La magie des volcans // The magic of volcanoes

drapeau-francaisEn ces temps perturbés, voici une histoire personnelle qui restera à jamais gravée dans ma mémoire. Elle prend aujourd’hui des allures de conte de Noël.

Nous sommes le 20 avril 1992. Ce jour-là, Antonio Nicoloso, le très regretté chef des guides de l’Etna, m’a invité à le suivre jusqu’au pied du Cratère Sud-Est de l’Etna, à la source de l’éruption. Un apprenti guide, un scientifique français et le responsable de la Protection Civile italienne nous accompagnent.
Depuis la mi-décembre de l’année précédente, le volcan ne cesse de vomir ses entrailles. Les coulées ont parcouru plusieurs kilomètres dans la Valle del Bove ; elles ont allègrement franchi le Salto della Giumenta pour se précipiter dans le Val Calanna, et elles sont maintenant aux portes de Zafferana Etnea où la population implore la Madonne pour que la lave n’engloutisse pas cette charmante bourgade.
Quand je suis arrivé la veille à Nicolosi, Antonio m’a dit qu’il me réservait une surprise, mais sa discrétion toute sicilienne lui interdisait de m’en dire davantage. Une fois sur le site de l’éruption, après avoir observé la lave qui continuait à s’écouler dans un chenal aux parois joliment teintées par les gaz, notre petit groupe se dirigea vers un endroit où Antonio déplaça une plaque de basalte qui recouvrait une ouverture dans le sol et il nous invita à pénétrer à l’intérieur.
Au prix de quelques contorsions, mon corps se glissa dans l’orifice et je sentis bientôt mes pieds reposer sur le sol. L’appel d’air était constant. Après avoir extirpé une torche de son sac, Antonio parcourut avec le jet de lumière ce lieu insolite où s’écoulait probablement la lave au tout début de l ‘éruption. Le plafond de la grotte était constellé de stalactites de re-fusion, témoins évidents de la forte chaleur qui régnait dans ce lieu. Maintenant accoutumés à l’obscurité, nous avançâmes prudemment dans le tunnel. Au bout de quelques pas, la galerie amorçait un virage en angle droit et là, ô surprise, tout s’illumina brusquement ! Une rivière d’or s’écoulait rapidement devant nous, à quelques mètres seulement. La sinuosité du tunnel la rendait invisible de l’extérieur et seule la persévérance d’Antonio avait pu lui accorder cette récompense.
Bien qu’habitué aux caprices des volcans, à la beauté des fontaines de lave, je restai subjugué par la beauté du spectacle que l’Etna était en train de nous offrir. Personne n’osa prononcer le moindre mot. Nous restâmes un long moment à regarder passer devant nous le sang de la Terre. Je comprenais maintenant pourquoi l’appel d’air était si puissant à l’entrée de la grotte. La rivière de lave créait un effet Venturi et la pénétration de l’air extérieur rendait la température très supportable, même à proximité de la rivière de lave. Seul son rayonnement fixait le point au-delà duquel la chaleur devient intolérable.
Ce moment de fascination terminé, Antonio décida qu’il fallait remonter à la surface. Nous étions encore seuls. Les militaires italiens chargés d’obstruer les tunnels de lave à l’aide de blocs de béton enchaînés les uns aux autres n’étaient pas encore arrivés. La vue de leur matériel fit sourire Antonio qui, dans son for intérieur, avait toujours pensé qu’une telle opération s’avérerait inefficace. Avant de repartir, il glissa soigneusement une plaque de basalte sur l’ouverture de la grotte et la recouvrit d’une couche de cendres qui la rendrait définitivement invisible.
Seuls quelques privilégiés furent invités par Antonio à venir visiter ce lieu à la fois unique et éphémère. J’avais eu l’occasion d’observer des rivières de lave à Hawaii, au travers de lucarnes qui percent les tunnels sur les pentes du Kilauea, mais il était impensable de pénétrer dans l’un d’entre eux. Pour moi, cela restait le privilège des personnages du Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne. Cette expérience restera l’un des grands moments de mes pérégrinations volcaniques. Pouvoir pénétrer l’intimité d’un volcan actif est une occasion extrêmement rare. L’émotion que l’on ressent à quelques mètres de cette rivière couleur d’or est particulièrement forte. La gorge se serre. La fascination est à son comble. Les nombreuses photos que j’ai prises ne pourront jamais rendre compte de l’ambiance qui régnait dans la grotte : l’odeur de la lave et des gaz ; le bruit feutré, à peine audible, du magma glissant contre les parois de son chenal ; la douceur de la température…. On a du mal à se convaincre qu’il faut ressortir à la surface. C’est tout simplement magique.

