Ski d’été : même punition pour le glacier de Zermatt (Suisse) // Summer skiing : same punishment for the Zermatt glacier (Switzerland)

Depuis le 29 juillet 2022, il n’est plus possible de skier à Zermatt. Le glacier suisse le plus haut d’Europe a fermé temporairement son accès à cause du manque de neige et des températures trop élevées. De plus, de récentes averses et la gestion de plus en plus difficile des crevasses ont conduit à la décision de fermeture. A cette époque de l’année, le glacier est fréquenté par les équipes de skieurs de compétition.

Le glacier de Zermatt rejoint donc les glaciers français de Tignes, des Deux-Alpes ou du Pisaillas, ainsi que celui du Stelvio en Italie.

Toujours en Suisse, le glacier de Saas Fee fait de la résistance, mais il est réservé aux seuls skieurs niveau coupe du monde. Son accès est interdit au public ainsi qu’aux clubs. Reste à savoir si la situation n’évoluera pas ces prochaines semaines.

Seule la station d’Hintertux en Autriche n’a pas instauré de restrictions particulières et semble résister à la cascade de fermetures.

Source: presse régionale.

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Since July 29th, 2022, it is no longer possible to ski in Zermatt. The highest Swiss glacier in Europe has temporarily closed its access due to lack of snow and too high temperatures. In addition, recent showers and the increasingly difficult management of crevasses led to the decision to close. At this time of year, the glacier is frequented by teams of competitive skiers.
The Zermatt glacier therefore joins the French glaciers of Tignes, Deux-Alpes or Pisaillas, as well as that of Stelvio in Italy.
Also in Switzerland, the Saas Fee glacier is resisting, but it is reserved for World Cup level skiers only. Its access is prohibited to the public as well as to clubs. The situation might change in the coming weeks.
Only the Hintertux resort in Austria has not introduced any particular restrictions and seems to be resisting the cascade of closures.
Source: regional press.

Matterhorn Gletscher (Crédit photo: Wikipedia)

Réchauffement climatique : l’eau source de conflits // Climate change : water might cause conflicts

Suite à la vague de chaleur et de sécheresse qui frappe la France, la quasi-totalité du pays – 90 départements sur 96 – est désormais en état d’alerte sécheresse. Dans de nombreuses régions, seuls les prélèvements d’eau permettant d’assurer les usages prioritaires sont autorisés. Cette pénurie est bien sûr la conséquence du réchauffement climatique. Le phénomène s’accélérant, elle risque de s’étendre dans les années à venir et devenir source de conflits, voire de guerres.

