Risque d’effondrement glaciaire à l’Aiguille du Midi (France) // Risk of glacial collapse at the Aiguille du Midi (France)

Nous ne sommes pas encore en été et des risques d’effondrements de glaciers sont déjà annoncés dans les Alpes.

D’après la Chamoniarde, Société de prévention et de secours en Montagne de Chamonix, la chute de 10.000 à 20.000 mètres cubes de glace est imminente sur la face nord de l’Aiguille du Midi, depuis le front du principal glacier suspendu, entre le Frendo et le Mallory. Le Mallory est déconseillé et l’accès du Frendo est exposé.
Pour accéder au refuge des Grands Mulets, il est préférable de privilégier la traversée du bas (le sentier à l’aval du glacier des Pèlerins) et éviter d’évoluer en pied de pente de l’Aiguille.

Source : La Chamoniarde.

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We are not yet in summer and the risks of glacier collapses are already announced in the Alps. According to the Chamoniarde, Society for prevention and relief in the mountains of Chamonix, the fall of 10,000 to 20,000 cubic metres of ice is imminent on the north face of the Aiguille du Midi, from the front of the main suspended glacier, between the Frendo and the Mallory. The Mallory is not recommended and access to the Frendo is exposed.

To access the Grands Mulets refuge, it is advisable to take the lower crossing (the path downslope of the Pèlerins glacier) and avoid going down the slope of the Aiguille.

Source: La Chamoniarde.

Image du glacier suspendu (Crédit photo : La Chamoniarde)

 

Le nouveau cône du Klyuchevskoy (Kamchatka) // Klyuchevskoy’s new cone (Kamchatka)

Comme je l’ai écrit précédemment dans l’actualité volcanique, un nouveau cône est apparu sur le flanc de Klyuchevskoy (Kamtchatka). Le Siberian Times a publié un article avec des photos et des vidéos spectaculaires montrant la formation de ce cône. Les images de l’éruption ont été réalisées par trois intrépides voyageurs russes à 2850 mètres d’altitude.

Le nouveau cône est apparu sur le flanc du Klyuchevskoy après un arrêt d’activité le 8 février 2021. Le 6 mars, les trois hommes ont escaladé le volcan pour observer la nouvelle formation. Il leur a fallu huit à neuf heures pour atteindre le site de l’éruption. Ils ont installé leur tente sur le glacier Erman. La température matinale atteignait moins 47 degrés Celsius.

Les voyageurs ont filmé l’éruption du nouveau cône à courte distance les 7 et 8 mars. Ils ont essayé d’utiliser un drone mais il n’a pu fonctionner que pendant deux minutes à cause du froid dans cet environnement hostile. Une bombe volcanique l’a raté de peu.

Les hommes expliquent qu’une coulée de lave est émise par deux fractures parallèles espacées d’environ 250 mètres. Au moment de la visite, le cône de scories avait atteint près de 60 mètres de hauteur, avec un diamètre d’une centaine de mètres à sa base. L’équipe russe est retournée au village de Klyuchi le 9 mars.

Les voyageurs mettent l’accent sur la difficulté et le danger d’accès au nouveau cône. La route traverse le glacier Erman qui est entaillé par de profondes crevasses cachées par la neige. La dernière éruption du volcan pourrait endommager la route entre les villages de Klyuchi et Kozyrevsk, et perturber l’équilibre écologique des rivières voisines. L’éruption menace aussi de faire fondre une partie du glacier Erman. Les voyageurs envisagent deux scénarios. Dans le premier, la coulée de lave émise par l’éruption reste parallèle au glacier Erman et ne le traverse pas. Dans ce cas, une coulée de boue passerait à plusieurs kilomètres du village de Klyuchi en traversant des terres agricoles. Avec le deuxième scénario, la lave traverse le glacier Erman. Cela donnerait naissance à une rivière d’eau très chaude charriant de gros blocs qui emporterait la route entre Kozyrevsk et Klyuchi.

Source: The Siberian Times.

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As I put it before in the volcano news, a new cone has appeared on the flank of Klyuchevskoy (Kamchatka). The Siberian Times has published an article with a spectacular footage showing the formation of the new cone. The images of the eruption were caught by three Russian extreme travellers at 2,850 metres above sea level.

The side cone eruption followed a halt in activity at Klyuchevskoy on February 8th, 2021. On March 6th, the travellers climbed the mountain to examine the new formation. It took them eight to nine hours to reach the eruption site. They set up their tent on the Erman glacier. The temperature in the morning reached minus 47 degrees Celsius.