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drapeau-anglaisOn Christmas Eve, here is a personal story that will forever remain etched in my memory. It now looks like a fairy tale to me.

The story took place on April 20th, 1992. On that day, Antonio Nicoloso, the head of the Etna guides, invited me to follow him to the base of Mt Etna’s Southeast Crater, at the source of the eruption. A guide apprentice, a French scientist and the head of the Italian Civil Protection were with us.
The volcano had been erupting since mid-December of the previous year. The lava flows had travelled several kilometers into the Valle del Bove, passed the Salto della Giumenta, rushed into Val Calanna, and were now on the outskirts of Zafferana Etnea where people implored the Madonna so that lava could not destroy this charming town.
The day before in Nicolosi, Antonio had told me he had a surprise for me, but his Sicilian discretion forbade him to tell me more. Once on the site of the eruption, after observing the lava that continued to flow in a channel whose walls were beautifully tinted by the gases, our small group walked toward a place where Antonio moved a basalt slab which covered an opening in the ground and he invited us to get inside.
With some contortions, my body slid into the hole and I soon felt my feet rest on the ground. The intake of air was constant. Having pulled a torchlight from his bag, Antonio lit this unusual place where lava was probably flowing at the beginning of the eruption. The ceiling of the cave was studded with stalactites, the witnesses of the heat that prevailed in this place. Now accustomed to the darkness, we advanced cautiously into the tunnel. After a few steps, the gallery was beginning a turn in right angle and there, lo and behold, everything suddenly lit up! A river of gold was flowing rapidly, just a few metres in front of us. The sinuous tunnel made it invisible from the outside and only the persistence of Antonio could give him this reward.
Although I was used to the whims of volcanoes, to the beauty of lava fountains, I remained overwhelmed by the beauty of the show that Etna was offering us. No one dared utter a word. We stayed a long time watching the blood of the Earth. I now understood why the draught was so powerful at the entrance of the cave. The river of lava was creating a Venturi effect and the influx of outside air made the temperature quite bearable, even near the lava river. Only its radiation determined the point beyond which the heat became intolerable.
After this moment of complete fascination, Antonio decided we had to go back to the surface. We were still alone. The Italian military in charge of clogging the lava tunnels with concrete blocks chained to each other had not yet arrived. The sight of their equipment made Antonio smile as he had always thought that such an operation would prove ineffective. Before leaving, he carefully slipped the basalt slab on the opening of the cave and covered it with a layer of ash that would make it definitively invisible.
Only a select few were invited by Antonio to visit this unique and fleeting place. I had had the opportunity to watch rivers of lava at Hawaii through skylights in the tunnels on the slopes of Kilauea, but it was unthinkable to enter one of them. To me, this remained the privilege of the characters of Jules Verne’s Journey to the Center of the Earth. This experience will remain one of the highlights of my volcanic peregrinations. Penetrating the intimacy of an active volcano is an extremely rare opportunity. The emotion that one feels a few meters from the gold colored river is particularly strong. The throat tightens. The fascination is at its height. The many photos I took will never convey the atmosphere in the cave: the smell of lava and gases; the muffled sound, barely audible, of magma sliding against the walls of the channel; the pleasant temperature …. It was just magical.

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La lave menaçait Zafferana Etnea

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Des tunnels et des blocs de béton pour freiner la lave

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Descente aux enfers?

