Salton Buttes (Californie): Un volcan de boue menace des infrastructures // Mud volcano threatens infrastructure

Le 30 octobre 2012, j’écrivais une note sur ce blog à propos de la Mer de Salton ou Salton Sea, un lac salé endoréique (c’est-à-dire que l’eau n’a jamais atteint la mer) situé en  Californie du Sud. Avec 974 km2, il représente le plus grand lac de cet Etat, mais sa superficie change en fonction de son alimentation en eau. Il mesure en moyenne 24 km sur 56 km (voir carte ci-dessous).

En lisant la presse californienne, on apprenait en 2012 qu’il existait à proximité de la berge SE de cette étendue d’eau un alignement de quatre petits volcans, les Salton Buttes qui sont considérés comme actifs par les scientifiques car leurs dernières éruptions ont eu lieu il y a seulement un millier d’années, quelques secondes à l’échelle géologique, donc beaucoup plus près de nous que les dernières études le laissaient supposer.

En octobre 2012 toujours, on avait récemment enregistré une augmentation de l’activité sismique et des odeurs de soufre dans la région, ainsi que la présence de volcans de boue. On pensait qu’une nouvelle activité éruptive était peut-être en préparation. Les chercheurs pensaient qu’un réservoir magmatique se trouvait à seulement 3 – 6 km à l’aplomb des Salton Buttes. Ils pensaient aussi qu’un puissant séisme pourrait faciliter la remontée du magma vers la surface.

En août 2012, un essaim sismique avait été enregistré à Brawley, une localité proche de la Mer de Salton, avec des événements atteignant M 5,5 sur l’échelle de Richter. Au début, l’USGS  avait attribué cette sismicité à des mouvements de failles sur la zone sismique de Brawley. En y regardant mieux, les chercheurs ont conclu qu’il était plus probable que ces essaims étaient dus à des mouvements – voire une montée – de magma.

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Voici une vidéo que vient de me faire parvenir Emmanuel Boutleux à propos des volcans de boue de la Salton Sea, tournée début juillet 2018.  Emmanuel précise que l’accès du site est très pénible à pied : très forte chaleur, passages inondés et boueux, forêts de joncs, ravines. Il s’agit d’une zone active à la croûte très fragile. Il faut rappeler que la plus grande prudence est de mise lorsque l’on parcourt des zones de volcans de boue. Des accidents ont eu lieu, par exemple en Islande et en Nouvelle Zélande.
Emmanuel n’a pas vu de trace du mur métallique mentionné dans l’article, ni la proximité immédiate de la voie ferrée. A part les centrales géothermiques (forages en cours) , la zone est très peu habitée. Le retrait de la mer est très spectaculaire : des quais en béton sont à plusieurs centaines de mètres de l’eau.
https://www.facebook.com/n/?n%2F&100009338743526%2Fvideos%2F2177034322617838%2F&aref=1541330182067469&medium=email&mid=579d49c65d23bG45c0c413G579d4e5fbd50dG39&bcode=2.1541330208.AbzyoKjInDEl0aGGANA&n_m=grandpeyc%40club-internet.fr

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En octobre 2018, l’un des geysers de boue situés près de la ville de Niland, dans l’Imperial County, a connu un épisode de croissance rapide, avec une menace pour la voie ferrée et la route à proximité qui pourrait devoir être bientôt fermée. Selon des autorités, le geyser de boue s’est récemment déplacé d’environ 18 mètres en une seule journée et menace désormais des infrastructures vitales dans la région. Il se trouve à environ 1 km au sud de l’intersection de la Highway 111 et de Gillespie Road et laisse échapper de l’eau et du dioxyde de carbone.

