Attention ! Un supervolcan peut rester dangereux pendant des milliers d’années // Warning : a supervolcano can stay dangerous for thousands of years

Une nouvelle étude menée par une équipe scientifique internationale incluant des chercheurs issus de l’université australienne Curtin, de l’université d’État de l’Oregon, de l’université de Heidelberg et de l’Agence géologique d’Indonésie vient de révéler que la super-éruption du Toba, survenue il y a 74 000 ans, n’a pas marqué la fin de sa dangerosité. Le magma sous la caldeira a continué de provoquer des éruptions pendant des milliers d’années, même après que certaines parties du système se soient refroidies pour former de la roche solide.

Les chercheurs ont étudié le comportement de ce système volcanique après l’éruption dite du « Youngest Toba Tuff » (tuf du Jeune Toba). Cet événement a expulsé au moins 2 800 kilomètres cubes de magma rhyolitique. Il s’agissait donc bien d’une super-éruption. Rappelons qu’une éruption mérite le qualificatif de « super-éruption » — et le volcan celui de « supervolcan » — lorsqu’elle expulse plus de 1 000 kilomètres cubes de matériaux. À ce titre, elle est classée au niveau 8 (le maximum) sur l’indice d’explosivité volcanique (Volcanic Explosivity Index – VEI).
Les travaux des chercheurs se sont concentrés sur le phénomène de résurgence, qui survient lorsqu’une caldeira commence à se réajuster après son effondrement lors d’une éruption majeure. Dans le cas du Toba, ce processus de rétablissement a inclus un soulèvement du sol et une reprise de l’activité volcanique bien après la fin de l’éruption principale.

 Crédit photo : Wikipedia

Les grandes caldeiras, comme celles du Toba et de Yellowstone, peuvent rester instables après leurs éruptions les plus puissantes. Des émissions de gaz, des séismes, des modifications structurelles et des éruptions de moindre ampleur peuvent se poursuivre à mesure que le système se rééquilibre. Pour le Toba, l’équipe scientifique a étudié trois dômes de lave formés après l’éruption principale, en s’appuyant sur deux « horloges naturelles » préservées dans les minéraux volcaniques : l’argon présent dans le feldspath et l’hélium dans le zircon sont piégés à des températures différentes, ce qui a permis aux chercheurs de reconstituer le processus de refroidissement des roches.

 Carte de la caldeira de Toba montrant les dômes de lave formés après l’éruption du « Youngest Toba Tuff ». (Crédit : Martin Danišík et al., Nature – Earth and Environmental Sciences)

Les échantillons issus de l’éruption du « Youngest Toba Tuff » ont révélé des âges concordants – environ 74 000 ans – selon les méthodes de datation argon et zircon-hélium. Cette concordance correspond au refroidissement rapide attendu après une éruption cataclysmale.
Les dômes de lave plus récents ont révélé une histoire différente. Les datations zircon-hélium ont situé ces éruptions il y a environ 70 000, 67 100 et 61 800 ans. En revanche, les âges obtenus par la méthode argon sur le feldspath sont restés proches de ceux de l’éruption principale.
D’une manière globale, le laps de temps séparant l’éruption principale des éruptions ultérieures des dômes a été estimé entre 4 600 et 13 600 ans environ. Les modèles thermiques ont permis d’estimer des durées maximales de stockage pré-éruptif d’environ 4 500 et 7 400 ans pour les deux dômes de Samosir, et de 12 700 ans pour le dôme de Pardepur.
La modélisation indique que le matériau à l’intérieur des dômes a séjourné pendant de longues périodes à des températures comprises approximativement entre 300 et 425 °C, avec une fourchette plus large allant d’environ 280 à 500 °C. À ces températures, une grande partie du matériau se trouvait en dessous du solidus, le seuil à partir duquel la roche fond suffisamment pour se comporter comme du magma. Le matériau échantillonné au niveau des dômes plus tardifs était donc en grande partie solide et ne peut normalement pas être émis lors d’une éruption
Les chercheurs estiment que l’immense réservoir de Toba présentait une grande hétérogénéité thermique. Un cœur plus chaud a pu coexister avec une zone périphérique plus froide, où des matériaux riches en cristaux s’étaient suffisamment refroidis pour retenir l’argon.
Les dômes formés après l’éruption du Toba étaient minuscules comparés à la super-éruption elle-même. À eux deux, les dômes de Samosir représentaient moins d’un kilomètre cube de matériau, soit environ 0,04 % des 2 800 kilomètres cubes éjectés lors de l’épisode du « Youngest Toba Tuff. ».
La chronologie de la formation de ces dômes permet également de préciser le moment où a débuté la résurgence du Toba. Deux dômes de Samosir sont entrés en éruption plusieurs milliers d’années après la super-éruption, durant une période où le soulèvement du sol a remodelé le plancher de la caldeira. Les preuves géologiques indiquent que ce soulèvement s’est poursuivi pendant une durée comprise entre 36 000 et 42 000 ans au minimum.

