La pollution des navires de croisière // The pollution of cruise ships

Dans un article qui vient de paraître dans la presse locale, l’Islande se demande si elle va devenir la première destination des navires de croisière en 2019. A mon avis, le pays ne devrait pas se réjouir trop vite quand on sait à quel point ces navires polluent l’air que nous respirons. Les passagers de ces paquebots pensent souvent respirer un air marin frais et pur, mais ils inhalent en réalité une grande quantité de particules très fines.

Le niveau de pollution sur le pont de certains bateaux est parfois pire que celui des mégalopoles les plus polluées du monde. Un seul paquebot peut émettre autant de particules qu’un million de voitures. Des études ont montré que trente bateaux de croisières produisent autant de pollution que toutes les voitures en service au Royaume-Uni.

A l’aide d’un outil de mesure de la pollution placé sur un navire pouvant transporter plus de 2000 passagers, on a pu déterminer que le volume de particules fines sur le pont du bateau s’élevait à 84 000 par cm³. Ces mêmes mesures ont établi que le taux de particules fines atteignait les 144 000 par cm³ près des cheminées, avec un pic à 226 000 ! Cela correspond aux volumes relevés dans les villes les plus polluées du monde comme Shanghai ou New Delhi. Une exposition de courte durée peut causer des problèmes respiratoires, notamment chez les personnes asthmatiques ou celles souffrant de maladies cardiovasculaires.

En Europe, la pollution de l’air du transport maritime est responsable de 50 000 à 60 000 morts par an, soit l’équivalent de la totalité des habitants de Valence, Troyes ou encore de la ville de Chambéry. On est donc bien loin de l’image de transport propre véhiculée par les armateurs. En France, aucune mesure visant cette pollution n’est rendue publique.

Le terme « particules ultra-fines » englobe l’ensemble des composants solides de taille microscopique transportés par l’air. Elles mesurent moins de 100 nanomètres soit 0,01 microns ou encore 0.0001 millimètres. C’est environ la largeur d’un cheveu découpée en mille. Et plus la taille de ces particules est petite, plus elles s’infiltrent profondément dans les organismes et sont donc susceptibles de causer d’importants troubles de la santé.

Le lien entre les gaz d’échappement des cargos et plusieurs maladies cardiovasculaires et respiratoires a été établi par les recherches de l’université de Rostock et le centre de recherche sur l’environnement allemand Helmholzzentrum Munich.

La raison majeure pour laquelle les navires polluent autant est l’utilisation du fuel lourd comme carburant. Même à quai, le transport maritime brûle ce déchet non raffiné, particulièrement polluant, afin d’alimenter en énergie les navires. Les systèmes d’alimentation électrique à quai permettraient d’éteindre leurs moteurs auxiliaires et ainsi d’utiliser le réseau électrique auquel le port est raccordé. Seuls les navires adaptés peuvent utiliser un tel système, qui est actuellement très peu répandu dans le monde.

Pour répondre aux exigences de réduction des pollutions, le gaz naturel liquéfié est une alternative intéressante. Sa combustion réduit de 100% les émissions d’oxydes de soufre et des particules fines, de 80% des oxydes d’azote et de 20% du CO2 par rapport au fuel lourd traditionnel. Aujourd’hui, c’est le carburant carboné le plus efficace d’un point de vue environnemental. Certains armateurs ont déjà équipé leurs navires, un choix qui devrait être pérennisé et généralisé.

De nombreuses études suggèrent qu’une réduction de plus de 90% des émissions d’oxydes de soufre serait possible grâce à l’utilisation d’épurateurs. Ce procédé neutralise une grande part des pollutions des gaz d’échappement à l’aide d’un fluide qui absorbe des oxydes de soufre. Les déchets produits sont stockés à bord et ensuite débarqués dans une installation de réception à terre. Cette mesure permettrait ainsi de mieux préserver les poumons des croisiéristes, du personnel de bord mais aussi des riverains et travailleurs du port.

Source : Presse environnementale britannique et française.

