Péninsule de Reykjanes (Islande) : pétera…ou pétera pas? // Eruption…or no eruption?

En lisant la presse islandaise du 5 janvier 2022, on apprend que de nouvelles mesures satellitaires analysées par des scientifiques du Met Office islandais (IMO) indiquent qu’il y a environ 50% de chances pour qu’une nouvelle éruption se déclenche dans le secteur du Fagradalsfjall. En effet, ces mesures indiquent que la chambre magmatique sous le Fagradalsfjall se trouve une profondeur d’environ 1 500 mètres et s’est élevée d’environ 100 mètres au cours des cinq derniers jours. Il y a huit jours, on situait la chambre à environ deux kilomètres de profondeur. Il semble donc qu’elle se soit élevée considérablement vers la surface. Les scientifiques islandais ajoutent que cette chambre, apparue en décembre 2021, présente une taille qui est environ la moitié de celle du printemps 2021. La chambre magmatique actuelle aurait un volume d’environ 18 millions de mètres cubes, tandis que celle qui a conduit à l’éruption de mars 2021 avait un volume d’environ 35 millions de mètres cubes. En conséquence, se référant aux estimations actuelles, l’IMO conclut qu’il y a maintenant environ 50 pour cent de chances qu’une éruption ait lieu même si, considérant le volume actuel de la chambre magmatique, elle devrait être considérablement moins puissante que celle du printemps dernier.
L’essaim sismique qui a commencé dans la région du Fagradalsfjall le 21 décembre s’est bien calmé depuis cette époque. Les volcanologues islandais disent que la situation actuelle rappelle beaucoup les événements de mars dernier, d’autant plus qu’une déformation du sol a été enregistrée par le réseau GPS dans la région.
Pour le moment, la sismicité est remarquablement faible sur la péninsule de Reykjanes. Reste à voir si les événements volcaniques aiment se répéter dans cette partie de l’Islande. Il se pourrait aussi que l’intrusion magmatique reste en l’état et ne se solde pas par une éruption. Ce ne sont là que des hypothèses et notre capacité à prévoir les éruptions ne nous permet pas d’en savoir plus. Restons humbles devant la Nature…
Source : Reykjavik Grapevine.

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Reading the Icelandic press on January 5th, 2022, we learn that new satellite measurements examined by scientists at the Icelandic Met Office indicate about a 50% chance that there will be another eruption at Fagradalsfjall. These measurements indicate that the magma chamber under Fagradalsfjall is about 1,500 metres deep, and has risen by about 100 metres over the past five days. Eight days ago, the chamber was believed to be about two kilometres deep. It looks as if it is rising at a significant rate. Icelandic scientists add that this chamber, which appeared in December, is about half the size of the one that appeared in the spring of 2021. This means that the current magma chamber is estimated to be 18 million cubic metres, while the one that led to the March 2021 eruption was about 35 million cubic metres. As a consequences, referring to the current estimates, IMO says there is now about a 50/50 chance of an eruption, although at the magma chamber’s current volume, it should be considerably less powerful than last spring’s.

The seismic swarm that began in the Fagradalsfjall area on December 21st has since died down. Icelandic volcanologists say this is very reminiscent of events from last March, all the more as land deformation has been recorded by GPS instruments in the area.

For the moment, seismicity is remarkably low on the Reykjanes peninsula. Let’s see if volcanic events enjoy repeating themselves in that part of the country. It could also be that the magma intrusion is not floowed by an eruption. All these are just hypothesise and our ability to predict eruption remains low…. Let’s be humble in front of Nature…

Source : Reykjavik Grapevine.

Situation sismique sur la péninsule de Reykjanes le 5 janvier 2022

La situation à Vulcano (Iles Eoliennes) entre 1983 et 2003 (1ère partie)

En mai 2005, suite à plusieurs visites à caractère scientifique sur l’île de Vulcano, en particulier entre 1983 et 2003, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Il est intéressant de comparer ce que l’écrivais à l’époque avec la situation actuelle.

Pour rappel, en décembre 2021, les touristes n’ont pas le droit de débarquer sur l’île de Vulcano dont le niveau d’alerte a été relevé suite à des signes d’agitation du volcan. Les habitants autour du port ne sont pas autorisés à rester chez eux entre 11 heures du soir et 6 heures du matin à cause des émissions de CO2 qui pourraient menacer leur santé pendant leur sommeil. De plus, on enregistre une hausse de la température et des modifications de la composition chimique des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa.

Dans les années 1990, on pouvait accéder facilement et librement à la lèvre du cratère. Je mettais toutefois en garde les personnes asthmatiques qui pourraient être incommodées par les fumerolles. Si la lèvre du cratère était accessible à tous, la descente au fond était formellement déconseillée, Je précisais que l’absence de vent pouvait favoriser certains jours l’accumulation de gaz, en particulier de CO2. Au début des années 90, il m’est arrivé de trouver des cadavres de petits rongeurs qui n’avaient pas survécu à son inhalation. J’ajoutais qu’il serait très imprudent de vouloir bivouaquer au fond du cratère, tout comme il est déconseillé (et interdit par décret) de camper dans l’île car certains secteurs – le terrain de football en particulier – étaient déjà concernés par des émanations de CO2 à cette époque.