Ce geyser de boue existe depuis 1953. Il s’est déplacé lentement au cours des 11 dernières années, mais sa vitesse de déplacement a récemment augmenté et il empiète sur la voie ferrée.  Les autorités de l’Imperial County ont promulgué l’état d’urgence le 26 juin 2018 en raison de la migration du geyser et de la menace qu’il représente pour la voie ferrée, la Highway 111, un pipeline, des lignes de télécommunication à fibres optiques et des lignes électriques enfouies dans la région.
Un mur d’acier d’une profondeur d’environ 23 mètres et d’une longueur de 36 mètres a été édifié pendant l’été, mais la boue a tout de même réussi à s’infiltrer en octobre et se rapproche de la ligne de chemin de fer. Des voies alternatives ont été construites et la Pacific Union envisage de construire un pont. La Highway 111, quant à elle, devra très probablement être fermée, avec déviation de la circulation.
Comme je l’ai écrit précédemment, l’Observatoire Volcanologique de Californie surveille cette région car il existe un risque d’activité volcanique. Depuis que les volcans sont entrés en éruption dans le passé, la zone – qui est fortement peuplée – montre une certaine activité et les Salton Buttes sont considérées comme des volcans à haut risque.
Les Salton Buttes se trouvent dans le Salton Trough, une dépression tectonique formée par la faille de San Andreas et les failles de San Jacinto. La dépression forme le prolongement septentrional du Golfe de Californie et en est séparée par le Delta du Colorado.
Source : The Examiner, The Watchers.

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On October 30th, 2012, I wrote a post on this blog about the  Salton Sea, an endorheic salt lake (that is, water never reached the sea) located in Southern California. With 974 km2, it is the largest lake in the State, but its area changes depending on its water supply. It measures on average 24 km by 56 km (see map below).
Reading the Californian press, we learned in 2012 that there existed near the SE bank of this body of water an alignment of four small volcanoes, the Salton Buttes, which are considered active by scientists because their last eruptions took place only a thousand years ago, a few seconds at the geological scale, and much closer to us than the last studies suggested.
In October 2012, there had been an increase in seismic activity and sulphur odours in the region, as well as the presence of mud volcanoes. It was thought that a new eruptive activity might be in preparation. The researchers thought a magma reservoir was only 3-6 km below the Salton Buttes. They also thought that a strong earthquake could facilitate the rise of magma to the surface.
In August 2012, a seismic swarm had been recorded in Brawley, a community near the Salton Sea, with events reaching M 5.5 on the Richter scale. At first, the USGS attributed this seismicity to fault movements over the Brawley seismic zone. Looking at it better, the researchers concluded that these swarms were more likely due to movements – or even an ascent – of magma.

In October 2018, one of the mud geysers near the town of Niland, Imperial County, is growing rapidly, threatening nearby railroad track and state highway which may soon have to be closed. According to officials, the mud geyser recently moved about 18 metres in just one day and is now threatening crucial infrastructure in the area. It is located approximately 1 km south of the intersection of Highway 111 and Gillespie Road and is releasing water and carbon dioxide.

This mud geyser has been in existence since 1953. It moved slowly in the past 11 years, but the rate of movement recently increased and has been encroaching on the railroad. The County of Imperial made an emergency declaration on June 26th, 2018 due to the geyser migrating toward and threatening the Union Pacific Railroad railroad tracks, Highway 111, a petroleum pipeline, fiber optic telecommunications lines and other buried utilities in the area.

A steel wall, about 23 metres deep and 36 metres long, was build during the summer. However, muddy fluids seeped under it during October and moved even closer to the tracks. Alternate tracks were built and Pacific Union is considering building a bridge. However, Highway 111 in this area will most likely have to be closed and traffic diverted.

As I put it before, this area is being monitored by the California Volcano Observatory for possible future volcanic activity. Since the volcanoes have erupted in the past, there is present-day unrest, and there are areas of high population density nearby, the Salton Buttes are considered high-hazard volcanoes.

The Salton Buttes lie within the Salton Trough, a tectonic depression formed by the San Andreas Fault and the San Jacinto Faults. The depression forms the northward extension of the Gulf of California, and is separated from it by the Colorado River Delta.

Source : The Examiner, The Watchers.