———————————————-

In an article that has just appeared in the local press, Iceland is wondering whether it will become the first destination of cruise ships in 2019. In my opinion, the country should not rejoice too quickly when we know how much these ships pollute the air we breathe. The passengers of these ships often think they breathe pure sea air, but they actually inhale a large amount of very fine particles.
The level of pollution on the deck of some boats is sometimes worse than that of the most polluted megacities in the world. A single ship can emit as many particles as a million cars. Studies have shown that thirty cruise ships produce as much pollution as all cars in service in the UK.
Using a pollution measurement tool placed on a vessel capable of carrying more than 2,000 passengers, it was determined that the volume of fines on the deck of the vessel was 84,000 per cm³. These same measurements established that the fine particle rate reached 144,000 per cm³ near the funnels, with a peak at 226,000! This corresponds to the volumes found in the most polluted cities of the world, such as Shanghai or New Delhi. Short-term exposure can cause respiratory problems, especially in people with asthma or those with cardiovascular disease.
In Europe, shipping air pollution is responsible for 50,000 to 60,000 deaths per year, the equivalent of the total population of Valence, Troyes or the city of Chambéry. We are therefore far from the image of clean transport conveyed by ship owners. In France, no measure of this pollution is made public.
The term « ultra-fine particles » encompasses all microscopically sized solid components transported by air. They measure less than 100 nanometres, ie 0.01 microns or even 0.0001 millimetres. It’s about the width of your hair cut in a thousand parts. And the smaller the size of these particles, the deeper they get into organisms and are therefore likely to cause major health problems.
The link between cargos exhaust and several cardiovascular and respiratory diseases has been established by research from the University of Rostock and the German Environmental Research Center Helmholzentrum Munich.
The major reason why ships pollute so much is the use of heavy fuel oil. Even at the quayside, maritime transport burns this unrefined waste in order to supply energy to the ships. Shore power systems would shut down their auxiliary engines and thus utilize the power grid to which the port is connected. Only adapted ships can use such a system, which is currently very little developed in the world.
To meet the requirements of pollution reduction, liquefied natural gas is an interesting alternative. Its combustion reduces emissions of sulphur oxides and fine particles by 100%, 80% of nitrogen oxides and 20% of CO2 compared to traditional heavy fuel oil. Today, it is the most environmentally efficient carbon fuel. Some ship owners have already equipped their vessels, a choice that should be sustained and generalized.
Many studies suggest that a reduction of more than 90% in sulphur oxide emissions would be possible through the use of filters. This process neutralizes much of the pollution of the exhaust gas with a fluid that absorbs sulphur oxides. The waste produced is stored on board and then landed in a shore facility. This measure would thus better preserve the lungs of cruise passengers, shipboard staff, but also residents and workers of the port.
Source: British and French environmental press.

Navire de croisière à quai dans le port de Juneau (Alaska) [Photo : C. Grandpey]

Une taxe touristique environnementale à Bali (Indonesie) // An environmental tax on tourists in Bali

L’administration balinaise vient de publier un arrêté qui impose aux touristes étrangers une taxe de 10 dollars destinée à la protection de l’environnement et la préservation de la culture.
Bali a accueilli 5,7 millions de touristes étrangers en 2017, en provenance, pour la plupart, de Chine et d’Australie. Ce nombre devrait dépasser 6 millions en 2018.
Bali lutte contre le volume de plus en plus important de déchets plastiques qui envahi ses plages et ses eaux. L’Agence pour la protection de l’environnement a constaté que l’île de Bali produisait 3 800 tonnes de déchets par jour, dont 60% seulement se retrouvaient dans des décharges. Les déchets plastiques sont devenus si insupportables que l’administration a interdit les sacs  plastique à usage unique, la mousse de polystyrène et les pailles. Le nouvel arrêté devrait entraîner d’ici un an une diminution de 70% des déchets plastiques à Bali d’ici un an.
Bali n’est pas la seule destination touristique à avoir imposé une taxe aux voyageurs. Cette année, le Japon a également commencé à percevoir une taxe, connue sous le nom de taxe sayonara, de 1 000 yen (9,10 dollars), dont doivent s’acquitter les voyageurs japonais et étrangers qui quittent le pays par avion ou par bateau.
À Bali, la taxe ne sera imposée qu’aux touristes étrangers et non aux touristes indonésiens. En effet, la plupart des étrangers viennent à Bali pour les vacances, tandis que les touristes locaux ne font que rendre visite à leur famille, organisent des réunions ou assistent aux événements de leurs propres institutions.
Les autorités balinaises discutent actuellement de la meilleure façon de percevoir la taxe. Elle pourrait être incluse dans le billet d’avion ou collectée à des guichets spéciaux à l’aéroport. La première option semble plus réalisable avec la collaboration des compagnies aériennes.
Ce projet de taxe touristique sur les étrangers est soutenu par les autorités locales qui ne craignent pas que la taxe dissuade les touristes. Cependant, s’il n’y a pas de véritable programme de mise en œuvre de la taxe, les touristes risquent d’être déçus et cela pourrait entraîner une diminution des arrivées. Une étude réalisée en 2015 par des universitaires a révélé que 60% des touristes étrangers étaient disposés à payer une taxe pour la conservation de la nature et de la culture.
Source: The Jakarta Post.
Je ne serais pas surpris que le gouvernement français impose un jour une taxe semblable aux touristes étrangers. En effet, les gouvernements français, qu’ils soient de gauche ou de droite, adorent les taxes et les impôts. Cependant, je ne suis pas sûr que tout l’argent ainsi collecté sera destiné à l’environnement. Il y a quelques semaines, nous avons eu l’exemple des taxes sur les carburants, dont une partie devait être utilisée dans d’autres secteurs que la protection de la nature!

