Retour sur l’éruption du Nyiragongo (RDC) // The Nyiragongo eruption (DRC)

Au vu des articles dans la presse locale, il semble que tension et angoisse soient en train de retomber à Goma et aucune autre catastrophe majeure ne s’est produite ces derniers jours. Il est maintenant utile d’examiner le cours des événements pendant l’éruption du Niyragongo. On peut remarquer que le processus éruptif et ses conséquences sont similaires à ceux de 1977 et 2002, avec des destructions de maisons et de routes et des pertes en vies humaines.

Il était environ 16 heures le 22 mai 2021 lorsque les habitants de Goma ont pu voir des villageois des contreforts du Nyiragongo se précipiter vers la ville avec des matelas sur la tête et de grands sacs avec leurs affaires, accompagnés de leurs enfants. Ces villageois ont expliqué qu’il y avait le feu dans la forêt et qu’il se rapprochait dangereusement.

Plusieurs fois par heure, la population sentait le sol trembler pendant une ou deux secondes, avec des événements compris entre M 2,8 et M 4,1.

Vers 17 heures, une intense lueur rouge est apparue dans le ciel et on entendait des explosions au loin.

Vers 18 heures, tout le monde a réalisé qu’il s’agissait d’une éruption volcanique.

Vers 20h30, l’Observatoire Volcanologique de Goma a déclaré qu’il s’agissait d’une éruption du Nyamulagira. Cela signifiait que la lave se dirigeait vers une partie relativement inhabitée du Rwanda et que Goma n’était pas menacée.

Cependant, moins d’une heure plus tard, l’information a été contredite : une deuxième coulée de lave se dirigeait vers l’aéroport de Goma, le centre-ville qui se trouve juste à côté, et le lac Kivu. Le Nyiragongo était bel et bien en éruption pour la deuxième fois en moins de 20 ans. Le volcan était sur le point de dévaster l’un des endroits les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète, une région avec peu de routes et des infrastructures fragiles, secouée par un conflit de plusieurs décennies qui a déplacé des millions de personnes.

Alors que la lave détruisait les lignes électriques, des quartiers entiers, comme Buhene, se sont retrouvés sans téléphone et un quart des habitants de Goma se sont retrouvés sans électricité. Aucune aide n’est venue de l’Etat, ni de la MONUSCO. La plupart des informations diffusées étaient confuses et peu fiables. Une vidéo a montré une épaisse coulée de lave en train de traverser Buhene, détruisant des maisons.

Vers 3 heures du matin, la coulée de lave s’est arrêtée à une centaine de mètres de la porte d’entrée de la clinique de Buhene, et à moins de 800 mètres de l’aéroport de Goma Sans ordre d’évacuation immédiate et avec des informations uniquement propagées par le bouche à oreille, une situation de chaos s’est vite installée à Goma. Alors que des dizaines de milliers de personnes essayaient de se mettre en sécurité, les deux seules routes praticables pour quitter la ville – l’une vers l’est au Rwanda et l’autre vers l’ouest en direction de Sake, une ville distante de 27 km – étaient en proie aux embouteillages. Personne n’avait oublié la dernière éruption du Nyiragongo en 2002 qui a fait plus de 250 morts et rasé un tiers de la ville, laissant plus de 120 000 personnes sans abri, avec des coulées de lave de deux mètres d’épaisseur dans certains quartiers de Goma.

Cette fois, au dernier bilan, au moins 37 personnes sont mortes, soit par exposition à la lave ou aux gaz, soit dans des accidents pendant l’évacuation. Selon l’UNICEF, 939 enfants sont arrivés dans les centres de réunification après avoir été séparés de leur famille. Bien que de nombreux parents aient pu être retrouvés, les membres de la famille de 243 enfants sont toujours portés disparus. En outre, le 23 mai, plus de 170 enfants étaient portés disparus par leurs proches.

Selon l’ONU, plus de 13 villages et 3 629 maisons ont été détruits, laissant plus de 20 000 personnes sans abri.