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Le sang de la Terre…

Volcan, cratère et caldeira // Volcano, crater and caldera

drapeau-francaisLes scientifiques du HVO ont récemment rédigé un article intéressant dans lequel ils ont essayé de répondre à une question qui m’a été posée une fois par un très jeune spectateur au cours de l’une de mes conférences: Qu’est-ce qu’un volcan?
Dans l’article, les auteurs se demandent pourquoi des édifices tels que le Mauna Loa, le Mauna Kea ou le Kilauea sur la Grande Ile d’Hawaii sont appelés «volcans» alors que les cônes qui se dressent sur leurs pentes ne bénéficient pas de cette appellation. Un volcan n’est-il pas un endroit où la lave atteint la surface de la Terre? Pourquoi la Grande Ile a-t-elle seulement cinq volcans et pas des centaines?
Selon une définition du dictionnaire, un volcan est une ouverture dans la croûte terrestre au travers de laquelle est évacuée la roche ou la lave. Dans un autre dictionnaire, on peut lire qu’un volcan est une colline ou une montagne en forme de cône qui s’est édifiée autour d’une bouche. La plupart des volcanologues n’acceptent pas ces deux définitions.
Pour un volcanologue, un volcan est un édifice contenant une bouche ou un ensemble de bouches alimentées directement par du magma en provenance d’une grande profondeur, généralement plus de 30 kilomètres, et une centaine de kilomètres à Hawaii.
En revanche, tous les cônes qui parsèment les pentes des volcans mentionnés ci-dessus sont alimentés par du magma issu du conduit principal à faible profondeur, probablement 10 km ou beaucoup moins. Ces cônes sont comme les extrémités des branches d’un arbre, tandis que le volcan profondément enraciné représente le tronc de l’arbre. Plusieurs termes sont utilisés pour décrire ces bouches dépourvues de racines profondes et qui tirent leur magma du conduit principal d’alimentation. On les appelle généralement cratères adventifs, bouches parasites ou bouches fissurales.
L’apparence physique ne suffit pas pour faire la distinction entre le volcan principal et un cratère adventif sur ce volcan. Ainsi, faute de preuves géophysique, il serait presque impossible de savoir, par exemple, que le Pu’uO’o est alimenté à partir d’une faible profondeur sur le Kilauea.
La deuxième définition du dictionnaire nous apprend qu’un « volcan » est une colline ou une montagne en forme de cône qui s’est édifiée autour d’une bouche. Une telle définition ne convient pas pour des volcans tels que le Kilauea dont la forme n’est pas du tout celle d’un cône. D’autres types de volcans n’ont pas une forme conique, eux non plus. C’est le cas des vastes caldeiras comme celle de Long Valley en Californie ou de Yellowstone dans le Wyoming. Sans quelques connaissances géologiques, on serait incapable de dire que ces vastes dépressions sont des volcans.
Les visiteurs du Parc National des Volcans d’Hawaii font souvent remarquer que le cratère du Kilauea ne ressemble pas à un volcan. Même les personnes qui possèdent des connaissances en géologie font cette remarque parce que l’image du Mont Fuji au Japon ou du Mayon aux Philippines est fortement ancrée dans les esprits et représente le stéréotype d’un « vrai »volcan. Si ces mêmes visiteurs étaient venus au sommet du Kilauea en l’an 1400 de notre ère, ils auraient vu un volcan bouclier plutôt qu’une caldeira. La caldeira s’est formée suite à l’effondrement du volcan bouclier une centaine d’années plus tard. Cela montre bien que la forme d’un volcan peut changer radicalement et rapidement, si bien que le cône ou le bouclier observé une année peut se transformer en une caldeira l’année suivante. On peut en conclure que la forme est sans importance et peut même être source de confusion pour définir un volcan.

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drapeau-anglaisHVO scientists recently wrote an interesting article in which they tried to answer a question I was asked once by a very young spectator at one of my conferences: What is a volcano?
In the article, the authors wonder why such structures as Mauna Loa, Mauna Kea or Kilauea on Hawaii Big Island are called “volcanoes” whereas the cones that do their slopes are named differently. Isn’t a volcano a place where lava reaches the surface of the earth? Why doesn’t the island have hundreds of volcanoes instead of only five?
In one dictionary definition, a volcano is an opening in the Earth’s crust through which rock or lava is ejected. In another, a volcano is a cone-shaped hill or mountain built around a vent. Most volcanologists disagree with both of these definitions.
To a volcanologist, a volcano is a structure containing a vent or cluster of vents fed by magma rising directly from great depth within the Earth, generally more than 30 km and in Hawaii about 100 km.
In contrast, all of the cones that dot the slopes of the above-mentioned volcanoes are supplied by magma that branched off the main conduit at a shallow depth, probably 10 km deep or much less. These cones are analogous to limbs on a tree, and the deeply rooted volcano is equivalent to the trunk of the tree.
Several terms are used to describe the vents that lack deep roots and get their magma from the main feeder conduit; they are usually refered to as flank vents, parasitic vents, and rift vents. Physical appearance cannot be used to make the distinction between a volcano and a subsidiary vent on that volcano. Lacking geophysical evidence, it would be nearly impossible to know, for example, that Pu’uO’o is fed from shallow depth. With that evidence, though, a clear distinction can be made.
The second dictionary definition of “volcano” – a cone-shaped hill or mountain built around a vent – is irrelevant for volcanoes such as Kilauea whose shape is far from that of a cone. Another type of volcano lacking a cone shape is a large caldera, such as Long Valley in eastern California or Yellowstone in Wyoming. No one would guess, without doing some geological knowledge, that these wide shallow depressions are volcanoes.
Visitors to Hawaii Volcanoes National Park often remark that Kilauea Crater doesn’t look like a volcano. Even visitors trained in geology make that comment, because the image of Mount Fuji in Japan or Mayon in the Philippines is strongly entrenched as the stereotype of a “real” volcano. Had these visitors come to the summit of Kilauea in 1400 CE, however, they would have seen a lava shield rather than a caldera. The caldera formed by collapse of the shield about 100 years later. This shows that the shape can change drastically and quickly, and one year’s cone or shield can be next year’s caldera. So, shape is unimportant and may even be confusing for defining a volcano.