————————————————

The Bali administration has drafted a bylaw that will impose a 10-dollar levy on foreign tourists for the environment and cultural preservation.

Bali welcomed 5.7 million foreign tourists in 2017, most of whom came from China and Australia. The number was expected to exceed 6 million in 2018.

Bali is battling against the growing volume of plastic waste that has polluted its beaches and waters. The Bali Environment Agency has recorded that the island produces 3,800 tons of waste every day, with only 60 percent ending up in landfill. Plastic waste has become so unbearable that the administration banned single-use plastics like shopping bags, styrofoam and straws. The ban is expected to result in a 70 percent decline in plastic found in Bali’s marine environment within a year.

Bali is not the only tourist destination to have imposed a tax on travellers. This year, Japan also started collecting a departure tax, known as the sayonara tax, of 1,000 yen (9.10 dollars) which applies to both Japanese and foreign travellers leaving the country by plane or ship.

In Bali, the tax will be imposed only on foreign tourists, not domestic tourists. Indeed, most foreigners come to Bali for a holiday, local tourists only come to visit their family, have meetings or for their institution’s events.

The Bali legislature is deliberating how the tax will be collected. It might be included in the airline ticket or collected at special counters at the airport. The first option is seen as more feasible with the help of airlines.

The plan on the foreign tourist levy is supported by local leaders who are not worried that the levy will deter tourists. However, if there is no real program following the implementation of the tax, tourists may feel disappointed and it might lead to a decrease in tourist arrivals. A 2015 study by university researchers found that 60 percent of foreign tourists were willing to pay for the conservation of nature and culture.

Source: The Jakarta Post.

I would not be surprised if the French government some day imposed a similar tax on foreign tourists. Indeed, French governments, whether left or right, are fond of taxes. However, I am not sure that the money collected would all go to the environment. A few weeks ago, we had the example of taxes on fuel, part of which was to be used somewhere else!

Exemple de pollution plastique sur les rivages balinais (Source: presse indonésienne)

Saint-Kitts-et-Nevis rétrécit // Saint Kitts and Nevis is shrinking

Saint-Kitts-et-Nevis, aussi connu sous l’appellation Fédération de Saint-Christophe-et-Niévès, est un État des Petites Antilles. Il présente une superficie de 261 km2. Il possède un strato-volcan volcan, le Mount Liamuiga, anciennement Mount Misery, dans la partie ouest de Saint Kitts qu’il domine de ses 1156 mètres. Les dernières éruptions datent d’environ 1 800 ans. Les éruptions de 1692 et 1843 sont considérées comme incertaines.

Avec le réchauffement climatique et la hausse du niveau des océans, Saint-Kitts-et-Nevis a perdu plus du quart de sa superficie. Selon la Banque Mondiale, il figure en tête de liste des 37 pays ayant perdu le plus de terres en raison de l’élévation du niveau de la mer et de l’érosion, entre 1961 et 2017. Le Forum Economique Mondial vient de publier un rapport indiquant que la Fédération a rétréci de 90 km2 : « Depuis 1961, l’île jumelle de Saint-Kitts-et-Nevis a diminué de plus de 25%. Le pays est relativement exposé géographiquement, ce qui a pour conséquence qu’il est plus fortement touché par les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les ouragans et les grosses tempêtes, comme Luis (1995), Georges (1998) et Lenny (1999) qui se sont abattus sur l’île ces dernières années. […] Non seulement cela affecte les économies qui vivent d’un tourisme de vastes plages de sable blanc, mais l’érosion des plages menace également les propriétés et les infrastructures côtières telles que les routes et les bâtiments. »

Source : France Antilles.

———————————————-

St. Kitts and Nevis is a state of the Lesser Antilles. It has an area of ​​261 square kilometres. There is a stratovolcano volcano, Mount Liamuiga, formerly Mount Misery (1156 m), in the western part of Saint Kitts. The last eruptions are about 1800 years old. The eruptions of 1692 and 1843 are considered uncertain.
With global warming and rising sea levels, St. Kitts and Nevis has lost more than a quarter of its area. According to the World Bank, it is at the top of the list of the 37 countries that lost the most land due to sea level rise and erosion between 1961 and 2017. The World Economic Forum has just published a report indicating that the Federation has shrunk by 90 square kilometres: « Since 1961, the twin island of St. Kitts and Nevis has declined by more than 25 per cent. The country is relatively geographically exposed; as a result, it is more strongly affected by extreme weather events such as hurricanes and large storms, such as Luis (1995), Georges (1998) and Lenny (1999) which have hit the island in recent years. […] Not only does this affect economies that live off tourism with vast white sand beaches, but beach erosion also threatens coastal properties and infrastructure such as roads and buildings. »
Source: France Antilles.