Les résultats de cette étude remettent en question une approche courante de l’évaluation des risques volcaniques, qui privilégie largement la détection de magma liquide sous un volcan. Ils démontrent qu’il faut désormais envisager la possibilité d’éruptions même en l’absence de magma liquide décelable sous l’édifice volcanique.
Cela ne signifie pas pour autant que tout réservoir magmatique solidifié est prêt à entrer en éruption. Les travaux menés sur le Toba révèlent plutôt que les systèmes de caldeira pérennes peuvent demeurer mécaniquement actifs alors même que les différentes zones de leurs réservoirs magmatiques présentent des températures très disparates.

Cette découverte élargit l’éventail des signaux que les scientifiques doivent prendre en compte pour contrôler les super volcans potentiellement actifs. Outre la recherche de roches en fusion, des phénomènes tels que le soulèvement structurel, les mouvements de failles et le comportement des vestiges solidifiés peuvent s’avérer déterminants.
Si une super-éruption peut avoir des répercussions à l’échelle régionale comme mondiale et nécessiter des décennies, voire des siècles, pour un retour à la normale, cette étude montre que le danger ne s’éteint pas avec l’éruption elle-même : la menace de risques ultérieurs persiste pendant des milliers d’années. Le cas du Toba illustre que la période suivant une super-éruption peut durer bien plus longtemps que l’éruption qui en est à l’origine.
Bien qu’exceptionnellement rares, les super-éruptions peuvent engendrer des conséquences bien au-delà du site éruptif, notamment des retombées de cendres à grande échelle et des perturbations climatiques à l’échelle mondiale.
Source : Yahoo Actualités.

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A new study by an international team os scientists from Curtin University, Oregon State University, Heidelberg University and the Geological Agency of Indonesia has just revealed that Toba’s 74,000-year-old super-eruption did not mark the end of its danger. Magma beneath the Indonesian caldera remained capable of driving eruptions for thousands of years, even after parts of the system had cooled into solid rock.

The researchers examined how the giant volcanic system behaved after the Youngest Toba Tuff eruption. That event expelled at least 2,800 cubic kilometers of rhyolite magma. This was indeed a super eruption. It is useful to remind people that an eruption deserves to be called a ‘super eruption’ and a volcano a ‘super volcano’ when it expels more than 1,000 cubic meters of material. As such, it is classified 8 (the maximum) on the Volcano Explosivity Index (VEI).

The researchers work focused on resurgence, when a collapsed caldera begins adjusting after a major eruption. At Toba, that recovery included uplift and renewed volcanic activity long after the main eruption ended.

Large calderas such as Toba and Yellowstone can remain restless after their biggest eruptions. Gas emissions, earthquakes, structural changes and smaller eruptions can continue as the system readjusts. At Toba, the scientific team investigated three post-eruption lava domes using two natural clocks preserved in volcanic minerals. Argon in feldspar and helium in zircon become trapped at different temperatures, allowing researchers to reconstruct how the rocks cooled.

The Youngest Toba Tuff samples gave matching argon and zircon-helium ages near 74,000 years. That agreement fits the rapid cooling expected after a catastrophic eruption.

The younger lava domes told a different story. Zircon-helium ages placed eruptions at about 70,000, 67,100 and 61,800 years ago. Their feldspar argon ages remained close to the age of the main eruption.

Globally, the delays between the main eruption and later dome eruptions were estimated at about 4,600 to 13,600 years. Thermal models allowed maximum pre-eruptive storage periods of about 4,500 and 7,400 years for the two Samosir domes, and 12,700 years for the Pardepur dome.

The modelling indicated that the dome material spent long periods at roughly 300 to 425 degrees Celsius, with broader possible limits between about 280 and 500 degrees. At those temperatures, much of the material would have been below the solidus, the point at which rock becomes sufficiently molten to behave as magma. The material sampled by the later domes was therefore largely solid and would normally be considered non-eruptible.

The researchers argue that the enormous Toba reservoir was thermally uneven. A warmer interior could exist alongside a colder outer area where crystal-rich material had cooled enough to retain argon.

