La cendre de l’Etna perturbe la vie des Siciliens

Les Siciliens aiment bien l’Etna, mais les désagréments causés par les pluies de cendres à répétition qui accompagnent les paroxysmes commencent à avoir raison de leur bonne humeur.

Le 10ème paroxysme observé le 7 mars 2021 au matin a causé de sérieux désagréments dans toute la partie ionienne de la Sicile, de Giarre à Fiumefreddo, en passant par Sant’Alfio et Milo. La cendre a recouvert les places et les routes en provoquant de sérieux ralentissements de la circulation. De nombreuses routes sont devenues impraticables en raison de la couche de lapilli. Dans les zones rurales, les cultures ont été endommagées car des lapilli aussi gros que des noix ont recouvert la terre. Les équipes des autoroutes siciliennes ont travaillé d’arrache pied pour rendre les chaussées à nouveau praticables. Au début, deux voies de circulation ont été rouvertes et le trafic a ensuite pu reprendre normalement. .

Selon l’INGV, le dernier paroxysme était prévisible car vers 2 heures du matin une activité strombolienne avait animé la Voragine, la Bocca Nuova et le Cratère Nord-Est.

Comme je l’ai indiqué dans ma description du paroxyme, le moment le plus intense a été observé à partir de 7 heures lorsque l’activité du Cratère Sud-est est passée du strombolien à la fontaine de lave. L’INGV a alors détecté la formation d’une colonne éruptive dépassant la hauteur de 10000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le panache de cendre et de lapilli s’est dirigé vers l’est en occasionnant les pluies de cendre qui viennent d’être décrites.

L’épisode éruptif a produit une coulée de lave de plusieurs bras qui s’est dirigée vers la Valle del Bove où le front s’est arrêté à une altitude de 2400 mètres. Le panache s’étant dirigé vers l’est, l’aéroport de Catane n’a pas été impacté par ce paroxysme.

Source : La Sicilia.

Fontaines et coulées de lave font partie du spectacle offert par l’Etna

Etna (Sicile) : 10ème paroxysme ! // Mt Etna (Sicily) : 10th paroxysm !

Réveil en fanfare ce dimanche matin sur l’Etna avec un 10ème paroxysme qui a commencé sur le coup de 2 heures du matin (heure locale) par un débordement de lave à partir de la bouche qui s’était ouverte le 4 mars 2021 à la base du Cratère SE.

Comme lors des paroxysmes précédents, une activité strombolienne est ensuite apparue dans le cratère, accompagnée d’une rapide hausse du tremor.

Vers 6h30, un nouveau débordement de lave est apparu avec une coulée sur le versant E du Cratère SE. Les fronts des coulées se trouvaient à environ 2900 m d’altitude.

A 8 heures, le tremor continuait de grimper et les images de la caméra thermique montraient que l’activité éruptive était particulièrement intense.

8h10, chute brutale du tremor et fin du spectacle. Ainsi va la vie sur l’Etna !

On remarquera que la colonne éruptive a atteint une dizaine de milliers de mètres de hauteur. Poussée par le vent, le panache de cendres s’est dirigé vers l’est, avec des retombées sur Milo, Fornazzo, Trepunti, Giarre, Macchia di Giarre, Mascali, Riposto et Torre Archirafi.

L’intensité maximale du tremor est toujours la même au cours des différents paroxysmes. La couverture nuageuse ne permet pas, pour le moment, de dire à quelle altitude se sont arrêtées les coulées de lave.

Source : INGV.

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Mt Etna went through a 10th paroxysm this Sunday morning at around 2 a.m. (local time) with an overflow of lava from the vent which had opened on March 4th, 2021 at the base of the SE Crater.

As during previous paroxysms, strombolian activity then appeared in the crater, accompanied by a rapid rise in the tremor.

At around 6.30 am, a new lava overflow appeared with a flow on the E side of the SE Crater. The lava fronts were located at about 2,900 m a.s.l.

At 8 a.m., the tremor continued to climb and the thermal camera images showed that the eruptive activity was particularly intense.