St Kitts et Nevis se trouve à l’extrémité nord de l’arc antillais (Source: Google maps)

Sale coup pour la planète ! // A dirty blow for the planet !

C’était prévisible, mais c’est fort regrettable. A quelques jours du début de la COP 24 à Katowice (Pologne), le Brésil vient d’annoncer qu’il renonçait à accueillir la COP25 qui devait avoir lieu du 11 au 22 novembre 2019. Le Brésil était le seul candidat pour organiser l’événement.

On sait que le président élu d’extrême droite Jair Bolsonaro, a des positions controversées sur l’environnement. Selon le ministère des Affaires Etrangères brésilien, cette décision a été prise « en raison de restrictions budgétaires et du processus de transition avec la nouvelle administration qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2019. »

Jair Bolsonaro a déclaré la guerre au développement durable à maintes reprises. Il a notamment nommé à la tête de la diplomatie brésilienne Ernesto Araujo, fervent admirateur de Donald Trump. Le président élu a laissé entendre qu’il pourrait, sous certaines conditions, faire sortir le Brésil de l’accord de Paris sur le climat, alors que son pays détient 60% de la surface de l’Amazonie, « poumon de la planète ».

———————————————-

It was predictable, but it is a pity!. A few days before the start of COP 24 in Katowice (Poland), Brazil has just announced that it has renounced to host the COP25 which was to take place from 11 to 22 November 2019. Brazil was the only candidate to organize the event.
Right-wing President-elect Jair Bolsonaro is known to have controversial positions on the environment. According to the Brazilian Foreign Ministry, this decision was made « due to budget restrictions and the transition process with the new administration taking office on January 1st, 2019. »
Jair Bolsonaro has declared war on sustainable development many times. In particular, he has appointed Ernesto Araujo, a fervent admirer of Donald Trump, as head of the Brazilian diplomacy. The new president has hinted that he could, under certain conditions, bring Brazil out of the Paris climate agreement, while his country holds 60% of the surface of the Amazon, « the lung of the planet » .

Les voitures électriques sont-elles écologiques? (2) // Are electric cars environment-friendly? (2)

Dans ma note du 21 novembre, je mettais l’accent sur les problèmes environnementaux posés par l’extraction du lithium, l’un des composants essentiels des batteries de véhicules électriques.

Au vu des problèmes environnementaux qu’elle occasionne, on peut se demander si  la voiture électrique est réellement le moyen idéal de faire la transition vers un transport écologique. Est-elle toujours plus écologique qu’une voiture thermique essence ou diesel ?

On reproche souvent au diesel d’émettre des particules fines. Comme elle n’utilise pas d’énergie fossile, on pourrait penser que la voiture électrique n’en produit pas. Ce type de raisonnement est en partie erroné. En effet, une bonne partie des particules fines émises par les voitures ne l’est pas par le moteur, mais par l’abrasion des pneus, de la route et des plaquettes de frein. Donc, même avec un véhicule électrique, il y aura toujours la présence de particules fines à cause du roulage, des frottements sur la route et du freinage.

Une autre idée fausse concerne l’électricité utilisée pour faire fonctionner ces voitures. En effet, pour produire de l’électricité on utilise différentes sources d’énergie qui diffèrent d’un pays à l’autre. Par exemple, en France, l’énergie nucléaire est majoritaire. 69% de l’électricité est produite par les centrales, mais elle est également générée par le gaz (8%), le charbon (2%) et le fioul (1%). La France importe aussi une partie de son électricité de pays voisins comme l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, et une partie de cette électricité importée est produite à partir d’énergies fossiles. Par exemple, l’électricité achetée en Allemagne est largement produite à partir du charbon. On consomme donc de l’électricité provenant indirectement des énergies fossiles. Aux Etats-Unis, où 40% de l’électricité est produite à partir du charbon, l’utilisation des voitures électriques reste donc polluante. En résumé, dans tous les pays qui n’ont pas mis en place une vraie transition énergétique vers des énergies non-fossiles, rouler en voiture électrique revient à rouler au charbon au lieu de rouler au pétrole. En France, rouler avec un véhicule électrique permet de réduire nos émissions de CO2. En revanche, comme notre électricité est produite à partir du nucléaire, nous produisons des déchets radioactifs.