The post-Toba domes were tiny compared with the super-eruption. The Samosir domes together represented less than one cubic kilometer of material, about 0.04 percent of the 2,800 cubic kilometers expelled during the Youngest Toba Tuff event.

The timing of the domes also helps define when Toba’s resurgence began. Two Samosir domes erupted several thousand years after the super-eruption, during a period when uplift was reshaping the caldera floor. Geological evidence indicates that uplift continued for at least 36,000 to 42,000 years.

The results of the study challenge a common approach to volcanic hazard assessment that places heavy emphasis on detecting liquid magma beneath a volcano. This shows that we must now consider that eruptions can occur even if no liquid magma is found underneath a volcano.

That does not mean every solidified volcanic reservoir is ready to erupt. The Toba work instead shows that long-lived caldera systems can remain mechanically active while different parts of their magma reservoirs exist at very different temperatures.

For monitoring active supervolcanoes, that widens the range of signals scientists may need to consider. Structural uplift, fault movement and the behavior of solidified remnants may matter alongside searches for molten rock.

While a super-eruption can be regionally and globally impactful and recovery may take decades or even centuries, the results of the study show the hazard is not over with the super-eruption and the threat of further hazards exists for many thousands of years after. Toba shows that a supervolcano’s aftermath can last far longer than the eruption that created it.

Supereruptions are exceptionally rare but can have consequences extending far beyond the eruption site, including widespread ashfall and global climate disruption.

Source : Yahoo News.

Observation en direct du processus d’accrétion // Real-time observation of the accretion process

Dans une étude publiée dans la revue Nature le 8 juillet 2026, des scientifiques ont documenté sans son intégralité le premier événement d’accrétion du plancher océanique jamais observé en temps réel. Ils ont pu observer comment le magma, les mouvements de failles, les séismes et l’activité volcanique se combinent pour créer une nouvelle croûte océanique dans les profondeurs de l’océan Indien. L’étude décrit un événement enregistré par un réseau d’instruments installés sur la dorsale sud-est indienne (South-East Indian Ridgr – SEIR). Il a généré en un peu plus de deux semaines une déformation qui suppose normalement près de 39 ans de mouvement continu des plaques tectoniques. Les chercheurs ont ainsi obtenu l’enregistrement direct le plus précis à ce jour de la formation d’une dorsale océanique.

Contexte tectonique du plancher océanique au centre de l’étude. L’événement décrit s’est produit le long du segment de la dorsale SEIR (dans le rectangle noir), situé sur le plateau Saint-Paul-Amsterdam, dans le sud de l’océan Indien.

Ces observations ont été effectuées dans le cadre du projet international OHA-GEODAMS, mené par des chercheurs du CNRS Terre & Univers pour surveiller la déformation le long de la dorsale sud-est indienne près de l’île Amsterdam. En février 2024, l’équipe scientifique a déployé des hydrophones, des transpondeurs géodésiques acoustiques, des enregistreurs de pression au fond de l’océan et a effectué des levés multifaisceaux le long d’un segment d’expansion actif, là où les plaques australienne et antarctique s’écartent d’environ 61 à 63 mm par an.
L’objectif était de saisir l’un des épisodes à la fois tectonique et magmatiques de courte durée au cours desquels se forme une nouvelle croûte océanique, même si personne ne savait exactement quand un tel événement se présenterait.
Le 26 avril 2024, quelques semaines seulement après leur déploiement, les instruments ont enregistré un essaim sismique intense sous l’axe de la dorsale, au moment où un dyke magmatique a percé la croûte.

Les chercheurs sont retournés sur le site en février 2025 lors d’une campagne de maintenance et ont réalisé qu’ils avaient enregistré un épisode d’accrétion dans sa totalité, du début à la fin.
L’intrusion magmatique s’est propagée le long de l’axe de la dorsale à une vitesse d’environ 2 à 3 m par seconde. À mesure que le magma migrait à travers la croûte, la dorsale s’est élargie de plus d’un mètre en quelques heures, tandis que la partie axiale de la vallée s’affaissait d’environ quatre mètres suite à la vidange d’un réservoir magmatique superficiel. Cette intrusion a finalement alimenté une éruption sous-marine qui a déversé environ 160 millions de mètres cubes de lave au cours des seize jours suivants, avec des coulées qui ont atteint par endroits près de 100 mètres d’épaisseur.
L’éruption a été détectée non seulement par des mesures de déformation, mais aussi acoustiquement grâce à des hydrophones. L’événement s’est accompagné d’une hausse de la température des eaux au fond de l’océan.
Toutes ces observations ont permis aux chercheurs de reconstituer la chronologie de la migration du magma, de l’éruption et du mouvement de la faille avec un niveau de détail jusqu’alors impossible à atteindre au niveau d’une dorsale médio-océanique.