Le 26 mai dans la soirée, quatre jours après le début de l’éruption, le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu a ordonné l’évacuation obligatoire de 10 quartiers du centre de Goma – environ 40% de la ville – car ils étaient particulièrement exposés à la lave et aux émissions de gaz mortels, avec le risque d’asphyxie ou de brûlures graves.

Aujourd’hui, la situation à Goma reste dangereuse et imprévisible. Depuis l’éruption du Nyiragongo, on a enregistré des centaines de séismes. Plusieurs fractures sont apparues dans le sol, certaines sur des centaines de mètres, coupant des routes de Goma sur leur passage. Le 25 mai au matin, un séisme a atteint une magnitude de M 5,2 sur l’échelle de Richter, détruisant plusieurs bâtiments et maisons.

On a craint un moment que la sismicité puisse être causée par un dyke magmatique et qu’une éruption fissurale se déclenche à l’intérieur de Goma, mais aucun tel événement ne s’est  produit pour le moment.

Il y a aussi un risque avec le lac Kivu qui contient d’énormes quantités de méthane et de dioxyde de carbone. Si une coulée pénétrait dans le lac, la lave pourrait enflammer le méthane, provoquant de puissantes explosions à la surface du lac

Croisons les doigts pour qu’aucune nouvelle catastrophe ne se produise.

Source: journaux locaux.

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Judging from the articles in the local press, it looks as if the tension and anxiety are abating in Goma, with no other disasters occurring in the past days. It is useful to describe the course of events during the eruption of Niyragongo. One can notice that the eruptive process and its consequences were similar to those of 1977 and 2002, with destruction of houses and roads and losses of lives.

It was around 4 pm on May 22nd, when the residents of Goma could see villagers from the foothills of Mount Nyiragongo hurrying with mattresses on their heads and large sacks with their belongings, children in tow. These villagers said there was a forest fire, and it was getting closer.

Several times per hour, people could feel the earth quake for one or two seconds, with events ranging between M 2.8 and M 4.1.

By 5 pm, a fiery glow appeared in the sky and explosions could be heard in the distance.

At about 6pm, everybody realized it was a volcanic eruption.

Around 8:30pm, the Goma Volcano Observatory said that the eruption had come from Mount Nyamulagira. This meant the lava was headed towards a relatively uninhabited part of Rwanda, and Goma was not under threat.

However, less than an hour later, the information was reversed: a second stream of lava was flowing towards Goma’s airport, the downtown area just adjacent to it, and Lake Kivu. Mount Nyiragongo was erupting for the second time in less than 20 years and was about to lay waste to one of the poorest and most vulnerable places on earth, a region with few roads and limited infrastructure, and a decades-long conflict that has displaced millions.

As the lava wiped out power lines, entire neighbourhoods, including Buhene, lost phone signals, and a quarter of Goma’s inhabitants were left without electricity. There was no help from the state or from MONUSCO. Much of the information that was released was confusing and unreliable. A video showed a thick flow of lava travelling through Buhene, destroying houses.

At around 3 in the morning, the flow of lava stopped, about 100 metres from the front gate of the clinic in Buhene, and less that 800 metres from Goma’s airport

With no immediate evacuation order, and unreliable information circulating person to person, a chaotic scene unfolded across Goma. As tens of thousands rushed to safety, the only two remaining roads to exit the city – one leading east into Rwanda, and the other west towards Sake, a town 27 km away – were jammed with traffic. Many recalled Nyiragongo’s last eruption, in 2002, which claimed over 250 lives and razed a third of the city, leaving over 120,000 people homeless, and two metres of volcanic rock covering parts of Goma.

This time, at the latest toll, at least 37 people had died, either from exposure to the lava or gases, or in accidents while trying to evacuate. According to UNICEF, 939 children arrived at reunification centres after being separated from their families. While many parents could be located, family members of 243 children remained missing. In addition, on May 23rd, over 170 children were reported missing by their relatives.

According to the U.N., over 13 villages and 3,629 houses were destroyed, leaving over 20,000 people homeless.

On May 26th in the evening, four days after the eruption began, the military governor of North Kivu province ordered a mandatory evacuation of 10 neighbourhoods in central Goma – about 40 percent of the city – that were especially vulnerable to lava and plumes of lethal gas, with the danger for residents of dying by asphyxia or severe burns.