Au cours des années 1990-2000, le champ fumerollien a eu tendance à se déplacer vers le fond du cratère et à délaisser la lèvre ouest où il se trouvait initialement. La comparaison des photos ne laissait aucun doute sur cette évolution.

S’agissant des fumerolles, j’expliquais qu’il fallait être très prudent pour interpréter leur densité, que ce soit à Vulcano ou sur un autre volcan. Avant de tirer des conclusions, il faut contrôler le degré d’hygrométrie de l’air ambiant, tout en sachant qu’à certaines périodes de l’année (printemps et automne en particulier), on peut avoir de brusques variation d’humidité sur un laps de temps très bref. Ainsi, dans les années 90, on aurait pu être tenté d’associer le panache vu à distance (depuis Vulcanello par exemple) à un regain de chaleur du cratère, tant le panache était dense. Une mesure concomitante de la température des fumerolles ne montrait pas la moindre hausse. C’est à partir de cette époque que j’ai toujours noté le degré d’hygrométrie et l’heure de prise de vue au dos des photos de la Fossa.

S’agissant des gaz qui s’échappent des évents fumerolliens, leur composition est restée relativement stable au cours des années 1980-1990. Les analyses citées par Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe résume assez bien la situation :

CO2 : 92% ; SO2 : 4% ; N2 : 3% ; O2 : 0,3% ; H: 0,2% ; CO : 0,5%

Les prélèvements de gaz que j’ai réalisés dans les années 1990, et qui ont été analysés par le laboratoire du CNRS d’Orléans, ont confirmé les résultats obtenus quelques semaines auparavant par l’Institut des Fluides de Palerme et ne révélaient rien de vraiment inquiétant. Sans oublier la vapeur d’eau qui constitue environ 95% du volume total de la fumerolle.

Les températures ont beaucoup varié au travers des décennies, avec cependant des pics remarquables qui n’ont pas manqué d’inquiéter les scientifiques. Ainsi, le 27 Avril 1993, il a été relevé une température de 687°C dans le cratère de La Fossa et la rumeur disait même qu’une incandescence était visible dans les fractures qui déchirent l’intérieur du cratère. Comme souvent dans de telle situations où l’être humain s’inquiète devant un phénomène naturel, il s’agissait d’une fausse nouvelle et mes deux visites nocturnes n’ont rien révélé d’anormal. Il n’empêche qu’un tel phénomène demande la plus grande vigilance et une erreur de diagnostic pourrait s’avérer catastrophique à la veille de la saison touristique.

D’autre part, aucun événement sismique digne d’intérêt n’avait émaillé les tambours de l’Observatoire Géophysique de Lipari.

Aucun gonflement de l’édifice volcanique n’avait été détecté non plus.

La conclusion logique était donc qu’il ne fallait pas affoler la population. Ce fut une bonne décision puisque la seule hausse de température fut sans conséquence et le thermomètre perdit rapidement des degrés dans les semaines et les mois qui suivirent.

Photos : C. Grandpey

La Palma : nouvelles de l’éruption // News of the eruption

18 heures : Aujourd’hui 19 novembre 2021, l’IGN a enregistré un séisme de magnitude M 5,1 à La Palma. C’est l’événement le plus puissant depuis le début de l’éruption du Cumbre Vieja.. Comme souvent, l’épicentre a été localisé à Villa de Mazo, à une profondeur de 37 km. Pour le reste, la sismicité aux niveaux intermédiaires continue de diminuer et reste à des profondeurs élevées. Le tremor volcanique reste à un niveau bas et la déformation de l’édifice volcanique continue globalement de diminuer.

On observe actuellement trois fronts de coulées actifs. L’un s’étend de la Montaña Rajada au nord de la Montaña Cogote (coulée n°11) ; un autre continue d’alimenter les deltas de lave, et le troisième, le plus intense, s’étend entre les coulées n°4 et n°7. Il occupe un nouvel espace au détriment des maisons et des fermes, mais il a ralenti sa progression et avance à environ 20 mètres par heure.
La lave a couvert 1 048 hectares, dont plus de 7 au cours des dernières 24 heures. Le delta de lave couvre près de 43 hectares.
Le panache volcanique atteint une hauteur d’environ 3 500 mètres et est orienté vers l’est et le sud-est, ce qui peut compliquer la navigation aérienne à partir du 20 novembre.

Les émissions de dioxyde de soufre poursuivent leur tendance à la baisse.

La superficie de cultures touchée par la lave s’élève à 314 hectares, dont 187 hectares de bananeraies, 60 de vignobles et 25 d’avocatiers.
Selon les données Copernicus, le nombre de structures affectées par l’éruption s’élève à 2731. 2616 ont été totalement détruits. A l’issue de deux mois d’éruption, les dégâts sont estimés à 900 millions d’euros.