D’un point de vue géodésique, lors de l’événement d’avril 2024, les chercheurs ont constaté que 76 % du glissement total de la faille s’est produit de manière asismique, tandis que seulement 24 % ont été donné lieu à des séismes. Ceci démontre que le mouvement lent de la faille, induit par l’intrusion magmatique, absorbe la majeure partie de l’extension lors de ce type d’épisode d’accrétion.
Au final, la déformation produite par cet événement correspond à environ 39 ans de divergence continue des plaques à cet endroit de la dorsale. Au lieu d’être libérées progressivement, des décennies de contraintes accumulées ont été absorbées lors d’un épisode à la fois tectonique et magmatique qui n’a duré que quelques jours.
Comme indiqué dans le communiqué du CNRS, ces résultats « résolvent l’énigme de longue date du déficit de séismes d’extension sur les dorsales médio-océaniques » en montrant que la majeure partie du déplacement de la faille se produit par un glissement asismique silencieux, déclenché par la mise en place du magma plutôt que par les seuls séismes. Bien que les dorsales médio-océaniques créent continuellement une nouvelle croûte océanique, l’observation directe de ces épisodes s’est avérée extrêmement difficile car ils se produisent à plusieurs kilomètres de profondeur, ne durent que quelques jours et se produisent rarement au même endroit.
Les résultats obtenus constituent un témoignage de terrain exceptionnel de l’un des processus fondamentaux à l’origine de la tectonique des plaques et offrent un point de référence pour les futurs observatoires sous-marins déployés le long du système des dorsales océaniques.

L’étude complète est disponible à l’adresse suivante : https://doi.org/10.1038/s41586-026-10785-0

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In a study published in Nature on July 8, 2026, scientists documented the first complete seafloor spreading event ever observed in real time. They could capture how magma, fault movement, earthquakes and volcanic activity combine to create new oceanic crust beneath the Indian Ocean. The study describes an event recorded by a dense network of instruments on the Southeast Indian Ridge (SEIR) that released in just over two weeks deformation equivalent to nearly 39 years of steady plate motion. As such, they obtained the clearest direct record yet of how an oceanic ridge grows.

The observations stem from the OHA-GEODAMS project, an international effort led by researchers from CNRS Terre & Univers to monitor deformation along the Southeast Indian Ridge near Amsterdam Island.

During February 2024, the scientific team deployed hydrophones, acoustic geodetic transponders, bottom-pressure recorders and repeated multibeam surveys across an active spreading segment where the Australian and Antarctic plates separate at approximately 61–63 mm per year.

The aim was to capture one of the short-lived tectono-magmatic episodes through which new oceanic crust forms, although no one knew how soon such an opportunity would arrive.

On April 26, 2024, just weeks after deployment, the instruments recorded an intense earthquake swarm beneath the ridge axis as a magma-filled dyke forced its way into the crust. The researchers revisited the sire during a maintenance cruise in February 2025 and realized they had recorded an entire spreading episode from beginning to end.

The intrusion propagated along the ridge axis at roughly 2–3 m per second. As magma migrated through the crust, the ridge widened by more than 1 meter within hours while the axial valley subsided by about 4 meters as a shallow magma reservoir deflated. The intrusion ultimately fed a submarine eruption that emplaced approximately 160 million cubic meters of lava over the following 16 days, with flows reaching nearly 100 meters thick in places.

The eruption was detected not only through deformation measurements but also acoustically with the hydrophones. The event was accompanied by a rise in bottom-water temperature.

Together, these observations allowed the researchers to reconstruct the timing of magma migration, eruption and fault movement with a level of detail that had not previously been possible beneath a mid-ocean ridge.

From a geodetic point of view, during the April 2024 event, the researchers found that 76% of the total fault slip occurred aseismically, while only 24% was released through earthquakes, demonstrating that slow fault motion driven by magma intrusion accommodates most of the extension during this type of spreading episode.

In total, the deformation released during the event corresponds to approximately 39 years of steady plate divergence at this section of the ridge. Rather than being released gradually, decades of accumulated strain were accommodated during a tectono-magmatic episode lasting only days.

As stated in the CNRS release, the results “resolve the long-standing enigma of the deficit of extensional earthquakes on mid-ocean ridges” by showing that most fault displacement occurs through silent, aseismic slip triggered by magma emplacement rather than by earthquakes alone.