L’autre gros problème des voitures électriques est qu’elles sont plus complexes à produire que les voitures à moteurs à combustion. Ainsi, lorsqu’une voiture électrique sort de l’usine, elle a beaucoup plus contribué à la pollution globale qu’une voiture conventionnelle. C’est notamment dû à la production de la batterie et au développement de composés électroniques complexes du moteur.

Je ne reviendrai pas sur les problèmes liés à l’extraction du lithium à laquelle il faudrait ajouter la question des réserves de lithium disponibles. Sommes-nous certains d’avoir suffisamment de lithium sur notre planète pour assurer la transition énergétique ? Le recyclage des batteries pose également problème car il est relativement coûteux en énergie et en termes d’impacts environnementaux.

Au final, on estime que la fabrication d’un véhicule électrique serait en moyenne 5 fois plus polluante que la fabrication d’un véhicule conventionnel. Il faut toutefois noter qu’en théorie cet écart se réduit au fur et à mesure que l’on utilise le véhicule. En effet, puisque l’utilisation d’un véhicule électrique est moins polluante, plus on l’utilise, plus on rentabilise la pollution initiale. Des chercheurs ont calculé qu’avec une utilisation longue, sur au moins 200 000 km, le véhicule électrique aura un impact 27 à 29% plus positif sur le réchauffement climatique par rapport aux véhicules essence. Si le véhicule est utilisé sur 100 000 km, cet impact tombera à 9 à 14%.  .

En résumé, la problématique de l’impact écologique des véhicules électriques est extrêmement complexe. Elle dépend des pays et de leur production énergétique, ainsi que de l’utilisation des véhicules. Elle dépend donc aussi des choix énergétiques et des évolutions technologiques qui auront lieu dans le futur. Ainsi, les technologies des batteries évoluent rapidement et leur production deviendra de plus en plus facile, ce qui pourrait améliorer l’impact des véhicules électriques dans le futur.

Source : Différents articles dans la presse nationale et internationale.

————————————————-

In my note of November 21st, I shed light on the environmental issues raised by the extraction of lithium, one of the essential components in the batteries of  electric vehicles.
In view of the environmental problems it causes, one may wonder if the electric car is the ideal solution to make the transition to an ecological transport. Is it really more environmentally friendly than a petrol or diesel fuel car?
Diesel is often criticized for emitting fine particles. Since it does not use fossil energy, one might think that the electric car does not produce them. This type of reasoning is partly wrong. Indeed, a good part of the fine particles emitted by cars is not by the engine, but by the abrasion of the tires, the road and the brake pads. So, even with an electric vehicle, there will always be fine particles because of rolling, friction on the road and braking.
Another misconception concerns the electricity used to run these cars. Indeed, to produce electricity we use different energy sources that differ from one country to another. For example, in France, priority has been given to nuclear energy. 69% of our electricity is generated by nukes, but it is also generated by gas (8%), coal (2%) and fuel oil (1%). France also imports some of its electricity from neighbouring countries such as Germany, Switzerland and Italy, and some of this imported electricity is produced from fossil fuels. For example, electricity purchased in Germany is largely produced from coal. We therefore consume electricity indirectly from fossil fuels. In the United States, where 40% of electricity is produced from coal, the use of electric cars is polluting. To put it in a nutshell, in all countries that have not implemented a real energy transition to non-fossil energies, driving an electric car is like driving with coal instead of driving with oil. In France, driving with an electric vehicle reduces our CO2 emissions. On the other hand, since our electricity is produced from nuclear power, we have to deal with radioactive waste.
The other big problem with electric cars is that they are more complex to produce than conventional cars. Thus, when an electric car leaves the factory, it has contributed much more to global pollution than a conventional car. This is due in particular to the production of the battery and the development of complex electronic compounds in the engine.
I will not come back to the problems of lithium extraction, to which should be added the question of the availability of lithium reserves. Are we sure we will have enough lithium on our planet to make the energy transition? Battery recycling is also a problem because it is relatively expensive in terms of energy and environmental impacts.
In the end, it has been estimated that the manufacture of an electric vehicle would be on average 5 times more polluting than the manufacture of a conventional vehicle. It should be noted however that in theory this difference is reduced as and when the vehicle is used. Indeed, since the use of an electric vehicle is less polluting, the more we use it, the more we reduce the initial pollution. Researchers have calculated that with long-term use – at least 200,000 km – the electric vehicle will have a 27 to 29% more positive impact on global warming compared to petrol vehicles. If the vehicle is used on 100,000 km, this impact will fall to 9 to 14%. .
In summary, the problem of the environmental impact of electric vehicles is extremely complex. It depends on the countries and their energy production, as well as the use of the vehicles. It also depends on energy choices and technological developments that will take place in the future. Thus, battery technologies are evolving rapidly and their production will become easier and easier, which could improve the impact of electric vehicles in the future.
Source: Various articles in the national and international press.