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Here is a video Emmanuel Boutleux has just sent me about the mud volcanoes close to the Salton Sea, shot in early July 2018. Emmanuel said that access to the site is very difficult on foot: very hot, flooded and muddy passages, forests of rushes, gullies. This is an active area with a very fragile crust. It must be remembered that the greatest caution is required when walking across areas of mud volcanoes. Accidents have occurred, for example in Iceland and New Zealand.
Emmanuel did not see any trace of the metal wall mentioned in the article, nor the immediate proximity of the railway. Apart from the geothermal power plants (drilling in progress), the area is very little inhabited. The withdrawal from the sea is very spectacular: concrete docks are several hundred metres from the water.
https://www.facebook.com/n/?n%2F&100009338743526%2Fvideos%2F2177034322617838%2F&aref=1541330182067469&medium=email&mid=579d49c65d23bG45c0c413G579d4e5fbd50dG39&bcode=2.1541330208.AbzyoKjInDEl0aGGANA&n_m=grandpeyc%40club-internet.fr

Source: Google Maps

Accélération de la hausse du niveau des océans // Sea level rise is accelerating

Selon une nouvelle étude récemment publiée dans la revue Proceedings (= Comptes-rendus) de l’Académie Nationale des Sciences, la hausse du niveau des océans s’est accélérée au cours des dernières décennies et n’a pas été progressive comme on avait tendance à la croire. L’étude s’est basée sur 25 ans de données fournies par les satellites de la NASA et de l’Agence Spatiale Européenne. Cette accélération, due principalement à la fonte intense du Groenland et de l’Antarctique, pourrait multiplier par deux la hausse totale du niveau de la mer d’ici à 2100.
Au train où vont les choses, le niveau de la mer augmentera de 65 centimètres d’ici à 2100, ce qui sera largement suffisant pour causer des problèmes importants aux villes côtières. L’un des auteurs de l’étude a déclaré: « Il s’agit certainement d’une estimation en dessous de la vérité ; en effet, notre extrapolation suppose que le niveau de la mer continuera à s’élever dans le futur comme il l’a fait au cours des 25 dernières années, ce qui est fort peu probable. »
Les concentrations de plus en plus importantes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraînent une augmentation de la température de l’air et de l’eau, avec une hausse du niveau de la mer qui se produit de deux façons. Premièrement, l’eau plus chaude se dilate et cette «expansion thermique» de l’océan a contribué à environ la moitié des 7 centimètres de hausse moyenne du niveau de la mer au cours des 25 dernières années. Deuxièmement, l’eau de fonte de la glace sur Terre se déverse dans l’océan, ce qui contribue également à faire s’élever le niveau de la mer à travers le monde.
Ces hausses du niveau des océans sont évaluées à l’aide de mesures altimétriques satellitaires depuis 1992, notamment par les missions des satellites Topex / Poséidon, Jason-1, Jason-2 et Jason-3, gérées conjointement par plusieurs agences comme la NASA, le CNES, l’EUMETSAT et la NOAA. Le vitesse d’élévation du niveau de la mer depuis l’utilisation de ces satellites est passée d’environ 2,5 millimètres par an dans les années 1990 à environ 3,4 millimètres par an aujourd’hui.
«Les missions d’altimétrie Topex / Poseidon et Jason fournissent en informations l’équivalent d’un réseau mondial de près de 500 000 marégraphes, avec des données précises sur la hauteur de la surface de la mer tous les 10 jours depuis plus de 25 ans. Dans la mesure où l’on possède maintenant près de trois décennies de données, celles concernant la perte de glace terrestre au Groenland et en Antarctique apparaissent désormais dans les estimations mondiales et régionales du niveau moyen de la mer.
Même avec un ensemble de données s’échelonnant sur 25 ans, la détection de l’accélération de la hausse des océans n’est pas chose facile. Des épisodes tels que les éruptions volcaniques peuvent créer une variabilité. Ainsi, l’éruption du Pinatubo en 1991 a entraîné une diminution du niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale, juste avant le lancement du satellite Topex / Poséidon. En outre, le niveau global des océans peut fluctuer en raison de phénomènes climatiques tels que El Niño et La Niña, qui influencent la température de l’océan et les régimes de précipitations sur Terre.
Les chercheurs ont utilisé des modèles climatiques pour tenir compte des effets d’éruptions volcaniques, ainsi que d’autres données pour déterminer les effets d’El Niño et La Niña, ce qui leur a permis de découvrir l’accélération de l’élévation du niveau de la mer au cours du dernier quart de siècle. L’équipe scientifique a également utilisé les données fournies par les marégraphes pour corriger les éventuelles erreurs dans les estimations altimétriques.
En plus de sa participation à des missions d’observation directe du niveau de la mer depuis l’espace, la NASA participe à un large éventail de missions et de campagnes sur le terrain et à des recherches qui contribuent à améliorer la compréhension des variations du niveau de la mer. Les campagnes aéroportées permettent d’effectuer des mesures sur les calottes glaciaires et les glaciers, tandis que la modélisation informatique améliore notre compréhension de la réaction de l’Antarctique et du Groenland face au réchauffement climatique.
En 2018, la NASA lancera deux nouvelles missions satellitaires qui seront essentielles pour améliorer les prévisions de variation du niveau de la mer. Un satellite continuera les mesures de la masse des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, tandis qu’un autre effectuera des observations très précises du niveau des calottes glaciaires et des glaciers.
Source: NASA.

