Glaciers italiens en péril

La terrible tragédie de la Marmolada alerte sur la situation très inquiétante des glaciers italiens qui subissent, eux aussi, les conséquences du réchauffement climatique. Le dernier rapport Legambiente ne laisse planer aucun doute: les glaciers de la péninsule sont de plus en plus petits, fragmentés et fragiles. On recense actuellement 903 glaciers en Italie. La plupart sont de petite taille et se sont formés suite à la fragmentation de corps glaciaires plus imposants. Les glaciers italiens occupent une superficie de 368 km2, soit 13 % de moins qu’en 2010 et 30 % de moins qu’en 1970. Beaucoup d’entre eux se situent en dessous de 4 000 m d’altitude et continuent inexorablement à reculer, perdant de la masse. Les températures élevées menacent également le pergélisol, essentiel à la stabilité des montagnes. Il a pratiquement disparu des Apennins et dans les Alpes son extension est désormais limitée. Confirmation de cette situation, un pilier de la Moiazza, dans les Dolomites, vient de s’effondrer à 2400 m d’altitude dans la région de Forcella del Camp. Personne n’a été blessé. L’alerte a été donnée par un randonneur allemand qui a entendu un grondement et a vu un gros nuage descendre dans le canal de Cantoi de Framont.

Les zones glaciaires les plus en péril se trouvent en dessous de 3 500 m d’altitude. Selon les dernières données, les glaciers de l’Adamello ont perdu ont reculé de 10 à 12 m depuis 2016. Dans le Trentin Haut-Adige, le glacier Fradusta, à une altitude de 2939 m recule rapidement, de même que le glacier Careser et Presena,. En Lombardie, on craint pour le glacier Forni dans la Valteline qui a subi un retrait de 2 kilomètres en 150 ans. Ce qui était le plus grand glacier de vallée d’Italie et le seul de type himalayen, n’existe pratiquement plus. Dans le Piémont, le glacier du Belvédère a commencé à donner périodiquement naissance à un lac il y a 20 ans, tandis qu’en Vallée d’Aoste les crevasses du Brouillard sont tristement connues. Dans cette même vallée, le glacier de Miage, sur le versant italien du Mont Blanc, montre une situation préoccupante. Au cours des 30 dernières années, il a diminué d’environ un mètre par an. La situation n’est pas meilleure près du Mont Rose. En Frioul-Vénétie Julienne, le glacier du Canin a aujourd’hui 11,7 m d’épaisseur, contre 90 m en 1850. Le glacier de la Marmolada, la plus haute montagne des Dolomites, a perdu 85 % de son volume au cours du siècle écoulé.

Le bilan définitif de l’effondrement du glacier de la Marmolada est de 11 morts (tous identifiés) et 8 blessés.

Des tragédies comme celles de la Marmolada restent totalement imprévisibles, mais il faut rester vigilant. Il n’y a pas de zones à risque zéro parmi les glaciers italiens. Même l’ensemble glaciaire du Grand Paradis, l’une des merveilles naturelles en Italie, a perdu 65% de sa surface en 200 ans. Le danger est que d’ici 2100 les deux tiers des glaciers disparaissent. La perte se fera sentir sur les écosystèmes, le tourisme, l’approvisionnement en eau et les zones habitées.

Les dernières données sur le nombre de glaciers italiens menacés parlent d’elles-mêmes et nous montrent que l’effondrement de la Marmolada représente bien plus qu’une sonnette d’alarme. Si rien n’est fait pour ralentir le réchauffement climatique, on court à la catastrophe.

Source: médias d’information italiens.

Glacier de la Marmolada avant l’effondrement (Source: Wikipedia)

Glaciers actifs, volcans actifs : deux poids, deux mesures

Pourquoi « glacier actif »? Parce qu’un glacier digne de ce nom est une rivière de glace en mouvement, bien alimentée par la zone d’accumulation où elle prend sa source. Malheureusement, avec le réchauffement climatique, cette zone est moins bien alimentée en neige. Le glacier recule et s’amincit. L’eau de fonte s’infiltre à travers la glace et sa pression peut provoquer des ruptures de la partie frontale, comme cela vient de se produire sur le glacier de la Marmolada.