At 8:10 am, the tremor suddenly dropped. It was the end of the show. So goes life on Etna!

One can notice that the eruptive column reached ten thousand meters in height. Pushed by the wind, the ash plume drifted east, with ashall on Milo, Fornazzo, Trepunti, Giarre, Macchia di Giarre, Mascali, Riposto and Torre Archirafi.

The maximum intensity of the tremor is always the same during the different paroxysms. The cloud cover does not allow, for the moment, to say at what altitude the lava flows stopped.

Source: INGV.

Source : INGV

Une belle histoire de sérum… (2)

Le record de temps sur la portion Nulato-Nome était à l’époque de neuf jours en traîneau. À Nome, Leonhard Seppala, l’un des plus célèbres mushers d’Alaska, prépare son équipage pour une course de 1 014 kilomètres : l’aller-retour de Nome à Nulato. Leonardh a déjà couvert le parcours de Nome à Nulato en un temps record de quatre jours au cours d’une compétition.

Le service de santé publique des États-Unis réquisitionne 1,1 million d’unités d’antitoxine sur la côte Ouest américaine. Il souhaite les transporter par bateau jusqu’à Seattle d’où elles partiront pour l’Alaska.  L’Alameda, seul navire disponible pour ce voyage, ne peut être à Seattle avant le 31 janvier et il lui faudra 7 jours de plus pour arriver à Whittier, point de départ de la ligne de chemin de fer qui conduit à Anchorage et à Fairbanks via Nenana. Avec cette stratégie, le sérum ne pourra être à Nome avant le 27 février 1925, soit 5 semaines plus tard.

Le 25 janvier, une nouvelle inespérée arrive d’Anchorage. Un médecin de l’hôpital des Chemins de Fer a découvert un stock non périmé et donc utilisable de 300 000 unités d’antitoxine. Elles sont réquisitionnées sur le champ. Cette quantité ne sera certes pas suffisante pour arrêter l’épidémie, mais elle devrait être suffisante pour tenir jusqu’à l’arrivée des unités supplémentaires.

Le sérum est remis le 26 janvier 2025 au conducteur du train Anchorage-Fairbanks qui est chargé de déposer le colis à Nenana où il sera pris en charge par le premier relayeur et ses chiens.

 

Ce même jour, le premier relais de 2 mushers se met en place tandis que Leonhard Seppala quitte Nome pour un voyage de 557 kilomètres jusqu’à Nulato où il devra récupérer le sérum et le ramener à Nome. Son équipage est composé de 20 chiens avec le brave Togo à leur tête.

Togo (Source : Anchorage Daily News)

Dans l’autre sens, le gouverneur d’Alaska demande d’organiser un relais avec les meilleurs mushers et les meilleurs équipages de chiens de traîneaux pour transporter le sérum, jour et nuit, de Nenana jusqu’à Nome. Les mushers ne seront pas payés pour ce service, c’est une « mission de miséricorde. » 18 équipages répondent à l’appel, soit 20 au total avec les 2 déjà prévus. De son côté, Leonhard Seppala est déjà parti pour Nulato, et il a prévu d’éviter soigneusement tous les villages du parcours pour ne pas être ralenti.

C’est finalement le 2 février 1925 que la caisse de sérum arrive à Nome, portée par Gunnar Kaasen et son chien de tête, Balto. Les obstacles étaient nombreux sur le parcours, à commencer par la température de -40°C, les bourrasques de neige, les passages gelés chaotiques et des zones montagneuses escarpées. On raconte qu’à l’une des étapes, il a fallu déverser de l’eau chaude sur les mains d’un musher pour les décoller des poignées de son traîneau.

Gunnar Kaasen et Balto (Source : Wikipedia)

Les malades sont enfin sauvés avec le sérum. Un second voyage sera organisé quelques jours plus tard ; il permettra d’administrer de nouvelles doses de sérum et de renflouer les stocks au cas où la situation viendrait à prendre une nouvelle tournure dramatique.