They filmed the eruption of the new cone from close range on March 7th and 8th. They tried to fly a drone but it was too cold and it only worked for two minutes in this hostile environment. A volcanic bomb almost hit it.

They explain that the lava breakthrough is in two parallel cracks spaced about 250 metres apart. At the time of the visit, the height of the cinder cone at its source  had reached almost 60 metres in height, with a base diameter of 101 metres. The Russian team returned to Klyuchi village on March 9th.

The travellers warn that access to Klyuchevskoy’s new side cone is life-threatening. The route passes across Erman Glacier which is dotted with deep cracks masked by snow. The latest eruption of the volcano may erode the road between the villages of Klyuchi and Kozyrevsk, as well as disrupt the ecological balance of nearby rivers. It threatens to wash away part of a glacier.

The travellers are considering two scenarios. On the one hand, the lava flow from the eruption runs parallel to the Erman Glacier, without crossing it. In this case, the mud-stone flow passes several kilometres from the village of Klyuchi through agricultural fields. With the second option, lava crosses Erman glacier. Should it happen, a stream of highly heated water with large fragments of rock would form and wash out the Kozyrevsk-Klyuchi road.

Source : The Siberian Times.

Vue du nouveau cône du Klyuchevskoy

(Crédit photo: Artem Gromov, Boris Smirnov, Alexey Kulayev)

Effondrement glaciaire en Inde (suite) // Glacial collapse in India (continued)

Alors que les secouristes de l’État de l’Uttarakhand, dans le nord de l’Inde, cherchent toujours des survivants dix jours après l’effondrement glaciaire, on comprend mieux ce qui a provoqué la catastrophe. Dès le lendemain de l’événement, j’ai parlé d’un effet domino ou en cascade, une hypothèse  qui vient d’être confirmée par les scientifiques, avec la responsabilité sous-jacente du réchauffement climatique.

Une image satellite montre que le point de départ est une cicatrice sur le mont Nanda Devi qui marque le point de décrochement du glacier. Il s’agit d’une paroi rocheuse faite de glace et de permafrost.

Une fois décrochée, la masse glaciaire est tombée vers l’aval où se trouvait un lac de fonte du glacier. Il était retenu par une moraine qui n’a pas résisté à la pression. La masse d’eau et de sédiments a alors déferlé tel un tsunami vers l’aval et percuté le barrage hydroélectrique en construction.

Les glaciologues ont baptisé « lave torrentielle » ce phénomène qui mêle glace, eau et matériaux car sa couleur noire rappelle l’écoulement de lave sur un volcan.

Selon les glaciologues indiens, les fortes chutes de neige qui ont eu lieu avant la catastrophe ont pu favoriser le décrochement du glacier. Comme je l’ai indiqué précédemment, un tel événement peut se produire en hiver. En effet, les glaciers réagissent à retardement aux températures qu’ils subissent. La pénétration de la chaleur à l’intérieur d’un glacier peut entraîner la formation de lacs interglaciaires ou sous-glaciaires susceptibles de céder ultérieurement sous la pression de l’eau. C’est ce qui s’est passé en 1892 sur le glacier alpin de Tête Rousse. La libération d’une poche d’eau de fonte a déclenché une lave torrentielle qui a tué 175 personnes dans la ville de St Gervais, située en contrebas

Les lacs de fonte glaciaire sont de plus en plus nombreux avec le réchauffement climatique, dans des zones de très hautes montagnes comme le chaîne himalayenne et la chaîne andine en Amérique du Sud.

Un autre facteur de déstabilisation est le dégel du permafrost de roche, le « ciment » qui assure la cohésion des montagnes. J’ai expliqué que ce dégel avait provoqué de graves effondrements dans les Alpes, comme le pilier Bonatti en juin 2005 et plus récemment l’Arête des Cosmiques, près de l’Aiguille du Midi. Nos Alpes ne sont pas non plus à l’abri des laves torrentielles. En août 2017, l’une d’elles a déferlé sur le village de Bondo, dans les Grisons à la frontière entre la Suisse et l’Italie. Une paroi du Piz Cengalo s’est décrochée à 3 000 m d’altitude sur le glacier. La déferlante de boue de plusieurs kilomètres a emporté huit randonneurs et causé de sérieux dégâts. Toujours en Suisse, le village de Chamoson (Valais) a lui aussi été confronté à une lave torrentielle.

Comme pour les séismes, la prévision des décrochements glaciaires est impossible. La seule solution est de surveiller attentivement les glaciers dont les effondrements peuvent menacer des vallées. On l’a vu au mois d’août 2020 quand la partie frontale du glacier de Planpincieux a menacé de s’effondrer et de mettre en danger des habitations dans le Val d’Aoste. .