Although mid-ocean ridges continuously create new oceanic crust, directly observing these episodes has proved exceptionally difficult because they occur beneath several kilometers of water, last only days, and recur infrequently at any given location.

The results provide a rare field record of one of the fundamental processes driving plate tectonics and offer a benchmark for future seafloor observatories deployed along the global ridge system.

The complete study can be found at this address : https://doi.org/10.1038/s41586-026-10785-0

Désaccords et incertitudes en Islande // Disagreements and uncertainties in Iceland

Une nouvelle étude menée par une équipe internationale de géoscientifiques nous apprend que l’activité volcanique sur la péninsule de Reykjanes serait principalement due à l’accumulation de contraintes à long terme le long de la limite entre les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne, plutôt qu’à des essaims sismiques correspondant au parcours du magma à travers la croûte terrestre.

Image de l’activité volcanique sur la péninsule de Reykjanes

Parmi les chercheurs à l’origine de cette étude figurent Þorvaldur Þórðarson, professeur de volcanologie, Halldór Geirsson, professeur de géophysique, et Gregory De Pascale, professeur associé de géologie à la faculté des Sciences de la Terre de l’Université d’Islande. L’étude repose sur des mesures exhaustives effectuées sur la péninsule de Reykjanes entre 2021 et 2025.
Þórðarson indique que la croûte terrestre s’est élargie de près de quatre mètres durant cette période, dont 2,50 mètres le 10 novembre 2023, jour de l’évacuation de la ville de Grindavík. Selon lui, l’expansion crustale, les mouvements de failles et le magma interagissent tous le long de la limite de plaques.

Fracturation du sol à Grindavik (Crédit photo : Iceland Review)

Þórðarson insiste sur un point qu’il a abordé à plusieurs reprises ces derniers mois : les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur ce qui s’est passé sur la péninsule de Reykjanes depuis 2021 et, selon lui, ces divergences sont inhérentes à la démarche scientifique. Il ajoute que, même si les chercheurs travaillent avec les mêmes données, les interprétations peuvent différer car nombre de mesures sont des observations indirectes, et non directes, de ce qui se passe sous la surface. [Remarque personnelle : J’aimerais ajouter que Þorvaldur Þórðarson lui-même s’est souvent trompé dans ses prévisions d’activité volcanique sur la péninsule de Reykjanes !]
Selon Þórðarson, l’un des enseignements les plus importants des événements récents est qu’une incertitude considérable persiste et que personne ne sait vraiment ce qui se passe exactement sous terre. Il souligne l’importance pour les scientifiques de discuter de leurs découvertes et de travailler à des interprétations largement consensuelles.
La nouvelle étude remet en question l’interprétation adoptée par le Met Office islandais, selon laquelle les épicentres des séismes suivent le parcours du magma à travers la croûte terrestre. Selon cette interprétation, l’essaim sismique de novembre 2023 indiquerait la présence de magma sous une grande partie de la région.
Les chercheurs affirment, quant à eux, que les données montrent que des mouvements de failles décrochantes se sont produits en premier, au moment où les plaques tectoniques glissaient horizontalement l’une contre l’autre. Ce n’est que plus tard que le processus a évolué vers une expansion crustale, avec ouverture de la croûte terrestre. Selon l’étude, les importantes fractures et l’affaissement observés à Grindavík en 2021 étaient principalement dus à la rupture au niveau de la limite de plaques. Cette limite a cédé car elle était soumise à une tension constante depuis 800 ans, elle avait atteint sa limite. C’est à ce moment que l’intrusion magmatique sous Fagradalsfjall s’est produite. En réalité, cette intrusion n’a fait qu’accroître légèrement la contrainte exercée sur le système.
En conséquence, selon les chercheurs, le magma est une conséquence plutôt que la cause des mouvements de plaques. Cette conclusion est cohérente avec le fait que la plupart des éruptions le long de la chaîne de cratères de Sundhnúkur se sont produites dans une zone très restreinte, le long d’une fissure d’environ 500 mètres de long entre Stóra-Skógfell et Sýlingarfell.
Un point essentiel de cette nouvelle étude est que les mouvements des limites de plaques islandaises doivent être replacés dans un contexte géologique plus large. Les mouvements observés en Islande, avec la partie ouest du pays qui se déplace vers l’ouest et la partie est qui se déplace vers l’est, et une limite de plaques qui traverse le pays et génère cette activité volcanique, résultent de processus bien plus vastes qu’une simple intrusion magmatique dans la croûte superficielle islandaise.