Les bornes de recharge pour voitures électriques remplaceront-elles un jour les pompes à essence? (Crédit photo : Wikipedia)

Les voitures électriques sont-elles écologiques? (1) // Are electric cars environment-friendly? (1)

Depuis plusieurs années, nos gouvernements encouragent le développement des voitures électriques censées réduire les émissions de gaz à effet de serre, le gaz carbonique en particulier. Toutefois, à y regarder de plus près, il n’est pas certain que les véhicules électriques soient aussi écologiques qu’on veut bien nous le faire croire. Ils tirent leur électricité de batteries au lithium, au même titre que les smartphones (pardon, téléphones intelligents) et autres tablettes. Sans oublier les propriétés pharmaceutiques du lithium, récemment utilisé également dans l’aéronautique.

Le lithium ne se trouve pas partout dans le monde. En France, nous n’en avons pas ; il faut donc aller le chercher ailleurs. C’est en Amérique du Sud et en Australie que se trouvent les réserves les plus importantes de ce précieux minerai. Etant donnée l’importance de la demande, on va forcément assister à une intensification minière qui aura des conséquences environnementales et sociales, sur fond de corruption et de conflits d’intérêts.

Les salars de Bolivie et d’Argentine sont les plus menacés. Il y a quelques jours, j’attirais l’attention des visiteurs de mon blog sur le salar d’Uyuni en Bolivie dont la splendeur risque fort d’être ruinée à court terme par l’exploitation du lithium qui a déjà commencé discrètement sur le site.

En Argentine, l’extraction de cet « or blanc » a commencé il y a environ cinq ans et elle passe aujourd’hui à l’étape supérieure. Le passage à une production à l’échelle industrielle ne sera pas sans conséquences sociales et environnementales.

Selon l’étude du cabinet américain McKinsey, la production de voitures électriques devrait dépasser celle des véhicules à moteur thermique dès 2030. Nul doute que la production de lithium va monter en flèche. Tous les regards sont tournés vers le triangle ABC – Argentine, Bolivie et Chili – où se trouvent près de 85 % des réserves mondiales du minéral. Chaque multinationale entend bien s’offrir une part du gâteau et l’Argentine est en train de rapidement rattraper son retard sur ses deux voisins.

Contrairement à la Bolivie, l’Argentine a largement ouvert ses portes aux compagnies étrangères. Dotées de technologies de pointe, celles-ci délaissent progressivement le sous-sol chilien pour la pureté du lithium argentin. Les Japonais, Australiens, Français, Sud-coréens, Canadiens, Américains, Polonais, Allemands et bientôt Turcs ou Indiens ont déjà planté des jalons dans le pays. Cette arrivée massive modifie de façon profonde l’environnement local. Par exemple, à Olaroz, l’exploitation du lithium occupera dix-huit mille hectares pendant quarante ans, le tout pour un investissement de plus de 230 millions de dollars. L’objectif est de produire 17 500 tonnes de lithium par an.

L’extraction du lithium demande des installations lourdes. Pour atteindre le tonnage que je viens de mentionner, il a fallu creuser vingt-trois puits de deux cents mètres de profondeur à dix kilomètres du site. Une fois pompées, les saumures – riches en lithium – sont acheminées vers de grands bassins d’évaporation de la taille de 700 terrains de football. Ils permettront de révéler le lithium qui sera transporté vers l’usine pour le transformer en carbonate de lithium, afin d’être exporté.

Les exploitants des mines de lithium font remarquer que le processus d’extraction est écologique car il utilise l’énergie solaire et éolienne, ce qui est très différent de l’activité minière traditionnelle, connue pour sa pollution. Ce progrès environnemental est confirmé par la société française ERAMET qui exploite un salar à Salta. Selon ses responsables, l’entreprise « évalue le potentiel économique » du gisement et étudie « un procédé innovant pour l’extraction du lithium dont l’empreinte environnementale est sensiblement réduite en comparaison des procédés conventionnels, du fait de la diminution très significative des surfaces d’évaporation nécessaires.»

Malgré tout, si l’industrie du lithium se révèle un peu moins destructrice que d’autres activités minières comme le plomb, le zinc ou l’étain, son problème réside dans la faiblesse d’un code minier national. Sans mesures d’encadrement de l’extraction du lithium, on va droit vers un désastre écologique. Vigognes, flamants roses, lamas, souris mais aussi bactéries extrêmophiles sont directement menacés. Le processus d’exploitation du lithium demande beaucoup d’eau et il y a un fort risque de sécheresse dans une région où la situation s’avère déjà tendue. En moyenne, on a besoin de dix litres d’eau par seconde pour tenir les cadences de production fixées par les investisseurs. Il est facile d’imaginer la situation si tous les pays mentionnés ci-dessus viennent exploiter le lithium d’Amérique du Sud.