Sources : France Info, médias d’information indiens.

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As rescuers in northern India’s Uttarakhand continue to search for survivors ten days after the glacial collapse, the cause of the disaster has become clear. Immediately after the event, I explained there was a domino or cascade effect, a hypothesis which has just been confirmed by scientists, with the underlying responsibility for global warming.

A satellite image shows that the starting point is a scar on Mount Nanda Devi which marks the point where the glacier let go. It is a rock face made of ice and permafrost.

Once set free, the ice mass fell downslope where a glacier melt lake was located. It was held back by a moraine that could not withstand the pressure as the mass of ice fell. The mass of water and sediment then surged downstream like a tsunami and slammed into the hydroelectric dam under construction.

Glaciologists have called this phenomenon, which mixes ice, water and materials, « torrential lava. » because its black colour is reminiscent of the lava flow on a volcano. According to Indian glaciologists, the heavy snowfall that took place before the disaster may have favored the glacier’s collapse. As I indicated earlier, such an event can occur in winter. In fact, glaciers react slowly to the temperatures they experience. The penetration of heat into the interior of a glacier can lead to the formation of interglacial or subglacial lakes that can give way later under water pressure. This is what aheppned in 1892 when a pocket of melt warer beneath the Tête Rousse Glacier triggered a torrential lava that killed 175 persons in Saint Gervais.

Glacial melt lakes are increasingly numerous with global warming, in areas of very high mountains such as the Himalayan and Andes in South America. Another factor of destabilization is the thawing of rock permafrost, the “cement” that keeps mountains together. I explained that this thaw caused significant collapses in the Alps, like the Bonatti pillar in June 2005 or, more recently, the Arête des Cosmiques, near the Aiguille du Midi. Our Alps are not immune to debris flow either. In August 2017, one of them swept through the village of Bondo, in Graubünden on the border between Switzerland and Italy. A wall of Piz Cengalo fell at an altitude of 3000 m on the glacier. The mile-long mud surge swept away eight hikers and caused serious damage. Also in Switzerland, the village of Chamoson (Valais) was also confronted with torrential lava.

As with earthquakes, predicting glacial collapse is impossible. The only solution is to carefully monitor glaciers whose collapses can threaten valleys. We saw it in August 2020 when the frontal part of the Planpincieux Glacier threatened to collapse and threaten homes in the Aosta Valley.

Sources: France Info, Indian news media.

Zone de décrochement du glacier indien

 Trace de lave torrentielle à Chamoson (Photo : C. Grandpey)

Le réchauffement climatique à l’origine de la catastrophe glaciaire en Inde // Climate change caused the glacial disaster in India

Le bilan de la catastrophe qui vient de se produire dans l’état d’Uttarakhanda est terrible, avec 19 morts recensés à ce jour et plus de 200 disparus. La cause de ce désastre a été immédiatement montrée du doigt : le réchauffement climatique qui fait fondre et s’effondrer les glaciers dans la chaîne de l’Himalaya.

Dans une note publiée le  27 juin 2019, j’avais, une nouvelle fois, attiré l’attention sur l’inquiétante situation glaciaire dans cette région de l’Inde. A l’époque un rapport venait d’être publié dans la revue Science Advances. Il indiquait qu’en quarante ans, la chaîne de l’Himalaya avait perdu un quart de sa glace qui avait fondu deux fois plus vite que sur la période 1975-2000. Les auteurs du rapport adressaient une sérieuse mise en garde. Ils précisaient que ce phénomène alarmant lié au réchauffement climatique allait s’aggraver et avoir un impact direct et dangereux sur les populations vivant à proximité de la chaîne himalayenne.
En 40 ans, les températures dans l’Himalaya ont augmenté d’un degré Celsius par rapport à celles enregistrées entre 1975 et 2000. L’équipe de chercheurs qui a rédigé le rapport a analysé quarante années d’observations satellites de l’Inde, de la Chine et du Bouthan. Les scientifiques ont ensuite pu comparer les données de la première période avec les données plus récentes récoltées via les satellites de la NASA.
Cette fonte accélérée des glaciers himalayens n’est pas sans conséquences sur les populations locales, réparties de part et d’autre des 2000 kilomètres de la chaîne de montagnes. Quelque 800 millions de personnes dépendent directement des eaux de ruissellement pour l’irrigation, l’hydroélectricité ou l’eau potable. On se retrouve exactement dans la même situation qu’au Pérou où la population dépend directement de l’eau des glaciers.
Comme je le fais remarquer pendant ma conférence « Glaciers en péril », lorsque la glace fond, elle forme de grands lacs glaciaires retenus souvent par des moraines fragiles qui menacent de se rompre en provoquant d’énormes inondations.  C’est ce qui vient de se passer en Inde. Les journaux indiens expliquent l’effet domino – ou en cascade – suivi par les événements. 1) Un énorme volume de glace s’est détaché d’un glacier du massif de Nanda Devi et 2) a fini sa course dans un lac de fonte qui s’était formé à sa base, en raison du réchauffement climatique. 3) La moraine qui retenait ce lac s’est éventrée sous la pression de l’eau et 4) une déferlante s’est abattue dans le lit de la rivière Rishi Ganga.