L’étude complète se trouve à cette adresse: http://www.pnas.org/content/early/2018/02/06/1717312115

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According to a new study recently published in the journal Proceedings of the National Academy of Sciences, the global sea level rise has been accelerating in recent decades, rather than increasing steadily. The study is based on 25 years of NASA and European satellite data. This acceleration, driven mainly by increased melting in Greenland and Antarctica, has the potential to double the total sea level rise projected by 2100 when compared to projections that assume a constant rate of sea level rise,

If the rate of ocean rise continues to change at this pace, sea level will rise 65 centimetres by 2100, enough to cause significant problems for coastal cities. One of the researchers said: « This is almost certainly a conservative estimate. Our extrapolation assumes that sea level continues to change in the future as it has over the last 25 years. Given the large changes we are seeing in the ice sheets today, that’s not likely. »

Rising concentrations of greenhouse gases in Earth’s atmosphere increase the temperature of air and water, which causes sea level to rise in two ways. First, warmer water expands, and this « thermal expansion » of the ocean has contributed about half of the 7 centimetres of global mean sea level rise we have seen over the last 25 years. Second, melting land ice flows into the ocean, also increasing sea level across the globe.

These increases were measured using satellite altimeter measurements since 1992, including the Topex/Poseidon, Jason-1, Jason-2 and Jason-3 satellite missions, which have been jointly managed by multiple agencies, including NASA, CNES, EUMETSAT, and NOAA. The rate of sea level rise in the satellite era has risen from about 2.5 millimetres per year in the 1990s to about 3.4 millimetres per year today.

« The Topex/Poseidon/Jason altimetry missions have been essentially providing the equivalent of a global network of nearly half a million accurate tide gauges, providing sea surface height information every 10 days for over 25 years. As this climate data record approaches three decades, the fingerprints of Greenland and Antarctic land-based ice loss are now being revealed in the global and regional mean sea level estimates.

Even with a 25-year data record, detecting acceleration is challenging. Episodes like volcanic eruptions can create variability: the eruption of Mount Pinatubo in 1991 decreased global mean sea level just before the Topex/Poseidon satellite launch, for example. In addition, global sea level can fluctuate due to climate patterns such as El Niños and La Niñas which influence ocean temperature and global precipitation patterns.

The researchers used climate models to account for the volcanic effects and other datasets to determine the El Niño/La Niña effects, ultimately uncovering the underlying rate and acceleration of sea level rise over the last quarter century. The team also used tide gauge data to assess potential errors in the altimeter estimate.

In addition to NASA’s involvement in missions that make direct sea level observations from space, the agency’s Earth science work includes a wide-ranging portfolio of missions, field campaigns and research that contributes to improved understanding of how global sea level is changing. Airborne campaigns gather measurements of ice sheets and glaciers, while computer modelling research improves our understanding of how Antarctica and Greenland will respond in a warming climate.

In 2018, NASA will launch two new satellite missions that will be critical to improving future sea level projections. One satellite will continue measurements of the mass of the Greenland and Antarctic ice sheets; the other satellite will make highly accurate observations of the elevation of ice sheets and glaciers.

Source: NASA.

The complete study can be found at this address : http://www.pnas.org/content/early/2018/02/06/1717312115

Graphique montrant les dernières prévisions de hausse des océans jusqu’en 2100 (Source : University of Colorado-Boulder)

Les températures à la surface de la mer en 2016 // Sea surface temperatures in 2016

Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé d’El Niño et de son influence sur le climat de la planète. Une scientifique d’EUMETSAT – organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques – décrit à travers une animation les variations de température à la surface de la mer pendant l’année 2016. L’animation combine des données satellitaires fournies par le réseau géostationnaire de satellites et par les satellites en orbite polaire, ce qui couvre l’Europe, l’Amérique et le Japon.
L’animation montre l’évolution au cours de chaque mois de l’année, mettant en évidence des événements météorologiques spécifiques, les courants et les changements de températures dans différentes zones de la Terre, en particulier l’oscillation australe (ENSO) entre El Niño et La Niña.

https://youtu.be/thhFs8WYBrE

Comme je l’ai écrit précédemment, El Niño est un cycle naturel qui affecte les températures, les vents et la couverture nuageuse ​​de l’Océan Pacifique et qui influence le climat de la planète. Il se compose d’une bande d’eau chaude qui s’étend dans le Pacifique équatorial central et oriental. De son côté, La Niña est la phase froide qui fait suite à El Niño et génère des températures plus basses.
L’animation montre les changements de température et la façon dont l’énergie est répartie autour de notre globe, ce qui affecte le climat, les écosystèmes et toute notre vie quotidienne.
Source : EUMETSAT.

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There has been a lot of talk in recent months about El Niño and its influence on the world’s climate. A scientist at EUMETSAT – a European Organisation that processes weather satellite data – describes through an animation a year of sea surface temperature in 2016. The animation combines satellite data from both the geostationary ring of satellites and polar orbiting data including Europe, America, and Japan.

The animation goes through each month of the year, highlighting specific weather events, currents and changes in temperatures in different zones of the Earth focussing especially on El Niño–Southern Oscillation (ENSO) and La Niña.

https://youtu.be/thhFs8WYBrE

As I put it previously, El Niño is a natural cycle in Pacific Ocean temperatures, winds, and cloud that influences climate all around the planet. It consists of a band of warm water developing in the central and east-central equatorial Pacific. On the other hand, La Niña is the cool phase that follows El Niño, bringing colder temperatures.

The animation shows the changes in temperature and how energy is distributed and spreads around our globe, affecting the climate, ecosystem and all our daily lives.

Source : EUMETSAT.

Source: EUMETSAT

Les fureurs de l’Alaska // Alaska’s fury

drapeau-francaisJ’aime l’Alaska, peut-être parce c’est le plus grand État de l’Union. J’adore les immenses espaces, la taïga et la toundra, les montagnes et leurs glaciers, les volcans qui peuvent être destructeurs. J’aime aussi la faune, avec les ours qui chassent le saumon ou les élans que l’on peut rencontrer sur des routes où les voitures se font rares. Je me sens bien quand je randonne au milieu de la Nature de l’Alaska. J’ai l’impression de me ressourcer. Mes pensées sont occupées par les histoires d’aventuriers et de chercheurs d’or que j’aimais lire quand j’étais adolescent. Comme dans tous les pays très étendus, les événements météorologiques prennent parfois des proportions incroyables, au-delà de l’entendement humain. La Nature nous rappelle que nous ne sommes pas grand-chose, de simples êtres vivants qui ont reçu la permission de passer 80 ou 90 ans sur une planète qu’ils sont en train de détruire.
Il y a quelques semaines, l’Alaska Dispatch News, le quotidien local, a fait un inventaire des événements météorologiques les plus impressionnants qui ont frappé l’Alaska au cours des dernières décennies. Voici quelques spécimens:
Il y a les mers monstrueuses. Décembre 2015 a vu l’une des tempêtes les plus effroyables jamais observées dans la mer de Béring, avec des vagues de 12 à 15 mètres de hauteur. L’un des endroits les plus durement touchés fut Adak, dans les Iles Aléoutiennes, qui a connu des vents de 195 km/h pendant toute la soirée du 12 décembre. La pression atmosphérique a chuté à 929,8 millibars au niveau d’une balise entre Adak et Shemya.
La cendre volcanique représente une autre menace. Poussé par le vent, le panache de cendre émis lors d’une éruption du Mont Redoubt a traversé Cook Inlet en décembre 1989, en plein sur la trajectoire du vol 867 de la KLM, un Boeing 747 qui se dirigeait vers l’aéroport d’Anchorage. Les quatre moteurs de l’avion se sont arrêtés et l’avion a fait une chute de plus de 3 km, jusqu’à 3900 mètres d’altitude, avant que les pilotes réussissent à redémarrer les moteurs et atterrir. Le coût des dégâts causés à l’avion s’est élevé à environ 80 millions de dollars.
Les courses de chiens de traîneaux font partie de la culture de l’Alaska et du Canada. Les deux grands événements sont la Yukon Quest et l’Iditarod. Ils vous plongent inévitablement dans l’univers si bien raconté par Jack London. La météo peut influencer les résultats de ces courses. Le classement d’au moins trois éditions de l’Iditarod a été modifié par le vent. En 2014, le leader de l’Iditarod se trouvait à 120 km de l’arrivée de cette course de 1600 km, avec plus d’une heure d’avance sur ses poursuivants. C’est alors qu’il a essuyé une tempête de vent  qui l’a fait sortir de la course. La même tempête a obligé le deuxième de la compétition à chercher un abri, ce qui a permis au troisième concurrent de mettre tout le monde d’accord et de remporter la victoire.
Il existe aussi d’innombrables récits d’alpinistes alaskiens ayant dû affronter des vents violents. L’un des plus mémorables est décrit dans un ouvrage d’Art Davidson « Minus 148 » où l’auteur raconte l’ascension du Denali – autrefois appelé McKinley – au cours de l’hiver 1967. Une violente tempête a bloqué Davidson et deux autres grimpeurs, Dave Johnston et Ray Genet, dans un col à 5.460 mètres d’altitude. Voici un extrait du livre:
…. « Le bruit infernal remplissait nos têtes. Le vent est sans pitié, me suis-je dit. Il est diabolique. Tandis que je le maudissais en silence, il devenait en fait un passe-temps. J’essayais de trouver tous les mots qui pourraient décrire sa mauvaise nature -. abominable, méchant, pervers. Je l’ai qualifié de vampire suçant notre vie jusqu’à la mort… Mais le vent ne m’entendait pas, et je savais que mes paroles ne servaient à rien, de toute façon. Le vent n’était pas malveillant. Il n’avait rien contre nous. Il n’avait pas de mauvaises intentions. C’était juste un morceau de ciel qui se déplaçait, un épisode météorologique, une zone de pression qui pénétrait dans une autre. Pourtant, il était plus satisfaisant, en quelque sorte plus réconfortant, de personnifier le vent, d’en faire quelque chose que je pouvais haïr ou respecter, une chose après laquelle je pouvais crier. J’aurais aimé être un vieux shaman eskimo, capable de voir les diables et les démons dans la tempête et de comprendre les mauvais esprits qui vivaient dans les montagnes. »

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drapeau-anglaisI love Alaska, maybe because it is the biggest state in the Union. I love the immense open spaces, the taiga and the tundra, the mountains and their glaciers, the volcanoes that may be destructive. I also love the fauna, with the bears chasing salmon or the moose you may encounter while driving along the roads where the cars are rare. I do feel well when I am walking amidst the Alaskan nature. My thoughts are then filled with the stories of adventurers and gold diggers I enjoyed reading when I was an adolescent. Besides, as in all the very large countries, the events spurred by the weather are large too, often beyond what we humans can imagine. Nature then proves us we are nothing, just beings that were given the opportunity to be alive 80 or 90 years on a planet they are destroying.

A few weeks ago, the Alaska Dispatch News, the local daily, made a list of the ten most impressive, awe-inspiring, weather events that struck Alaska in the last decades. Here are three of the most dramatic ones:

There are the monster seas. December 2015 saw one of the most intense storms ever recorded in the Bering Sea, creating monster waves of 12 – 15 metres. The hardest places hit were Adak, in the Aleutians, that had several instances of 195 km/h winds throughout the evening of December 12th.  The powerful low reached 929.8 millibars at a buoy between Adak and Shemya.

Then comes volcanic ash. Pushed by wind, the ash plume from a Mount Redoubt eruption moved across Cook Inlet in December 1989, intersecting with the flight path of KLM flight 867, a Boeing 747 headed for Anchorage’s airport. All four of the aircraft’s engines died, and the plane plunged more than 3 km to 3900 metres before pilots were able to restart the engines and land. The cost of damage to the plane was about 80 million dollars.

Sled dog races are part of the culture of Alaska and Canada. The two great events are the Yukon Quest and the Iditarod. They inevitably plunge you in the stories told by Jack London. The weather may influence the results of these races. At least three Iditarod Trail Sled Dog Races were decided by the wind. In 2014, the leader of the Iditarod was 120 km from the finish of the 1,600-kilometre race, more than an hour ahead of the other racers. Before long, he encountered a fierce windstorm that eventually knocked him from the race. The same storm forced the second-place musher to seek cover, allowing the third competitor to come from behind for victory.

There are innumerable accounts of Alaska mountaineers encountering fierce winds. One of the most memorable comes from Art Davidson’s classic book « Minus 148, » an account of the 1967 winter climb up Denali, which was then called Mount McKinley. A severe storm pinned Davidson and fellow climbers Dave Johnston and Ray Genet down in Denali Pass at 5,460 metres a.s.l. Here is an excerpt from the book:

« The infernal noise filled our heads. The wind’s vicious, I told myself. It’s diabolical. Silently cursing it became a pastime. I tried to think of all the words that described its evil nature — fiendish, wicked, malicious. I called it a vampire sucking the life out of us… But the wind didn’t hear me, and I knew my words were irrelevant anyway. The wind wasn’t malevolent; it wasn’t out to get us; it had no evil intentions at all. It was simply a chunk of sky moving about. It was a weather pattern, one pressure area moving into another. Still, it was more satisfying, somehow more comforting, to personify the wind, make it something I could hate or respect, something I could shout at. I wished I were an old Eskimo shaman, seeing devils and demons in the storm and understanding the evil spirits that lived in the mountains. »

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Le Mont Redoubt

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Le Denali

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Les chiens de traîneau

(Photos: C. Grandpey)

La lave dans la mer // Lava in the sea

drapeau-francaisCela fait pas mal de temps que la lave n’est pas entrée dans l’océan à Hawaï. La dernière fois, c’était à l’automne 2013. Toutefois, il est intéressant de savoir comment se comporte la lave une fois qu’elle a pénétré dans la mer. C’est le thème d’un article récent publié par l’Observatoire Volcanologique d’Hawaii, le HVO.
L’auteur de l’article indique que la bathymétrie haute résolution au large des côtes hawaïennes permet d’observer les coulées qui ont continué à progresser sous l’eau.

L’eau peut refroidir la surface d’une coulée de lave de manière plus efficace que l’air, de sorte que les coulées dans l’eau développent une carapace qui se solidifie très rapidement. Cependant, lorsque cette croûte atteint une certaine épaisseur, elle isole l’intérieur de la coulée de lave aussi efficacement que l’air. Cela se solde par un arrêt des coulées qui cessent d’avancer après avoir parcouru de courtes distances en dessous de la zone parcourue par les vagues. Elles sont alors soumises à des pressions qui les font gonfler et avancer encore un peu en formant plusieurs lobes encore actifs.

Sous l’eau, les coulées de lave ont tendance à vouloir flotter. Elles ne le font pourtant pas car leur densité reste supérieure à la densité de l’eau de mer, mais elles coulent plus lentement. C’est parce que les forces de flottabilité qui les tirent vers le haut sont contrebalancées par les forces gravitationnelles qui les attirent vers le bas. La combinaison de la flottabilité et du refroidissement accéléré ralentit l’avancée des coulées de lave sur le plancher océanique, avec une hausse de la pression interne qui provoque leur épaississement.

La bathymétrie haute résolution a permis d’observer des coulées de lave en provenance du Hualailai dans l’océan au nord de Kailua-Kona, sur la côte ouest de Big Island. Malgré le fait que ces coulées présentent des longueurs de plusieurs dizaines de kilomètres de longueur sur terre, leur longueur sous la mer est de moins de 6 km. Tout comme sur terre, la pente du terrain sur lequel se déplace la lave affecte sa vitesse, avec des coulées plus rapides sur des pentes raides.
En 1919 et 1950, les coulées de lave du Mauna Loa au sud de Kona ont dévalé les pentes du volcan sur une vingtaine de kilomètres avant d’atteindre l’océan dans lequel elles ont continué à avancer pendant plusieurs semaines. Alors que les entrées océaniques étaient actives, on a observé la vapeur à la surface de l’océan entre 800 mètres et 5 km du rivage, avec l’apparition de nombreux poissons morts. Les ichtyologistes pensent qu’ils venaient d’un millier de mètres de profondeur, ce qui laisse supposer que la lave a progressé  dans l’océan sur une distance de 2 à 4 km et a atteint une telle profondeur.
Le ralentissement des coulées quand elles entrent dans l’océan peut aider à expliquer certains aspects de la mise en place des deltas de lave et la croissance d’une île volcanique. Lorsque la lave entrera la prochaine fois dans l’océan à Hawaii, le HVO sera peut être en mesure d’utiliser ces informations pour évaluer les dangers que les deltas de lave et les coulées de lave sous-marines peuvent présenter pour les visiteurs et pour les bateaux qui naviguent à proximité de la côte.

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drapeau anglaisLava has not entered the ocean for quite a long time at Hawaii. The last time was in autumn 2013. However, it is interesting to know how lava behaves once it has got into the sea. This was the topic of a recent article released by the Hawaiian Volcano Observatory.

The author of the article indicates that high-resolution bathymetry off the Hawaiian shores allows us to have a look at flows that have continued to advance under water. Water can cool the surface of a lava flow more efficiently than the air, so lava flowing into the water develops a solidified skin very rapidly. However, when the crust reaches moderate thickness, it insulates the lava flow interior just as well as it does in air. This results in flows stalling after advancing short distances below the surf zone, pressurizing and advancing farther through multiple breakouts.

Lava flows also become buoyant underwater. The flows don’t float because their density is still greater than the density of seawater, but they flow more slowly. This is because upward buoyancy forces partly counteract the downslope pull by gravitational forces.

The combination of buoyancy and enhanced cooling slows lava flows moving offshore along the sea bed, thereby causing them to pressurize and thicken.

High-resolution bathymetry allowed to observe lava flows from Hualailai volcano  that entered the ocean north of Kailua-Kona on the west side of Hawai‘i. Despite the fact that these flows are tens of kilometres long on land, their submarine lengths are less than 6 km.

Just like on land, the slope of the ground over which lava moves affects its speed, with lava flowing faster over steeper slopes.

In 1919 and 1950, Mauna Loa lava flows in South Kona rushed downslope about 20 km to the ocean and continued to flow into the ocean for weeks. While the ocean entries were active, steam was observed rising from the ocean surface 0.8 to 5 km offshore, with many fish killed in the vicinity. They were creatures probably coming from depths of about 1,000 metres, suggesting that the flow may have advanced 2–4 km offshore to reach those depths.

The slowing of lava flows as they enter the ocean may help explain some aspects of lava delta development and volcanic island development. When lava next enters the ocean in Hawaii, HVO may be able to use this information to better assess the extent of any hazards the lava delta and underwater lava flow pose to visitors and near-shore boat traffic.

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(Photos:  C.  Grandpey)