Les communautés autochtones de la région sont déjà les premières victimes collatérales. Suite aux différents pompages, l’eau de la région se trouve partiellement salinisée. C’est un drame pour ces populations qui dépendent de l’agriculture et de la culture du sel. C’est tout un mode de vie qui est menacé. Les salars représentent également un lieu sacré, la Pachamama, que les habitants honorent chaque année au mois d’août.

Plusieurs actions en justice ont été portées par la population locale afin de stopper ces projets, mais c’est le pot de terre contre le pot de fer. Malgré une poignée de batailles gagnées, aucune jurisprudence n’existe à ce sujet. Les mouvements contestataires se sont rapidement disloqués à l’annonce des promesses de créations d’emplois, mais au final, seulement une centaine de personnes seront employées sur chaque site, avec une minorité provenant de la région.

La corruption orchestrée par les autorités locales achève de noircir le tableau. Une voiture, un réfrigérateur ou une simple caisse de bière offerte à la population suffisent à convaincre les habitants du bien-fondé des projets…

Source : Presse nationale (ReporTerre, par exemple) et internationale.

——————————————-

For several years, our governments have been promoting the development of electric cars that are supposed to reduce greenhouse gas emissions, particularly carbon dioxide. However, on closer inspection, it is not certain that electric vehicles are as ecological as we would like to believe. They draw their electricity from lithium batteries, just like smartphones and tablets. Not to mention the pharmaceutical properties of lithium, recently also used in aeronautics.
Lithium is not found everywhere in the world. In France, we do not have it; so we have to look for it elsewhere. It is in South America and Australia that the most important reserves of this valuable mineral are found. Given the importance of demand, we will inevitably witness an intensification of mining that will have environmental and social consequences, with a background of corruption and conflicts of interest.
Salars of Bolivia and Argentina are the most threatened. A few days ago, I drew the attention of visitors to my blog about the salar of Uyuni in Bolivia whose splendor is likely to be ruined in the short term by the exploitation of lithium which has already begun discreetly on the site.
In Argentina, the extraction of this « white gold » began about five years ago and is now moving to the next level. The transition to industrial scale production will not be without social and environmental consequences.
According to a study by the US firm McKinsey, the production of electric cars is expected to exceed that of thermal vehicles by 2030. There is little doubt that lithium production will skyrocket. All eyes are on the ABC triangle – Argentina, Bolivia and Chile – where nearly 85% of the world’s mineral reserves are located. Each multinational intends to offer itself a piece of the cake and Argentina is quickly catching up with its two neighbours.
Unlike Bolivia, Argentina has largely opened its doors to foreign companies. Endowed with advanced technologies, these gradually abandon the Chilean subsoil for the purity of Argentine lithium. The Japanese, Australians, French, South Koreans, Canadians, Americans, Poles, Germans and soon Turks or Indians have already set foot in the country. This massive arrival profoundly modifies the local environment. For example, in Olaroz, lithium mining will occupy eighteen thousand hectares for forty years, all for an investment of more than $ 230 million. The goal is to produce 17,500 tons of lithium per year.
Lithium extraction requires heavy installations. To reach the tonnage I just mentioned, it was necessary to dig twenty-three wells two hundred meters deep at ten kilometers from the site. Once pumped, brines – rich in lithium – are transported to large evaporation ponds the size of 700 football fields. They will reveal the lithium that will be transported to the plant to turn it into lithium carbonate for export.
Lithium mine operators note that the extraction process is environmentally friendly because it uses solar and wind energy, which is very different from traditional mining, known for its pollution. This environmental progress is confirmed by the French company ERAMET which operates a salar in Salta. According to its managers, the company « assesses the economic potential » of the deposit and studies « an innovative process for the extraction of lithium whose environmental footprint is significantly reduced in comparison with conventional processes, because of the very significant reduction in necessary evaporation surface area. »
Nevertheless, if the lithium industry is a little less destructive than other mining activities such as lead, zinc or tin, its problem lies in the weakness of a national mining code. Without management measures of lithium extraction, we are heading towards an ecological disaster. Vigognes, flamingos, llamas, mice but also extremophile bacteria are directly threatened. The process of mining lithium requires a lot of water and there is a high risk of drought in an area where the situation is already tense. On average, one needs ten litres of water per second to keep up with the production rates set by investors. It is easy to imagine the situation if all the above-mentioned countries come to exploit the lithium of South America.
The indigenous communities in the region are already the first collateral victims. Following the various pumping operations, the water of the region is partially saline.This is a tragedy for these people who depend on agriculture and salt farming. It is a whole way of life that is threatened. The salar also represents a sacred place, the Pachamama, which locals honor each year in August.
Several lawsuits have been brought by the local population to stop these projects. Despite a handful of battles won, no case law exists on this subject. Protest movements quickly disintegrated at the announcement of promises of job creation, but in the end, only a hundred people will be employed on each site, with a minority from the region.
The corruption orchestrated by the local authorities completes the picture. A car, a refrigerator or a simple box of beer offered to the population is enough to convince the inhabitants of the merits of the projects …
Source: National (ReporTerre, for instance) and international.press.

