Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Eruption à court terme ? // Short-term eruption ?

8 heures (heure métropole) :Depuis 04h33 heure locale (00h33 heure UTC) ce matin, une crise sismique est enregistrée sur les instruments de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise. Cette crise sismique est accompagnée de déformation rapide. Ceci indique que le magma est en train de quitter le réservoir magmatique et se propage vers la surface.

Une éruption est probable à brève échéance dans les prochaines minutes ou heures.

Des informations complémentaires vont suivre concernant le secteur impacté par cette propagation magmatique vers la surface.

Passage en Alerte 1 par la préfecture. L’accès du public à la partie haute de l’Enclos Fouqué est interdit. Les randonneurs présents ce matin ont été évacués. Ils étaient relativement nombreux en cette période de vacances scolaires et de fréquentation touristique, d’autant que les conditions météorologiques étaient particulièrement bonnes.

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10 heures (heure métropole): Dans un bulletin diffusé à 11 heures (heur locale), l’OVPF indique que la crise sismique débutée à 04h33 se poursuit. Entre 04h33 et 10h50, 537 séismes volcano-tectoniques et 81 séismes longue période ont été enregistrés sous la zone sommitale et sous le flanc est (entre 0,6 km au dessus du niveau de la mer et 1,2 km sous le niveau de la mer).

La sismicité et la source des déformations montrent une migration du magma en profondeur vers le flanc nord nord-est du volcan, dans le secteur de Piton de Crac, un peu plus au nord que l’intrusion du 28-30 septembre 2020. En 2020, la crise sismique, qui avait accompagné cette intrusion, avait duré deux jours et n’avait pas conduit à une éruption, le magma ayant stoppé en profondeur.
A l’heure actuelle, le risque d’une ouverture de fissures éruptives à basse altitude n’est pas exclue. En général au Piton de la Fournaise plus les crises sismiques sont longues, plus le risque d’ouverture de fissures éruptives à basse altitude augmente

Source: OVPF.

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16 heures (heure métropole) : L’éruption du Piton de la Fournaise se fait attendre. Ce matin, l’OVPF expliquait qu’elle était imminente, une histoire de minutes, voire d’heures…

Dans son dernier bulletin diffusé à 16h15 (heure locale), l’OVPF indique que la crise sismique se poursuit. Cette sismicité est localisée sous la zone sommitale et sous le flanc nord-est (entre 0,7 km au dessus du niveau de la mer et 1,4 km sous le niveau de la mer ;

La sismicité et la source des déformations montrent une migration du magma en profondeur vers le flanc nord nord-est du volcan, dans le secteur nord-ouest du Piton de Crac, à l’ouest de la Plaine des Osmondes.
A l’heure actuelle, le risque d’une ouverture de fissures éruptives à basse altitude n’est pas exclue.

Source: OVPF.

NDLR: Il se peut ausi que le magma migre dans un ancien jeu de fissures sans jamais atteindre la surface. La pression dans le conduit d’alimentation ne semble pas très forte. Si une éruption devait se produire, elle ne serait probablement pas de grande ampleur.

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8:00 am (Paris time) : Since 04:33 local time (00:33 UTC time) this morning, a seismic crisis has been recorded on the instruments of the Volcanological Observatory of Piton de la Fournaise. This seismic crisis is accompanied by rapid deformation. This indicates that magma is leaving the reservoir and is ascending towards the surface.
An eruption is likely within the next few minutes or hours.
Additional information will follow concerning the area impacted by this magmatic propagation towards the surface.
The alert level has been raised to 1 by the prefecture. The upper part of the Enclos Fouqué is now closed to the public. The trekkers who were on the volcano have been evacuated.

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10 a.m. (Paris time): In a bulletin released at 11 a.m. (local time), OVPF indicates that the seismic crisis that began at 4:33 a.m. is continuing. Between 4:33 a.m. and 10:50 a.m., 537 volcano-tectonic earthquakes and 81 long-period earthquakes were recorded beneath the summit area and under the eastern flank (between 0.6 km above sea level and 1.2 km below sea level)
The seismicity and the source of the deformations show a migration of the magma in depth towards the north-northeast flank of the volcano, in the Piton de Crac area, a little further north than the intrusion of September 28th-30th, 2020. In 2020 , the seismic crisis, which had accompanied this intrusion, had lasted two days and had not led to an eruption, as magma had stopped in depth.
At present, the risk of eruptive fissure opening at low altitude is not excluded. In general at Piton de la Fournaise, the longer the seismic crises, the greater the risk of eruptive fissures opening at low altitude.
Source: OVPF

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4:00 p.m (Paris time) : The eruption of Piton de la Fournaise is overdue! This morning, OVPF explained that it was imminent, a matter of minutes or hours …
In its last bulletin released at 4:15 p.m. (local time), the Observatory indicates that the seismic crisis is continuing. This seismicity is located beneath the summit area and under the northeast flank (between 0.7 km above sea level and 1.4 km below sea level;
The seismicity and the source of the deformations show a migration of the magma in depth towards the north-northeast flank of the volcano, in the northwestpart of Piton de Crac, west of the Plaine des Osmondes.
At present, the risk of eruptive fissure opening at low altitude is not excluded.
Source: OVPF.
Personal note: Magma may also be migrating in an old network of fissures without ever reaching the surface. The pressure in the supply does not appear to be very strong. If an eruption were to occur, it probably would not be of great magnitude.

