Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): L’éruption en phase terminale? // Is the eruption coming to an end?

drapeau-francais12:00 (heure métropole): L’éruption débutée le 31 janvier 2017 se poursuit. Les images de la webcam du Piton de Bert confirment les observations faites par l’OVPF sur le terrain. Le cône éruptif  ne laisse échapper que petit panache de gaz et de rares projections. L’écoulement de lave s’effectue essentiellement en tunnel, avec de rares points de sortie au niveau des coulées.

Depuis quelques jours, le tremor éruptif montre une certaine irrégularité, avec des périodes faibles alternant avec des épisodes plus intenses. Aucune sismicité n’est enregistrée en ce moment sous le sommet du Piton de la Fournaise. Par contre, l’Observatoire indique que « l’inflation du volcan dans sa zone sommitale se poursuit. Une légère inflation à la base du cône, au fond de l’Enclos, est maintenant perceptible. En revanche à l’extérieur de l’Enclos, aucune déformation n’est actuellement observable. »

Cette inflation semble montrer que du magma continue de monter sous le Piton et que l’évacuation de la lave en surface connaît probablement quelques difficultés au niveau des conduits éruptifs. Il ne serait pas surprenant que l’on assiste à une intensification de l’éruption dans les prochains jours. Une autre possibilité est un arrêt momentané de l’éruption avec une reprise quelques jours plus tard. Le Piton de la Fournaise nous a déjà habitués à un tel scénario.

Ce n’est qu’une réflexion personnelle. Il est vraiment dommage que l’IPG et l’OVPF ne mettent pas en ligne les tracés sismiques, le tremor et le schéma d’inflation du volcan comme le fait le HVO pour le Kilauea à Hawaii. L’interprétation de la situation s’est trouverait grandement facilitée.

En attendant le niveau d’alerte est maintenu à 2-2 et l’accès à l’Enclos reste interdit.

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16h30 (heure métropole): La situation évolue très vite sur le Piton. Après avoir joué au yo-yo à plusieurs reprises, le tremor vient de chuter, peut-être définitivement, ce qui marquerait la fin de l’éruption actuelle. Toutefois, comme je l’ai écrit précédemment, il convient de se montrer prudent car la zone sommitale connaît une phase d’inflation et une reprise d’activité ne saurait être exclue.

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drapeau-anglais12:00 (Paris time): The eruption that started on January 31st, 2017 continues. The images shown by the Piton de Bert webcam confirm on-the-field observations made by OVPF. The eruptive cone releases only a small plume of gas and rare projections. Lava flows mainly in tunnels, with rare breakouts on the flow field.
Over the past days, the eruptive tremor has shown a certain irregularity, with weak periods alternating with more intense episodes. No seismicity is recorded at this time under the summit of Piton de la Fournaise. However, the Observatory indicates that « the inflation of the volcano in its summit area continues. A slight inflation at the base of the cone, at the bottom of the Enclos, is now perceptible. No deformation is currentlyobserved outside the Enclos.”

This inflation seems to show that magma continues keeps acending under the Piton and that the evacuation of this lava is probably confronted with some difficulties in the eruptive conduits. It would not be surprising to see an intensification of the eruption in the next few days. Another possibility is a momentary stoppage of the eruption with a new activity a few days later. The Piton de la Fournaise has already accustomed us to such a scenario.

These are only personal thoughts. It is a pity IPG and OVPF should not put on line the seismicity, the tremor and the inflation pattern of the volcano, just like HVO does it for Kilauea. The interpretation of the situation would be much easier.

Meanwhile the alert level is maintained at 2-2 and access to the Enclos remains prohibited.

16:30 (Paris time): The situation is changing very fast on the Piton. After having played yo-yo several times, the tremor has just dropped, perhaps definitively, which would mark the end of the current eruption. However, as I put it previously, caution is required as the summit area is experiencing an inflation phase and a new outbreak of activity should not be excluded.

piton-copie

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Evolution du tremor (Source: OVPF)

Des difficultés à venir pour les stations de ski // A dark future for winter sport resorts

drapeau-francaisSelon une nouvelle étude scientifique de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), il va neiger de moins en moins à cause du réchauffement climatique. Le phénomène aura des conséquences sur l’environnement et les stations de ski.

