantir le ski et les stations devront proposer autre chose. Par exemple, Le Mourtis loue des scooters pour dévaler les pentes  de ses montagnes. Ils sont équipés de patins pour glisser sur la neige, mais si la neige fait défaut, on peu remplacer les patins par des roues.
En raison du manque de neige, il y a besoin de moins de personnel sur les pistes de ski et de nombreux emplois temporaires devront être supprimés ou réduits. Le chiffre d’affaires des commerces du Mourtis va connaître cette saison une perte estimée entre 10% et 15%.
Un météorologue a indiqué que la dernière fois que la France avait connu des mois de décembre et janvier aussi doux que cette année était en 1900. La météo a toujours fluctué d’année en année, mais il est clair que la tendance actuelle est vers des hivers doux avec moins de neige, sous l’effet du réchauffement climatique.
Si la tendance se poursuit, les stations de ski situées à environ 1600 mètres d’altitude (le Mourtis se situe à 1350 mètres) connaîtront des température tellement élevées qu’elles ne pourront même pas pulvériser de neige artificielle sur leurs pistes de ski. Certaines stations des Pyrénées sont plus hautes et ont un enneigement correct, du moins pour le moment…
Source: Yahoo.com.

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France has the honours of the American press which informs its readers about the lack of snow in the French mountains and especially in the Pyrenes. The author of the article has chosen the example of Le Mourtis (Haute Garonne). The ski resort a victim of one of the mildest winters in more than a century.

The lack of snow has forced the resort to – temporarily? – close down its ski runs in mid-season. Local restaurateurs and hoteliers are counting the cost of fewer visitors, and those people that do come make do with other pursuits, like hiking.

The daytime temperature in the past days was above 10 degrees Celsius. The future is bleak for all ski resorts of the Pyrenees at low or medium altitude. With scientists predicting a long-term rise in global temperatures, people who earn a livelihood from winter sports have to contemplate a future with much less snow. No one can guarantee skiing any more and the resorts will have to sell something else. For instance, Le Mourtis is renting downhill scooters. They come with skids for gliding on snow, but if the snow fails to come, they can be fitted with bicycle wheels instead.

Because of the lack of snow, there is the need for less staff on the ski runs and many temporary jobs will be cancelled or have to be reduced. Revenue among businesses in Le Mourtis are expected this season to be down between 10% and 15%.

A meteorologist indicated that the last time France experienced a December and January as mild as this year was in 1900. Weather has always fluctuated from year to year, but it is clear that the current tendency is toward mild winters and less snow, in line with global warming.

If the trend continues, ski resorts around 1,600 metres above sea level (The Mourtis  sits at 1,350 metres) will be so warm they cannot even spray artificial snow on their ski runs. Some Pyrenees resorts are higher and have a decent snow, at least for the moment.

Source: Yahoo.com.

Vue des pistes de ski du Mourtis où les canons à neige sont au chômage

Neige par camion et hélicoptère : le gouvernement n’en veut plus !

C’est la nouvelle mode : Pour pallier le manque de neige provoqué par le réchauffement climatique, certaines stations importent de la poudreuse (qui ne l’est plus vraiment !) par camion ou par hélicoptère ! J’ai déjà attiré l’attention sur la station de Montclar Les 2 Vallées (Alpes-de-Haute-Provence) et sur celle de Gérardmer (Vosges) qui ont eu recours à ces deux moyens de transport pour essayer de faire plaisir aux touristes.

Ces derniers jours, la livraison exceptionnelle de neige par hélicoptère à la station de Luchon-Superbagnères (Haute-Garonne), qui avait déjà fait grincer les dents sur les réseaux sociaux, a déclenché le courroux des sphères gouvernementales. L’initiative du syndicat mixte Haute-Garonne Montagne a suscité une vague d’indignation jusqu’au sein du Ministère de l’Écologie.

Le but des deux opérations d’héliportage, avec la livraison de 50 tonnes de neige, était d’alimenter les espaces dédiés à l’apprentissage du ski, notamment ceux dédiés aux enfants et aux débutants et ainsi de pouvoir garantir 15 jours d’activité pour les écoles de ski de Superbagnères.

La neige fait terriblement défaut depuis quelques semaines sur le massif pyrénéen alors que les vacances d’hiver battent leur plein. Un grand soleil et des températures plus que printanières règnent sur la région. De ce fait, les stations de Haute-Garonne sont mises à rude épreuve. Comme je l’ai indiqué précédemment, Le Mourtis et Bourg-d’Oueil sont fermés, et seules 6 des 28 pistes sont ouvertes à Luchon-Superbagnères où il a été décidé d’importer de la neige par hélicoptère.

Depuis cet événement, le syndicat mixte et le Conseil départemental sont au centre de nombreuses critiques. Plusieurs membres du gouvernement se sont offusqués de cette opération et une réunion des principaux responsables du domaine skiable en France est prévue dans les prochains jours. Élisabeth Borne veut ainsi « mettre un coup d’arrêt rapide à telles opérations très polluantes. » La ministre entend pousser les élus locaux à trouver des solutions.

Abondamment relayé par les médias, ce manque de neige dans les stations de sports d’hiver de basse et moyenne altitude – avant que le phénomène atteignent leurs homologues situées plus haut – va peut-être finir par faire enfin prendre conscience à la population de la catastrophe qui guette notre planète. Le manque de neige dans les stations de ski n’est qu’un événement mineur à côté des conséquences à grande ampleur qui vont être provoquées par la hausse des températures dans le monde. Comme je l’ai indiqué il y a quelques jours, janvier 2020 a battu un nouveau record de chaleur.

En Auvergne comme dans les Pyrénées, la neige fait cruellement défaut. Les stations qui ont investi lourdement dans les canons à neige vont commencer à le regretter. (Image webcam capturée le 17 février 2020 à 8h30)