Photo: C. Grandpey

Du nouveau sur le Kilauea (Hawaii)? // Something new on Kilauea (Hawaii)?

Le HVO vient de m’envoyer un message indiquant qu’un essaim sismique a commencé sous la partie sud de la caldeira du Kilauea dans la soirée du 23 août 2021 et se poursuit le 24 août au matin avec une séquence d’événements particulièrement forte enregistrée vers 1h30 (heure locale). L’apparition de l’essaim sismique a coïncidé avec un changement dans la déformation du sol au niveau de la zone sommitale du Kilauea. Ce changement peut correspondre au mouvement superficiel du magma sous la partie sud de la caldeira.
En conséquence, le HVO a fait passerle niveau d’alerte volcanique de Advisory à Watch (Vigilance) et la couleur de l’alerte aérienne de Jaune à Orange.

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HVO has just sent me amessage indicating that a seismic swarm began beneath the south part of the Kīlauea caldera on the evening of August 23rd, 2021 and is continuing in the early morning of August 24th with a particularly strong sequence of earthquakes that occurred at about 1:30 a.m., (local time). The onset of the swarm coincided with a change in ground deformation in Kilauea’s summit region. This change may indicate the shallow movement of magma beneath the south part of the Kīlauea caldera.
As a consequence, HVO has raised the volcano alert leve from Advisory to Watch and the aviation colour code from Yellow to Orange.

Vers un prochain réveil du Kilauea? (Photo: C. Grandpey)

Nyiragongo : des évacuations en urgence à Goma // Emergency evacuations in Goma

Les données actuelles concernant la sismicité et la déformation du sol indiquent la présence de magma – probablement un dike – sous la sous zone urbaine de Goma avec une extension sur le lac Kivu. Une éruption à terre ou sous le lac ne saurait être exclue.

Un gran nombre de quartiers de Goma sont concernés par cette alerte: Majengo, Mabanga Nord, Mabanga Sud, Virunga, Bujovu, Kahembe, Murara, Mikeno, Mapendo et Le volcan.

Par précaution, les autorités ont décidé l’évacuation de ces quartiers. L’évacuation a un caractère obligatoire. Ceux qui n’obtempéreront pas s’exposeront des risques inutiles. Le retour aux domiciles ne pourra s’effectuer que sur recommandation des autorités provinciales.

En prévision d’une nouvelle éruption dans la ville et en accord avec les scientifiques, il a été décidé de délocaliser la population des quartiers pré-cités vers la cité de Sake.

Les mouvements des populations de Goma vers Bukavu se sont accrus ces trois derniers jours suite à l’éruption du Nyiragongo et aux secousses sismiques. Ces déplacements se font essentiellement par voie lacustre. Généralement, ces rotations concernent environ 2000 personnes par jour par le lac Kivu, mais ces chiffres ont presque doublé depuis la catastrophe qui touche Goma et ses environs. (Dernière minute : Par sécurité, les autorités provinciales du Nord-Kivu ont décidé de suspendre la traversée du lac Kivu de Goma vers Bukavu. La voie terrestre est privilégiée.)

Source : presse congolaise.

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Current seismicity and soil deformation data indicate the presence of magma – probably a dike – under the Goma suburban area with an extension to Lake Kivu. An eruption on land or under the lake cannot be excluded. A large number of neighborhoods in Goma are affected by this alert: Majengo, Mabanga Nord, Mabanga Sud, Virunga, Bujovu, Kahembe, Murara, Mikeno, Mapendo and Le volcan.

As a precaution, the authorities have decided to evacuate these neighborhoods. Evacuation is compulsory. Those who do not comply will expose themselves to unnecessary risk. Return to homes can only be done on the recommendation of the provincial authorities. In anticipation of a new eruption in the city and in agreement with the scientists, it was decided to relocate the population from the above-mentioned neighbourhoods to the city of Sake.

Population movements from Goma to Bukavu have increased over the past three days following the eruption of Nyiragongo and the earthquakes. These trips are mainly made by boat. Generally, these rotations concern around 2,000 people per day through Lake Kivu, but these figures have almost doubled since the disaster affecting Goma and its surroundings. (Last minute : For safety reasons, the provincial authorities of North Kivu have decided to suspend the crossing of Lake Kivu from Goma to Bukavu. The land route is preferred.)

Source: Congolese press.

Les coulées de lave du Nyiragongo (Source : Copernicus)

L’aide des satellites dans la prévision éruptive // The help of satellites in eruptive prediction

Lorsque le Mont Ontake au Japon est entré en éruption sans prévenir en 2014 et a tué plus de 60 personnes, les volcanologues japonais ont réalisé que la surveillance du volcan était loin d’être parfaite.