L’accident sur le glacier italien de la Marmolada dans les Dolomites a montré à quel point l’univers de haute montagne peut être dangereux, et encore plus à l’heure actuelle avec le réchauffement climatique. Les glaciers peuvent s’effondrer et déclencher de redoutables chutes de séracs. Les parois rocheuses peuvent lâcher prise avec le dégel du permafrost de roche. En juillet 2019, deux alpinistes ont été rués par des blocs qui se sont soudainement détachés d’une paroi du Cervin en Suisse. Dans une note publiée le 26 août 2019, j’écrivais : « Dans le massif du Mont-Blanc, près de 70 éboulements ont été recensés jusqu’à présent sur l’année 2019. Ils font suite à ceux observée en 2018, comme l’effondrement d’une section de l’Arête des Cosmiques le 22 août 2018, pas très loin de l’Aiguille du Midi. Que ce soit au Mont Maudit, sous l’Aiguille des Deux Aigles, ou à la Tour Ronde, les éboulements s’enchaînent à un rythme effréné. » J’ajoutais que les alpinistes doivent redoubler de prudence et être très vigilants pendant leurs courses

Malgré ces effondrements et ces accidents, aucune interdiction n’est décrétée en été sur le massif alpin pour empêcher randonneurs et alpinistes de se faire tuer lorsqu’ils pratiquent des activités en haute montagne. De la même façon, aucune interdiction n’est formulée en hiver concernant le ski hors-piste quand le risque d’avalanche est très élevé. On met en garde, mais on n’interdit pas.

Suite au coup de chaud qui a frappé le Mont Blanc au mois de juin 2022, des crevasses de 16 mètres de profondeur sont apparues sur l’arête des Bosses, la dernière ligne droite avant l’ascension par la voie normale, la plus simple pour atteindre le sommet, et donc la plus fréquentée par les alpinistes. L’ascension sera donc plus difficile cette année. Afin de ne pas dénaturer la montage, il a été décidé qu’aucun équipement de sécurité ne serait installé à proximité de cette crevasse. Tout restera en l’état, mais les guides de haute montagne seront encore plus pointilleux lors de la vérification des aptitudes physiques et techniques des alpinistes. Là encore, des recommandations, mais pas d’interdictions.

Suite à l’effondrement du glacier de la Marmolada, l’alpiniste italien Reinhold Messner a déclaré qu’il faudrait interdire l’accès au glacier car les températures trop élevées peuvent provoquer de nouvelles chutes de séracs. Messner sera-t-il entendu? J’en doute, car le mot « interdiction » ne fait pas partie du vocabulaire de la haute montagne, monde de la liberté.

En revanche, le mot « interdiction » fleurit de plus en plus sur les volcans actifs. Pas question d’aller se promener sur la lèvre du cratère de La Fossa à Vulcano, pas plus que sur la zone sommitale de l’Etna, et encore moins sur le Pizzo du Stromboli.

Certaines de ces interdictions sont justifiées. S’agissant du Stromboli, le volcan a pris l’habitude d’exploser sans prévenir et mieux vaut ne pas se trouver à proximité des cratères quand cela se produit. Un randonneur qui se trouvait en zone autorisée le 3 juillet 2019 a été tué au cours d’un tel événement.

S’agissant de l’Etna, je pense que les autorités pourraient faire preuve de davantage de souplesse. Pourquoi ne pas autoriser l’approche des cratères à des groupes encadrés par les guides, les participants ayant auparavant signé une décharge qui met les autorités à l’abri de poursuites en cas d’accident? On va bien sûr me rétorquer que des explosions peuvent se produire sans prévenir, comme pour le Stromboli. Un tel drame a eu lieu le 12 septembre 1979 quand 9 touristes ont été tués et 23 autres blessés par une explosion soudaine de la Bocca Nuova. Je répondrai que des skieurs ont été tués par des avalanches, mais la montagne où ont eu lieu les accidents n’a jamais été interdite.

S’agissant du cratère de La Fossa à Vulcano, je pense que son accès pourrait être autorisé, quitte à indiquer que la zone fumerollienne sur la lèvre présente des risques. Il faut, bien sûr, interdire la descente au fond de ce même cratère car les gaz peuvent s’y accumuler. Le sentier qui fait le tour du sommet du volcan est bien ventilé – nous sommes dans les Iles Eoliennes – et le risque d’asphyxie est pratiquement nul. Il est bien évident que des personnes asthmatiques ou souffrant de problèmes respiratoires doivent s’abstenir de grimper sur ce volcan. Sur l’île proprement dite, le seul risque, à mes yeux, réside dans les émissions de CO2 détectées à l’intérieur de certaines habitations. Il suffit alors de ne pas faire coucher les gens au rez-de-chaussée des maisons. Pour le reste, le risque est minime.