Les spécialistes ont mis en garde à plusieurs reprises contre la construction de barrages, de tunnels et de routes mal planifiées dans le haut Himalaya. Un comité nommé par la Cour suprême indienne après la catastrophe de 2013 a recommandé qu’aucun barrage ne soit construit au-dessus d’une altitude de 2 000 mètres. En fondant et reculant, les glaciers laissent derrière eux un mélange instable de terre et de roches pouvant représenter un danger pour les barrages et les tunnels. Le comité a spécifiquement déconseillé la construction de six barrages sur la Rishi Ganga. Le deuxième et plus grand barrage noyé par la dernière crue glaciaire était en cours de construction malgré cette recommandation.

Source : Journaux indiens.

Affirmer, comme l’a fait un glaciologue grenoblois, que le réchauffement climatique ne serait pas la cause principale de cet effondrement glaciaire est assez surprenant et va à l’encontre des conclusions de ses collègues qui ont étudié cette région de l’Himalaya. D’une part, on sait que l’eau de fonte des glaciers joue un rôle de lubrifiant qui accélère leur glissement sur le substrat rocheux et favorise leur effondrement. D’autre part, la fonte du permafrost de roche favorise elle aussi les glissements de terrain. Il se peut que ce soit la conjugaison de ces deux phénomènes – résultat du réchauffement climatique – qui ait provoqué les événements en cascade mentionnés précédemment.

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The death toll of the disaster that has just occurred in the state of Uttarakhanda is terrible, with 19 dead to date and more than 200 missing. The cause of this disaster was immediately pointed out: global warming which is melting and collapsing glaciers in the Himalayan range.

In a post published on June 27th, 2019, I once again drew attention to the worrying ice situation in this region of India. At the time, a report had just been published in the journal Science Advances. It indicated that in forty years, the Himalayan range had lost a quarter of its ice which had melted twice as fast as in the period 1975-2000. The authors of the report sent a serious warning. They specified that this alarming phenomenon linked to global warming was going to worsen and have a direct and dangerous impact on the populations living near the Himalayan range.

In 40 years, temperatures in the Himalayas have risen by one degree Celsius from those recorded between 1975 and 2000. The team of researchers who wrote the report analyzed forty years of satellite observations of India, China and Bhutan. Scientists were then able to compare the data from the first period with the more recent data collected via NASA satellites.

This accelerated melting of the Himalayan glaciers is not without consequences for the local populations living along the 2,000 kilometres of the mountain range. Some 800 million people depend directly on runoff for irrigation, hydroelectricity or drinking water. It is exactly the same situation as in Peru where the population depends directly on the water from the glaciers. As I point out during my « Glaciers in Danger » lecture, when the ice melts it forms large glacial lakes often held back by fragile moraines that threaten to break open and cause massive flooding. This is what just happened in India. The Indian newspapers explain the domino – or cascade – effect of he events. 1) A massive chunk of ice and frozen mud broke away from a Nanda Devi glacier and 2) fell into a melt lake that had formed at its snout, due to climate change. 3) The moraine around the lake collapsed and 4) a flash flood came roaring down the Rishi Ganga river.

Experts have been repeatedly warning against building dams, tunnels and poorly-planned roads in the high Himalayas. A committee appointed by India’s Supreme Court after the 2013 disaster had recommended that no dam be built above an altitude of 2,000 metres. While retreating, the glaciers have left behind an unstable mix of earth and rocks unsuitable for dams and tunnels. The committee had specifically said that six dams proposed on the Rishi Ganga should not be built. The second and larger project inundated by the latest glacial flood was being built despite this recommendation.

Source : Indian newspapers.

Ces deux images satellites de la NASA montrent l’extension d’un lac de fonte glaciaire dans l’Himalaya entre 1990 et 2018