Un article publié sur le site Internet «Wired» explique que des techniques modernes de surveillance volcanique sont apparues ces dernières années. Par exemple, les satellites sont susceptibles de participer à la prévision éruptive. La chaleur est un important paramètre à prendre en compte. Au lieu de mesurer la température en des endroits précis avec des thermomètres, les satellites permettent une approche thermique plus globale. C’est la raison pour laquelle une équipe scientifique du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena (Californie) s’est tournée vers les données de rayonnement thermique fournies par les satellites Terra et Aqua de la NASA. En survolant les zones potentiellement actives deux fois par jour, ces deux satellites fournissent des mesures précises intégrées sur des pixels de 1 kilomètre au carré.

Cinq volcans ont connu des éruptions importantes depuis 2002: Ontake au Japon, Ruapehu en Nouvelle-Zélande, Calbuco au Chili, Redoubt en Alaska et Fogo au Cap-Vert. Des hausses de température avaient été observées au cours des deux à quatre ans précédant chaque éruption, y compris l’éruption surprise de l’Ontake en 2014. La température n’avait augmenté que de 1 degré Celsius ou moins avant chaque événement, mais il s’agissait de tendances statistiquement significatives et pas seulement de bruit de fond.

Selon les chercheurs, la hausse de température observée par les satellites peut s’expliquer par la combinaison de deux processus. D’une part, le magma pendant son ascension vers la surface peut stimuler la circulation hydrothermale, ce qui génère une migration de la chaleur vers la surface. D’autre part, cet apport d’humidité peut émettre un rayonnement thermique facilement capté par les satellites. Ces variations subtiles sont facilement détectables dans les données satellitaires.

Source: Wired.

S’agissant des satellites, il faut ajouter que les paramètres InSAR sont d’une grande aide pour mesurer la déformation de surface, comme on l’a vu récemment sur la Péninsule de Reykjanes en Islande.

Cependant, ne considérer que la chaleur de surface d’un volcan comme le fait l’article ci-dessus n’est pas suffisant pour tenter de prévoir une éruption. Le regretté Maurice Krafft comparait un volcan sur le point d’entrer en éruption avec une personne malade ou blessée: la fièvre monte; la personne a des frissons, une mauvaise haleine et la zone autour de la blessure enfle. C’est la même chose pour un volcan. Il est très utile de mesurer la température, mais la sismicité, les émissions de gaz et l’inflation doivent également être prises en compte. Le seul paramètre thermique n’est pas suffisant.

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When Japan’s Mount Ontake erupted in 2014 without warning, killing more than 60 people, Japanese volcanologists realised that the monitoring of the volcano was far from perfect.

An article published on the website “Wired” explains that modern techniques for volcano surveillance have appared these last years. For instance, satellites could provide an entirely new way to warn of eruptions.

Heat is a relevant parameter for volcanic activity. Instead of measuring it at individual spots with thermometers, satellites allow to get a more global thermal view. This is the reason why a scientificteam at the Jet Propulsion Laboratory (JPL) in Pasadena (California) turned to thermal radiation data from NASA’s Terra and Aqua satellites. Combined, these two provide twice-daily passes with global coverage, and each measurement is integrated over a 1 kilometre by 1 kilometre pixel.

Five volcanoes have had significant eruptions since 2002 : Ontake in Japan, Ruapehu in New Zealand, Calbuco in Chile, Redoubt in Alaska, and Fogo in Cape Verde.

Increasing temperature trends were observed over the two- to four-year periods preceding each eruption—including Ontake’s surprise 2014 eruption. Temperatures only increased by 1 degree Celsius or less in the lead-up to each event, but these were statistically significant trends and not just noise. The peak temperatures in each record were associated with an eruption.

The researchers say this might represent a combination of two processes. First, magma progressing closer to the surface could stimulate hydrothermal circulation, carrying heat to warm the surface from below. Second, if this pushes more moisture into the soil layer, the ground could emit thermal radiation more efficiently and so appear “brighter” to the satellites. Either way, these subtle changes seem easily detectable in the satellite data.

Source : Wired.

As far as satellites are concerned, id should be addes that InSAR parameters are of a great help to measure surface deformation, as could recently be seen on the Reykjanes Peninsula in Iceland.

However, considering only the surface heat of a volcano is not a sufficient parameter to try and predict an eruption. The late Maurice Krafft compared a volcano about to erupt with an ill or injured person: the fever goes up; the person has shivers, bad breath and the area around the injury inflates. It is the same with a volcano. It is very useful to measure the temperature, but seismicity, gas emissions and inflation should also be taken into account. The sole heat parameter is far from sufficient.

Image InSaR fournie le 1er mars 2021 par le satellite Sentinel-1. L’image montrait alors une intensification des déformations dans la zone la plus active d’un point de vue sismique.