Une belle histoire de sérum…. (1)

Aujourd’hui 6 mars 2021 a lieu à Anchorage (Alaska) le départ de l’Iditarod, la plus célèbre course de chiens de traîneaux au monde. Elle doit son existence à une belle histoire de sérum…

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Avec la pandémie de Covid-19, l’un des mots les plus fréquemment utilisés dans le monde à l’heure actuelle est « vaccin », en espérant que ce remède miracle aidera à retrouver une vie normale. Pendant l’hiver de l’année 1925 en Alaska, c’est le mot « sérum » qui était dans toutes les bouches.

L’histoire commence la veille de Noël 1924 dans le village inuit de Holy Cross près de Nome, localité de quelque 1500 habitants – alors qu’elle en comptait 20 000 au début du siècle avec la Ruée vers l’Or – sur la côte ouest de l’Alaska. Le Docteur Curtis Welch, le seul médecin de Nome, travaillait dans l’hôpital de la ville où il disposait de 25 lits et était épaulé par quatre infirmières.

Nome en 1916 (Source : Wikipedia)

Le 24 décembre 1924, il est appelé pour examiner un enfant malade. Le praticien diagnostique une angine, mais le gosse décède le jour de Noël.

Le 28 décembre, le médecin constate le décès d’un second enfant dans le village de Holy Cross. Il demande l’autorisation de l’autopsier, de manière à vérifier qu’il ne s’agit pas d’une maladie plus grave. La famille de l’enfant refuse.

Au cours du mois de janvier 1925, deux autres enfants inuit décèdent d’une forte angine.

Le 20 janvier 1925, le docteur Welch est consulté pour une angine sur un enfant de trois ans à Nome. Il diagnostique sur lui un cas de diphtérie, maladie hautement contagieuse touchant essentiellement les enfants et les personnes âgées. Le médecin possède 80 000 unités d’antitoxines, mais elles sont périmées. Quelques mois auparavant, il avait commandé de nouvelles doses, mais elles n’étaient pas arrivées à Nome avant que le port soit bloqué par la glace. Le docteur Welch décide néanmoins de tenter le tout pour le tout en administrant une dose périmée à un enfant malade.

Curtis Welch se rend compte de la gravité de la situation sanitaire à Nome et il demande au maire d’organiser en urgence un conseil municipal extraordinaire au cours duquel il explique qu’il a absolument besoin d’un million d’unités de sérum pour stopper l’épidémie. Il lui reste 74 000 unités périmées. Le conseil municipal décide de placer la ville en quarantaine, d’autant que la petite fille qui a reçu la dose périmée décède elle aussi de la diphtérie le 22 janvier 1925. Malgré la quarantaine, la maladie se propage et on a des craintes pour les 10 000 habitants de la région. Tout le monde a encore en tête les dégâts causés par l’épidémie de grippe espagnole en 1918-1919, en particulier au sein des populations autochtones.

Un message est envoyé par télégraphe aux principales villes de l’Alaska pour qu’elles envoient en urgence de l’antitoxine. Le 24 janvier la situation s’est encore aggravée à Nome avec deux décès supplémentaires, 20 cas de diphtérie confirmés et 50 soupçonnés.

Une réunion du Bureau de la Santé à Juneau, la capitale, envisage deux solutions : l’avion ou un acheminement par train et traîneaux tirés par des chiens.

L’option aérienne est vite éliminée car le froid est intense en Alaska. La température va de −20°C sur la côte à −35°C dans les terres au meilleur de la journée. La nuit, le mercure peut descendre en dessous de −50°C. Les seuls avions disponibles ne sont pas adaptés pour affronter de telles conditions météorologiques. Il y aurait un risque de perdre la cargaison.

Il est donc finalement décidé que le train transportera le précieux sérum d’Anchorage à Nenana, gare la plus proche de Nome. De là, un relais de traîneaux tirés par des chiens effectuera la distance séparant Nenana de Nome, soit 1 080 kilomètres, avec une rencontre à mi-chemin, à Nulato.

Carte du trajet parcouru par le sérum (Image tirée de l’excellent livre  The Cruellest Miles de Gay et Laney Salisbury

La fonte du permafrost provoque une épidémie d’anthrax en Sibérie // Permafrost thawing causes an anthrax epidemic in Siberia

drapeau-francaisA cause du dégel du permafrost (voir mes notes précédentes à ce sujet), des bactéries prisonnières de la glace ont été libérées en Sibérie, provoquant un début d’épidémie d’anthrax, appelée communément maladie du charbon. Cette épidémie, la première depuis 1941, a entraîné la mort de près de 2.400 rennes et d’un enfant de 12 ans. 72 personnes, dont au moins 13 nomades qui vivent avec les rennes, ont été hospitalisées. La maladie, qui touche de nombreux mammifères, se transmet de l’animal à l’homme, mais pas d’un homme à un autre.

Le garçon décédé samedi faisait partie d’une famille d’éleveurs de rennes, très nombreux dans la région. Il a été atteint après avoir mangé de la viande infectée, victime d’une forme intestinale de la maladie, particulièrement violente.

La bactérie responsable de l’anthrax se serait réactivée à partir de la carcasse d’un renne mort dans l’épidémie d’il y a 75 ans. Prise dans la glace du permafrost, la chair de l’animal aurait dégelé avec la fonte de la surface du sol, ce qui a réveillé la bactérie et provoqué une épidémie parmi des troupeaux de rennes. Les scientifiques redoutent qu’avec la fonte du pergélisol (autre nom du permafrost), des vecteurs de maladies mortelles des 18ème et 19ème siècles réapparaissent, en particulier près des cimetières où les victimes de ces maladies ont été enterrées. Un cimetière proche de l’endroit où s’est déclarée cette nouvelle épidémie est sous surveillance car on pense qu’il a pu jouer un rôle.

Au moins 2349 animaux sont morts de l’anthrax en l’espace de 10 jours. Leurs carcasses ont été incinérées, pour éviter une plus large propagation. 4500 rennes ont aussi été vaccinés contre l’infection, et l’objectif est d’en immuniser 41000.

Source : The Siberian Times.

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drapeau-anglaisThe melting of the permafrost (see my previous posts on this topic) in Siberia released anthrax bacteria trapped in the ice, causing an outbreak of the epidemic. This outbreak, the first since 1941, resulted in the death of nearly 2,400 reindeer and a 12-year-old child. 72 people, including at least 13 nomads living with reindeer, were hospitalized. The disease, which affects many mammals, is transmitted from animals to humans, but not from one man to another.
The boy who died on Saturday was part of a family of reindeer herders. It fell ill after eating infected meat, the victim of a particularly violent intestinal form of the disease.
The bacteria responsible for anthrax is supposed to have been reactivated from the carcass of a reindeer that died during the epidemic 75 years ago. Caught in the ice of the permafrost, the flesh of the animal probably thawed with the melting of the surface, which gave a new life to the bacteria and caused an epidemic among herds of reindeer. Scientists fear that with the melting of the permafrost more vectors of fatal diseases of the 18th and 19th centuries reappear, especially near the cemeteries where the victims of the disease were buried. A cemetery near the place where the new epidemic has started is under surveillance because it is believed to have played a role.
At least 2,349 animals died of anthrax in the space of 10 days. Their carcasses were incinerated to prevent further spreading. 4,500 reindeer were also vaccinated against the infection, and the goal is to immunize 41,000.
Source: The Siberian Times.

Rennes 03

Rennes dans la toundra (Photo: C. Grandpey)