Aujourd’hui en milieu volcanique, les autorités ont recours au sacro-saint principe de précaution. Les maires n’ont pas envie d’être poursuivis en justice et d’aller en prison en cas de problème. Mais interdire à tout va n’est pas, non plus, la bonne solution. Un touriste a autant de risque qu’un scientifique de se faire percuter par une bombe au sommet de l’Etna!

Au final, est-il moins dangereux de se trouver sous le front du glacier des Bossons ou du glacier d’Argentière que sur la lèvre de la Bocca Nuova ? Chute de sérac ou bombe volcanique? A vous de choisir!

Glacier d’Argentière

Bocca Nuova de l’Etna en 1999

(Photos: C. Grandpey)

 

 

 

 

 

 

 

Glacier de la Marmolada (Italie): pourquoi l’effondrement s’est produit // Marmolada glacier (Italy): why the collapse occurred

Selon les glaciologues, les températures diurnes particulièrement élevées durant les jours qui ont précédé l’effondrement ont largement contribué au drame. Elles se situaient autour de 10°C alors qu’elles ne dépassent normalement pas 0°C dans ce secteur de la montagne. La période prolongée de temps chaud à haute altitude a créé un ensemble de circonstances particulières.
Les photos de la glace dans le trou béant laissé par l’effondrement (voir ci-dessous) expliquent ce qui s’est probablement passé. Les deux tiers supérieurs de la cavité mise à nu semblent légèrement sales, ce qui indique que la glace a été exposée à l’air. Il est fort probable que cette portion de la paroi verticale était la partie interne d’une crevasse. La portion inférieure de la paroi est d’un bleu plus franc, ce qui prouve qu’elle adhérait au substrat rocheux.
Il se peut que de l’eau se soit accumulée dans la crevasse, ajoutant du poids et de la pression au glacier. Une telle situation a peut-être aussi amoindri l »accroche du glacier sur le substrat rocheux sur lequel il reposait.
La partie qui s’est détachée est estimée à 200 mètres de large, 80 mètres de haut et 60 mètres de profondeur. Elle a dévalé la montagne à près de 300 kilomètres à l’heure. Les randonneurs ont probablement été surpris et n’ont pas eu le temps de fuir. .
En plus de la chaleur, il y a eu des chutes de neige inférieures à la normale cet hiver. Le nord de l’Italie traverse sa pire sécheresse depuis 70 ans. Lorsqu’il y a moins de neige, la glace reste à l’air libre et les impuretés peuvent s’accumuler à la surface du glacier, lui donnant une couleur plus foncée qui emprisonne plus de chaleur. Cet excès de chaleur fait fondre la glace et la neige plus rapidement.
Source : médias d’information italiens.

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According to glaciologists, the high daytime temperatures during the days that preceded the collapse largely contributed to the tragedy. They were around 10°C when they normally don’t rise much above freezing. The prolonged period of hot weather at high altitudes created a special set of circumstances.

The pictures of the ice in the gaping hole left by the collapse (see below) tell a story about what likely happened. The top two thirds of the ice face appears slightly dirty, indicating it was exposed to air. It is highly likely that this part of the vertical ice cliff was the internal part of a crevasse..The bottom is bluer, indicating it was attached to the bedrock.

Water may have accumulated in the crevasse, adding weight and pressure on the glacier. It may also have loosened the glacier’s grip on the bedrock it was sitting on.

The portion that broke loose is estimated to be 200 meters wide, 80 meters high and 60 meters deep. It rushed down the mountain at nearly 300 kilometers per hour. The hikers were likely taken completely by surprise and had no time to flee. .

In addition to the heat, there was below normal snowfall this winter. Northern Italy is struggling through its worst drought in 70 years. When there is less snow, ice is exposed and impurities can collect on the surface of the glacier, turning the surface a darker colour that traps more heat. The extra heat melts the ice and snow faster.

Source: Italian news media.

Source: presse internationale

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

L’activité éruptive s’est intensifiée sur le Fuego (Guatemala) le 2 juillet 2022, avec de volumineux panaches de gaz et de cendres, ainsi qu’une nouvelle coulée de lave qui a parcouru au moins 1 km.
L’activité s’est encore intensifiée le 4 juillet, avec des coulées pyroclastiques qui ont parcouru environ 6 km en direction de la ravine Ceniza. Ce jour-là, le panache de cendres a atteint 5 km d’altitude et provoqué des retombées dans les localités voisines.
5 à 8 explosions faibles, modérées et parfois fortes par heure ont été enregistrées le 5 juillet; elles ont généré une colonne de cendres de 4,8 km de hauteur. De nouvelles retombées de cendres ont été signalées dans les localités proches du volcan.
Le Fuego peut être très destructeur. Une série d’explosions et de coulées pyroclastiques le 3 juin 2018 a causé la mort de 190 personnes et fait 256 disparus. Ce sont les chiffres officiels, mais le nombre réel de morts est beaucoup plus élevé. On estime que probablement 2000 personnes ont péri sous les coulées pyroclastiques. Il s’agit de l’éruption la plus meurtrière au Guatemala depuis 1929.
Source : INSIVUMEH.