Image de la gigantesque zone de faille – ici à Thingvellir – qui fait s’écarter l’ouest et l’est de l’Islande (Photo: C. Grandpey)

Ce processus est régi par la convection magmatique au sein du manteau terrestre. Une petite intrusion magmatique en Islande ne déplacera pas à elle seule les limites des plaques, mais tout cela fait partie du même système. En conséquence, comprendre ce qui se passe en Islande permet de comprendre le processus dans sa globalité.

 Illustration du processus d’accrétion (Source: Suffolk University)

Au vu de cette étude, on peut dire qu’il reste encore beaucoup à faire pour comprendre le lien entre la tectonique et le volcanisme en Islande. En attendant, l’accumulation de magma et le soulèvement du sol se poursuivent à Svartsengi, sans que personne ne sache si et quand une nouvelle éruption se produira.
Source : Iceland Monitor.

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A new study by an international team of geoscientists suggests that volcanic activity on Iceland’s Reykjanes Peninsula is being driven primarily by the long-term accumulation of stress along the boundary between the North American and Eurasian tectonic plates, rather than by earthquake swarms marking the path of magma forcing its way through the Earth’s crust.

Among the researchers behind the study are Þorvaldur Þórðarson, Professor of Volcanology, Halldór Geirsson, Professor of Geophysics, and Gregory De Pascale, Associate Professor of Geology at the University of Iceland’s Faculty of Earth Sciences. The study is based on extensive measurements collected on the Reykjanes Peninsula between 2021 and 2025.

Þórðarson says the Earth’s crust widened by nearly four meters during the study period, including as much as 2.5 meters on November 10, 2023, when the town of Grindavík was evacuated. In his opinion, crustal spreading, fault movements and magma all interact along the plate boundary.

Þórðarson emphasizes a point he has made repeatedly in recent months: scientists are not in complete agreement about what has happened on the Reykjanes Peninsula since 2021, and such disagreement is a normal part of the scientific process. He adds that although researchers are working with the same data, interpretations can differ because many of the measurements are indirect rather than direct observations of what is occurring beneath the surface. [Personal remark : I’d like to add that Þorvaldur Þórðarson himself was often wrong about his predictions of volcanic activity on the Reykjanes Peninsula in the past months!]

According to Þórðarson, one of the most important lessons from the recent events is that significant uncertainty remains and that no one yet has definitive answers about exactly what is happening underground. He stresses the importance of scientists discussing their findings and working toward interpretations that can be broadly supported.

The new study challenges the interpretation adopted by the Icelandic Meteorological Office that earthquake epicenters trace the path of magma moving through the crust. Under that interpretation, the earthquake swarm of November 2023 would indicate that magma is present beneath a large portion of the region.

Instead, the researchers argue that the data suggest strike-slip fault movements occurred first, with tectonic plates sliding horizontally past one another. Only later did the process evolve into crustal spreading, during which the crust opened up.

The study proposes that the extensive fracturing and subsidence seen in Grindavík in 2021 were primarily the result of the plate boundary itself rupturing. The boundary broke because it had been under tension for 800 years and reached its limit. This when the magma intrusion beneath Fagradalsfjall occurred. In reality, that intrusion simply added a little extra strain to the system.
The researchers’ interpretation is therefore that magma is a consequence rather than the cause of the movements. This is consistent with the fact that most of the eruptions at the Sundhnúkur crater row occurred within a very confined area, along a fissure approximately 500 meters long between Stóra-Skógfell and Sýlingarfell.

A major point of the new study is that the movement of Iceland’s plate boundaries should be placed into a broader geological context. The movements observed in Iceland, where the western part of the country is moving westward and the eastern part is moving eastward, with a plate boundary running across the country and generating all of this volcanic activity, are the result of processes that are vastly larger than a magma intrusion in the shallow crust of Iceland.

The process is managed by magma convection within Earth’s mantle. A small magma intrusion in Iceland is not going to move the plate boundaries, but it is all part of the same system, and understanding what is happening in Iceland helps understand the process as a whole.

In short, a lot remains to be done to understand the link between tectonics and colcanism in Iceland. Meantime, magma accumulation and ground uplift are continuaing at Svartsengi, but nobody knows if and when an eruption will occur

Source : Iceland Monitor.

Et si Yellowstone entrait en éruption de nos jours ? // What if Yellowstone erupted today?

À la fin de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », certaines personnes me demandent ce qui se passerait si un super volcan comme Yellowstone entrait en éruption aujourd’hui.