Today, the situation in Goma remains dangerous and unpredictable. Since the initial eruption, there have been hundreds of earthquakes. Multiple cracks have appeared in the ground, some extending for hundreds of metres and even splintering some of Goma’s main roads. An earthquake on May 25th in the morning reached a magnitude of M 5.2 on the Richter scale, toppling several buildings and homes. There were fears that the seismicity might be caused by a magma dyke and that a fissure eruption would occur within the town of Goma, but no such event has happened yet. There’s also the risk from Lake Kivu, which contains huge amounts of highly combustible methane gas and carbon dioxide. Lava could cause the methane to ignite, causing massive explosions at the surface of the lake,

Let’s cross our fingers for the best.

Source: Local newspapers.

Vue aérienne du Nyiragongo en 2014 (Crédit photo : Wikipedia)

Autres nouvelles de Goma (RDC) // More news from Goma (DRC)

Comme je l’ai écrit précédemment, la sismicité reste présente autour du Nyiragongo, en particulier à Goma, ce qui angoisse la population. Un survol du volcan a été effectué le 24 mai, mais le brouillard a empêché de voir l’intérieur du cratère. Le directeur de l’OVG explique que « s’il y a de la lave dans le cratère, les fracturations causées par séismes seraient le signe d’une nouvelle activité. Dans le cas contraire, s’il n’y a pas de lave dans le cratère, ces tremblements de terre se produisent puisque la terre est en train de reconstituer son équilibre. »

Lors d’une réunion de crise suite à l’éruption du Nyiragongo, le gouvernement de la RDC a décidé d’appuyer l’OVG afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la surveillance des volcans. Le plus urgent est de donner les moyens à l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) de surveiller les volcans de la région.

Le directeur scientifique de l’Observatoire a expliqué pourquoi l’alerte n’a pas été donnée plus tôt concernant le risque d’éruption volcanique. « Avec le Covid-19, il y a un projet soutenu par la Banque Mondiale qui finançait le fonctionnement de l’OVG. Le projet s’est arrêté le 30 juin 2020 [voir les raisons dans mes notes précédentes]. D’octobre 2020 à avril 2021, il n’y avait plus d’Internet à l’Observatoire.  C’est grâce à un partenaire américain que nous avons pu rétablir Internet. Pendant tout ce temps, nous n’avions plus de données en temps réel. Il n’y avait pas de frais de fonctionnement. Nos stations sont éloignées, certaines à 150 kilomètres. Nous avons passé ce temps sans avoir des données. »

Source : Presse congolaise.

Selon certains organes de presse français, au moins cinq personnes ont été retrouvées mortes le 24 mai, asphyxiées par « les émanations toxiques de la lave ». Elles auraient été  asphyxiées par le gaz émis par la lave  en train de se refroidir et qu’ils tentaient de traverser à environ 13 km au nord de Goma, là où la coulée a coupé un important axe routier reliant Goma au nord de la province. Le 24 mai au soir, le bilan provisoire faisait état de 32 morts.

Source : Presse française.

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As I put it previously, seismicity can still be felt around Nyiragongo, in particular in Goma, which worries the population. An overflight of the volcano was carried out on May 24th, but the clouds made it impossible to see the interior of the crater. The director of the OVG explains that « if there is lava in the crater, the fracturing caused by earthquakes would be a sign of new activity. Otherwise, if there is no lava in the crater, these earthquakes occur as the earth is recovering its balance. « 

During a crisis meeting following the eruption of Nyiragongo, the government of the DRC decided to support the OVG in order to allow it to fully play its role in monitoring volcanoes. What matters right now is to provide the Observatory with the means to monitor the volcanoes in the region.

The scientific director of the Observatory explained why the alert was not given earlier about the risk of a volcanic eruption. “With Covid-19, there was a project supported by the World Bank which financed the operation of the OVG. The project ended on June 30th, 2020 [see the reasons in my previous posts]. From October 2020 to April 2021, there was no Internet at the Observatory. It was thanks to an American partner that we were able to restore the Internet. During that time, we had no real-time data. There were no running costs. Our stations are far away, some 150 kilometres away. We spent this time without having any data.”