En 2009, le vice-président de la Banque Mondiale déclarait : « Les guerres du 21ème siècle seront provoquées par l’eau, à moins que nous ne changions notre façon de la gérer. » Le risque de conflit est facile à comprendre. La population mondiale augmente et la demande en eau fait de même. Dans le même temps, l’approvisionnement en eau douce se tarit à cause du réchauffement climatique et du développement économique. Les zones qui souffrent le plus du stress hydrique sont souvent celles qui ont connu une croissance démographique rapide. Par exemple, la population du Tchad est passée de 3,6 millions en 1970 à 16,4 millions aujourd’hui. Au cours de la même période, le lac Tchad s’est presque asséché. C’est une catastrophe pour les quelque 30 millions de personnes au Tchad et dans les pays voisins qui dépendent du lac pour leur approvisionnement en eau douce. Les agriculteurs locaux ont vu leurs moyens de subsistance réduits à néant. De nombreux analystes établissent un lien direct entre l’augmentation de la pénurie d’eau dans la région et la montée de Boko Haram, le groupe islamiste qui a terrorisé une grande partie du nord du Nigeria et des environs
L’instabilité dans la région sahélienne de l’Afrique, en grande partie liée à la désertification, est désormais devenue un casse-tête en matière de sécurité, avec des ramifications qui s’étendent jusqu’en Europe. La France mène une guerre infructueuse contre les militants islamistes au Sahel depuis 2013. Si une partie de la population juge la vie de plus en plus insoutenable au Sahel mais reste sur place, une autre partie entreprend le voyage vers le nord et tente de traverser l’Europe. L’immigration clandestine d’Afrique et du Moyen-Orient vers l’Europe est désormais devenue le fer de lance de l’extrême droite en France, en Italie et en Espagne.
De semblables tensions sont en train de naître entre la Chine et l’Inde au sujet des droits à l’eau et de la construction de barrages. Comme je l’ai écrit dans des notes précédents, presque tous les grands fleuves d’Asie prennent leur source sur le Plateau Tibétain, et la Chine érige des infrastructures hydroélectriques à grande échelle pour pouvoir contrôler l’eau en amont. Ce qui inquiète l’ Inde, c’est que la Chine puisse chercher à utiliser l’accès à l’eau comme moyen de pression sur le pays. L’Inde elle-même est une source d’inquiétude pour le Bangladesh voisin qui s’inquiète de la capacité de ce pays à accéder aux eaux des rivières qui prennent leur source en Inde. La situation du Bangladesh met en évidence l’un des paradoxes de l’approvisionnement en eau et de la géopolitique. Le pays s’inquiète à la fois du trop peu et du trop d’eau. La pénurie d’eau douce constitue une menace pour l’approvisionnement alimentaire dans l’un des pays les plus densément peuplés au monde. A côté de cela, l’élévation du niveau de la mer causée par le réchauffement climatique menace de rendre de grandes parties du pays inhabitables dans les décennies à venir.
L’élévation du niveau de la mer est en effet susceptible de devenir une nouvelle source de conflits géopolitiques car elle entraînera des mouvements massifs de personnes à mesure que les zones fortement peuplées deviendront inhabitables. L’Asie du Sud-Est risque de perdre en trente ans quatre zones habitables. On s’attend à ce que 90 % du Vietnam soit inondé une fois par an par l’eau de mer. Une inondation d’eau de mer dans le delta du Mékong signifiera la fin de la production de riz dans un pays qui figure parmi les plus grands producteurs au monde.
Dans l’Ouest américain, les conséquences du réchauffement climatique sont désastreuses. Les impacts potentiels sur des États comme la Californie, le Nevada et l’Arizona ne sont pas encore connus, mais le niveau critique de l’eau dans le lac Powell et le lac Mead inquiète au plus haut point les autorités.
Dans le nord-ouest du Pacifique, les climatologues prédisent l’un des étés les plus secs jamais enregistrés. Près de 71% de la zone composée de l’Oregon, de l’Etat de Washington et de l’Idaho est en sécheresse et près d’un quart connaît déjà une sécheresse extrême.
Les responsables du système d’irrigation qui approvisionne plus de 1 000 agriculteurs et éleveurs à la frontière entre la Californie et l’Oregon ont annoncé qu’une partie seulement de l’eau serait allouée cette année en raison de la sécheresse. C’est la troisième année consécutive qu’une grave sécheresse touche une région où il n’y a pas assez d’eau pour satisfaire la demande.
Les services d’irrigation qui fournissent de l’eau aux agriculteurs le long du Rio Grande dans le sud du Nouveau-Mexique et le long du Pecos à l’est annoncent également des restrictions.
Pour résoudre la crise de l’eau dans l’ouest des États-Unis, il a été question de détourner ou de pomper l’eau du Mississippi, mais l’idée a été abandonnée car elle serait trop coûteuse. Il semblerait plus raisonnable – bien que coûteux aussi – de construire des usines de dessalement dont l’énergie électrique pourrait être fournie par des parcs éoliens et des champs de panneaux solaires.
Source : D’après un article paru dans le Financial Times.

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Following the heat wave and drought that hit our country, almost all of metropolitan France, 90 out of 96 departments, is now on drought alert. In many regions, only water withdrawals to ensure the exercise of priority uses are authorized. This water shortage is of course the consequence of global warming. As the phenomenon is accelerating, it risks spreading in the years to come and becoming a source of conflict, even war.

In 2009, the vice-president of the World Bank declared: “The wars of the twenty-first century will be about water, unless we change the way we manage water.” The risk ofwar is easy to understand. The world’s population is growing and so is the demand for water. Meanwhile, the supply of fresh water is being depleted by global warming and economic development. The areas that are most water-stressed are often those that have experienced some of the fastest population growth. For instance, the population of Chad has grown from 3.6 million in 1970 to 16.4 million today. Over the same period, Lake Chad has nearly dried up. The results have been devastating for the some 30 million people of Chad and neighbouring countries who relied on the lake for freshwater supplies. Local farmers have seen their livelihoods destroyed. Many analysts draw a direct link between the increase in water scarcity in the area and the rise of Boko Haram, the Islamist militant group, which has terrorised much of northern Nigeria and the surrounding area.

The instability in the Sahel region of Africa, much of it linked to desertification, has now become a security headache, whose ramifications reach all the way into Europe. France has waged an unsuccessful war against Islamist militants in the Sahel since 2013. If people find life increasingly unsustainable in the Sahel, many more will make the journey north and attempt to cross into Europe. Illegal immigration from Africa and the Middle East into Europe has now become the hot-button issue for the far-right in France, Italy and Spain.
There are similar bubbling tensions between China and India over water rights and the construction of dams. As I put it in previous posts, almost all of Asia’s major rivers originate on the Tibetan Plateau, and China is erecting an expansive hydro-infrastructure to make itself the upstream water controller. The concern in India is that China might seek to use access to water as a chokehold over India. But India itself is a source of concern for neighbouring Bangladesh, which worries about its ability to access the waters of rivers that originate in India. The situation of Bangladesh, however, highlights one of the paradoxes about water supply and geopolitics. The country is simultaneously concerned about too little and too much water. A scarcity of fresh water poses a threat to food supplies in one of the most densely populated countries in the world. But rising sea levels caused by climate change threaten to make large parts of the country uninhabitable in the coming decades.

Rising sea levels are indeed likely to become a new source of geopolitical conflict, since they will force the mass movement of people across borders as heavily populated areas become uninhabitable. South-east Asia is at risk in just thirty years of losing four liveable areas. 90 per cent of Vietnam is now expected to be flooded once a year by seawater. One flooding with seawater of the Mekong Delta will mean it is no longer in rice production and it is one of the biggest rice-producing countries in the world.

In Western US, the consequences of global warming are disastrous. The potential impacts to states like California, Nevada and Arizona are not yet known. But the cricical levels of Lake Powell and Lake Mead deeply worry the authorities. .

In the Pacific Northwest, experts are predicting one of the driest summers on record, noting that nearly 71% of the region made up of Oregon, Washington and Idaho is in drought and nearly one-quarter is already experiencing extreme drought.

An irrigation district that supplies more than 1,000 farmers and ranchers on the California-Oregon border announced earlier this week that they would get a fraction of their normal water allocation this year due to drought. It is the third consecutive year that severe drought has impacted a region where there is not enough water to satisfy competing demands.

Irrigation districts that supply water to farmers along the Rio Grande in southern New Mexico and along the Pecos in the east also are promising short seasons.

To solve the water crisis in Western US, there have been talks of diverting or pumping water from the Mississippi River, but the idea was abandoned because it would be too costly. It would seem more reasonable – although costly too – to build desalination plants whose electric power could be provided by windfarms and fields of solar panels.

Source: After an article in The Financial Times.

La sécheresse et la pénurie d’eau aux Etats Unis auront un impact sur l’économie (Photos: C. Grandpey)

« Fire of Love » bientôt sur les écrans français !

Dans une note publiée le 6 juillet 2022, j’annonçais la sortie sur les écrans d’un documentaire intitulé « Fire of Love » consacré à Katia et Maurice Krafft, deux volcanologues français disparus le 3 juin 1991 sous une nuée ardente du Mont Unzen au Japon.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2022/07/06/fire-of-love-lamour-des-krafft/

Le documentaire de 93 minutes a été réalisé à partir des vidéos que le couple a tournées sur les cratères du monde entier. Sorti cette semaine aux États-Unis, il a séduit la critique et certains lui prédisent déjà des prix cinématographiques.

La sortie du film en France est prévue le 14 septembre 2022.

En cliquant sur ce lien, vous verrez la bande-annonce :

https://youtu.be/uUA-YltS68s

Source: Wikipedia

Inflation de l’Askja (Islande) : l’annonce d’une éruption? // Is inflation on Askja Volcano (Iceland) heralding an eruption?

Dans une note publiée le 22 octobre 2021, j’écrivais que l’Askja (Islande) était sous haute surveillance. En effet le volcan connaissait une phase d’inflation et les scientifiques islandais pensaient qu’une éruption ne pouvait être exclue. Depuis début août 2021, l’inflation atteignait 15 cm, soit une augmentation de 7 cm depuis le mois précédent. L’inflation était relativement stable.
A l’époque, les scientifiques du Met Office ont expliqué qu’il était beaucoup trop tôt pour dire s’il fallait s’attendre à une éruption. Cependant, l’inflation signifiait que le magma s’accumulait, très probablement à une profondeur de deux à trois kilomètres.

Des scientifiques de l’Institut des sciences de la Terre, du Met Office islandais (IMO) et des représentants de la protection civile se sont réunis le 25 juillet 2022 pour discuter de la déformation et de la sismicité dans la région de l’Askja au cours des derniers mois.
Une image satellite du volcan a pu être obtenue après la fonte de la neige dans la région. On enregistre une inflation de 35 centimètres, centrée à l’ouest du lac, depuis août 2021.
Bien que l’inflation soit importante par rapport à ce que l’on observe sur des volcans similaires dans le monde, elle ne s’est pas accompagnée d’une hausse de la sismicité. C’est peut-être parce que des décennies avant le début de la période d’inflation actuelle, il y a eu un affaissement persistant du sol dans la région de l’Askja. De plus, une partie de la déformation peut se produire sur des fissures à l’intérieur de la caldeira; ces dernières peuvent se déplacer partiellement sans provoquer d’activité sismique.
Les modélisations indiquent que le magma s’accumule à une profondeur d’environ 2 km et se propage horizontalement dans la croûte terrestre, dans la partie centrale du volcan.
Comme je l’ai écrit précédemment, nous sommes capables d’observer et d’émettre des hypothèses sur le comportement des volcans actifs, mais nous ne sommes pas encore capables de faire des prévisions éruptives fiables. En ce qui concerne les hypothèses, les scénarios futurs possibles concernant l’Askja restent les mêmes que ceux indiqués précédemment.
Si l’accumulation de magma se poursuit, le phénomène peut continuer sans grand changement pendant un certain temps. L’augmentation de l’activité sismique devrait annoncer de nouveaux mouvements du magma en profondeur, voire une éruption. Si cette dernière devait se produire, il s’agirait probablement d’une éruption fissurale à proximité de la caldeira.
Source : The Watchers

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In a post published on October 22nd, 2021, I wrote that Askja (Iceland) was under high surveillance. Indeed the volcano was experiencing a phase of inflation and Icelandic scientists thought that an eruption could not be excluded. Since the beginning of August 2021, inflation had reached 15 cm, an increase of 7 cm since the previous month. Inflation was relatively stable.
At the time, Met Office scientists said it was far too early to say whether an eruption was to be expected. However, inflation meant that magma was accumulating, most likely to a depth of two to three kilometers.

Scientists from the Institute of Earth Sciences, the Icelandic Met Office (IMO) and civil protection representatives met on July 25th, 2022 to discuss deformation and seismicity in the Askja region in the past few months.
A satellite image of the volcano was obtained after the snow melted in the area. Inflation of 35 centimeters, centered west of the lake, has been recorded since August 2021.
Although the inflation is significant compared to what is seen on similar volcanoes around the world, it has not been accompanied by an increase in seismicity. This may be because decades before the onset of the current inflationary period, there was persistent ground subsidence in the Askja region. Additionally, some of the deformation may occur on fissures within the caldera; they can move partially without causing seismic activity.
Models indicate that magma accumulates at a depth of about 2 km and spreads horizontally in the Earth’s crust, in the central part of the volcano.
As I wrote previously, we are able to observe and hypothesize the behaviour of active volcanoes, but we are not yet able to make reliable eruptive predictions. As far as assumptions are concerned, the possible future scenarios regarding Askja remain the same as those indicated previously.
If the accumulation of magma continues, the phenomenon may continue without much change for some time. The increase in seismic activity might announce new movements of magma at depth, or even an eruption. If the latter were to occur, it would probably be a fissure eruption near the caldera.
Source: The Watchers.

Photos: C. Grandpey