Un super volcan est un volcan capable d’émettre au moins 1 000 kilomètres cubes de matériaux lors d’une seule éruption. De ce fait, il est classé au niveau 8 – le maximum – de l’Indice d’explosivité volcanique (VEI). Il est intéressant de noter que Yellowstone n’est pas le seul super volcan au monde. Certains, comme le Taupo (Nouvelle-Zélande) ou le Toba (Indonésie), sont bien connus, mais d’autres super volcans, aujourd’hui inconnus, pourraient se cacher au fond des océans. Comme je le dis souvent, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les abysses de nos propres océans.
Le Parc national de Yellowstone est un endroit magnifique, avec ses sources chaudes et ses geysers comme l’Old Faithful.

Ce vaste système volcanique est connu sous le nom de Caldeira de Yellowstone, et une seule éruption pourrait plonger le monde dans le chaos. Il y a environ deux millions d’années, d’importantes quantités de magma se sont accumulées sous la croûte terrestre. Poussées par la pression colossale des gaz volcaniques, elles ont déclenché une éruption qui figure parmi les plus importantes de l’histoire de notre planète. Depuis cette époque lointaine, Yellowstone a connu deux autres éruptions volcaniques majeures et de nombreuses éruptions mineures.

Bien que Yellowstone n’ait pas connu de super-éruption depuis des millénaires, on peut se demander si ce super volcan est susceptible d’entrer un jour à nouveau en éruption. Les scientifiques qui étudient Yellowstone estiment qu’une nouvelle éruption est probable et que ce n’est qu’une question de temps. Toutefois, une éruption majeure de Yellowstone ne devrait pas se produire avant des milliers, voire des millions d’années.
Les scientifiques expliquent que le magma sous Yellowstone est majoritairement à l’état solide et ne peut donc pas déclencher une éruption. Une étude montre que ce magma se concentre surtout dans la partie nord-est du volcan et qu’il a tendance à se déplacer dans cette direction. Ce magma pourrait un jour devenir suffisamment liquide pour entrer en éruption. Mais il pourrait aussi perdre de sa chaleur et stagner au contact d’une épaisse couche de roche continentale au sein de la croûte terrestre. Ce ne sont que des suppositions et le conditionnel est de rigueur. En réalité, aucun scientifique n’est capable de prédire l’avenir éruptif de Yellowstone.

Source: USGS / YVO

Selon certains chercheurs, le prochain événement volcanique dans la caldeira de Yellowstone ne sera probablement pas une explosion volcanique. Une puissante éruption hydrothermale est plus probable. Elle proviendrait d’un geyser, avec une activité capable de créer des cratères impressionnants mais dont l’impact serait limité en dehors du Parc.

Explosion du Steamboat Geyser

Une autre possibilité serait une coulée de lave émise par une bouche éruptive. Au final, le danger actuel à Yellowstone réside davantage dans les éruptions hydrothermales ou les séismes, dont beaucoup sont sans lien avec l’activité volcanique.
Tous les scientifiques s’accordent aujourd’hui à dire que si le volcan de Yellowstone entrait en éruption, leurs collègues en poste à l’observatoire le sauraient probablement des semaines, voire des mois à l’avance. Cependant, ils insistent sur le fait que le risque d’une éruption majeure dans la caldeira de Yellowstone est quasiment nul aujourd’hui.

Mais que se passerait-il si Yellowstone entrait en éruption alors que des milliards d’êtres humains peuplent notre planète ? Lors de l’éruption, la zone immédiatement concernée, couvrant des parties du Montana, du Wyoming et de l’Idaho, serait ravagée. D’immenses colonnes éruptives, chargées de cendres et de gaz volcaniques à haute température, s’effondreraient sous leur propre poids et réduiraient la zone en cendres. Les coulées pyroclastiques anéantiraient arbres, habitations et infrastructures sur leur passage.
À l’aide de modèles, les scientifiques de l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone prévoient qu’une super-éruption enverrait des milliers de mètres de cendres dans le périmètre du Parc et recouvrirait des zones habitées s’étendant de Missoula (Montana) à Albuquerque (Nouveau-Mexique).

Simulation d’une éruption à Yellowstone avec l’émission de 330 kilomètres cubes de cendres (Source : USGS)

De plus, une super-éruption du Yellowstone déposerait plusieurs millimètres de cendres sur une grande partie des États-Unis et certaines régions du Canada, avec un impact sur l’agriculture, les ressources en eau et les réseaux électriques. D’énormes quantités de cendres et de gaz atteindraient la stratosphère, générant des aérosols qui bloqueraient la lumière du soleil et plongeraient la Terre dans une longue période de froid et d’obscurité. Le scénario serait probablement semblable à l’éruption du Tambora en 1815 (Indonésie), qui fit des dizaines de milliers de victimes et plongea la Terre dans « l’Année sans été », une longue période de basses températures qui ravagea les récoltes et provoqua des famines et des épidémies à travers le monde.