 Source: Congolese press.

According to some French media outlets, at least five people were found dead on May 24th, suffocated by “toxic fumes from lava”. They were reportedly suffocated by gas emitted by the cooling lava that they attempted to cross about 13 km north of Goma, where the flow cut a major road connecting Goma to the north of the province. On May 24th in the evening, the death toll had risen to 32.

Source: French news media.

Pas sûr que le lac de lave existe encore au fond du cratère du Nyiragongo. Un groupe de touristes aura eu la chance de le voir une dernière fois le 22 mai au matin avant que la lave perce les flancs du volcan  (Crédit photo : Wikipedia)

Eruption du Nyiragongo (suite / continued)

L’éruption du Nyiragongo le 22 mai 2021 a pris tout le monde de court, que ce soit l’Observatoire Volcanologique de Goma – privé de financement pendant plusieurs mois – ou les autorités qui ont ordonné l’évacuation de la ville.

La précédente éruption majeure du Nyiragongo, le 17 janvier 2002, avait fait une centaine de morts. L’éruption du 22 mai ressemble fortement au scénario d’il y a dix-neuf ans. Deux coulées de lave sont descendues, l’une vers l’est, dans des zones habitées mais non urbaines, vers la frontière toute proche avec le Rwanda, et l’autre vers le sud, pour atteindre la limite de Goma dans la nuit.

Même si la ville de Goma proprement dite a été épargnée, on se rend compte aujourd’hui que la coulée de lave qui a ravagé le secteur de Buhene a causé de très gros dégâts matériels et humains (voir vidéo ci-dessous). 17 villages ont été affectés, plus de 500 habitations ont été détruites. La coulée de lave présente une largeur de  800 mètres et de 9 mètres de hauteur par endroits. La sismicité reste présente autour du Nyiragongo et on redoute de nouvelles coulées de lave.

Le bilan humain va probablement s’aggraver car de nombreuses personnes sont portées disparues. Selon l’Unicef, plus de 150 enfants ont été séparés de leurs familles et l’organisation craint que plus de 170 autres ne soient disparus.

Source : Presse congolaise.

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The Nyiragongo eruption on May 22nd, 2021 caught everyone off guard, whether it was the Goma Volcanological Observatory – deprived of funding for several months – or the authorities who ordered the evacuation of the city.

The previous major eruption of Nyiragongo, on January 17th, 2002, killed around 100 people. The May 22nd eruption strongly resembles the scenario of nineteen years ago. Two lava flows descended, one eastwards, toward inhabited but non-urban areas of the nearby border with Rwanda, and the other towards the south, reaching the limit of Goma during the night.

Even if the city of Goma itself has been spared, one now realizes that the lava flow which ravaged the Buhene sector caused huge material and human damage (see video below). 17 villages were affected, more than 500 homes were destroyed. The lava flow is 800 metres wide and 9 metres high in places. Seismicity is still felt around Nyiragongo and new lava flows are feared.

The human toll is likely to worsen as many people are missing. According to Unicef, more than 150 children have been separated from their families and the organization fears more than 170 others may be missing.  .

Source: Congolese press.

 Un drone survole la zone affectée par l’éruption. Les dégâts sont considérables :

 https://youtu.be/IH7En_zw2rY

Source : Virunga Alliance

L’éruption de La Soufrière de St Vincent en 1902 // The 1902 eruption of St Vincent’s La Soufriere

Je viens de lire dans les actualités un article intéressant sur l’éruption de La Soufrière en 1902 à St-Vincent-et-les-Grenadines. Bien que cette éruption présente des similitudes avec l’événement de 2021, il existe également des différences. Un élément important réside dans le fait qu’en 1902, il y avait un lac dans le cratère de La Soufrière. Il a contribué à transformer l’éruption en un puissant événement phréato-magmatique.