Sources : IGN, Involcan, Pevolca.

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22 heures : Ce vendredi 19 novembre, on observe un nouveau débordement qui continue en ce moment et devra être surveillé attentivement.

Capture écran webcam.

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6:00 pm : Today November 19th, 2021, IGN recorded an M 5.1 earthquake in La Palma. It was the most powerful event since the beginning of the Cumbre Vieja eruption. As often, the epicenter was located at Villa de Mazo, at a depth of 37 km. For the rest, seismicity at intermediate levels continues to decrease and remains very deep. The volcanic tremor remains at a low level and the deformation of the volcanic edifice continues to decrease.
There are currently three active flow fronts. One extends from Montaña Rajada to the north of Montaña Cogote (flow No. 11); another continues to feed the lava deltas, and the third, the most intense, extends between flows n ° 4 and n ° 7. It occupies new space to the detriment of houses and farms, but it has slowed its progress and is advancing at around 20 meters per hour.
The lava covered 1,048 hectares, including more than 7 in the past 24 hours. The lava delta covers nearly 43 hectares.
The volcanic plume reaches a height of about 3,500 meters and is oriented east and southeast, which can cause problems to air traffic from November 20th.
Sulfur dioxide emissions continue their downward trend.
The area of crops affected by the lava amounts to 314 hectares, including 187 hectares of banana plantations, 60 of vineyards and 25 of avocado trees.
According to Copernicus data, the number of structures affected by the eruption amounts to 2731. 2616 were totally destroyed. After two months of eruption, the damage is estimated at 900 million euros.
Sources: IGN, Involcan, Pevolca.

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10:00 pm : A new lava overflow was observed on November 19th (see image above). It is going on tonight and should be closely monitored.

Eruption du Cumbre Vieja (La Palma): dernières nouvelles // Latest news

17 heures : Il faut voir si la tendance se confirme dans les prochains jours, mais il semblerait que l’éruption soit en train de marquer le pas. Le 30 octobre, les fontaines de lave avaient quasiment disparu et étaient remplacées par des panaches de cendres que l’on observe encore le 31 octobre. La colonne éruptive atteint 4500 mètres de hauteur· Los Llanos de Aridane continue d’être la zone la plus impactée par les particules en suspension et il est demandé aux habitants de se protéger avec des masques FFP2. .

La sismicité a diminué en termes de fréquence et de magnitude. Les derniers événements n’ont pas été ressentis par la population.

Les émissions de dioxyde de soufre (SO2) diminuent pour le sixième jour consécutif. Elles sont estimées à environ 7 700 tonnes par jour.

Les coulées de lave, bien que continuant à être alimentées en amont, sont restées pratiquement immobiles au cours des dernières 24 heures, mais elles ont tendance à s’épaissir, avec des hauteurs pouvant atteindre une trentaine de mètres. Ce sont les coulées n°3 et n°9 qui reçoivent la plus grande quantité de lave. Comme prévu, la coulée sud n’avance pas vers la mer; elle s’étire en direction du sud et sa progression est freinée par une zone plate.
Les déformations du sol restent stables.
Côté destruction, comme je l’indiquais le 30 octobre dans le 12/13 de France 3 Limousin, la lave a recouvert 963 hectares de terres. 280 hectares de cultures ont été touchés, plus de la moitié des bananeraies. Le reste concerne la vigne et les avocatiers. 2 162 bâtiments ont été détruits et 146 sont menacés. Ces données sont fournies par le système satellitaire européen Copernicus.

Le centre d’émission de la lave vu par un drone :

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5:00 p.m : We’ll see if the trend is confirmed in the next few days, but it seems that the eruption is stalling. By October 30th, the lava fountains had almost disappeared and were replaced by ash plumes that could still be observed on October 31st. The eruptive column reaches 4,500 meters in height · Los Llanos de Aridane continues to be the area most affected by ash particles and residents are asked to protect themselves with FFP2 masks. .
Seismicity has decreased in terms of frequency and magnitude. The latest events were not felt by the population.
Sulfur dioxide (SO2) emissions have dropped for the sixth day in a row. They are estimated at around 7,700 tonnes per day.
The lava flows, although continuing to be fed by the eruptive center, have remained virtually montionless for the past 24 hours, but they tend to thicken, with heights as high as thirty meters. It is the flows n°3 and n°9 which receive the greatest quantity of lava. As expected, the southern flow does not advance towards the sea; it stretches in a southerly direction and its progress is hampered by a flat area.
Ground deformation remains stable.
As far as destruction is concerned, as I indicated on October 30th in the 12/13 news bulletin of France 3 Limousin, lava covered 963 hectares of land. 280 hectares of crops were affected, more than half of banana plantations. The rest concerns vines and avocado trees. 2,162 buildings have been destroyed and 146 are threatened. These data are provided by the European Copernicus satellite system.

Capture écran webcam