Cratère du Tambora (Crédit photo: Wikipedia)

Les scientifiques estiment généralement que les effets d’une super-éruption comme celle du Yellowstone pourraient durer de cinq à dix ans. De nombreuses personnes mourraient, mais l’humanité ne disparaîtrait pas. Aucune éruption volcanique explosive n’a jamais été associée à une extinction massive sur Terre.

Source : Popular Science, Observatoire Volcanologique de Yellowstone. Photos du Parc: C. Grandpey

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At the end of my conference « Volcanoes and volcano Hazards », some persons ask me what would happen if a super volcano like Yellowstone erupted today.

Just remember that a super volcano is able to erupt at leaqt 1,000 cubic kilemeters of material during a single eruption. As such it is callsified at level 8 – the maximum – on the Volcanic Explosivity Index (VEI). It is interesting to add that Yellowstone is not the only super volcano in the world. Some of them like taupo (New Zealand) or Toba (Indonesia) are well known but other super volcanoes may also be unknown, lying hidden at the bottom of the oceans. As I say it quite often, we know the surface of Mars better than the abysses of our own oceans.

Yellowstone National Park is a wonderful place to visit with its hot springs and geysers like Old Faithful. This vast volcanic system is known as the Yellowstone Caldera, and with one blast it could plunge the world into chaos.

About two million years ago, large amounts of hot magma accumulated beneath the Earth’s crust, building pressure and volcanic gases that triggered a major eruption. It was among the largest volcanic eruptions in our planet’s history, blanketing large parts of North America with ash. Since then, Yellowstone has seen two more major volcanic eruptions and many smaller ones.

Though Yellowstone hasn’t had a supereruption in millennia, we may wonder:whether the super volcano will ever explode again. Experts studying Yellowstone say it probably will erupt again ; t’s just a matter of time. A major Yellowstone eruption likely won’t happen for thousands, and potentially millions, of years.

Scientists say that the magma underneath Yellowstone is mostly solid and not eruptible. One study suggests the magma is more concentrated underneath the northeast section, and that magma is shifting in that direction. This magma may one day become liquid enough to erupt. But it could also lose heat and stall as it hits thick, continental rock within the Earth’s crust. Actually, no scientist is able to make any prediction about the eruptive future of Yellowstone.

According to some researchers, the next volcanic incident in the Yellowstone Caldera likely won’t be a volcanic explosion. A powerful hydrothermal eruption from a geyser, activity that can create impressive craters but has limited impact outside the park, is more likely. Another possibility is a lava flow emitted by a single eruptive vent. In the end, the hazard in Yellowstone today lies more with hydrothermal eruptions or earthquakes, many unrelated to volcanic activity, in the park.

All scientists agree today to say that if the Yellowstone volcano were to erupt, scientists at the observatory would likely know weeks to months beforehand, but they insist that the chances of a major eruption in the Yellowstone Caldera within the human timeline are close to zero.

But what if Yellowstone did erupt while billions of humans still walked this planet? Upon eruption, the immediate radius, including parts of Montana, Wyoming, and Idaho, would be swept clean. Huge eruption columns, with superheated volcanic ash and gas, would collapse under their own weight and incinerate the land. Pyroclastic flows would wipe out trees, homes, and infrastructure in their path.

Using models, scientists at the Yellowstone Volcano Observatory predict that a supereruption would drop thousands of meters of ash within the park radius, and coat communities stretching from Missoula, Montana, to Albuquerque, New Mexico. What is more, aYellowstone supereruption would drop at least a few millimeters of ash over much of the U.S. and parts of Canada, devastating agriculture, water supplies, and electrical grids. Huge amounts of ash and gas launched into the stratosphere would act as aerosols, blocking sunlight and plunging the Earth into a long period of cold and dark. It would probably look like the 1815 Tambora eruption (Indonesia) which claimed tens of thousands of lives and plunged Earth into the “Year Without Summer”, a prolonged period of low temperatures that ravaged crops and caused widespread famine and disease epidemics around the world.

Scientists usually believe the effects of a supereruption like Yellowstone could last five to 10 years. A lot of people would die, but it would not wipe out humanity. No explosive volcanic eruption has ever been associated with a mass extinction on Earth.

Source : Popular Science, Yellowstone Volcano Observatory.