Voici une petite vidéo et une photo de l’éruption :

https://twitter.com/i/status/1544295435866619907

 

Crédit photo: INSINUMEH

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Une phase explosive s’est produite sur le Chikurachki (île de Paramushir / Russie) le 30 juin 2022 avec des panaches de cendres qui se sont élevés jusqu’à 4,5 km d’altitude. La couleur de l’alerte aérienne a été momentanément portée à Orange, puis abaissée à Jaune le 4 juillet, puis à Vert le lendemain.
Source : KVERT.

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Une incandescence nocturne est visible au-dessus du cratère Minamidake du Sakurajima (Japon). Fin juin, deux événements éruptifs et une explosion ont généré des panaches qui se sont élevés jusqu’à 1,6 km au-dessus du cratère. Le niveau d’alerte reste à 3.
Source : JMA.

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L’éruption du Great Sitkin (Aléoutiennes / Alaska) se poursuit. Le champ de lave a légèrement augmenté, avec une progression d’une quinzaine de mètres vers l’Est. La couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique restent respectivement à Orange et Vigilance (Watch).
Source : AVO.

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En Indonésie, l’éruption du Lewotolok se poursuit. Les panaches de vapeur et de cendres s’élèvent jusqu’à 1,3 km au-dessus du sommet. Les photos montrent une activité strombolienne dans le cratère. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4)

L’éruption du Semeru se poursuit avec des événements éruptifs qui produisent des panaches de cendres qui s’élèvent de 400 à 1 500 m au-dessus du sommet. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4)

L’éruption du Merapi continue. La hauteur et la morphologie des dômes de lave SO et central restent inchangées, et la sismicité est toujours à des niveaux élevés. Des avalanches continuent de descendre la ravine de la Bebeng sur le flanc SO, jusqu’à 1,8 km de distance. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4)
Source : CVGHM.

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

Eruptive activity intensified at Fuego (Guatemala) on July 2nd, 2022, with voluminous gas and ash plumes, as well as a new lava flow that travelled at least 1 km.

The activity further intensified on July 4th, with pyroclastic flows that travelled about 6 km toward the Ceniza drainage.On that day, the ash plume reached 5 km above sea level, causing ashfall in nearby communities.

5 to 8 weak, moderate and some strong explosions per hour were recorded on July 5th, generating an ash column 4.8 km high. More ashfall was reported in communities close to the volcano.

Fuego can be very destructive. A series of explosions and pyroclastic flows on June 3rd, 2018, caused the deaths of 190 people and left 256 more missing. These are the official numbers, but the real death toll is much higher, probably reaching 2000 persons that have been buried. It was Guatemala’s deadliest eruption since 1929.

Source: INSIVUMEH.

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An explosive phase occurred at Chikurachki (Paramushir Island / Russia) on June 30th, 2022 with ash plumes rising up to 4.5 km above sea level. The Aviation Color Code was momentarily raised to Orange, and lowered to Yellow on July 4th and then to Green the next day.

Source: KVERT.

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Nighttime incandescence can be seen at Sakurajima‘s Minamidake Crater (Japan). By the end of June, two eruptive events and one explosion produced plumes that rose as high as 1.6 km above the crater. The Alert Level remains at 3.

Source: JMA.

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The eruption of Great Sitkin (Aleutians / Alaska) continues. The lava-flow field has grown slightly, expanding 15 m E. The Aviation Color Code and the Volcano Alert Level remain at Orange and Watch, respectively.

Source: AVO.

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In Indonesia, the eruption at Lewotolok continues. Steam and ash plumes rise as high as 1.3 km above the summit. Photos posted in reports show Strombolian activity from the crater. The Alert Level remained at 3 (on a scale of 1-4)

The eruption of Semeru continues with eruptive events that produce ashplumes that rising 400-1,500 m above the summit. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4)

The eruption of Merapi continues. The heights and morphologies of the SW and central lava domes remain unchanged, and seismicity is still at high levels. Avalanches keep travelling down the Bebeng drainage on the SW flank, reaching a maximum distance of 1.8 km. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4)

Source: CVGHM.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm