Le Mont Blanc transpire lui aussi!

La vague de chaleur actuelle ne se limite pas aux zones de basse altitude. Le 26 juin 2019, le Mont Blanc a enregistré un record, avec une température de 6,8°C vers 13h40 dans la station de Colle Major, une station de l’Arpa (Agence régionale de protection de l’environnement de la Vallée d’Aoste), à 4750m d’altitude. Selon Météo France, il n’a jamais fait aussi chaud au sommet du point culminant de l’Europe depuis le début des relevés. La température de l’air a approché les 7°C pendant environ une heure, avant de repasser sous les 2°C. En septembre 2016, une température de 6,3°C avait été enregistrée à la station de Colle Major.
Ce pic de chaleur aura, bien sûr, des conséquences sur le massif, avec une fonte partielle des glaciers qui sont actuellement exposés à des températures positives/ Es eaux de fonte ruiissellent, ce qui augmente forcément le risques de chutes de séracs. Les alpinistes et autres randonneurs doivent donc être particulièrement vigilants. De plus, cet excès de chaleur aura un effet sur le permafrost de roche qui solidarise les blocs des parois. Des effondrements ne sont pas exclus, comme celui qui a emporté une portion de l’Arête des Cosmiques, à proximité de l’Aiguille du Midi, le 22 août 2018.
Source: Presse locale et nationale.

Les Alpes continuent à s’effondrer // The Alps keep collapsing

Il ne fait aucun doute que c’est bien le réchauffement climatique qui est à l’origine de l’effondrement observé sur l’Arête des Cosmiques, à 3500 mètres d’altitude, dans le massif du Mont Blanc le 22 août 2018. 300 à 400 m3 de roches ont lâché prise et d’autres éboulements ne sont pas exclus d’ici l’automne. C’est l’une des courses les plus fréquentées dans le massif.

Une petite partie de la paroi, située 25 mètres en contrebas de l’arête, s’est effondrée à 11h06 le 22 août. Par bonheur, on ne déplore aucune victime, alors que des cordées d’alpinistes se trouvaient en amont et en aval de l’arête.

Très belle et relativement facile d’accès par le téléphérique de l’Aiguille du Midi, l’Arête des Cosmiques est l’une des courses les plus populaires dans le massif du Mont Blanc. On peut y croiser certains jours près une centaine d’alpinistes. Le refuge des Cosmiques n’est pas menacé, ni l’itinéraire qui mène au Mont Blanc, mais un itinéraire d’évitement de la zone dangereuse va être mis en place, pour éviter tout problème.
Suite à des canicules répétées en 2003, 2006, 2015, 2017 et 2018 mais aussi plusieurs autres étés très chauds, le permafrost de roche qui assure la stabilité des parois est en train de fondre et de provoquer de tels effondrements. Le « ciment de glace » qui assure depuis toujours la cohésion des blocs se dégrade, d’où des éboulements plus fréquents. Même si l’hiver dernier a été très enneigé, cette période plus froide n’a pas suffi pour recharger en glace.

Le réchauffement climatique est à l’origine de fréquents éboulements dans les Alpes depuis quelques années. On se souvient qu’en Suisse, il y a tout juste un an, le Piz Cengalo, à la frontière avec l’Italie, a déversé quelque 4 millions de mètres cubes de matériaux sur le petit village de Bondo. 8 randonneurs sont morts ensevelis. La montagne était connue pour son instabilité. Elle avait bougé de 30 centimètres au cours des 3 dernières années. Autre exemple : Pendant la nuit du 28 au 29 septembre 2017, près de 100 000 mètres cubes de roche se sont écroulés au pied de l’éperon Tournier, en Haute-Savoie.
Tous les glaciologues sont d’accord pour dire que ces épisodes de chutes de pierres vont se reproduire.  Ils seront peut-être moins fréquents mais potentiellement avec plus de volume. Le phénomène peut durer jusqu’à l’automne car la chaleur continue à pénétrer même s’il gèle en surface.Une variation infime de température peut avoir un impact très significatif sur la stabilité de parois rocheuses entières. L’alpinisme va devenir très compliqué dans certains couloirs ou certaines voies qui vont devenir impraticables à cause du danger.

 Source : Presse écrite régionale, France 3 Rhône-Alpes, site Haroun Tazieff

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There is no doubt that global warming that is the cause of the collapse observed on the Arête des Cosmiques, at 3500 metres above sea level, in the Mont Blanc Massif on August 22nd, 2018. 300 400 cubic metres of rock have been released and more landslides are not excluded until autumn.

A small part of the rock wall, 25 metres below the ridge, collapsed at 11:06 am on August 22nd. Fortunately, there are no casualties, although groups of mountaineers were upslope and downslope of the ridge.
Very beautiful and relatively easy to access by the cable car of the Aiguille du Midi, the Arête des Cosmiques is very popular in the Mont Blanc. On some days, one can see nearly a hundred mountaineers. The refuge of Cosmiques is not threatened, nor the route that leads to Mont Blanc, but an avoidance route of the dangerous zone will be set up, to avoid any problem.
Following repeated heat waves in 2003, 2006, 2015, 2017 and 2018 but also several other very hot summers, the permafrost that ensures the stability of the rock is melting and causing such collapses. The « ice cement » which has always ensured the cohesion of the blocks is degraded, resulting in more frequent landslides. Although last winter was very snowy, this colder period was not enough to reload the ice.
Global warming has led to frequent landslides in the Alps in recent years. We remember that in Switzerland, just a year ago, Piz Cengalo, on the border with Italy, dumped some 4 million cubic meters of materials on the small village of Bondo. 8 hikers died buried. The mountain was known for its instability. She had moved 30 centimeters in the last 3 years. Another example: During the night of September 28 to 29, 2017, nearly 100,000 cubic meters of rock collapsed at the foot of the spur Tournier, in Haute-Savoie.
All glaciologists agree that these episodes of falling rocks will happen again. They may be less frequent but potentially with more volume. The phenomenon can last until autumn because the heat continues to penetrate even if it freezes on the surface. A small variation of temperature can have a very significant impact on the stability of whole rock walls. Mountaineering will become very complicated in some corridors or pathways that will become impassable due to danger.

Source: Local written press, France 3 Rhône-Alpes, Haroun Tazieff website.

Aiguille du Midi et Eperon des Cosmiques (Crédit photo: Wikipedia)

Glaciers des Alpes : La fonte s’accélère // Glacier melting is accelerating in the Alps

Après le site de France 3 Occitanie à propos des glaciers des Pyrénées, c’est au tour du site de France 3 Auverge-Rhône-Alpes d’attirer l’attention sur la situation glaciaire inquiétante dans les Alpes. Selon le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE) de Grenoble, les glaciers des Alpes françaises, malmenés par le réchauffement climatique,  fondent trois fois plus vite depuis 2003, avec une perte moyenne totale de 25% de leur superficie en 12 ans,

L’étude souligne notamment que la perte de surface entre 2003 – date de la dernière actualisation effectuée – et 2015 s’établit en moyenne à 2% par an sur les Alpes françaises, contre 0,7% sur la précédente période chiffrée (1986-2003). Le chiffre est donc presque multiplié par 3. L’augmentation du retrait est très nette, notamment dans les parties basses des glaciers. D’une manière générale, on peut relier ce rétrécissement à leur altitude moyenne dans les massifs.

Le Laboratoire indique que les glaciers du massif du Mont-Blanc sont ceux qui résistent le mieux à cette érosion. Ils enregistrent un retrait de superficie d’environ 1% par an sur la période 2003-2015, contre 2,25% par an pour les glaciers moins élevés des massifs des Écrins. Le massif le plus touché est celui de la Vanoise, avec 2,6% de perte de surface par an en moyenne, principalement parce que peu de sommets y dépassent les 3.800 mètres d’altitude. La perte plus modérée constatée dans le massif du Mont-Blanc s’expliquerait par le fait d’une altitude moyenne plus élevée des glaciers de ce massif.
La partie du rapport du LGGE concernant les glaciers du Mont Blanc a de quoi surprendre. Quand on se trouve face à la Mer de Glace ou devant le Glacier des Bossons, quand on survole les glaciers du massif en avion, on se rend compte à quel point ces glaciers ont reculé ! Ce recul ultrarapide est confirmé par les années qui figurent le long de l’escalier d’accès à la Mer de Glace où il va probablement falloir ajouter des marches pour atteindre la grotte en 2018.

La fonte des glaciers ne peut être niée. Elle est devant nos yeux. Je l’ai encore observée il y a quelques jours dans la partie méridionale du massif alpin où les canons à neige sont installés de plus en plus haut sur les pentes des montagnes. Pour beaucoup de stations, l’or blanc ne sera bientôt plus qu’un souvenir.

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After France 3 Occitanie‘s website about the glaciers of the Pyrenees, France 3 Auverge-Rhône-Alpes draws attention to the worrying glacial situation in the Alps. According to the Laboratory of Glaciology and Geophysics of the Environment (LGGE) in Grenoble, the glaciers of the French Alps, deeply affected by global warming, have been melting three times faster since 2003, with a total average loss of 25% of their area in 12 years,
The study underlines in particular that the loss of area between 2003 – the date of the last update – and 2015 is on average 2% per year on the French Alps, against 0.7% during the previous period (1986- 2003). The number is thus almost multiplied by 3. The increase in shrinkage is obvious, especially in the lower parts of the glaciers. In general, this shrinkage can be linked to their average altitude in the massifs.
The Laboratory indicates that the glaciers of the Mont-Blanc are more resistant to this erosion. They recorded an area shrinkage of about 1% per year over the period 2003-2015, compared with 2.25% per year for the lower glaciers of the Ecrins. The most affected massif is that of the Vanoise, with 2.6% loss of ice surface per year on average, mainly because few summits exceed 3,800 meters above sea level. The more moderate loss found in the Mont Blanc could be explained by the fact that the glaciers have a higher average altitude.
The part of the LGGE report concerning the Mont Blanc glaciers is surprising. When you are facing the Mer de Glace or in front of the Glacier des Bossons, or when you fly over the glaciers of the massif by plane, you realize how fast these glaciers have retreated! This rapid decline is confirmed by the years posted along the access staircase to the Mer de Glace, where it will probably be necessary to add steps to reach the ice cave in 2018.
Glacier melting can not be denied. It is before our eyes. I observed it a few days ago in the southern part of the alpine massif where the snow cannons are installed higher and higher on the slopes of the mountains. For many resorts, the white gold will soon be a memory.

Même s’ils semblent mieux résister, les glaciers du massif du Mont Blanc sont fortement affectés par le réchauffement climatique (Photos: C. Grandpey)

 

Mémoire de la glace // Memory of the ice

La banquise fond. Les glaciers fondent. Dans quelques décennies, la glace sera probablement devenue une curiosité sur notre planète. Pourtant cette glace est précieuse car en s’épaississant, elle garde en mémoire les principaux événements naturels traversés par la Terre. C’est pour conserver cette mémoire que l’UNESCO a lancé le projet international « Mémoire de la glace» qui vise à conserver des carottes de glace extraites de plusieurs glaciers dans le monde.

En se formant sous l’effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent de petites bulles d’air, des bactéries et des impuretés, témoins de l’atmosphère d’il y a plusieurs dizaines, centaines ou milliers d’années. En analysant les glaciers, les scientifiques ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre, et ont pu étudier l’évolution de la pollution ou de l’activité industrielle au niveau européen sur une centaine d’années. Par exemple, en 1986, la catastrophe de Tchernobyl (Ukraine) a laissé sa marque dans les glaciers alpins sous la forme d’un pic de césium 137.

En août 2016, des scientifiques français, italiens et russes ont prélevé deux échantillons de plus de 120 mètres de long sur un glacier du Mont Blanc; ils seront conservés dans des containers métalliques en Antarctique. La première carotte a été transportée dans la vallée après un forage de plus de deux jours à 4 300 mètres d’altitude, au col du Dôme. Découpée en 126 segments d’un mètre de long conditionnés dans des caisses isothermes, elle est désormais stockée dans un entrepôt frigorifique près de Grenoble. Une deuxième carotte de 129 mètres de long a été héliportée dans la vallée et présentée à la presse avant de rejoindre le même entrepôt. Une troisième carotte doit être forée par une équipe de scientifiques français, italiens et russes. Une de ces carottes, pesant plusieurs tonnes, sera analysée au laboratoire de Grenoble pour constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques. Les deux autres devraient rejoindre à l’horizon 2020 une cave de neige à -54°C de moyenne, sur la base franco-italienne Concordia, en Antarctique. Ainsi, une « banque de glace » sera créée pour les futures générations.

Au printemps 2017, une équipe d’une vingtaine de glaciologues français, russes, brésiliens, américains et boliviens se rendra en Bolivie sur le glacier Illimani, à 6300 mètres d’altitude. Les carottes glaciaires ainsi forées permettront de retracer 18 000 ans d’histoire climatique des Andes. L’équipe scientifique, déjà en pleine préparation, partira en avance pour s’acclimater et produire des globules rouges. Elle sera accompagnée de guides et de porteurs locaux. Si l’expédition du Mont-Blanc a pu profiter d’un hélicoptère, ce mode de transport est impossible sur I’Illimani. En conséquence, les deux tonnes de matériel seront acheminées à dos d’homme, comme les trois tonnes de glace prélevées. En Bolivie, l’équipe scientifique espère notamment trouver des traces des feux de forêt amazonienne, phénomènes qui modifient la chimie de l’atmosphère.

Il y a urgence à effectuer ces prélèvements de glace. En 2016, à cause d’El Niño, la température des glaciers andins a approché 0°C avec des risques que la neige de surface percole et détruise les informations chimiques. Si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, on sait déjà que les glaciers culminant sous 3 500 m dans les Alpes et sous 5 400 m dans les Andes auront disparu à la fin du siècle.

Source : Presse internationale.

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The ice cap is melting. The glaciers are melting. In a few decades, ice will probably become a curiosity on our planet. Yet this ice is very precious because while thickening, it keeps in memory the main natural events traversed by the Earth. It is to preserve this memory that UNESCO has launched the international project « Memory of the Ice » which aims to conserve ice cores extracted from several glaciers in the world.
As snow falls, glaciers trap small air bubbles, bacteria and impurities wch are the testimony of the atmosphere tens, hundreds or thousands of years ago. By analyzing the glaciers, scientists were able to establish the link between temperatures and greenhouse gases, and were also able to study the evolution of pollution or industrial activity in Europe over a hundred years. For example, in 1986, the Chernobyl disaster (Ukraine) left its mark in the Alpine glaciers in the form of a peak of cesium 137.
In August 2016, French, Italian and Russian scientists collected two ice cores, more than 120 meters long, from a glacier on Mont Blanc before storing them in metal containers in Antarctica. The first core was lowered into the valley after drilling for more than two days at 4,300 meters above sea level at the Col du Dôme. Sliced into 126 segments, one meter long each, packaged in insulated boxes, they are now stored in a refrigerated warehouse near Grenoble. A second 129-meter-long core was helicopted in the valley and presented to the press before being stored in the same warehouse. A third core will be drilled by a team of French, Italian and Russian scientists. One of these cores, weighing several tons, will be analyzed at the Grenoble laboratory to become a database open to all scientists. The other two cores are expected to reach, by 2020, a snow cave at an average temperature of -54°C on the Franco-Italian Concordia base in Antarctica. Thus, an « ice bank » will be created for future generations.
In the spring of 2017, a team of twenty French, Russian, Brazilian, American and Bolivian glaciologists will travel to Bolivia on the Illimani glacier at an altitude of 6,300 meters. The ice cores drilled there will trace 18,000 years of climatic history of the Andes. The scientific team, already in full preparation, will leave early to acclimatize and produce red blood cells. It will be accompanied by local guides and porters. If the expedition to Mont Blanc could take advantage of a helicopter, this mode of transport is impossible on Ilimani. As a result, the two tons of material will be transported by man, as well as the three tons of ice that will be collected. In Bolivia, the scientific team hopes to find traces of Amazonian forest fires, phenomena that alter the chemistry of the atmosphere.
There is an urgent need for these samples. In 2016, because of El Niño, the temperature of the Andean glaciers approached 0°C, with risks that surface snow might percolate and destroy chemical information. If the warming continues at the current rate, it is already known that the glaciers culminating at 3,500 m in the Alps and 5,400 m in the Andes will have disappeared by the end of the century.

Source: International Press.

Photos: C. Grandpey

Visite ministérielle à la Mer de Glace

Manuel Valls et Ségolène Royal étaient aujourd’hui à Chamonix. Une visite à la Mer de Glace leur a permis de voir à quel point le glacier était victime du réchauffement de notre planète. Au cours de cet événement qui avait lieu en marge de la prochaine conférence sur le climat, le Premier Ministre a déclaré : « Cette Mer de glace est le révélateur des effets du réchauffement climatique. » A noter que les ministres et autres officiels ne sont guère allés plus loin que la gare du Montenvers. Si, comme je l’ai fait il y a quelques jours, ils avaient survolé l’ensemble des glaciers du Mont Blanc, ils auraient eu une vue beaucoup plus révélatrice de la catastrophe qui se profile à l’horizon.
Voir mon article du 11 septembre intitulé « La lente agonie des glaciers du Mont Blanc » ainsi que la galerie de photos sur ce même sujet dans la colonne de droite de ce blog.

Mer de Glace blog 2

Vue de la Mer de Glace le 9 septembre 2015.

On aperçoit en bas de la photo la gare du Montenvers.

(Photo: C. Grandpey)