Les chercheurs de l’Institut expliquent que si aucun effort n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, on peut s’attendre à avoir à peu près 70% d’enneigement en moins à la fin du siècle. Cela signifierait que la saison de ski sur neige naturelle commencerait beaucoup plus tard et finirait beaucoup plus tôt, avec un recours plus grand à la neige artificielle. Un quart des stations de ski se trouvent en dessous de 1200 mètres d’altitude. Elles n’auraient sans doute plus d’enneigement permanent pendant l’hiver.

Le manque de neige dans les prochaines années aura non seulement un impact sur le tourisme hivernal, mais aussi des conséquences sur l’écologie. Il y aura des répercussions au niveau du lit des rivières et donc sur l’irrigation et la production électrique. En début de saison, la neige pourrait être remplacée par de la pluie.

L’étude du WSL indique que l’on observe actuellement un réchauffement global de 1°C, mais il y a une amplification dans les régions alpines où le réchauffement est de 1,8°C. Un réchauffement global de deux degrés serait équivalent à quatre degrés dans les Alpes. Ces deux degrés étaient déjà les objectifs discutés à la COP 15 de Copenhague en 2009. Reste à savoir s’il y a une volonté politique de les atteindre….

Les faits sont là : Dans les stations autour de 900 à 1300 mètres d’altitude, les fermetures anticipées se multiplient cet hiver. Ainsi, à la station familiale de Saint-Hilaire-du-Touvet, en Chartreuse, la totalité des pistes ont dû être fermées le 23 février. La station avait ouvert le 15 janvier et subsistait grâce aux enneigeurs et un important travail de la neige. Le problème, c’est que les températures sont trop douces pour permettre aux canons à neige de fonctionner.

Depuis plusieurs années, la tendance est au manque de neige en dessous de 2000 mètres d’altitude pour tous les massifs des Alpes du Nord, y compris en Suisse et en Italie. Selon Météo France, depuis 60 ans, les observations tendent à démontrer que le phénomène s’accroît et va de pair avec le réchauffement climatique. Certes, il peut y avoir des exceptions avec un hiver neigeux ici et là. Néanmoins, toutes les projections climatiques prédisent dès 2050 une baisse généralisée de l’enneigement, en particulier en moyenne montagne en dessous de 2000 mètres d’altitude, et ce, quel que soit le scénario d’évolution du climat envisagé.
Un prévisionniste de Météo France indique que les projections climatiques vont jusqu’en 2100 et, quelle que soit l’action que l’on prend aujourd’hui, les jeux sont faits pour les 33 années à venir. Les engagements que l’on prend aujourd’hui auront des effets pour après 2050. Si on agit aujourd’hui, on peut limiter la casse pour la fin du siècle.

Source : France Info.