Une belle histoire de sérum…. (1)

Aujourd’hui 6 mars 2021 a lieu à Anchorage (Alaska) le départ de l’Iditarod, la plus célèbre course de chiens de traîneaux au monde. Elle doit son existence à une belle histoire de sérum…

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Avec la pandémie de Covid-19, l’un des mots les plus fréquemment utilisés dans le monde à l’heure actuelle est « vaccin », en espérant que ce remède miracle aidera à retrouver une vie normale. Pendant l’hiver de l’année 1925 en Alaska, c’est le mot « sérum » qui était dans toutes les bouches.

L’histoire commence la veille de Noël 1924 dans le village inuit de Holy Cross près de Nome, localité de quelque 1500 habitants – alors qu’elle en comptait 20 000 au début du siècle avec la Ruée vers l’Or – sur la côte ouest de l’Alaska. Le Docteur Curtis Welch, le seul médecin de Nome, travaillait dans l’hôpital de la ville où il disposait de 25 lits et était épaulé par quatre infirmières.

Nome en 1916 (Source : Wikipedia)

Le 24 décembre 1924, il est appelé pour examiner un enfant malade. Le praticien diagnostique une angine, mais le gosse décède le jour de Noël.

Le 28 décembre, le médecin constate le décès d’un second enfant dans le village de Holy Cross. Il demande l’autorisation de l’autopsier, de manière à vérifier qu’il ne s’agit pas d’une maladie plus grave. La famille de l’enfant refuse.

Au cours du mois de janvier 1925, deux autres enfants inuit décèdent d’une forte angine.

Le 20 janvier 1925, le docteur Welch est consulté pour une angine sur un enfant de trois ans à Nome. Il diagnostique sur lui un cas de diphtérie, maladie hautement contagieuse touchant essentiellement les enfants et les personnes âgées. Le médecin possède 80 000 unités d’antitoxines, mais elles sont périmées. Quelques mois auparavant, il avait commandé de nouvelles doses, mais elles n’étaient pas arrivées à Nome avant que le port soit bloqué par la glace. Le docteur Welch décide néanmoins de tenter le tout pour le tout en administrant une dose périmée à un enfant malade.

Curtis Welch se rend compte de la gravité de la situation sanitaire à Nome et il demande au maire d’organiser en urgence un conseil municipal extraordinaire au cours duquel il explique qu’il a absolument besoin d’un million d’unités de sérum pour stopper l’épidémie. Il lui reste 74 000 unités périmées. Le conseil municipal décide de placer la ville en quarantaine, d’autant que la petite fille qui a reçu la dose périmée décède elle aussi de la diphtérie le 22 janvier 1925. Malgré la quarantaine, la maladie se propage et on a des craintes pour les 10 000 habitants de la région. Tout le monde a encore en tête les dégâts causés par l’épidémie de grippe espagnole en 1918-1919, en particulier au sein des populations autochtones.

Un message est envoyé par télégraphe aux principales villes de l’Alaska pour qu’elles envoient en urgence de l’antitoxine. Le 24 janvier la situation s’est encore aggravée à Nome avec deux décès supplémentaires, 20 cas de diphtérie confirmés et 50 soupçonnés.

Une réunion du Bureau de la Santé à Juneau, la capitale, envisage deux solutions : l’avion ou un acheminement par train et traîneaux tirés par des chiens.

L’option aérienne est vite éliminée car le froid est intense en Alaska. La température va de −20°C sur la côte à −35°C dans les terres au meilleur de la journée. La nuit, le mercure peut descendre en dessous de −50°C. Les seuls avions disponibles ne sont pas adaptés pour affronter de telles conditions météorologiques. Il y aurait un risque de perdre la cargaison.

Il est donc finalement décidé que le train transportera le précieux sérum d’Anchorage à Nenana, gare la plus proche de Nome. De là, un relais de traîneaux tirés par des chiens effectuera la distance séparant Nenana de Nome, soit 1 080 kilomètres, avec une rencontre à mi-chemin, à Nulato.

Carte du trajet parcouru par le sérum (Image tirée de l’excellent livre  The Cruellest Miles de Gay et Laney Salisbury