Le matin du 7 mai 1902, un groupe de marchands de poissons s’est approché de la Soufrière de Saint-Vincent. Selon un Rapport sur les éruptions de la Soufrière de St Vincent, en 1902 qui décrit leur aventure, «le sommet de la montagne était couvert de brouillard. Le premier marchand suivit le chemin jusqu’à la base du cône sommital. Les autres se sont approchés de la lèvre du cratère, jusqu’à l’atteindre réellement. Le spectacle qui s’offrit à leurs yeux aurait pu avoir raison des cœurs les plus solides.»

Malgré les mises en garde des vendeurs de poissons et les récits de ce qu’ils avaient vu – les épais nuages de vapeur, la végétation brûlée, l’odeur de soufre, les secousses permanentes – leurs témoignages ont été ignorés. «Ils ont été reçus avec incrédulité, et quand ils sont arrivés à Georgetown, ils ont été pris pour des imbéciles et des lâches.»

Les noms des vendeurs de poissons n’ont pas été notés dans le Rapport décrivant ce qui s’est passé à Saint-Vincent où une minorité blanche dominait une population qui comprenait des descendants d’autochtones et d’esclaves africains.

Avant l’éruption de 1902, les nuages empêchaient de voir le sommet de La Soufrière depuis les plantations de canne à sucre et depuis des endroits comme Georgetown dans la partie est de Saint-Vincent, de sorte que la population ne savait pas ce qui se passait sur le volcan. À l’ouest, les gens avaient compris. « Ils se préparaient à fuir en observant l’énorme colonne de vapeur et de cendre qui prenait la forme d’un champignon, avec des averses d’une matière noire et lourde, accompagnées d’éclairs et de tonnerre. »

Au plus fort de l’éruption de 1902, un «Grand Nuage Noir» a dévalé les pentes du volcan, balayant maisons et fermes, avant de se précipiter dans la mer. En même temps que la cendre brûlante, des pierres et des vapeurs sulfureuses s’abattirent sur des embarcations à bord desquelles des gens ramaient furieusement pour échapper à la catastrophe.

À l’est de Saint-Vincent, les ouvriers des plantations ont regardé avec étonnement le rideau noir qui descendait inexorablement vers eux, puis ils  se sont précipités à l’intérieur des maisons ou sont morts à l’extérieur. À Orange Hill, des dizaines de personnes se sont entassées dans une cave à rhum. On peut lire dans le Rapport: «Un homme était debout près de la porte et la tenait entrouverte pour laisser entrer tous ceux qui avaient fui les huttes du village. Ils étaient quarante dans la cave et tous ont été sauvés. Trente se trouvaient sur l’allée conduisant à la cave et ils ont tous été tués. Environ 1600 personnes sont mortes, mais ce cataclysme a été éclipsé par les éruptions bien pires de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902, sur l’île de la Martinique. Au moins 29 000 personnes ont perdu la vie. La plupart des victimes de Saint-Vincent se trouvaient dans la partie est de l’île, peut-être parce que les travailleurs dans les grandes plantations n’ont pas été en mesure de prendre d’eux-mêmes la décision de fuir.

Les explosions continues de La Soufrière ont entravé les efforts de réparation menés pendant des mois par les Britanniques. Les éruptions ont participé au déclin de l’industrie sucrière, mais d’autres produits ont pris la relève dans les deux années qui ont suivi. De nouvelles plantes comme le cacao, la muscade et le café, ont été introduites. Cela a permis des innovations agricoles.

Les nuages de cendres volcaniques, qui s’étaient déplacés jusqu’à la Barbade, à environ 180 kilomètres de distance, ont nourri le sol. L’impact de la cendre sur la végétation est dévastateur à court terme mais bénéfique à long terme.

La marine britannique a apporté son aide en 1902. Le navire américain Dixie a également apporté des secours, ainsi que des scientifiques et des correspondants de presse qui ont fait connaître l’événement. Dans un récit de l’éruption, le Boston Globe a parlé d’ « un bruit comme celui des énormes canons de la marine mondiale en action perpétuelle ».