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drapeau-anglaisAccording to a new scientific study by the Federal Institute for Research on Forest, Snow and Landscape (WSL), it will snow less and less because of global warming. The phenomenon will have consequences on the environment and the ski resorts.
The Institute’s researchers say that if no effort is made to reduce greenhouse gas emissions, we can expect to have about 70% less snow by the end of the century. This would mean that the ski season on natural snow would start much later and end up much earlier, with greater use of artificial snow. A quarter of the ski resorts are below 1,200 meters a.s.l. They would no longer have permanent natural snow during the winter.
The lack of snow in the coming years will not only have an impact on winter tourism, but also consequences on the environment. There will be repercussions on the beds of the rivers and thus on irrigation and electricity production. At the beginning of the season, the snow could be replaced by rain.
The WSL study indicates that global warming is currently observed at 1°C, but there is an increase in alpine regions where warming is 1.8°C. A global warming of two degrees would be equivalent to four degrees in the Alps. The two-degree increase was already the objective discussed at COP 15 of Copenhagen in 2009. It remains to be seen whether there is a political will to achieve it ….
The facts are there: In the ski resorts around 900 to 1300 meters a.s.l., the anticipated closings of ski resorts are more and more numerous this winter. For instance, at Saint-Hilaire-du-Touvet, in Chartreuse, all the ski runs had to be closed on 23 February. The resort opened on 15 January and survived thanks to the artificial snow and heavy snow work. The problem is that the temperatures are too high to allow the snow guns to work properly.
For several years now, there has been a tendency to a lack of snow below 2,000 meters a.s.l. for all the massifs of the Northern Alps, including Switzerland and Italy. According to Météo France, for 60 years, observations have shown that the phenomenon is increasing and goes hand in hand with global warming. Certainly, there may be exceptions with a snowy winter from tim to time. Nevertheless, all climate projections predict a widespread decrease in snow cover, especially in the mountains below 2,000 meters in 2050, whatever the climate change scenario.
A weather forecaster from Météo France says that climate projections go until 2100 and, whatever action we take today, no change will be observed during the next 33 years. The commitments made today will have effects after 2050. If we act today, we can limit the disaster by the end of the century.
Source: France Info.

Canons

Les canons à neige – comme ici au Mont Dore à 1500 mètres d’altitude – ne suffiront bientôt plus pour fournir la neige aux skieurs.

Fuego (Guatemala): L’éruption continue // The eruption continues

drapeau-francaisL’éruption du Fuego continue. Dans un nouveau bulletin spécial, l’INSIVUMEH indique que des explosions modérées à fortes génèrent des panaches de cendre qui montent à 4500-5000 mètres d’altitude avant d’être poussés par le vent sur une vingtaine de kilomètres, vers l’ENE le plus souvent. Des retombées de cendre sont observées dans les localités sous le vent et il se pourrait que Guatemala City soit affectée par le phénomène.

Trois coulées de lave dévalent les flancs du volcan dans les ravines Santa Teresa (sur une longueur de 1200 mètres), Ceniza (sur 1600 mètres) et Las Lajas (sur 1300 mètres). La source des coulées se trouve à environ 300 mètres sous le cratère.

Comme je l’indiquais précédemment, l’INSIVUMEH met en garde contre le risque de coulées pyroclastiques.

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drapeau-anglaisThe eruption of Fuego volcano continues. In a new special bulletin, INSIVUMEH indicates that moderate to strong explosions generate ash plumes that rise to 4500-5000 metres above sea level before being blown by the wind over 20 kilometers, mostly towards ENE. Ashfall is observed in downwind municipalities and Guatemala City might be affected by the phenomenon.
Three lava flows travel down the slopes of the volcano in the Santa Teresa (1200 meters long), Ceniza (1600 meters) and Las Lajas (1300 meters) drainages. The source of the flows is about 300 meters beneath the crater.
As I put it before, INSIVUMEH warns against the risk of pyroclastic flows.

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Image de la webcam INSIVUMEH montrant les coulées de lave.

 

Impact de l’éruption du Samalas (1257) revu à la baisse // Impact of the 1257 Samalas eruption downgraded