Lithium contre beauté des salars = Nature contre intérêts économiques et financiers. On connaît d’avance le vainqueur!

Lithium vs. the beauty of salars = Nature vs. economic and financial interests. The winner is known in advance!

(Photos: C. Grandpey)

Le lithium, une grave menace pour l’environnement en Amérique du Sud // Lithium, a serious threat to the environment in South America

On peut lire sur le site de la radio française France Info un article qui fait écho à une note que j’avais diffusée sur ce blog le 12 mai 2017. On y apprend que l’exploitation intensive du lithium sur les salars d’Amérique du Sud et en particulier de Bolivie fait peser de lourdes menaces sur l’environnement.

France Info s’appuie sur le salar d’Uyuni, un des joyaux naturels de l’Amérique du Sud. Niché à 3 650 mètres d’altitude en Bolivie, le salar d’Uyuni est le plus grand désert de sel du monde. L’eau du lac s’est retirée il y a 14 000 ans, laissant une vaste croûte de sel derrière elle.

Longtemps, le tourisme fut la seule richesse du salar d’Uyuni, mais les paysages immaculés sont aujourd’hui transformés pour faire place à l’exploitation du lithium, métal indispensable pour les téléphones portables, les ordinateurs et les batteries de voitures électriques. Sous son désert de sel, la Bolivie possède les plus grandes réserves mondiales de lithium, 40% du stock de la planète.

Des tonnes de saumure pompées dans les nappes phréatiques du désert sont acheminées dans d’immenses bassins. C’est cette saumure qui contient le lithium. L’évaporation de l’eau des bassins est un processus naturel qui dure douze mois. On obtient des sels riches en minéraux de toutes sortes. La Bolivie a investi un milliard d’euros dans cette exploitation, considérant que le lithium sera à la voiture électrique ce que le pétrole est à la voiture à essence. Les autorités veulent faire de la Bolivie l’Arabie saoudite du Lithium. Mais pour l’heure, la Bolivie est moins productive que ses voisins. La tonne se vend 20 000 € et les prix continuent d’augmenter.

Les conséquences environnementales de l’exploitation du lithium pourraient être considérables. Dans cette région déjà désertique, la consommation en eau nécessaire à la production du lithium est gigantesque. Les rivières environnantes sont déjà à sec. Les cultivateurs de quinoa, principale ressource agricole de la région, sont les plus touchés par cette sécheresse. Au nom d’une énergie jugée propre, la course au lithium est en train d’assécher des régions entières de la cordillère des Andes.

Source : France Info.

——————————————————-

On the French Radio France Info website, one can read an article that echoes a note I posted on this blog on May 12th, 2017. We learn that the intensive exploitation of lithium on the American salars of South America and in particular Bolivia poses a serious threat to the environment.
France Info gives the example of the salar of Uyuni, one of the natural jewels of South America. Nestled at 3,650 meters above sea level in Bolivia, the Uyuni Salar is the largest salt desert in the world. The lake’s water retreated 14,000 years ago, leaving a vast crust of salt behind it.
For a long time, tourism was the only wealth of the Uyuni salar, but these immaculate landscapes are today transformed to make room for the exploitation of lithium, an indispensable metal for mobile phones, computers and batteries of electric cars. Under its salt desert, Bolivia has the world’s largest reserves of lithium, 40% of the planet’s stock.
Tons of brine pumped into the desert water tables are transported in huge ponds. It is this brine that contains lithium. The evaporation of the brine is a natural process that lasts twelve months. One obtains salts rich in minerals of all kinds. Bolivia has invested a billion euros in this operation, considering that lithium will be to the electric car what crude oil is to the car depending on petrol. The authorities want to turn Bolivia  into the Saudi Arabia of lithium. But for the moment, Bolivia is less productive than its neighbours. The ton is selling for  20,000 euros and prices continue to rise.
The environmental consequences of lithium mining could be significant. In this already desert region, the consumption of water necessary for the production of lithium is gigantic. The surrounding rivers are already dry. Quinoa growers, the main agricultural resource in the region, are the most affected by this drought. In the name of clean energy, the lithium race is drying up entire regions of the Andes.
Source: France Info.

Photos: C. Grandpey