Les éruptions de 1902 et 2021 sont peut-être à égalité en puissance et en intensité, mais il est difficile de vraiment les comparer car un lac profond occupait le cratère de La Soufrière en 1902. Le Rapport explique que lorsque le magma est entré en contact avec le lac, sa vaporisation a créé « une énorme énergie supplémentaire qui a généré des coulées pyroclastique très rapides et mortelles, dès le début de la crise éruptive. »

Daniel Defoe, l’auteur de Robinson Crusoé, est l’auteur présumé du récit d’une éruption explosive à La Soufrière en 1718, époque où les habitants autochtones contrôlaient effectivement l’île.

L’éruption de 1812 a tué des dizaines de personnes, la plupart des Noirs réduits à l’esclavage. Avant avril 2021, la dernière grande éruption a eu lieu à Pâques 1979. Elle a provoqué des évacuations en grand nombre, mais aucun décès.

Les habitants de St Vincent peuvent tirer des leçons de l’histoire éruptive de La Soufrière. Elle les aidera à se reconstruire. Contrairement à leurs ancêtres, ils sont tenus au courant de l’évolution de l’éruption et sont conseillés en permanence quant à la conduite à tenir.

Source: Yahoo News.

Dans son rapport du 18 avril 2021, l’UWI indique qu’une éruption explosive s’est produite ce même jour à La Soufrière à 16h49. Des retombées de cendres étaient attendues ans les parties sud et ouest de l’île. L’éruption n’est pas terminée. Cependant, il semble que les explosions deviennent moins puissantes, avec des intervalles plus longs entre elles.

L’éruption continue avec une activité sismique typique de la croissance et de la destruction des dômes de lave. L’essaim sismique avec des événements longue période et hybrides se poursuit sans changement notable. De petits séismes volcano-tectoniques sont encore enregistrés de temps en temps.

Les émissions de SO2 de La Soufrière, mesurées le long de la côte ouest, ont révélé une moyenne de 232 et 391 tonnes par jour les 17 et 18 avril.

La NEMO indique que 88 abris hébergeant 4042 personnes sont maintenant opérationnels, tandis que quelque 5398 autres sont hébergées dans des maisons particulières.

Au total, 1 459 familles ont été déplacées à ce jour par l’éruption.

Le niveau d’alerte pour La Soufrière reste ROUGE.

S’agissant des prévisions (elles n’ont pas été très bonnes jusqu’à présent!), le scientifique à la tête de l’UWI a déclaré le 20 avril que si le schéma sismique actuel se poursuit, une autre éruption explosive pourrait se produire dans les sept prochains jours. La sismicité laisse supposer que le volcan essaie de construire un dôme, mais il n’y arrive pas car une explosion survient qui détruit cette tentative de formation d’un dôme. Le scientifique a déclaré: «Nous prévoyons qu’à un certain moment [le volcan] entamera la construction d’un dôme ; cela peut arriver cette semaine, mais si ce n’est pas le cas, nous allons assister à une autre explosion».

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I have just read in the news an interesting article about the 1902 eruption of La Soufriere at St-Vincent-and-the-Grenadines. Although this eruption bears similarities with the 2021 event, there are also differences. An important one was that in 1902 there was a lake within the crater of La Soufriere, which turned the eruption into a powerful phreato-magmatic event.

On the morning of May 7th, 1902, a group of nervous fish sellers got very close to St Vincent’s La Soufrière. According to a Report on the eruptions of the Soufrière  in St Vincent, in 1902 describing their experience, “the top of the mountain was covered in mist, and the foremost of them followed the path up to the base of the summit cone. Some went up to quite near the rim of the crater, or possibly even to the actual edge. What they saw there was enough to dismay the stoutest hearts.″

However, the warnings of the fish sellers who experienced the volcano up close – the thick steam, the scorched vegetation, the sulphurous smell, the constant shaking – were at first dismissed. ″They were received with incredulity, and when they came to Georgetown they were scoffed at as fools and cowards.″

The names of the fish sellers are not included in the Report about what happened on St. Vincent, where a white minority dominated a population that included the descendants of Indigenous inhabitants and enslaved Africans.