Caldeira Kilauea

Caldeira du Kilauea et cratère de l’Halema’uma’u en 2007  (Photo: C. Grandpey)

Regain d’activité du Nevado del Ruiz (Colombie) // New activity at Nevado del Ruiz (Colombia)

drapeau-francaisLe Nevado del Ruiz a montré de nouveaux signes d’activité dimanche dernier, avec une augmentation de la sismicité et des émissions de cendre. Les autorités locales craignent que cela pose des problèmes au trafic aérien à destination de Manizales et des villes environnantes pendant les vacances. L’Aviation Civile colombienne a indiqué lundi matin que la piste de l’aéroport La Nubia de Manizales serait fermée jusqu’à ce que la cendre volcanique soit déblayée.
Les émissions de SO2 mesurées près du volcan sont « les plus élevées jamais enregistrées dans le cycle d’activité actuel ». Le Service Géologique avait observé un accroissement de la sismicité en fin de semaine dernière et indiqué que cela pourrait conduire à des émissions de cendre et de gaz. Les derniers événements appartiennent à une série observée périodiquement tout au long de l’année et ils font partie d’un cycle d’activité qui remonte à 2010.
Le niveau d’alerte est maintenu au Jaune.
Il est conseillé aux habitants vivant à proximité du Nevado del Ruiz de rester vigilants et de signaler toute retombée de cendre.
2015 marque le 30ème anniversaire de la tragédie d’Armero. Le Nevado del Ruiz est entré en éruption après près de sept décennies de sommeil. La fonte de la glace provoquée par la chaleur du volcan a provoqué des glissements de terrain et des coulées de boue qui ont tué plus de 23 000 personnes, dont plus des deux tiers des habitants de la ville d’Armero.
Source: Presse colombienne.

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drapeau-anglaisNevado del Ruiz showed renewed signs of activity on Sunday, with increased seismicity and ash emissions. Local authorities fear that this could spell trouble for those travelling by air to Manizales and surrounding towns during the holiday season. Colombia’s Civil Aeronautical administration indicated Monday morning that the runway at Manizales’ La Nubia airport would be closed until it could be cleared of ash.
SO2 levels measured near the volcano are the “highest yet recorded in the current activity cycle. The Geological Service first reported increased seismicity late last week, warning that they could lead to ash and gas emissions. The latest events belong to a series that has occurred periodically throughout the year and part of an activity cycle that dates back to 2010.
The alert level is kept at Yellow.
Residents living near Nevado del Ruiz are advised to stay vigilant of any changes in the volcano’s activity and to report any ashfall.
This year marks the 30th anniversary of the Armero tragedy when Nevado del Ruiz roared to life after nearly seven decades of dormancy. Melting ice caused landslides and mudslides that killed more than 23,000 people, including more than two-thirds of the residents of the town of Armero.
Source: Colombian newspapers.

Islande: Le Barðarbunga s’agite de nouveau // New unrest at Barðarbunga volcano

drapeau-francaisOn a récemment observe un accroissement de la sismicité dans la région du Barðarbunga. Un événement de M 3,2 a été enregistré il y a environ un mois.. Deux nouvelles secousses de M 3,5 et M 3,1 ont été détectées dimanche dernier en cours de matinée. Il se peut qu’elles correspondent à des réajustements sous le Barðarbunga suite à l’évacuation du magma au cours de l’éruption de l’Holuhraun. Cette sismicité peut aussi être le signe d’une nouvelle montée de magma sous le volcan. Toutefois, la volcanologie actuelle n’est pas en mesure de faire des prévisions plus précises.
Source : Iceland Monitor.

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drapeau-anglaisSeismic activity has been increasing in recent days in the Barðarbunga area. Following an M 3.2 event about one month ago, the volcano was hit by two M 3.5 and M 3.1 quakes in the early hours of Sunday morning. This may mean there are still adjustments beneath Barðarbunga after the evacuation of magma during the Holuhraun eruption. It may also mean that magma is building up underneath the caldera. Current volcanology is still unable to make motre accurate predictions.
Source: Iceland Monitor.