drapeau-francaisDans plusieurs notes publiées le 12 juin et le 12 août 2012, et le 2 octobre 2013, j’ai expliqué que le mystère de la plus grande éruption volcanique des 3 700 dernières années avait peut-être été résolu. L’origine de cet événement qui avait envoyé de la cendre partout dans le monde est longtemps restée inconnue, jusqu’en 2003 quand une équipe de chercheurs conduite par le Français Franck Lavigne (que je salue ici) l’a localisée sur le volcan Samalas, sur l’île de Lombok en Indonésie. Les chercheurs ont situé l’éruption entre mai et octobre 1257. Les résultats ont été publiés dans The Proceedings of the NationalAcademy of Sciences  Une théorie très répandue en climatologie sur l’impact de l’éruption du Samalas prétend que cet événement a pu causer une vague de froid anormale (l’année suivante est souvent décrite comme étant comme « l’année sans été « ), avec des récoltes détruites, la famine et des soulèvements de populations en Europe après 1257.
En janvier 2017, un article intitulé «Conséquences climatiques de l’éruption volcanique du Samalas en 1257» a été publié dans la revue scientifique britannique Nature Geoscience. L’équipe de rédaction comprenait des scientifiques de Suisse, de Russie, de France, de Grande-Bretagne, des États-Unis, de Chine et du Canada.
L’article rappelle que dans le monde scientifique, l’hypothèse la plus répandue est que l’éruption du Samalas en 1257 a été la cause du Petit Age Glaciaire et d’une crise sociale de plus d’un siècle en Europe. En s’appuyant  sur l’analyse de sources fiables, la dernière publication réfute cette hypothèse. L’équipe internationale de scientifiques base ses affirmations sur les archives de plusieurs villes européennes (Speyer, Worms, entre autres) et de Sibérie ; elle prend aussi en compte des documents concernant les récoltes, ainsi que des données climatiques révélées par les cernes sur les troncs d’arbres. L’analyse de ces données a révélé que l’impact de l’éruption du Samalas sur le climat européen et le fort refroidissement qui a suivi l’année 1257 ont été grandement exagérés du fait de l’hétérogénéité du changement climatique en fonction des sites de répartition des retombées de cendre. Selon un chercheur russe, l’Europe occidentale, la Sibérie et le Japon ont connu le plus fort refroidissement, alors que dans le même temps on observait des conditions plus chaudes que la normale en Alaska et dans le Nord du Canada. Les chercheurs pensent qu’en Amérique du Nord, les effets de l’éruption ont été tempérés par l’influence du phénomène El Niño. Les données historiques confirment une grave famine en Angleterre et au Japon, mais elle avait déjà commencé avant l’éruption. L’équipe scientifique est persuadée que l’éruption du Samalas n’a fait qu’aggraver une crise existante, sans en être la cause.
Source: Université Fédérale de Sibérie.

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drapeau-anglaisIn several posts released on June 12th and August 12th 2012, and October 2nd 2013, I explained that the mystery of the largest volcanic eruption in the last 3,700 years had perhaps been solved. The source of this eruption that scattered ash all around the globe was pinpointed as Samalas volcano on Indonesia’s Lombok Island. A research team, led by French researcher Franck Lavigne dated the event to between May and October 1257. The findings were published the Proceedings of the NationalAcademy of Sciences.

One of the existing scientific theories in climatology over the impact of the eruption of Samalas volcano on global climatic conditions in the 13th century says that this event may be the cause of the abnormal cold weather (chronicles describe the following year as the « year without a summer »), widespread crop failure, famine, and social upheavals in Europe after 1257.

In January 2017 a paper under the title « Climate response to the Samalas volcanic eruption in 1257 » was published in the British scientific journal Nature Geoscience. The international writing team includes scientists from Switzerland, Russia, France, Britain, the United States, China and Canada.

In the scientific world, the leading hypothesis is that the eruption of the volcano Samalas in 1257 was the cause of the Little Ice Age, and more than a hundred years of social crisis in Europe. Based on the analysis of reliable sources the paper refutes this hypothesis. The international team of scientists base their studies on the chronicles of European cities (Speyer, Worms and others) and Siberia, chronicles of harvests and climate data of the annual rings of trees. During the interdisciplinary analysis of data sources, it was found that the impact of the eruption of Samalas volcano on the European climate and the severe cooling after 1257 was greatly exaggerated as the heterogeneity of climate change occurs in the places of distribution of volcanic sediments. According to a Russian researcher, Western Europe, Siberia and Japan experienced the strongest cooling, which coincided with warmer than normal conditions in Alaska and Northern Canada. It is assumed that in North America volcanic radiation was modeled on the positive vibrations of the warm phase of the El Niño. Historical data confirm a severe famine in England and Japan, but it had started before the eruption. The scientific team believes that the eruption of Samalas only aggravated an existing crisis but it was not the cause.

Source: Siberian Federal University.

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Caldeira de Segara Anak (Fils de la Mer) créée par l’éruption de 1257.

(Source : Wikipedia)