Clouds and a poor line of sight to the volcano top from the sugar cane plantations and places like Georgetown on the eastern side of St. Vincent contributed to uncertainty about what was happening. “To the west, people had no doubt. They prepared to flee while watching an enormous column of vapour billow into a mushroom-shaped cloud, accompanied by showers of black, heavy material, and lightning and thunder.”

In the 1902 climax, a ″Great Black Cloud″ raced down the volcano’s slopes, swept over homes and farms and surged out to sea, raining scalding ash, stones and sulphurous fumes on boats of people rowing furiously away.

On the east of St. Vincent, plantation workers gazed in amazement as the implacable black curtain descended toward them, then rushed indoors or died in the open. At Orange Hill, dozens crammed into a rum cellar. One can read in the Report: ″One man stood by the door holding it ajar, to admit any who fled from the huts in the village. Forty were in the cellar, and all were saved. Thirty were in the passage leading into the cellar, and they were all killed.″

An estimated 1,600 people died, though that cataclysm was eclipsed by eruptions, the worst on May 8, at Mount Pelée on the island of Martinique. At least 29,000 people died there.

Most of St. Vincent’s casualties were in the east, possibly and partly because workers on large plantations were less able to make an independent decision to flee.

La Soufrière’s continuing explosions hampered British-led recovery efforts for months. The eruptions accelerated the decline of the sugar industry, but other commodities recovered within a year or two. New plants, including cacao, nutmeg and coffee, were introduced. Experimentation led to agricultural innovation.

The volcanic ash, which then and now spread as far as Barbados, about180 kilometers away, nourished the soil. The impact on vegetation is devastating in the short term but beneficial in the long term.

The British navy delivered aid in 1902. The USS Dixie also brought relief, along with scientists and newspaper correspondents. In an account of the eruption build-up, The Boston Globe reported ‘’a noise like the monster guns of the world’s navy in perpetual action. »

The 1902 and 2021 eruptions are possibly on a par in power and intensity, but it’s difficult to make a direct comparison because a deep crater lake existed at the time of the earlier one. When magma hit the lake, vaporization created “a huge additional extra energy and it generated pyroclastic density currents that were very fast-moving and deadly, early on in the eruptive sequence.”’

Daniel Defoe, author of ″Robinson Crusoe,″ is the purported writer of an account of an explosive eruption at La Soufrière in 1718, when Indigenous inhabitants effectively controlled the island. An 1812 eruption killed dozens, mostly enslaved Black people. Prior to April 2021, the last big eruption was during Easter 1979, causing mass evacuations but no deaths.

La Soufrière’s history could inform St. Vincent’s residents as they recover. In the meantime, unlike their ancestors, they are getting continual updates and guidance.

Source : Yahoo News.

In its report for April 18th, 2021, UWI indicates that an explosive eruption occurred on that same day at La Soufriere at 4:49 pm. Ashfall was expected at the south and west of the island. The eruption has not ended yet. However, it looks as if the explosions are getting less powerful, with longer intervals between them.

The volcano continues to erupt with a pattern of seismic activity typical of the growth and destruction of lava domes. The swarm of long-period and hybrid earthquakes continues in a stable way. Occasional small volcano-tectonic earthquakes are still recorded.

Measurements of SO2 at La Soufriere volcano along the west coast revealed an average  of 232 and 391 tons per day on April 17th  and 18th.

NEMO says 88 shelters with 4042 occupants are now operational, while some 5398 persons are being housed in private shelter. A total of 1,459 families have been displaced so far by the eruption.

The alert level for La Soufriere remains RED.

As far as predictions are concerned (they have not been very good so far !) the UWI lead scientist said on April 20th that if the current seismic pattern continues, another explosive eruption could occur within the next seven days. The seismic patterns suggest that the volcano is trying to grow a dome. However, it does not succeed due to an explosion that destroys that formation. The scientist said: “We expect at some point [the volcano] would grow a dome, it can happen this week, but if it does not, we are going to have another explosion”.

Représentation graphique du cratère de La Soufrière de St Vincent en 1837 par le Lieutenant J.H. Caddy (Source : Pennymead.com)

Effet dévastateur de l’éruption de la Soufrière en 1902

(Source : York Museums Trust)